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YUN-NAN

Au Nord, l’Indo-Chine française est exclusivement bornée par la Chine qui l’y limite sur un développement de près de i 3oo kilomètres. Les provinces du Kouang-Si et du Kouang-Toung occupent un tiers de cet espace, le Yun-Nan est étendu sur les deux autres tiers.

Le Yun-Nan est la province la plus occidentale du Sud de la Chine. On s’y croirait dans une colonie chinoise bien plus que dans une partie intégrante de l’empire. Les populations indigènes, singulièrement variées, sont pacifiques : depuis dix ans, les régions frontières de l’Indo-Cliine entre le Fleuve Rouge et le Mé-Khong, soit une longueur de plus de 600 kilomètres, ont leur sécurité uniquement assurée par la milice locale.

Continuation du massif tliibétain dont les rameaux extrêmes constituent le sol de l’Indo-Chine, le Yun-Nan est une région montueuse excessivement accidentée, d'une altitude moyenne de 1 5oo à 2 000 mètres. Sa partie centrale forme un plateau de 2 000 mètres, dominé par des monts d’une altitude souvent double, qui garde dans ses cavités des lacs nombreux, quelques-uns très vastes, et est sillonné de cours d’eau profondément encaissés, circulant torrentueusement.

Traversé du Nord au Sud par le Mé-Khong et la Salouen qui, parallèlement, y passent presque en lignes droites, roulant sur un long parcours dans des failles profondes séparées par une étroite et haute chaîne, le Yun-Nan déverse ses eaux du nord dans le Fleuve Bleu qui les porte vers Shanghaï; celles de l’est sont recueillies par le Fleuve de Canton né sur son plateau; le Fleuve Rouge et ses affluents la Rivière Claire et la

Rivière Noire, également sortis du plateau, emportent celles du sud vers Hanoï ; il donne enfin ses eau.v de l’ouest à l’Irraouaddy descendant vers Rangoun.

Sa frontière est exactement fixée au Sud avec Tlndo-Chine française et l'Empire anglais des Indes, elle n’est qu’en partie délimitée à l’Ouest avec ce dernier gouvernement; la province chinoise du Sé-Tchouen le borne au Nord, et, celles du Kouei-Tchéou et du Kouang-Si a 1 Est.

Sa superficie peut être approximativement évaluée à 3qoooo kilomètres carrés, c’est-à-dire à presque celle de la Cochinchine, du Cambodge, de l’Annam et du Tonkin réunis.

A l’altitude du plateau, le climat est supérieur à celui de 1 Indo-Chine. Peu dant la saison sèche, le thermomètre, qui descend aux environs de zéro, marque en moyenne 25° le jour et io° la nuit. Dans le Nord, la neige séjourne quelques semaines sur les hauteurs. Pendant les pluies, la température devient pénible à supporter dans les parties très basses où circulent les cours d’eau.

Le pays est en majeure partie déboisé, aussi les pluies entraînent-elles vers les fleuves de prodigieuses quantités d'argile.

La population du Yun-Nan doit s’élever à sept ou huit millions d’habitants appartenant à un certain nombre de races entre lesquelles les Lolos sont en majorité et les Chinois semblent les moins nombreux. On peut y suivre, par la présence des villages qu’elles y ont laissés, la trace des invasions ou des migrations successives qui ont contribué à former la population actuelle de plusieurs contrées de 1 Indo-Chine, et, dont le plateau yunnannais a été le chemin de passage, le lieu de stationnement ou même le premier but. C’est surtout le cas des Thaïs qui, venus vraisemblablement par le Kouei-Tchéou, ont fourni : au Siam les Sao-Thaïs ; au Laos oriental les Thaïs Laos, les pou Thaïs, les pou Euns, les Thaïs nheua, les Lues ; au Laos occidental les Youns, les Kuhns ; au Tonkin les Thaïs blancs, noirs, rouges, les Thos, etc., c’est-a-dire près de quatre millions d’individus. Après eux, au même point de vue, viennent les Khas, en particulier les Hougnis et les autres peuplades sédentaires ou nomades, Loutze, Kakien, Paï, etc. Ces populations variées, qui

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