ITINÉRAIRE DESCRIPTIF
Le 3i mars 1 860 au matin, nous débarquions à la Union, petit port de la u^umui'* république de Salvador, situé sur l'océan Pacifique presque au fond de la s.1.»*». magnifique baie de Fonsera, où pourraient, dit-on, manœuvrer toutes les escadres du monde, ce qui nous semble parfaitement exact. Cette admirable situation, qui permettrait de créer un des plus l>eaux ports qui aient jamais existé, n'a malheureusement guère été mise à profit, et à peine cxiste-l-il une petite levée de pierres sèches, décorée du nom de jetée, qui reste complètement à sec à marée liasse, et ne permet l'accès, à marée haute, qu'aux barques ou aux gros bateaux plats nommés lancluu servant au débarquement des marchandises et des passagers. Les navires, même ceux d'un faible tonnage, sont obligés de mouiller au milieu de la baie à environ 1 mille de terre, dans une position qui présente, du reste, toutes les garanties de sécurité. Quoi qu'il en soit, grâce à la nature, qui a fait ici ce que les hommes ne font guère dans l'Amérique espagnole, le port de la Union n'en est pas moins le seul véritable port que l'on rencontre sur la côte ouest de
Vojig» fl»logH|nc. l
l'Amérique centrale, el il contribuera puissamment un jour, s'il n'y a déjà contribué, au développement commercial et industriel du Salvador.
Cette république, quoique la plus petite du groupe centro-aniériraiu, est en effet aujourd'hui la plus riche et la plus florissante de toutes, sauf peut-être le Costa-Rica. Cela lient à plusieurs ordres de considérations. Kl d'abord la population y est infiniment plus condensée que dans tous les Ktats voisins; elle s'élève eu effet à prés de 4oo,ooo habitants, répartis sur une surface de 0,ô<)/» milles carrés, ce qui correspond à peu près à hi habitants par mille carré, le double de ce que présente la plus peuplée des autres républiques centro-américaines. et près île huit l'ois plus que celle qui l'est le moins.
La manière dont celle population est composée, au point de vue des races, n'est |ias non plus sans importance : elle ne comprend guère en effet qu'un cinquième d'Indiens purs, race improductive et ne comptant pour ainsi dire point pour la riebesse du pays, tandis que, dans les contrées limitrophes, ces mêmes Indiens forment au moins les deux tiers de la population; un autre cinquième se compose de blancs, auxquels appartiennent le haut commerce ou les positions élevées du gouvernement, et le reste enfin est formé de métis ou latlino*, gens le plus souvent industrieux et travailleurs, qui mettent en œuvre les nombreux éléments de riebesse du pays. Presque toutes les cultures tropicales trouvent en effet à se développer aisément sur un sol dont la fertilité proverbiale est due en grande partie aux déjections volcaniques qui l'ont recouvert autrefois.
Le Salvador ne se composant que d'une bande assez étroite, jetée le long de l'océan Pacifique, pénètre peu dans l'intérieur du continent, et n'atteint point, par conséquent, la zone des hautes montagnes; il pourrait donc n'y avoir que très-peu de terrain perdu, puisqu'on laisse ainsi dans le Honduras les parties impropres aux végétations tropicales par leur altitude et leur climat, et presque impossibles à mettre en omvre à cause de leurs allures brisées, de leurs dénivellations brusquesetde leurs rochers arides. Outre leur fertilité, les plaines du Salvador on) encore l'avantage de faciliter les voies de communication, avantage dont il faut espérer que l'on profitera dans l'avenir plus qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, quoiqu'il faille reconnaître que c'est encore là une des parties de l'Amérique centrale les plus avancées sous ce rapport.
Un réseau de routes, niellant presque toutes les villes principales en rominutiicalion directe avec les trois ports que cette république possède sur le Pacifique, aident puissamment au développement de son industrie et de son commerce.
La ville de la Union, qui est le principal port du Salvador, n'est d'ailleurs qu'un Part fa fa grand village, d'environ 1,800 à 2,000 habitants, la plupart de sang mêlé ou de race indienne pure. On y distingue cependant quelques Européens, de diverses nations, et deux ou trois Américains du nord, qui sont les principaux commerçants ou entrepositaires de marchandises, qu'ils expédient dans l'intérieur du pays.
Le climat de celte localité est peu fait, du reste, pour attirer une nombreuse population ; sa position , en effet , au fond de la baie de Fonseca , où elle est entourée de toutes paris par les terres qui se dressent d'un côté à une certaine hauteur au-dessus du niveau de la mer, contribue pour beaucoup à l'élévation de la température qu'on y observe; pendant les mois de mars et d'avril, il n'est pas rare, vers les deux heures de l'après-midi, de voir le thermomètre placé à l'ombre marquer 35° el 3(>°, et c'est à peine si, vers le soir, une légère brise, s'élevant du côté de la haute mer, vient rafraîchir un peu ces plages brûlées par le soleil. Les environs immédiats de la Union sont très-peu cultivés, et sur le bord de la mer croissent des forêts de palétuviers , qui sont autant de repaires de crocodiles énormes vivant à l'embouchure de nombreux petits cours d'eau qui se jettent dans la baie en formant ce qu'on appelle dans la langue du pays des esterox.
La baie de Fonseca est parsemée île nombreuses îles d'inégale grandeur, toutes ifa»
désertes, sauf une dite d'k du Tigre. Ces îles, à peu près incultes, sont couvertes ' *
d'une épaisse végétation, très-boisées, généralement montueuses, el d'un abord difficile à cause des récifs qui les entourent; quelques-unes, où croissent de hautes herhes, ont été mises à profit pour l'élevage de nombreux troupeaux de bœufs, dont les cuirs sont Irès-recherchés , mais les bètes féroces, telles que jaguars, ocelots, couguars, elc. qu'on n'a pas encore pu éloigner tout à fait, font de grands ravages au milieu de ces troupeaux.
L'île du Tigre, par sa position, est de beaucoup la plus importante de la baie: \w ii.iTv«sa circonférence est d'environ 20 milles, mais il n'est pas possible d aborder indifféremment sur tout son pourtour, car, tandis que, du coté du nord et de l'est, on rencontre de petites criques ou anses, très-accores et à plage de sable
!i VOYAGE GÉOLOGIQUE
lin, du cAté du sud el de l'ouest, ce ne sont que des falaises de basalte abruptes et assez élevées, qui interdisent tout accès. Le port d'Amapala est situé précisément au fond d'une de ces anses, dans une position très-pittoresque, cl il est parfaitement abrité contre les fortes brises par le pic qui domine l'île et qui s'élève à une hauteur de 700 à 800 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le mouillage y est sur et commode, et des navires d'un assez fort tonnage peuvent venir jeter l'ancre presque à un quart de mille de terre. Ce port, autrefois refuge des pirates du Pacifique, fut déclaré port franc, il y a quelques années; il concentra, |>endant un certain temps, tout le commerce du Honduras, mais peu à peu les navires cessèrent de s'y rendre, elil devint ce qu'il est aujourd'hui, un misérable amas de cases, défendu par un fort imaginaire, où le gouvernement entretient une garnison forte de douze hommes, commandés par un général qui s'intitule pompeusement gouverneur de l'île. Grâce au mauvais vouloir de ce potentat, il nous fut impossible de débarquer le jour de notre arrivée à l'ile du Tigre, sous le prétexte que le soleil était couché, et nous dûmes passer la nuit dans noire embarcation, attendant que le bon plaisir du gouverneur nous permit de visiter le pays sur lequel s'étend sa puissance.
La distance de l'ile du Tigre à la Union est d'environ la milles, et trois ou quatre heures, par le beau temps, sulliscnt pour la franchir. HwtedebUMM Après avoir séjourné à la Union le temps nécessaire pour visiter les environs
ii San Mî|*>*fl
et faire nos préparatifs en vue d'un long voyage par terre, nous nous dirigeâmes vers San Miguel. La roule, au sortir de la Union , s'écarte rapidement de la côte, el l'on gagne par des pentes insensibles , au mibeu d'une végétation touffue el rabougrie , le petit village de los Almendros, qui offre au voyageur une maison hospitalière, où, moyennant quelques réaux';,;, il lui est possible de passer une nuit, el où il rencontre ce dont il a besoin pour lui el pour ses animaux. Nous avions oublié de mentionner que, dans le pays, il n'y a pas d'autre moyen de transport que la mule ou le cheval ; la plupart môme des habitants préfèrent les mules, qui ont le pied plus sûr et peuvent supporter plus longtemps les fatigues, la soif et la privation de nourriture. On rencontre bien, il est vrai , sur celte route de San Miguel , une foule de chariots à roues pleines, larges et épaisses, traînés parties bœufs et
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 5 chargés de marchandises; mais la vue seule de ces chariots et l'aspect dii chemin, en certains points, suffisent amplement pour faire hésiter celui qui voudrait tenter l'aventure, et se donner le plaisir de se promener eu voiture sur des routes dites cependant carreleras (charretières), et nue les documents officiels traitent de caminos reaies (routes royales). Ce camino real n'est, en effet, qu'un sentier plus ou moins hien tracé au milieu de la végétation, très-poussiéreux en certains endroits, rempli de fange un peu plus loin, suivant que l'ardeur du soleil ou l'épaisseur de la végétation a enlevé ou laissé séjourner l'humidité.
A environ trois lieues de los Almendros on traverse une magnifique forêt, où voltigent les oiseaux aux plus riches couleurs, et qui renferme dans son sein nombre d'animaux plus sauvages que féroces. Nous avons surtout remarqué, sur la lisière de cette forêt, une prodigieuse quantité d'iguanes, dont quelques-unes atteignaient des dimensions vraiment remarquables ; les habitauts du pays font la chasse à cet animal inoffeiisif, dans le but de s'en nourrir : sa chair est, dit-on , succulente, et ses œufs mêmes ne sont point à dédaigner. Plus loin, à environ i kilomètre de San Miguel, on passe, sur un pont en fer, le seul peut-être qui existe dans tout le pays, une rivière profonde et encaissée, et qui était autrefois un véritable obstacle pendant la saison des pluies. Celte rivière, qui se rend dans le Pacifique, porte le nom de la ville dont elle baigne presque les murs.
San Miguel se trouve à 50 kilomètres de la Linon, dans une vaste plaine, au pied s.» d'un des plus beaux volcans du Salvador sous le rapport de la forme extérieure, u,,H",,B",k" et l'un des plus intéressants par sa constitution géologique. Cette ville est, sans contredit, la plus importante du pays, après San Salvador, et, dans peu d'années, si le commerce continue à s'accroître, elle prendra facilement le premier rang. Aujourd'hui, c'est une ville régulièrement bâtie, à rues longues et étroites, à maisons généralement basses et à toits inclinés; quelques édifices particuliers, construits dans ces dernières années, ont cependant deux étages, avec vérandas, galeries et balcons. Quant aux édifices publics, c'est à peine si l'on peut en parler : une église en ruines, un hêlel de ville qui s'écroule, tel est le bilan d'une ville fondée en tô3o, mais qui, depuis celte époque, a eu fort à souffrir, à différentes reprises, des sièges et des combals qui s'y sont livrés.
La chaleur encore plus intense qu'à la Union, qui règne pendant trois ou
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quatre mois de l'année à San Miguel, rend cet endroit très-malsain; le typhus y est endémique, et l'on y voit aussi une foule d'enfants rarhiliques, tandis que les hommes déjà robustes sont atteints de fièvres pernicieuses. La population de San Miguel s'élève à environ 8,000 ou 10,000 Ames, et se compose en grande partie de métis; les blancs cependant s'y rencontrent aussi en assez grand nombre, car il s'y fait généralement beaucoup de commerce. San Miguel est singulièrement animé à deux époques de l'année, pendant la durée de ce qu'on appelle dans le pays las feriax, les foires. Ces immenses marchés ont le privilège île réunir les principaux commerçants des cinq républiques de l'Amérique centrale, et même ceux de certains États du sud du Mexique, et l'on traite alors sur une vaste échelle toutes les affaires relatives au café, à l'indigo, à la cochenille, etc. Suivant que la foire de San Miguel a été beaucoup ou peu fréquentée, le Salvador est dans une situation prospère, ou dans une sorte de stagnation, car le marché est en quelque sorte le thermomètre du bien-être de tout le pays pendant l'aimée qui s'écoule.
Dans les mois qui suivent ou qui précèdent ce moment intéressant au plus haut point, les routes sont encombrées de marchandises se dirigeant sur San Miguel, ou prenant le chemin de la Union pour gagner l'Europe, sur les paquebots de la compagnie du Panama llailroad. Ce ne sont point seulement les marchandises et les produits agricoles qui se donnent rendez-vous dans les murs de San Miguel à l'époque îles foires, on y voit encore des échantillons des riches mines d'or et d'argent du Honduras, de Depilto, de San Marcos, etc. Les opales d'intibuca, dans le département de Cracias, attirent aussi les regards par leurs reflets multicolores et leurs dimensions vraiment remarquabli's. On peut, en un mot, parfaitement se rendre compte des productions de toute nature de ces beaux jwys, en parcourant pendant deux ou trois jours ces agglomérations étranges, où les costumes les plus bizarres et les plus variés se montrent aux yeux étonnés de l'Européen qui voyage pour la première fois dans ces régions.
Notre séjour à San Miguel avait surtout pour but l'ascension du volcan situé ù trois ou quatre lieues au sud-ouest de la ville; sans entrer ici dans des détails relatifs à cette ascension, détails que l'on trouvera plus loin, au chapitre des volcans, nous dirons cependant que, soit par inertie, soit par crainte, peu de personnes du pays avaient tenté jusqu'alors de monter au sommet du volcan, et à
peine en eûmes-nous manifesté le désir sérieux , que tout le monde demanda à nous accompagner. Le 9 avril, nous sortions donc de la ville, suivis d'une nombreuse cavalcade, nous dirigeant sur le volcan, avec rinlention de passer la nuit au pied du cône, de manière à pouvoir, le lendemain au point du jour, commencer I ascension principale. Tous nos compagnons de route étaient heureux de cette occasion qui leur permettait de respirer au moins pendant quelques instants, sans être accablés par la température torride qui règne à San Miguel. Après avoir traversé les riches plantations qui forment comme une ceinture verdoyante et lx>isée à la hase du volcan, nous rencontrâmes une immense coulée de lave datant de la dernière éruption, qui eut lieu le 20 juillet 1SM1. On raconte, au sujet de cette éruption, un épisode assez émouvant :
Sur les flancs de la montagne vivait, dans une hutte en bambous, un pauvre bûcheron qui trouvait à s'occuper dans les bois des environs. Le jour, ou plutôt la nuit de l'éruption, ce bûcheron fut réveillé brusquement par le bruit des détonations répétées partant du fond du cratère, et par la vive lueur qui s'échappait du sommet de la montagne. Aussitôt cet homme veut fuir, mais il cherche en vain un passage : de tous côtés il se voit entouré par une muraille de feu, qui s'approche de plus en plus du rocher qui pute sa maison, et il se regarde comme condamné à une mort inévitable. Heureusemenl pour lui, ce rocher, sur lequel il croyait périr, se trouvait à l'extrémité d'un pli de terrain qui divisa en deux branches le courant de lave, et il fut épargné. Peu à peu, l'éruption se calma, cessa mèmitout à fait de ce côté-là du volcan, et, quoique sauvé-, notre malheureux bûcheron dut se résigner à attendre, avant de pouvoir sortir, que la lave fût refroidie, voyant ainsi s'ajouter aux terribles émotions de la nuit précédente toutes les angoisses dfi la faim.
Au pied du cône, à la limite des cendres et des scories, uous découvrîmes une misérable habitation en bambous, dite la rusa de Chavez. où vit une pauvre famille indienne qui nous offrit la plus cordiale hospitalité. Le lendemain, frais et dispos, et munis des instruments nécessaire», nous commencions à monter bien avant le lever du soleil, afin de pouvoir atteindre de bonne heure le sommet, car nous avions à faire de nombreuses et intéressantes observations. Au point culminant du .volcan , du côté est du cratère, on a devant soi uu superbe panorama :1a magnifique baie
de Pansera cl ses îles verdoyantes, que l'on dislingue aver une netteté admirable, la rôle du Pacifique sur une immense longueur, les innombrables sommités coniques el les volcans principaux du Salvador, presque tout le pays enfin se déroule à vos yeux, el celte vue augmente encore le désir déjà bien vif que l'on éprouve de voir de prés loute cette région si pittoresque. Bout.- Dp San Miguel à Cbinameca la route serpente à la base du volcan, et s'élève
ilr
.•«n m«iki peu à peu à quelques centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer : cette
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roule n'est encore qu'un cbemin de mules où de grossières charrettes peuvent passer à la rigueur; en plusieurs points elle est taillée dans le roc, ou bien elle s'avance dans des sables qui s'éboulent, el alors sa largeur diminue sensiblement, «mm Après avoir traversé le misérable bourg de Moncagua, qui n'offre rien de remarquable, on arrive à Cbinameca, gros village de 1,200 habitants, Indiens el métis, situé dans un climat plus agréable et plus tempéré que celui de San Miguel. Chinameea se Irouve au pied d'un petit volcan dont on ne connaît pas d'éruption; loutefois, à environ 2 kilomètres du \illage, on remarque des dégagements de gaz assez importants, se faisant jour en plusieurs points d'une immense Gssure. On entend «le tous côtés des sifflements assez Torts, el on perçoit une vive odeur sulfureuse; c'est, d'ailleurs, la seule particularité remarquable qui puisse arrêter le voyageur dans cette localité. Le climat de Cbinameca permet à ses habitants de cultiver quelques fruits et quelques légumes, el ce sont eux qui alimentent ordinairement le marché de San Miguel, lequel, sous ce rapport, laisse beaucoup à désirer,
BhUwi. Laissant Cbinameca à l'ouest, la route de la capitale, que nous suivions, se dirige sur le rio Lempa, le principal fleuve du Salvador, et presque le seul un peu important qui traverse cette république. Nous retrouvons encore là la végétation des terres chaudes, et le hasard nous fait arnMer à l'heure de midi, au moment où le soleil au zénith brûlait la roule de ses rayons perpendiculaires, dans une sorte d'oasis de fraîcheur, au pied d'une superbe cascade, et dans un site ombragé de tous côtés par des arbres et des végétaux à larges feuilles, entremêlés de lianes pendantes el de convolvulus aux couleurs les plus variées. Cet endroit privilégié dépend d'une immense plantation de cannes à sucre, qui porte le nom d'hacienda d'Umaàa.
Ah delà, toujours au travers de forêts vierges plus ou moins épaisses, où les défrichements ont cependant été commencés sur une grande étendue, on descend progressivement jusqu'au bord du rio Lempa, qui roule ses eaux fort peu limpides jusqu'à l'océan Pacifique. Sur la rive droite du fleuve, vivent quelques misérables Indiens qui dépendent de la hacienda de la Barca, et qui rançonnent un peu les voyageurs tout en leur offrant quelques morceaux de viande découpée en lanières et séchée au soleil, portant dans le pays le nom de ce»ina.
Le Lempa est un fleuve d'environ aoo mètres de large, en lace de la Barca; sa profondeur est de 3 ou h mètres pendant la saison sèche, et on le franchit au moyen d'un hac assez solide, qui sert à la fois pour les voyageurs et leurs montures. 11 serait imprudent d'essayer de passer à gué ce fleuve dont les eaux peu rapides ne semblent pas présenter d'obstacles; des crocodiles sont ordinairement cachés dans la vase, sur les bonis ou au milieu du fleuve, et l'on a eu souvent à enregistrer de graves accidents dus à l'imprudence de certains voyageurs qui, pour ne pas payer la modeste rétribution du bac, traversaient le Lempa à la nage.
De l'autre coté du fleuve, la mule se continue à travers d'épaisses forêts; elle devient bientôt de plus en plus accidentée et enfin tout à fait impraticable, même pour les lourds chariots dont nous avons parlé plus haut. Pendant la saison des pluies c'est à peine si l'on peut circulera cheval et avec des mules chargées, et ce n'est qu'à environ 6 lieues de la Barca, aux abords de la plaine de San Vicenle, que le chemin redevient un peu carrossable.
San Vicente est un gros bourg moins important que San Miguel, situé comme N..V,™*,. ce dernier dans une belle plaine et au pied d'une montagne conique, qui présente La"Bl""",nt' tons les caractères d'un volcan. On n'a gardé le souvenir d'aucune éruption de ce volcan, mais il existe au sommet de la montagne une dépression assez considérable, qui, s'étant remplie d'eau, faillit amener, il y a quelques années, une catastrophe analogue à celle du Volcan de agua, si fameux au Guatemala. L'eau ayant commencé à s'échapper à travers une fissure, il se forma bientôt une sorte d'avalanche et un torrent, dont le cours, heureusement détourné par quelques profonds ravins situés au pied de la montagne, ne put atteindre San Vicente. Cette ville, fondée en i G38 par Alvarez de Quinones Osorio, avec le concours de quelques familles espagnoles, occupe à peu près la position la plus centrale du pays, et se
trouve à i f> lieues de la capitale. Le commerce toutefois n'a pu profiter de celle situation avantageuse, car les voies de communication sont encore dans un état déplorable aux environs de SanVicente, soil du coté de la Union, soit du côté de San Salvador, el les efforts tentés par le gouvernement du Salvador pour créer un port à la Concordia à i o lieues de San Vicente n'ont pas été, jusqu'ici, couronnés de succès.
San Vicente, qui compte aujourd'hui b\ooo habitants, est une petite ville régulièrement bâtie, mais dont les rues sont étroites et pour la plupart assez mal entretenues; les constructions particulières sont très-analogues à celles de San Miguel el des autres villes du pays, car ce sont encore des maisons basses sans étages ou à un seul étage au plus, et à toits inclinés. La cathédrale toutefois, qui se trouve sur une grande place entourée d'arcades dites porlalet, est d'un style assez original mélangé de style mauresque cl de celui de la Renaissance. Au milieu de cette même place s'élève une fontaine surmontée d'un groupe remarquablement sculpté'. Celte fontaine est un des seuls monuments du pays qui soient dignes d'attirer l'attention.
Mimi*» La vallée de San Vicente, aux environs immédiats de (avilie, est très-bien culs™ i«.u- jjV(^ e| |ps roHrs (|\»{lll fraîche et limpide qui la sillonnent dans tous les sens contribuent beaucoup à la puissance el à la beauté de la végétation. Lorsque l'on quitte San Vicente pour gagner San Salvador, il suffit de s'écarter pendant quelques heures de la grande roule, dite camino real, pour rencontrer, à environ a lieues dans l'ouest de la ville, une remarquable manifestation des phénomènes volcaniques. Au pied du volcan se trouve une sorte de dépression ou de ravin creusé dans les flancs mêmes de la montagne, et d'où l'on entend sortir une sorte de sifflement aigu, tandis que l'on perçoit en même temps une violenle odeur sulfureuse.
L'endroit précis où se trouve cette dépression est indiqué à une grande dislance par le nuage de vapeur qui s'en dégage, et, à mesure que l'on s'approche, on entend un bruit de plus en plus fort, tout à fait comparable à celui de la vapeur sortant d'une chaudière à haute pression, (let intéressant phénomène, dont
11 sera question plus loin avec détail, se manifeste principalement sous la forme de jets de \a|>eur qui s'échappent avec violence des fissures du rocher el pénètrent le sol environnant de telle manière que les eaux des sources du voisinage sont
considérablement échauffées par leur contact. Les indigènes, dans leur langage pittoresque et imagé, désignent l'ensemble de ces phénomènes par le mot d'in- JierniUo» (petits enfers), qui dépeint les choses mieux qu'il ne les explique; tout ce que nous dirons, c'est qu'H est à regretter qu'on ne puisse mieux utiliser ces eaux thermales et sulfureuses, qui alimenteraient facilement plusieurs immenses établissements. Les habitants du pays ont déjà reconnu la valeur de ces eaux au point de vue pathologique, et ils viennent fréquemment leur demander la goémon d'affections rhumatismales et autres; ils sont souvent arrêtés toutefois par les difficultés matérielles qui se présentent, car la nature seule a créé ces piscines d'eau bienfaisante, et la main de l'homme n'a encore rien tenté pour en améliorer la disposition.
En quittant les inliernillos pour rejoindre la roule de la capitale, et à 5 lieues au delà du San Vicentc, on traverse un immense ravin , au fond duquel coule le rio de Jiboa, qui nous rappela les barranras "' si pittoresques de la route de Colima, au Mexique, et en particulier la barranca dite de lieltram. De l'autre côté de ce ravin, la route s'élève en -serpentant sur le flanc de collines plus ou moins escarpées, et devient sensiblement meilleure à mesure que l'on approche de Cojutepeque; il faut dire, à la vérité, que la ville que nous venons de citer a eu l'honneur, après la ruine de San Salvador, de devenir pendant quelque temps le siège du gouvernement de la république, et que l'on s'était empressé de créer, aux abords de cette capitale par intérim , quelques kilomètres de route plus ou moins carrossable.
Cojutepeque, à 8 lieues de San Viccnte, est comme juché sur une bande de terre étroite, qui sépare d'une manière brusque la zone tempérée des terres chaudes du côté de l'océan Pacifique, et s'abaisse en pentes douces sur le revers opposé. Noua arrivons donc ici en pleine terre tempérée, et les habitants de Jiboa, grande hacienda située à 3 lieues de là, qui sont en rapports continuels avec ceux de Cojutepeque, se plaignent de la transition brusque de température; Cojutepeque est regardé parmi eux comme une localité froide, et il est vrai de dire que,
Les borraoca» du Mexique sont d'immenses ravins, Menqiic portent, (Uns l'Amérique centrale, le nom <Unrofoitil» cl «Hroit», dont nu n'iperruit quelqurfo» l eii»- ktrranfo». tenec qu »u moment de k» traverser. Ce* bomnicw du
lundis qu'à Jiboa If thermomètre inari|uait, à i heure après midi, à l'ombre. 3a" 5,àCojutepeque, a 5 heures, nous n'avions plus que a5°. Celte petite vdle ue présente rien de bien remarquable et mériterait à peine d'être citée; cependant elle a acquis, depuis quelques années, une certaine importance par son industrie, ou plutôt par l'industrie particulière qui s'y concentre. C'est là, en effet, qu'on fabrique la plus grande partie des cigares qui sont confectionnés avec le tabac du pays. Malheureusement, malgré la valeur du tabac qu'on emploie, on est encore loin de la perfection sous le rapport de la fabrication, et ces cigares sont de qualité assez inférieure. Leur prix varie de 5o à i5o francs le mille.
La ville de Cojutepcque est dominée par une colline volcanique d'environ •(oo mètres d'élévation, du sommet de laquelle on a une vue ravissante sur les environs. C'est là que nous nous trouvâmes pour la première fois en vue du lac d'Ilopango, qui est profondément encaissé entre des falaises abruptes et cependant couvertes, en certains points, de la plus splendide végétation. Ce lac, de ô ou 0 lieues de largeur, au milieu de ce pays si pittoresque et si découpé, rappelle assez bien certains lacs de la Suisse; ses eaux sont d'un bleu peut-être plus intense et d'une limpidité parfaite; il est parsemé çà et là d îles verdoyantes, sur lesquelles planent encore de mystérieuses légendes. A certains moments de Tannée, racontent ces légendes, au milieu de la nuit, une foule de bannies glissent en silence sur les eaux tranquilles du lac, se rendant toutes d'un commun accord dans la plus grande des îles, à l'une des extrémités; et là, dit toujours la légende, on offre en sacrifice, nous ne gavons trop à quelle divinité sanglante des temps passés, une victime humaine, un enfant de trois ou quatre ans, désigné par le sort. Nous ignorons jusqu'à quel point il faut ajouter foi à ce que l'on nous a raconté à cet égard; toujours est-il que les riverains du lac sont tous des Indiens de race pure se livrant exclusivement à la poche, et qui, tout en professant ouvertement la religion catholique, ont conservé une foule de leurs pratiques païennes. Si les sacrifices humains dont nous avons parlé n'ont lieu que dans l'imagination «les chroniqueurs, ces réunions nocturnes n'en existent pas moins, et indiquent certainement que, malgré les efforts des missionnaires, le paganisme conserve encore de profondes racines chez ces populations incultes et barbares, jr .s» sj.ado,. En quittant Cojutepeque, nous longeons, pendant 'i ou ."> lieues, les falaises
qui domineut le lac d'Ilopango, ayant constamment sous les yeux le paysage admirable qui s'était offert pour la première fois à nos regards au sommet de la colline volcanique dont nous avons fait mention, et, en 5 heures de marche, nous atteignons le village de San Martin, ù l'entrée de la vallée de San Salvador, ou plutôt, pour lui restituer son véritable nom, de la vallée de Cwcatlan. Cette expression, qui, si elle n'est pas aztèque, a, du moins, bien de l'analogie avec les dénominations du plateau de l'Anahuac, signifie, dit-on, vaUée de* hamacs. Ce nom pittoresque et terrible tout à la fois nous rappelle que la vallée de San Salvador est sujette à de fréquents mouvements d'oscillation, à de violents tremblements de terre, qui, dans certains cas, comme nous le verrons tout à l'heure, acquièrent une intensité effrayante. Les plus anciennes chroniques les mentionnent déjà, et il ne parait pas que l'on doive les considérer comme en voie de décroissance, car quelque temps après notre passage, au mois d'avril ou de mai 1867. beaucoup de maisons de San Salvador et des environs ont été renversées.
Quoiqu'il en soit, nous pénétrons dans cette riante vallée, el nous avons peine s.„n,i.,*„ à découvrir la ville elle-même au milieu de la végétation qui l'entoure; aucun édiûce ne l'indique de loin; ils ont tous, hélas! été réduits en poussière pendant le dernier tremblement de terre, et nous étions déjà depuis longtemps dans les rues de San Salvador, sans nous douter cpie nous parcourions une capitale. A chaque pas on voit une maison menaçant ruine, les murs sont lézardés, et les pans de muraille de la maison voisine n'ont point encore été relevés.
Pour donner une idée de la violence des tremblements de terre dans celle t^Umh partie de l'Amérique, nous reproduirons ici la relation du journal officiel de la ,,„ ,« „ri, lM4, localité, relation écrite quelques jours après le tremblement de terre qui détruisit San Salvador, au commencement de 1 856.
KXTIIA1T DU HOLETl V EXTRAOHM \AMO ItEL GOBIEIWO DEL SALVAIHW 1)11 •< MAI l85'l.
*La nuit du i (i avril t8ô/t restera toujours profondément gravée dans la mémoire des habitants de San Salvador. Dans cette nuit terrible, notre capitale si heureuse et si belle, devint un monceau de ruines. Dès le jeudi saint, i3 avril, on ressentit quelques faibles secousses , précédées par un brnil sourd comparable au roulement produit par une pesante artillerie sur une roule pavée, ou au gron-
dément du tonnerre. Les habitants furent un peu alarmés par ce phénomène, mais ils se rendirent néanmoins en foule dans les église pour célébrer la solennité du jour. Le samedi tout était calme, la confiance commençait à renaître, et tous les habitants du voisinage étaient assemblés pour les fêtes de Piques. La nuit de samedi fui tranquille, et le jour du dimanche également; la chaleur, à la vérité, était intense, mais l'atmosphère était calme, et le ciel serein. Dans les premières heures de la soirée, il ne survint rien d'extraordinaire, mais, ii neuf heures et demie, une forte secousse de tremblement de terre précédée des bruits accoutumés répandit l'alarme dans la cité. Beaucoup de familles abandonnèrent leur demeure et vinrent ramper au milieu de la ville, tandis que d'autres faisaient leurs préparatifs pour passer la nuit dans les cours intérieures de leurs habitations. Enfin, à onze heures moins quelques minutes, sans avertissement d'aucune sorte, la terre commença à trembler d'une manière si violente et si continue, que, dans l'espace de dix secondes, la ville entière s'écroula. .. Les craquements non interrompus des églises et des autres édifices qui tombaient arrivaient aux oreilles des habitants terrifiés, et la poussière s'élevant de ces monceaux de mines rendait encore plus intense l'obscurité de la nuit. On était enveloppé «le toutes parts par celte poussière, et r'est à peine si l'on pouvait se procurer de l'eau pour empêcher la suffocation, car les fontaines étaient ensevelies, et les puits presque desséchés.
« Le clocher de la cathédrale avait entraîné dans sa ruine une grande partie de cet édifice, qui s'était écroulé. Les tours de l'église de San Francisco étaient tombées sur l'évèché; l'église de Santo Domingo avait enseveli sous un amas de décombres le collège de l'Assomption, qui était entièrement détruit. L l niversité, qu'on venait à |»eine de reconstruire, n'était plus qu'un monceau de ruines. Quelques maisons particulières avaient seules résisté, et toutes avaient été rendues inhabitables; on remarquait même que, si quelques-unes avaient échappé à cette immense catastrophe, c'était surtout parmi les plus anciennes, car tous les bâtiments nouvellement construits étaieut en ruines.
"Ce malheur avait eu lieu, comme nous l'avons dit, dans l'espace de dix secondes, car, maigri' le nombre et la violence des secousses qui suivirent les premières, leurs effets lurent moins désastreux par cela seul qu'il ne restait plus que |khi de dommage à causer.
«Cet instant était vraiment terrible et solennel : une nuit profondément obscure, tout un peuple rassemblé sur les places publiques et le front dans la poussière, priant et demandant grâce, les cris et les voix plaintives des blessés et des agonisants, les désespoirs de ceux qui appelaient, au milieu des décombres, leurs parents et leurs amis. Une atmosphère d'une opacité de mauvaise augure, une succession de secousses et d'oscillations rapides causant une terreur indescriptible, une vive odeur sulfureuse remplissant l'air et annonçant une éruption prochaine «lu volcan, les rues remplies de ruines, encombrées de pans de murailles et «Ifdébris de toute sorte, un épais nuage de poussière rendaut la respiration presque impossible, tel était l'horrible spectacle qu'offrait celte malheureuse cité, pendant cette nuit funèbre et il jamais mémorable.
rr Une centaine de jeunes gens et d'enfants faillirent être écrasés par l'écroulement du collège, les blessés encombraient l'hôpital, et cependant ce ne fut qu'après quelques moments de réflexion que l'on put juger de la grandeur de cette catastrophe. Le gouvernement fit tout ce qu'il était possible [tour se rendre compte aussitôt île l'étendue du désastre et calmer l'esprit public. On trouva ainsi que le nombre des victimes était bien plus faible qu'on ne l'avait d'abord supposé, et maintenant il est à peu près certain qu'il n'y eut guère plus de too personnes tuées et îôo blessées; parmi ces dernières, se trouvèrent levèque «le Salvador, qui reçut une forte contusion à la tète, et le président Duenas.
"Le tremblement de terre eut lieu heureusement sans accompagnement «le pluie ni d'orage, de sorte que l'on retrouva les archives enterrées dans la poussière, ainsi que beaucoup de documents précieux, qui n'eussent pu être reinplacf'-s.
- Le sol est toujours en mouvement à l'heure qu'il est, douze jours après la forte secousse, et les habitants, craignant que l'emplacement même de la cité ne vienne à disparaître comme dans un gouffre, et redoutant d'être surpris, comme Pompéi et Herculanum, par les pluies de cendres du volcan, se hâtent de se retirer emportant avec eux leurs dieux «lomratiqucs et les doux souvenirs de leur enfance, en s'écriant avec Virgile :
- Nos pu I ri je line» el dulria linqiiimus arvn. * On comprendra facilement qu'après une ruine aussi complète la ville de San
Salvador ne présente pas, à première vue, au voyageur l'aspecl d'une capitale, et. malgré l'intelligence, l'activité et le hou vouloir du Gouvernement actuel, les travaux de reconstruction n'avancent que lentement. Quelques mois après le désastre, beaucoup de familles, qui avaient cherché un refuge à Santa Técla, à 3 lieues de San Salvador, y résidaient encore, et, plus tard, on conçut l'idée d'y transporter le siège du Gouvernement, en donnant à la ville nouvelle le nom de Nueru San Salvador, qu'elle porte encore quelquefois. Les rues sont déjà en |>arlie tracées sur le terrain, quelques maisons ont été construites, mais on paraît avoir abandonné ce projet. Pourquoi d'ailleurs chercher à Santa Técla un abri contre des secousses souterraines, qui ont lieu un peu dans toutes les directions, et peut-être aussi fréquemment dans cette dernière localité qu'a San Salvador? On se trouve toujours à « gale proximité du volcan, et peut-être même, jusqu'à un certain point, serait-on plus exposé à Santa Técla qu'à San Salvador, car près de là s'élèvent deux ou trois cônes adventifs qui seraient les premiers à lancer une pluie «le cendres, au cas où une éruption vieillirait à éclater, et donneraient certainement quelque coulée de lave.
su».u..ii La capitale actuelle est construite sur un petit plateau presque entièrement
>ii («nui nv m» forme de pierres ponces et de scories volcaniques; elle est entourée dune foule île ravins ou de crevasses, qui se sont formés successivement pendant les divers tremblements de terre, et qui ont été plus ou moins agrandis par le cours des eaux. Ces ravins lui servent de remparts naturels, et il n'y a pas bien longtemps encore, en i 803, pendant la dernière guerre avec le Guatemala, ce ne fut qu'à graud peine que le président Carrera, qui commandait en personne l'armée guatémalienne, put entrer dans San Salvador, qui n'était défendu que par quelques mauvaises pièces d'artillerie.
Celte guerre avait pris naissance dans certains dissentiments existant entre les partis au Salvador pendant la présidence du général Barrios, homme énergique, d'un esprit libéral et éclairé, peut-être un peu trop ambitieux, et qui avait voulu trop rapidement assurer au Salvador une certaine prépondérance sur les autres Ktats de l'Amérique centrale. Les mécontents avaient appelé à leur secours l'Indien Carrera, qui régnait en maître au Guatemala depuis plus de vingt ans, et qui saisit avec empressement cette occasion d'affirmer sa puissance. U mauvaise or-
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 17 ganisation des troupes, les finances restreintes, puis la trahison d'un chef de corps que nous ne nommerons pas, avec 8,000 hommes, amenèrent la défaite de Barrios, qui s'enfuit au Nicaragua. Livré plus tard au nouveau gouvernement du Salvador, il passa en conseil de guerre, et, comme on craignait encore qu'il ne suscitai de nouveaux emharras, on le condamna à mort. Nous avons vu les traces des balles et quelques gouttes de sang contre les murs d'une chapelle dépendant du cimetière où il fut fusillé. Il mourut en héros, et les vêtements qu'il portait ce jour-là, distribues entre ses amis, devinrent comme les reliques d'un martyr de la liberté. On nous pardonnera, nous l'espérons, cette petite incursion dans le domaine de la politique, qui peut faire juger, à certains égards, du caractère de ces populations, et permet de constater, une fois de plus, la mobilité et la grande légèreté d'esprit de la plupart des races hispano-américaines.
Dans une des plus profondes vallées qui entourent San Salvador, on voit de magnifiques bassins naturels, alimentés par des sources tiède», dont les eaux, parfaitement limpides, ne présentent pas de réactions chimiques remarquables. Ces eaux se réunissent toutes ensuite pour se jeter dans le rio Aselguate, petit cours d'eau, qui, serpentant dans le ravin, y répand la fraîcheur en même temps qu'il y apporte la fertilité. Un de nos compatriotes a parfaitement utilisé les bords de ce cours d'eau, et l'on pourrait se croire un instant transporté dans un jardin de la mère patrie, lorsqu'on admire la variété des fruits et des légumes de nos climats tempérés, qu'il est parvenu à faire croître sous le ciel des tropiques.
Le climat de San Salvador permet , du reste , ainsi que nous l'avons vu , presque d« 1-i.Rrîcitu..toutes les cultures, sauf celles du blé, de l'orge et des autres céréales, qui ne se j/^".'^ récoltent, sous les tropiques, qu'à des altitudes dépassant a,ooo mètres, altitudes (pie l'on ne trouve que rarement dans le pays dont nous nous occupons. Les hululants se sont adonnéR surtout à la culture de l'indigo, et à ceilc du café, qui leur présente les résultats les plus satisfaisants. La canne à sucre, qui n'est exploitée que dans la région supérieure de la bande étroite longeant la mer et portant le nom de Terres Chaudes, a été un peu négligée dans les dernières années, car la consommation du pays n'est pas suffisante pour l'écoulement des sucreries importantes, et les moyens d'exportation font souvent défaut; ajoutons encore à cela que le bénéfice du petit producteur de sucre est faible, et ne suffit pas
Vujije p-olojiijnc. 3
souvent à couvrir les frais d'établissement qu'entraîne la moindre plantation de cannes.
RmhwJu Pérou. In produit qui devient de jour en jour l'objet d'un commerce plus important.
est une sorte de résine liquide, appelée depuis de longues années baume du Pérou, et qui se recueille à la Costa del Balsamo, sur un espace d'environ 3o lieues de longueur et i o à i a lieues de largeur, entre le port de la Libertad el celui d'Arajutla, le long de l'océan Pacifique. Ce produit porte le nom de baume du Pérou, par la raison qu'au temps où le Salvador faisait partie de la capitainerie générale de Guatemala sous la domination espagnole, les petites goélettes qui venaient charger le long de la cote transportaient ce produit dans les ports du Pérou, d'où les galions espagnols le conduisaient en Europe. Les Indiens seuls sont exercés a la récolte dd baume, el ils sont, du reste, très-jaloux de leur expérience à cet égard; il est souvent difficile pour un étranger de pénétrer dans les diverses localités qui sont des centres d'exploitation, et ce n'est qu'avec une sorte de réquisition officielle, émanant du Gouvernement central, réquisition qui n'est pas toujours bien accueillie par les caciques des villages, que l'on peut voyager dans l'intérieur du territoire connu sous le nom de Côte du Baume.
Voici, d'ailleurs, en peu de mots, comment on récolte ce produit. On pratique plusieurs incisions profondes dans le tronc de l'arbre dit mtjrojyhm peruiferum , on y insère des lambeaux d'étoffe de coton ou de laine, et, après les y avoir laissés séjourner plus ou moins longtemps, suivant la profondeur de l'incision et la vigueur de l'arbre choisi, on les retire imprégnés de baume, pour les placer dans des bassins ou chaudières remplies d'eau, où on les soumet à une température modérée. Le baume, sous l'action de la chaleur, est séparé du coton qui l'a absorbé-, il monte à la surface de l'eau, à cause de sa faible densité; on l'écume alors, on le recueille dans des calebasses, puis on l'enferme dans des vases bien bouchés, el on l'expédie sur San Salvador, d'où il gagne l'Europe. L'arbre qui le fournit est, comme nous le disions, le myroxylon peruiferum; son bois, d'une texture fine, un peu veiné de rouge, a de l'analogie avec le mahogany (acajou), il est susceptible d'un beau poli, el conserve pendant assez longtemps une odeur line et agréable.
Uo-un j» ladircH Les habitants de la Cote du Baume sont, d'après llerrera et Juarros, célèbre
.1. i. 1 (.■ai. m tut.*»,.,, historien du Guatemala, des Indiens ÎSahuatl, qui ont une origine commune avec
les anciens habitants du plateau de l'Anahuac. Les historiens ne sont pas d'accord sur la question de savoir si les habitants de la vallée de Mexico sont aborigènes de localités plus méridionales, ou bien si ce sont les Aztèques qui, dans leurs migrations, sont venus habiter ces côtes de l'océan Pacifique; il ne nous appartient nullement de décider quoi que ce soit à cet égard, mais nous croyons qu'il est intéressant de faire connaître les mœurs et les coutumes de ces Indiens, qui ont conservé dans leur pureté primitive presque tous leurs antiques usages.
Leurs villages sont généralement situés sur les sommets d'une rangée de collines et d'ondulations boisées qui bordent l'océan Pacifique. Les habitations des indigènes sont construites en bambous et couvertes en jonc ou en feuilles de cocotier. Les églises seules ont des toits couverts en tuiles. Ces édifices occupent ordinairement le poieil culminant de la colline sur laquelle est bati le village. Cette disposition est fréquente chez les Indiens d'ancienne race mexicaine; nous nous rappelons en effet avoir souvent remarqué des constructions analogues sur le grand plateau mexicain, et en particulier au milieu de ruines intéressantes, situées non loin delà ville de Pérote, dans une localité qui dépend actuellement de la hacienda de Tenixtepetl. Le plus grand des villages de la Cote du Baume renferme environ 1,000 à 1,800 habitants; peu d'entre eux savent lire et écrire, mais ils ont fait néanmoins quelques progrès sous le rapport de l'instruction depuis la déclaration de l'indépendance de ces colonies espagnoles.
D'après Squiers1", les arts industriels sont, en général, peu en honneur parmi ces populations, et elles sont tout à fait ignorantes des beaux-arts. La musique, toutefois, a quelque attrait pour elles. Les Indiens professent pour la plupart la religion catholique, mais sans avoir une idée bien nette des principaux dogmes de cette religion, et ils mêlent aux cérémonies de l'Église une foule de leurs anciens rites païens. Leurs besoins sont très-limités. Les femmes sont vêtues d'une sorte de jupon en étoffe de coton qu'elles tissent elles-mêmes, et sont nues jusqu'à la ceinture. Elles partagent leurs cheveux en deux longues tresses, qu'elles entourent de rubans rouges ou de nuance un peu criarde, et s'en font une sorte de diadème autour de la tète. Les hommes portent un pantalon très-large également en coton
" Squien. .Vote» oit Cmlml Amerito. etc. l/mdon i»56.
fabriqué surplace; ce pantalon, avec un chapeau de paille à bords plus ou moins larges, constitue tout leur costume.
Le mariage est regardé, chez les Indiens, comme un engagement civil et un sacrement religieux, ainsi que dans le reste du pays, mais il est précédé de cérémonies particulières. Aussitôt que les jeunes garçons atteignent l'âge de quatorze ans, et que les jeunes filles ont seulement douze ans, leurs parents les fiancent sans consulter leurs inclinations mutuelles, et quelquefois même en les combattant énergiquement. Après la cérémonie des fiançailles, le père du jeune homme prend la jeune fille chez lui, et il est obligé de l'élever comme si elle était son propre enfant. Les deux jeunes gens lui doivent leurs services, mais, quand on suppose que le jeune couple est capable de se soutenir de lui-même, les parents lui construisent une maison à frais communs, et lui donnent les moyens de s'élancer seul dans les sentiers de la vie.
Il n'est pas rare de voir parmi ces Indiens une famille de trois générations, dont les membres, tous mariés, vivent sous le même toit et dépendent du parent le plus âgé. Ils ont un respect très-profond, non-seulement pour leurs parents ou pour les autorités civiles, mais encore pour les vieillards, dans leurs relations publiques ou privées. Us désignent ces personnes respectables par le nom général iïahualcs (aïeux). Ce litre est conféré seulement à ceux qui, âgés de plus de quarante ans, ont occupé des fonctions publiques, se sont distingués dans une circonstance quelconque, ou jouissent d'une rare capacité. Le rang plus ou moins élevé de ces personnages est strictement observé parmi eux.
Ostensiblement, leur code est le même que celui de l'Étal, mais, en réalité, ils ont des lois qui leur sont propres pour les décisions qu'ils rendent, soit dans les procès civils, soit dans les affaires criminelles. L'habitude et le bon sens sont leurs seuls guides dans leur procédure. Ils ont souvent des réunions qui ont lieu pendant la nuit, de sept heures à minuit et même plus tard, si cela est nécessaire. Le cabildo (maison municipale) est éclairé par un immense feu de bois sec enduit de résine, placé à un de ses angles. Là, le peuple assemhlé, la tète découverte, écoute et observe ensuite respectueusement les décisions des autorités.
Leurs connaissances agricoles ne s'étendent pas au delà de la culture du maïs, dont ils ont besoin pour leur subsistance, et ils concentrent tous leurs efforts sur
la récolte du baume. Au physique, ces Indiens ont des traits plus anguleux et plus durs que les autres races du Guatemala et du Nicaragua; ils sont aussi moins bien conformés, ont la peau plus noire, sont plus taciturnes, cl en apparence moins intelligents. Leurs femmes sont beaucoup plus petites que celles des Indiens des autres nations, généralement laides, et même presque hideuses à un Age avancé.
Outre les trois produits importants, l'indigo, le café et le baume, les habitants DeJ^dmlbn du Salvador cultivent encore, ainsi que nous le disions plus haut, le sucre, puis fcUnhr. le tabac, le caoutchouc, le cacao, la vanille, le coton, et enfin le maïs et le haricot (frijol), dont ils font pour la plupart leur principale nourriture.
Les plantations de canne les plus importantes se trouvent dans les environs d'Ahuachapam, dans une immense vallée, d'où l'on tire chaque année environ 33o,ooo kilogrammes de sucre.
Le tabac, qui croit surtout dans le district d'Istepeque , est malheureusement récolté d'une manière défectueuse, et, sans pouvoir atteindre l'arôme et la délicatesse du tabac de la Vuclta de ahajo dans l'ile de Cuba, il est pourtant d'une qualité relativement bonne. On en exporte une assez grande quantité dans les Etals voisins, et c'est un des principaux objets de contrebande dans le Guatemala et le Honduras, qui ont établi de forts impôts sur cet objet de consommation.
La cochenille n'a pas, jusqu'ici, donné dans le Salvador les résultats vraiment merveilleux obtenus au Guatemala, et la culture du nopal s'en est naturellement beaucoup ressentie.
Quant au coton, on a fait plusieurs essais qui presque tous ont été peu fructueux, et ont entraîné plus ou moins la ruine des planteurs qui les avaient tentés. Au moment où la guerre entre les Etats du sud et ceux du nord sévissait dans l'Union américaine, on renouvela les essais sur une plus grande échelle, mais toujours avec le même insuccès. Le défaut d'expérience, le sol peut-èïre trop riche et trop sec pour cette culture, la température peut-être trop élevée et diverses autres causes encore, parmi lesquelles il faut citer les écureuils, qui dévastent les plantations pour s'emparer des graines, dont ils sont très-friands, et les chenilles, dont on ignorait les moyens pratiques de se débarrasser, ont malheureusement influé sur les récoltes, et l'on n'a, pour ainsi dire, rien retiré d'établissements qui
avaient coûté do fortes sommes d'argent, de sorte qu'en définitive la culture du coton a été sensiblement délaissée. Mais il est important de constater que les tentatives de culture en grand ont seules échoué, tandis que les petits champs de cotonniers soignés par les Indiens, d'après la routine de leurs ancêtres, ont continué à donner des produits de quantité et de qualité constantes. Cummeiw Les deux tableaux suivants, tirés de documents officiels insérés dans le Faro . : fninniiiB del Salvador peuvent donner une idée du commerce de cette république pendant l'année 1 S G 5.
wmmIm.
lSo,000
elcriaUnt iSMm
Vêtements cra&ctmwà iôa,noo
Fer brut et ouvragé 901,676
Droguerie et parfumerie 1 .r>o,6oo
Vin* et liqueurs i6S,joo
Sellerie el ruir» 75,000
Articles divers 3So.ooo
ToUl ' 7,673,635»
Indigo i a, 000,000'
Sucre fioo.000
Argent M barre* 3 «5,000
Baume 300,000
Cocliciiillc 1 35,900
CaCf 1 90.000
Tabac en feuilles 60,000
Cigare* :io,ooo
Total i3,i'jo,ïoo
Ou voit donc, d'après ces chiffres, que l'indigo est en quelque sorte le principal et presque le seul objet d'exportation du pays, et que, si, par malheur, celle plante venait à manquer, la grande majorité des habitants se trouverait dans la misère, tandis que, si leur travail ou leur industrie se portaient simultanément sur plusieurs denrées à exporter, la richesse publique en serait fort augmentée. Nous devons avouer cependant que le café commence à faire une sérieuse concurrence à l'indigo, et bientôt d'immenses plantations de cet arbuste couvriront les versants tempérés du Pacifique et les plateaux peu élevés <lu centre du pays. Ce café, vendu en Europe sous le nom de café de Costa-Hica, possède un arôme et une saveur très-appréciés, et, dans quelques années, l'Amérique centrait' sera peut-être une des parties du monde où, sur un espace donné, on cultivera le plus de café.
Les finances du Salvador ont en grande partie pour base les droits de douane, qui varient de 18 à 5o p. 0/0 sur la valeur des marchandises importées. Le mo-
" U f «ru Jet Salvador e»t le journal oflkiel île h République.
nopolc des tabacs et celui de l'eau-de-vie font aussi rentrer au trésor des sommes importantes; ce dernier cependant est quelquefois obéré, quoique le gouvernement ne fasse pas encore beaucoup pour l'entretien des roules et pour les travaux publics en général. Le Salvador toutefois n'a pas de dette flottante, et si, à certains moments, il n'était point forcé d'abandonner une partie des impôts et de créer une sorte de papier remlHiursable sur les revenus des douanes dit vale, papier pour lequel il paye de gros intérêts, les finances de l'Etal seraient dans la situation la plus prospère.
L'instruction publique a fait aussi de grands progrès depuis quelques années; l'Université de San Salvador est dans une situation florissante, le gouvernement actuel y a appelé des professeurs étrangers, parmi lesquels on rencontre des hommes assez distingués, et le pays a aussi fourni son contingent d'hommes instruits. Les éludes secondaires sont poussées assez loin dans cette Université; il ne nous a pas paru toutefois que les jeunes gens sortant de cet établissement fussent à la hauteur des élèves de nos lycées; quelques-uns cependant, doués d'aptitudes spéciales, seraient parfaitement capables de subir les examens de bachelier Soil pour les lettres, soit pour les sciences. L'Université de San Salvador est fréquentée par 1A0 jeunes gens environ, et c'est un des principaux établissements d'instruction secondaire de l'Amérique centrale.
Les jeunes gens du Salvador qui fréquentent ces écoles sont, en général, intelligents; ils saisissent promptement ce qu'on leur euseigne, mais ils l'oublient d'ordinaire aussi promptement, car souvent la logique et le raisonnement font défaut dans ces esprits, peut-être un peu légers. Ils ont beaucoup de dispositions naturelles pour la musique, le dessin et la peinture; malheureusement, sous ce rapport, ils ne reçoivent jws un enseignement suffisant, car l'école centro-américaine est encore à former, et les artistes européens de quelque distinction préfèrent rester dans leur pays.
Quant à l'instruction primaire, elle s'est beaucoup répandue dans ces dernières années; presque chaque village a son école, plus ou moins fréquentée il est vrai, mais nous n'avons rencontré dans le Salvador que bien peu de localités qui n'aient pas à poste fixe un instituteur, et une salle dans la maison municipale, uniquement destinée à l'éducation première des enfants.
Su S,l,»doc.
Le climat de San Salvador est très-agréable et passe généralement pour être trèssain; il faut cependant avouer qu'au mois d'avril, époque à laquelle nous nous trouvions à San Salvador, la température est assez élevée au milieu du jour et dépasse souvent nK ou 290. Les soirées et les nuits sont fraîches, pas assez cependant pour autoriser l'usage des croisées vitrées, et l'on est habitué, comme dans nos colonies des Antilles, à n'avoir à la plupart des habitations d'autre fermeture qu'une sorte de fenêtres avec un treillis de jonc ou de rotin, qui remplace les carreaux de vitres.
San Salvador, qui ne renferme aujourd'hui (pie i5,ooo habitants environ, eu contenait autrefois, avant le tremblement de terre de 1 854, de 20,000 à 3o,ooo, et occupait, avec Léon de Nicaragua, le second rang dans l'Amérique centrale. La population est généralement composée de blancs et de métis, et c'est à peine si quelque Indien se montre sur la place le jour du marché'. On remarque d'ailleurs peu de mouvement et peu de commerce dans la capitale; deux fois par mois, à l'arrivée du paquebot de Panama, l'animation semble renaître avec les nouvelles d'Europe et des États-Unis, puis tout retombe dans le calme habituel. Le trajet de San Salvador à l'océan Pacifique se fait en diligence; douze lieues séparent la capitale du port de la Lil>erlad où s'embarquent marchandises et passagers. Celte ville de la Liherlad, décorée du nom de port, possède, comme toutes les villes de la côte, une immense rade ouverte à tous les vents, où le débarquement et rembarquement sont Ires-difficiles à cause de la barre, qui, à certaines époques de l'année, aux équinoxes par exemple, est presque impraticable; souvent 1rs marchandises sont noyées ou au moins Irès-avariées, dans le petit parcours du steamer à la côte.
En sortant de la capitale, et eu avançant vers le nord-ouest, on rencontre environ à trois lieues, comme nous l'avons dit, le bourg de Santa Técla, qui est un Mfiw^Loi Peu I,msi'b'vé que San Salvador et jouit d'un climat tout à fait tempéré. On y remarque aujourd'hui de superbes plantations de café, qui s'étendent sur tout le plateau de Santa Técla jusqu'à celte sorte de muraille abrupte qui sépare brusquement la terre chaude de la terre tempérée. Nous avons à franchir celle muraille pour poursuivre notre route, et pour cela nous nous engageons dans un sentier dont la pente est effrayante, et qui, en certains points, est disposé de telle
Bouta la Su SoUiioW
sorte, que le moindre faux pas peut entraîner tout d'un coup cheval et cavalier au fond d'un immense ravin, que nous atteignons cependant sans accident ; au bas de la descente, le sentier se transforme en torrent, et c'est dans le lit de ce torrent qu'il faut continuer sa route. Au premier abord, il parait presque impossible de franchir les obstacles qui, de tous côtés, semblent s'amonceler sous les pas du voyageur; mais peu a peu il suit plus facilement le lit du torrent, et son attention est d'ailleurs vivement excitée par la richesse extraordinaire de la végétation qui couvre les flancs escarpés de ce ravin. A la base, les plantes aquatiques étalent leurs larges feuilles; un peu au-dessus, de magnifiques fougères arborescentes , disposées capricieusement sur les pentes, laissent tomber leurs élégants rameaux qui viennent presque plonger leurs extrémités fines et déliées jusque dans l'eau du torrent. Au-dessus encore, des arbres gigantesques au feuillage épais, tellement couverts de végétations parasites qu'on peut à peine distinguer leurs troncs, obscurcissent presque la lumière du soleil, si bien que, malgré l'ardeur du climat, ou se trouve comme enveloppé dans une humidité tiède, exhalant les plus douces et les plus agréables senteurs. Ce paysage véritablement féerique se continue ainsi pendant près d'une lieue, et à chaque pas l'enivrement du premier moment ne fait que s'accroître. Il n'est pas besoin de dire que, pendant la saison des pluies, ce sentier, appelé Callejon del Guarumal, devient absolument impraticable; mais, au mois d'avril ou de mai, malgré la profondeur du torrent en quelques points, et malgré les énormes quartiers de rochers qui barrent le chemin, on peut fort bien s'aventurer sur cette route d'un nouveau genre, où la beauté du site fait facilement oublier les dangers de la traversée. Il y a deux ans à peine il n'existait pas d'autre chemin entre San Salvador et Sonsonate, de sorte que les relations étaient forcément interrompues pendant la plus grande partie de l'hiver, c'est-à-dire pendant la saison des pluies. Dans ces derniers temps, après maintes enquêtes, le gouvernement a fait établir une nouvelle voie moins pittoresque que la première, mais plus sûre et plus utile.
Au delà du Guarumal, la route parcourt d'immenses forêts vierges, que l'on [>érrkfc«u«»u commence à défricher en quelques endroits : c'est un spectacle curieux et triste i<* fmtu »«tg«. tout à la fois que celui de ces grandes forêts au moment où le défrichement est assez avancé et où il reste encore quelques troncs d'arbre à demi consumés et
Vuj.jb ({«logique. i
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presque entièrement noircis. L'incendie, en effet, est le premier moyen employé |wur pénétrer dans celle végétation si épaisse et si inextricable, que la hache pourrait à peine y frayer un chemin; on met le feu aux quatre coins d'un espace qu'on essaye de circonscrire, et on laisse brûler ainsi jusqu'à ce que les flammes, ne trouvant plus d'aliments, s'éteignent d'elles-mêmes. Il reste encore, à ce momentlà, une assez, grande quantité d'arbres debout, la lerre est jonchée de cendres, et les végétaux qui ont brûlé au-dessus du sol conservent, dans la profondeur de la terre, de fortes racines, qu'on est obligé d'extirper. C'est alors que commence le travail le plus long et le plus pénible, et il faut bien des mois encore avant que la charrue puisse passer sur ces terres d'une incroyable fertilité, et avant, que de belles récoltes de sucre et de café viennent tenir compte au planteur persévérant de ses fatigues et de ses labeurs.
A mesure que ces défrichements ont lieu, les Indiens ou les ladinos ': qui concourent à cette opération construisent de petites huttes de bambou couvertes d ccorce de cocotier ou de feuilles de bananier, et forment ce qu'ils appellent des ranchog, ou des rancheria* quand ces constructions sont plus nombreuses; tels sont, sur la route que nous parcourons, les ranchos du Callejon, du Sitio, et la rancheria d'Ateos. Quelquefois, dans d'immenses espaces compris entre deux forêts, croissent de hautes herbes, au milieu desquelles paissent de nombreux troupeaux de bœufs, qui constituent toute la richesse des hahitants de ces ranchos; on a vu souvent même plusieurs de ces animaux repasser presque à l'étal sauvage lorsque depuis longtemps on ne les a pas réunis, et il faut alors faire des chasses suit ies et quelquefois dangereuses pour les ramener dans l'enceinte où l'on a l'habitude de les parquer.
De la rancheria d'Aleos jusqu'au bourg de Guaimoco nous traversons un jkivs boisé, faiblement ondulé, et nous trouvons à Guaimoco, à onze lieues de San Salvador, une gracieuse hospitalité chez un des principaux habitants de la localité, demeurant sur la grande place du village en face de l'église. Cet édifice, qui ne présente d'ailleurs rien de remarquable, attira cependant notre attention par une étrange particularité : une foule de perroquets au plumage d'un vert foncé.
1; On ilonn** li* nom y/-\v'-r*\ 1J1* iadinns, li-iit* huit" i*t il'hnlicn rV*t-à-<lirr a mu que non*. I 4mefvn»e centrale, aux habitants de race croi«<e <lo blatte l'cipresiion île mèli*.
qui semblaient venir chercher sur le monument leur gîte pour la nuit, ainsi que le font les hirondelles dans nos climats, recouvraient le fronton et les conùches de lu façade, à tel point que la maçonnerie disparaissait presque sous ce rideau vivant.
A partir de Guaimoco nous descendons en pente douce toujours au milieu des forets, et nous gagnons le grand village d'izalco à six lieues plus loin. Déjà, depuis quelque temps, nous apercevions, à travers de hautes futaies, le volcan d'izalco et son panache de fumée, qui dérobait encore à nos yeux la cime de la montagne presque toujours incandescente. De la place principale d'izalco ou a devant soi un admirable panorama : tandis que, d'un côlé, le volcan se dresse, sombre et majestueux, de l'autre, une pente insensible, toute brillante de la végétation des terres chaudes, mollement fondue dans un léger voile de brume, s'enfuit jusqu'à l'océan Pacifique, dont les Ilots azurés viennent mourir doucement au pied des dernières ondulations d<- la Cote du Baume.
Après a\oir contemplé ce magnifique spectacle, nos yeux se portèrent sur le ui.au d'iui™ volcan, dont nous avions entendu parler déjà bien des fois; et, comme on nous avait dit que, jusqu'alors, aucun pied humain n'avait foulé sa cime presque toujours en feu, noire désir de réussir dans notre projet d'ascension n'en était que plus vif. Nous primes donc tous les renseignements nécessaires, et, munis d'un guide, le lendemain à la pointe du jour nous étions en mule; ce ne fut que tard dans l'après-midi que nous atteignîmes un rancho dit Rancho del vokan, situé à jmmi près à la hauteur du volcan lui-même et sur une sorte d cpaulement qui est séparé de la base du cône par un profond ravin. Cet épaulement est attenant à une partie de la montagne sur le flanc de laquelle le volcan a pris naissance et qui porte le nom expressif de Madré del volcan (mère du volcan). Le rancho où nous étions arrivés est merveilleusement placé pour permettre d'observer ce qui se passe au sommet de la montagne pendant les éruptions, et, jusqu'ici, les habitants de celte cal)ane, quoique assez voisins du volcan, ont eu moins à en souffrir que ceux de la plaine d'izalco, siluée à une grande dislance. Pendant la nuil, de sourdes détonations parvinrent de temps à autre à nos oreilles, on ne voyait pas de flammes, mais, le matin, une fumée épaisse sortait du cratère et l'on ne distinguait pas le sommet. Nous eûmes bientôt franchi les pentes du ravin mentionné plus haut, et nous nous trouvâmes à la base du cône, au mUieu d'un amas
énorme de laves et de scories noires, comparable à une mer faiblement agitée; la traversée de cet espace l'ut assez pénible, et plu» d'une fois nos chaussures en lambeaux attestèrent combien étaient aigus et tranchants les angles de ces blocs plus ou moins vitrifiés. La coulée de lave paraissait toute récent», et la végétation, interrompue brusquement jadis par ce torrent de feu, n'avait pas encore eu le temps de donner de nouveaux rejetons. Au delà de ce fleuve immobile, nous arrivons dans une zone de cendres et de débris cinériformes uniformément répandus sur les flancs du cône, dont les pentes, d'ailleurs, sont excessivement roides. Le terrain, d'abord ferme sous les pieds, finit par devenir d'une mobilité désespérante, et ce n'est qu'après les plus grands efforts que nous parvenons à la cime. Peut-être aussi n'avions-nous pas sui\i la route la plus facile, mais notre guide avait jugé bon de s'abstenir, et il nous serait dillicile de rendre compte de la terreur qu'il avait éprouvée quand nous lui avions proposé de nous accompagner; un abîme se serait ouvert sous ses pas que sa figure, ordinairement impassible comme celle de tous les gens de sa race, n'eût pas pris si brusquement une telle expression de stupeur; bref nous avions pris le chemin le plus court, et le succès avait heureusement couronné nos efforts. Nous touchions donc de près ce volcan inconnu, au moins quant ù son cratère, et nous parcourions en tous sens les bords du gouffre profond et presque insondable qui s'omrait devant nous; le sol qui nous portait était entièrement décomposé, brûlant en certains points, et de toutes parts sortaient des émanations acides. De temps à autre nous étions obligés de nous retourner subitement du côté opposé à celui d'où venait le vent pour nous soustraire à la violence des émanations sulfureuses et arsenicales qui arrivaient en nuages épais, accompagnées d'un bruit sourd, semblable au roulement du tonnerre: mais nous ne voulons pas insister davantage ici sur la description de cette curieuse montagne, qui sera étudiée plus loin dans tous ses détails. Après quelques heures passées au sommet du volcan, nous réprimes le chemin d'Izalco, en nous dirigeant directement sur le village; dans la soirée du même jour, sans nous arrêter à Izalro, nous entrions à Sonsonatc, à deux lieues de là, assaillis par un orage épouvantable qui annonçait le commencement de la saison des pluies, dont le développement ne devait plus tarder beaucoup, car nous étions déjà à la fin d'avril.
Sonsonatc, dont le nom, en langage nahuatl, signifie la Ville aux mille sources, est pittoresqnement situé au fond d une riante vallée dont la végétation dépasse en richesse tout ce que nous avions vu jusqu'alors. Les fruits des jardins des environs, les ananas en particulier, ont une saveur exquise et atteignent des dimensions vraiment extraordinaires; le climat chaud et humide, la couche puissante de terre végétale, fertilisée encore par les cendres volcaniques et par les nombreux cours d'eau qui sillonnent la vallée, favorisent singulièrement le développement de toutes les cultures.
On arrive à Sonsonate au milieu d'une forêt de cocotiers et de palmiers qui s'étend presque jusqu'à la mer; ces gracieux végétaux, tantôt en formant un bois presque touffu, tantôt en s'isolant les uns des autres, donnent au paysage une gaieté et une fraîcheur remarquables. La ville elle-même , en quelque sorte uoyée dans la verdure, attire à peine l'attention et disparait presque à côté des beautés naturelles qui l'environnent. Sonsonate, d'ailleurs, a beaucoup perdu de son ancienne splendeur. Du temps des Espagnols, cette ville jouait un role important par sou commerce; elle était le principal marché de cacao et de baume de toute la côte, et, quoique située à six lieues de la mer, elle était presque considérée comme un port.
Les marchandises s'embarquaient comme aujourd'hui à Acajulla, qui se corn- ferifltqjrik pose de quelques misérables huttes d'Indiens et d'un bâtiment destiné au capitaine de port, ainsi qu'à l'agent des douanes, et qui sert en môme temps d'entrepôt aux ^ ^b,^^,,, marchandises soumises aux droits d'entrée. Là, comme à la Libertad, la mer vient se briser sur les rochers, et trois lames successives défendent l'accès de la côte. On a voulu perfectionner le système employé jusqu'alors pour le débarquement des marchandises, et l'on a imaginé un appareil aussi dangereux qu'incommode. Qu'on se Ggurc, en effet, une sorte de passerelle suspendue à sept ou huit mètres audessus du niveau de la rner, retenue à terre par des câbles, et qui peut se soulever à volonté quand la mer devient grosse et menace de tout détruire. Deux poutres énormes dépassent de im,r>o à i mètres environ l'extrémité de la passerelle et portent des poulies sur lesquelles passent des chaînes munies d'un crochet. Un siège grossier, retenu par quelques cordes, sert à recevoir les passagers; quant aux marchandises, une simple amarre permet de les fixer au crochet, et elles
30 VOYAGE GÉOLOGIQLE
s'enlèvent à foire de bras. Tel est le môle d'Aaijutla dans loute sa simplicité. Souvent, quand les bateliers font une fausse manœuvre et que la barre est un peu baute, le malheureux passager qui ne saisit pas au moment opportun le fauteuil qu'on lui présente ou la corde qui le soutient, est lancé avec violence contre les poutrelles, ou bien est précipité à la mer; cet inconvénient <*l encore bien plus fréquent avec les marchandises. Depuis longtemps on a projeté de remplacer cet appareil par un môle s'avançant davantage dans la baute mer, mais, jusqu'ici, les bonnes résolutions du gouvernement à cet égard sont demeurées à l'étal de projet.
La mule d'Acajulla à Sonsonale s'avance au milieu des forets cl des plantations de cannes à sucre; la pente esl presque insensible, aussi les eaux séjournent-elles longtemps dans les parties ombragées, et il devient presque inqvossible de circuler pendant la saison des pluies. A la chute- du jour, des myriades d'insectes phosphorescents sortent des grands bois et voltigent au milieu du chemin; grâce à celte étrange illumination, le voyageur peut encore diriger ses pas sans s'égarer malgré le tracé un peu indécis de la route dans beaucoup d'endroits.
Les environs de Sonsonale sont très-pittoresques, et, malgré l'élévation de la température, la végétation, au lieu d'être chéli\e et rabougrie comme dans d'autres localités situées en terre chaude, esl, au contraire, dense et touffue grâce aux eaux pures et limpides qui sillonnent ce district. [Sous citerons en particulier, parmi nos nombreux souvenirs, le village indien de Naholingo. dont les grands arbres et le frais ruisseau qui serpente au milieu de spleudides cacaoyers resteront toujours profondément gravés dans notre mémoire.
Au sortir de Sonsonale, en se dirigeant vers Guatemala, on suit une route très-
i !• front* èr^
ia accidentée, peu carrossable, quoique très-fréquenlé-e, et qui s'élève sur les contreforts d'un vaste plateau où les anciens Indiens Nahuatl avaient construit une ville fortifiée. Cette ville, qui portait le nom â'Apmeea, n'est plus aujourd'hui qu'un misérable village situé dans un climat froid, où toutes les cultures tropicales ont disparu et où Ton voit à peine quelques rares champs de maïs. On a découvert à Apaneca îles tombeaux anciens, des luniiili dans lesquels, paraît-il, on a trouvé des ornements d'or et d'argent et des poteries ayant appartenu aux anciens aborigènes, dont la trace n'est point encore tout a fait perdue, car bien souvent, sur notre route, il nous esl arrivé de rencontrer des types indiens parfaitement ana-
Abiiarliapem.
Lmi
logues à ceux que nous avions pu observer à la Cite du Baume. Leurs mœurs, un peu antiques, n'ont point encore subi les effets de la civilisation qui les entoure, et, malgré de fréquents contacts avec les populations espagnoles et créoles , ils sont restés tels que la conquête les avait trouvés. Apancca occupe à peu près le point culminant du plateau qui sépare la vallée de Sonsonatc de celle d'Ahuachapam , où nous descendons par une pente rapide.
Le village d'Ahuachapam est situé au pied des derniers contre-forts du massif montagneux qui donne naissance au volcan d'Izalco, et ù l'une des extrémités «l'une riante vallée aussi fertile que bien cultivée. Nous étions surtout appelés dans cette localité par le vif désir de visiter ce que I on nomme dans le pays des ausoles, qui ne sont autre chose que des phénomènes volcaniques de la même nature que ceux que nous avions déjà observés à Chinameca et à San Vicente , et qui en diffèrent cependant par une intensité bien plus considérable et par quelques dispositions spéciales. Nous arrivions là, en effet, en face d'une plaine d'où jaillissent de tous côtés des jets de vapeur sulfureuse, où se forment des lacs boueux d'une assez grande étendue, et où s'élèvent des cônes de boue dotit la formation incessante a lieu sous les yeux du voyageur. Tous ces phénomènes concentrés dans une vallée de deux ou trois lieues de largeur sont du plus vif intérêt pour le géologue, aussi passâmes-nous bien des heures à les étudier à tous les points de vue; le résultat de cette étude est consigné dans un chapitre spécial de notre ouvrage, nous n'essayerons donc point, quant à présent, d'anticiper sur cette description.
Avant de quitter Ahuarhapam, qui compte environ 2,5oo habitants tous Indinos, nous voulons témoigner ici combien nous avons élé charmés et reconnaissants de l'accueil (pie nous y avons reçu et de la prévenance avec laquelle on s'est mis à notre disposition pour nous aider à atteindre le but de notre mission. Nous devons dire, du reste, que, pendant notre voyage à travers le Salvador, nous avons été reçus partout avec la plus grande bienveillance, et, chose bien rare de nos jours, presque partout on nous a offert l'hospitalité la plus gracieuse et la plus empressée.
En suivant cette belle vallée d'Ahuachapam, couverte, du coté du sud, de vastes Rio Pu. rmriéM plantations de cannes, et, du côté du nord-ouest, d'immenses prairies où paissent de nombreux troupeaux, nous avancions peu à peu vers la frontière de l'État de Ju
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du
(iw IVonuairatr PofjlilMÏMl <1« Zimbe.
Guatemala, qui est séparé du Salvador par le rio Paz. Nous franchissous un ravin profond, et nous sommes au liord de cette rivière, en face d'un gué très-praticable en toute saison, à (exception cependant du moment des très-fortes eaux, en septembre par exemple, quand les pluies torrentielles tombent sans interruption pendant plusieurs jours consécutifs. Ces pluies de longue durée portent, dans le pays, le nom de temporales, et, quand elles sont violentes, elles entraînent des désastres incalculables; on a vu souvent, pendant ces époques fatales, de petits cours d'eau à peine perceptibles eu temps ordinaire, devenir subitement des torrents impétueux qui balayent tout sur leur passage; les plantations de toute nature, les grands végétaux, les babitations, sont emportés par le courant dévastateur, et rien ne peut opposer une barrière à l'envahissement des eaux; les voies de communication sont naturellement rompues par ces masses d'eau énormes, qui entraînent à leur suite tout ce qu'elles ont détruit. Tout le monde connaît les affreux désastres causés dans nos Antilles par les ouragans, et nous avons souvent entendu comparer les temporales de l'Amérique centrale à ces mêmes ouragans.
La rive Guatémalienne du rio Paz pré-sente un singulier contraste avec les riches vallées que nous venions de quitter; tout est sec, tout est aride, partout la roche à nu, une maigre végétation couvre les flancs des collines, en un mol la transition semble d'autant plus brusque qu'on peut diflicilement en expliquer la cause. Le premier village que l'on rencontre dans le Guatemala est Jalpatagua, à 48 kilomètres d'Ahuaehapam, et à 3o du rio Paz. Ce village est, en grande partie, peuplé de ladinos et de métis de nègres et d'Indiens qu'on appelle zambot; la population s'élève à environ 800 âmes. Celle localité ne nous a frappés que par son apparence misérable et par le manque de ressources de toute nature; aussi bien le sol des environs n'est-il pas encore entièrement livré a la culture, etl'éloignement de la capitale, ainsi que les diflicultés des communications, est pour beaucoup dans cette situation, qui n'est rien moins que florissante. Noua traversons après Jalpatagua un pays fortement accidenté, et peu varié d'aspect; ce ne sont que de vastes prairies un peu desséchées , dont la monotonie n'est interrompue que par de petits bouquets de bois; on y rencontre quelques habitants clairsemés, et leur mauvais vouloir à l'égard de l'étranger contraste singulièrement
avec la bienveillance de leurs voisins du Salvador. Nous nous élevons à une grande bailleur au-dessus du niveau de la mer au hameau de l'Oratorio, puis nous redescendons en pentes douces à travers d'immenses plantations de cannes à sucre jusqu'au village de los Esclavos , célèbre autrefois par les belles propriétés ou haciendas appartenant aux Dominicains. C'est là, en effet, que ces religieux avaient établi les grandes cultures importées des Antilles, et, pour pousser encore plus loin l'analogie avec les plantations de la riche île de Cuba, ils v avaient amené avec eux une nombreuse population de nègres. Ces nègres se sont alliés aux habitants de la localité, et, quoique aujourd'hui on n'en trouve plus trace, presque tous les habitants sont zambos, c'est-à-dire qu'ils ont pour la plupart du sang africain dans les veines. Le village de los Esclavos, dont le nom nous a conservé le souvenir de sa première origine, est traversé par une rivière portant le môme nom, qui, tantôt profondément encaissée, tantôt tombant en larges cascades, va fertiliser «le ses eaux les récentes plantations de café que de tous côtés on vient d'établir.
On pressent déjà à los Esclavos les approches de la capitale, qui en est éloignée de 1 5 ou i G lieues, car le mouvement devient de plus en plus accentué sur la route; mais il faut encore, pour y parvenir, s'élever à une hauteur de 9,000 mètres environ , sur des plateaux assez analogues à ceux de la Suisse ; de temps en temps, les magnifiques bouquets de pins, les maisons isolées, les clochettes des troupeaux, l'air frais et vif produisent une illusion complète, et l'on se croirait volontiers dans certains parages de l'Oberland.
\ Cerro Rodondo, à neuf lieues de Guatemala, existe encore un couvent de txm n^^. Dominicains; ces religieux travaillent à la culture de trois ou quatre plantations hû^Mi. immenses, dont le revenu suffit amplement à leur entretien, et leur permet môme de fournir des ressources aux couvents de leur ordre établis à Guatemala. Ce n'est qu'à une distance d'environ 2 lieues que l'on commence à apercevoir la capitale, gracieusement assise dans une vallée large, profonde et sillonnée de toutes parts d'immenses fissures. Les tours de la cathédrale et les dômes des édifices religieux a liront de loin les regards du voyageur, et, à mesure qu'il s'approche, il découvre peu à peu au milieu de la verdure une ville dont la surface correspondrait, en France, à une population de 80,000 ou 100,000 habitants.
Guatemala ou Quauhtemalan, suivant l'étymologie mexicaine, fut ainsi nommé femmk,
Vmw*Krol»|n<|«r. »
Nilurv
ÎA VOYAGE GÉOLOGIQl E
par les Indiens Tlascalans qui avaient suivi Alvarado dans son voyage de conquête». La capitale de l'État n'a pas été inaugurée dans l'einplaceinent qu'elle occupe aujourd'hui; ce ne fut qu'à la suite d'un concours de circonstances locales, de ealasln>phes affreuses, sur lesquelles, d'ailleurs, nous aurons à revenir, que les habitants de l'Antigua Guatemala résolurent de venir s'établir dans la vallée dite de lait I acas, en nié-moire des premiers troupeaux de bétail introduits dans le pays, •■n i.">ai), jwir Hector de la Barreda'1', officier de la suite d'Alvarado, auquel était échu en jwrlage, dans la répartition de toutes les terres, le terrain où se trouve maintenant la Nueva Guatemala.
,u u viik Gette ville, régulièrement bâtie, à rues droites, tirées au cordeau, rappelle, par l'architecture de ses édifices privés, la plupart des cités de l'Amérique centrale: les habitations sont vastes, bien aérées, et consistent, pour la plupart, en quatre corps de bâtiment entourant une enceinte de forme carrée dite paîio, au milieu de laquelle on remarque généralement un bassin plus ou moins ornementé', suivant le luxe répandu dans le reste de l'habitation; ce bassin est alimenté' par une eau assez fraîche et plus rarement pure, amenée à grands frais à Guatemala au moyen d'aqueducs. Aux quatre angles de cette cour sont disposés de petits parterres généralement peu fournis de lleurs; le sol et le climat de Guatemala sont cependant excessivement favorables ù la végétation, et nous avons vu entre autres certain jardin enrichi d'une des plus belles et des plus rares collections d'orchidées qui se puissent voir peut-être dans le monde entier. In simple clayonnage à une légère distance du sol, ombragé par un caféier ou par quelque autre arbuste un peu feuillu, permet de reproduire par milliers ces plantes parasites, dont les lleurs délicates et aux mille nuances, embaument l'air des plus suaves parfums. La cour intérieure de l'habitation, entourée d'une sorte de portique couvert, assez analogue à un cloître de couvent, donne accès dans les appartements éclairés par
-I'jmukIo «1 V ille de lus V a«». es dénotai»' «pie «la re\m> ili- vhcm ; Innis : > |»r esta nu'iri lliirim .-I V itlU-
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llarreda, uiui île los nioipjistidim-s lu» «mtiilntli» île |mra In lè-sln île Saiiti.i|ji> ne nimprr un tiiro del llalu dr
este rejroi; y virndo dichn nd»ll«-m la falu de rame de Barrcda ï se le ilen poi- el a.', («•ws de orn marrado de
vaea. que ne juilecia en esta lierra, traje, a «1 o«(a de la ley pcrieetti.i (GmaeWio de la //irlon'u de la GmUà dt
de Cuba raiililad de vanw. que punlas en mie valle. dmilemak [ior Ik>niM;o Junao». t. II. p. JiV| TuerDu prociwaudo y
quelques baies qui prennent jour sur celte cour; trois ou quatre fenêtres seulement sont ouvertes sur la rue. Cette disposition est heureuse pour entretenir la fraîcheur dans les appartements, mais les pièce* sont généralement sombres. On comprend facilement que ces habitations occupent un vaste espace, et , comme la plupart servent de domicile à une famille peu nombreuse, on se trompe aisément lorsqu'on cherche à estimer la population de la ville d'après la surface recouverte par les constructions. Aussi, comme nous le disions, Guatemala, qui parait contenir près di; 100,000 habitants, n'en renferme en réalité que 00,000, d'après le dernier recensement effectué en 1 865. Nous n'avons voulu parler ici bien entendu que des habitations de la partie aisée de la population; dans les faubourgs, les habitants sont bien plus condensés, et l'on passe par une transition presque insensible de la demeure la plus luxueuse à la pauvre hutte de l'Indien. La grande majorité des constructions n'ont qu'un rez-de-chaussée, quelques autres n'ont qu'un seul étage, et il ne peut guère en être autrement dans un pays où, chaque année, on éprouve vingt ou trente secousses de tremblements de terre.
Les édifices religieux abondent à Guatemala : on y compte près de 20 églises, dont .r> ou 6 seulement attirent l'attention de l'étranger par leur architecture; nous citerons, en particulier, la cathédrale, qui n'est point encore achevée, et leséglises des couvents de San Francisco et de la Merced. L'ornementation intérieure de ces églises est généralement lourde et de mauvais goût, et , à pari cinq ou six tableaux de grands maîtres espagnols ou flamands et quelques sculptures, nous n'avons rien rencontre' qui soit réellement artistique. Les édifices publics, le palais national, l'Université, etc. sont de grandes constructions basses, rectangulaires, sans le moindre luxe architectural, ce qui n'empêche pas les indigènes de leur prodiguer le nom pompeux de palais.
La Sociedad economiea de Guatemala, qui est en quelque sorte l'Académie des sciences île ce petit État, a fait construire dernièrement un hôtel pour y tenir des séances, et donner asile aux écoles de dessin, de peinture et de sculpture, qu'elle entretient; cet édifice nous parait peu en harmonie avec le but qu'on s'est proposé, car on a réservé peu de place pour les salles d'étude, pour la bibliothèque et les collections , tandis qu'on a beaucoup développé la partie centrale du bâtiment , où se tiennent quelques rares séances mensuelles, et qui a été singulièrement dé-
tourné, du moins dans les derniers lemps.de sa première destinai ion. Disons tout de suite cependant, à l'honneur de cette société, qu'elle compte dans son sein des hommes distingués, instruits, savants même, dont le plus vif désir est de contrihuerau développement intellectuel de leur patrie; nous avons eu souvent à nous louer de nos rapports avec ces hommes d'élite, qui, sans se préoccuper outre mesure des événements extérieurs, travaillent de toutes leurs forces et de tous leurs moyens à la transformation sociale d'un puvs profondément bouleversé par 3o ans de guerre civile, et qui jouit depuis quelque temps seulement des loisirs de la paix, dont nous sommes certain qu'il saura profiter. Ma»n Les habitants de Guatemala, composés en grande partie de blancs et de
ammrci. métis, ont un caractère doux et affable; ils se renferment beaucoup dans leur Swknb. intérieur et ont peu de prédilection pour la vie mondaine. Le calme est quelque- Ibis effrayant dans cette ville, et, si de temps a autre on ne voyait pas sortir d'un édifice quelque personne errante, on pourrait croire, à certains moments de la journée, qu'on se promène dans les rues d'une ville antique et inhabitée, d'une nécropole dont les constructions sont encore debout. Le climat est bien pour quelque chose dans cette atonie générale qui semble régner à Guatemala. En effet les molles douceurs d'un printemps perpétuel endorment facilement l'esprit et les sens; les jours, toujours égaux, se suivent sans qu'on s'en aperçoive, et à jw'ine une très-faible variation dans la température fait-elle sentir le passage d'une saison à l'autre. L'industrie, le commerce, d'importantes transactions avec l'Europe et les États-Unis, ont produit, dans ces derniers temps, un peu plus de mouvement dans cette capitale qui, autrefois, n'était troublée dans sa somnolence que par le sou «les cloches des églises et des monastères appelant les fidèles à quelque fête ou annonçant quelque procession. La fréquence des communications avec l'Europe a été aussi pour beaucoup dans le réveil de la population de Guatemala. Il y a dix ans à peine, deux ou trois goélettes seulement venaient chaque année compléter leur chargement sur la côte du Pacifique, tandis que, aujourd'hui, un steamer de la Compagnie du Panama-Railroad vient deux fois par mois aborder à San José de Guatemala et défraye, pour quinze jours, par les nouvelles qu'il apporte, les deux ou trois journaux qui se publient dans le pays.
L'aspect général de la cité, lorsqu'on la considère dans son ensemble du haut
«l'une des collines qui la dominent, et en particulier de celle dite du Carmen, est cependant riant et agréable à l'œil. Dans le lointain s'élèvent deux pics immenses, se réunissant presque à leur base, et dont la cime se détache d'une manière admirable dans un ciel toujours pur; l'un de ces pics est souvent couronné d'une auréole blanchâtre de fumée, dont l'intensité est quelquefois un sujet d'effroi pour les populations, mais, comme pour reposer la vue de ce spectacle grandiose, on a à ses pieds Guatemala avec ses maisons blanches, ses dômes brillants, ses beaux arbres et ses jardins tout en fleurs.
Sous le rapport du commerce et de l'industrie, l'État «le Guatemala n'occupe que le troisième rang dans l'Amérique centrale, car les deux républiques de Costa- i,„i„a™ .i« rf:ui Rica et de Salvador, proportionnellement à leur étendue, ont acquis une'bien ''" ,"1*1"'™4' plus grande importance.
Le Guatemala possède cependant trois ports, situés sur l'Atlantique : iw Santo Tomas de Caslilla, un des plus beaux, des plus grands et des plus sûrs du monde;
Livingston, port de transit, à l'embouchure de la rivière d'Izabal;
Izabal, un peu dans l'intérieur des terres et au boni du lac «lu même nom, dit aussi gol/o dulce; ce dernier est seulement praticable pour les goélettes, car la barre de la rivière en défend l'entrée à des navires de fort tonnage.
Sur l'océan Pacifique on rencontre encore trois autres ports :
San José de Guatemala, San Luis et Champerico : ce sont des rad«;s ouvertes, où l'embarquement est difficile. Izabal et San José sont les deux ports importants de la République; le premier est situé à soixante et dix lieues de la capitale , le se- «•ond à trente lieues seulement.
L'agriculture est singulièrement favorisée, à certains points de vue, dans ce pays, «^«mi.*.. par les saisons qui divisent l'année en deux parties bien distinctes, l'une sèche, «lite M, et la seconde pluvieuse, «lite hiver. Année commune, la saison sèche dure six mois, à compter du mois d'octobre, et la saison des pluies dure pendant les six autres mois. Cependant, sur les côtes, la saison des pluies se prolonge encore pendant les mois de novembre et de décembre. Pendant l'été, l'ardeur du soleil paralyse la végétation, la nature semble se reposer pour se réveiller au mois de février, et cYsl al«»rs que la population agricole se met en mouvement; c'est aussi
If moment où l'on sème, et la fertilité de certains districts situes près des côtes est telle, que, pendant les six on huil mois que dure la saison des pluies, on fait jusqu'à trois et quatre récoltes consécutives de maïs. Pour le reste du pys, les pluies suffisent amplement à assurer les récoltes de céréales et fournissent assez d'humidité au sol pour alimenter convenablement les plantes dont la croissance (•si de plus longue durée.
I n pays aussi fertile que le Guatemala devrait engager un grand nombre de s»'s liabitants à se livrer aux travaux agricoles, et retendant, durant de longues années, la production a été réduite à la seule consommation intérieure, et la richesse publique en a considérablement souffert. Parmi les obstacles qui se sont opposés au progrès rapide du pays, les uns appartiennent à une époque antérieure à la déclaration de l'indépendance, d'autres sont postérieurs, et ils sont, à peu de chose près, communs à la grande majorité des pays hispano-américains.
L'Espagne ne permettait aux sujets récemment soumis à son empire ni le libre exercice d'aucune grande industrie, ni la culture des produits qu'elle pouvait envoyer de la Péninsule. Les ports de l'Amérique étaient fermés au commerce du monde entier, et fréquentés seulement par les galions qui , en échange des objets de première nécessité, qu'on livrait à des prix fabuleux, emportaient des chargements énormes de métaux précieux et de denrées coloniales.
\près l'indépendance, la guerre civile a déchiré, pendant de longues années, ce malheureux pays, et l'agriculture, livrée seulement à des mains inhabiles, qui. se contentant de peu , ne se donnaient pas la peine de défricher le sol , resta presque complètement stationnaire. Une fois qu'on eut traversé ces époques de troubles, il se présenta encore des tlillicultés d'un nouveau genre.
La grande majorité des possesseurs de terrains se livra à la culture du nopal {cnclnx opuntia), pur élever des cochenilles, qui ivaient été- apportées d'Oajaca dans l'Amérique centrale, en 1818, par le général Bustamante. Ce produit acquit en peu de temps une si grande valeur, qu'il devint le seul objet de culture; il défrayait, à lui seul, tout le commercé d'exportation du pays, et produisait, à l'avantage de l'agriculteur et du commerçant, des bénélices vraiment fabuleux. Peu à peu cependant, les brillants avantages fournis par la culture du nopal commencèrent à diminuer, car l'arbre et l'insecte se virent tour à tour menacés dans leur
existence; puis deux ou trois aimées, où la saison des pluies fut d'une longueur démesurée, apportèrent aussi le trouble dans le* récoltes. Les planteurs, momentanément découragés , se rejetèrent sur le café, dont les brillants débuis semblaient annoncer une nouvelle ère de prospérité, et la cochenille tomba bientôt au second rang, non sans avoir amené par ses fluctuations de nombreuses perturbations dans l'agriculture, dans le commerce et dans la richesse publique.
Le tableau ci-contre donnera une idée de la valeur de ce produit, pendant sa période d'accroissement et pendant celle de sa décroissance.