‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895Chapitre 9 sur 125 · oir vol. I. pages · texte numérisé non relu

oir vol. I. pages

Comme je n'aurai pas l'occasion de revenir sur Huyeh-Khao et sur sa bande, je vais dire de suite ce qu'il advint d'eux.

Huyen-Khao ayant accepté la reddition de ses armes au commandant de la région, passa notre frontière à Bac-Tan, sur le Nam-Na, où un officier français procéda au désarmement. Les hommes mariés à des femmes thaïs, environ 200, trouvèrent des répondants parmi les habitants des Sip-song chau-thaïs et s'établirent dans le pays : Huyen-lvhao lui de ce nombre. Les autres, pour être, suivant leur demande rapatriés dans le Quang-Tong et le Quang-Si dont ils étaient originaires, furent conduits à Hanoï. Là, malheureusement, l'administration sans doute insuffisamment renseignée, ne s'en débarrassa pas par ce moyen, ils furent traités en criminels et embarqués pour le pénitencier de Poulo-Condor. Ils étaient relégués depuis quelque temps dans cette île lorsque Ion constata qu'ils n'y étaient en vertu d'aucun jugement : leur libération fut ordonnée. On les ramena au Tonkin où ils furent relâchés à Moncay : le point de la frontière le plus rapproché. Eloignés de leurs pays, sans ressources, mécontents, ils allèrent presque tous grossir les bandes de pirates qui dévastaient cette

Halle du convoi sur le Nam-Ngoua

Quant à Huyen-lvhao, le Gouvernement chinois l'ayant réclamé, j'eus le chagrin d'apprendre qu'il lui fut livré à la condition, c'est vrai, qu'il ne serait pas exécuté, la mort immédiate eût cependant été préférable au traitement féroce sous lequel il ne tarda pas à succomber.

Le 12 mai, MM. Lcfèvre-Pontalis. Molleur et moi, nous quittions à notre tour Muong-Theng ramenant quelques-uns îles Laotiens et Laotiennes captifs depuis la prise de Luang-Prabang et que Déo-van-tri nous avaient fait rendre. L'exiguïté de notre convoi nous obligeait à en

laisser une vingtaine que Kam-Doï ferait suivie dès l'arrivée d'autres pirogues.

Ce parcours des rivières Nam-Ngoua et Nam-Hou jusqu'à Luang-Prabang qui m'était maintenant familier ne fut marqué par aucun incident. Nous trouvâmes, installés à Sop-Nao et à Muong-Ngoï, deux postes militaires siamois dont les chefs se faisaient obéir par les craintives autorités du pays. Il n'y avait pas encore de courant commercial établi entre Tbeng et Luang-Prabang, et les seules barques rencontrées portaient le courrier.

Le 23 mai, arrivée à Luang-Prabang. MM. Massie et Maccy s'y trouvaient depuis vingt jours. Le colonel Pennequin, et ses compagnons, MM. Cogniard, Donnât et Dugast, l'avaient atteint le 7, après une exploration heureuse de la région qu'ils devaient visiter.

SEJOUR A LUANG-PRABANG

A Luang-Prabang, nombreux sont ceux qui comme le vieux roi et le chef des bonzes nous voient arriver avec bonheur — la présence de plusieurs nouveaux agents français les confirme dans leur idée de l'intérêt que nous portons à leur pays. Ils sentent que dans les conditions actuelles le Siam ne saurait songer à modifier l'ordre de choses existant au Laos, et ils se voient assurés contre les incursions de l'extérieur, non seulement par notre sollicitude, mais aussi par les soins jaloux que les commissaires siamois mettent à montrer qu'ils peuvent suffire seuls à la sécurité.

Dans notre petit poste la situation est très bonne, pendant la gérance de M. Massie, aucune difficulté n'est survenue. La maison est achevée. C'est un vaste bâtiment en bois de 62 mètres de développement, construit suivant la tradition locale ; son plancber est à 3 mètres du sol et une large vérandab 1 entoure. Adossée aux petites collines qui bordent le fleuve sur la rive droite, et en face de la ville, on y jouit d'un coup d'œil merveilleux et nous y sommes logés mieux que nous ne lavons jamais été dans nos pérégrinations.

Malheureusement un Cambodgien, Seng, a succombé à la fièvre, les autres sont en bonne santé. Tous ont eu l'occasion de montrer des qualités de courage, de patience et d'honnêteté. Tous ont successivement fait le voyage de Luang-Prabang au Tonkin, allant, quelle que fût la saison, chercher celui-ci de l'argent, celui-là des nouvelles. L'un d'eux chargé de rapatrier une trentaine de nos sujets rendus par les Siamois, en sauve quatre qui allaient se noyer, leur barque mal dirigée s'étant brisée dans un îapide. Ngin et Som ont traduit de nouveaux documents laotiens, tous ont contribué à la création d'une école française dont M. Donnât a pris la direction pour le temps de son séjour. M. Piquet, gouverneur général, a accordé des médailles d'honneur à sept de ces précieux auxiliaires. Leur joie est grande de me revoir avec autant de compagnons et ils exultent à l'idée des voyages importants qu'ils vont entreprendre avec nous.

Le Commissaire siamois me fait connaître que ses instructions lui prescrivent de

faire le possible pour nous faciliter les études géographiques et qu'il a hâte de nous montrer sa bonne volonté. En réalité il est très désireux de voir se disperser, puis retourner dans notre colonie, un groupe d'hommes dont la présence anéantit pour ainsi dire, en faveur de la France, le prestige du Siam dans le pays,

lro Série. — IL 5

Le lils aine du Roi de Luang-Prabang (Roi aetuel).

Une question do douane qu'il soulève à propos des marchandises de M. Macey, est écartée sur mon observation que la délimitation entre le Siam et la France n'étant pas réglée, l'un des gouvernements ne saurait installer des douanes au détriment de l'autre dans le royaume laotien.

La communication que je lui fais du passeport, émanant du Tsong- Ly-Yamen. dont je suis muni, et en vertu duquel je puis voyager et étudier clans les provinces tributaires de l'Empire du Milieu, n'est pas étrangère à la facilité avec laquelle tout s'arrange sur place avec ce fonctionnaire, à qui je n'ai pas laissé ignorer que j'étais en possession du sceau établissant la vassalité du Laos à la Chine.

Je lui fais connaître ainsi qu'au Roi, que j'attends d'un jour à l'autre l'arrivée des membres du groupe que dirige le capitaine Cupet à qui j'ai donné rendez-vous à Luang-Prabang. et que les travaux sur le terrain doivent reprendre à la belle saison. Les membres de la mission, destinés à travailler dans les régions du Sud, seront installés à leurs centres de rayonnement dès qu'il sera possible afin de s'y documenter et de pouvoir marcher plus fructueusement quand le moment sera venu. Je les informe également que quand toutes les dispositions utiles seront prises je descendrai le fleuve avec la plus grande partie de la mission et qu'après m être séparé de mes autres compagnons je me rendrai avec M. Lefèvre- Pontalis à Bangkok où je ferai connaître au gouvernement siamois l'état d'avancement des études et provoquerai auprès de lui les dispositions pour faciliter la suite des opérations.

Le 8 juin, M. Counillon nous rejoint venant par le fleuve, de Borikan sur la rive gauche, au Sud. Eprouvé au début du voyage par la fiè\re, il a séjourné un mois chez les missionnaires français à Lakhone. Il nous annonce la prochaine arrivée des autres compagnons du capitaine Cupet.

Le 10, arrivée du lieutenant Rivière par la rivière Nam-Khane. Atteint d'une diarrhée persistante, notre camarade a grand besoin de repos et de soins.

Le iti, le capitaine Cupet et le lieutenant de Malglaive atteignent

Luang-Prabang également par le Nam-Khane. Le capitaine, victime d'une insolation pendant qu'il faisait une observation astronomique, a été très malade, il nous revient convalescent.

Le i3, arrivée de M. Lugan.

là 5

Tombe rlc Henri Mouhot,

Le groupe Cupet est au complet. Il a exactement accompli le programme qu'il sciait imposé. Ses membres vont pouvoir prendre un peu de repos et rédiger la carte de leurs itinéraires.

De Vinli. sur la côte d'Annam, ils ont gagné le kammon au delà de la ligne de partage des eaux du Mé-Kbong. Us s'y sont séparés, ont exploré les territoires du Tra-Nin et de Vieng-Chang, relié mon itinéraire précédent à celui autrefois parcouru par M. Ilarmand lequel aujourd'hui, devient la limite sud des travaux achevés.

En débarquant à Luang-Prabang M. de Malglaive a reçu la plus triste des nouvelles. Son père qu'il comptait aller retrouver l'année suivante, vient de mourir. Le malheur qui frappe notre ami nous consterne et nous désole au possible, el ;i|>rès lui avoir exprimé la part que nous prenons à sa douleur, nous lui témoignons toute notre alTection et notre sympathie en respectant 1 isolement auquel il se condamne pendant les jours qui suivent.

Le petit monument élevé sur la tombe d'Henri Mouhot vient d'être terminé1, pour honorer la mémoire de noire compatriote et saluer ce cher mort notre devancier, nous nous rendons tous au village de Ban- Peunom où la dépouille du sympathique explorateur, qui le premier a fait connaître et aimer le nom français au Laos, repose au bord de la ri- \ ière Nam-Khane.

M. Maciv. délégué du Syndicat français du Haut-Laos a vu son dépôt de marchandises constamment visité par des acheteurs depuis son arrivée. Il est content de son début, et l'examen de la place lui laisse le meilleur espoir d'avenir. Sa pacotille composée de produits français pour la première fois introduits au Laos, a été en un mois réduite des deux tiers. Il va maintenant descendre le fleuve el s'installer successivement quelques jouis aux points importants.

Le 21 juin, après avoir clos ses opérations commerciales à Luang- Prabang, où il laisse un stock en dépôt et où plusieurs commerçants laotiens débitent ses marchandises, il part en radeau pour Nong-Kay, où en attendant le passage de la mission, il fera des affaires et étudiera la région sous le rapport commercial.

En même temps que lui et pour le même endroit, se mettent en roule MM. Cogniard et Dugast, chargés d'examiner le pays à d'autres points de vue, et qui se joindront également à la mission lorsqu'elle passera avec moi.

Le <5 le capitaine Friquegnon, venu du Tonkin, nous apporte la nouvelle que le télégraphe fonctionne entre Hanoï et Sonia. Attaché au

i . Voir vol. I, page 211,

TOiNKIN ET LAOS ORIENTAL

bureau géographique d'Hanoï où il était chargé de centraliser nos itinéraires, ayant achevé son temps de séjour au Tonkin, il a obtenu, dans son grand désir de connaître le pays dont il s'occupait, L'autorisation de venir grossir la mission et de rentrer en France en l'accompagnant jusqu'à Saigon ' .

Un de mes premiers soins en arrivant à Luang-Prabang avait été d'envoyer chercher les restes du jeune interprête Douith, mort en cours de voyage avec M. (Jaranger l'année précédente2. C'était une entreprise délicate et même périlleuse, les populations de la région à atteindre étant en guerre entre elles. Le Cambodgien Kiéam s'en acquitta avec une prudence et un tact rares, il ramena les ossements de son camarade après des incidents racontés avec une simplicité touchante dans le journal de son voyage.

Le 28 juin, le chef du temple de Wat-Maï, assisté des bonzes de sa pagode et d'un grand nombre d'autres, procéda à la cérémonie de la crémation des restes de Douith et de Seng, ce

dernier mort à Luanar-Prabane en mon absence.

J'allumai les deux bûchers. Je recueillis ensuite dans de petites urnes, les cendres de chacun d'eux, et les renfermai dans des mausolées portatifs, exprès apportés de Bangkok, et auxquels j'attachai leurs médailles d'honneur, afin de rapporter avec leurs reliques à leurs familles, un témoignage démon affection et de mon estime F'g- 18.

. l,o chef de la bonzerie de W.it-

pour ces deux jeunes gens morts en servant la \i,„ ■, Luang-Prabang. France.

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