Voir même série, vol. I, page ■>,'j
Déovantri, avant l'arrivée à Laï, la façon dont serait organisée la marche des différentes fractions de ma mission. Le 17, nous atteignions Laï, où nous trouvions, comme chef du poste militaire, le lieutenant Jacob qui plus lard devait être attaché à la mission.
Le capitaine d'artillerie de marine Bourguignon se rouvait aussi à Laï. Il y avait amené soixante-quatorze mules que, sur mon désir, le colonel Servière l'avait chargé d'acheter pour nous à Mongtzé, où il se trouvait.
Quoiqu'il y eût là les éléments d'une caravane importante, je me fus bientôt rendu compte que ce nombre de mules serait insuffisant, et je
Fi», ira.
Le poste rie Laï-Chau ou Muong-Laï.
chargeai Déovantri de faire acheter sur le plateau de Tanne, peu éloigné, d'autres bêtes pour former le convoi du commandant Tournier, à qui j'allais confier la direction du groupe chargé de la partie de la délimitation comprise entre le Fleuve Rouge et la Rivière Noire.
Les miliciens annamites amenés pour l'escorte, quoique spécialement choisis parmi d'anciens soldats, supportaient mal le climat des régions montagneuses; sur trente-huit, enrôlés à Hanoï, quinze avaient déjà été renvoyés au Tonkin. Une sélection définitive fut faite et je gardai seulement une dizaine de ceux qui semblaient consternés à 1 idée de ne pas accompagner la mission jusqu'au bout.
TONKIN
J'avais fait confectionner à Hanoï, pour les partisans de Déovantri qui devaient nous suivre, des uniformes, genre chinois, en drap garance, reste d'un approvisionnement des troupes de la guerre rentrées en France; avec ces costumes, ils reçurent des fusils modèle 1 874 • Trente d'entre eux furent attachés au groupe ïournier ; vingt-cinq devaient marcher avec le mien. C'étaient des hommes dévoués sur qui on pouvait compter
Fis
Tombe île la mère de Déovantri.
comme ds l'avaient du reste montré lors de la mission de 1890-1891 . à travers les Sip-song Pahn na.
Quel que fût mon désir de me hâter, nous dûmes passer deux semaines à Laï à régler le voyage et à faire ims préparatifs de toute sorte. Je tenais à être exact aux deux rendez-vous à Muong Lé et à Muong Siug. \11ssi Déovantri, qui avait à cœur le succès, mit-il toute sa sollicitude et tout son amour propre à ne rien négliger pour assurer notre marche rapide, en ire Série. — II. 38
j98 MISSION PAVIE
territoire français d'abord en approvisionnant les étapes et en faisant réparer les chemins, en territoire chinois ensuite en avisant les villages de notre prochain passage. Le choix des hommes, que nous allions emmener, était sa grande préoccupation, et aussi les soins aux hètes qu'il fallait arriver à garder en bon état pendant tout le voyage si on voulait éviter des mécomptes.
Jamais notre excellent auxiliaire ne s'était donné plus de peine pour nous faire réussir. Il témoignait ainsi sa gratitude non seulement pour le passé mais aussi pour le présent, car il savait le Gouvernement français résolu à ne rien céder à la Chine de ses territoires dont les Agents chinois avaient eu l'espoir de lui enlever une partie. Il savait qu'il nous devait d'avoir fait la lumière sur cette question si grave pour lui et ses populations. Il nous en aimait davantage encore, et celles-ci rivalisaient d entraînement vers nous avec leur chef.
Enfin, M. Mailluchet nous ayant joints, venant de Laokay, et les dispositions utiles ayant été prises pour assurer le fonctionnement des courriers entre nos groupes et Laï, le départ fut fixé.
Déovantri devait rester à son poste pendant toute la durée de la mission, afin de pouvoir parer à toute éventualité ou difficulté.
Le commandant Tournier se mit en route le 26 novembre vers Long Po, sur le Heine Rouge, par la roule de Pbong To ; MM. Lugan et Sandre parlaient avec lui. M. Sainson devait les joindre peu après leur arrivée à destination.
Le 1" décembre, je quittai à mon tour Laï Chau pour Muong Lé, avec \l\i. Lefèvre-Pontalis, fiivière, Seauve, Mailluchet, Thomassin, Lefèvre, Caillât et Oum. La route que nous allions d'abord suivre était jusqu'à Muong Nhié — où nous devions nous séparer en deux groupes — celle que j'avais relevée en 1891 en allant vers le Mé-Khong et Xieng Houng.
Le o décembre, nous atteignîmes ce poste où nous trouvâmes M. Garanger, Commissaire du Gouvernement à Muong Ifahin, venu à mon appel pour nous rencontrer, et pour introduire dans la vallée du Nain- Hou, M. Lefèvre-Pontalis, qu'allaient accompagner MM. Thomassin et Lefè> re.
TONKIN
La séparation eut lieu le lendemain. Pendant que nos trois camarades descendraient la vallée du Nam-Hou sur sa rive droite, en se tenant le plus près possible de la ligne de partage des eaux, notre future frontière avec la Chine, et gagneraient ensuite Muong Sing, lieu
Fig. iiîi. — ■ Départ de la Mission de Muong Laï.
de rendez-vous général avec la mission anglaise, j'allais me rendre avec nos autres compagnons à Muong Lé, dans le Yunnan, à la renconfre des Commissaires chinois, avec qui nous commencerions aussitôt les études de la délimitation.
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Fie. n5. — Mans de la région de la liasse Rivière Noire.
DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE AVEC LA CHINE
10 décembre i8g4 au 5 mars 1895
Dès le mois de février 1891, alors que je me trouvais à Laï, sur le point de partir pour visiter la région frontière vers le Grand Fleuve, j'avais avec insistance attiré l'attention de notre Gouvernement sur la nécessité de prolonger au plus tôt la délimitation jusqu'au Mé-khong, et au commencement de l'année suivante, avant de quitter Paris pour l'Indo-Ghine, j'avais de nouveau sollicité d'être chargé du règlement de cette opération qui pouvait être, à mon avis, très rapidement conduite. Un des avantages que je signalais, comme conséquence de l'entente qui devait reconnaître nôtres, les territoires au sud du tracé, et sur lesquels la Ghine avait incontestablement eu autorité ', serait de donner plus de force à nos réclamations vis-à-vis du Siain pour l'évacuation par lui de ces régions.