INTRODUCTION
Nous allons nous occuper, dans ce livre, des phénomènes volcaniques donl ohjri *■ cr i»». l'Amérique centrale est le théâtre, et nous devons reconnaître que c'est là certainement la partie la plus intéressante de notre travail, celle qui présentera l'attrait le plus vivant, grâce à la nature grandiose et toujours un peu mystérieuse des faits qui y sont traités; celle aussi sur laquelle se sonl surtout portées nos études et nos recherches , pendant la plus grande partie du temps , malheureusement trop restreint, que nous avons pu consacrer à notre voyage. Ce n'est pas à dire pour cela que les problèmes de la géologie générale soient dénués de tout intérêt dans l'Amérique centrale; bien loin de là, et, en envisageant froidement les choses, on peut même se demander si, au lieu d'être relégués au second rang, il ne devraient pas bien plutôt occuper la première place dans les investigations scientifiques, vu l'importance des faits d'observation sur lesquels on peut s'appuyer pour chercher à les résoudre, aussi bien que des spéculations théoriques auxquelles ils donnent naissance. On a pu le voir dans le livre précédent , où nous avons accumulé tous les documents qui peuvent servir à la stratigraphie de ces vastes régions, ainsi qu'à l'étude des phénomènes éruptifs auxquels elles doivent leur relief; et l'on en aura certainement tiré la conclusion que, l'Amérique centrale présentant, dans la constitution de son sol, une notable proportion des
couches successives et des roches diverses qui oui contribué à former l'écorce solide de notre globe, offrant, dans les allures de ces assises , les modilications et les dérangements les plus variés, elle est pour la géologie générale un champ fécond en observations intéressantes, en études sérieuses et en conclusions pratiques. Malgré cela, la science ne s'est guère occupée, jusqu'à présent, de l'Amérique centrale qu'au point de vue des phénomènes volcaniques, qui s'y sont développés avec une si étonnante intensité; les rares investigations qui y ont été tentées ne l'ont été que pour cel objet; les quelques coups d'œil sérieux que l'on y a jetés se sont arrêtés à ces gigantesques montagnes coniques qui attirent le regard , forcent pour ainsi dire la pensée, absorbent l'intérêt el dirigent vers elles les éludes el les recherches. El faut-il s'en étonner? Non certes; ce serait plutôt le contraire qui serait étrange pour qui connaît l'esprit humain , la facilité avec laquelle il s'élance vers tout ce qui est grand, sublime, mystérieux! On n'a jamais entendu parler de l'Amérique centrale que comme de la terre classique des phénomènes éruptifs, comme de la région privilégiée des volcans; on songe à ce sol brûlant . à ces montagnes en feu, à ces immenses coulées délaves, el, lorsque l'œil rencontre ces colosses, dont les formes éléganlesse modèlent en produisant des cônes d'une étonnante régularité, dont les courbes gracieuses portent jusque dans les nues une tèle couronné»; d'un blanc panache de fumée, alors on n'aspire qu'à fouler d'un pied audacieux leur sommet encore vierge, qu'à sonder leurs profondeurs, qu'à leur arracher leurs secrets, et, l'amour de la science aidant, on n'a plus qu'un désir, celui de pouvoir consacrer son temps et son ardeur à l'étude de ces immenses problèmes de la nature.
Que ne pouvons-nous, empruntant la plume d'un Humboldl, décrire l'aspect étrange et merveilleux de ce continent hérissé d'une série continue de gigan- 'Ti"«r'i|urU' tc-sques montagnes coniques, isolées, droites dans le ciel, dominant de leur tète nue el fumante les chaînes rocheuses et boisées, les plateaux couverts de forêts, les plaines chargées de riches cultures qui s'étendent à leurs pieds ! Que ne pouvons-nous faire passer dans l'esprit du lecteur l'impression profonde que reçoit le voyageur, lorsque, arrivant des solitudes de l'Océan, il aperçoit peu à peu, se dégageant de la brume lointaine qui les enveloppe, les pics sublimes, seuls visibles encore comme s'ils flottaient dans le bleu de l'atmosphère; lorsque.
IctUté rt'liwnjiii'b!'-
mettant le pied sur cette terre, il se sent presque écrasé par l'immensité de ces sommets qui s'élancent vers le ciel en lui opposant une barrière prodigieusement dentelée, mais, pour ainsi dire, continue, de ces sommets dont il veut tenter l'ascension et deviner les mytères ! Un dessin ne rend pas toujours une pensée. Que l'on jette cependant un regard sur celui que nous avons fait reproduire (pl. VII, figure 2), et qui représente la vue de la côte du Guatemala, prise en rade de San José; la ligne volcanique se dresse, immense, continue, droite; les cônes les plus rapprochés semblent sortir des flots de la mer pour aller se perdre dans le ciel; les plus éloignés se fondent au milieu des amoncellements de montagnes d'où émerge leur tète pointue; et ce n'est là, cependant, qu'un lambeau de la chaîne des volcans, qu'une faible fraction s'étendant seulement du volcan de Tacana à celui de Pacaya, sur la moitié tout au plus de la longueur des rivages du Guatemala. Et si l'on songe que toute celle côle, sur un espace de plusieurs centaines de kilomètres, le long du Salvador, du Nicaragua, du Costa Rica, continue à présenter des caractères analogues, à offrir de la mer des poinls de vue du même genre, on comprendra que, pour les imaginations un peu vives, l'Amérique centrale ait été en quelque sorle réduite à ses volcans, surtout lorsque quelques-uns d'entre eux projettent des flammes qui servent la nuit de phare aux navigateurs et les guident dans la direction des ports.
Pourquoi ne pas le dire? Si la science n'a guère vu, jusqu'à présent, dans l'Amérique centrale que les volcans, on ne doit pas s'en étonner; c'est que ces volcans, par leur nombre considérable, leur disposition régulière, leurs dimensions colossales, leur activité remarquable, constituent un caractère particulier, un Irail saillant qui suffit à lui seul pour donner une physionomie au pays tout entier: c'est que ces volcans, par l'intérêt qu'ils excitent, absorbent l'altenlion, la concentrent sur eux seuls, et réduisent en quelque sorte à l'étude de leurs produits et des manifestations de leur activité, l'examen des phénomènes physiques et géologiques de la région qu'ils rendent une des plus intéressantes du monde entier.
Ht pourtant , il faut l'avouer, les volcans de l'Amérique centrale sont encore bien peu et bien mal connus; malgré la place importante qu'ils tiennent parmi les phénomènes éruptifs de noire époque, malgré l'intérêt qu'ils excitent, malgré les problèmes dont ils pourraient aider à trouver la solution, on ne possède encore, sur
la majorité d'entre eux, que des renseignements vagues el peu précis. La science ne les a point encore abordés d'une manière sérieuse; elle ne les a considérés que de loin, tandis (pie des voyageurs indifférents, ou attirés vers d'autres sujets par leur spécialité, lui apportaient des récits incomplets ou des observations quelquefois judicieuse, plus souvent erronées. Aussi s'est-il accumulé peu à peu sur les noms, les positions, les bailleurs, les faits mêmes, des erreurs regrettables, qui se retrouvent malheureusement jusque dans les ouvrages les plus sérieux el l»*s mieux conçus, écrits par les hommes les plus autorisés et les plus dignes de foi. Heureux si nous pouvons donner, sur quelques points, des idées plus exactes et plus justes que celles qui ont cours aujourd'hui, el si nous pouvons, après «le longues recherches, fruits de pénibles efforts, apporter notre faible contingent à la connaissance des volcans de l'Amérique centrale.
Il M peut pas être mauvais, avant de commencer les éludes de détail, de jeter, sur l'ensemble des faits et des phénomènes, un coup d'œil général qui sera comme un résumé' préalable de ce livre.
EMwm Le svslèine volcanique de l'Amérique centrale s'étend sur une longueur de
.iir«iioo d»!«Tiir 7"'io, soit environ 700 kilomètres, depuis la latitude de 8° îio dans la province «.ifcwwiraim)» ('° Chiriqui (Nouvelle Grenade), jusqu'à celle de iG°io' dans le Socomisco (Mexique), à travers toutes les républiques qui se sont partagé ces territoires, Costa Rica, Nicaragua, lies du Honduras, Salvador et Guatemala. La direction générale du système peut se ramener à deux lignes axiales qui se coupent par 12° .W de latitude nord, en un point correspondant à la vaste échancrure de la baie de Fonseca, sur le Pacifique, sous un angle très-obtus, dont le supplément peut être de 99 à 9.5° (soit 1 5 5 à 1 58"). La première île ces lignes axiales court presque exactement du sud-est au nord-ouest à travers une petite partie de la Nouvelle-Grenade, le Costa-Rica et le Nicaragua, jusqu'au volcan de Conseguina, qui s'élève sur la pointe extrême de retle dernière république; c'est de là que diverge la seconde ligne axiale, qui, partant des îles de la baie de Fonseca, so dirige de l'est 3o" sud à l'ouest 3o" nord, à travers le Salvador et le Guatemala,
ni* prod 1 l)OUl a^er s0 Pm're t';,ns 'e Soconuaco. fi* La position relative de l'axe volcanique et des montagnes porpliyro-trarhyliques
l)> fou inlcaim|uc qui constituent l'arête principale du pays n'est pas sans importance, au point de
vue des volcans eux-mêmes, et surtout à cause des particularités géographiques qui ••• peuvent en résulter. Ainsi la ligne de faite de l'Amérique centrale, quoique coin- — — posée de plusieurs lambeaux parallèles plus ou moins complètement reliés entre eux par des chaînons perpendiculaires, conserve néanmoins une direction moyenne toujours la même, qui est celle de l'est 20° sud à l'ouest 20" nord, tandis que l'axe volcanique, ayant deux directions différentes et successives, doit se mêler plus ou moins à la chaîne de montagnes précédente et la recouper de façons variables. Ru effet , les premiers volcans que I on voit dans la province de Chiriqui sont sur le versant de l'Atlantique, puis, les deux directions se coupant en croix sous un angle assez aigu, on en trouve bientôt qui sont établis sur la ligne de faîte elle-même, et d'autres enfin qui s'alignent sur le versant du Pacifique, entre la mer et les montagnes , mais en s éloignant progressivement de ces dernières. Dans la seconde partie du système, les volcans commencent par se placer tout au boni de la mer, assez loin des montagnes; mais ils s'en rapprochent insensiblement, s'élèvent progressivement sur leur versant et finissent par atteindre presque la ligne de faite, comme 011 peut le voir au delà de Quezaltenango. La plus grande partie du groupe Guatémalien est ainsi à moitié distance entre les montagnes et la mer, à cheval sur les premiers contre-forts qui descendent de l'intérieur, et il en résulte des phénomènes assez intéressants, en ce qui touche à la répartition des eaux. Nous avons déjà eu plusieurs fois occasion de traiter ce sujet en parlant des lacs du Salvador et du Guatemala (p. loh et suiv.), mais nous n'y saurions trop revenir, car il y a là une question d'une importance capitale et une source d'erreurs d'une certaine gravité. Entraînés par l'idée de la prédominance, dans l'Amérique centrale, des faits qui se rattachent à l'action volcanique, trompés par des récits laits, peut-être sans intention, par des personnes mal guidées par des connaissances scientifiques insuffisantes, égarés par des descriptions peut-être plus poétiques que lidèles de grands lacs situés .au pied de volcans gigantesques, avec lesquels ils seraient en rapport direct, quelques auteurs se sont laissé séduire {Kir des spéculations d'autant plus attrayantes qu'elles attachaient plus de grandeur et de mystère à une question déjà grande et mystérieuse par elle-même, mais qui ont le défaut immense de propager des erreurs dangereuses et de verser dans les esprits des idées fausses et incompatibles avec l'observation
froide et sincère des fails en eux-mêmes. On a trouvé un certain charme à supposer que les grands lacs de l'Amérique centrale étaient des cratères colossaux, des effondrements gigantesques, éteints et remplis postérieurement par l'action des pluies ou par toute autre cause; on Ta supposé, avec hésitation, sans doute, mais avec une hésitai ion confiante dans l'avenir, avec l'espoir qu'on ne serait pas démenti , et que des observations vraiment scientifiques viendraient donner plus de poids à des théories dont la grandeur a quelque chose de fait pour séduire, mais qui sont fausses, il faut le dire, et qui ne s'appuient sur aucun fait réel. Déclarons-le donc hautement, les grands lacs de l'Amérique centrale ne sont point des cratères-lacs, ils ne sont point des manifestations de l'action volcanique, et les relations qu'ils peuvent avoir avec elle ne sont que des relations secondaires et, pour ainsi dire, dissimulées, ainsi que nous le démontrerons encore une fois ciaprès, (le n'est pas à dire pour cela qu'il n'y ait pas de cratères-lacs dans l'Amérique centrale; nous aurons à eu signaler plus d'un daus le cours de cette étude, comme ceux de Tecapa , du volcan de San Salvador, de la Hoya, de la Caldera au volcan de Pacaya, etc.; mais ils ont des caractères franchement accusés, ils se reconnaissent au premier coup d'œil et se distinguent aisément des grands lacs qui n'ont point du tout les mêmes traits particuliers. Ecartons immédiatement les lacs d'Ilopaugo, de Guija et d'Ayarces, qui ne sont que de grandes masses d'eau enfermées entre des replis ou des dédoublements de grandes chaînes de montagnes porphyriques; restent ceux d'Vmatitlan et d'Atitlan. Or nous croyons avoir démontré péremptoirement que ce ne sont que des accumulations d'eau produites par «les rivières dont le cours a été intercepté par le soulèvement des montagnes volcaniques voisines. Cela explique non-seulement pourquoi les lacs existent, mais encore pourquoi ils existent précisément dans le voisinage des volcans importants; la question ramenée à ces limites est moins grandiose, il faut l'avouer, mais elle a l'avantage d'avoir une solution rationnelle, ce qui n'enlève rien, ajoutons-le, a la majesté des phénomènes volcaniques de l'Amérique centrale, dont les manifestations sont assez nombreuses et assez belles pour qu'on n'ait pas besoin d'v ajouter des faits qui en sont, en principe, complètement indépendants. hi|Mt»ir L'importance du système volcanique de l'Amérique centrale ne saurait être mise doute; le nombre imposant des volcans dont il se compose, la proportion de
ces cônes qui sont encore aujourd'hui en activité, ta nature même de celte acti- a. rwri.,* vite, qui n'est cependant plus, à notre époque, ce qu'elle était encore au commenrement du siècle el surtout il y a une centaine d'années, la fréquence des éruptions, l'abondance des déjections dont elles ont recouvert le sol dans un rayon extrêmement étendu, font de ce groupe un des plus remarquables et des plus intéressants qui se puissent voir. La quantité de volcans, éteints ou encore actifs, que l'on rencontre sur cette ligne, longue de plus de 700 kilomètres, est réellement effrayante; surtout si l'on ne se borne pas aux grandes montagnes, dont la niasse imposante el la grande hauteur attirent immédiatement le regard, et si l'on suppute aussi le nombre des petits cônes isolés ou répartis au pied des colosses qui les dominent el les font aisément oublier, des cralères-lacs, des enfoncements circulaires ayant projeté jadis des cendres ou des matières gazeuses.
Mais il faut se tenir en garde contre les exagérations qui sonl le propre des 11 (.„.< .<■ uw races hispano-américaines, ou contre les erreurs que n'évitent pas des peuplades m^ruL* barbares et ignorantes, et, si l'on veut faire le compte des volcans de l'Amérique („ ^"L,,. centrale, il ne faut s'avancer qu'à bon escient, et ne pas se fier aveuglément aux rapports et aux renseignements qui peuvent être donnés par les habitants du ^""^ pays. Et d'abord, l'habitude de voir que les grandes montagnes sont presque toujours des volcans, a progressivement détourné, en quelque sorte, la signification de ce mot, qui, dans toutes les républiques hispano-américaines, ne vent pins dire en réalité que grande montagne; ainsi il faut s'habituer ù entendre donner ce nom à toutes les sommités un peu élevées, sans croire pour cela qu'on y trouve des traces d'une action éruptive. En outre, les indigènes prennent toujours pur des volcans les cimes, hautes ou non, sur lesquelles se produit le singulier phénomène des relumbos (p. 172), ou détonations sourdes ressemblant aux explosions d'un volcan, mais dues à des décharges électriques locales. Nous n'en citerons que deux ou trois exemples entre mille: ainsi, on appelle volcan d'Omoa la grande montagne qui domine celte ville, et qui n'est certainement composée que de micaschistes; le volcan de San Gil, près d'Izabal, est plus que probablement formé de roches calcaires semblables à celles qui apparaissent dans toute la région environnante; enfin le Cerro Verde, près de Salama, considéré comme un volcan el célèbre par ses relumbos, est une éminence qui se dresse au milieu de
schistes lalquo-ehlorileux. .Nous en poumons énumérer bien d'autres, surtout au voisinage immédiat de la ligne volcanique, là où la nature du sol peut, jusqu'à un certain point, expliquer et faire pardonner l'erreur; niais ceux que nous avons cités sont suffisants et empruntent à leur composition géologique une valeur considérable pour prouver avec quelle réserve ou doit accepter les noms donnés aux montagnes par les indigènes, noms qui, pour la plupart, sont reproduits sur les cartes géographiques que nous possédons.
i'«ticuiMii« Il est inutile d'insister sur ce que l'axe volcanique, tel que nous l'avons décrit i.^.f«.bon ^ allures et sa direction, n'est, en réalité, qu'une ligne théorique, repré- P3hh»Im"' 'entant la direction moyenne de la série des volcans; les cônes se placent tantôt un h peu au nord, tantôt un peu au sud de cette droite, de manière à former une ligne
brisée couvrant une véritable bande de terrain dont les courbes enveloppes s'éloi- Ipient un peu de l'axe médian, mais sans s'en écarter de plus d'une vingtaine de kilomètres en général. Mais nous ne devons pas passer sous silence une particularité intéressante qui se manifeste dans les allures propres et individuelles de chacun des petits groupes de cônes et de cratères qui jalonnent l'axe volcanique principal. Il faut remarquer, en efTet, que l'on n'a pas affaire à une série de volcans isolés, alignés suivant une direction plus ou moins droite ou brisée, mais bien à une succession de petits systèmes, à peu près indépendants les uns des autres, disposés à une distance respective, qui varie, suivant les circonstances, entre des limites assez étroites. Or chacun de ces groupes se compose d'un nombre plus ou moins considérable «le cônes et de cratères, les uns éteints, les autres encore actifs, rangés sur une ligne droite dont la direction est, à peu de chose près, normale à celle de l'axe volcanique principal, dette disposition , extrêmement intéressante, se voit nettement dans les groupes du volcan de Fuego, du volcan d'Atillan, etc., et prend même, dans le groupe du département de (Ihiquimula, un développement tellement extraordinaire, que l'on a presque affaire à un grand système adveulif, perpendiculaire au système principal. Nous n'avons malheureusement pas étudié par nous-mêmes les volcans éteints du dé-parlement de Chiquimula, et nous sommes forcés de nous borner à signaler le fait sans pouvoir l'approfondir. Il semblerait donc qu'en chacun des points d'éruption il s'est formé une fissure normale à la fissure principale, sur laquelle se sont disposés en série
les évente volcaniques, formés les uns après les autres par une marche progressive de l'action éruptive. Cette marche s est-elle toujours produite dans un sens déterminé et constant, c'est ce que nous ne saurions afhrmer; mais nous remarquerons, néanmoins, en passant,, et sans vouloir en tirer, pour le moment de conclusion, que, dans bien des cas (volcans de Fnego, d'Alitlan, etc.), lorsqu'un des volcans d'un groupe particulier est encore actif, il est placé à l'extrémité sud du système.
Nous n'essayerons pas de donner une liste complète des volcans de l'Amérique t»™,***™ centrale, dont il nous serait d'ailleurs impossible de garantir l'exactitude absolue n'ayant pas pu voir tout par nous-mêmes. Nous nous bornerons à énuroércr, en marchant du sud-est au nord-ouest, les groupes principaux , qui sont an nombre ***** de trente environ, comprenant à peu près une soixantaine de volcans, dont dix au moins présentent encore des traces d'activité plus ou moins intense et peuvent entrer en éruption violente d'un moment à l'autre, s'ils ne le sont pas aujourd'hui. <>» derniers sont désignés par un astérisque.
TABLEAU DES CROUPES DE VOLCANS COMPOSANT LE SVSTÈME DE L'AMÉRIQUE CENTRALE.
pnnripiux nUBfl de tokatu
Volcan de Chiriqui (3,435 mètres?).
Volcan de HovaJo (i,i4i mètres?).
Voirai) de Blanco (3,!i8o mètres?).
Groupe des volcans de Cartago ]Turrialba* (3,8n mètres), lrazu (3,077 mètre»). Barba]. Groupe de* volcan* de loue*! du Co«U-Riea [Miravalles (i,434 mètres). Los Votos (3,ooo mitres). La Vicja. Orosi* (-.1,638 mètres) |.
Groupe de* volcan* des îles du Lac de Nicaragua [ Omotcpcc, Za paiera, etc. |. Volcan de Mombacho (1,497 niètres).
Groupe des volcans de Masaya et de Nindiri. Volcan de Moinotombo ' (a,t33 mètres).
Groupe des volcans de la plaine de Léon, dits Lot Marabioê. [Huit cône», dont les principaux l'Aïusco, Los Pilas, POrota, le Telica (1,060 mètres), leSauU Clara, etc.]. Volcan de El Viejo* (1,000 mètres).
Volcan de Conseguina (1,066 mètres).
Groupe de* fies de la baie de Fomwca [l»la del Tigre (800 mètres), etc.]. V ojage gfc)lofn<l»i*.
Groupe de Coucha guo | Orro de la Bandera, Orro del Ocote ( i,j36 mètre*) j.
Volcan de San Miguel* (»,i53 «i«lr*»>.
Groupe de Ghiniamcea et de Terapa [ liilWiiillos" |.
Groii|>e de San Vieenle (ï.Soo mètre») [ InfierniUos* ].
Groupe de San Salvador [»olrau de San Salvador h,3nn mètres), etr.|.
Groupe dlialco [volcan dïialco* (i,8ï5 inèlres); volcau de SanU Anna; autoiM i» Aliuacbapam* j. .
r.r»ir.iui.«.
Volcan de Chingo.
Groupe du Département de Cbiquimula [ volcan* d Aniayo, Cuma, Santa Calarina, Monlerico, Ipala |. Groupe de Cm Itedondo.
Groupe du volcan de Pacaya [cone prinri|»al* (a,55o mitres) |. Volcan d:Aguu (3,^53 mètre»).
(iruiipe du volcan de Fuego | volcan de Fuejfo proprement dit* (i.ooi mètres); volcan â'AuttBMgO (4,1 5u mètre») J.
Groupe du volcan d'Atitlan [r6ne princi|>al* (3,573 mètres) |. Volcan de San Pedro
Groupe de Muezallenanflo | volcan de Santa Maria (3,5oo mètre») ; Cerro Ouemado* (3,io«j mètres | |. VoleU de Tajomulco.
Volcan de Tacana *.
80C0XUSC0 («EVIQCE I.
Groupe de» volcans du Soconusco [Volcan d'Istalt).
Il y a doue actuellement dans l'Amérique centrale une dizaine de volcans en activité, qui sont : dans le Costa Rica, le Turrialba et l'Orosi; dans le Nicaragua, le Momotombo et peut-être le Viejo; dans le Salvador, le San Miguel et lïzaleo; enfin dans le Guatemala, le Pacaya, le Fuego, l'Atitlan et le Cerro Qucmado de Qui'zalteuaugo. On peut encore ajouter à cette liste, dans le Salvador, les Infiernillos de Cbinatueca et de San Vicente, ainsi tjue les Ausoles d'Ahuachapam, qui sont certainement des manifestations de la puissance volcanique. Si nous nous reportons aux relations qui datent de la découverte de l'Amérique centrale, nous y voyons que le nombre des volcans en activité était bien plus considérable à cette époque; on peut donc se laisser aller à penser, maigri; les éruptions nombreuses qui ont eu lieu pendant ces dernières années, que la force volcanique est en décroissante progressive dans l'Amérique centrale, et tend à disparaître peu à peu. Il ne faudrait pourtant pas admettre , à première vue, une semblable théorie, quelque plausible qu'elle puisse paraître, car les lois qui règlent les phénomènes
qui ml prtad<;
Dx\S LES [iÉPl BLIQI ES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 299
volcaniques sont encore trop obscures pour que nous puissions rien déduire avec certitude des laits que nous connaissons. La périodicité des éruptions et l'équilibre qui peut s'établir entre les différentes parties du monde ne sont pas assez connus pour qu'une époque de tranquillité relative puisse être considérée comme une ebose décisive; on ne peut jamais affirmer qu'un volcan est définitivement étfcint , et qu'il ne sortira pas subitement de son repos et de son inactivité plus apparente que réelle. Mien ne prouve que les volcans de l'Amérique centrale ne recommenceront pas, au moment où l'on y pensera le moins pcuMttre, à vomir des flammes, des cendres et des laves, et l'on peut se convaincre que leur tranquillité est bien trompeuse, quand on songe à l'apparition subite du volcan d'Izalco, qui sortit de terre tout à coup à la fin du siècle dernier, et à l'épouvantable éruption du volcan de Consegnina qui, au commencement «le celui-ci, transforma brusquement en un cratère béant une région parfaitement paisible jusqu'alors.
delà nous amène naturellement à dire quelques mots de la formation des vol- ij«t,,j» cans de l'Amérique centrale, qui, anciens ou nouveaux, ont dû, dans leur développement, obéir à certaines lois générales plus ou moins nettement caractérisées. Nous devons avoner que nous éprouvons une certaine crainte en abordant une I'»m™j1" question aussi délicate, car, en présence du déchaînement d'opinions qui s'est produit, pendant ces dernières années, contre la théorie des cratères de soulèvement, on ne pourrait se sentir parfaitement a son aise qu'en apportant des faits conformes aux idées récentes et le plus généralement admises, ce qui n'est pas absolument notre CM. Nous ne voulons pas mettre en doute qu'il n'y ait beaucoup de cônes \olcaniques formés uniquement par l'accumulation des matériaux sortis de leur cratère, scories ou laves, et disposés progressivement les uns au-dessus des autres en couches quaquaversalcs; le volcan d'Izalco en est, entre autres, un exemple frappant, comme on jwmrra le voir, lorsque nous décrirons en détail son apparition et son développement (page 376); mais nous ne pouvons admettre qu'il en ait toujours été de même. Lorsque nous voyons toute la partie supérieure d'une immense montagne dans laquelle s'ouvre un cratère, large quelquefois d'un millier de mètres (volcan de San Miguel) et profond de plusieurs centaines (volcan de l'uego). composée uniquement d'une roche massive, compacte, sans autres solutions «le continuité que celles dans lesquelles se sont injectés des dykes de matière
an.
liquide solidifiée postérieurement, sans aucune interférence de couches de scories, de ponces ou de lapilli , nous avons de la peine à penser que tout cela ait été produit par des laves vomies par le volcan lui-môme. Nous ne croyons que difficilement qu'un volume aussi énorme de matières liquides, solidifiées postérieurement, ait pu s'élever jusqu'au sommet de ces grandes montagnes pour en former la partie supérieure, tandis que les éruptions ne produisent presque jamais autre chose que des gaz accompagnés de matières cinériformes, tandis que les rares coulées de laves, dont le volume n'approche pas à beaucoup près de celui des masses colossales de roches dans lesquelles est creusé le cratère, ne peuvent même pas s'élever jusqu'à lui et se font jour sur les flancs ou au pied du cùne. Mais passons là-dessus; les faits que nous venons de citer ne sont peut-être pas encore assez absolus. Lorsque nous voyons d'immenses volcans, qui n'ont jamais donné aucune coulée de lave, ou qui n'en ont donné que de si imperceptibles qu'on n'eu voit même pas les traces, composés, non-seulement à leur sommet et jusqu'au fond du cratère, mais même dans toute leur masse, par d'énormes volumes de roche compacte exactement comparable à celle dont nous parlions tout à l'heure, notre conviction s 'établit de plus en plus. Ainsi le cratère du volcan d'Agua est ouvert tout entier dans des parois de roche massive, solide, continue; ainsi, au volcan d'Atitlan, les ravins creusés dans les flancs du cône, à une certaine distance de M base, après avoir recoupé une vingtaine de mètres de sables, de scories et de blocs roulés, arrivent à atteindre la roche vive, compacte, sans solution de continuité' qui forme la masse même du volcan. Lorsqu'enfin nous comparons la roche qui constitue le sommet des volcans avec celle qui forme les coulées de lave, alors le doute ne nous semble plus permis, car il n'y a entre elles aucune ressemblance: d un côté, c'est une lave basaltique noire, celluleuse, âpre au toucher, déchirée en blocs anguleux, creusée de cavités en forme d'ampoules, une véritable lave, en un mot; de l'autre, c'est une roche compacte, plus ou moins cristalline, de couleur rouijeâtre ou violacée, mouchetée de cristaux blancs de feldspath, en un mot, un porphyre trachytique parfaitement caractérisé, quelquefois un peu scorilié à la surface, grâce aux phénomènes dont il a été le témoin, mais absolument semblable, sauf cela, aux porphyres trachytiques qui composent la grande chaîne montagneuse sur le versant de laquelle s'élèvent les volcans. Ainsi donc, en nous
résumant, nous voyons que, pour beaucoup de volcans de l'Amérique centrale, dont les uns ont donné des laves , tandis que d'autres n'en ont pas produit , le sommet et même la masse interne de la montagne sont toujours formés par une roche compacte, continue, bien caractérisée, quoique quelquefois scoriliée, et essentiellement différente des laves que l'on peut voir dans les coulées voisines. La conclusion nous semble alors évidente, et nous la donnerons avec la conviction qu'elle est la vérité, mais sans vouloir en aucune façon en faire une règle absolue, puisque nous voyons à côté les uns des autres des faits qui obéissent à celte loi et d'autres qui dépendent d'un principe tout différent. Nous dirons donc que, si certains volcans de l'Amérique centrale sont uniquement constitués par les produits d'une série d'éruptions successives, superposés en couches quaquavcrsales, il y en a d'autres dans la formation desquels l'expansion par accroissement intérieur a été un élément beaucoup plus important que l'expansion par accroissement extérieur. Nous ne pouvons nous empêcher de penser que, pour ces derniers, il y a eu d'abord production d'une sorte de dôme irrégulier de porphyre-trachy tique, emprunté aux roches sous-jacentes dont étaient formées les montagnes mêmes au milieu desquelles l'action volcanique cherchait à se frayer un chemin. Au début donc, formation d'un mamelon plus ou moins volumineux, homogène, de roche solide, tranformé postérieurement par une modification quelconque dans la nature de la puissance éruptive, et devenant enfin un volcan ordinaire à cratère, émettant des gaz et projetant des matériaux cinériformes et scoriacés, dont l'accumulation en couches quaquaversales est venue compléter la forme conique de la montagne pour lui donner, en dernière analyse, l'aspect caractéristique des volcans.
Avant de terminer cette entrée en matière, peut-être un peu longue mais nécessaire , un mot encore sur la nature des éruptions des volcans de l'Amérique ^ centrale, aux époques reculées de leur existence aussi bien que pendant la période actuelle. Ces éruptions nous semblent toujours caractérisées d'une manière remarquable parla prédominance des matériaux scorifiés, cinériformes et galeux, sur les produits liquéfiés; par l'abondance des lapilli et des sables projetés comparée à la proportion relativement faible des laves éjaculécs. Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait pas de coulées de lave d'une certaine importance, car les volcans qui n'eu sont pas environnés sont, au contraire, très-peu nombreux; mais il faut remarquer
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que ces n>ulées n'atteignent jamais les proportions grandioses que l'on peut voir dans «l'atiti'es pays volcaniques, au Mexique, par exemple, el surtout qu'elles appartiennent presque toutes à une période relativement ancienne, le volcan de San Miguel étant le seul, à mitre souvenir, qui en donne encore de temps en temps à noire époque. En intime temps, les anciennes éruptions ont produit des quantités de |>onces vraiment effrayantes, ainsi que l'on peut s'en convaincre en étudiant les couches épaisses de ces matières qui recouvrent de vastes étendues de pays, tandis que les phénomènes actuels rejettent surtout des scories hroyées el triturées, sous la forme de cendres et de sahles volcaniques. Est-il besoin d'ajouter (pie les états éruptifs paroxysmaux, plus nombreux au temps jadis qu'aujourd'hui, sont accompagnés d'émissions de ffU à température élevée, qui ne renferment qu'une faible proportion de vapeur d'eau; à mesure (pie l'activité volcanique tend à diminuer el à entrer dans une période de repos relatif, la température s'abaisse, la quantité de vapeur d'eau augmente proportionnellement dans les fumerolles, et l'on voit quelques cratères se transformer, soit en solfatares, soit en espèces de foyers d'éruptions boueuses, produites par la condensation des vapeurs chaudes el acides au milieu des argiles formées par la désagrégation des roches préexistantes.
\je système volcanique de l'Amérique centrale, dont nous venons d'étudier "' rapidement les caractères généraux, forme un ensemble parfaitement défini et complet, quoiqu'il paraisse peut-iftre se diviser en deux groupes, à cause de l.i déviation qui se produit dans la direction de son axe. Quoique nous n'ayons pu examiner de près qu'un de ces groupes, sur lequel seul par conséquent nous possédons des observations faites par nous-mêmes, il nous a paru qu'il serait fâcheux de ne pas envisager le système dans son ensemble et fie le scinder d'une manière plus ou moins conforme aux apparences, mais incompatible avec la réalité des faits. Aussi avons-nous cherché à nous procurer, sur ce que nous n'avons pas vu de nos propres veux, tous les renseignements disséminés dans les différents ouvrages qu'il nous a élé permis de consulter, afin de conserver, autant que possible, dans notre étude, un tout homogène et continu, conforme à ce qu'a produit la nature en créant le système volcanique de l'Amérique centrale.
Ces renseignements, dont nous laisserons la responsabilité aux auteurs des
ouvrages dans lesquels nous les avons puisés, fornieronl un premier chapitre. Dans le second, nous donnerons nos propres observations «I les résultais de nos recherches. Enlin, dans un troisième, nous Irailerons brièvement des tremblements de terre, qui ne sont, a notre avis, qu'une annexe des manifestations volcaniques, peut-èlre même des phénomènes volcaniques d'une nature particulière.