‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895Chapitre 86 sur 125 · Voir page · texte numérisé non relu

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DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE AVEC LA CHINE 3oi

Si l'exécution ne suivit pas immédiatement ma proposition, du moins l'utilité de celle-ci fut-elle bientôt reconnue. En effet, peu après mon arrivée à Bangkok je fus informé (29 octobre 1892) que notre Ministre à Pékin allait être autorisé à aborder la question du prolongement de la frontière jusqu'au Mé-Khong. Une deuxième dépêche (21 février 1893), me demandait ensuite mes vues sur les conditions dans lesquelles il conviendrait de poursuivre avec le Gouvernement cbinois cet acbèvemcnt de la délimitation. En juillet suivant, des ouvertures ayant été faites au Tsong Ly Yamen, celui-ci se montra favorable à l'opération, mais il demanda un délai afin d'attendre les résultats d'une enquête géographique qu'il prescrivait au vice-roi du Yunnan. Enfin par la dépêche, plus haut citée, du 6 janvier 189/i, M. Casimir-Périer, alors Président du Conseil et Ministre des Affaires étrangères, me chargea de la délimitation jusqu'au Mé-Khong.

Où en étaient à ce moment les travaux dans la région du Fleuve Rouge ?

Au commencement de Tannée, le colonel Servière, Président de la Commission française d'abornement, avait annoncé au Gouverneur général de l'Indo-Chine que sur la rive gauche du Fleuve Rouge, les opérations étaient presque arrivées à leur terme. Quant à la section comprise entre le Fleuve Rouge et la Rivière Noire, certains incidents relatifs au territoire de Déovantri, et les erreurs relevées sur la carte annexée au procèsverbal de la convention de 1887 qui faisaient, par exemple, de la Rivière Noire un affluent du Mé-Kbong, rendaient impossible, d'après le témoignage des Commissaires chinois eux-mêmes, L'établissement de la frontière dans plusieurs parties et nécessitaient la suspension de toute opération de délimitation. En télégramme du Gouverneur général avait, en conséquence, à la date du 7 mars, prescrit au Colonel Servière d'arrêter tout travail dans la section entre le Fleuve Rouge et la lliwèrc Noire.

Surcc terrain, en plus des levés que j'avais laits en 1 89 1 , au nord et au sud de la frontière, des éludes avaient été poursuivies pendant l'année 1 8;).">, d'après les ordres du Colonel Servière, par MM. Pelletier et Jacob. lieutenants d'infanterie de marine, et Simon, sous-lieutenant à la Région étrangère. C'étaient ces derniers travaux qui n'avaienl pu donner de résultat.

La principale cause de leur insuccès était dans le tracé que mainte-

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riaient les Commissaires chinois malgré les protestations de Déovantri, et qui nous enlevait les cantons de Muong Mo, Muong Boum et Muong Té, parties intégrantes du territoire de ce chef,- soit environ trois mille kilomètres carres.

Puisque l'achèvement de la délimitation allait être entrepris, il devenait possible d'en profiter pour reviser les travaux de la première Commission entre le Fleuve Rouge et la Rivière Noire.

Précisément, au commencement de l'année, M. Gérard, nouvellement nommé Ministre à Pékin, passa à Saigon pour gagner son poste. Je l'y avais rencontré1. Nous avions eu, avec M. de Lanessan, plusieurs entrevues au cours desquelles avaient été convenues les bases du projet de tracé à soumettre au Gouvernement chinois. Elles comportaient le renoncement par la Chine à la fraction du territoire de Déovantri, l'abandon par elle des quatre cantons constituant la partie supérieure du bassin du Nam-Hou, et l'abandon des sources salées qui, à l'extrémité sud des Sip-song Palm na, se trouvent dans le bassin du Nam-Ta. Ces derniers territoires dépendaient jusqu'alors de la Gbine mais dans des conditions discutées par nous avec des arguments sérieux.

Les pourparlers activement commencés par M. Gérard dès son arrivée à Pékin avaient abouti beureusement, et le 10 octobre, il me télégraphiait, que le Tsong ly ^amen avait accepté la ligne générale telle qu'il l'avait indiquée, qu'il priait le Ministre des Affaires étrangères de donner des instructions pour la reprise immédiate des travaux, et qu'il envoyait à Hanoï la carte sommaire acceptée comme base.

Interrogé par le Ministre des Affaires étrangères sur la question de savoir s'il me serait possible de diriger la délimitation tout en conduisant mes autres missions, et sur la durée probable de cette opération, je répondis par l'affirmative, et je fis connaître que deux mois seulement seraient nécessaires pour terminer avec la Chine.

11 restait à convenir du lieu et de la date du rendez-vous avec les Commissaires chinois. Je divisai la frontière en deux sections, la pre-

i . Voir page 25 1.

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mière du Fleuve Rouge à la Rivière Noire, environ 200 kilomètres, la seconde de la Rivière Noire au Mé-Khong, environ 3~o kilomètres, et je proposai à M. Gérard, Long Po sur le Fleuve Rouge, pour la réunion d'un premier groupe de Commissaires Français et de Commissaires Chinois, et Mu on g Lé, petite ville au sud du Yunnan, pour la réunion du second groupe; enfin, la date du i5 décembre.

Ces dispositions ayant été acceptées, il ne resta plus qu'à poursuivre l'exécution des opérations.

J'en confiai la conduite, dans la première section, au commandant Tournier à qui j'adjoignis MM. Lugan. Sandre et Sainson.

Je pris la direction de la seconde avec mes autres collaborateurs.

Voici, avant de résumer les études auxquelles la délimitation donna lieu, le tracé que, grâce à ses efforts, M. Gérard fit prévaloir auprès du Tsong Ly ^ amen :

Quittant le Fleuve Rouge au confluent du Long-Po, il remonte ce cours d'eau jusqu'au confluent du Hang-yaï-ho, suit le tbalveg du Hangyaï-ho jusqu'à sa source, puis, la crête de la chaîne de partage des eaux entre le Fleuve Rouge et le Nam-Na jusqu'à la source du Ping-ho, branche septentrionale et principale du Mou-ki-ho, et le cours du Mou-ki-ho jusqu à son confluent avec le Nam-Leut ou Ta-pao-ho : il suit ensuite le Nam-Leut jusqu'à son confluent avec le Nam-Koung, puis le tbalveg de cette dernière rivière jusqu'au Nam-Na. Passant alors sur la rive droite du Nam-Na, il part du confluent du Pa-pao-ho, remonte cette rivière jusqu au confluent du kouanh-Si-ho et suit le cours de cette seconde rivière jusqu'à sa source ; de là, il suit la ligne de faîte des hauteurs limitant au Sud le bassin du Ivinn-tsc-ho jusqu'à la source de cette rivière ; il suit ensuite la ligne de faîte de la chaîne limitant les bassins du Nam- Na et de la Rivière Noire, puis, un contrefort de cette chaîne séparant le Nam-la-pé du Nam-La jusqu'au confluent de ces deux rivières : à partir de ce point il suit le cours du Nam-La jusqu'à la Rivière Noire qu'il remonte ensuite jusqu'au confluent du Nam-Nap.

Du confluent du Nam-Nap, le tracé gagne, en suivant ce cours d'eau,

la ligne de faîte entre le Nam-Hou, affluent du Mé-Khong, et la Rivière Noire d'abord, le Nam-Ban ou LoSo ensuite et le Nam-La, tous deux affluents du Mé-Khong. Cessant alors d'aller au Sud pour prendre la direction Ouest, il s'engage toujours sur la ligne de faite entre les sources sud du Nam-La et celles du Nam-Ta autre affluent du Mé-Khong, puis entrant dans le bassin du Nam-La, passe entre les sources de ses afluents le Nam-Mang et le Nam-Youn, va couper ce dernier cours d'eau au conlluent du \am-Oua et gagne, parla ligne de faîte, le Mé-Khong au confluent du Nam-La où il s'arrête.

L'arrangement qui consacra ces limites fut signé le 20 juin i8q5. L'abornement qui en fut la conséquence fut exécuté par M. Sandre, mon ancien compagnon, devenu Résident de France dans l'administration civile de llndo-Chine.

Fis

Une borne frontière. Le Commissaire chinois. M. Sanrlré.

Fi" 117. — Thaïs du bassin du Fleuve Rouçe.

PREMIERE SECTION MM. TOURNIER, LUGAN, SANDRE et SAINSON

ÉTUDE ENTRE LE FLEUVE ROUGE ET LA RIVIÈRE NOIRE. DE LONG-PO AI CONFLUENT DU NAM-NAP

Environ 020 kilomètres.

Le 26 novembre, MM. Tournier, Lugan et Sandre nous quittèrent à Laï Chau, escortés par trente miliciens de Déovantri pour gagner par la route de Phong To, le Fleuve Rouge où ils allaient se réunir, à Long Po, aux Commissaires chinois. Parvenus le 7 décembre à Baxat, ils y furent joints par M. Sainson, et ils y saluèrent le Gouverneur général M. de Lanessan, en tournée, qui donna ses instructions particulières au commandant. Ils séjournèrent jusqu'au 28 dans ce poste, et se rendirent à Long Po où leur réunion avec les Commissaires chinois, s'effectua le 3 janvier 1895.

Il fut aussitôt convenu que M. Sandre partirai! avec <leu\ délégués ire Série. — II. 3y

chinois et lèverait la frontière depuis les sources du Hang-Yai-ho, affluent de gauche du Long-Po jusqu'au Nam-Na.

Les autres membres de la Commission se mettraient en route quelques jours après pour le rejoindre à Ban Leing, point d'aboutissement de cette première étude.

Comme on dut attendre un courrier en retard apportant d'Hanoï

copie de la carte sommaire expédiée de Pékin, M. Sandre put seulement se mettre en route le 9.

Le lendemain, M. Lugan, souffrant depuis quelque temps, se rendit à Laokay pour consulter un médecin. Il en rapporta, le i3, la nouvelle qu'une bande de 80 Chinois paraissant avoir pour objectif le pillage du bagage du groupe, avait franchi le Fleuve Rouge et était passée sur notre territoire.

Le i/i, la commission se dirigea vers le Nam-Na.

Son itinéraire pendant les deux premiers jours jusqu à Ti-si-paï, longea, sur la rive chinoise, le cours du Long-Po. La route, tracée presque constamment à liane de coteaux, escalade une série de croupes de a5o à /ioo mètres d'altitude, contreforts de hauteurs qui limitent le bassin du Long-Po, très étroit au début et qui ne s'élargit un peu qu'à (juinze Lilomètres environ du confluent, à hauteur du village de Ouaunthang où eut lieu la première étape.

Lorsque la Commission arriva à Ti-si-paï, groupe de trente à quarante cases, M. Sandre y revenait après une première reconnaissance du Hang-Yaï-ho. et se disposait à repartir le lendemain pour gagner le village de Si-lu-lao, en levant la chaîne frontière jusqu'à cet endroit. La route qu'il allait suivre était impraticable pour les bêtes chargées et la

Le commandant Tourniei

Commission entière ne pouvait songer à la parcourir avec son convoi de mules. Deux voies se présentaient à elles pour aller au Nam-Na, l'une passait par Phong To et le col des nuages à travers notre territoire, l'autre, celle de Van Pou-ten était en terrain chinois. Pour ne pas s'exposer à tomber dans une embuscade tendue, comme c'était probable, en territoire français, par la bande signalée plus haut, la Commission choisit la

route chinoise de Van Pou-ten.

Elle comprenait trois étapes : Margan Ti. Muong Ping et Kéou-troukay.

C'est la grande voie de communication cuire Plions: To, la vallée du Long-Po et Manhao ; elle est assez bien entretenue, a par endroits im,5o de large et a quelques parties pavées dans le voisinage des villages. Fortement détrempée à celte époque de l'année par le brouillard, elle a des passages difficiles surtout dans les descentes. Le pays est très accim. Lugan. denté, c'est un chaos de hauteurs

d'une altitude de i 3oo à i 800 mètres. Tout ce massif est très peuplé et par endroits bien cultivé. La population est presque entièrement composée de Pou Las et de Hougnis : on y rencontre aussi quelques groupes de Chinois émigrés du Tsé-Tchouan ou du nord du Yunnan.

De Kéou-trou-kay un chemin se dirige sur Si-lu-lao, mais les renseignements l'ayant représenté comme abandonné depuis une quinzaine d'années, la commission renonça à l'utiliser et continua sa route sur Van Pou-ten.

Cette deuxième partie de la marche comprend trois étapes, Au-touken, A-tou-paï et Van Pou-ten. Très fréquentée, elle est partout assez

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bonne malgré des montées et des descentes parfois très raides. Malheureusement le brouillard persistant qui rend la piste glissante, d'autre part empêche de distinguer quoi que ce soit à droite et à gauche, VanPou-ten que j'avais visité en me rendant, en mai 1891, de Muong-Léo sur la Rivière Noire, à Manhao, sur le Fleuve Rouge1, est un marché où quelques négociants chinois installés sous la protection d'un petit poste, achètent leurs produits aux habitants des nombreux villages des vallées voisines. C'est un lieu d'étape pour les caravanes allant à Manhao et en venant, et où les marchands trouvent des auberges pour s'installer et caser leurs bêtes.

De Van Pou-ten, une assez bonne route conduit à Si-lu-lao en six heures de marche : la Commission, estimant que M. Sandre avait dû terminer le travail de ce côté, décida de gagner Muong La et de là Ban Leing où elle attendrait son

retour. M Sandre.

Elle parcourut ainsi la route que j'avais relevée en 189 1. et atteignit Muong La où elle trouva Kam-La, frère cadet de Déovantri, envoyé par ce dernier avec tous les renseignements nécessaires relativement à la frontière du côté du territoire de Laï Chau, et avec un supplément d'escorte de trente de ses miliciens, ce qui portait à soixante hommes l'escorte fournie par lui à ce groupe.

Quelques heures à peine après l'arrivée de la Commission, M. Sandre venait rendre compte qu'il avait échappé, par un véritable hasard, à l'attaque de son convoi, à Sidudao par une bande chinoise qui devait évidemment être celle signalée par M. Lugan.

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