‹ Mission scientifique au Mexique et dans l'Amerique CentraleChapitre 14 sur 89 · SAISONS · texte numérisé non relu

SAISONS

L'Amérique centrale est, dans son ensemble, une région éminemment tn>- hn^ifc rmmk picale; aussi les fractions qui nous occupent plus spécialement participent-elles ^rnr^[[1)l très-nettement des caractères bien tranchés qui distinguent cette zone. Les iliffé- p"""!»1"

rences entre les saisons sont pou accusées au point de nie de la température, quoique les pays dont l'altitude «-si considérai de, sans rependant tomber dans les extrêmes, offrent des contrastes un peu plus frappants que les plaines basses. Il n'existe, à proprement parler, que deux saisons, moins caractérisées elles-mêmes par les variations de la chaleur et du froid que par les allures différentes des météores aqueux. Les termes de transition, le printemps et l'automne, disparaissent presque complètement; leurs noms mêmes sont à peu près absents de la langue, et il ne reste qu'uo été et un hiver, dont les noms européens sont le plus souvent négligés par les idiomes locaux à cause des idées de froid et de chaud que ces termes impliquent dans nos climats. On les remplace par des dénominations beaucoup plus rationnelles, celles de Tù'iiijio de Agita*, saison des pluies, pour l'été, et de Tiempo de MCW, saison sèche, pour l'hiver. Ce partage, de l'année en deux saisons est important et constituera un des traits ilistinctifs de la météorologie dans l'Amérique centrale. Remarquons en passant, mais pour y revenir avec plus de détails lorsque nous parlerons spécialement des météores aqueux, que les pays dont il est question dans ce travail se trouvant dans le voisinage plus ou moins immédiat du quinzième degré de latitude, ils présentent déjà quelques-uns des caractères de la zone à double saison pluvieuse. Mais on n'est encore que dans les régions de transition, pour ainsi dire, et la saison des pluies, sans se dédoubler complètement, présente des périodes d'intensité plus considérable, séparées par une accalmie plus ou moins sensible. Le fait est assez net et important pour mériter qu'on s'y arrête, mais il ne constitue pas quelque chose d'assez saillant pour motiver un partage de l'année autre que celui qui nous conduit à considérer seulement deux saisons, celle des pluies et celle de la sécheresse, tlinn* .1-» mïm»i> Dans les terre» chaudes, la saison sèche est généralement beaucoup plus l*itr*-.ti»mw longue que la saison des pluies proprement dite, caractérisée par les orages quotidiens. Sur les eûtes du Pacifique, cette dernière ne dure que quatre mois environ; annoncée par quelques averses espacées, quelquefois orageuses, elle commence au mois de juin au plus lot, et se développe alors avec une certaine intensité, caractérisée par d'abondantes chutes de pluie journalières accompagnées le plus souvent de phénomènes électriques. Pendant cette période, il règne aussi parfois un vent du sud-est qui amène d'épouvantables tempêtes; ce vent est proba-

blement le môme 411e celui qui reçoit le nom de Cordonazo de San Francisco (flagellation de Saint-François) sur le littoral du Mexique, et cause l'effroi des navigateurs indigènes.

Au mois d'octobre, plutôt au commencement qu'à la lin, la saison des pluies se termine d'une façon complète pour laisser la place à la saison sèche, qui, de son côté, ne présente presque jamais de pluies accidentelles pendant tout le temps qu'elle dure. Le vent du nord règne pendant la plus grande partie de celte saison, quelquefois avec une certaine violence, et vient rafraîchir l'atmosphère de manière à rendre les bords de la mer un peu plus habitables. La barrière que lui opposent les hautes montagnes qui séparent le versant du Pacifique des régions voisines de l'océan Atlantique ne lui permettent pas de s'établir avec une Irès-grande régularité, et, lorsqu'il souille avec certaine intensité, on peut observer ce phénomène remarquable de courants puissants qui filtrent en quelque sorte à travers les interstices des montagnes, ravagent tout sur leur passage et respectent les localités abritées par une sommité qui arrête ou brise la masse d'air en mouvement. Il faut ajouter que le vent du nord arrive presque sec dans les pays qui bordent le Pacifique, et n'est plus que rarement assez saturé d'humidité pour déverser de la pluie sur les endroits dont la végétation abondante est susceptible de déterminer un refroidissement et par suite une condensation. C'est dans les obstacles qui s'opposent à la marche régulière du vent qu'il faut chercher aussi les causes grâce auxquelles les côtes de l'Atlantique ont une saison des pluies plus prolongée et un hiver qui n'est pas absolument sec. Chaque fois qu'une cause quelconque permet la condensation des vapeurs que le vent du nord amène avec lui et dont il est encore saturé, la précipitation s'accomplit, et les terres chaudes sont arrosées par d'abondantes pluies.

\ la base de la terre tempérée la répartition des saisons est déjà un peu dif- aiiu» •.«*» Gérai te, el l'on peut remarquer, en particulier, que l'époque des pluies embrasse imifaMn un espace de temps bien plus considérable. La région dite Boca Costa, qui cor- ^tZft^m. respond, dans le Guatemala, sur le versant du Pacifique, à la zone que nous étudions en ce moment, est assurément un des pays les plus pluvieux qui se puissent voir, sauf peut-être les parties correspondantes du versant de l'Atlantique, où les causes qui déterminent la précipitation des vapeurs de l'atmosphère sont encore

W.g.jp.logi,!*. i;

plus développées. Non-seulement la saison des pluies est très-longue, car elle dure près de sept mois, commençant en mai pour finir en novembre, mais encore l'autre saison est rarement absolument sèche, grâce aux pluies accidentelles et aux autres météores aqueux. En effet, les mois de février, de mars et d'avril, semblent déjà annoncer l'approche de la saison des pluies par des rosées abondantes et des brouillards qui régnent souvent le malin.

Nous ne devons pas passer sous silence un fait assez remarquable, qui prouve combien est grande l'influence de la végétation sur la répartition des météores aqueux. Depuis uue dizaine d'années l'époque de la saison des pluies a été progressivement modifiée par le défrichement, à tel point qu'à l'hacienda de San Agustin, on a dù retarder d'un mois le moment du travail de la canne à sucre. Des observations analogues ont été faites à Coban, dans la terre tempérée du versant de l'Atlantique. Il y a vingt ans, cette région, couverte d'épaisses forêts, était arrosée toute l'année par des pluies diluviennes, tandis que, depuis que les grandes cultures y ont été- introduites, on commence à jouir d'une période de sécheresse, très- courte encore, il est vrai, mais néanmoins caractéristique.

Voici, pour résumer ces quelques considérations, le tableau de ce qui se passe mois par mois à San Agustin :

Janvier. Très-sec.

Février. Sec, sauf quelques pluie», dites lima» de la Candekria (pluies de lu Chandeleur) , i|ui tiennent

se placer dans le* trois ou quatre premier* jour* de la lunaison qui commence dans ce mois. U«r«. Tris-tac.

,(m'/. Très-sec.

Mai. Bariraa quiiue jours de pluies distancées, plu* ou moins inlcnsea, répartie* dans le moi». C*#

l'époque des semailles.

Juin. Pluies régulières.

Juillet. Pluies régulière*.

Ioiîi. Pluie», *auf pendant une diiaine de jours au commencement du moi* et quelquefois aussi dan» les derniers jours de juillet, ("est ce que l'on nomme le rerauo de Agrafa (printemps d'août) et celle dénomination prouve , comme nous le disions plus haut, combien les noms des saisons, tels que nous le* comprenons eu Europe, ont été délournés de leur signification réelle, printemps ne signifiant plu» ici que temps beau et sec.

Septembre. I>es plus fortes pluies. Tempêtes du sud-ouest. Orages violents.

Octobre. Pluies distancées. Les nml tiempoi, ou périodes des pluies Unes, continue» pendant quatre ou cinq jours, sans orage et sans vent, apparaissent surtout dan* ce mois et annoncent l'approche de la lin de la saison des pluies.

Voivaiire. Quelques pluies di»tnmées au commencement du mois.

Décembre. Sec,

DANS LES BÉPLBLIQI ES DE GlATEMALA ET DE SALVADOR. 131

Dans la partie supérieure des terres tempérées, à Guatemala par exemple, les a

choses sont encore un peu différentes et l'on put aisément saisir la transition in- h â'^p. sensible qui relie la répartition des saisons telle que nous l'avons indiquée dans tum^tbtlu les régions inférieures et telle que nous la trouverons dans les terres froides. La saison des pluies est encore longue, car elle occupe la bonne moitié de l'année, de la lin d'awil à lu fin d'octobre; mais l'hiver est généralement assez sec, et il s'y manifeste déjà un abaissement de température assez notable. Il faut remarquer aussi que, si le passage de la saison des pluies à la saison sèche se produit avec une singulière netteté, presque hrusquement , le passage inverse est, au contraire, caractérisé par de nombreuses irrégularités. Pendant tout le mois d'avril, souvent môme déjà à la fin de mars, des pluies distancées préludent à l'établissement définitif et normal des orages du soir. Nous n'insisterons point ici sur ce qui se pisse à Guatemala, puisque presque tous les détails méléorologiques «pii seront donnés ci-après se rapportent à cette ville et suffisent amplement à en faire connaître le climat dans les différentes parties de l'année.

Dans les terres froides, la différence entre les saisons est peut-être plus accusée Un

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qae partout ailleurs . Cela tient d'abord à ce que l'abaissement de température, sans frnil^ être en rien comparable à ce que l'on observe dans nos climats, est pourtant assez considérable pendant l'hiver pour le distinguer nettement de l'été. Il faut ajouter que l'hiver est d'une sécheresse pour ainsi dire absolue, et que ce caractère est presque spécial aux terres froides. La saison des pluies dure environ cinq mois, depuis le commencement de mai jusqu'aux premiers jours d'octobre; mais on doit remarquer que, quoique les orages y soient nombreux et violents, les chutes de pluie n'acquièrent que rarement celte soudaineté et cette abondance si remarquables dans les terres tempérées. Nous aurons, du reste, à reparler de ce l'ait dans le paragraphe spécial. Le manque de documents certains et d'olvservations suivies ne nous permet pas d'en dire davantage sur les allures des saisons dans les terres froides, et nous le regrettons vivement, car il eût été fort intéressant de comparer les conditions des plaines telles que celles de Totonikapam et de Quezaltenango avec celles des grands plateaux du Mexique. Il nous semble, en effet, que la différence entre l'hiver et l'été doit être moindre pour les mômes altitudes dans l'Amérique centrale que dans les environs de Mexico, d'abord à

ISS VOYAGE GÉOLOGIQUE

cause de l'abondante végétation qui couronne encore presque toutes les crêtes de la Cordillère centro-americaino, tandis que celles de l'Anahuac sont généralement dénudées, ensuite parce que l'éloignement plus ou moins considérable des rivages de l'Océan doit exercer une influence assez importante sur les climats qui présentent, en général, des divergences notables, suivant qu'ils sont marins ou continentaux.

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de iiuxiUjne».

Avant d'étudier en détail les variations de la température à Guatemala, nous allons jeter un coup d'œil sur les observations que nous avons recueillies dans le cours de nos voyages dans l'Amérique centrale. 11 serait fastidieux d'en transcrire ici la liste complète, el ces chiffres isolés, sans lien entre eux, n'auraient aucune signification scientifique; mais nous allons essayer d'en grouper quelques-uns, de manière à faire voir les modifications qui peuvent être «lues aux saisons et aux conditions locales.

Il faut d'abord mentionner les extrêmes que nous avons eu occasion d'observer dans les deux sens : la plus haute température que nous ayons eu à supporter s'est élevée à ku" J»o, a i heure i/a de l'après-midi, au mois d'avril, le moment le plus chaud de l'année; c'était près des mines de Los Encuenlros, situées aux environs de San Miguel (Salvador), à 100 mètres à peu près au-dessus du niveau de la mer, dans le fond d'une \ allée environnée de tous côtés de collines rocheuses, par une journée de calme absolu, où pas un souffle de brise n'agitait l'atmosphère.

I>a température la plus basse à laquelle nous ayons été soumis n'a été que de -4- 3°, 20, sur le sommet isolé du volcan d'Agua (Guatemala), à une altitude de 3,753 mètres, par un vent violent du sud-est qui précipitait les nuages autour de DOCU avec une effrayante rapidité. C'était à 9 heures du malin, à la fin de mai. dans la première partie de la saison des pluies.

Quelques séries d'observations faites, dans des points très-rapprochés dans l'horizontale, mais séparés par de grandes distances verticales, pendant des ascensions de montagnes, ne seront peut-être pas tout à fait sans intérêt.

A La Union, le 1" avril, nous avons trouvé 3 a" ôo à 8 heures du matin , au

bord de la nier, tandis qu a midi le thermomètre ne marquait plus que 27", et 26* à 1 heure de l'après-midi, au sommet du Cerro de Conchagua, qui selève à 1,2 36 mètres de hauteur.

A San Miguel, à 1 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, de nombreuses observations dans les premiers jours d'avril (moment le plus chaud de l'année) nous ont donné pour moyennes : à 9 heures du matin 32°; à 1 1 heures du matin 38°; à 2 heures de l'après-midi 38*75. — En nous élevant sur le volcan qui domine immédiatement cette ville, nous n'avons plus trouvé*, à 926 mètres, que 19° à 5 heures du matin et 25° 75 à 6 heures du soir, et, à 3,if>3 mètres, au sommet de la montagne, que i5°fio à 8 heures 1/2 du matin et 19" 80 à midi.

Les observations que nous avons faites au volcan d'Agua , réunies à celles du révérend père Cornette en 1 850 , pourront être groupées dans le tableau suivant :

LOCILITÉS.

HKCRP.S.

S»nla Maria. Pied da e*n»»u nord (j.oSi mi'ltw)..

Umilc inférieure d« hoi. ( ».5«o mHrm) .

limite inférieur» da pins { J,q»7 mètre»).

Interimir du »raler»<3,6H^ nvMr«).

Sommet du totran (3,753).

*> h'uru du malin

«heures 45 du matin..

5heure»du*,ir

5 heure» du auir

5 heures 3o du «iiir . . .

6 Iseurea du nwlin

7 lseare» i j du malin. .

* heures 3o du noir. . .

S heure* du malin

1 1 heure» du malin . . .

fi heures du aoir ......

Midi i û minutes

0 hexress t,'ô du matin, t heure 1 5 du wir. . ■ q heures du matin

| heures du soir.

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On y peut voir avec une certaine netteté la décroissance progressive de la température avec l'altitude, favorisée ou entravée par les circonstances inhérentes à la saison dans laquelle les observations ont été faites. Ainsi, dans le mois de mai. qui correspond à l'époque la plus chaude de l'année dans la région de l'Amérique centrale où s'élève le volcan d'Agua, la température est en effet maximum à

s,.rv-

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