‹ Mission scientifique au Mexique et dans l'Amerique CentraleChapitre 36 sur 89 · GÉOLOGIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

GÉOLOGIE GÉNÉRALE

Au point de vue des études géologiques, l'Amérique centrale est encore presque absolument inconnue. Les voyageurs qui l'ont parcourue en divers sens ne se sont presque jamais occupés de ce genre de recherches, et c'est à peine s'ils nous ont donné quelques renseignements épars, quelques observations isolées qui ne constituent, à l'heure qu'il est, qu'un bagage scientifique de bien médiocre importance. Les gavants qui ont visité le Salvador et le Guatemala y ont été amenés par l'attrait des travaux archéologiques dont ces régions presque vierges encore offrent une mine féconde; des ingénieurs se sont livrés à d'intéressantes recherches sur la possibilité de créer, ici un canal interocéanique, là un chemin de fer reliant les porta assis sur les deux mers; des voyageurs diplomatiques se sont occupés avec ardeur de statistique et de colonisation; des géographes sont venus chercher des élémenLs de cartes souvent fort remarquables; et l'ensemble de ces éludes a déjà produit une bibliographie aussi riche en aperçus nouveaux qu'en documents précieux. Mais, il faut l'avouer, le sol lui-même, envisagé au point de vue de sa constitution intime, des variétés de roches qui le composent, des origines de son relief actuel, a, le plus souvent, été relégué au second plan, et c'est à peine si l'on pourrai! se faire une vague idée de la nature géologique de ces régions en extrayant à grand'peiue, de tous les ouvrages spéciaux publiés jusqu'à ce jour, les quelques ligues qui sont consacrées de loin en loin à des observations de ce genre. Ce n'est pas à dire1 pourtant que les renseignements fassent absolument défaut, car il ne manque pas d'ouvrages, comme le livre de M. Squiers, intitulé, The State» qf central America, comme le Voyage dans F Amérique centrale, de M. Morelet, ou les travaux de M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, qui en donnent et de nombreux;

mais ils sont vagues, mal coordonnés, sans dépendance intime entre eux, et cela seul suffit pour leur oter une grande partie de leur valeur.

Lorsqu'on songe à ce qu'il a fallu de temps et de travaux pour arriver à la connaissance, même élémentaire, de la constitution du sol d'un pays facile à parcourir, civilise'- et fécond en ressources comme le nôtre; lorsqu'on songe à tous les hommes studieux et énergiques qui ont accumulé leurs recherches depuis près d'un siècle pour arriver à un résultat, la carte géologique de France, qui n'a pas encore atteint la perfection, quoique ce soit un des plus heaux monuments de la science moderne; lorsqu'on songe aux effrayantes difficultés qui naissent, à chaque pas, dans un pays presque vierge encore pour l'ohservation , à peine peuplé par des races à demi sauvages, hérissé- de montagnes gigantesques, coupé de torrents fougueux, couvert de forêts impénétrables, on ne peut espérer que le voile soit déchiré de bien longtemps encore. Aussi sommes-nous bien éloignés de vouloir faire attribuer à nos recherches plus de valeur qu'elles n'en peuvent avoir, en insistant sur ce que les voyageurs qui nous ont précédé ne nous ont que rarement préparé la voie, et sur ce que les habitants du pays eux-mêmes ne sougent guère, en général, à s'occuper de spéculations scientifiques ; si nous parlons ainsi, c'est, tout au contraire, pour en faire excuser la médiocrité, car on doit pardonner beaucoup aux premiers pas tentés dans un chemin qui ne fut encore jamais frayé.

Il v aurait une singulière présomption à vouloir donner une description géologique générale des pays que nous avons visités, après n'y avoir séjourné qu'une année à peine et les avoir parcourus forcément avec une grande rapidité. La généralisation est un instrument dangereux quand il n'est pas manié' par un génie de premier ordre, par un Humboldt par exemple; elle entraîne facilement à des erreurs, et, préoccupé de la pensée de poursuivre une théorie souvent préconçue, on se laisse facilement aller à accréditer des idées fausses. On ne peut affirmer (pie ce qu'on a vu, étant admis encore que l'on est certain d'avoir bien vu, et, sur tout le reste, on ne peut avoir que des présomptions, jamais de certitudes.

Ces considérations nous ont conduit à éviter, pour la partie géologique de cet ouvrage, une forme dogmatique, et, par conséquent, empreinte d'une tendance gé>néralisatrice, pour adopter une ligne de conduite plus sage et plus logique, quoique forcément moins brillante. Quitte à sacrifier un peu de l'intérêt qui pourrait s'atla-

cher à de belles théories plus ou moins bien fonder'», nous nous astreindrons, dans un premier chapitre, à «livre pas à pas nos itinéraires, reprenant une à une nos observations, relevant tout ce que nous avons vu. Ce sera peut-être un peu aride, mais au moins ce sera vrai. Après avoir ainsi accumulé des faits et avoir posé des base» solides, nous essayerons, dans un second chapitre, de grouper entre elles les observations, de chercher les liaisons qui peuvent exister entre les choses, et d'en déduire peut-être quelques idées plus ou moins générales.

\ous partagerons nos itinéraires en quatre séries, ce qui aura l'avantage de rompre un peu l'uniformité et de se rapporter plus commodément aux profils géologiques donnés dans les planches VI et Ml.

Nous marcherons d'abord parallèlement à rallongement du continent centronméricain, à travers les républiques de Salvador et de Guatemala; puis transversalement à ce même continent, du Pacifique jusque près de l'Atlantique; enfin nous ferons deux voyages dans les provinces de la Vera Paz et des Altos.

I ne fois cela accompli, nous déduirons quelques réflexions de l'ensemble des faits ex|K)sés dans la partie précédente.

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