‹ Mission scientifique au Mexique et dans l'Amerique CentraleChapitre 40 sur 89 · CHAPITRE Iï · texte numérisé non relu

CHAPITRE Iï

CONSIDÉRATIONS «ÉOLOGIQl KS

RÉPARTITION UiK ET MOUE I)H KORIIVTION DES ROUIES

(PWWV.)

rips wHiKHoiiionls sur-ce^if» qui uni modifié If relief rie l'Amérique rentrale. — ï\orb^ énqiloes. — IWhe» sédimentaire».. — Déi>ùl> superficiels.

H....n...Tr,-— On a pu remarquer que, dans la première partie de re livre, nous avons toujours eu soin de nous abstenir prudemment de toute espèce de discussion sur les laits que nous avons observés, et que nous nous sommes bornés à signaler, à chaque pas, la nature de la roche <|ui composait le sol sans jamais vouloir rien préjuger, ni sur les conditions dans lesquelles celle roche pouvait s'être formée, ni sur l'époque à laquelle son apparition, son dépôt ou son soulèvement, pouvaient être rapportés. Nous avions pour but, en divisant ainsi le travail, de réunir dans une partie tous les faits que nous avons pu constater |Nir nous-mêmes, toutes les observations précises dans lesquelles l'hypothèse n'entre pour rien, eu un mot, tout ce qui est parfaitement certain et ne peut pour ainsi dire jwis être discuté.

Il y a une grande différence, en effet, entre les laits en eux-mêmes el les conclusions que l'on en peut tirer : lorsqu'un voyageur consciencieux allirme que le calcaire, par exemple, existe dans tel ou tel point où il l'a vu de ses propres yeux . il n'y a aucune raison qui puisse faire douter de son assertion, car c'est là un l'ail d'observation brutale, pour ainsi dire, et il ne dépend pas de lui que ce calcaire ne soit pas du calcaire. Mais, s'il vient dire que ce calcaire appartient à telle ou telle formation et a vu le jour à telle ou telle époque géologique, il s'introduit

immédiatement un élément de discussion individuelle qui est propre ù ce voyageur en particulier, qui dépend de ses idées théoriques, de ses opinions scientifiques, de ses doctrines, et qui, par cela même, est susceptible d'être apprécié de laçons différentes par les différentes personnes s'occupanl de géologie. Mais, quel «pie soit l'avantage que l'on puisse trouver en se bornant à énumérer des Faits successifs, en présentant seulement des itinéraires comme nous venons de le l'aire, il est évident que cela ne jieut suffire pour donner une idée, même vague, de la géologie d'un pays; et le lecteur, en suivant ces listes sèches et arides, malgré tout le soin qu'on aura pu preudre d'y introduire quelques éléments d'animation, ne possédera, comme vue d'ensemble, aucune donnée générale sur les régions «laits lesquelles il vient de voyager par la pensée.

Aussi longtemps qu'un pays n'aura pas été étudié dans ses moindres détails. i>,.,d«i„. il faudra bien, pour envisager les choses d'un peu haut, laisser une certaine place ' ' ^XC' à l'hypothèse, quand ce ne serait d'ailleurs que pour accumuler des idées plus ou jnoins théoriques, destinées à diriger les travaux et les recherches des observateurs et des aavantfl qui viendront ensuite, qu'elles doivent y trouver leur confirmation ou leur destruction. Il importe moins, à notre avis, de dire quelque chose qui soil absolument vrai (et où est à présent la vérité absolue?) que de dire quelque chose qui puisse attirer l'attention sur un certain ordre d'idées, amener des recherches, susciter des travaux, déterminer un courant d'opinions dans le même sens ou en sens contraire. Le danger, après tout, n'est pas tant dans la généralisation en elle-même que dans la généralisation absolue, dans la généralisation poussée jusqu'à ses dernières limites, avec des affirmations posées sur des bases insuffisantes. Il sera dangereux de dire : t? telle chose existe dans tel ou tel point que je n'ai pas vu , » mais il ne l'est pas de dire : * d'après mes observations à droite et à gauche, je suis conduit à supposer que telle ou telle chose existe au centre que je n'ai pas eu le loisir d'étudier ; il serait bon que ceux qui viendront après aillent examiner si cela est vrai ou faux.*

Donc nous nous laisserons aller à généraliser un peu, mais en cherchant à le faire avec sagesse et modération. Nous avons traversé un pays par deux chemins à peu près parallèles et distants d'une centaine de kilomètres au plus, où nous avons rencontré des roches comparables, quelquefois même tout à fait sem-

introduit** |Mr l'imnilMnrr

■2àH VOYAGE GÉOLOGIQUE

hlables; mous essayerons do voir si les allures générales de la région, la direction des chaînes de montagnes et des vallées, permettent d'admettre lu continuité de cette formation , et nous nous ferons ainsi une idée de l'extension qu'elle peut avoir par rapport à celle de la contrée. Nous avons recoupé, dans deux voyages successifs, des séries de couches reposant les unes sur les autres dans un ordre déterminé et toujours le même; nous nous demanderons si l'on peut penser que cette disposition soit constante, et si l'on en peut tirer quelques conclusions pour se rendre compte des Ages relatifs de ces assises, des époques où elles ont été amenées à l'état dans lequel nous les ohservons. Nous avons rencontré dans diverses localités un même groupe de roches, présentant des caractères analogues qui permet lent, jusqu'à un certain point, de saisir les phénomènes qui ont dû présider à son origine; nous ferons une supposition sur son mode de formation, sous toute réserve des faits semblables ou contradictoires que pourrait ajouter au dossier l'étude d'une autre localité. Marchant ainsi , nous n'aurons rien à redouter de nos généralisations, qui ne seront certes pas excessives; nous n'aurons fait que poser, eu quelque sorte, dos jalons pour l'avenir, appelant les éludes et les recherches sur les points que nous aurons signalés comme inq>ortunls et méritant d'être approfondis. El, que nos hypothèses soient vérifiées ou non plus lard, nous n'en aurons pis moins la conscience d'avoir fourni quelques matériaux à la science, qui saura bien, dans sa marche incessante vers le développement, le progrès et la vérité, les conserver pour ce qu'ils valent . ou les faire servir de base à des Iravaux de rectification postérieure.

Nous ne devons pas nous dissimuler qu'aussitôt que nous entrons dans le domaine de la géologie théorique, c'est-à-dire aussitôt que nous voulons trouver, dans la direction dos chaînes de montagnes ou dans les alignements des points composés de la même roche, des éléments qui puissent nous aider à rechercher l'âge relatif des assises ou leur développement horizontal, nous venons nous huiler contre une diiliculté d'autant plus grande qu'elle n'est pas encore prête à disparaître de longtemps; nous voulons parler de l'insuttisance des données géographiques. Il est certain que c'est là un obstacle sérieux, qui complique étrangement l'incertitude des spéculations auxquelles on peut avoir à se livrer, et qui doit imprimer la plus grande réserve à la marche dos hypothèses, puisqu'il peut

ù considérer comme étant en ligne droite des points disposés en réalité sur une ligne plus ou moins brisée. Ainsi que nous l'avons prouvé dans un chapitre précédent, on peut admettre que les côtes sont connues avec une parfaite précision, grâce aux travaux hydrographiques auxquels la marine française a contribué pour sa large part; mais il n'en est pas de même pour l'intérieur des terres, quoique la position d'un grand nombre de points des environs de Guatemala et du versant du Pacifique ait été déterminée d'une façon scientifique au moyen d'observations astronomiques de longitude et de latitude. Si donc, pour les régions du sud-ouest de la république de Guatemala on peut avoir une certaine confiance dans les dernières cartes qui ont été publiées, on ne doit, au contraire, leur en accorder aucune pour les provinces du nord et du nord-est, la Vera Paz et les Altos en particulier. Dans ces régions, les distances sont évaluées au moyen des journées des conducteurs de mules, voire même des individus voyageant à pied; et, quelle que soit, il faut le reconnaître, la rare habileté avec laquelle ces individus calculent, par la durée de leur trajet, le nombre de lieues parcourues en tenant compte des montées, des descentes, etc., on conçoit aisément que le procédé est trop grossier pour donner une précision géographique quelconque. Il en est de même pour les directions, qui sont simplement évaluées d'après la position du soleil, sans tenir compte de ses déplacements suivant les saisons. On comprend ainsi que les cartes de la Vera Paz et des Altos fourmillent d'erreurs, aussi bien pour la position relative des lieux que pour la direction des rivières et des chaînes de montagnes.

Pour pouvoir nous faire à nous-mêmes, et présenter au public avec quelque netteté, des idées géologiques générales sur les républiques de Guatemala et de Salvador, il nous fallait évidemment commencer par leur donner un corps, en *H quelque sorte , c'est-à-dire par les représenter graphiquement dans un essai de carte géologique. Pour cela, nous avons dû d'abord tracer une carte lopographique à l'échelle d'un sept cent soixante et un millième (,t ,',„-)''', dans laquelle nous avons eu soin de conserver toutes les déterminations précises utilisées déjà pour d'autres cartes, mais en cherchant à rectifier autant qne possible, d'après

crlnnil.

quel les planche* ont d& te «informer ta partie, l Hé forcement amenés a un chiffre d'une réduction pictographique, un peu bitorre par les exigences du format du unit, au-

nos propres travaux, tout ce qui ne nous semblait pas pouvoir concorder avec nos observations. Il est certain qu'au point de vue topograpbique seulement, notre carte doit renfermer encore bien des erreurs (la position deZacapulasen particulier est tout à fait incertaine, ce qui est extrêmement regrettable), mais nous croyons néanmoins avoir introduit quelques rectifications importantes , notamment poulies environs du cbemiu de Salama àCoban, pour quelques parties du cours du Hio (Ihisoy, et pour les pavs qui y confinent, etc. etc. Sur celte carte géographique, nous avons reporté d'abord tous nos itinéraires géologiques , puis certains renseignements très-précis qui nous ont été communiqués, et nous avons figuré la nature du sol en teintes plates, par des nuances différentes pour les diverses espèces de roches, dans tous les points dont la constitution géologique nous était ainsi connue d'une façon incontestable. Les mêmes couleurs en teintes fondues ont été appliquées sur les localités où la composition du terrain ne nous était donnée que par des renseignements vagues ou par des hypothèses plus ou moins plausibles; enfin nous avons laissé en blanc les régions sur lesquelles nous ne possédons aucune notion. Nous avons ainsi obtenu l'esquisse d'une carte géologique des républiques de Guatemala et de Salvador qui forme la cinquième des planches dont ce volume est accompagné. Comme son titre l'indique, ce n'est encore qu'une modeste esquisse, susceptible de modifications et d'additions de tous genres, mais qui représente l'état actuel de nos connaissances géologiques sur une partie «le l'Amérique centrale, et à laquelle nous renverrons le lecteur pour suivre les discussions dont nous allons nous occuper.

DES SOULÈVEMENTS SUCCESSIFS QUI ONT MODIFIÉ LE RELIEF DE L'AMÉRIQUE CENTRALE.

Si l'on jette les yeux sur la carte géologique, on ne saurait manquer d'être W<T!'T"~' frappé par quelques traits saillants, qui se retrouvent très-nettement aussi dans les profils géologiques des planches VI et VII. Ou remarquera d'abord qu'il existe, vers le milieu du continent centro-amérirain , mais plus près de l'océan Pacifique tm >k:pAi» super!»*!, que de l'océan Atlantique, une bande plus ou moins large de roches éruplives.

dont la direction est a peu près la même que celle du continent eu général, et qui coïncide presque partout avec la série des liantes montagnes, auxquelles on donne souvent le nom de Cordillère ou de Sierra Madré, constituant l'arête principale à

H.i.nl. «i-nlnli!

les ttrraiji*

w'-dimenUirvit d'un n/ili*

DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 251 la fois ligne de faile et ligne de partage des eaux. En envisageant de plus près cette bande de roches éruplives , on voit qu'elle se compose presque exclusivement de porphyres traehy tiques , mais que ses lianes sont jalonnas en différents [loints, aussi bien d'un côté que de l'autre, par des lambeaux de granit dont on ne peut saisir nettement la continuité. Cette zone saillante étant ainsi définie, on observera sans difiirulté que le versant qui s'incline vers l'océan Atlantique présente un développement remarquable de terrains sédimentaires, schistes ou calcaires, occupant une série de chaînons montagneux parallèles , et qu'il y a même, en certains points, quelques lambeaux de ces terrains sédimentaires serrés entre l'arête porphyrique et les sommités où apparaît le granit. De même, on se convaincra que le versant très-incliné du Pacifique est presque absolument recouvert de dépôts modernes superficiels, et jalonné par une série non interrompue de gigantesques cônes volcaniques disposés suivant une ligne droite, inclinée seulement d'une dizaine de degrés sur la direction de l'arête centrale.

Ces points principaux étant ainsi établis, il nous faut chercher quelles peuvent être les causes qui ont amené une semblable répari il ion des roches et dans quel ordre les actions de ces causes ont dù se faire sentir, tout en maintenant les réserves que nous avons déjà posées au sujet de l'incertitude des données géographiques qui contribue, pour sa part, à enlever leur caractère de précision à certaines observations.

Nous sommes portés à croire que le premier soulèvement qui ait eu lieu dans smUmbcoi cette partie du globe, à une époque excessivement reculée, il n'en faut pas douter, *T,n,ui1"! doit être celui des granits. Ils seraient venus former une chaîne de montagnes, ou peut-être plusieurs chaînes parallèles composées de celte roche, en entraînant dans leur mouvement certaines assises métamorphiques ou sédimentaires trèsanciennes, telles que les micaschistes et les schistes talqueux cambrions déjà formés à cette époque. Le premier rudiment du Guatemala, isolé peut-être encore à ce moment des autres parties de l'Amérique centrale, en tous cas vers le sud, aurait donc été une île à chaînes saillantes granitiques et à contre-forts de micaschistes et de schistes cambriens, ce qui ferait remonter l'origine de ce continent à une très-haute antiquité dans la série des temps géologiques.

Époque

Ce qui nous fait penser que les granits doivent avoir constitué le premier do <* muI*™»**

Effet*

noyau émergé du Guatemala, c'est qu'ils ont été |>ercés violemment pour donner passage a la chaîne porphyro-traehylique les a traversés et divisés en quelque sorte. Cela est évident, quelle que soit la direction que Ton suppose avoir été celle des montagnes granitiques, puisque l'on trouve des lambeaux de granit des deux cotés de l'arête principale actuelle, sur le versant du Pacifique aussi bien que sur celui de l'Atlantique, ce qui prouve bien que celte ligne de montagnes est postérieure à celle dont il est question en ce moment.

Quant à savoir suivant quelle direction se sont soulevées les chaînes de montagnes granitiques , cela est plus délicat et plus difficile à dire, puisque l'on n'a affaire qu'à des lambeaux isolés de granit, qu'il est assez peu aisé de réunir par un alignement précis à cause de l'incertitude des données géographiques. Néanmoins il n'est pas impossible que ce soulèvement se soit effectué suivant une direction très-bien indiquée par les montagnes des environs de Zacapa, par les granits du Chiole, par ceux du Carrizal, et dont on retrouve très-exactement la prolongation, de l'autre côté de la chaîne porphyro-lrachytique, aux mamelons de granit et de gneiss de la base du volcan d'Atitlan. Cette direction serait à peu près ouest 22° sud — est 22" nord, et correspondrait sensiblement à l'un des grands cercles les plus importants du réseau pentagonal de M. lilie de Beaumont. Avec cette hypothèse, il faudrait admettre qu'il s'est soulevé en même temps, non pas nne seule chaîne granitique, mais plusieurs, car on en trouve d'abord une aux environs de Zacapulas, où le granit est d'ailleurs assez nettement orienté suivant la direction ci-dessus mentionnée, et une autre encore, mal définie par les amas de rochers granitiques de Cerro Redondo et de la plaine du volcan Cuma.

L'hypothèse que nous avons faite implique la condition que des schistes anciens ont été soulevés en même temps (pie les granits et dans la même direction qu'eux. En effet, quoique, dans toute la basse Vera Paz, les chaînons de micaschiste soient alignés suivant une direction tout à fait différente, due probablement à de» phénomènes subséquents, la direction du système granitique se retrouve, avec une remarquable précision, dans la chaîne de micaschistes de la Sierra de! Mico, au bord de la lagune d'Izabal, puis dans les montagnes des environs d'Omoa (Honduras), et enfin à l'île de Koathan, qui est presque entièrement formée de micaschistes, et dont une partie du contour se compose de deux longues lignes droites orientées

exactement ouest au0 sud, — est aa° nord. Nous devons reconnaître d'ailleurs que c'est cette direction des micaschistes, si bien indiquée dans cette région, qui nous a fait penser à rechercher si elle ne pourrait pas ôtre applicable aux granits, pour lesquels les choses sont loin d'être aussi saillantes et permettent parfaitement de n accorder d'autre valeur que celle d'une hypothèse à tout ce qui vient d'être dit.

Le second soulèvement bien prononcé que nous ayons reconnu daus le Guate- s™», mala, et nous ne voulons pas dire par là qu'il n'y en ail pas eu d'intermédiaires qui nous ont échappé, est celui de la grande arête porphyro-trachytique qui a probablement donné presque entièrement à celte partie de l'Amérique centrale son relief orographique et son dessin topographique actuels, au moins en ce qui regarde le versant de l'Atlantique. Le soulèvement de l'arête porphyro-trachytique est beaucoup plus récent que celui des montagnes granitiques, ce qui est prouvé, d'abord par l'existence de lambeaux de granit disséminés a droite et à gauche de cette chaîne, ensuite parce que l'on peul voir au nord-est de Guatemala des restes plus ou moins étendus de formations sédimenlaires préexistantes , serrés entre les sommités porphyro-trachy tiques et les montagnes granitiques. Ce dernier fait ne peut s'expliquer qu'en admettant que les calcaires et les schistes secondaires s'étaient déposés tranquillement au-dessous des bords de l'île ou de la presqu'île granitique, et que, lorsque celle-ci fut de nouveau soulevée et violemment déchirée par un phénomène postérieur, qui se fil jour près de ses rivages du sud , quelques portions en furent entraînées avec les granits, landis que le resle fut dispersé au loin et entraîné par les eaux. En effet on peut voir que, du côté du nord, qui fut moins directement exposé à l'influence du soulèvement porphyro-trachytique, puisqu'il en était à une plus grande distance , les couches de schistes et de calcaires ont été simplement soulevées et reposent avec des inclinaisons et des plissements variables sur les flancs du système. Pour résumer d'une façon plus claire la façon dont nous pensons que les choses se sont peut-elre passées, nous dirons qu'il y aurait eu, du côté du nord, un simple soulèvement, agissant aussi bien sur le système des granits et des micaschistes préexistants que sur les roches secondaires nouvellement mises à jour; tandis que, du cdté du sud, il y aurait eu en même temps soulèvement et déchirement, de sorte qu'un lambeau seule-

rTl,;n -

ment des assises calcaires et schisteuses aurait été conservé sur le flanc du massif granitique, de manière à être serré entre lui et les porphyres récemment éjaculés, et le reste aurait été halayé par les eaux mises en mouvement par le phénomène lui-même.

WrtiMHi La direction moyenne du soulèvement porphyro-trachy tique peut être aisément "°u " trouvée dans l'arête montagneuse principale du Guatemala, qui en est le résultat le plus saillant, et qui, malgré quelques sinuosités, ne s'éloigne guère d'une orientation nettement définie depuis les hautes montagnes de Tolonikapam jusqu'aux plateaux des environs de la capitale et aux chaînes de sommités qui, de Esquipulascl Alotepeque, se continuent dans le Honduras. Celte direction moyenne est est ao" sud, — ouest 20" nord, ce qui correspondrait à peu près à celle de l'un des grands cercles principaux du réseau pentagoiial de M. Élie de Beaumont, passant à peu de dislance de la côte dans l'océan Pacifique. Il faut remarquer que, lorsqu'il y a 1 déviation dans la chaîne porphyro-trachylique, on ne

voit que rarement des éléments faisant un angle obtus les uns avec les autres, mais presque toujours, au contraire, des chaînons parallèles plus ou moins éloignés, reliés par des lignes de sommités dirigées normalement aux autres. Quand même il serait prouvé (pie le soulèvement porphyro-trachylique de l'Amérique centrale lait partie du même système que le grand cercle important dont nous avons parlé plus haut, il ne faudrait pas pour cela chercher à l'assimiler à uu des soulèvements bien étudiés dont l'époque a été fixée pour ta France; car, ce grand cercle passant au sud de l'Afrique, les distances sont trop considérables pour que l'on puisse supposer une continuité d'action dans des limites aussi étendues. Kpo^ur Tout ce que nous pouvons faire, c'est de tâcher de fixer l'âge de ce soulève-

ment en le considérant individuellement, mais sans faire aucun rapprochement avec ce qui existe en Europe. En remontant vers le nord, on peut voir que presque toutes les montagnes de la liasse \ cra Paz sont distribuées en chaînons parallèles . qui affectent régulièrement , et sur une étendue assez considérable, la direction est ao° sud, — ouest ao° nord; il en est de même dans la plus grande partie «le la haute Vera Paz jusqu'aux bords du Rio Chisoy, et même de l'autre côté de ce fleuve dans plusieurs régions de la province des Altos, où les rides parallèles et les thalwegs des vallées sont orientés d'une manière remarquable, sur laquelle nous

avons déjà appelé l'attention de nos lecteurs. Toutes ces ondulations montagneuses sont donc en relation immédiate avec la direction de la chaîne porphyro-trachytiquc, et doivent dépendre du même système; or elles se composent de micaschistes, puis encore de grès et de schistes peut-être Iriasiques, enfin de calcaires et de schistes que nous pensons être jurassiques. Le système poqdiyro-trachytique est donc postérieur au moins à la formation des terrains jurassiques; comme les terrains crétacés et tertiaires manquent, nous ne pourrons trouver une limite supérieure qoe dans ce fait , qu'il est certainement antérieur au soulèvement volcanique, antérieur lui-même à une formation quaternaire. Les limites sont un peu larges, nous devons l'avouer, mais il serait téméraire de vouloir en fixer de plus précises avec le peu de données que nous possédons jusqu'à présent, et il y a lieu d'espérer que des travaux subséquents fourniront des éléments de recherches théoriques plus sérieuses. Ce qu'il y a de certain, c'est que c'est le soulèvement porphyro-trachytique qui a donné à la plus grande partie des régions que nous étudions le relief et la disposition qu'elles ont encore aujourd'hui, et qu'à ce litre on doit le considérer comme un des phénomènes les plus importants dont l'Amérique centrale ait été le théâtre.

Le troisième soulèvement qui ail produit des effets bien caractérisés est celui de la ligne volcanique, manifesté quelquefois par des mouvements généraux du sol et des dérangements assez considérables, plus sou veut par l'apparition de gigantesques montagnes coniques isolées, et par le dépôt de couches épaisses de cendres, de lapilli et de ponces, qui ont nivelé les accidents des localités environnantes souvent jusqu'à une notable distance. Les modifications introduites par ce soulèvement dans les allures du continent centro-américain ne sont d'ailleurs pas extrêmement importantes au point de vue géographique, car il est plus que probante que le dessin actuel et une notable partie du relief étaient déjà, avant son apparition, tout à fait semblables à ce qu'ils sont aujourd'hui. Ajoutons encore que. quelle que soit l'influence que l'on veuille attribuer à ce soulèvement , il n'a agi absolument que d'un seul côté de l'arête porphyro-trachytique primordiale, car on ne trouve aucune trace importante de son action sur le versant de l'Atlantique , où quelques vallées tout au plus ont été partiellement comblées par des déjections ponceuses. Cela n'a rien, du reste, qui puisse sembler extraordinaire, puisque

Taxe volcanique se trouvant placé en plein sur le versant du Pacifique, à mi-chemin environ entre la crête des montagnes porphyro-trachy tiques et les rivages actuels de la mer, les phénomènes qui ont accompagné son apparition n'ont pu avoir d'effet direct que sur cette partie du pays. Les transformations nous semblent pourtant avoir été beaucoup plutôt orographiques que topographiques, même sur le versant du Pacifique, et voici celles qui nous paraissent les plus admissibles. Effcu 11 est probable que le tracé des rivages de la mer doit avoir subi quelques lé-

"""" gere8 altérations, grâce à des exhaussements, soit concomitants de l'apparition première du phénomène en lui-même, soit postérieurs et contemporains de quelque violente éruption; 00 trouve, en effet, dans les falaises d'Acajutla, des conglomérats renfermant des roches volcaniques plus ou moins scoriacées, et qui ont tout l'air d'avoir été formés sous les eaux, quoiqu'ils se trouvent actuellement à une douzaine de mètn> au-dessus du niveau de l'Océan. Dans l'intérieur des terres, au Guatemala, le relief a été sensiblement altéré, d'abord par le nivellement des vallées déjà existantes, comblées par les déjections volcaniques accumulées sous des épaisseurs parfois énormes, ensuite et surtout par l'adjonction d'une série de hautes cimes donnant à cette contrée le caractère particulier et l'aspect remarquable que connaissent bien tous les navigateurs qui ont eu occasion d'approcher de ses côtes. Au point de vue plus spécialement topographique, on doit attribuer à ce soulèvement le détournement de quelques vallées et surtout la formation des lacs d'Amatitlan et d'Atitlan, dont l'origine est intimement liée à son apparition. Nous avons admis, en effet, qu'ils ont pris naissance à la suite de l'arrêt de l'écoulement des eaux dans certaines vallées préexistantes, détruites tout à coup, soit par l'accumulation des déjections volcaniques, soit, ce qui est beaucoup plus probable, par un soulèvement partiel du sol aux environs immédiats de la base d'un volcan, ainsi que cela peut se voir en particulier au volcan de Pacaya. Quelques autres volcans présentent aussi dans leur voisinage des ondulations ou des collines qui ont été formées au moment de leur apparition, mais ce ne sont que des faits isolés, et l'on ne peut pas dire que le soulèvement de l'axe volcanique se soit manifesté sur le versant du Pacifique au Guatemala, par une chaîne continue soudée sur le flanc de la chaîne primordiale porphyro-trachytique.

Mais il n'en est pas de même au Salvador, où il s'est introduit, à la fois dans

DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 257 l'orographie pI dans lii topographie du pays, des modifications importantes, que nous croyons pouvoir rapporter à la formation de t axe volcanique. On peut voir, en effet, sur la carte, que la ligne îles volcans se trouve en quelque sorte posée sur un surélèvement continu du sol, constituant une véritable chaîne de montagnes qui forme un axe anticlinal secondaire, et limite le bassin des cours d'eau tributaires du Rio Lempa. Cette chaîne se compose de roches porphyro-tracbytiques parfaitement analogues à celles de l'arête principale, et nous ne pouvons nous empêcher de penser qu'elle doit son origine à une série de soulèvements partiels , effectués aux alentours de chaque sommité volcanique à l'époque de son apparition, et suffisamment rapprochés pour prendre l'apparence d'une véritable chaîne continue. Celte ride postérieure, formée ainsi sur le versant d'une contrée montagneuse préexistante, serait assurément le phénomène le plus saillant atlribuable au soulèvement de l'axe volcanique.

Considérée dans son ensemble, depuis les cônes qui s'élèvent au sud-est «lu im.^^ Salvador jusqu'à ceux qui se dressent au nord-ouest du Guatemala, la ligne vol- tr gnnirninm canique affecte une direction moyenne, qui est sensiblement est 3o°sud, — ouest .'îo° nord. Nous disons direction moyenne, car il est évident que la série des volcans ne peut pas constituer une ligne d'une rectitude mathématique, et que plusieurs d'entre eux sont situés, soit au-dessus, soit au-dessous de cet alignement, qui réunit pourtant avec une étonnante précision la majorité d'entre eux. L'époque d'apparition de l'axe volcanique n'est pas aisée à définir d'une manière absolue; car, s'il est certain que quelques-uns des volcans qui en font partie appartiennent à la période historique, puisque le volcan d'Izalco, en particulier, ne date (pie du siècle dernier, il est incontestable, d'un autre côté, qu'il y en a qui remontent au delà de l'époque géologique actuelle. Voici, néanmoins, les limites que nous pourrons établir; il est évident, d'une part, que le soulèvement volcanique est postérieur au soulèvement porphyro-trachy tique, puisqu'il a pris naissance sur le liane des montagnes formées par ce dernier, et qu'il a déplacé, voire même considérablement surélevé les roches porphyro-trachy tiques qui composaient le sol. D'autre part, on ne peut nier que les premiers volcans qui ont fait leur apparition, probablement ceux qui sont éteints aujourd'hui, ne se soient développés à une époque fort reculée, quoique géologiquement très-récente; en effet, les cou-

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hr»ul»c Ar IVtllltr ,1.»

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cln»s (le pierre ponee qui remplissent certaines vallées, eoinine celle de Guatemala , renferment des ossements de grands mammifères, dont les espèces sont actuellement perdues et qui se rapportent à la période que l'on est convenu d'appeler quaternaire. Or les ponces ne peuvent avoir été rejetées que par les volcans, el ces volcans appartiennent au moins au commencement de l'époque quaternaire, puisque des animaux de cet âge ont pu vivre sur le sol formé par leurs déjections.

Eli résumé, nous avons été conduits à admettre que trois soulèvements principaux avaient contribué pour leur part, à des moments différents de l'âge du inonde, à donner aux régions que nous étudions leur forme et leur relief actuels : un premier, extrêmement ancien, attribuablc aux granits, n'aurait indiqué que vaguement encore la répartition des terres et des mers; le second, beaucoup moins éloigné de notre époque géologique, aurait dù son origine à l'émission de roches porphyro-tracliyliques, el aurait amené les choses à un état très-rapproché de celui dans lequel nous les voyons; un troisième enfin, tout à fait voisin, relativement, des temps qui virent naître l'espèce humaine, aurait produit les gigantesques volcans qui jalonnent celte partie du glohe. el introduit dans son économie générale quelques modifications peu importantes.

Grâce à ces divers mouvements, le sol de l'Amérique centrale, dont les rudiments remonteraient presque aux premiers âges et aux premières transformations du globe, renferme, parmi les matériaux qui le composent, une notable proportion «les roches et des assises dont est formée l'écorce terrestre. Nos observations sur le terrain, consignées l'une après l'autre dans nos itinéraires, qui en sont en quelque sorte le registre, nous ont fait reconnaitre la présence des roches el des formations suivantes, sur chacune desquelles nous ferons successivement quelques observations :

RocDKS im ptivm. — firanit»; — Porphyres Iraehyliques; — Porphyre» divers; ; — Layas et scori*

Itoi iiFi sCDiHEf taiilv — Micaschistes; — Schistes lalquvux cl chlurileut, canihrteM ou silurien»; Poudingue*, go*-» el schiste* île Sailli Rota; — Schiste* el calcaire»

IHeiÏTs si-mrir.iu*. — Sable» volcaniques el lapilli ; — Conglomérat» porphyrique*; ■ — Tuf* à poners blanche*; — Argiles jaune*.

Mais, avant d'entreprendre cette étude, disons encore quelques mots de certains phénomènes qui se rapportent peut-être très-directement à ceux dont nous venons de nous occuper : nous voulons parler des alignements de filons et de sources thermales.

Les liions métallifères reconnus ou exploités dans l'Amérique centrale, et nous devons déclarer qu'ils sont, jusqu'ici, fort peu nombreux, appartiennent en grande majorité au système porphvro-trachvtique ou aux chaînes de montagnes parallèles qui en dépendent. Il est certain, néanmoins, que le groupe granitique contient, dans bien «les cas, des filons qui sont peut-être assez riches; ainsi, par exemple, dans les micaschistes de la Sierra del Mieo ou dans ceux du Carrizal, dont les veines «le quart! sont censées renfermer de l'or; mais, en admettant même <|ue I on ait exécuté des reconnaissances d'une certaine précision , ce d«ml nous doutons , il n'en est pas moins vrai qu'aucune des mines exploitées actuellement n'appartient à ce système de roches, et que les richesses métalliques qu'elles contiennent peut-être n'ont jamais été mises en œuvre. La grande «chaîne porphym-trachy tique présente, au Honduras, un grand nombre de filons de galène argentifère reconnus, sur quelques-uns desquels on a même fait des tentatives d'exploitations plus ou moins fructueuses. On y trouve ensuite, en contin liant à marcher vers l'ouest, les mines assez productives d'Alotepeque, et non loin de là, des travaux qui ont été exécutés avec succès à quelque distance du lac de Guija au Salvador; puis les filons reconnus aux environs de Jalapa ; enfin les gisements qui ont été reconnus en différents points des Altos, sans qu'on les ait exploités ni étudiés. C'est là un alignement métallifère bien défini, et dans lequel on trouverait probablement , si l'on possédait des renseignements suffisants pour pouvoir letudier de plus pris, des caractères constants de composition, de nature de gangues, de direction, etc. Comme annexes à ce système, nous pourrons d'abord indiquer les filons reconnus en plusieurs points de l'axe montagneux du Salvador, et exploits avec soin aux mines de Los Encuentros et de Tabanco. où les filons affectent généralement une direction moyenne sud-est — nord-ouest. Il faut signaler aussi les groupes de filons entrevus dans une partie de la Vera Paz et des Altos, où on ne les a exploits qu'en deux points, à San Cristobal et à Chiantla; les gisements existent dans des montagnes calcaires qui sont orientées à peu près

parallèlement a l'axe montagneux porpliyro-lrachyliquc, cl les filons de galène argentifère y affectent une direction qui est à peu près nord-ouest — sud-est. En résumé, l'état de nos connaissances sur les filons métallifères de l'Amérique centrale n'est pas assez avancé pour que nous puissions rien dire de précis, mais il semble néanmoins que l'on peut entrevoir un groupe de gisements accompagnant les montagnes porphyro-trarhv tiques ou leurs annexes, cl dont le caractère commun serait de présenter des filons de galène argentifère à gangue de quartz, tous orientés suivant une direction moyenne du sud-est au nord-ouest, tout en admettant des écarts d'uue quinzaine de degrés dans les deux sens. Gnafami Les sources thermales appartiennent à deux groupes bien distincts : les sources ,it«ih«m.i^ alcalino-chlorurées et les sources sulfureuses. Parmi les sources alcalino-cldorurées que nous avons eu occasion d'étudier dans nos voyages, nous en distinguons d'abord une série qui suit nettement la direction de l'axe montagneux porphvrotracliyliquc et se trouve disposée sur son liane sud; ce sont, en partant de l'ouest, d'abord celles des environs de Quezallenango (Almolonga, San Cristobal, Totonikapam), puis celles qui sont distribuées autour de ia Antigua et enfin celles d'Amatitlan. Nous devons avouer, d'ailleurs, que c'est le seul alignement un peu précis que nous ayons pu reconnaître, car les auln's sources sont distribuées suivant une loi qui nous échappe, pmliahleiueul parce que nous ne possédons pas les éléments du travail en quantité suffisante. Ainsi, au Salvador, nous avons à Los Kiicucntros des sources qui sont en relation immédiate avec les filons; mais celles de San Miguel ne sont plus dans ce cas, el celles de San Salvador se rapportent à autre chose. De même, au Guatemala, nous avons à Zacapulas el près de San Agustin des sources qui sortent l une el l'autre du granit, mais qui n'ont, sauf ce caractère commun, aucune autre relation ni entre elles, ni avec les groupes dont nous avons parlé [dus haut. Les températures des sources alcalinochlorurées présentent des écarts assez considérables, el , même sur l'alignement bien reconnu, elles varient de 3o* à 08".

Kn pariant des sources sulfureuses, nous ferons évidemment abstraction de celles du Salvador qui, sous le nom d'Ausolcs ou d Inliernillos, font directement partie d»-s phénomènes volcaniques. Au Guatemala nous ne connaissons que deux sources sulfureuses, toutes deux à une température élevée et appartenant au sys-

tème granitique. La ligne qui les rejoint est dirigée presque exactement est — ouest ; mais, en présence d'un nombre aussi peu considérable de documents , nous ne pouvons tirer aucune conclusion de ce fait.

ROCHES KRUPTIVES.

Les roches éruptives qui, d'après ce (pie nous avons exposé plus haut, forment en quelque sorte le noyau profond, l'ossature intérieure de l'Amérique centrale, n'apparaissent au jour que dans une bande plus ou moins large disposée vers la région centrale des terres suivant une direction à peu près concordante avec celle du continent lui-même; elles comprennent, outre les granits, les poqdiyres Irachytiques et les roches volcaniques proprement dites, dues aux soulèvements que nous avons reconnus, des injections de porphyres divers et des épanchements de basalte, attribuables soit aux mêmes phéuomènes, soit à des causes moins aisément appréciables.

eiuirri. »

Il n'y a pas grand'chosc à ajouter à ce que nous avons déjà eu occasion de »it-^n dire des granits, qui sont en réalité la niche éruptive la plus rare de l'Amérique . centrale, et dont les lambeaux ne paraissent avoir subsisté dans quelques loca- ,:"»n>. lités que comme les témoins isolés et perdus d'un ordre de choses antique et progrossi veinent dissimulé par les manifestations de phénomènes plus récents. Sauf la zone des environs de Zacapa, où ils se développent avec une assez grande intensité, et d'où ils se prolongent peut-être sans interruption jusqu'il El Carrizal dans les sommités qui relient ces deux points, ou ne fait guère que les entrevoir, soit à Zacapulas, soit entre le volcan d'Atitlan et la mer, ol leur présence est encore moins nettement indiquée autour de Cerro Redoudo et du volcan Cuma , où ils ne se manifestent que par des roches isolées et de gros blocs roulés. Il est important de faire observer que, dans toutes les localités que nous venons de citer, sauf une, les granits présentent une grande conformité d'allures et de composition, tout en offrant quelques légères différences, soit pour la linessc du grain, soit pour la compacité et la tendance à alFecler une apparence schistoïde en passant au gneiss. Au fond, c'est toujours et partout une roche à assez gros élé-

ments, d une couleur blanche nuancée d'un peu de jaune et de rose, composée de quartz blanc, de feldspath orthose plus ou moins colon'? et de mica d'un brun noirâtre; et ces analogies permettent de supposer qu'on a affaire à des roches d'origine commune appartenant à un seul et même groupe. Pourtant il y a une exception àZacapulas, où l'on peut observer en même temps, et très-près l'un de l'autre, les granits semblables à ceux qui existent dans les autres pointa, les granits normaux, si nous osons nous exprimer ainsi, et d'autres granits d'un grain tout différent, colorés de nuances toutes particulières, et renfermant deux feldspath* au lieu d'un seul. Des études postérieures pourront seules faire savoir si celte dernière roche appartient au même groupe que les autres, ou si elle doit son origine à une injection remontant à une époque différente. Quoique nous ne puissions rien ajouter de plus pour la solution de cette question, nous nous faisons un devoir de la signaler et de l'inscrire en tête de la liste des problèmes à résoudre.

POBPIIVBES mkCHTTlOttC.

Les porphyres trachvliques constituent assurément l'élément éruplif principal de l'Amérique centrale, car ce sont eux qui lui ont donné presque complètement son relief et son aspect actuel, et ce sont eux aussi «pii apparaissent aujourd'hui encore dans toutes ses régions élevées et ses chaînes de montagnes principales. Il ont donc une extension considérable, et qui le serait bien plus encore pour l'observation immédiate, s'ils n'avaient été masqués en bien des points par des dépôts superficiels.

Cnctfiu A dire vrai, ces porphyres trachvliques sont des roches bien mal définies eu '!lJ"X'^ général et qui ne se prêtent qu'avec dilliculté aux classifications de la lithologie moderne. Nous les avons décrits nombre de fois, toujours composés d une pàl<feldspathique de couleur sombre, brune, rongeât re ou violacée, souvent massi\c et compacte, quelquefois désagrégée, grenue, huileuse, frittée ou subschisloïde. renfermant des cristaux d'un autre feldspath blanchâtre, tantôt définis et reconnaissables, tantôt passant à des mouches informes et inqualifiables, englobant quelquefois comme minéraux accidentels des baguettes «l'amphibole ou des paillettes de mica. Sont-cedes porphyres? Assurément non. si on les compare aux

porphyres de la Suède ou de l'ÉgypIe; cl cependant, combien n'y a-t-il pas de caractères communs dans la composition et la texture. Sont-ce des trachytes ? Bien moins encore, si l'on admet comme définition absolue de ce nom celle qui existe dans tous les traités de lithologie, et si l'on prend comme type de cette roche les échantillons provenant du Siebengebirge nui brillent dans nos collections publiques. Pour rester dans la vérité et pour ne pas être absolu, ce qui serait ici fort dangereux, il faut bien admettre que, par certains caractères, on a affaire à des trachytes, que, par d'autres, plus nombreux encore, on est en présence de véritables jxjrphyres, et conserver, jusqu'à nouvel ordre, le nom de porphyres trach) tiques pour des roches mal définies, moitié porphyres, un peu trachytes, servant en quelque sorte de passage de l'un à l'autre, et n'étant au fond ni l'un ni l'autre. Si nous voulions nous laisser aller à discuter ici les idées nouvellement émises dans la science par M. Ch. Sainte-Claire Deville sur le trachytisme des roches, nous en pourrions trouver une singulière confirmation dans ces roches de l'Amérique centrale, qui ne sont peut-être après tout que des porphyres trachy lises. Mais ce n'est pas ici le heu, et la seule chose qu'il importe avant tout d'établir, c'est que les affinités principales et les caractères fondamentaux de ces roches les rattachent au groupe des porphyres, qu'elles sont essentiellement métallifères, ce qui les sépare profondément des Irachytes proprement dils, et surtout que, pour éruptives qu'elles soient, on ne devra jamais les considérer comme volcaniques. Le soulèvement porphyro-trachytique est parfaitement distinct du soulèvement volcanique; il lui esl de beaucoup antérieur, il en est complètement et absolument indépendant, et ne se rattache à lui par aucun caractère extérieur; car nous n'admettrons pas, comme le font certains géologues, qu'on puisse donner le nom de phénomène volcanique à toute éjaculation de matières éruptives sorties sous une forme quelconque du sein de la terre, et nous le réserverons uniquement pour ceux qui se sont manifestés en produisant des volcans. Il demeurera donc bien établi pour nous, que les causes du soulèvement qui a constitué l'Amérique centrale, avec son arête montagneuse aclucllc, sont tout à fait différentes de celles qui l'ont jalonnée de cônes volcaniques, et qu'elles résilient dans l'éjaculation d'une matière éruptive qui présente les plus grandes ana- . logies avec les porphyres et M rattache directement à leur groupe lilhologique.

Après les développements que nous avons donnés à l'article du soulèvement porphyro-lrachytique, nous n'avons pas besoin de revenir sur l'Age probable que nous sommes conduits à attribuer à cette roche; disons seulement un mot encore du développement géologique qu'elle prend dans la constitution de l'Amérique centrale.

ik-.iiuj.prn.wii En jetant les veux simultanément sur les deux profils de la planche VI, on v iHK-|.hyn-« verra que l'arête porphyro-trachy tique, singulièrement rétrécie aux environs de Guatemala, prend, au contraire, une extension considérable en largeur à mesure que l'on s'élève dans le nord-ouest. C'est là en effet, près de Totonikapam et de Quezaltenango. que ces roches sont les plus développées, non-seulement dans les haules montagnes, mais encore dans les plaines adventives comme celle de Santa Cruz del Quiche, où elles apparaissent parfois. Les porphyres Irachytiques existent aussi, mais ne se voient pas toujours, dans les hauts plateaux de Godiiies, Palsum, l'ascsilla. Chirnaltenango, etc., dont ils fonneut la base à une profondeur plus ou moins considérable sous les dépôts superficiels. Ils dominent la vallée de Guatemala de tous côtés, se poursuivent dans les montagnes de Jalapa, prennent une importance considérable aux environs d'Alolepeque, et existent sans aucun doute encore dans les séries de sommités qui continuent, dans le Honduras, la ligne de faite de l'Amérique centrale. Outre cela, les porphyres Irachytiques, toujours semblables à eux-mêmes, se montrent encore au Salvador, où ils forment en grande partie l'axe anticlinal secondaire; on les y voit surlotil

près de Chinameca. autour de San Viceiitc, à San Salvador, au Guarumal et enfin dans les montagnes d'Apaneca, qui terminent la chaîne du côté de l'ouest. Nous devons encore signaler leur présence dans quelques localités du sud du département de Chiquiniula, à Jalpalagua. à El Oratorio, etc.. dans une région excessivement embrouillée, formée de monlajpies qui s'entrecoupent dans tous les sens et où l'on voit se perdre, peut-être à cause de la présence d'une petite chaîne volcanique adventive, greffée normalement sur la principale, la continuité qui est un des caractères les plus saillants des faits géologiques dans le Guatemala.

wmrmnEs dive»s.

A côté des porphyres trachy tiques, nous devons en signaler d'autres qui

DAISS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 265 présentent des caractères très-différents : ce sont les porphyres quartzifèrcs de Ghiquin et les porphyres amphiboliques de Las Minas, que nous ne décrirons pas une seconde lois, puisque nous lavons déjà fait avec suffisamment de détails ( V<tya8e de J°g<: m Grande, p. 2o5 et aoG). Disons seulement que ces roches, loin d'offrir comme les précédentes quelque chose de vague et de mal défini, sont, au contraire, des porphyres parfaitement nets, avec tous les caractères du genre, et qu'il semble tout au moins peu probable qu'ils puissent être rapportés à la même époque et aux manifestations des mêmes phénomènes que les porphyres trachytiques. Les porphyres quartzifères de Ghiquin forment une masse assez puissante qui a percé et probablement même fortement plissé les micaschistes, ainsi que quelques-unes des couches qui reposent sur eux; e! c'est au milieu de ces assises profondément troublées et embrouillées que les porphyres amphiboliques sont venus s'injecter sous la forme d'un dyke remarquable à tous les points de vue. Il est donc extrêmement difficile d'assigner une époque précise à l'apparition de ces roches, qui ont tellement modifié et dérangé les assises à travers lesquelles elles se sont fait jour, que l'on n'y peut plus trouver d'indices conduisant à la connaissance de leur histoire. Quoique nous n'ayons pas eu occasion de voir en d'autres localités des injections de porphyres analogues à celles dont nous venons de parler, il est néanmoins probable qu'il y en a, et que, quand on les connaîtra, cette étude jettera quelque lumière sur leur origine possible.

BASM.TKS.

Nous n'avons eu à signaler, dans le cours de nos itinéraires, que deux (~«tt™ groupes de roches basaltiques cjui ne doivent remonter ni l'un ni l'autre à une très-grande antiquité géologique, puisqu'ils recouvrent, aussi bien l'un (pie l'autre, les porphyres trachytiques sous-jacents dont est constituée la masse intérieure du sol dans les régions où ils se sont épanchés. Il ne serait pas impossible qu'ils fussent contemporains de la première apparition du soulèvement volcanique, et qu'ils ne dussent être considérés comme représentant ses manifestations originaires, ce qui n'est nullement contredit par leur position, puisqu'ils sont tous ileux à cheval sur la direction de l'axe volcanique. Dans tous les cas, les basaltes

plus on moins bien définis qui existent à la pointe sud-est du Salvador et dans des Iles de la baie de Fonseca sont en relation immédiate avec les phénomènes volcaniques les plus anciens de ces régions : témoins l'isla del Tigre et le Cerro de Conchagua, qui sont composés de ces roches hasaltoïdes peu nettes et ne sont peut-être aussi que des volcans primordiaux, éteints depuis un nombre incalculable de siècles, déformés par l'action continue, pendant un temps aussi long, de tous les agents atmosphériques, et remontant aux époques primitives où les phénomènes volcaniques ont choisi l'Amérique centrale pour leur servir de théâtre. Les basaltes qui se développent dans le sud du département de ChiquiT mula, au Guatemala, autour de los Esclavos,de Berberena, de Cerro Redondo, etc., forment une masse plus importante que la précédente et surtout beaucoup mieux définie; la roche y est généralement bien caractérisée, malgré quelques variétés, dont une entre autres se rapporte à une dolérite cristalline tout à fait remarquable. On doit observer que ce vaste épanchement basaltique coïncide à peu près avec cette région extrêmement troublée, où existe un embranchement normal de Taxe volcanique, et pourrait fort bien être en rapport avec ce phénomène, \vant de quitter ce sujet, notons encore qu'il existe à Cojutepeque, dans le Salvador, une masse basaltique peu étendue, servant de base au petit volcan éteint qui s'élève près de cette ville.

HÏIH ST SCOBIKS VOIXAMIjlKH.

A peine devrons-nous consacrer quelques lignes aux laves et aux scories volcaniques, dont l'extension est toujours très-faible par rapport à la constitution géologique d'une contrée tout entière, quelque considérable qu'elle puisse paraître, lorsqu'elle est envisagée en elle-même. L'époque de leur formation ne peut pas nous arrêter bien longtemps, puisqu'il est de toute évidence qu'elles sont postérieures aux soulèvements des volcans dont elles sont les produits, et que nous savons que, pour beaucoup d'entre les coulées les plus récentes, la tradition conserve la notion du moment où elles ont recouvert le sol. Il nous faut néanmoins remarquer que les laves ne sont relativement pas fréquentes dans l'Amérique centrale, que l'on n'en connaît qu'un petit nombre de coulées, le plus souvent peu abondantes, et que les volcans de cette partie1 du globe ont une tendance sin-

DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET I)E SALVADOR. 267 gulière à émettre bien moins des masses liquides incandescentes que des produits gazeux, pulvérulents ou einéii formes. Les seules coulées de lave d'une véritable importance, qui soient présentes à notre mémoire, sont celles des volcans de San Miguel et d'Izaleo au Salvador, et du volcan de Pacaya au Guatemala; encore sont-elles imperceptibles en comparaison de celles que nous avons eu occasion d'étudier au Mexique. En fait de scories, nous n'avons pas à parler des petits fragments projetés qui se mêlent aux cendres et aux lapilli répandus au loin, tout eu laissant les blocs les plus volumineux s'accumuler à la base et sur les lianes mêmes des volcans; et, ne nous occupant ici que de considérations générales et de vues d'ensemble, nous ne pourrons pas non plus attacher une grande importance aux roches scorifiées dont sont constituées les parois des cratères de plusieurs volcans. Nous n'en dirons donc rien, si ce n'est que ces roches sont presque toujours, pour ne pas dire toujours, des porphyres trachytiques plus ou moins altérés sous l'influence des phénomènes volcaniques , et qu'elles apportent , par leur nature , une preuve de plus à l'hypothèse qui conduit à supposer que les volcans se sont ouvert un chemin à travers la masse porphyro-trachylique préexistante et se sont formés en quelque sorte aux dépens des éléments constituants de ce groupe.

HOCHBS SËniHKMAlRKS.

Les roches sédimenlaires occupent, dans le Guatemala, la presque totalité du Dénfapprami versant de I Atlantique, au moins pour les parties que nous en avons reconnues, tffmuâm et tout nous porte à croire que cette extension déjà si considérable le deviendra ",«l'a"'y davantage encore lorsque de nouvelles explorations auront fait connaître les régions plus éloignées du centre, telles que les pays des Lacandous et des Mayas, les solitudes du Petcn, les zones mystérieuses de l'intérieur du Yucatan, où la science n'a pas encore pu porter sou investigation. On ne devra pas oublier une intéressante particularité, sur laquelle nous avons déjà appelé l'attention, c'est que les roches sédimenlaires du versant de l'Atlantique devront être divisées en quelque sorte en deux groupes géographiques, comprenant : l'un, les vastes formations continues qui s'étendent à partir du llio Motagua jusqu'à la mer; l'autre, les lambeaux isolés, serrés entre l'arête porphvro-lrachvtique et les sommités granitiques. Nous considérerons, à tort ou à raison , les micaschistes comme constituant la première des

assises sédimenlaires, et, après avoir commencé par eux la série de nos études, nous nous occuperons successivement des schistes talqueux et chloriteux anciens (camhriens ou siluriens), puis des poudingues, grès et schistes de Santa Hosa,' auxquels doivent peut-être èlre réunis les grès, les poudingues lie de vin, et une partie des schistes argileux tendres qui ont été reconnus dans le département de Cliiquiiuula par le R. P. Cornette; enfin des schistes argileux et des calcaires, (pie nous considérons comme jurassiques et qui terminent . au moins dans les provinces qui nous sont connues, la série sédimenlaire proprement dite. En effet, les couches secondaires supérieures (terrain crétacé) et les assises tertiaires font absolument défaut, de sorte que nous n'avons pu observer comme formations postérieures aux terrains jurassiques que des dépôts superficiels qui doivent être étudiés à part.

wm;*schistbs.

Gmdèm II ne nous appartient pas de discuter ici les différentes opinions qui oui été

émises sur l'origine «les micaschistes et sur les causes auxquelles ils sont dus. Quelle (pie puisse être l'influence du métamorphisme dans leur constitution, et quelle que soit la forme sous laquelle celte action s'est fait sentir, qu'il nous suffise de résumer ici les différentes observations que nous avons eu occasion d<- , faire dans nos itinéraires sur la fréquence, les allures et les caractères extérieurs des micaschistes. Cette roche est partout en rapport intime avec le granit. quelle accompagne chaque fois qu'il apparaît, du moins sur le versant de l'Atlantique, et auquel elle semble passer, dans quelques circonstances, par une série indéfinie de transitions insensibles; c'est ce que l'on peut \oir en particulier près de Zacapulas. où les granits, les gneiss et les micaschistes forment un vaste ensemble dans lequel il est fort difficile de saisir des points de séparation entre les diverses espèces de roches. Mais il n'en est toujours pas ainsi, comme on l'observe à Kl Carrizal, où le passage des granits aux micaschistes est assez brusque, ces deux roches étant presque séparées dans un point par une sorte de dyke dioritique trèsaltérè. La connexion entre les granits et les micaschistes reste néanmoins frappante, puisque les mêmes liions de quartz traversent successivement les massifs de ces deux niches. Quoi qu'il en soit, les micaschistes du Guatemala sont toujours carac-

DANS LES KÉPI HLIQIJRS DE (il AT KM A LA ET DE SALVADOR. '269

lérisés par une schistosité Irès-remarqueble; ce sont de belles roches à grain fin, blanches ou jaunâtres, contenant une Ires-forte proportion de mica en petites paillettes régulièrement orientées, susceptibles de se diviser en grandes plaques de dimensions considérables, et produisant même quelquefois dans la nature des séries de dalles gigantesques plus ou moins rapprochées de l'horizontale.

Les micaschistes s'appuient toujours sur le versant nord des chaînes granitiques. E»iei».ioo et forment peut-être une bande continue d'une largeur extrêmement \ariahle. étendue suivant l'allongement du cours du Rio Motagua, mais avec des inclinaisons et des directions qui ont été modifiées en plusieurs points par l'action des soulèvements postérieurs à leur apparition. Nous les voyons d'abord auprès de Zacapulas, mais les renseignements nous manquent sur la vaste région qui s'étend de là jusqua la chaîne de Chuacus, et dans laquelle il est fort probable qu'ils existent. A partir de Chuacus. nous sommes certains de la continuité de la bande qui se poursuit jusqu'à San Agustin Acazahuastan, et s'infléchit à partir de ce village pour aller former, avec une direction différente, la chaîne dite Sierra (kl Uico.

La puissance des micaschistes de l'Amérique centrale est probablement très- Pi considérable, ce dont on peut s'assurer sur la route de Guatemala à Cohan; on les voit, eu effet, arriver au jour successivement dans trois rides montagneuses parallèles, à El Carrizal . entre San Bemardo et le Rio Grande, enfin dans la grande chaîne de Chuacus. Quoiqu'il soit à peu près évident que ces diverses apparitions sont dues à des plissements, ce qui nous semble parfaitement prouvé par les rudiments des assises postérieures qui existent encore dans le fond de bateau indiqué auprès «le Las Minas, et quoique l'on ne puisse pas, dès lors, évaluer l'épaisseur totale des micaschistes en additionnant relie qu'ils atteignent dans les ressauts successifs où nous les avons vus, il suffit de considérer le développement qu'ils prennent dans une seule de ces chaînes, dans celle de Chuacus, par exemple, pour se convaincre de l'importance qu'ils ont dans la géologie du Guatemala. La distance horizontale entre les deux haciendas de Chuacus et d'El Rincon , situées l'une et l'autre au pied de la montagne, mais de cotés différents, est au moins de 4 kilomètres; en admettant donc que le plissement que nous considérons n'existe qu'entre ces deux points et ait laissé horizontales les couches de la Canoa

<>t de Liano Grande, nous arriverions à une puissance minimum de 9,000 mètres, ce qui est énorme. Nous pouvons donc allirmer en toute sécurité que les micaschistes ont pris, dans cette partie du globe, un développement tel, qu'ils y figurent comme une des assises les plus importantes de l'écoroe terrestre.

SCHISTES TllQlKl X ET CHLOWTKCX.

Cancttra Les roches ipii, dans une partie du Guatemala, semblent succéder aux inica-

Hi,M,l,2\v » wbisles et imposer directement sur eux forment un groupe sur lequel les renseignements que nous pouvons donner, à la suite de nos recherches et de nos études, sont encore bien insuffisants. Nous devons l'avouer, nous sommes conduits à réunir, jusqu'à nouvel ordre, dans un même ensemble, des couches parfaitement distinctes au point de vue lithologique; ces couches devraient certainement être considérées comme constituant des sous-assises différentes d'un même horizon géologique plus ou moins bien défini, mais nous n'avons ps pu jmrvenir encore à en saisir, d'une façon assez précise, la supei'|>osilion et les limites. Gela tient à ce (pie les points où ces roches apparaissent ont été soumis, dans la plupart des cas, à des plissements nombreux et à des perturbations considérables; non-seulement les couches sont difficiles à suivre, mais encore on n'a le plus souvent affaire qu'à des blocs déplacés ou éboulés qui recouvrent les endroits où elles sont en place, et qui se mêlent d'une façon faite pour dérouter aisément l'observateur et ne se laisser déterminer qu'à la suite de recherches prolongées. Les roches dont nous avons à parler sont toutes des schistes, mais des schistes très-variables d'aspect et de composition, tantôt susceptibles de se décomposer en feuillets bien définis et extrêmement minces, tantôt devenant presque compactes et difficilement durables, se rapprochant parfois de véritables phvllades lustrés, passant d'autres fois à des grauwarkes à peine schistoïdes; on y voit des schistes talqueux, rhlorileux . amphihnliques, argileux, sableux, d'un vert foncé, d'un vert clair, bruns, noirâtres, en un mot, de toutes les natures comme de toutes les couleurs. Mais, si variable que soit la conq>osition, il semble pourtant (pie toutes ces roches ap|>artienuent à un même groupe, car, dans presque toutes les circonstances, on peut recueillir non loin les uns des autres des échantillons des divers types, l'eut-être y a-t-il même, en certains points, connexion intime et presque passage eutre les schistes talqueux

et les micaschistes, comme on l'a déjà observé en Europe; et l'on peut voir dans quelques localités, près de San Bernardo, par exemple, les liions de quartz métallifères se prolonger à travers les schistes talqueux, après avoir traversé successivement les granits et les micaschistes.

Le groupe des schistes talqueux et chloritcux est en rapport intime avec les Einmm micaschistes sur lesquels il s'appuie du côté du nord, et semble partout leur être u^-^ri^in directement superposé; ainsi on en voit un lambeau, fort bouleversé lui-même par l'injection postérieure d'un dyke de porphyre, dans le fond de bateau formé par un plissement des micaschistes entre El Carrizal et San Bernardo, et il est probable qu'on pourra en observer d'autres, dans des situations analogues, lorsque le pays aura été parcouru scientifiquement dans tous les sens. Mais ce système schisteux prend son plus grand développement dans une bande plus ou moins large qui suit les inflexions de celle des micaschistes et lui sert en quelque sorte de limite. Cette bande prend naissance près de Zacapulas, sur la rive gauche du Rio Chisoy. où elle est fort étroite cl ne se compose que de beaux phyllades lustrés d'un vert franc, puis se continue probablement dans les montagnes qui dominent Rabiual; on la retrouve an nord de Salama, à Kachil, où elle prend son plus grand développement, et d'où elle s'enfonce dans les régions de l'est de la Vera Paz, jusqu'à une dislance que le manque de renseignements ne nous permet pas d'évaluer. Quoique ce groupe ait une puissance assez considérable, il ne peut en aucune façon être comparé à celui des micaschistes, et l'on ne jmhiI douter qu'entre Salama et Santa Bosa, par exemple, les mêmes couches ne soient ramenées plusieurs fois au jour, dans les chaînons parallèles, par des plissements successifs. Quoi qu'il en soit, les phyllades verts qui semblent constituer le membre inférieur de la série, et qui apparaissent presque seuls à Zacapulas, y ont une puissance de 3oo mètres au moins, et il est probable qu'à Kachil l'épaisseur de l'ensemble est encore bien plus considérable.

Nous avons déjà eu occasion de dire que nous étions portés à considérer le »«« r— système des schistes talqueux et chloriteux comme étant cambrien ou silurien; mais, à parler franchement, nous devons avouer que nous n'avons à fournir aucune preuve sérieuse sur laquelle puisse s'étayer cette hypothèse, qui ne s'appuie guère que sur les analogies et les ressemblances existant entre ce groupe

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d'assises el les formations siluriennes d'Europe, aussi bien au point de vue do hi lithologie que pour l'ensemble des caractères généraux. Malgré mis recherches, nous n'avons rencontré aucune trace de fossile qui nul corroborer noire opinion; mais il n'esl pas sans importance d'observer que le système des schistes talqueux et clilorileux, subordonné lui-même à des couches plus récentes dont nous chercherons plus loin à déterminer l'Age, remise directement sur les micaschistes. Gela permet au moins de faire remonter celle formation à une époque fort ancienne, et ne s'oppose d'aucune manière à ce qu'on puisse la considérer comme appartenant à la période silurienne.

HHmMVH, nuis ET SCHISTE* DE MM» uns».

Si, après avoir franrhi le domaine des schistes talqueux el chloriteux, nous continuons à nous élever dans la série des formations géologiques, ou, pour en revenir à la pratique des choses au Guatemala, si nous continuons à marcher vers le nord, nous ne tarderons pas à rencontrer un groupe de roches qui semblent reposer directement sur les couches précédentes, el qui présentent, nous devons le reconnaît re, un des problèmes les plus obscurs encore de la géologie eentroaméricaine. Non-seulement l'absence complète de tout reste organisé fossile nous pince dans l'incertitude la plus absolue sur I Age que l'on pourrait attribuer à ces assises, mais encore, leurs plissements successifs, leurs dérangements, leurs apparitions plusieurs fois répétées sans cause bien appréciable, compliquées étrangement encore par rinsuflisance des données géographiques sur les régions où nous nous trouvons, nous laissent en présence de doutes et d'hésitations que nous n'essayerons pas de méconnaître. Nous voulons parler de la série de roches que l'on rencontre entre Santa Rosa el Tactic. et que nous avons décrites aver détails en temps et lieu ( loyale dans la Vera Paz, p. a t h et suiv.): série peu importante, il est vrai, si l'on ne considère (pie son extension immédiate, puisqu'elle ne se déieloppe qu'avec une puissance d'une centaine de mètres tout au plus, mais extrêmement remarquable, au contraire, si l'on envisage les matériaux tout à fait particuliers dont elle se compose, et les allures singulières qui la caractérisent. On se souvient que nous avons reconnu dans ce petit système un ensemble de calcaires, de poudingue* quartzifères, de grès jaunâtres et de schistes rouges, qui se dis-

DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 273 tingue nettement des formations dont il est entouré au nord et au sud, soit des schistes talqueux siluriens, soit des calcaires compactes et de schistes argileux jurassiques. On se sourient aussi que nous avons rencontré, sinon toujours la série complète, du moins la majeure partie de ses membres en quatre localités principales; d'abord près de Santa Rosa, puis dans les falaises du Rio Chisoy, au point où le chemin des Altos franchit le fleuve (p. 220), puis encore entre Chicaman et San Miguel Uspantan (p. 9S&), et enfin près de Zacapulas (p. 227), localités dont les concordances géographiques sont assez difficiles à démêler. Supposons, en effet, que la continuation des couches observées à Santa Rosa doive se retrouver dans celles qui existent entre Chicaman et San Miguel Uspantan , ce que nous ne saurions guère préciser, nous devons l'avouer, il n'en résulte pas moins que l'on trouve d'un côté deux apparitions supplémentaires du système, dont l'une au moins devrait se retrouver sur le cliemin de Guatemala à Coban, ce qui n'a pas lieu. Ainsi donc, si l'on admet que l'on a affaire à des couches simplement interposées entre les calcaires jurassiques, on devra penser que ces couches ne se présentent qu'une fois en un certain point et trois fois à quelque distance de là, ce qui n'est pas aisé à comprendre. Si, au contraire, on admet que l'on a affaire à une formation particulière existant à la base des terrains jurassiques, on sera forcé de penser que ce sont des plissements qui l'ont ramenée plusieurs fois au jour, ce qui est au fond notre opinion personnelle, nous devons le déclarer; mais on sera forcé de se demander aussi comment il se fait que ces plissements n'aient pas eu lieu en un certain point et se soient répétés deux fois tout près de là, ce qui n'est pas facile à expliquer non plus. On voit donc que, quelle que soit l'opinion qu'on embrasse, il plane sur les allures du groupe de Santa Rosa un certain mystère qui ne pourra disparaître (pie quand on possédera des cartes plus complètes que celles que nous avions entre les mains, et quand on pourra suivre, sur toute sa longueur, l'alignement d'une des séries de collines qui sont composées de ces roches.

En faisant abstraction des apparitions supplémentaires, on pourra peut-être ad- Kiim.mn mettre que les poudingue», grès et schistes de Santa Rosa constituent une banne i,9m* étroite, qui s'étend le long des schistes talqueux et chloriteux, en les limitant el en reposant directement sur eux. Il n'est pas impossible, d'ailleurs, que l'extension

in pwp

de ce groupé ne soit un peu plus considérable, et qu'il ne se retrouve en quelques «mires points, notamment entre les deux chaînes granitique et porphyro-trarhytique. X<mis avons déjà signalé (p. ao5) des poudingues rougeàtres, qui existent à Las Minas au-dessus des schistes talqueux, dans un repli des micaschistes, et pour lesquels une assimilation serait peut-être permise, ainsi que pour les grès et les poudingues lie de vin que le R. P. Cornette a rencontrés en assez grande abondance dans le département de Chiquimula (p. 207 et suivantes) à Giiaslaloya, à Gualan, au mont Chaton, dans les montagnes deJocatan.au Llan<» Grande près de Copan, etc. Cette assimilation ne peut néanmoins être que trèsvague, avec le peu de précision des renseignements que nous possédons, et il y a là un problème important à résoudre.

ijji.iM.ibie Le R. P. Cornette considérait comme permiens les grès qu'il avait observés dans le département de Chiquimula, et cette opinion personnelle du savant jésuite nous encourage à exprimer une hypothèse qui s'applique surtout à la série complète telle qu'on la voit à Santa Rosa. En considérant les premières couches de calcaires grisâtres comme l'équivalent du muschelkalk , les grès et poudingues comme celui des grès bigarrés, enfin les schistes rougeàtres comme celui des marnes irisées, ne pourrait-on pas supposer que l'on a affaire à une sorte d'analogue cenlro-américain du trias, tel que nous le connaissons en Kurope? El celle hypothèse n'est nullement en contradiction, il faut le remarquer, avec la position géologique des couches de Santa Rosa, puisqu'elles sont comprises entre les schistes que nous nous sommes crus autorisés à considérer comme siluriens, et les calcaires que nous avons de fortes raisons pour rattacher à la période jurassique.

CALC.URES ET SCHISTES JCIUSMQl.ES.

Aussitôt (pie l'on a franchi les collines dans lesquelles existe le petit système de Santa Rosa, on se trouve en présence d'une formation nouvelle, qui, à notre avis, repose sur les couches précédentes et leur succède dans l'ordre des séries géologiques. Cette formation se compose essentiellement de calcaires compactes gris et bleuâtres, de calcaires schisteux bleus et noirâtres, et de schistes argileux jaunâtres ou gris. Elle prend, vers le nord, une extension considérable, occupant non-seulement toutes les régions que nous avons visitée» dans celte direction,

mais s'étendant encore bien plus loin, jusque près de l'Atlantique d'un côté et dans le Peten de l'autre, ainsi que le prouvent les récits des indigènes et les assertions de voyageurs plus autorisés, comme M. VIorelet. Ces calcaires et ces schistes présentent des alternances fréquentes, mais qui ne sont en aucune façon comparables dans les régions qui s'étendent sur les deux rives du Hio Chisoy, de sorte que nous nous trouvons en présence d'un phénomène analogue à celui que nous avons analysé à propos des roches du groupe de Santa Rosa. Nous serons encore une l'ois forcés d'admettre l'existence de plissements, pour ainsi dire locaux, ayant éuergiquement agi dans un point donné, et n'ayant presque pas fait sentir leurs effets à une cinquantaine de kilomètres de là; phénomène que nous ne tcuterons pas plus d'expliquer ici que plus haut, et dont nous laisserons la vérification et l'étude à nos successeurs. Il est certain, néanmoins, que les schistes argileux semblent, dans l'un et l'autre cas, être prédominants vers le sud, c'est-à-dire au voisinage du système de Santa Rosa, tandis que les calcaires compactes existent presque seuls dans la région du nord; ce qui indiquerait peut-être que les régions inférieures de la formation sont plutôt schisteuses et les couches supérieures plutôt calcaires. Mais il y a des différences de détail souvent très-remarquables; ainsi, dans la Vera Paz, il n'y a guère de schistes que jusqu'à Tactic, tout le reste appartenant exclusivement aux calcaires; dans les Altos, au contraire, on voit d'abord des schistes entre Zacapulas et Cunen, puis des alternances infinies de schistes et de calcaires terminées par une forte assise de calcaires, puis de nouveau des schistes assez puissants, et enfin seulement le grand développement des calcaires. Nous attirerons surtout l'attention sur les grands plissements qui ont pris pour théâtre le grand ravin voisin de Cuuen, et où les calcaires et les schistes se remplacent un nombre considérable de fois dans un espace Irès-restreinl. Ils sont certainement en corrélation avec l'apparition des couches de Santa Rosa, qui se montrent non loin de là et permettent de juger de l'intensité et de l'importance des phénomènes qui ont ainsi dérangé l'état normal des assises dans ces régions.

NOUS n'essayerons même pas d'évaluer la puissance de ce système de schistes Kutabi et de calcaires, qui serait déjà énorme en n'envisageant que ce que nous eu connaissons, et qui doit prendre des proportions colossales même eu tenant compte des 'l~'*l'a,r,M

innombrables plissements qui ramènent probablement la même couche bien des Fois à la surface. Quant à son extension , nous avons déjà parlé du prodigieux développement qu'il prend dans le nord de la Vera Paz et des Altos, ne formant plus seulement une bande continue , mais constituant , sinon toujours tout le sol apparent . au moins toujours le sous-sol de ces deux provinces , sur une surface considérable et que nous ne saurions définir. Ajoutons encore que les calcaires se retrouvent en assez grande abondance entre les collines granitiques des lx>rds du Rio Molagua et la grande chaîne porphyro-trachy tique du Guatemala, amenés là par un phénomène dont nous avons parlé avec assez de détails. Ces calcaires se voient à San Juan Zacatepcque, à la Pedrera près de Guatemala, à Kl Chalo, à Pontesuela, dans le sommet des collines entre La Laguna et Guaslaloya, formant ainsi une bande, sinon tout à fait continue, au moins parfaitement jalonnée, qui est peutêtre en rapport avec les schistes signalés au-dessous d'elle à Ponlesuela, à Guastatoya, voire même avec les schistes indépendants de calcaires, ou accompagnés seulement de cailloux roulés de calcaire, vus par le R. P. Cornette à Chiquimula. à Jocotan, à Camotan, etc.

Àjj.- (irotniiii- Nous avons dit que ce svstème de schistes et de calcaires parait se composer au moins de deux groupes principaux, dans chacun desquels prédomine l'une ou l'autre de ces roches; mais il est probahle qu'il existe un nombre bien plus considérable de sous-élages, dont on pourra apprécier les importances relatives lorsque cet horizon géologique aura été plus complètement étudié dans son ensemble et dans ses détails. Le système reposant sur les assises qui constituent le groupe de Santa Rosa est donc posté-rieur à ce groupe, et doit appartenir à une éjMxpie géologique plus récente qui, selon nous, serait la période jurassique. Nous nous fondons, pour émettre cette opinion, qui est mieux qu'une hypothèse, non-seulement sur des données stratigraphiques et des affinités lithologiques très-accentuées, mais encore sur des considérations paléontologiques qui ne sont pas sans importance. Ce n'est pas que les fossiles (pie nous avons recueillis nous-mêmes et dont nous avons déjà parlé ( p. •il" ), le petit Peeten des environs de Teleman et le fragment de Ptérocire des hords du Rio Chisoy, présentent des caractères suffisants pour servir de hase à une semblable détermination; mais nous avons pu examiner dans la collection du Collegio Tridentino de Guatemala une série d'échantillons de fossiles

du

qui «ni un jades jurassique des mieux définis, et qui seraient encore bien plus précieux qu'ils ne le sont, si leur localité de provenance était plus exactement connue. Nous avons dessiné nous-mêmes d'après nature ces différents fossiles, et nous nous proposions de faire reproduire ces croquis dans une planche accompagnant cet ouvrage; mais nous avons pensé que, leur provenance n'étant pas absolument certaine, nous ne devions pas nous exposer à mettre en avant, d'une façon absolue, une aflirmation que nous aurions peut-être couru le risque de voir démentir plus tard. Car, bien qu'on nous ait assuré d'une manière péremptoire que ces échantillons avaient été recueillis dans les environs de la Lagune d'Izabal, où rien ne s'oppose, en effet, à ce que les calcaires et les marnes jurassiques soient très-développés, et où ils existent même probablement, nous n'avons pas pu retrouver la preuve de cette assertion, ni dans les catalogues de la collection, ni dans les étiquettes détachées, et nous avons dit nous tenir en garde contre une erreur possible. Mais , si notre prudence nous obligeait à ne pas donner, en faisant figurer ces échantillons, une sorte de consécration officielle à un fait que nous n'avons pu vérifier, ni par des recherches faites dans des manuscrits dignes de foi, ni par des observations directes sur le terrain, nous devons déclarer, d'un autre côté, que nous avons personnellement la confiance la plus complète dans la personne qui nous a renseignés sur la provenance des échantillons de la collection de Guatemala, que nous sommes convaincus qu'ils ont été en effet trouvés près de la Lagune d'Izabal, et que, comme tels, ils établissent nettement que les assises où ils ont été rencontrés sont jurassiques. Ajoutons encore que ces échantillons ne sont pas classés avec une collection européenne que possèdent les flll. PP. Jésuites, mais qu'ils sont mêlés aux roches recueillies par eux-mêmes dans leurs diverses excursions.

Voici en quelques mots ce que sont ces échantillons, qui sembleraient se rapporter à des étages différents composés de roches diverses, mais toujours jurassiques. Il y a deux ammonites, probablement Animouites heterophyllus et \ntmonitn radian», ainsi qu'un grand échinoderme du genre Stomeehinus, qui semblent provenir d'une marne rougeâtre appartenant ainsi au lias supérieur. Une grande Térébratule et quelques petites Luciim et Vénwt, transformées en carbonate de chaux blanc et cristallin, proviennent d'une gangue de calcaire compacte blan-

|t*iir t'OwfiiWi*.

châtre, (|ui n'est pas nettement défini par leur présence. Enfin, dans une marne bleuâtre, assez semblable à celles des horizons supérieurs de notre groupe jurassique eu France, on a recueilli un Hlnnites voisin de Yllinniteg intrquittriatus, un lloleclypm ressemblant beaucoup à Vllolecti/pus corallinut, puis un llemiaster mal conservé, un Monllivaultia, un Mijtilu» et deux espèces d'.4rr« rappelant Ic-s uns et les autres les espèces des mêmes genres qui caractérisent le Kimmeridge clay.

L'ensemble de ces fossiles définit clairement un groupe jurassique et nous permet d'affirmer avec certitude que les couches calcaires et schisteuses du nord de la Vera Paz et des Altos appartiennent à la période jurassique, ce «pie nous aurions posé moins péremptoirement, mais au fond avec autant de conviction, quand même ces preuves paléonlologiqucs n auraient pas existé.

DÉPÔTS SI PERFICIELS.

Nous avons terminé le paragraphe consacré à l'étude des roches sédimentaires proprement dites, en parlant des assises que nous considérons comme jurassiques, et c'est qu'en effet, comme nous l'avons déjà dit. nous n'en avons pas reconnu au-dessus qui pussent être rapportées à l'époque crétacée ou à la période tertiaire. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il n'y ait pas dans l'Amérique centrale des couches plus modernes et que même quelques-unes d'entre elles n'aient été formées par les eaux; niais ces couches présentent des caractères tellement particuliers, et se distinguent si nettement de l'ensemble «pie nous venons d'étudier, qu'il nous a paru plus naturel de faire sentir cette différence en les groupant dans un paragraphe spécial. Ces roches, eu effet, ne se prêtent que difficilement aux classifications habituelles de la géologie, surtout parce que, pour la majorité' d'entre elles, l'action volcanique est le principe immédiat de leur origine; et. de plus, elles ne remontent , en général, qu'à une époque relativement très-rapprochée de la nôtre, comme le prouve leur disposition en couches horizontales au-dessus des assises plus anciennes relevées ou inclinées. On peut affirmer que la plupart de ces roches ont pris naissance grâce aux manifestations des phénomènes volcaniques accompagnés ou non de l'action de Peau, qu'elles sont donc postérieures au soulèvement de l'axe volcanique, extrêmement récentes par conséquent, et qu'elles sont bien moins de véritables assises continues, géologiquemenl définies.

que des dépôts superficiels «'partis un peu à l'aventure suivant le hasard des lieux et des circonstances.

Cela posé, à peine avons-nous besoin de dire (pie les dépôts superficiels recouvrent presque complètement le versant du Pacifique, qui est jalonné de volcans, tandis qu'ils sont relativement beaucoup plus rares, au moins en ce qui concerne les masses d'origine volcanique, du côté de l'Atlantique, où l'on ne voit guère que quelques vallées comblées par des tufs à ponces, mais où se manifeste en revanche un développement assez remarquable des argiles jaunes. Quoi qu'il en soit, voici quels sont les membres principaux que l'on peut reconnailre, dans la série des dépôts superficiels, en les répartissant suivant leur origine :

Origine volcanique plus ou moins compliquée du || Sables volcanique* el lapilli

i i • . ,,e ■ \ C,on(rloméraU •

Origine aqueuse plus ou moins clairement définie, j jaunes

Nous allons les étudier successivement en quelques mots, mais dans un ordre différent, qui s'expliquera suffisamment de lui-même.

SABLES VOlXàSlQUES BT LAPILLI.

Nous parlerons d'abord des sables volcaniques et des lapilli, parce qu'ils sont cnct.™ disséminés un peu partout et qu'il n'est pas possible de leur assigner d'époque -ti«uiun fixe. 11 est évident qu'ils sont postérieurs aux premières manifestations de l'action aUet A volcanique dans l'Amérique centrale, mais il est évident aussi que, chaque éruption nouvelle ayant fourni son contingent, il doit y en avoir de relativement assez anciens, comme il y en a qui ne datent pour ainsi dire que d'hier. Cela est bien prouvé, d'ailleurs, parles positions relatives dans lesquelles on peut les observer par rapport aux autres couches de dépôts superficiels; on en voit qui sont intercalés entre des assises plus ou moins profondes des tufs à ponces; on en voit entre les tufs à ponces et les argiles jaunes; on en voit enfin qui recouvrent les argiles jaunes elles-mêmes. Au point de vue de la composition des sables volcaniques, nous n'avons guère besoin de revenir sur les renseignements épars dans nos itinéraires que pour les résumer; ainsi nous savons qu'ils sont presque toujours d'une nuance violacée, mêlés quelquefois de petits lits gris OU jaunâtres,

mais en proportion beaucoup plus faible que le resle; qu'ils forment généralement une poussière extrêmement ténue composée de granules anguleux provenant de la trituration des sennes, mais que Ton y voit aussi des fragments cinériformes et des lapilli plus grossiers, du volume d'une noix en moyenne, et même des blocs scorifiés assez considérables, mais cela seulement dans le voisinage immédiat des centres d'éruption. Au point de vue de l'extension des sables volcaniques, il est évident qu'ils ne pourront en avoir d'une certaine importance que quand ils seront tout à fait modernes et auront recouvert les autres dépôts au lieu d'être recouverts postérieurement par eux. Ainsi, quoiqu'on en puisse observer des lambeaux en une infinité de points, nous ne devons signaler comme ayant une certaine signification que ceux des environs de San Miguel (Salvador), qui se développent sur une surface de plusieurs kilomètres carrés; ceux qui existent près de Santa Tecla, d'Izalco, de Cuajiniquilapa, etc.; enfin ceux que l'on voit autour du pied des grands volcans éteints ou actifs du Guatemala, les volcans de l'acaya, d'Agua, de Kuego, d'Atitlan, etc. Dans tous les cas que nous venons de citer, les sables volcaniques sont évidemment les dépôts superficiels les plus récents que l'on puisse rencontrer, mais il n'en est pas toujours ainsi, et il arrive bien souvent qu'ils sont masqués par d'autres formations postérieures.

coglomiuts roKPinwQiES.

Pour reprendre un ordre chronologique comme nous l'avons fait jusqu'à présent, nous «levons nous occuper maintenant des conglomérats porphyriques ^Jî"^b qui nous paraissent être les plus anciens de tous les dépôts superficiels. (I ne serait môme pas impossible qu'en certains points ils dussent être considérés comme antérieurs à l'apparition du soulèvement volcanique, ou, tout au moins, comme contemporains de ses manifestations primitives. Mais ce n'est là qu'une hypothèse sur laquelle nous ne pouvons pas nous étendre longuement, n'ayant, pour nous guider dans l'appréciation de l'Age des conglomérats porphyriques, d'autres faits que ceux-ci : c'est qu'ils sont toujours subordonnés aux tufs à ponces et qu'ils semblent avoir été relevés à la base de certaines sommités volcaniques lors du soulèvement de ces dernières. Quoi qu'il en soit, il est certain

•ir» nomi

que les conglomérats porphyriques accompagnent toujours les porphyres trachyliques de l'arête centrale et s'appuient directement sur eux dans le versant du Pacifique; car il faut remarquer, ce qui est extrêmement intéressant, que nous ne les avons jamais vus du côté de l'Atlantique. Comment peut-il se faire que des masses dépendant directement des porphyres Irachytiques, formées à leurs dépens, existent abondamment sur l'un des flancs de la chaîne montagneuse et manquent absolument sur l'autre? C'est ce qu'il est fort difficile d'expliquer, et nous n'essayerons même pas de le faire. Ce qu'il y a de parfaitement avéré, dans tous les ras, c'est que les conglomérats porphyriques forment, dans le versant du Pacifique, une bande plus ou moins large reposant à la base des sommités les plus élevées et recouvrant le terrain sur une épaisseur souvent considérable, quelquefois jusque dans les plaines qui s'étendent au bord de la mer. Nom ne les avons vus que rarement au Salvador, où ils semblent avoir à peine existé sur l'axe montagneux secondaire; mais au Guatemala ils prennent une grande importance. Ils commencent déjà dans les vallées de Jaltapagua et d'El Oratorio, où ils ne sont recouverts par aucune autre couche plus récente; mais, à Pinula, ils tendent à disparaître sous les tufs à ponces. Entre les volcans d'Agua et de Pacaya, ils forment les massifs puissants à travers lesquels la Michatoya s'est frayé un chemin dans une gorge étroite; on les voit près de la Antigua, dans le fond du ravin du Rio Pensativo; dans les plateaux de Pasesilla, Patsum et Godines, où ils apparaissent à la partie inférieure de toutes les barrancas. Ce sont eux qui forment la plus grande partie des falaises qui dominent au nord le lac d'Atitlan; on les retrouve auprès de Solola et enlin autour de TotoniLapam. On voit ainsi qu'ils possèdent tous les caractères d'une formation continue, d'une bande bien définie, constituant la première des enveloppes qui recouvrent, sur leur versant sud, le flanc des m on tagnes porpli y ro-trachy tiques .

La composition des conglomérats porphyriques est toujours à peu près la <:.,.„,*,..«„ inèine : une pâte argilo-terreuse grise ou jaunâtre, renfermant des cailloux roulés plus ou moins volumineux de porphyre trachytique, dont les plus considérables, gros comme la tête et plus, sont surtout répartis dans les zones inférieures, tandis «pie les plus petits tendent à gagner le haut. Il faut aussi remarquer que, dans certains cas où les conglomérats porphyriques sont recouverts directement par les

Voyaflr (j,'-olqgii|lie. • 36

lufs ii ponces, les couches supérieures renferment déjà dos morceaux de ponces, souvent assez abondants, de sorte qu'il semble y avoir passage entre les deux assises. Peut-être avons-nous été induits en erreur par des mélanges dus à des bouleversements postérieurs; mais, si le passage existait réellement, il prouverait irréfutablement <pic la formation des conglomérais a coïncidé, au moins dans sa dernière période, avec celle des dépots à ponces, et que les deux phénomènes sont continus.

i • Si nous eu venons à nous demander quelle peut être l'origine de ces ronglomé-

rats, nous nous trouvons en présence (l'une question qu'il n'est pas facile de résoudre. Que l'eau ait été l'agent principal de la formation de ces roches, cela n'est pas douteux, puisque les blocs sont roulés et noyés dans une pAto terreuse qui n'est en réalité qu'une boue concentrée, un dépôt vaseux. Mais, comment celle eau a-l-elle agi? et surtout d'un coté seulement de la chaîne montagneuse! Si l'on veut supposer que des courants violents sont descendus jadis des sommets vers la plaine, entraînant tout sur leur passage pendant un temps très-prolongé. on n'en aura pas moins de la peine à concevoir comment ces courants ont pu être assez puissants pour arracher une quantité aussi énorme de roche, car les conglomérats ont quelquefois jusqu'à t oo mètres au moins d'épaisseur, et comment surtout ils auraient pu polir et arrondir les blocs qu'ils emportaient, dans un parcours aussi faible que celui que nous devons leur supposer. Du reste, toute autre hypothèse nous mettrait en présence île dillicultés tout aussi sérieuses, et, en pareil cas, il est plus sage de s'abstenir jusqu'à nouvel ordre.

Tirs v poxces.

Les tufs à ponces sont directement suporpsés aux conglomérats porphyriques et leur sont par conséquent postérieurs; ils sont quelquefois entremêlés de sables volcaniques, qui les recouvrent presque toujours, et auxquels ils sont le plus souvent antérieurs quoiqu il y ait eu parfois concomitance. Leur origine première est aisément déterminable, puisqu'ils ne se composent que de ponces, substances que l'on est ainsi conduit à considérer comme constituant les déjections primordiales des volcans centro-américains. La quantité de ponces qui a dù èlre vomie jadis par ces bouches volcaniques doit être colossale, puisque les couches de débris

poncera accumulés atteignent souvent une puissance de 1 5o et même 200 mètres, et que cette formation setend à des distances considérables dans tous les sens; ce fait, pour le dire en passant, donne aussi à songer aux immenses espaces qu'ont pu parcourir les déjections volcaniques emportées par le vent. Les amas de ponces existent aussi bien sur le versant de l'Atlantique que sur celui du Pacilique; ils sont aussi abondants au Salvador (pi an Guatemala, et, pour ne pas nous livrer à une énuméralion qui serait aussi oiseuse que fastidieuse, disons simplement qu'il n'y a, pour ainsi dire, pas une vallée qui n'ait été en partie comblée par ces dépôts, pas un plateau qui n'ait été nivelé par eux. La tendance à la stratification qui s'observe dans les amas de ponces serait suflisamment expliquée par la chute progressive de ces matériaux dans l'air; mais il n'est pourtant pas impossible que, dans certains cas, elle n'ait été facilitée par la présence de l'eau, les ponces tombant dans des lacs ou des bassins fermés, où ce liquide aurait contribué à les répartir en couches concordantes; nous savons, d'ailleurs, que des faits analogues existent au Mexique, où nous avons pu les examiner de près.

Si nous étudions la structure et la composition intime d'un amas de ponces, nous iiv^w*

... , , , ... - w U formati.

verrons qu il se compose , en gênerai , de petits fragments tic ponces gros comme une ,i?a noix, ou un peu plus, réunis à la base de l'ensemble par une matière pulvérulente '"(" fnM™ blanchâtre, qui tend de plus en plus, à mesure que l'on s'élève dans le massif, à prendre une texture tufacée, et à devenir en réalité un riment ; si bien que, vers le haut , les ponces sont tout à l'ail agglutinées et perdues dans un magma tufacé, et que, dans les couches tout à fait supérieures, on n'a plus affaire qu'à une masse blanche ou jaunâtre, assez compacte, grenue, presque sans ponces apparentes, et qui est devenue progressivement un véritable tuf. Les matières pulvérulentes «le la base sont probablement le résultat de la pression et de l'écrasement exercés par les morceaux de ponces les uns sur les autres à la suite de l'accumulation des assises; mais les modifications des régions supérieures tiennent à d'autres causes, que nous allons tâcher de découvrir. Nous pensons que ces altérations doivent leur origine à l'eau qui s'accumule en quantités considérables à la surface des amas de ponces pendant la saison des pluies et qui liltre alors peu à peu au travers de la masse, en humectant chacun des petits fragments. De celle façon, les couches supérieures seraient progressivement désagrégées par l'eau, qui, dissolvant dans chaque menu

28* \OYAGE GÉOLOGIQUE

morceau la petite quantité de calcaire qui y existe, finirait par les détruire, «le manière à les confondre en une pAte compacte et uniforme. Mais cette même eau, arrivant dans le» couches un peu plus basses, s'y évaporerait peu à peu, et, laissant ainsi le calcaire emprunté aux assises les plus ' levées en contact avec les matières pulvérulentes répandues entre les ponces, les souderait peu à peu et en formerait à la (in un véritable ciment tufacé. Quoi que l'on puisse penser de cette hypothèse, il n'en est pas moins certain que les couches superficielles sont toujours follement altérées et désagrégées, et que l'on ne peut guère en chercher la cause que dans l'influence prolongée des agents atmosphériques, de la pluie surtout. Ainsi, auprès de Guatemala, on peut voir des niasses tufacées compactes, jaumUres ou rosées, qui sont en connexion intime avec les couches de ponces sous-jacenles, et dont l'origine ne peut guère s'expliquer d'une manière différente. Notre hypothèse aurait encore l'avantage de faire comprendre d'où peuvent provenir diverses sortes de dépôts superficiels, tufacés et blanchâtres, comme ceux que l'on nomme/ imte au Salvador, et dont les origines seraient bien mystérieuses, si l'on ne cherchait à y voir un produit de la décomposition lente et progressive des amas de ponces.

kff- fmbaUo Nous avons eu la bonne fortune de pouvoir étudier des documents fort préluf. i^mrm. ricin Pour hxer l'époque à laquelle peuvent remonter les amas de ponces. Mais il ne faudrait pas leur accorder plus de valeur qu'ils n'en ont en réalité et vouloir en tirer quelque chose d'absolu, car il est évident qu'un ensemble aussi puissant a dû nécessiter, pour sa formation , une période de temps extrêmement considérable; et il est probable aussi, vu l'intermittence des phénomènes qui en sont la cause déterminante, que les couches d'une localité ne peuvent pas être considérées comme exactement contemporaines de celles qui existent dans une autre localité, même très- voisine. Ainsi nous ne devons attacher à ce que nous allons dire qu'une valeur absolument locale. Les documents que nous avons eus entre les mains consistent en une Slîrie d'ossements fossiles qui ont été recueillis dans la vallée de Guatemala, non loin «le la surface du sol, dans les couches supérieures des amas de ponces, et qui pourront servir ainsi à fixer une limite d'Age pour ces assises, dans les régions centrales de la République. Parmi les ossements que nous avons examinés et qui sont déposés dans la collection de la Sociafod Econo-

de Guatemala, nous avons remarqué un fémur colossal, plusieurs vertèbres, des débris de côtes, et surtout quelques fragments de mâchoires et des dents qui semblent se rapporter à deux genres distincts, Maatodon et Elepha*. Quoique nous soyons moins sûrs de la détermination spécifique que des caractères génériques, nous ne pensons pas nous avancer trop en les attribuant au Maxtotlon angusliden* et à VElejihas Colombi, Ces espèces, disparues aujourd'hui du continent américain, étant spéciales à l'époque à laquelle on est convenu de donner le nom de Quaternaire, nous en pourrons conclure que les couches supérieures des amas de ponces de la vallée de Guatemala appartiennent à la période quaternaire, fait important et dont nous avons déjà tiré plus d'une conclusion dans les pages qui précèdent Cl.

Au-dessus des amas de ponces on trouve presque toujours une couche argileuse plus ou moins épaisse, qui fait quelquefois défaut, il faut le dire, mais qui existe en revanche à la surface d'un grand nombre de localités où les ponces ne forment pas le sous-sol. Ces argiles doivent être la roche la plus récente qui existe dans l'Amérique centrale, car elles recouvrent toutes les autres formations, à part seulement quelques lambeaux de sables volcaniques en voie de développement constant, presque de création, puisqu'ils proviennent d'éruptions connues, appartenant aux années qui viennent de s'écouler. Les argiles sont donc extrêmement modernes, puisque toutes les autres couches leur sont subordonnées, et parmi elles, les amas à ponces que nous avons reconnus comme quaternaires. Pourtant rien ne peut nous autoriser à penser que le phénomène auquel elles doivent leur origine ne soit pas absolument arrêté à l'époque actuelle.

' De semblables osaemcnts avaient déjà été ln.nv.fe D'un autre passage d« Juarro» (foc. àt I II,

au (mummunit du «Me, ainsi qu'il résulte du pu*- tado 5, c. vu, p. i58) «o e>t amené' à conclure que

sage suivant de l'historien Juam» (Cmtftndia de la kit- des découverte» du ni. '-ni" genre, cl «uni importantes

tan* it la tudai dV Owumalu , t. U . IraUdo 6 , c. m , pour la .détermination de lige de* tufs à ponces , ont été

p. 3.M | : 'Dans la vallée de Petupa (extrémité sud de bit» en >l autres endroit* , car il dit : •autre singularité

la vallée de Guatemala) on a trouvé des ossements de digne de remarque, on a trouvé dam cette même hacienda

géants, et le chroniqueur Fuentea assure que J. S. D. F. del Penol ( département de Chiquimula) des squelettes de

Payo de Rivera eut en sa posacsuon une dent trouvée dan» géants si énormes , que seulement le» os de leur» jambes

que l« deux poings d'on i tibias \ avaient jusqu'à deux vare» I i"6o l de long; les

et perdu dans les ombres d'un passé plus ou inoins anti-rieur à la période historique. L'extension que prennent les argiles est extrêmement remarquable, car il n'y a pour ainsi dire pas de point, aussi bien sur le versant de l'Atlantique que sur relui du Parilique, qui en soit complètement exempt; et ce ne sont plus seulement les vallées et les plateaux qui en sont recouverts, ce sont encore les rochers ardus, les montagnes élevées, les points que l'on pourrait croire les plus inaccessibles à un semblable dépôt. Nous ne reviendrons pas sur tous les points où nous avons observé les argiles superficielles, ce serait presque recommencer nos itinéraires tout entiers: mais nous citerons, comme anomalies assez singulières, les localités où elles n'existent pas au-dessus des amas de ponces, comme la plaine d'Vhuachapam et la vallée de Salama. La puissance des couches d'argile n'est guère en rapport avec leur extension, car elle est tout au plus de h ou .") mètres en moyenne, et nous ne nous souvenons pas de lui avoir vu dépasser 1 o mètres. Gomme composition, ces argiles sont généralement assez semblables à elles-mêmes, quelle que soit leur couleur, qui est presque toujours d'un beau jaune d'ocre franc, passant quelquefois au noir par des intermédiaires d'un brun plus ou moins foncé: mais cela ne se présente que dans des cas assez rares, quand il y a mélange avec des sables volcaniques, de la terre végétale ou tout autre matière étrangère. Les argiles pures sont presque toujours d'un jaune rougeAtre, plus clair lorsqu elles sont parfaitement sèches; elles forment une pAle liante, de texture uniforme, à grain extrêmement fin, plutôt polies que désagrégées par l'action de l'eau qui glisse à leur surface. Elles renferment souvent des paillettes de fer oligiste qui s'en détachent sous l'action d'une forte pluie, et s'accumulent aux tournants des petits ruisseaux, là où le courant se ralentit. Nous ne nous permettrons aucune hypothèse sur la présence et la provenance de ces paillettes de fer oligiste. Origine Quelle est l'origine des argiles jaunes? !\ous devons avouer que c'est là le pro-

,lw ï„,n„ blême le plus ardu de la géologie centro-américaine, (pie nous en avons poursuivi la solution pendant tous nos voyages, toutes nos excursions, toutes nos courses, que nous l'avons cherchée au Salvador et au Guatemala, dans les plaines du bord de la mer, dans les plateaux de la Vert Paz et dans les montagnes des Altos, et que nous ne l'avons point trouvée. Serait-on, par hasard, en présence d'une série de phénomènes locaux? Mais alors comment expliquer la coïncidence de ces

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phénomènes, h conformité de leurs produits, la similitude de composition, de couleur, d'allures, de puissance, que les couches sous-jacenles soient des porphyres ou des calcaires, des basaltes ou des amas de ponces? Dans certains cas on ]>oiirrait admettre, à la rigueur, une décomposition sur place des roches subordonnées . comme pour les basaltes de La Union; mais, dans d'autres, comme pour les calcaires de Cobra, cela est radicalement impossible, et il n'y a qu'une inondation d'eau vaseuse qui ait pu déposer un semblable manteau de boue. Veut-on supposer, au contraire, que les causes de l'origine des argiles jaunes sont des causes générales? Mais alors quel est donc ce phénomène qui s'est étendu depuis le sud du Salvador jusqu'au nord du Guatemala, depuis les plaines du bord de la mer jusqu'aux pics ardus qui dominent Totonikapani à plus de aooo mètres de hauteur, ce phénomène si m ent, datant pour ainsi dire d'hier, ce phénomène susceptible de submerger tout un pays jusqu'au sommet de ses montagnes, et dont il ne resterait d'antre trace qu'un léger manteau de boue, épais à peine de quelques mètres, recouvrant une contrée entière d'une enveloppe mystérieuse? Avouons-le franchement encore une fois, ce n'est pas à nous qu'il est donné de comprendre et d'expliquer des phénomènes qui semblent si simples et qui sont au fond si sérieux; et, reconnaissons-le humblement, il y a un enseignement qui n'est pas sans valeur, si on sait le prendre, à se trouver, au bout d'un long chapitre d'études géologiques et de problèmes plus ou moins bien résolus, en face d'un problème plus mystérieux que tous les autres, et devant lequel on est obligé de reculer.

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