TERRES CH AI DES
Les terres chaudes, comme leur nom l'indique, sont soumises à un climat brûlant. La température moyenue de l'année varie entre •ib" et 280, suivant les tvrm thmi altitudes et les conditions locales, mais la chaleur du jour y est généralement intolérable, et le thermomètre dépasse souvent tio". Au bord de la mer, une brise du large vient rafraîchir l'atmosphère le soir et le matin; mais, à quelques kilomètres dans l'intérieur, ces conditions ne se retrouvent [dus, et un soleil de plomb condamne les étrangers et même les indigènes à la retraite et à l'inaction pendant les heures torrides du milieu de la journée.
Le climat des terres chaudes est caractérisé par une assez grande régularité tlans l'alternance des saisons au point de vue des météores aqueux; non-seulement la saison des pluies n'y est pas très-longue, car elle ne dure que U à 5 mois au plus, mais il ne tombe que rarement des pluies accidentelles pendant le reste de l'année1'1. Il faut ajouter que le sol est généralement sablonneux ou graveleux et mal ou irrégulièrement arrosé, les eaux des régions supérieures s'élant déjà groupées en grandes rivières séparées par de vastes espaces desséchés. Toutes ces conditions réunies sont peu favorables à la vie humaine et à l'agriculture.
La quandte! d'eau dé» entée pur Ira «rages de l'été e»l presque être quniilié de *ec par comparaison M «lui li-lliTwiil plu» faillir «pic- Hic qui lnrnlx! »iir le» >ci*.nils dp» lerre» lempéréin, •!« montagne», que le aJinvnt de* (erre» chaudes pourrait
du n'ttr
119 VOYAGK GÉOLOGIQUE
aussi les terres chaudes sont-elles généralement peu habitées et peu cultivée»,
«li >ius dans les régions inférieures, prés des rivages de la nier, où quelques
ports seulement sont établis de loin en loin. Plus haut , la transition à la terre tempérée commence à se faire sentir, quelques centres importants sont établis tlans les lieux les plus favorablement situés, et les tribus indigènes occupent la campagne.
Du côté de l'Atlantique, les terres chaudes du bord de la mer sont en général excessivement malsaines, et, par conséquent, à peine habitées, sauf dans ir.r*iiai>u.|iH. (juclqucs ports de mer échelonnés sur la haie de Honduras; aussi n aurons-nous que quelques mots a eu dire. Au Guatemala, elles acquièrent une certaine importance dans les grandes vallées des fleuves principaux, comme le Polocbic ou le Molagua, dont les rives sont bien cultivées, et habitées par une assez nombreuse population jusqu'à une distance notable de leur embouchure; mais, dans l'intérieur des terres, ou ne peut plus guère citer que pour mémoire ces mêmes vallées, et d'autres encore connue celle du Rio Chisoy, dont le fond, très-déprimé, atteint brusquement une altitude correspondant à la terre chaude, et qui jouissent d'une température d'autant plus élevée que la chaleur y est comme concentrée par les montagnes qui les environnent. Mais elles sont, en général, tellement encaissées, qu'elles ne peuvent plus avoir aucune signification au point de vue de la population et île l'agriculture.
Sur les côtes du Parilîque, les terres chaudes occupent généralement une bande dont la largeur ne dépasse que rarement une cinquantaine de kilomètres; mais elle est très-souvent moindre, eu particulier dans le Soconusco et dans la partie de la république de Salvador connue sous le nom de Cote du Baume (Costa del Balsamo). Dans ces points, les montagnes se rapprochant de la mer, les terres chaudes deviennent étroites et accidentées; elles se rouvrent d'épaisses forêts habitées par des tribus indigènes qui y exploitent, par des procédés excessivement primitifs, le caoutchouc (Jatropha elastica, llevea (îuianensis), et le baume du Pérou tiré du Myroxylon peruiferuin. En général, et c'est le cas pour tout ce qui dépend du Guatemala, les terres chaudes se composent de plaines sablonneuses étendues le long de la côte cl reliées progressivement aux terrains plus élevés par des pentes douces ou de légères ondulations.
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DANS LES RÉPLBLIQLES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 113 Cette première bande de sable, parfaitement plane, se développe an bord de la mer sur une largeur de quelques kilomètres, et joue un rôle important dans la conGguration des côtes. Le vent déplace et accumule à son gré ces matériaux meubles pour en former des dunes et des barrières qui interceptent le cours des rivières au moment où elles vont se jeter dans l'Océan. Les eaux, ainsi arrêtées, constituent de vastes lagunes saumàtres (eslerus), de formes et de dimensions peu constantes, tantôt séparées de la mer, tantôt communiquant avec elle. Sur les rives de ces esteros croissent d'épaisses forêts de palétuviers (lbzophora). qui plongent leurs racines dans les eaux saumàtres el servent de repaire à d'innombrables quantités de serpents et de caïmans. Sous l'influence d'un soleil brûlant, les eaux croupissantes et les matières organiques en décomposition rendent le voisinage des esteros extrêmement malsain; la fièvre \ règne presque continuellement, et l'on n'y trouve pas d'habitants, sauf aux endroits que le commerce a choisis pour y établir des ports. Dans quelques points, la haie de La l nion par exemple, les rivages de la mer sont marécageux, mais les palétuviers n'y prospèrent pas moins, et les lièvres les accompagnent.
Les premières pentes qui succèdent aux plaines de sable sont un peu plus pro- Ptlii„ pires à la végétation; les bords des rivières se couvrent de belles et épaisses forêts, ' mais, en général, la terre est encore brûlée par le soleil, peu fertile, et ne nourrit que d'inextricables taillis d'arbustes rachi tiques et épineux, surtout des acacias et des mimosas. Plus haut, le climat devient de plus en plus fa\orable à la vie et à l'agriculture. Lorsque, par hasard, l'eau est abondante, comme dans la vallée de Sonsonate ( Salvador), qui est arrosée par d'innombrables sources et ruisseaux, la terre chaude devient un séjour enchanteur, et les merveilles de l'agriculture ne le cèdent en rien aux beautés de la nature. Quoique les conditions soient loin d'être toujours aussi brillantes, on voit les villages se multiplier, et autour d'eux se développent différentes cultures, en particulier celles de l'indigo ( Indigofera tinctoria) et du cacao (Theobroma cacao), qui sont tout à fait spéciales à la terre chaude, puisque ces plantes ne supportent pas des températures moyennes inférieures à a 3° ou a 4°, c'est-à-dire ne peuvent pas dépasser des altitudes moyennes de 5oo mètres. Le palmier et le cocotier, qui abondent dans les mêmes régions, exigent même une température moyenne plus éle\ée (a 5" 5 environ), car ils ne
inontcnl pas au-dessus de Aoo mètres. Mais, «mi revanche, ils descendent plus aisément jusqu'au hord de la mer, et on les voit en grand noinhre aussi hien dans la plupart des ports que dans les lieux où la culture est régulièrement établie. Les pentes incultes nourrissent d'épaisses forêts où l'on récolle la vanille (lipidendrum vanilla); celte plante, qui appartient essentiellement à la terre chaude, ne supporte pas une température moyenne inférieure à -io", et s'arrête à 45o mè- Ires environ. Mais, parmi les innombrables essences qui composent les forêts d»* ces régions, il en est beaucoup qui sont communes à celles de la terre tempérée et continuent à y trouver, dans la majorité des cas, leurs conditions normales d'existence.
Le climat des (erres tempérées, presque brûlant encore dans les régions qui confinent aux terres chaudes, devient doux et réellement tempéré dans les points dont les altitudes sont plus considérables. La température moyenne annuelle oscille entre les limites de ai" et de 18", et ces écarts n'ont rien qui doive nous étonner, puisque la zone dont il est question occupe un espace qui mesure plus de 1,000 mètres de développement vertical. Mais le caractère commun le plus saillant de ce vaste ensemble se trouve dans les allures des météores aqueux, car le climat des terres tempérées est partout remarquablement humide. \ou-seuleiuent la saison des pluies y est longue, car elle dure au moins six mois, et quelquefois sept, mais encore le reste de l'année n'est presque jamais d'une sécheresse ahsolue; et il est excessivement rare, dans certaines localités du moins, qu'un mois entier se passe sans quelques averses qui rafraîchissent l'atmosphère et entretiennent la végétation. Les pluies sont extrêmement abondantes, surtout dans la zone moyenne, et déversent sur le pays, pendant la saison d'été1' en particulier, une quantité d'eau considérable. Celle eau forme d'innombrables ruisseaux qui se réunissent en grandes rivières et arrosent admirablement les provinces quelles traversent. Le sol est, eu général, de bonne qualité, formé souvent
"• Il »« «ut .lire qu'uni bien ici que dhm ti.ut re qui Us représentent In nison *Mie et lu saison .le« pluie. . ren-
Ht suivre nous prendrons les mois dVfe H d'W a\ec In »er*onl aitni eoraplélemeiit le, époques, puisqu'il fuit
«ijfiiili«li«ti qu'ils ••ni en Europe, et non p»«. «ree cellr beau |«id*nt noire biver el qu'il pleut pendant noin-
«pi'nn leur donne dans les pays h«|wno-*n«ericam>< . oit M.
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 115 d'éléments volcaniques sur le versant du Pacifique, à sous-sol calcaire du roté de l'Atlantique. Toutes ces conditions réunies contribuent puissamment à faire des terres tempérées les plus beaux et les plus heureux pays du monde, habités par de nombreuses populations qui y trouvent tous les éléments d'une existence facile et agréable, couverts de champs aux cultures les plus florissantes et les plus précieuses, aussi bien que de forêts les plus denses et les plus variées.
Les terres tempérées, nous l'avons dit, s'étendent depuis les limites des terres Ktin»i«i chaudes jusqu'à une altitude de i,5oo mètres en moyenne. Elles occupent, sur ,„n„ imip^„,. le versant du Pacifique, toutes les pentes plus ou moins accidentées qui descendent nW ,\fpmf,r„ vers la mer et les petites plaines qui forment le fond de uucluues larcjes vallées;
* 1 1 1 1 O lit rJUbatiq».
sur le versant de l'Atlantique, les vastes espaces mamelonnés de la liante Vexa Paz, les flancs des chaînes de montagnes de la basse Yera Paz, et les plateaux compris entre elles comme ceux de Salama et de Rabinal. Cette extension considérable, correspondant précisément aux régions plus ou moins inclinées ou se trouvent accumulés en plus grand nombre les divers accidents du sol, pentes abruptes, vallées profondes, brusques déchirures, entraîne nécessairement des variations de climat nombreuses et quelquefois soudaines. Ces variations ne sont pas considérables, il est vrai; mais, augmentées encore par d'autres causes locales, parmi lesquelles lèvent et la pluie sont en première ligne, elles acquièrent souvent assez d'importance pour avoir une influence directe sur l'habitat de certaines plantes cultivées dans les terres tempérées.
Ces plantes, du reste, sont loin de s'arrêter tontes exactement au même niveau; et leurs limites, infléchie* par les accidents topographiques, se mêlent de telle façon, que toute observation qui ne serait pas faite dans un sens extrêmement général , ne pourrait être considérée comme v raie que pour un seul point en particulier, line seule plante peut servir à caractériser la zone tempérée d'une manière tout à fait générale; c'est le bananier, qui vit déjà en terre chaude, et qui traverse toute la terre tempérée, jusqu'à des altitudes de près de î ,Goo mètres correspondant à des températures moyennes un peu inférieures à i 8". C'est, du reste, le bananier qui a déjà été choisi par M. A. de Humboldt, pour délînir les limites de la terre tempérée au Mexique.
Dans les régions cultivées, de fertiles campagnes produisent en abondance les 0.11,.™.™^..
116 VOYAGE KÉOLOf.lQlK
diverses plantes dites de culture tropicale. La plupart sont susceptibles de vivre déjà dans les terres chaudes, mais n'y réussissent que dans des conditions spéciales de fertilité et d'arroseinent , tandis qu'elles acquièrent tout leur développement sous les heureux climats qui nous occupent. Mais, si toutes produisent de lx>ns résultats dans les régions inférieures de la zone tempérée, elles n'en atteignent pas toutes les limites supérieures.
De ce nombre est surtout la canne à sucre (Saccharum oflicinarum ) qui ne peut supporter, non plus que l'ananas (Uromelia ananas), des températures moyennes inférieures à 200, et ne dépasse donc pas les altitudes de i,3ôo à l,/ioo mètres. Son véritable niveau est entre 600 et 1,200 mètres, avec une température soutenue et de l'eau en abondance.
Le colon (Gossypium ) , le ricin ( Ricinus), et le nopal (Cactus opuntia), craignent un peu moins le froid, et peuvent monter jusqu'à 1,4 00 mètres environ. Le nopal, qui nourrit la cochenille, présente d'intéressantes particularités, car on semble rechercher pour sa culture bien moins la température élevée qui lui est propre, et que l'on trouverait partout dans la terre tempérée, que la combinaison d'une chaleur modérée avec les conditions rlimalériques de la partie supérieure de celle zone, presque de la terre froide. C'est surtout dans les vallées d'Amatillan et de La Antigua, (pie l'on récolle la cochenille, pour laquelle il faut une saison des pluies commençant le plus tard possible, vers la fin de mai, et ne s'annonçant que par peu de pluies préalables, espacées, très-nuisibles à cet insecte quand il approche du moment de la ponte.
Le tabac ( Nieotiana tabacum), le caféier ( Coffea arabica ), et surtout le bananier (Musa paradisiaca), peuvent supporter des températures moyennes encore un peu moins douces ( 1S0 5 à 180), ce qui leur permet d'atteindre aux limites de la lerre tempérée, caractérisées, comme nous l'avons dit, par le point où cesse la fructification du bananier. Le caféier porte encore fruit à Guatemala (i,5ao mètres), quoique la température moyenne de cette ville ne soit que de 17° 7; mais cela ne se voit que dans des jardins, et il est douteux qu'une plantation de cet arbrisseau pût réussir en plein vent à une pareille altitude.
La vigne pourrait donner d'excellents résultats en un grand nombre de localités de la zone dont il vient d'être question, ainsi «pie le prouvent les essais qui ont été
DANS LES RÉPl 0LIQL1ES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 117
faits à Salaina (871 mètres) dans h Iwsse Vera Paz, el qui ont été couronnés do succès.
Le maïs et le haricot noir (frijol), qui sont les éléments fondamentaux de la nourriture des populations indigènes, sont abondamment cultivés en terre tempérée. Mais ils peuvent supporter les températures de la terre chaude aussi hien que celles de la terre froide, et leur habitat est tellement étendu, qu'ils ne caractérisent en aucune façon les régions où on les cultive principalement.
Partout où la nature est abandonnée à elle-même, les forêts vierges lèguent r<*«« <Mg« sans partage et couvrent la terre d'un dôme impénétrable de verdure. Des arbres immenses, enlacés de lianes pendantes, aux branches couvertes de broméliacées et d'orchidées à fleurs resplendissantes, des fougères arborescentes, des plantes de toutes espèces, forment un ensemble merveilleux. Une clairière dans une forêt vierge, traversée par une petite rivière aux cascades écumanles, couverte d'une voûte de feuillage qui tamise les rayons du soleil, émaillée de fleurs aux mille couleurs , est un spectacle qui défie toute description. Les aspects sont aussi variés que splendides, et telle vallée touffue de la Yera Paz, telle pelouse entourée de liquidambars au feuillage si léger et si harmonieux , resteront toujours dans le souvenir de celui qui les a vues, comme le plus frappant exemple des beautés que crée la nature vierge dans la terre tempérée.
Terres froidbs.
Le climat des terres froides se lie insensiblement par en bas à celui des terres tmc\mtempérées, car on en peut déjà observer bien des traits principaux à Guatemala. Urw f,,,^ qui est sur la limite; et par en haut, à celui de la zone glacée, qui en fait même partie, à la rigueur, jusqu'aux limites de la végétation. Parmi les caractères les plus saillants du climat des terres froides, il faut noter d'abord rabaissement de la température moyenne annuelle. [1 est à remarquer que cet abaissement tient beaucoup plus au froid des nuits qu'à la température de la journée. En effet, les rayons du soleil, quoique traversant un air raréfié, frappent d'aplomb el développent encore, pendant le milieu du jour, une chaleur considérable qui échauffe le sol, tandis que le rayonnement nocturne, facilité par la faible densité de l'atmosphère, le refroidit rapidement aussitôt que le soleil est couché. Le
même fait s'observe plus nettement encore dans les vastes plateaux du Mexique, où l<'s journées sont souvent brûlantes et presque aussi intolérables qu'on terre chaude, tandis que les nuits sont glaciales.
Il faut signaler aussi la différence qui s'accuse entre les températures moyennes des deux saisons extrêmes. Le refroidissement de l'hiver est assez notable pour que cela seul puisse suffire à le réparer Irès-iieltemenl de l'été, contrairement à ce qui se passe généralement sous les latitudes tropicales. Cela est aussi facile à expliquer que les écarts journaliers, car, à de semblables altitudes, l'élévation de la tempéra tu étant due uniquement ',, l'intlm née directe des rayons du soleil, elle doit diminuer notablement lorsqu'ils prennent une certaine obliquité.
Au point de vue des allures des météores aqueux, les caractères sont aussi assez nettement tranchés. La saison des pluies est presque aussi longue que dans les terres tempérées, car elle dure généralement près de six mois, avec une certaine régularité; mais le reste de l'année est d'une sécheresse presque absolue, et les pluies accidentelles y sont beaucoup plus rares encore que dans les terres chaudes. L'alternance entre les deux saisons se produit avec une remarquable précision. En outre, quoique les jours de pluie soient peut-être plus nombreux que dans les terres chaudes, la quantité d'eau tombée est infiniment inoins considérable que dans ces dernières, et, à plus forte raison, que dans les terres tempérées. On peut donc dire que les terres froides constituent la zone la moins bien arrosée. Il faut ajouter que. dans les montagnes, les eaux s'écoulent rapidement sur les pentes abruptes, et que, sur les plateaux, on a le plus souvent affaire à un sous-sol composé île débris volcaniques ponceiix et par conséquent trèsperméable.
Les terres froides occupent, outre les cimes des pics volcaniques isolés, ou elles dessinent des ceintures extrêmement nettes, la majeure partie des sommités de la région non! des Altos, et surtout tout ce qui dépend, dans cette même province, de l'arête montagneuse centrale, comprenant des plateaux d'un certain développement, comme ceux de Totonikapam, de Quezaltenango. de Santa Cruz del Quiché, etc.
Les pays de montagnes sont, en général, exposés aux vents froids du nord; la terre \ est le plus soin eut mauvaise et percée de tous cotés par le roc vif. Ils
ne produisent guère que des forêts plus ou moins épaisses, susceptibles de devenir fort belles, il est vrai, lorsque les conditions sont favorables, et dans lesquelles on voit dominer d'abord des essences ayant des rapports intimes avec celles de la terre tempérée, puis des genres européens, surtout chênes et coni-
teres.
Il se présente même souvent un fait assez curieux. Sur les volcans, cônes t««» parfaitement isolés, dont le pied plonge directement dans la terre tempérée et va ' cMaa d'un coté se raccorder à la terre chaude, les essences analogues à celles de la ">m';''*>' terre tempérée gagnent en altitude et envahissent le domaine des conifères, qu'elles repoussent dans les régions plus élevées. Sur plusieurs pics dont nous avons fait l'ascension (volcans de Fuego, d Agua, d'Alitlan, etc.), nous n'avons jamais vu ces derniers commencer avant 3ooo mètres, et il n'y a que rarement des chênes dans les forêts qui les précèdent. Au contraire, dans les terres froides proprement dites de l'intérieur, qui ne se lient que très-progressivement aux terres tempérées , et en sont, en quelque sorte, isolées par de vastes espaces horizontaux, les forêts .de chênes commencent déjà avec un assez grand développement sur des crêtes de montagnes, à des altitudes de 1,600 à 1,700 mètres, et on les voit mêlées à une assez forte proportion de pins, dans la province des Altos, à des altitudes de 1,900 à a, 000 mètres. Quelque chose de parfaitement analogue se présente d'ailleurs dans les hauts plateaux du Mexique, où la végétation forestière dominante est celle des conifères, qui régnent seuls aussi à la base des grands pics volcaniques, brusquement surélevés au milieu de la terre froide, sans aucune relation avec les régions basses où la température est plus élevée. Le chêne est une essence appartenant absolument à la terre froide, car, comme la plupart des céréales, il ne supporte pas de températures moyennes inférieures à i5°, et ne monte donc guère au-dessus de 2/100 ou !i,5oo mètres, tandis que le pin, ainsi que nous le montrerons plus loin, vit à des altitudes bien plus considérables.
Les cultures de la terre froide occupent principalement les versants peu in- <juiiu«» elinés et abrités, où la terre végétale n'a pas été complètement enlevée par les eaux, et les hauts plateaux plus ou moins arrosés, dont le sol, quoique généralement trop perméable, est quelquefois assez fertile. Ces cultures sont d'abord celles
du ruais et du haricot, dont il a déjà été question, cl qui ne dépassent pas la température moyenne de i5°, correspondant à une altitude do a,/ioo mètres environ. Le froment et les arbres fruitiers d'Europe (poiriers, pommiers, cerisiers, pêchers, etc.) sont exactement dans les mêmes conditions comme limites supérieures, mais leur habitat n'est pas aussi étendu, car ils ne peuvent commencer aussi bas dans la terre tempérée, ne supportant pas des températures moyennes supérieures à 20° ou 210. H faut encore y ajouter l'orge, l'avoine el la pomme de terre, qui, tout en ayant une limite inférieure à peu près analogue, peuvent supporter, surtout l'avoine, des températures moyennes un peu plus rigoureuses, puisque ces végétaux s'élèvent dans certaines conditions favorables jusqu'à !,8oo mètres. [Sous avons même vu un champ d'orge à une hauteur de plus de :>,ooo mètres, mais il était uniquement destiné à produire du fourrage vert pour les bestiaux, et jamais on n'aurait songé à al tendre une fructification qui n'aurait pas eu lieu. On peut donc admettre que la culture des plantes utiles s'arrête, à un point de vue général, à des altitudes fort peu supérieures à 9,5 00 mètres.
r..i»« Cette limite de la fructification des céréales est assez, intéressante, si ou la corn-
r»rn>t im nrtWm. p*ra à celle qui existe en Europe. En effet elle correspond à des températures moyennes annuelles de ih ou l5°, et nous sommes habitués, dans nos climats, à voir ces plantes prospérer avec des moyennes annuelles incomparablement plus basses. Mais il ne faut pas oublier que les céréales, ayant leur puissance >égéla- (ive développée pendant l'été seulement, dépendent de la chaleur accumulée pendant cette saison, et ont des limites parallèles aux lignes isolhères, c'est-à-dire aux lignes correspondant aux moyennes estivales égales. Or, dans nos climats, les différences de température entre les saisons sont considérables, l'été dépassant de beaucoup la température moyenne, el l'hiver lui reslanl notablement inférieur: tandis que, sous les tropiques, ces écarts annuels sont relali veinent très-peu de chose. La différence y existe surtout entre la nuit et le jour, de sorte «pie. même a\ec une température moyenne annuelle de 1 5°, les plantes ont à subir, pendant l'été, des allernatives journalières de grande chaleur et de froid intense. Quelle que soit alors la moyenne estivale* et l'influence des rayons solaires pendant la journée, la répétition régulière des nuits presque glaciales ne permet pas aux
céréales d'accumuler la quantité de clialeur qui leur est nécessaire pour la fructification, et en lîxe ainsi les limites.
Les régions dont l'altitude dépasse 9,5oo mètres ne nourrissent guère plus n^im i|ue des forêts. Sur les volcans isolés, ces forêts, comme nous l'avons déjà dit, se d» composent, juscpie vers 3,ooo mètres, d'essences mêlées qui font reculer le do- j,^^ maine des pins; mais, sur les grands massifs montagneux, il n'en est pas de même. Presque toujours, aussitôt que les cultures utiles disparaissent, elles sont remplacées par les conifères. Nous avons pu vérifier dans l'Amérique centrale une observation déjà faite au Mexique par M. de Saussure et par nous, c'est que la zone des conifères se décompose très-fréquemment en trois groupes distincts : le premier se compose uniquement de pins; le second, qui commence en général vers 3,ooo mètres et n'atteint guère que 200 ou 3oo mètres de développement, est caractérisé par les sapins, qui y sont presque seuls; dans le troisième, enfui, reparaisscntdes pins, spécifiquement distincts peut-être de ceux du premier groupe, et qui couvrent les sommets des montagnes.
Celles-ci ne sont pas assez élevées, du reste, pour qu'on puisse suivre ce qui UmUm
»lt* la iràvtaUon
se passe jusqu'aux limites de la végétation arborescente, et l'on ne peut l'étudier «i^,, que sur les cônes volcaniques, où ce sont d'ailleurs les pins seuls qui vivent aussi aux grandes altitudes. Malheureusement les volcans de l'Amérique centrale ne peuvent fournir que peu de documents pour cet intéressant travail, car presque tous, ou bien ne sont pas assez élevés pour atteindre les limites de la végétation arborescente, ou bien présentent encore un degré d'activité qui la repousse dans les régions inférieures.
Sur le volcan d'Alitlan, qui s'élève à 3,07a mètres, le domaine des conifères s'arrête fort au-dessous du sommet à cause de la présence des scories roulantes ou des cendres meubles et acidifiées par les dégagements de gaz.
Sur le volcan d'Agua, qui est complètement éteint et arrive à 3,753 mètres, les conifères existent jusqu'au sommet, mais, vers la fin, ils sont un peu espacés et rabougris , ce qu'il faut probablement attribuer aux fortes pentes.
Sur le volcan de Fuego, les pins ne dépassent pas la Meseta (3,670 mètres), mais pour des raisons analogues à celles qui existent au volcan d'Atitlan.
Enfin, sur le volcan d'Acatenango , dit aussi Pico Mayor du volcan de Fuego,
Voj,r géologique.
qui s'élève à 4,if>o mètres, on voil les conifères monter jusqu'à 100 mètres environ au-dessous du sommet, sans être ni trop espacés ni trop rabougris à cette limite.
Ce serait assurément se hasarder beaucoup que de vouloir établir une loi sur l'observation d'un seul fait; mais, en le mettant en regard de ce que nous avons eu occasion de voir au Mexique, nous pourrons en induire qu'il nous donne, avec une approximation suflisante, la véritable limite de la végétation arborescente, car les conditions du volcan dAcatenango sont tout à fait normales, et il ne se présente sur cette montagne aucune particularité qui puisse avoir sur 1rs choses une influence notable. Nous avons observé, au Mexique, les limites suivantes sur plusieurs hautes montagnes situées toutes à peu près sur le même parallèle de i 90 3o.
Coffre do Peroli» 4.ooo nictw.
Popocalepell 3,980
Y-vailo de Toluca 'i. <■;,.".
Volcan de Coliina fi.000
C'est donc Irès-approximalivcmcnl une moyenne de /|,ooo mètres, et on admettra facilement qu'à la latitude de l6° 3o, qui est celle du volcan d'Acatenaiigo. la limite soit un peu plus élevée et corresponde à û,of>o mètres à peu près. On pourrait peut-être s'étonner que la différence ne soit pas plus grande, mais il faut réfléchir que la limite de la végétation arborescente est soumise à des causes particulières au moins aussi dignes de remarque que celle des céréales. < m Ce n'est certainement pas à l'altitude seule que peut être dù l'arrêt de la vie des
ii h Tigftitiii conifères, car à a,o5o mètres la température moyenne n'est pas excessivement basse, peut-être 7 ou 8° tout au plus, et elle est en tout cas beaucoup plus élevée que celle qui permet aux grands arbres de prospérer encore très-bien en Europe. On admet dans nos climats que les limites des grands végétaux sont parallèles aux lignes isochimènes, c'est-à-dire aux lignes d'égale température hibernale; car, devant conserver pendant toute l'année une certaine puissance végétative, ils dépendent directement du degré de rigueur de l'hiver, qui ne leur fournit plus les conditions nécessaires à leur existence lorsque le froid devient trop intense et trop continu. Mais, dans les régions intertropicales, les choses ne sont pas compara-
bles, puisqu'il n'y a pas, à proprement {Wirler, d'hiver rigoureux, et (pie, comme nous l'avons déjà dit, les journées sont toujours chaudes. Les causes de l'arrêt do la végétation doivent bien plutôt être cherchées, comme l'a très-bien l'ait M. de Saussure {llijdrologie du Mexique), dans les conditions climatériques de ces hautes régions. En effet, quoiqu'il il y ait une partie de l'année où il fait plus froid, cet hiver coïncide avec la saison où la sécheresse est presque absolue. Il n'y a donc aucune chute de neige qui vienne se joindre à rabaissement de la température pendant cette période, pour soumettre les végétaux à des conditions nuisibles. Mais, en été, quoiqu'il fasse chaud pendant le jour, il fait froid, souvent trèsfroid, le soir et pendant la nuit. Or c'est précisément à ce moment qu'éclatent les violents orages quotidiens qui, pendant la soirée et une partie de la nuit, déversent des quantités de pluie considérables dans les régions inférieures, mais se résolvent en neige à ces hauteurs, surtout au commencement et à la fin de la saison. Cette neige séjourne pendant la nuit sur les branches des arbres, le soleil du matin la fait foudre, mais la soirée suivante la ramène, et cette alternance se répète pendant plusieurs mois. Les conifères doivent certainement souffrir beaucoup de celte neige de tous les jours, transformée en eau, puis reformée de nouveau sur leurs aiguilles, et cela surtout au printemps, au moment où la force végétative est en pleine activité. Ce serait là, beaucoup plutôt que dans le froid sec de l'hiver, peu intense du reste, qu'il faudrait chercher, suivant M. de Saussure, les causes de l'arrêt de la végétation arborescente. Peut-être aussi la raréfaction de l'air dans les grandes altitudes n'est-elle pas tout à fait indifférente. Quoi qu'il en soit, nous croyons que la limite de la végétation arborescente doit être placée, dans l'Amérique centrale, à une élévation comprise entre /i,ooo et 4,ioo mètres eu moyenne.
Quant à la limite de la végétation herbacée, nous ne pouvons rien en dire, Liait puisqu'elle se place, au Mexique, à une altitude de 6,200 mètres à peu près, hau- h,^,lf.v leur qui n'est atteinte par aucune des montagnes de l'Amérique centrale. Il est à remarquer, néanmoins, que, dans la région où les pins commencent à s'espacer, il se développe une herbe épaisse et touffue, et que cette herbe persiste jusqu'à la pointe extrême du volcan d'Aralenango. 1 ' !
Art
La limite des neiges éternelles, qui est, au Mexique, entre '1/100 et 4,5oo „nB«.iPmHi«
124 Vf» iGE GÉOLOGIQUE
mètres, serai! peut-être un peu plus élevée encore dans l'Amérique centrale. Il faudrait bien se garder de croire qu'elle est atteinte par certains points, tels que la Neveria du volcan d'Agua, située seulement à 3,5oo mètres de hauteur, et où de la neige se conserve pendant presque toute l'année. On a affaire à des neiges tombées à la fin de la saison des pluies, au moment où le froid commence à s'accentuer, et qui, accumulées dans «les trous ou des creux où elles sont à l'abri «les rayons «lu soleil, peuvent persister pendant la plus grande partie de la saison sèche «'t donner lieu à «le petites exploitations. Mais ce n'est évidemment qu'un fait exceptionnel dù à des causes absolument locales, itoun*. Os considérations sur les allures des climats, aussi bien que sur la réparti-
tion et sur la limite des végétations, sont loin assurément d'être aussi claires que ce que la nature elle-même met sous les yeux de l'observateur. Rien ne saurait cendre la netteté avec laquelle elle en offre au voyageur l'illustration vivante, pour ainsi dire, le tableau coloré «k's nuances les plus vives et les plus tranchées.
Un «les plus frappants exemples «-n «>st, si notre souvenir ne nous trompe pas, l'asjM'ct du volcan d'Agua, tel qu'il se présente, vu «l'une sommité voisine, «tomme le volcan d«> Pacaya. Ce beau côn«' éteint s'élève, complètement isolé, précisément au milieu des régions les plus peuplées et les plus cultivées, et ses pentes, par «les courbes d'une admirable régularité, se relient doucement «'t progressivement vers le sud-est aux plaines de la terre chaude, en traversant toute la zoue tempérée. Sur la surface du cùne se dessinent «les lignes régulières et parallèles <jui correspondent aux limites des végétations t'1. On distingue aisément à la base du volcan les pentes boisées de la terre chaude, parsemées, comme de taches plus claires . de petits espaces cultivés, au milieu desquels se dressent les élégants panaches des palmiers et des cocotiers; puis c'est la zone «h-s plantations «le canne à sucre et «le café dont la verdure étincelante forme une ceinture vivement éclairée ; quelques restes des épaisses furets v ierges y jettent de loin en loin une tache sombre qui s'étend quel- «piefois jusqu'à travers la terre froide dont les cultures particulières dessinent une nouvelle bande, claire encore, quoique moins brillante. Vient ensuit*' le domaine
Il font remarquer, l'ti promit, que ces courbes ne wwil pas tout n luit de» cercle* concentrique», mai» plutôt •le» sorte» d'ellipse», cor die» ne relirent un peu yers le
sud , du oVlr que les ratons du soleil frappcril pendant un |«-n plu» Imiflleiiip» et que onlU-int pas le souffle de» vents froids du nord,
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des grandes forêts à essences varié**, vaste ceinture sombre, limitée en haut el en bas par des lignes d'une étonnante régularité. Enfin, c'est la zone des bois de pins, où la végétation, moins condensée, laisse croître en abondance une herbe jaunâtre, dont le ton clair tranche vivement avec la nuance des espaces situés en dessous.
En résumé, il résulte de cette étude que la grande variété de climats dont l'Amérique centrale est redevable a sa constitution orographique consiste surtout dans une décroissance progressive et inlinie des températures moyennes annuelles. Car il ne faut pas oublier que certains caractères fondamentaux des climats intertropicaux, en particulier l'inégale répartition des pluies pendant les saisons, et la variation de température journalière plutôt qu'annuelle, se retrouvent partout, à un degré plus ou moins élevé, même dans les terres froides, dont le climat semble se rapprocher le plus de celui des pays européens, (le sont la des conditions auxquelles ne se plieront jamais complètement les végétaux non indigènes, et grâce auxquelles la zone la plus fertile, la plus cultivée, la plus peuplée el la plus riche, sera toujours celle des terres tempérées.