‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895Chapitre 78 sur 125 · Voir page · texte numérisé non relu

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SEJOUR A LUANG-PRABANG

Le 3 juin, dans la matinée, Luang-Prabang est en vue. Avec quel contentement ému je revois, française enfin, la cité laotienne où pour la sixième fois j'arrive, ayant eu pour but, dans mes marches, de lui faire atteindre ce résultat ! En m'y retrouvant, je sens aux saluls familiers et reconnaissants de tous, combien les cœurs y sont à l'unisson du mien, tout le gré qu'on me sait de mon labeur passé ! Quel sentiment de tranquillité enchantée expriment les visages du vieux Roi et de la vieille Reine en me voyant revenu auprès d'eux pour assurer les conditions nouvelles faites à leur cher pays ! Quels éloquents témoignages de gratitude dans l'accueil plein de respectueuse joie que le Roi leur fils, et le Second-Roi font au Représentant de la France et à l'ami des Laotiens ! Combien je suis sensible au ravissement inexprimable du chef des bonzes de Wat-Maï! Mes compagnons ressentent ma satisfaction et jouissent de mon bonheur!

Notre vieil ami Vacle, qu'accompagnent les premiers Français arrivés dans la nouvelle colonie, MM. Macey, Deloche, Marol, Warlelle, avec Ngin et le groupe des interprètes, heureux de nous revoir et de nous embrasser, nous installe dans sa vaste maison naguère construite pour le chef des Siamois.

Dans les i"elations avec les chefs du peuple laotien, je trouve l'aisance heureuse qui témoigne du sentiment de certitude de la liberté enfin acquise. Ils se gardent avec une délicatesse naturelle, qui veut être connue, de toute appréciation désobligeante, de toute récrimination sur la conduite passée de ceux qui les ont quelque temps dominés. Mais ce qu'ils ne peuvent par contre supporter sans une véritable douleur et sans les plus énergiques protestations, c'est l'altitude prise par ces mêmes Siamois aussitôt après la conclusion du Traité.

Tributaire volontaire du Siam, le Roi, en apprenant l'acceptation de l'ultimatum, avait offert à la France la partie de sa principauté située sur la rive droite, et pour le cas cependant où celle situation de tributaire pour

cette portion infime de son territoire qui dépasse à peine le Me-Khong, d'une trentaine de kilomètres (la ligne de partage du Mé-Khong et du Mé-nam qui forme la frontière, étant presque à celte distance), eût été considérée par nous comme obligée, il avait désigné un fonctionnaire pour l'administrer et pour les rapports avec le Siarn qui affectait, au contraire, de considérer son annexion à lui comme une conséquence du Traité.

F'g 99- — Le vieux Roi de Luang-Prabang, 1 8g4-

Puisqu'une guerre défavorable avait obligé ce pays à renoncer à sa situation ancienne, le Luang-Prabang qui dans le passé avait toujours été correct à l'égard du Siam, ne pouvait-il espérer que lancien suzerain, devenu simple voisin, aurait plutôt à co>ur d'entretenir des relations cordiales que de créer, sans avantage d'ailleurs, des ennuis à son ancien vassal ?

Or, L'officier siamois qui avait du évacuer Luang-Prabang, s'était contenté de traverser le fleuve et s'était établi au centre de la partie de cette ville située sur la rive droite. 11 était vrai qu'il s était retiré vers le sud en

apprenant ma venue, mais il avait menacé de son retour pour après mon départ! En même temps qu'il avait pris ainsi pied, des agents venus du Siam tentaient une organisation administrative siamoise de cette région qui n'avait jamais eu d'autres chefs que les fonctionnaires du Roi de Luang-Prabang ! Le trouble, par suite de ces dispositions, était grand parmi les populations, et leurs chefs comprenant que les mesures à prendre m'appartenaient, m'avaient attendu anxieusement.

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail de cette partie délicate de ma tâche, mais il était nécessaire de montrer la situation en une courte allusion .

Mon premier soin fut d'installer officiellement M. Vacle, comme Commissaire du Gouvernement à Luang-Prabang, la région depuis la frontière chinoise jusqu'au Nam-Kading au Sud, devant relever de lui (5 juin). Je mis ensuite M. Lugan en route pour \ ieng-Chang, où je ne devais pas tarder à me rendre, lui confiant le soin d'y préparer l'organisation d'un commissariat, et le chargeant de s'arrêter à Nam-Houng et à Paclay, où des soldats siamois étaient établis, pour déposer des protestations entre les mains de leurs chefs, et les sommer d'évacuer immédiatement le pays.

Le i4 juin, maladresse d'un domestique disposant des lampes, le feu prend dans la maison de bois, bambous et paillotles, qu'habite M. Vacle et où il a entassé les provisions de bouche de toute sorte apportées du Tonkin : il dévore cette maison où j'étais aussi installé avec mes compagnons, et où se trouvaient également mes provisions destinées à notre prochaine campagne dans le nord !

C'était un soir de grande chaleur sans brise ; il y eut, en dix minutes, une immense fumée, de grandes flammes, puis un brasier sur le sol ! Seul j'eus la chance de sauver mes effets personnels et mes notes. Tout le reste, à l'exception de la caisse, qui résista au feu, fut brûlé.

Les pertes qu'avait faites M. Lefèvre-Ponlalis dans l'incendie, et

qu'il fallait réparer, et la reconstitution des dossiers relatifs à l'exécution

du Traité, l'empêchèrent de se mettre en route pour le haut Fleuve et la

Rivière Noire aussi vite qu'il avait été convenu tout d'abord, et il dut

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MISSION PAYIE

attendre mon propre départ avant d'effectuer le sien. Il allait avoir pour mission d'installer, au cours de son voyage, M. Macey agent du

Fig. ioo. — La maison de M. .Vacle.

Syndicat du Haut Laos à Luang-Prabang, qui partirait avec lui, comme notre premier agent commercial à Xieng Kong et à Xieng Sen.

Le G juillet, je m'embarquai avec MM. Caillât et Oum pour descendre le Mé-khong vers Vieng-Chang.

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