C.ROIPE DES VOLCANS DE CARTHAOO ITIRRULIU, 1RV7.U. IIARB V
La belle plaine où s'élève la ville de San José, capitale de l'Étal de Costa Rica, est environnée de plusieurs massifs montagneux dont la plupart contiennent probablement des cônes volcaniques. D'après ce qu'en disent les voyageurs qui ont visité ce pays, cette ceinture se composerait, au sud-est de la ville, des montagnes où se trouve le \olcan éteint et peu connu de Chiripo; à l'est, du groupe important des volcans de Turrialba et dlrazu ou volcan de Cartago; enfin, au nord, des sommités dominées par le cône du volcan de Barba, qui n'a jamais été exploré. Parmi les volcans (pie nous venons de citer, ceux qui ont de beaucoup l'importance la plus considérable sont ceux de l'est, qui s'élèvent près de l'ancienne ville de Cartago et lui empruntent même quelquefois son nom. C'est même à la proximité de ces redoutables voisins (pie la ville de Cartago doit de ne plus être la capitale du Costa-Rica et d'avoir été désertée par la plus grande partie de ses habitants à la suite des terribles tremblements de terre qui l'ont désolée à la fin du siècle
dernier. Il est probable que les volcans de Turrialba et d'Irazu sont très-voisins l'un de l'autre et constituent en quelque sorte un même groupe comprenant deux cônes, l'un éteint et l'autre encore en activité, tandis que les autres s'en éloignent un peu et servent de jalons intermédiaires entre ce groupe et ceux qui le précèdent ou le suivent.
Le volcan de Turrialba est un beau cône régulier, de 3,8 1 2 mètres de hauteur \»k.n ( Squiers), qui présente encore aujourd'hui de remarquables symptômes d'activité. Il parait qu'une assez épaisse colonne de fumée couronne continuellement sa cime, et que, dans certains cas, elle augmente notablement d'intensité. C'est évidemment au voisinage de ce volcan actif que sont dus les tremblements de terre qui ont dévasté Cartago. C'est probablement au Turrialba que doivent être rapportées d'assez violentes éruptions qui eurent lieu dans les années 1 7a3 et 1 756 et dont on a conservé le souvenir à Cartago, sans que la tradition rappelle de détails concernant ces phénomènes. Après un intervalle de repos assez prolongé, il y eut, en 1820 et en 1867, des retours caractérisés de l'action éruptive, et enlin au commencement de 1866, le Turrialba a encore été le théâtre d'une violente éruption cinériforme qui projeta des déjections jusqu'au port de Punta Arenas. Malgré l'intérêt scientifique que doit ofl'rir l'étude du volcan de Turrialba, aucun ouvrage ne mentionne qu'il ait été examiné par des voyageurs sVcupant de questions scientifiques, et nous ne connaissons le récit d'aucune ascension faite à cette montagne. II est possible que, grâce aux pentes très-roides du sommet ou aux épaisses forêts qui recouvrent la base du volcan, cette excursion présente des difficultés assez considérables, mais il nous semble que, dans un pays aussi riche et aussi peuplé que les environs de la capitale du Cosla-Rica, on devrait trouver assez aisément les moyens de les surmonter.
Pour la grande majorité des voyageurs, l'intérêt ne s'attache pas au volcan de ><4»n <i« cr».,,» Turrialba, mais à son voisin le volcan éteint d'Irazu, appelé aussi volcan de Car- Utgo, dont l'ascension est assez facile, et du sommet duquel on jouit, paraît-il, d'une vue admirable. Le désir de contempler en même temps les deux océans y attire presque tous les explorateurs qui parcourent le Costa-Rica, et il n'y a guère d'ouvrages traitant de ce pays, où ne se trouve un récit d'une excursion au volcan de Cartago. Le cône, haut de 3,/Î77 mètres au-dessus du niveau de la
mer (Squiers),esl moins régulier que celui «lu volcan de Turrialba, mais il en présente néanmoins la forme et les allures caractéristiques. On n'y voit plus aujourd'hui aucune trace d'activité, et il n'existe même pas «le tradition relative A ses éruptions anciennes. Quoique l'intérêt scientifique qui s'attache au volcan de Cartago ne soit pas très-considérable, lums reproduirons quelques lignes de la narration de M. Slephens (Incidents qf travel* in central Imerica, etc., vol. ! p. 363), qui en fit l'ascension en i84o. Voici comment s'exprime cet auteur, après avoir raconté une première journée de marche au travers des épaisses forêts qui entourent la hase du volcan et une nuit pittoresque dans une hutte isolée. «mi -Avant le jour, nous nous mimes en route; le chemin était roide et accidenté; dans un endroit, une trombe avait ravagé la montagne, et les arbres renversés ton ifi,t\*go ^ijjjeni en sj frranaV quantité, qu'il n'y avait presque plus moyen de passer. Nous u.sitften». fûmes obligés de laisser nos chevaux et de continuer à pied. Plus haut, nous atteignîmes une région découverte, où il ne poussait plus que de l'herbe et des arbrisseaux rachiliques; mais, en nous élevant, nous pénétrâmes dans les
nuages, et peu après ils devinrent si épais, que nous ne pouvions plus rien distinguer autour de nous, et qu'il nous fallut presque perdre l'espoir de voir quelque chose au sommet du volcan. L'herbe poussait encore à cette place, et nous montâmes jusqu'à ce que nous eûmes rencontré un champ de sable volcanique et de lave. Nous sortîmes alors de la région des nuages, et, A notre grande joie, nous pûmes apercevoir le sommet du volcan , complètement dégagé de vapeurs et se détachant sur l'azur clair du ciel
-Je continuai A monter et me trouvai bientôt en présence du cratère, d'une circonférence d'environ deux milles (3,600 mètres, soit un peu plus d'un kilomètre de diamètre), déchiré et brisé soit par le temps, soit par quelque grande convulsion. Les débris étaient accumulés, hauts, accidentés, grands comme des montagnes, et, dans l'intérieur, il y avait trois ou quatre petits cratères. Nous gravîmes du cc\té du sud , le long d'une arête courant de l'est à l'ouest , pour atteindre le point culminant, près duquel il y avait, dans le boni du cratère, une immense coupure verticale impossible à franchir. Le pic élevé sur lequel je me trouvais était parfaitement clair, et l'atmosphère était d'une admirable transparence, tandis que, à environ a.ooo pieds au-dessous de nous, au-dessous de la région désolée du
sommet de la montagne, le pays tout entier était rouvert de nuages, et que la ville elle-même ne pouvait se voir au pied du volcan. Peu à peu , les nuages les plus éloignas se dissipèrent; et , par-dessus cette immense couche, nous aperçûmes en même temps l'Atlantique et le Pacifique et nous pûmes ainsi jouir du spectacle grandiose dont nous avions un moment désespéré. Mes compagnons avaient déjà fait, à plusieurs reprises, l'ascension du volcan, mais, à cause des nuages, ils n'avaient encore pu voir qu'une fois les deux mers. Les points où on les apercevait étaient d'un coté le golfe de Nicoya, de l'autre le port de San Juan, pas tout à fait en face l'un de l'antre, mais presque à angle droit. Malgré la grande distance qui nous séparait de l'un et de l'autre, ils semblaient être à nos pieds, à cause de la grande élévation à laquelle nous nous trouvions. C'est le seul point du continent américain d'où l'on puisse contempler en même temps les deux océans.
fil n'y a ni histoire, ni tradition des éruptions de ce volcan, et il est probable qu'elles eurent lieu bien avant la découverte de ce pays par les Européens. Je regrettai vivement dans cette occasion la perte de mon baromètre, car la hauteur de cette montagne n'a jamais été mesurée, quoiqu'on suppose qu'elle atteint environ i i ,ooo pieds, n
VOIX\>S DE L'OUEST DU COSTVMCA (LOS VOTOS. MIIUVALLES, LA VIEJA, OBOSli.
Ainsi que nous l'avons dit, les montagnes qui supportent le volcan de Barba sont à quelque distance au nord-ouest du groupe de Cartago, mais elles ne font pourtant pas partie du groupe suivant, qui se développe à l'ouest de la république de Costa-Rica. non loin de sa frontière avec le Nicaragua. La distance qui existe entre le volcan de Los Volos, le premier de ce nouveau groupe ( toujours en marchant du sud-est au nord-ouest) et le volcan de Barba, n'est pas très-considérable non plus, environ une cinquantaine de kilomètres, et on les voit très-bien l'un et l'autre en un point de la route de Punta Arcnas à San José, au passage de la montagne de l'Aguacate. Les volcans dont nous avons à dire quelques mots sont bien moins connus encore que tous les autres volcans du Costa-Rica, et nous ne croyons pas qu'aucune expédition ait été faite dans le but spécial de les examiner de près. Leur chaîne limite en effet, au nord-est, la région appelée le Guanacasle, qui est la partie la moins habitée et la moins parcourue du Cosla-Bica. Il
passe bien dans le Guauacaste un chemin qui servait autrefois de communication par terre entre San José et Granada de Nicaragua; mais, depuis qu'existe la ligne des bateaux à vapeur du Pacifi(jue, cette voie est complètement négligée. Pour passer auprès des volcans de l'ouest du Costa-Rica, il faut avoir une raison spéciale qui vous attire de ce coté, et nous ne savons pas que, pour personne, la raison ait encore été le désir d'étudier spécialement les volcans.
On sait pourtant que, parmi les cônes qui accidentent cette partie du pays, il y en a quelques-uns d'assez importants, et un surtout qui jouit encore d'une acti- * Mim""'* vite bien caractérisée et se signale de temps en temps par des éruptions cinériformes plus ou moins violentes. Ces volcans sont groupés à une faible dislance les uns des autres et constituent un ensemble bien déterminé, correspondant à une surélévation notable du massif montagneux qui les supporte. Ainsi que nous l'avons dit, le premier de ces cônes, en partant du sud-est, est celui de LosVolos, dont la hauteur dépasse probablement 3, '200 mètres, mais qui ne présente plus aujourd'hui aucune trace d'activité éruptive. Il en est de môme pour son voisin, le volcan de Miravalles.' haut seulement de i,5oo à 1,600 mètres, mais environné d'accidents du sol assez importants. Vient ensuite le cône de La Vieja, complètement éteint aussi, et qui doit probablement être confondu avec celui auquel M. Stephens attribue le nom «le Hincon. v<,i™n<nwi On arrive ensuite au volcan d'Orosi, qui domine de loin le lac de Nicaragua et au pied duquel prennent naissance plusieurs rivières qui vont se jeter, soit au nord-ouest dans le lac, soit au sud-ouest dans le golfe de Nicoya. Avec le volcan d'Orosi la ligne volcanique est devenue relativement voisine de la côledu Pacilique, et. lorsqu'on navigue à une faible distance des terres, on peut très-bien apercevoir le beau cône régulier de l'Orosi, qui se dresse au-dessus du pays environnant, et dont la cime est toujours couronnée d'un panache de fumée. Ce volcan, haut de près de 3, 000 mètres (865o pieds d'après Squiers) au-dessus du niveau de la mer, est, en effet, sinon en éruption, du moins en constante activité, et les habitants des localités voisines le considèrent toujours avec une certaine inquiétude. Nous ne possédons néanmoins aucun renseignement ni sur ses éruptions anciennes, ni sur celles qui ont pu se produire dans ces dernières années.
VOLCANS DES ILES Dl LAC DE MCAIUGUA <)IA>DE1RA, OHOTEPEC, ZAPATERA
En pénétrant sur le territoire de la République de Nicaragua, le système volcanique rencontre la vaste étendue d'eau si célèbre sous le nom de lac de Nicaragua . qui se développe sous la forme d'une grande ellipse allongée, dont le grand axe coïncide presque exactement avec la direction de celte ligne, en orientation et en position. Le système volcanique n'est pas interrompu pour cela, mais il manifeste sa présence en jalonnant le lac d'une série de petites îles plus ou moins régulièrement circulaires, dont la plupart sont essentiellement constituées par un cône éteint émergeant des eaux. Quoique le lac de Nicaragua ail été étudié avec grand soin, et à plusieurs reprises, ses îles n'en sont pas moins à peu près inconnues, car l'attention des observateurs était attirée par des questions d'un ordre tout différent, et l'existence de quelques petits cônes volcaniques éteints n'était pas faite pour les détourner de leur but.
Parmi les îles les plus importantes du lac de Nicaragua, la première, dans la Uni m«iii|ir direction du sud-est, est celle de Solentenami, sur laquelle nous ne possédons aucun renseignement précis, mais qui, d'après sa forme, pourrail bien contenir quelque volcan éteint. Ensuite vient l'île d'Omotcpec, dont la forme admirable n'a jamais manque d'attirer l'attention des voyageurs, qui l'ont tous examinée de loin s'ils n'ont pas eu le temps d'aller l'étudier sur place. Elle se compose en effet de deux cônes jumeaux, soudés par leur base, et s'élevant dans les airs avec la plus remarquable régularité. Tous les auteurs sont d'accord pour représenter ce tableau comme un des plus beaux qui se puissent voir, et dépeignent a l'envi la magnificence du spectacle dont on jouit, lorsqu'on peut contempler, au soleil couchant, les harmonieux profils de ces montagnes se détachant de l'azur du ciel et se perdant par leur base dans les flots bleus du lac. Nous ne les suivrons pas dans celte voie, et nous tâcherons de leur emprunter quelques renseignements plus techniques disséminés dans leurs récits. Le nom d'Omotepec appartient à la langue nahuatl el signifie dans ce dialecte rfcrw montagnes, ce qui est parfaitement d'accord avec la forme de l'île. Elle se compose en effet de deux cônes juxtaposés, et dessine ainsi en plan une sorte de 8 , dont la longueur totale est d'une vingtaine de kilomètres, tandis que chacun des cercles qui la constituent peut avoir en-
viron 10 kilomètres de diamètre. Le cône du sud-est porte le nom de Mandeira; il est un peu moins élevé que son voisin, mais il est aussi régulier que lui, et comme lui aussi il est complètement éteint et recouvert d'épaisses forêts. Le cône du nord-ouest s'appelle Omotepec, comme I île elle-même, et s'élève à une hauteur de i,5oo à 1,600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa forme est celle d'un cône parfait, mais il ne présente plus aucune trace d'activité et a été envahi depuis bien longtemps déjà par une luxuriante végétation. La tradition prétend qu'il existe à son sommet un vaste cratère dans lequel dorment les eaux d'un lac profond; niais, quoique parfaitement possible, cela n'a pas été encore vérifié par une investigation dirigée dans un but scientifique. Il n'existe aucune relation se rapportant aux éruptions du volcan d'Oinolepec, et il nous semble probable qu'il devait être éteint déjà bien avant l'époque delà découverte de l'Amérique, lie lit ZçMin, Lu j,eu plus loin dans le nord-ouest, on voit encore l'île de Zapatera, dont la forme irrégulièrement circulaire et assez exactement conique annonce presque avec certitude la présence d'un »olcau éteint. Enfin, au pied du volcan de Monibacho, il existe un archipel composé d'une innombrable quantité de petits ilôts, connus sous le nom de Lo* Corale*. Ces Ilots, dont les plus élevés ne dépassent pas la hauteur d'une trentaine de mètres au-dessus du niveau du lac, ont, parailil, une forme habituellement conique, et sont couverts de verdure. Les descriptions peu étendues que nous en avons eues entre les mains ne nous permettent pas de nous faire une idée précise de ce que sont ces mamelons; et, quoiqu'on s'accorde généralement à les considérer comme ayant une origine volcanique, nous ne pensons pas qu'on puisse admettre qu'ils soient presque tous de petits volcans éteints, quoiqu'il soit possible (pie quelques-uns d'entre eux aient été jadis de petits volcans advenlifs situés sur un des flancs du volcan principal de Mombacho. Il y a là une question à étudier, et il serait intéressant de connaître quels sont les rapports qui existent, comme composition géologique et comme origine, entre Los Coralcs et leur voisin le Mombacho.
VOLCAN DE MOMIUCHO
Après avoir traversé de bout en bout le lac de Nicaragua, le système volcanique se continue sur la langue de terre qui sépare ce lac de celui de Managua, et le
premier cône qui apparaît sur sa direction est celui de Mombacho, situé sur la rive même, à une vingtaine de kilomètres tout au plus au sud de la ville de Grenade. Ce volcan, haut de 1,600 mètres au moins au-dessus du niveau de la mer, ne ilonne plus aujourd'hui aucun signe d'activité, et présente, à son sommet, plusieurs cratères plus ou moins bien conservés dont les deux principaux renferment des lacs d'une eau claire et pure. L'un de ces cratères est une dépression assez régulièrement circulaire, d'un diamètre de /100 à 5oo mètres et d'une profondeur d'environ 80 mètres; l'autre est un effrayant abîme très-profond, dont les bords à pic sont entaillés d'un côté et correspondent à une gorge creusée sur les flancs du cône.
L'accès du volcan de Mombacho est difficile, cependant on est parvenu à son sommet, et nous allons donner ici, en partie, la traduction d'un récit qui est reproduit par M. Squiers (The gtales of central America, etc., p. 38 1 et suiv.) sans indication de la personne à laquelle il est dû :
~ Peu d'indigènes ont fait l'ascension du Mombacho , quoique presque chacun ait son histoire a raconter sur le lac merveilleux qui existe au sommet, et sur les choses étranges que le voyageur rencontre sur son chemin avant d'y arriver. J'eus beaucoup de peine à persuader de me servir de guide à un ancien mariuero I batelier du lac de Nicaragua) qui était monté quelques années auparavant avec le chevalier Friederiehlhal, et qui avait passé plusieurs jours avec lui au sommet de la montagne. Le flanc du volcan qui regarde Grenade est inaccessible, et nous dômes nous décider à gagner le village indien de Diriomo, situé au pied de la montagne du côté du sud-ouest, pour partir de là et tenter l'ascension... Après avoir traversé longtemps d'épaisses forêts, le chemin (fagne un pays comparativement accidenté et brisé. Les approches du volcan sont caractérisées par de profonds ravins qui sillonnent ses flancs et rayonnent dans toutes les directions. Ces ravins sont remplis d'arbres, de buissons et de lianes, tandis que les arêtes qui les séparent sont nues et ne nourrissent qu'une herbe longue et sèche, jaunie et desséchée par les rayons du soleil. . . Une heure après, nous avions atteint la base des hautes collines coniques de scories, sans arbres mais couvertes d'herbes, qui forment un des traits les plus saillants du paysage que l'on aperçoit de Grenade.. . Elles sont d'une excessive régularité de formes, et semblent avoir v^mfiitwjfii. 4o
A um- ,
été constituées de rendre* et de scories rejetées pendant une des éruptions du volcan et amenées là par le vent. Comme de pareils amas de cendres se trouvent en nombre plus ou moins considérable près de tous les volcans du pays, ils donnent des indications infaillibles sur la direction des vents dominants.
«Autour de ces cônes, il y a des espaces libres qui semblent avoir été' défrichés autrefois et paraissent indiquer la place d'anciens champs de maïs. Au delà, le sentier pénètre dans une épaisse forêt et s'élève sur une arête puissante de roches volcaniques et de laves qui s étend au loin dans la direction du volcan de Masaya. \ moitié chemin du sommet de cette arête, on aperçoit une al>ondante source d'eau fraîche qui brille comme un diamant sous les roches, et qui porte un nom indien doux et musical, que j'ai oublié. C'est un ewlroit charmant, qui a été, de temps immémorial, un lieu de rendez-vous pour les Indiens, dont les pas innombrables ont poli les roches avoisinantes.
a Après que nous eûmes gravi l'arête, nous pénétrâmes sur un espace ondulé, où se trouvent un grand nombre de champs de mais, de cannes, etc., dont la végétation est plus luxuriante que partout ailleurs. Cela tient à la présence «lu volcan, qui oppose une barrière à la marche des nuages emportés par les vents régnants, et détermine leur précipitation en une pluie abondante. De cette façon , tandis que tout le reste du pays souffre de la sécheresse, cet endroit privilégié reste soumis à une bienfaisante humidité, qui entretient la verdure et la fraîcheur.
r 11 était à peine neuf heures quand nous atteignîmes le grand village de Diriomo; mais, sans nous y arrêter, nous tournâmes à gauche pour gagner l'hacienda de la famille Bermudes l u petit lac au premier plan, avec des bouquets d'arbres et des masses de lave noire mêlées de champs de scories rougeatres, formaient un étrange tableau, dans le fond duquel le volcan lui-même se dressait grandiose e| majestueux. Sans perdre de temps, nous poursuivîmes notre route, par un sentier qui se maintient pendant environ deux heures dans un pays trèsaccidenté. Par moments, nous traversions des champs de lave brisée, échauffée par les rayons du soleil , pour nous plonger ensuite dans des taillis d'arbustes serrés et sortir sur des plaines arides de cendres et de scories.
"Knlin commença l'ascension de la montagne elle-même. De ce côté les murailles du cratère sont en partie détruites, laissant voir une effrayante cavité dé-
DANS LES KÉPI BLKjLES DE Gl \TEM ALA ET DE SALVADOR. 315
chiquetée, ayant la forme d'un cône renversé, entourée de noire rochers amoncelés, qui semblent prêts à s'écrouler sur celui qui ose s'en approcher. Le sommet nous paraissait alors deux fois plus élevé qu'auparavant, et c'est en vain que nous cherchions à découvrir un sentier au milieu des amas de lave et de roches volcaniques entassées dans le plus effrayant désordre. A iwirtir de ce point, notre ascension ne fut plus qu'une fatigante gymnastique; grimpant sur des rochers anguleux et déchirés, nous accrochant aux racines des arbrisseaux, montant péniblement sur des champs de cendres ou de sables volcaniques fuyant sous les pieds, nous nous élevions peu à peu sur les flancs de la montagne, dont le sommet semblait, à chaque instant, plus loiu de nous. Après deux heures d'efforts, nous apercevions la base du volcan bien loin derrière nous et pourtant la cime ne jwraissait pas s'être sensiblement rapprochée. . .
"Les difficultés de l'ascension augmentèrent bientôt, quand nous eûmes atteint un endroit où la montagne était déchirée et coupée par une inimité de ravins ou de feules dont quelques-uns étaient profonds de plusieurs centaines de pieds. Il était difficile de choisir une direction qui conduisît à la cime tout en évitant ces obstacles. Il faut ajouter que nous venions d'atteindre la zone des nuages, qui nous cachaient fréquemment le but de nos efforts et nous enveloppaient dans une complète obscurité; il fallait alors attendre, sans faire un mouvement, qu'ils se fussent dissipés, car un pas dans un mauvais sens aurait pu être fatal.
* Nous avions dirigé noire marche vers un pic anguleux e| élevé qui nous semblait être le point culminant de la montagne; mais, lorsque nous l'eûmes atteint après mille efforts, nous nous aperçûmes que ce n'était qu'un point du bord brisé du cratère et que le véritable sommet était loin de nous, à gauche, séparé de l'endroit où nous nous trouvions par un profond ravin, que l'on ne pouvait franchir qu'eu redescendant sur les rochers jusqu'à un millier de pieds plus bas. (Vêtait un grand désappointement , et cependant nous nous trouvions satisfaits de ne pas ■voir à passer la nuit là. Avant de repartir, je rampai avec précaution jusqu'au boni même de la paroi de rochers qui dominait l'ancien cratère, ouvert au-dessous comme un gouffre immense. Je pus apercevoir au fond de celte effrayante cavité un petit lac qui dormait paisiblement au milieu de cet entourage de désolation.
tf Après avoir rejoint le corps même du volcan, nous atteignîmes une pente
relativement peu inclinée, où croissaient un peu d'herbe et quelques arbrisseaux: et, après avoir passé auprès de plusieurs petits cratères ou d'anciens éventa, nous arrivâmes au point culminant, juste au moment du coucher du soleil. Je m'étais abstenu de regarder autour de moi en montant, réservant pour la fin le spectacle grandiose dont je devais jouir, etc
«La première partie de la nuit fut agréablement fraîche, mais, vers le matin, nous fûmes réveillés par une bruine humide, qui enveloppait la montagne et laissait tomber sur les rochers de larges gouttes d'humidité. Ce brouillard ne se dissipa que longtemps après le lever du soleil, et nous fûmes ainsi privés du spectacle que nous étions surtout venus chercher. Ce n'est qu'après dix heures qu'il nous Tut possible de regarder autour de nous, et de nous avancer vers la déclivité de l'est, où une chute brusque el les cris des oiseaux semblaient annoncer que nous devions rencontrer le lac dont on nous avait tant parlé. Nous ne fûmes pas désappointés, car nous arrivâmes subitement sur le bord d'un ancien cratère adventif du volcan. Il n'était pas aussi profond que les autres que nous avions vus, et ses pentes, doucement inclinées, étaient recouvertes d'une herbe fraîche. C'était une dépression en forme de cuvette, large d'un peu plus d'un quart de mille (Son mètres environ de diamètre) et profonde de 200 pieds (70 à 80 mètres). Au fond brillait.un petit lac, entouré d'arbres et de buissons chargés de lianes, dont les rameaux verdoyants pendaient à la surface de l'eau. J'essayai de pénétrer dans ce taillis et d'arriver au bord du lac; mais l'entrelacement des lianes était si loulîu. et le sol présentait si peu de stabilité, que je dus y renoncer. Par des mesures barométriques, je constatai que ce cratère-lac se trouve à hji'.io pieds (1,470 mètres ) au-dessus du niveau de la mer.
-\ers midi, après avoir jeté encore un dernier coup d'<eil sur le sommet du Mombacho. nous commençâmes mitre descente; c'était plus rapide et moins fatigant que l'ascension, mais aussi plus dangereux. Nous trouvions beaucoup plus difficile de descendre que de monter sur les {fraudes parois de rochers souvent presque verticales. Plusieurs fois même nous eûmes peine à croire que c'était bien par là que nous avions passé la veille. Pourtant il ne nous arriva pas d'autre malheur que celui qu'on a bien de la peine à éviter en semblable circonstance,
c'est-à-dire de casser notre baromètre, et en quelques heures nous atteignîmes heureusement le pied de la montagne, »
VOLCAXS DB MASAYA ET DE MNDIItl.
A 1 5 ou 1 6 kilomètres au nord-ouest du volcan de Momharho , et à peu de distance de la ville de Masaya, se trouve un groupe volcanique d une grande importance. Il se compose de deux cônes jumeaux extrêmement voisins l'un de l'autre, dont l'un porte le nom de volcan de Masaya et l'autre celui de volcan de Nindiri, ainsi que d'un cratère-lac, qui doit être compté parmi les plus remarquables qu'il y ait au monde.
Le lac de Masaya se trouve à un kilomètre tout au plus de la ville et c'est là u.dcM.,».« qu'on va chercher, avec de grandes difficultés, toute l'eau qui est nécessaire aux „ «l» besoins des habitants. Cela se pratique généralement au moyen de grandes am- '" phorcs de terre cuite, que des femmes portent, suivant la coutume du pays, avec une courroie de cuir passant sur le front. Cette eau, parfaitement potable, ne contient qu'une faible proportion de sels minéraux; mais il parait que sa température est de quelques degrés supérieure à celle de l'air ambiant, et qu'on la laisse d'ordinaire rafraîchir pendant quelque temps avant de l'employer pour les usages domestiques. Le niveau du lac se trouve à i 5o mètres au-dessous de celui du sol environnant et ce n'est que par d'étroits sentiers, très-roides et à moitié entaillés dans le roc, que l'on peut l'aborder. Il s'est formé, en effet, dans une immense dépression, brusquement ouverte à fleur de terre, et constituant un remarquable cratère-lac. Ce cratère ne présente pas dans toute son étendue une forme caractéristique, et le voisinage du volcan de Masaya a contribué puissamment à y amener des modifications importantes. Il n'est circulaire que du côté de l'esl. là où il est borné par de gigantesques falaises à pic, de plus de i oo mètres de hauteur; mais, à l'ouest, le bord primitif a été détruit, soit par la formation même soit par les éruptions successives du volcan de Masaya, qui a pénétré en partie par sa base dans le bassin du lac, ainsi comblé et refoulé d'un côté. La demicirconférence encore intacte peut avoir 8 kilomètres de diamètre, tandis que la dimension per|H>ndiculaire serait de moitié plus faible. Les auteurs que nous avons consultés ne disent nulle part de quelles matières sont composées les parois de ce
bassin; mais, d'après leurs descriptions, nous sommes portés à croire qu elles doivent être entaillées, au moins dans la région profonde, au milieu de puissantes couches de roches basaltiques.
*• Nia)*, Le volcan de Masaya, dont la base pénètre, à l'ouest, dans les eaux du lac du même nom, est un cône irrégulier d'une hauteur de 900 a 1000 mètres, tout au plus, au-dessus du niveau de la mer. Il a émis un grand nombre de coulées de lave, dont la plus importante s'est épanchée du côté du nord, jusqu'à une distance d'une trentaine de kilomètres. La roule de Grenade à Léon traverse cette coulée de lave et, quoiqu'elle soit assez ancienne, ayant actuellement deux siècles d'existence, il parait qu'il n'y pousse encore aucun végétal, et qu'elle a conservé la couleur noire, la nudité complète, l'aspect désolé et hérissé de ses premiers jours. Le volcan de Masaya est célèbre dans les fastes de l'ancienne histoire centro-américaine. car il était dans un étal de violente activité lors de la conquête, et il fut considéré par les envahisseurs comme une des plus étranges merveilles du pays qu'ils venaient de découvrir. Oviedo, le fameux chroniqueur, qui le vit en 1 f> 20, à l'époque où les Espagnols pénétrèrent au Nicaragua, a laissé dans ses mémoires une intéressante description, dans laquelle il lui donne un nom qui indique quelle «levait être la violence de son état éruplif, puisqu'il l'appelle El Infîerno de Masaya, l'enfer de Masaya. Voici, du reste, les quelques lignes qui sont consacrées à ce volcan dans ces anciennes chroniques :
Éi»u,..uir.„ «r II y a dans cette province des montagne brûlantes, et la principale est celle wnfjZL, de Masaya, où les natifs, à certaines époques de l'année, sacriliaient des jeunes kd^wlqMa» n"cs' cn l°s précipitant dans l'intérieur du cratère, pensant, par l'offre de leur iMfe vjf.? apaiser le feu, pour qu'il ne dévastât pas la contrée, et ils y allaient avec grand soin. * El autre |>aii :
rA trois lieues de la ville de Masaya, il y a une petite colline ronde et aplatie, appelée Masaya, qui est une montagne brûlante; sa bouche peut mesurer une demi-lieue, et sa profondeur est de si5o brasses dans l'intérieur. Il n'y a ni arbres, ni herbes, mais les oiseaux y viennent sans craindre le feu. Il y a encore une autre bouche, semblable à celle d'un puits, à une portée de flèche plus loin, et on y voit le feu à une profondeur de 1 . ">o brasses; la masse en feu y bouillonne et
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR 319 s'élève quelquefois, et donne alors une grande lumière, qui peut être vue à une distance considérable. Elle s'agite d'un côté à l'autre et quelquefois fait explosion avec un bruit épouvantable, et pourtant ne projette jamais rien autre chose que de la flamme et de la fumée. »
A côté des descriptions vient aussi se placer la légende, et la tradition suivante montre jusqu'à quelles extrémités pouvait conduire l'étrange idée qu'on se faisait autrefois des volcans.
«Voyant que, dans le fond du cratère, la liqueur existait toujours, et qu'elle était toujours en ébullition, et pensant qu'elle pourrait bien être de l'or, F. Blase de Yniesta, de l'ordre de Saint-Dominique, et deux autres Espagnols, se firent descendre dans deux paniers dans la première bouche emportant avec eux un baquet fait d'une seule pièce de fer et une longue chaîne, pour ramènera eux un peu de la matière en fusion et pour savoir si c'était du métal. Ils descendirent 1 .">o brasses de chaîne, et, aussitôt qu'elle arriva au feu, en très-peu d'instants, le baquet fut fondu ainsi que quelques anneaux de la chaîne, et ainsi ils ne purent pas savoir ce qu'il y avait au fond. Ils restèrent là cette nuit sans avoir besoin de feu ni de lumière, et revinrent dans leurs paniers après avoir eu une assez grande frayeur. *
Postérieurement à l'année i5ao, le volcan de Masaya, après être resté pendant longtemps encore dans un état de constante activité, eut plusieurs éruptions d'une grande violence. La plus importante est celle de i C>70, qui a donné la grande coulée de lave dont nous avons parlé ci-dessus. Actuellement, le \olcan de Masaya est complètement «'teint, et son cratère est envahi par la végétation.
Il n'en est pas tout à fait de même de son voisin, le volcan de Nindiri; et, autant r«laa Je rmm. que nous avons cru le comprendre d'après les récits que nous avons lus, sans avoir vu les choses de nos propres yeux, il nous semble possible qu'il y ait eu, dans certains cas, une confusion entre ces deux volcans. Ils sont, en effet, si voisins l'un de l'autre que c'est à peine si l'on peut les considérer comme deux volcans distincts, et que le ÏVindiri est en quelque sorte une dépression ouverte dans un gonflement soulevé sur le liane du Masaya. Or le cratère du volcan de Masaya est, à ce qu'il parait, dans un état qui indique une extinction complète produite déjà depuis bien longtemps, et qui écarte entièrement l'idée qu'il ait pu donner des coulées délave à une époque peu reculée de la nôtre; tandis que le cratère du .Nindiri
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est, au contraire, dans une situation qui porte l'empreinte de l'activité volcanique. L>'un autre côté, il est constant (pie c'est dans ce cratère adveutif que se sont manifestés les phénomènes qui ont tant effrayé les habitants de Masaya il y a une dizaine d'années, et il ne serait pas impossible que ce fut là aussi qu'eût été le siège d'une assez violente éruption, rapportée par la tradition à l'année 1772 ou 1770, peut-être même à toutes deux. Quoiqu'il en soit, le Nindiri est donc une sorte de tuméfaction soudée sur le flanc du volcan de Masaya, et dans laquelle s'est ouvert un vaste cirque à parois rocheuses, d'où se dégagèrent, en i850>, 1867 et i858, d'épaisses colonnes de fumée. En juin i85a, les habitants de Masaya furent épouvantés par un bouillonnement subit qui se manifesta au milieu des eaux du lac de Masaya ainsi que dans celles des deux lagunes voisines, et quelque temps après par une explosion violente qui sembla éclater dans le massif du volcan. Les années suivantes furent signalées par de nombreux tremblements <!<• terre, en même temps que l'on voyait augmenter la colonne de fumée qui s'échappait du sein du cratère adveutif du Nindiri. Au commencement de décembre 1 856, il se produisit une assez violente éruption qui dura quelques jours, puis tout rentra dans le repos, et, depuis lors, ce repos n'a pas été troublé. L'extinction «lu Nindiri semble être momentanément aussi complète que celle du Masaya.
Hfc»i Pour rendre plus claires les considérations exposées ci-dessus, nous pensons
M, .«ira,,. bien faire en empruntant à M. Slephens (Incidente of traveh in central Ame- * rica, etc., vol. H, p. 9) le récit de l'ascension qu'il lit, en lS'io, au volcan de
^"Ir Masaya; et nous prendrons les choses au départ du \illage de Nindiri, où le voya- . m. simili.™ jr(>ur avait donné rendez-vous à son guide, qui n'était autre que l'alcade lui-même.
f A la distance d'une demi-lieue environ, nous quittâmes la grande roule (de Grenade à Léon) et nous primes à gauche par un petit sentier pénétrant dans les bois. Ce sentier amène bientôt dans un espace libre recouvert d'une vaste coulée de lave qui s'étend au pied du volcan, en face et de chaque côté, aussi loin que la vue peut s'étendre. Elle est noire, profonde de plusieurs pieds, et, eu quelques endroits, elle se dresse en hautes arêtes. Une piste battue avait été tracée par le bétail à la surface du champ de lave. En face de nous se trouvaient deux volcans, et l'on voyait sur les flancs de l'un et de l'autre des courants de lave qui
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s'étaient écoulés dans la plaint». Celui qui s élevait en face de nous était, au dire de mon guide, le volcan de Masaya. Celui qui était à droite, et un peu plus loin «le nous, présentait une vaste brèche dans son cratère, et l'on pouvait apercevoir à l'intérieur une vaste cavité. Mon guide lui donnait le nom de Ventero, nom que je n'avais encore jamais entendu prononcer jusque-là, et prétendait qu'il était inaccessible. Nous nous dirigeâmes vers le cône qui se dressait devant nous, et, après avoir traversé le champ de lave, nous atteignîmes la base du volcan. L'herbe y était haute, mais le sol était raboteux et accidenté à cause de la lave décomposée qui le recouvrait. Nous montâmes à cheval tant que nos animaux purent nous porter, mais, quand les pentes devinrent trop roides pour cela, nous mimes pied à terre, et, après les avoir attachés à un buisson, il nous fallut continuera pied. Il me semblait que mes guides n'avaient pas une connaissance bien approfondie des localités, et j'acquis bientôt la conviction qu'ils ne pouvaient ou ne voulaient pas supporter une grande fatigue. Avant d'èlre à moitié chemin, ils s'étaient déjà débarrassés de l'eau et des provisions, et ils commençaient à rester eux-mêmes en arrière. L'alcade était un homme d'une quarantaine d'années, qui montait son propre cheval, et, comme c'était un personnage d'importance dans son village, je ne pouvais pas lui ordonner d'aller plus vile. L'autre avait une dizaine d'années de plus et semblait physiquement incapable. Quand je m'aperçus qu'ils ne connaissaient aucun sentier particulier, je les laissai en arrière et allai seul de l'avant.
-A onze heures, c'est-à-dire trois heures après avoir quitté le village de Nindiri, j'atteignis le point culminant vers lequel je me dirigeais, et je supposais que de cel endroit j'allais pouvoir plonger mon regard dans l'intérieur du cratère du volcan. Mais il n'y avait pas de cralère, et toute la surface était recouverte par d'énormes niasses de lave entre lesquelles poussaient des arbrisseaux rachiliques. J'attendis jusqu'à l'arrivée de mes guides, qui me dirent que c'était là le volcan de Masaya et qu'il n'y avait rien d'autre à voir. L'alcade affirmait que, deux ans auparavant, il avait fait l'ascension avec le cure, défunt depuis, et d'autres villageois, el que c'était là qu'ils s'étaient arrêtés. J'étais désappointé et mécontent. Précisément en face de nous s'élevait un pic assez haut, qui, d'après sa position, me semblait devoir commander la vue sur le cralère de l'autre volcan. J'essayai de
m \OY\GK GÉOLOGIQI K •
l'atteindre on marchant le long do la circonférence de la montagne, mais je lus arrêté par une profonde déchirure et je dus retourner sur mes pas pour traverser ensuite directement. Je ne me doutais {juèrc de ce que j'allais tenter de faire. Tout était recouvert de lave, qui formait des remparts et des masses irrégulières, et dont la surlace, variant a chaque instant de niveau, était entremêlée de taillis et de huissons. Après une heure des plus pénihles efforts que j aie jamais faits de ma vie, je réussis à atteindre le point vers lequel je me dirigeais, et, à ma grande surprise, au lieu de dominer le cratère du volcan éloigné, je me trouvai sur le hord d'un autre cratère. . .
*Ce cratère avait environ un mille et demi (a kilomètres et demi ) de circonférence, el 5oo ou 600 pieds de profondeur; ses parois, en pente assez forte, avaient des proportions si régulières, que l'on eût dit une excavation faite de main d'homme. Le fond était de niveau, et recouvert d'herbes ainsi que les parois, de manière à donner à l'ensemble l'aspect d'un immense bassin conique de verdure. Rien ne rappelait les traces terribles d une éruption volcanique, rien qui pûl lerrilierou donner l'idée d'un enfer; tout, au contraire, respirait le calme, la grandeur et la beauté. Je descendis jusqu'à côté du cratère et me promenai le long du boni, en plongeant mes regards dans l'intérieur. De l'autre côté il y avait un bouquet d'arbustes, el, en un autre endroit, on voyait une place sans herbe où le sol, noir et raboteux, semblait de la lwue qui se dessèche. Je me sentis la curiosité de descendre dans l'intérieur du cratère, mais ses parois étaient presque perpendiculaires.
-Tout seul comme je l'étais, el séparé de mes guides par une heure de rudes efforts, j'hésitais avant de faire une tentative, mais il m'eût été désagréable de revenir sans résultat. Kn un endroit, près de là où la terre était noire, le bord était boisé, el il avait quelques petits arbustes; j'y laissai mon fusil appuyé contre une pierre, en y attachant mon mouchoir en signe de reconnaissance, el quelques instants après j'élais au-dessous du niveau du bord. En me laissant descendre au moyen des racines, des buissons et des pierres roulantes, j'arrivai jusqu'à un arbttSle qui croissait sur la muraille à peu près à mi-chemin du fond; mais audessous de cela il n'y avait plus qu'une paroi nue et perpendiculaire. Il n'y avail pas moyen de descendre plus bas, j'étais même obligé de me maintenir au-dessus
DANS LKS RKPIBI.IQl KS DK GUATEMALA LT l)K SALVADOR. 323
de mon arbre, cl de là j'eus beau chercher, avec plus d'attention que jamais, un moyen de gagner le fond, il me fallut y renoncer. . .
- Quelque désireux que je fusse d'atteindre le fond, je me mis bientôt à reporter mes regards vers le bord. Unefoulure, une branche brisée, une pierre roulante , une défaillance de forces, m'auraient précipité en un instant dans un endroit où j'aurais été aussi difficile à trouver qu'un gouvernement dans l'Amérique centrale. Je commençai à grimper lentement et avec précaution, et, au bout d'un certain temps, je me trouvai hors de tout danger.
«A ma droite, je pouvais contempler dans toute son étendue le cratère boisé du volcan delSindiri. Dn coté tourné vers moi, il y avait eu un immense éboulement, et le regard pouvait pénétrer dans l'intérieur du cratère. C'était celui-là que l'alcade avait déclaré èlre inaccessible, et, en partie par dépit contre lui, je m'acheminai de ce côté, avec beaucoup de peines et de difficultés. Knfin, après cinq heures d'une pénible pérégrination au travers des monceaux de lave déchiquetée, je me retrouvai à l'endroit où nous axions laissé nos provisions. Je retrouvai là l'alcade, qui sembla pétrifié d'étonnement aux descriptions que je lui fis, et qui persista à me déclarer qu'il ignorait complètement l'existence de ces cratères . . . n
VOIXIX DK MOVIOTOMBO
Après le groupe volcanique de Masaya, on ne rencontre plus de volcans proprement dits jusqu'à celui de Momotombo, mii est situé sur les bords du lac de Managua dans la direction du nord-ouest. Mais ce vaste espace n'en a pas moins été soumis directement à l'action de la puissance éruplive, et la direction de la ligne volcanique y pst jalonnée par un très-grand nombre de cratères-lacs distribués aux environs de la ville de Managua, surtout du côté du nord. Ces cratères-lacs, qui ont été signalés pour la première fois d'une manière précise par M. F. Belly. semblent être extrêmement intéressants, et mériteraient d'être étudiés avec soin par quelque voyageur scientifique. M. Belly n'en dit d'ailleurs que quelque* mots, et c'est à son ouvrage |1) que nous emprunterons les indications plutôt que les descriptions que nous allons en donner.
Près de Masay a, outre le grand cratère-lac dont nous av ons dit quelques mots au
< 1 A tr»tr. rVMHfW omWr. Lt V.Mr^»* tt U «mm/ m/riwrW.yw , par Mil Belly. clc. Para 1867.
paragraphe précédent, il y en a encore deux autres, ceux d'Appoyo et de Tiscapa. Le premier est un immense gouffre enfermé entre des parois verticales de plus de Aon mètres de profondeur, dans lequel se trouve une vaste nappe d'eau salée; le second est une belle cuvette dont les murailles n'ont qu'une trentaine de mèlres . de hauteur; son diamètre est d'environ 5oo mètres, et la profondeur de ses eaux d'une cinquantaine de mètres au milieu. L'eau qui y est contenue est douce et claire et est employée pour tons les usages domestiques. Les cratères-lacs des environs immédiats de Managua sont encore plus intéressants. On connaît d'abord, à environ ao kilomètres de la ville, celui de \ejapa, d'un diamètre de (km mètres, dont les eaux presque chaudes, ârres, nauséabondes, chargées d'hydrogène sulfuré et d'une couleur verdatre, laissent déposer un sédiment noir contenant du 1er. A '.\ ou fi kilomètres de là est la lagune d'Asososca, qui n'a pas moins de 800 mètres de diamètre, et <pii est entourée d'une muraille à pic de go mètres de hauteur. Ses eaux, douces el froides, sont profondes de plus de 100 mètres près des bonis, et au milieu on ne trouve pas le fond. La lagune dèJilua est située à une vingtaine de kilomètres fins loin; elle a à |hmi près les mêmes dimensions, mais ne renferme que de l'eau salée. Il est probable que des dégagements de gaz plus ou moins abondants se produisent de temps en temps dans les unes el les autres de ces lagunes, car on prétend les voir quelquefois bouillonner.
Au nord-ouest de Managua, la direction du système \oleanique traverse le lac de Managua. Il est probable qu'une presqu'île, qui s'avance dans le lac près du village de Malearas, et qui se signale de loin à l'attention du voyageur par d'assez hautes sommités, renferme quelque cône éteint ou quelque cratère-lac qui jalonne cette direction. Mais elle est bientôt indiquée d'une façon plus précise par l'île de Momotombita, qui s'élève au sud-est du grand Momotomho, tout près des rivages de la presqu'île qui forme la hase de ce beau volcan. L'île de Momotombita est constituée par un petit cône éteint d'une admirable perfection de formes, dont les lianes sont recouverts d'une épaisse végétation. Ce volcan n'était déjà plus actif à l'époque de la conquête, et il est probable qu'il y a bien des siècles qu'il a cessé de l'être, car on a découvert dans l'intérieur de son cratère de gigantesques idoles de pierre, qui prouvent que les antiques races indiennes l'avaienl déjà choisi jadis pour y célébrer les mystères de leur religion.
La ligne volcanique rejoint bientôt la terre ferme, et elle est presque immédiatement indiquée par le gigantesque cône du Momotombo. Ce volcan s'élève au bord môme du lac de Managua, et sa base arrondie y a formé une presqu'île qui s'avance dans les eaux sur plus d'une demi-circonférence. Il n'est pas impossible qu'il ail constitué autrefois une ile comme celle de Momotomhita et qu'il aiL été rejoint à la terre ferme par l'accumulation de ses déjections successives. Le Momotombo. dont la hauteur est.cstimée à *i,ioo ou 2,200 mètres, n'a jamais été gravi par personne. Comme il repose sur une plaine dont le niveau ne dépasse guère (pie d'une vingtaine de mètres celui de la mer, son cône se développe sur toute sa hauteur avec une admirable régularité. On le voit très-bien du port de Realejo (Corinto), et sa masse grandiose semble se dressera l'extrémité de la ligne de petits cônes des Marabios, à l'autre bout de laquelle s'élève le beau volcan d'hl Viejo. Le sommet du Momotombo est noir et dénudé; de vastes courants de lave sillonnent ses flancs, et tout contribue à lui donner un aspect plein de grandeur et de majesté; sa cime est courounée d'une colonne de fumée qui attire de loin l'attention, et qui indique qu'il possède encore une activité éruptivc bien caractérisée. Autour de sa base, on voit surgir en plusieurs points des sources sulfureuses à une liante lcuq>éralure. Les sources thermales sulfureuses ne sont d'ailleurs pas rares an Nicaragua; on en connaît un grand nombre de fort importantes, entre autres celle de Tipitapa près de la rivière qui rejoint les lacs de Nicaragua et de Managua. Il est probable qu'il existe encore beaucoup d'autres phénomènes du môme genre (pie révélerait une exploration scientifique sérieuse. Le Momotombo n'a malheureusement jamais été visité en détail, et personne n'a tenté d'atteindre sa cime; il est probable qu'en prenant convenablement ses mesures on pourrait pourtant mener à bonne lin une semblable entreprise, malgré l'incessante activité de ce volcan, et que l'on recueillerait ainsi des documents précieux pour l'histoire volcanique de l'Amérique centrale. Quoique l'on sache pertinemment (pie le Momotombo a plusieurs fois éjaculé des laves et projeté des cendres et des scories, il n'existe, à notre connaissance, aucune tradition qui soit rapportée par les difl'éreiits auteurs, et qui puisse fixer la date de ses principales éruptions. Mais il est constant que ce volcan, actif déjà à l'époque de la complète, n'a cessé depuis lors d'émettre des volumes considérables de vapeur. En i85a, la colonne
de fumée avait une grande importance, mais elle a beaucoup diminué el même presque disparu pendant que le volcan de Masaya (ou plutôt de Nindiri) était en activité. Elle a repris en iJSiiH et n'a pas cessé depuis de se montrer.
VOLCA.XS DE M PUIXF. IJK I.KOX.-d.OS VMIUBIOS. BL MEJO )
•v™d.TpJi.« Au delà du Momolombo, on voit se dessiner dans la plaine de Léon une ligne Lo.vwli.in, de volcans éteints, extrêmement voisins les uns des autres, qui portent le nom «le Los Marabios. Ces volcans sont au nombre de 9 et constituent une des séries les plus remarquables qui existent dans l'Amérique centrale. On les dislingue trèsnettement du port de llealejo, et il y a peu de spectacles plus étranges que cette rangée de cônes, dessinant leurs formes régulières sur l'azur du ciel. Ils sont Ions beaucoup moins élevés que le Momolombo ou que le Viejo, qui se dressent aux deux extrémités de la série; mais, comme ils se trouvent au milieu d'une plaine donl le niveau ne dépasse pas beaucoup celui de la mer, ils ne perdent rien de leur firandeur, ayant en somme un aspect assez imposant. En suivant toujours la direction du sud-est au nord-ouest, c'est-à-dire en partant du Momolombo, voici dans quel ordre ils se succèdent : d'abord le cône régulier d'Axusco; puis le volcan de Las Pilas, au cratère légèrement ébréché; ensuite un petit cône dont le nom nous est inconnu, auquel succèdent la large masse de l'Orola, le beau cône du Telica, le Sauta-Clara, dont le cratère est partiellement détruit, deux petits cônes sans nom , et enfin le beau volcan d'EI Viejo. v,.irM.rF.MKj-. Le volcan d'EI Viejo est souvent considéré comme ne faisant pas partie de la rangée de Los Marabios, et, de fait, il les domine d'assez liant pour avoir autant de droit que le Momolombo à être mis à part. El Viejo doit avoir à peu près i.joo mètres de bailleur, mais nous n'avons pas entendu dire qu'il ail jamais été mesuré exactement; c'est un cône d'une admirable régularité et d'une perfection de formes que rien ne peut dépasser. El Viejo était en activité à l'époque de la conquête du Nicaragua, et il s'est maintenu encore longtemps dans cet étal, car Dampieren parle comme d'une montagne brillante. Il est même possible qu'il ne soit pas encore entièrement éteint à l'époque actuelle, car il nous semble avoir aperçu à son sommet de petits nuages de vapeur, dont il est regrettable qu'aucune ascension scientifique n'ait encore révélé l'origine.
Depuis le Moiiiolombo jusqu'à El Viejo, le système volcanique affecte une direction presque mathématiquement rectiligne, jalonnée par les volcans de Las Pilas, d'Orota, de Santa Clara et les autres petits cônes éteints. Mais les volcans d'Axuseo et de Telica sont un peu en dehors de celte série, du côté du sud, et semblent disposés sur une seconde ligne très-voisine de la précédente et qui lui est exactement parallèle. Celte direction prolongée resle encore au-dessus du volcan de Conseguina.
Tous les cônes de la chaine de Los Marahios sont complètement éteints ù l'époque actuelle, mais plusieurs d'entre eux étaient en éruption à l'époque de la conquête, lue étude de ces volcans, faite dans un but sérieux, amènerait probablement à des résultats fort intéressants, et il est fâcheux que personne n'ait encore pu se livrer à de semblables recherches. Quoique Los Marabios soient dans un état d'exlinction, il ne faut pas croire pour cela (pie les manifestations volcaniques aient complètement déserté cette région. Il n'eu est rien, et tout dernièrement encore, une éruption subite s'est produite entre deux des anciens cônes de la série, le volcan de Las Pilas et l'Orola.
Voici dans quels termes le Courrier des Etats-Uni», journal qui se publie à New- York, raconte, d'après une correspondance particulière, les phénomènes qui se sont passés près de Léon en novembre i H 0 7 , un an à peine après que nous avions quitté l'Amérique centrale :
"Le \k novembre dernier (1807) un nouveau volcan a fait éruption dans le Nicaragua, à 8 lieues environ à l'est de la ville de Léon, sur une chaîne de monts lMJ™<.*u™
volcaniques qui parcourt l'État parallèlement aux côtes du Pacifique. Le phéno- J^X^Z» mène a commencé à se manifester vers une heure du matin par une série d'ex- «"•«■**'>«««7piusious que l'on a entendues distinctement de Léon. Ces explosions ont déterminé, à travers la couche terrestre, une fissure d'un demi-mille (8ooà 900 mètres) de lougueur, s'étendant.dans la direction du sud-ouest, de l'ancienne fissure à un point intermédiaire entre les volcans de Las Pilas et d'Orota, qui sont deux des nombreux cônes parsemant cette région.
R Dans la matinée du 1 fi , avant le lever du soleil , on vit le feu s'élancer en divers endroits du nouveau volcan. Les explosions continuaient à se reproduire très-irrégulièrement, pendant tout le temps de l'éruption, tantôt rapides et pressées, tantôt
séparée* par des intervalles d'une demi-heure. De sourds grondements se faisaieul entendre presque incessamment.
-Au bout de quelques jours, deux cratères s'étaient formés sur la nouvelle fissure, à une distance d'environ 100 mètres l'un de l'autre; le premier au sudoiiesl rejetant les matières perpendiculairement; le second au nord-est décrivant un angle de 45°. Les flammes des deux cratères augmentaient sans cesse de volume et de hauteur, et, dans le même temps, de deux ou trois autres endroits de la fissure, s'échappaient des jets de flamme et une petite quantité de lave. Le malindu -ju novembre, je me rendis auprès du nouveau volcan, pour mieux l'observer, quoique jusqu'alors je l'eusse vu et entendu de Léon. C'est un instant avant le point du jour que je pus le mieux jouir du spectacle, du sommet d'une colline située à peu près à un mille de la fissure, perpendiculairement a sa direction. Tout le cratère à ma droite était en activité, vomissant des flammes et des cendres par un orilice circulaire de Oo pieds de diamètre, toujours entièrement rempli par des masses de matières qui s'y élevaient. Un cône régulier d'une hauteur de aoo pieds environ, formé par la chute des cendres, s'était élevé autour de ce cratère. Le cône était blanc à sa base, rouge jusqu'à moitié de sa hauteur, et jusqu'au sommet il pétillait incessamment de milliers d'étincelles.
Le volcan procédait assez régulièrement, grondant constamment , lançant, à chaque seconde, une colonne de flammes et de cendres, à près de 5oo pieds audessus do l'orifice. Il y avait, en outre, à intervalles irréguliers variant de io à '.)o minutes, des explosions de plus en plus longues et fortes, et des éjections de volumes de plus en plus considérables de matières qui allaient rejoindre les autres.
- Les cendres s'abattaient sur le cône par masses brillantes d'un à trois pieds de diamètre avec un bruit métallique et retentissant.
tLiic fois le jour venu, de ronge qu'il était, le cône devint d'un noir bleuâtre. Le cratère de gauche envoyait obliquement des flammes el des cendres pareilles, décrivant un angle de 45°. Il était évident, parleurs décharges simultanées, que les deux cratères, bien qu'à une distance d'un millier de pieds l'un de l'autre, étaient en communication souterraine.
-Le cratère à demi-horizontal avait à peu près -<o pieds de diamètre. Dans
l'après-midi du 37, après une série d'explosions qui semblaient ébranler la terre, le volcan se mil à vomir une grande quantité de sable noir et de rochers volumineux. Pendant la nuit, les flammes s'élancèrent a une bien plus grande hauteur, et l'on vit des corps brillants semblables à des météores s'élever jusqu'à 3,ooo pieds au moins de hauteur. C'étaient de grosses pierres de forme sphérique mesurant de h à 5 pieds de diamètre. Le matin, les rues et les toits des maisons étaient couverts d'un beau sable noir lancé par le volcan, et l'on vit tomber dans toute la contrée une pluie de sable lumineux. Cette pluie de sable continua jusqu'au 3o au matin, moment où le volcan s'éteignit, étouffé probablement par l'accumulation des matières.
"Le sable couvre actuellement tout le pays, depuis le volcan jusqu'au Pacifique, . sur une étendue de plus de 5o milles. A Léon, il a atteint une épaisseur d'un quart de pouce. A mesure qu'on s'approche du volcan, on remarque que les dimensions des grains paraissent plus considérables. Tout le tour du volcan , à une dislance d'un mille, est couvert de parcelles dont les dimensions peuvent aller jusqu'à un diamètre d'un demi-pouce, accumulées en une couche d'un pied d'épaisseur. Tout près du cône, le sable a plusieurs pieds d'épaisseur, et les fragments augmentent graduellement de volume, jusqu'à devenir semblables à de véritables blocs de rochers. A la base du cône, ce sont des rocs de k à 5 pieds de diamètre, mais dont la majeure partie a été brisée. Le cône lui-même a 200 pieds de haut, avec un cratère de 900 pieds de diamètre, dont la profondeur est à peu près la même.
" Les flancs du cône sont semés de débris de roc qui ne dépassent pas un pied de diamètre. Un long sillon de scories noires s'étend du cratère dans la direction du nord-est. La lave, aussi bien que les scories que le volcan avait vomies en premier lieu, ont maintenant disparu sous la couche de fragments de rochers, lancés à la fin de l'éruption. La forêt est mutilée, sur une étendue de plusieurs lieues, par l'orage de sable, et les arbres placés près du volcan sont déchiquetés et ensevelis sous les cendres et les rochers.
«Pendant 16 jours, le volcan a élé un spectacle intéressant à contempler. . . et c'est le cas d'appeler l'attention sur les phénomènes qui ont désolé Saint- Thomas à peu près à la même époque, et qui doivent avoir élé produits y«m»|Me|i|ii. 4»
par les mêmes causes que les secousses de tremblements de terre ressenties à Léon, i
Quoique les journaux américains soient souvent sujets à caution, nous croyons qu'il n'y a pas lieu de douter de la véracité des assertions renfermées dans le récit qui précède. Ylalgré sa forme peu scientifique, nous avons cru devoir reproduire intégralement cette relation, parce qu'elle montre bien, daus sa naïveté même, que l'éruption dont il s'agit a eu une importance assez considérable. Il serait intéressant de pouvoir suivre l'histoire de ce nouveau volcan et de savoir s'il a continué à émettre des vapeurs, ou bien s'il est entré immédiatement dans la période d'extinction complète, après la fin de son éruption paroxysmale. Quoi qu'il en soit, il y a donc maintenant un cône de plus dans la série de Los Marabios, cl ce cône, qui s'est placé un peu en dehors de l'alignement des autres, nous prouve, d'abord que l'activité éruptive reparait souvent tout à coup en des points qu'elle semble avoir abandonnés depuis longtemps, et ensuite que la nature des éruptions volcaniques de l'Amérique centrale est presque toujours, à |>eu de chose près, la môme, leur caractère le plus saillant se trouvant dans la prédominance des déjections cinériformes sur les éjaculations de lave.
VOLCAN DE C.OXSEGIINA.
Nous arrivons enfin au volcan de Gonseguina, le dernier de ceux qui composent le groupe du Cosla-Rica et du Nicaragua, et en même temps le plus célèbre |HHil-ètre de tout le système de l'Amérique centrale. Il est situé sur une presqu'île qui forme l'extrémité ouest du Nicaragua, a quelque distance au sud de la ligne axiale; de sorte qu'il semble que le point où cette ligne commence à s'infléchir soit caractérisé par des dérangements auxquels correspondrait I-1 baie de Fonseca avec son système d'iles et de pointes avancées. Celte presqu'île, reliée à la terre ferme par un isthme très-bns et plus étroit que le reste, se termine par une sorte de massif irrégulièrement circulaire, à contours polygonaux, d'un diamètre de i5 à 16 kilomètres environ, qui sert de base à la montagne, dont la hauteur totale ne dépasse pas 1,000 mètres au-dessus du niveau de la mer1.
' AnlNll que hou» nviMW |hi eu jiqp-rde la nier ™ loin wlli- qui, «Uprrs M. Wells, ii'iiKnlmernil » In montogne g^ntlocto n quelque ilialniirr.ri'llr rmnin- . <l<iiuirV- par quW hauteur de o.ooo pieJs environ (C5u mèlrc-i « M. Sqnim. nom semble plus conforma il l« vente que peu pré* i
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 331 Vu de la mer, du côté du nord-ouest (voir le croquis que nous eu avons pris et que nous avons fait reproduire, planche VIII , fig. t ), le volcan de Conseguina offre l'apparence d'un cône à peu près régulier, d'un diamètre très-considérable dans les régions inférieures, mais tronqué à une faible hauteur au-dessus de sa base, comme si quelque épouvantable explosion avait détruit et projeté au loin toute la partie supérieure de la montagne. De cette façon, le cratère (s'il est vrai qu'il en existe encore un bien défini, comme tout nous porte d'ailleurs à le croire) doit être gigantesque, et présenter au moins une vingtaine de kilomètres de circonférence. De loin, on voit très-bien que le haut de la montagne présente un contour arrondi, et que les bonis du cratère sont sensiblement anguleux et hérissés de pointes rocheuses, dont les plus élevées peuvent avoir jusqu'à une centaine de mètres de hauteur. Toute la partie supérieure du volcan est complètement nue et semble constituée de sables volcaniques, de lapilli et de scories, qui lui donnent une apparence à peu près lisse el unie, quoiqu'elle soit sillonnée de ravins plus ou moins profonds. La végétation commence à s'établir vers le point où le pied du cône se perd au milieu de contre-forts irréguliers, qui n'ont point la forme de sommités volcaniques et sur lesquels se développent d'épaisses forêts. On voit enfin une plaine couverte d'un fourré i m jvénétrable, coupée de profonds ravins, et qui se termine brusquement à la mer par des falaises à pic, hautes d'une cinquantaine de mètres. D'après M . \V. Wells {Ej'ploratiotit and Advenlure» in Honduras , etc. |>. i -io), cette plaine serait recouverte de sables volcaniques, de cendres et de laves, et les falaises seraient formées d'amas de scories entremêlées de roulées de lave, s'étendant quelquefois jusque fort avant dans la mer.
Le volcan de Conseguina jouit d'une telle célébrité, même auprès des personne;» nuoo.| qui ne s'occupent pas directement d'études scientifiques, que nous croyons devoir esquisser brièvement son histoire avant d'entrer dans le détail de la terrible éruption de 1 8 3 Tj , grâce à laquelle son nom est devenu fameux dans le momie entier. La tradition rapporte qu'avant l'éruption de 1 835 il existait , sur la presqu'île de Conseguina, un volcan que l'on considérait comme éteint et qui présentait une forme conique comme ceux du centre du ISicaragua. Mais il est permis de se demander si ce volcan éteint n'avait pas été formé à une époque relativement récente, quoiqu'on ne possède aucune narration de ce phénomène; cela semblerait résulter du
te.
du vnlran .).• Contrai n».
récit suivant ', fait par Master Wafcr, qui voyagea quelque temps avec Dampier et se sépara de lui à Rcalejo, d'où il gagna la baie de Funseca, en 1 685.
« Ayant grand besoin de provisions pendaut que nous étions là , nous lûmes à terre pour tacher de nous fournir de vivres à une hacienda de bétail, située sur le continent, vers le fond de la baie, au sud, et à 3 milles environ de l'endroit où nous avions débarqué. Sur notre chemin, nous fûmes obligés de franchir une rivière chaude, courant dans une savane ouverte, et cela nous causa quelque difficulté à cause de sa température élevée. Celle rivière sortait de dessous une colline, mais cette colline n'était pas un volcan, quoiqu'il y en ait beaucoup sur celle cote. J'eus la curiosité de remonter le courant, aussi loin que j'y vis clair pour me guider dans la caverne. L'eau était claire el limpide, mais la vapeur, sous la colline, semblait être celle d'une chaudière bouillante, el mes cheveux en étaient tout humides. En dehors de la colline, la rivière fumait encore pendant assez longtemps. r>
Or celle rivière existe encore aujourd'hui, elle purte le nom tYAgua duke. ses eaux sont chaudes et imprégnées de substances minérales, elle se jelle dans la mer au nord de la presqu'île de Fonseca , et semble sortir du massif du volcan. C'est certainement la même que celle que mentionne Wafcr comme venant de dessous une colline qui n'était pa» un volcan; et, comme ce voyageur, d'après ce qu'il dit lui-même, était fort au courant des caractères extérieurs des volcans, on peut croire avec lui qu'il n'existait pas de cône à cette époque sur la presqu'île de Conseguina.
Quoi qu'il en soit, le volcan éteint, formé à une époque que nous sommes ohligés de laisser indéterminée, el tranquille depuis bien longlemps, au point qu'on ne songeai! nullement à lui, s'éveilla tout à coup en janvier i 835. L'éruption fut terrible, elle détruisit toulc la partie supérieure de la montagne, recouvrit toutes les régions environnantes de déjections qui furent portées jusqu'à des distances incroyables, et terrifia les populations jusqu'aux conlins du Mexique et du Yucalan. Le paroxysme ne dura que trois ou quatre jours , mais le volcan ne rentra que lentement dans son état de repos, el, pendant longtemps encore,
' » r«wf «„,/ *«•„>»«. af ikr i.,km<u </ W««, «trait du JMktfer. IMigkt, H dK par Well* (ht.
on entendit des bruits souterrains et Ton vit des nuages de fumée s Vf liapjMT de son cratère. Il parait même (Wells, loc. cit. p. tai) que, quoiqu'il n'y ait eu aucune tentative d'éruption depuis cette époque, le volcan n'était pas encore absolument éteint en 1 854. En décembre i85a, un nuage de fumée sortit de son cratère accompagné de sourds grondements; une poussière rouge, impalpable, tomba à Amapala, dans l'Isla del Tigre et sur la côte du Honduras. Aujourd'hui on ne voit aucun phénomène se produire sur le volcan de Conseguina, et on n'aperçoit jamais la moindre fumée couronner la cime de la montagne; il n'est cependant pas impossible que de petits dégagements de gaz ou de vapeur se produisent encore dans son cratère, et une ascension à cet immense volcan éteint permettrait peut-être d'obtenir des résultats scientiliques intéressants.
La grande éruption du Conseguina, qui eut lieu le 20 janvier 1 8 3 5 , causa Hnoi* «npiivn
•ta 1
dans toute l'Amérique centrale une émotion indescriptible. C'est assurément le j,., phénomène volcanique le plus terrible qui se soit manifesté de mémoire d'homme dans celle région «lu globe, et l'impression qui en est restée dans les esprits esl telle, que les races indiennes, qui n'ont guère l'esprit des dates, en général, et ne s'occupent pas de mesurer le temps, en ont fait un des points de repère de leur chronologie primitive ; il n'est pas rare de leur entendre dire qu'un événement, naissance ou mort, remonte à tant d'années avant ou après l'éruption du Conseguina. En présence d'une éruption aussi importante, nous croyons bien faire en donnant ici la traduction intégrale de tous les documents relatant le fait (pie nous avons pu nous procurer, et dont la plupart sont extraits des papiers officiels de l'époque. Quoiqu'un peu longs parfois, ces récits n'en présentent pas moins un certain intérêt, car ils montrent dans leur naïveté même combien les manifestations du phénomène volcanique furent violentes à des distances extrêmement considérables du point d'éruption, et combien l'impression quelles produisirent sur les esprits fut profonde. Nous aurons soin de présenter ces narrations mi* successives dans un ordre déterminé, commençant par les localités les plus voisines du volcan, pour nous éloigner progressivement du théâtre même du phénomène; on pourra suivre ainsi les modifications introduites par l'éloignemenl dans les manifestations de l'éruption , tout en se rendant compte qu'elles ne varièrent pas d'une manière très-considérable, et que, jusqu'à de grandes distances,
334 \OYAGE GÊOLOGIQl K
les populations ftwiil persuadées la nn>n(a{;ne en feu élail relativement flans leur voisinage.
BFFKTS DK L'I:IH PTIO» Kl v\ DE COVsElUIV» » U lMO\.
Pmwr rappta-l tin lumlnniil-rulrmrl ('.. Vanurf Aoiwrn . coimiuTnitW Ir port itr \m I iirvn .
Le «o courant (janvier i83a), le lerer du soleil ayant eu lieu dan» un riel pur, comme à l'ordinaire, nu aperçut, à huit heure» du malin , au sud-est de la ville, un épais nunj[e de forme pyramidale, accompagné d'un bruit sourd. Ce nuage s'éleva jusqu'à une hauteur telle, qu'il cachait le soleil, et dételle position, a dix heure» du malin, il se divisa pour gagner le nord et le sud. En même temps, des éclairs commencèrent à s'y montrer, el l'on entendit le tonnerre, comme cela se passe généralement en hiver''. A unie heures, la nuée s'étendanl sur le riel tout entier, la terre fut ensevelie dans les ténèbres les plus épouvantables, telle* ipie l'on n'apercevait nu'-uie pas les ohjuls les plus voisin». Le* beuglement» lugubre* de» animant , l'eiTmi des oiseauv de toutes espères, qui semblaient , dun» leur épouvante, renir chercher un refuge au milieu des homme», la teneur dont les hommes eui-mème» étaient pénétre», les gémissement.* donl les femmes et les enfants remplissaient l'air, l'incertitude dans laquelle ou était plongé sur les résultats d'un phénomène aussi exceptionnel, tout troublait l'esprit le plus énergique el lui faisait minuter les plu» terribles malheur*. surtout quand . «CM quatre heure» du soir, commencèrenl les tremblements de terre, qui, se répétant de manière à devenir une ondulation continue du sol, augmentaient de foire de moment en moment. Kusuile arriva une pluie de »»blc phosphorescent, qui continua jusqu'à ce que, le même jour, à huit heures du soir, il commença à tomber une poussière lourde el line comme de la Unir de l'urine. I,cs coup» de tonnerre el le* éclairs, la foudre éclatant dans l'atmosphère, durèrent jusqu'au -M, el ce même jour, à trois heures huit minutes de l'aprèsmidi, il y eut un tremblement de terre si fort el »i prolongé, qu'il renversa plusieurs hommes marchant au milieu d'une procession de pénitence. Les ténèbres durèrent quarante Irois heures, à tel point que. pendant tout ce temps, il fut indispensable, pour sortir, d'avoir des chandelle» allumées, qui ne suffisaient pas |K»ur qu'on put voir clairement quelque chose. Le il, il y eut une légère éclaircie. mai» sans qu'on pitl encore voir le soleil , el le -j3 , au lever du jour, on entendit une nocrestion de coups de tonnerre épouvantable*, semblables ans décharges de pièces d'artillerie du plus fort calibre; en même temps, la pluie de poussière avait notablement augmenté. là-Ile même journée du »3 , depuis le coin nremenl du jour jusqu'à dix
heures, on vil une lumière opaque qui ne lit autre chose que représenter les objets sous l'aspect le plus liisle. Le soi de la ville, qui avait été de tout temps raholeui, à cause de l'abondance des pierres qu'il contient , était devenu uni, grâce à l'énorme quantité de pnrMuiani qui s'était répandue dessus. Les hommes, les femmes et les eufanls étaient défiguré», à tel |>oinl qu'on ne se reconiiai.stail pas, et qu'on ne pouvait »e distinguer que parla voix el d'outre» indices de même genre. Les maisons cl les arbres, enveloppés d'un linceul de pous- »ière, donnaient à la ville I aspect le plus affreux qui' l'on pui»»e imaginer; mais, quelque trisle que fut ce paysage, il était encore moins pénible à supporter que les ténèbres dans lesquelles nous filmes de nouveau englouti* comme les jours précédent», à partir de dix heures du matin. L'affliction générale, qui avait un peu diminué, reprit avec une nouvelle vigueur, el , quoiqu'il fui très-dangereux de quitter la ville à cause des bêles rérores qui Maint abandonné le» forêts et venaient errer dan* les chemins et les village» (aitiid que cela arriva à Ginrhagua, et ici, où les tigres entrèrent clans les rues), la terreur fut plus forte, el bien des personnes éiiiigrèrcnl à pied, abandonnant leur» foyers, qu il» ne croyaient plus revoir, peicm! que tout allait être détruit de fond en comble, et s'enfuirent dans les montagne* pour s'y mettre à l'abri. Le sft, à trois heures et demie du malin, on aperçut la lune el quelque» étoiles par-ci par-là, comme entre de* rideaux;
' MA r,jJc,W M EltM i/c (iuntrmnk, a' 7», ta février 18.IS. p. OoK.
l'reiHlre le mol iittr dans le sens qu'on lui donne or-
dinairement dan» l'Amérique tixqiicale. r esl-a-dire cmnnir »aiM»i de» pluies correspondant à noire été.
DANS LKS RÉ Pl.' H LIQLKS DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 335
lg jour Tut clair, quoique l'on ne vît pas le soleil el qu'il continuai a pleuvoir de la poussière, qui a recouvert telle ville «I se* environ» d'une couche de cinq pouce* d'épaisseur. Le »5 et le 56, les choses se passèrent comme le ai, mais avec des tremblements de terre fréquents, quoique peu prolongea.
Le premier jour (do janvier) , d'accord avec \' alcade eoutlitm-ùmal de celle ville, nous avion* décidé d'envoyer une commission pour reconnaître d'où pouvait provenir le phénomène. Elle partit en effet à neuf heures du matin, dans un canot, et se composait de l'alcade lui-même, Marrelino Argnelln, du syndic de la municipalité cl des citoyens Vicente Romeroel Juan Pcrry; ils arrivèrent jusqu'entre les iles, où l'obscurité les prit , et , sans pouvoir se rendre compte du lieu où l'éruption se produisait, ils furent obligés de revenirdan* ce port, où ils n arrivèrent qu'à six heures du soir, non sans avoir eu beaucoup de peine à rentrer, tant i cause de l'obscurité qu'à cause du vent qui soufflait avec une certaine force cl les Gt atterrir à une lieue el demie d'ici, de sorte qu'ils furent obligés d'achever le trajet par lerre. Des |Krsonnes dignes de loi , venant de flsla del Tigre, qui ««• trouve à huit lieue» à l'est de notre ville, nous ont appris que toutes ces perturbations étaient produite» par le volcan de Conseguina, situé sur la râle ouest de l'Etal de Nicaragua, et qui Ht explosion le 10 courant à l'heure indiquée ci dessus. (>< personne* ont élé témoins oculaire» de l'événement . el nous ont assuré que, dans l'isla del Tigre, il tomba, le 11, une pluie de pierres ponces, grasses comme des pois chiche* (garbantot) , qui augmenta de façon qu'il finit par tomber des pierres grosses comme des crufs de poule. Klles nous ont dit aussi que les tremblements de terre v furent beaucoup plus forts qu'ici, el qu'on était presque osphyiié par la poussière, au point que le commandant de file et d'autre» personnes, craignant que l'île ne fût engloutie, s'embarquèrent, el durent rester sur l'eau, ne sachant pas de quel coté se diriger.
Ici il y a beaucoup de fluxions de poitrine, de pleurésie*, de catarrhes, de maux de léle et de maux de gorge, probablement à cause de la poussière; il y a des gens gravement malades, el hier une pelile lille dc sepl ans mourut avec des symptômes d'étouffement. Le bétail des environ* périt, et cinq télés ont succombé ici; on rencontre snr le» chemins de» quantités d'oiseaux morts; il en est de même des oiseaux aquatiques, car les personnes venant de flsla del Tigre nous ont assuré avoir rencontré plusieurs centaines de cadavre*
La poussière continua à tomber jusqu'au tj.
La luion, »g janvier l83S,
M. Romno.
Dnrihu rapfwl im li'tlnutm- colonel C Vannel AWro, commandant k port Je U I »w«.
Le 9 courant (février i835), il partit de ce port une commission pour aller visiter le volcan de Conseguina, mais elle ne put examiner la cote sur toute son étendue ni avec tout le soin désirable, à eau»' du nuage de fumée qui recouvrait encore la campagne. Le plus qu'ils purent parcourir fut environ une demilieue sur la demi-circonférence du rdne. Une forêt, qui semblait aussi ancienne que le monde, a disparu. Il s'est formé deux iles dans la mer, une de 800 vare», et l'autre de «00 vnrc*s dans leur plus grande dimension; elle sont composée* de pierre ponce et de terre renfermant du métal sous la forme d'innombrable» paillette* couleur d'or, ayant un peu l'odeur du cuivre3. Du côté du sud-e»l, il *'e*i formé dans la mer plusieurs bas-fonds de 5oo ou Goo vares; sur l'un d'eux est un très-gros arbre renversé avec les racines en l'air et les branche* enfoncées». La pelile rivière qui coulail au nord-ouest est entièrement desaéchée, et à sa place il s'est formé un autre cours d'eau de 6 vares de laigeur
' Bolttin ofieinl ie\ Ettmlo de GnaUmnla , n* 79 . seconde partie, p. 7 M. th mars i835.
1 Le vare vaut o".838.
' Ce prétendu métal devait êlrc plus que proUbleini-til du mica.
1 Inutile de dire que tout cela a dnparu son» l'action des dot», ainsi que lin ttes de pierre ponce, dont il ne rc*le plu* Iraot*.
' Serait-ce In rivière dont il i**l fuit mention puge 33a?
Du village d'KI Vw'jo, on a f»U une autre reconnaissance, cl on a constaté que les hacienda* de Saiwi*- ■napa et de Conscguina. située* dans les environs du volcan, avaient disparu. De la première, il n'a pat échappé une seule Mie de bétail; dans la seconde, un a retrouvé encore environ 3oo huMifs, mai» «i maigre» et si malades, qu'il* vont prubalilemenl périr. La quantité de cadavre* de toute» cs|ièccs de quadrupèdes et d'oiseau* que l'on rencontre autour du volran est réellement effrayante. I n bateau qui se trouvait avec «on équipage en vue de la cote, le so janvier, a sans doute péri, raron n'en a aucune nouvelle.
Dan* la ville de Léon, l'épouvante a été moindre, car l'obscurité, ainsi que la pluie de poussière n'ont pas été ausxi forte* que dan* noire ville (La l'nion). Cela résulte du dire de |K'rsoni)es dignes de foi; on assure aussi que les détonations ont été entendues jusqu'au Costa-Hica , où l'on pensait que l'origine en était trèsvoisine. La goélette colombienne Rnladort, qui partit d'Aeapulco avant le *n janvier, à destination de Realejo. ressentit, à vingt lieues des cotes, une profonde obscurité, et une pluie de poussière tellement épaisse, que I équipage pensa en être suffoqué. On eut à travailler pendant quarante-huit heures pour en débarrasser le navire. La goélette ne put entrer a Realejo à cause de l'obscurité, et «'en fut a l'unla Arcnas, emportant la conviction que tout le Nicaragua avnil disparu.
Le volcan continue à vomir du feu et de la fumée, causant de temps en temps de petits tremblements de
La I nion, .5 février |835.
(FtETS DE LtHlPTION Ut. VOLCAN DE COXSKGl'IVt \ SA*. «Ifil'EL '.
M. Savage était ce jour-là . •»■> janvier i vl ;> , prés du volran de San Miguel , ù ■ ici mille* de distance
(du volcan de Conseguina), surveillant son bétail. A huit heures . il vil un épais nuage «'élevant au sud avec une forme pyramidale, el entendit un bruil semblable au battement des flots de la mer. Bientôt après, ces épais nuages furent éclairés par des taches brillantes, colorées en rose, déchiquetées, éclatant tout à coup puis disparaissant, et il les attribua à quelque phénomène électrique. Mais ces apparences s'accrurent avec une telle rapidité, que se» hommes commencèrent a s'en épouvanter, disant que c'était une mine romplète, et que la fin du monde devait être proche. Hientôt après, il fut convaincu, de son cé-lé, que ce devait être l'éruption d'un volcan, el, comme, a celte époque la. le Cunseguina était une montagne parfaitement calme, à laquelle on ne soupçonnait aucune relation avec le feu souterrain , il «upposa que cela provenait du volran de l'isla del Tigre. Il retourna à h ville de San Miguel, et, en chemin, il ressenti! trois violente* secousses de tremblement de terre, pendant le temps qu'il mil à parcourir un espace de trois cuadras (600 mètres). Les habitants étaient fous de terreur, des oiseau t volaient dans les rues sans savoir où ils allaient , et , aveuglés par la poussière, ils tombaient morts sur le sol. A quatre heures, il faisait si sombre que. comme disait M. S. il tenait sa main devant se* yeux et ne pouvait la voir. Personne ne sortait sans une chandelle allumée, ce qui produisait une lumière trouble qui n'éclairait qu'un espace de quelque» pied*. K ce moment, l'église était pleine et ne pouvait contenir la moitié fie la foule qui cherchait à y pénétrer. L'image de la Vierge lut amenée «ur la place el promenée dans les rue» , suivie pur les habitant* portant de* chandelle* et des torches . formant une procession de pénitence, criant au Seigneur pour implorer le pardon de leurs péché*. Les cloche» «onnaient, et, pendant la procession, il y eut un autre tremblement de terre, si long et si violent, qu'il renversa par terre bien des personnes qui faisaient partie de la procession. L'obscurité continua jusqu'à onze heures le lendemain, puis on commença à voir le soleil, mai* vague, trouble el sans brillant. La poussière , sur le sol, avait quatre pouces d'épaisseur; le» brandies des arbres se brisaient «ou» le poids, el les gens étaient tellement défigurés , qu'il* ne pouvaient se reconnaître.
1 Evtrait de l'ouvrage de M. John L. Stepben». — /«cà/mU "f Irmtlt fa cetral imrricn, l^inpaë. )Wim.u, rte. vol. II. p. 3- el «ii>.
A te moment, M. S. partit pour «lier * non hacienda de Sonsonale. Il dormit au premier village (Moncagua) , et à deux ou trois heures du matin il fut réveillé en sursaut par une explosion semhlahle au coup de tonnerre le plus épouvantable ou a la décharge d'une centaine de eanous. Celte explosion fut accompagnée d'un tremhleinent de terre si violent, que M. S. fut précipité hors de son hamac.
EFFETS DE L ÉRUPTION Dl VOLCA!» DE COSSEGriNA DA5S LE BONDIRAS '.
Dans toute cette partie du pays (intérieur du Honduras) et même à Tegucigalpa, situé a bien des lieues dans l'intérieur et « plusieurs milliers de pieds au-dessus du niveau de la mer, les montagnes tremblèrent jusque dans leurs fondements, malgré lu distance considérable qoi les sépnrnit du volcan. On ressentit des secousses de tremblement de terre, cl bien des personnes devinrent loul à coup malades, tandis que des cendres fines remplissaient l'air au point d'ohseurcir partiellement le soleil, el que l'on entendait au loin des décharges et des explosions annonçant quelque terrible éruption de l'un des volcans qui s'élendenl sur la côte du Pacifique. Nombre de personnes pensaient que le jour du jugement dernier élait arrivé. Néanmoins . les secousses de tremblement de terre ne furent pas ressenties dans les liants pays du Houduras avec autant de violence que dans d'autres pays de l'Amérique centrale. Lorsque je passai les montagnes, quelques mois auparavant, on me montra l'endroit où une rivière, descendant a la baie de Fonscca , coulait jadis au milieu d'une région fertile; maintenant, et toujours depuis l'éruption, la rivière est desséchée et le pays désolé, grâce aux é|iai*sc» couches de cendres vomies par le cratère. ■ .
Le sefior Losano me raconta que, pendant trois jours, l'air fut rempli d'une poussière impalpable, pénétrant à travers toutes les fentes ou les tissures des maisons, et produisant une sensation de suffocation. Pendant les journées des 10. si et it janvier i835, l'obscurité enveloppa tout l'intérieur du Honduras, à partir de trois heures de l'après-midi. L ue personne placée au milieu d'une chambre pouvait a peine distinguer des lumières placées sur des tables aux deux extrémités. On dut s'éclairer pour prendre les repas. Les oiseaux, effrayés par cette profonde obscurité, voletaient épouvanté* dan* les villes, venaient se frapper contre les maisons et tombaient morts devant les portes. Dans les villages, des chevreuils et d'autres animaux sauvages se réfugiaient jusque dans le» habitations. La plus grande consternation régnait dans toute la population.
EFFETS DE L'ÉRUPTION Dl: VOUAS DE CONKRGUVl À Ul'ATEMALA. (Hutnaliiuu mtltarohgifmet faite» dan» la iilk de ùaalemala, du ao nu aK jnueitr tUS '.
ïo janvier. — En ce jour, vers l'après-midi, l'atmosphère semblait chargée de vapeurs, comme s'il eut dit pleuvoir peu de temps après, à tel point que cet étal du ciel attira notre attention. Le vent avait soufflé du sud , puis passé au nord.
si. — Au lever du jour, l'horiion élait rouvert d'une sorte d'ombre qui affaiblissait les rayon* du soleil. Jusqu'à dix heures du matin, on pouvait regarder fixement cet astre à la simple vue. Cette ombre ne pouvait m- confondre avec un brouillard qui est blanchâtre et m meut dans la même direction que le vent , taudis qu'elle était noire et tombait perpendiculairement sur la terre. On ne tarda pas à s'apercevoir qu'il tombait du haut du ciel une poussière fine qui recouvrait les tint- el les terrasses. Les blanchisseuses observèrent aussi que le linge étendu au soleil devenait tout sale'. Cela excita la curiosité, el l'on recueillit, pour l'analyser, de celle poussière, qui se trouva conlenir du soufre el du sel ammoniac1. La nuil qui suivit fui ténébreuse, quoique l'on vit briller de ci et de là quelques étoiles. Les personnes qui sortirent de leurs maisons pour observer
' Extrait île l'ouvrage de M. W. V. Wells, foptnmtio** p. 656 et suiv. — n' 70 («5 lévrier), p. 697 et suivante», mtif AdrmlHret in //oaaW , rte., p. »3o et suiv. ' Celle observation serai! extrêmement intéressant.-. »i
' Boirtm ofieial. rte.»- 73. *' partie (tB janvier |8J$), l'on pouvait y ajouter foi d une manière absolue.
Vuv^e (fi'uloifique.
338 VOYAGE GÉOLOGHH K
l'état du ciel ressentirent de vive» démangeaisons dan* les veut. Des dames eurcnl grand'peim à débarrasser leur chevelure de la poussière qui s'y était accumulée. Tous le» habitaul* de la ville se demandaient quelle pouvait être la cause d'un pareil phénomène , n'ayant entendu parier de l'éruption d'aucun volcan dan» un rayon de 3o à 4o lieues. Il y en eut même qui l'attribuèrent à la queue d'une comi té qui doit devenir visible au mois d'août prochain, suivant ce qu'annoncent les astronomes.
1t. — L'opacité de l'atmosphère fut moins intense; la lumière du soleil était jaunâtre, la couleur des nuages livide, (tassant par points au muge; quelques-uns semblaient se détacher sur un Tond de cette nuance. L'opinion générale était que ces phénomènes devaient être attribué* au volcan d'Ualco, dont on sait que les éruptions sont incessantes, les (lamines terrible» et les détonaùons si épouvantable», qu'elle» semblent menacer la nature entière d'une destruction complète. O volcan est situé 4 55 lieues de notre ville, dans la direction de l'est, et, comme plusieurs chaînes de montagne» s'élèvent entre lui et nous, il semble extraordinaire que l'on puisse voir arriver jusqu'ici la terre embrasée vomie de son sein, et les matières légères qui, grâce à leur ténuité, ne devraient pas pouvoir résister à l'impulsion des vents de sud et de nord . le» seuls qui régnent dans ce pays en cette saison.
a3. — A une heure du malin, la consternation des (topulalion* du voisinage arriva à son comble. Les explosions paraissaient devoir détruire la terre; elles ressemblaient à des décharges répétées de grosse artillerie, et, dans les intervalles, à des coups de fusil; quelquefois aussi on eut dil une tempête éloignée qui s'approchait progressivement et se répercutait par les échos de la montagne. Les personnes les plus braves sortirent de leurs lit», et beaucoup pensèrent à se mettre en sûreté, croyant qu'une année ennemie attaquait la ville. Le» troupes des différentes casernes se mirent sous les armes. Les oscillations des édifices donnaient à penser qu'un tremblement de terre si terrible allait nous ensevelir sou* les mines de lu ville ou entr'outrir la terre sous nos pieds pour nous engloutir. Nous avons lu de» descriptions d'éruptions du Vésuve et d'autres volcans, mais nous ne savons pas qu'à une dislance de .15 lieues 1 aucune ail jamais produit d'aussi épouvantables effets d'incendie et do destruction universelle.
si. — Le jour commença couvert d'ombres et de cendres. De» personne» arrivant par le chemin du Salvador nous ont assuré que, depuis le village d'Ahuachapam , distant de notre ville de li lieues, el de g ou 10 d'Iialcn, elles oui ressenti une pluie de cendres et de poussière lelle, que les arbre», les maisons et la caropngne en étaient entièrement recouverts. Ou nous écrit la même chose de Gualan, situé « une soixantaine de lieues au nord d'halro: mais nous manquons de nouvelles dlialco même et de Sonsonale, ce qui nous cause une grande tristesse. On vient d'apprendre, par des voyageurs, que dun» la vallée de Ijis Casilla» la quantité de cendres qui rerouvre le sol est extraordinaire. Ces mêmes personnes Mipjiosaicul que l'éruption provenait de la montagne de Jumaytepeque, située à *o lieue» an »ud-e«l de celle capitale. Le gouvernement a envoyé un courrier pour savoir si celte nouvelle est véridique.
On n'a plu* entendu aucun bruit d'explosion.
sii. — L'apparence de l'atmosphère continue à êlre ce qu'elle était le jour précédent. *6. — lilrm.
17. — Cette journée a été plus obscure el pluschargée de cendres. Nous avons des nouvelles, mais |m- officielle» .d'après lesquelles il |vara!lrait que le volcan qui cause Ion* ce* malheur» e»t situé a itt lieue» de la ville de San Salvador, distante elle même de 70 lieues de notre capitale. Les effets de l'éruption se fonl sentir à plus de '10 lieues à l'ouest el au sud de celle ville, de sorte que si, comme ton* les renseignement* nous le donnent à croire, c'est le volcan de San Vicenle qui est en éruption, on 1* ressent à plus de iïo lieues. Us nouvelles qui nous arrivent sont eftrayaules; «lin de ne pas nous tromper, nous «tiendrons, pour les publier, de le* avoir oflieiellemetil ; on nous assure que la ville de San Vicenle el ses environs sont en ruine.
Depuis le l'atmosphère continua à êlre plus ou moins chargée, jusquau 3i ; mais, ce jour-là, le soleil ' On 00; ail «nnvre a te mnowat-t* qu'il s'agissait d'une éruption du volcan «I liulco: tuai*, en réalité, la distance était
DANS LES HKI't BLIQUES DE GL AT E M AL A ET DE SALVADOR. 339
se leva dans un ciel parfaitement clair ; on entendit cependant dix ou i raines), dont quelques-uu* furent très-fort».
On a reçu des nouvelles de San Salvador et de San Vicente; toutes sont d'accord pour dire que l'obscurité et le* détonations ont été épouvautable», e» se sont produite* aux même» heure* qu'ici, mais «an* qu'on sache d'où elles proviennent. Les uns pariaient du volcan de San Vicente, les autres de l'Ile d'Espirilu Santo, située près de la terre, entre Zacatecoluca et Usululan; d'autres enfin, de llsla del Tigre, qui s'élète au milieu de la baie de Fonseca.
Des informations, données par les chefs départementaux de Zacalepeque, et des lettres particulières des villages de la céle, nous apprennent que les cendres sont tombées et que les détonations ont été entendues juaqu'à Tolonikapam et a Chianti*, soit à 5ï lieues de ceUe ville. Partout on s'imaginait être dan» le voisinage du formidable tolcan qui faisait ainsi trembler le sol, voilait la face des astres, et recouvrait la terre d'une couche de rendre*.
Le retard du courrier des autres État* de l'Amérique centrale, qui devait arriver ici le 3, et ne l'a fait que le fi dans l'aprè* midi , a donné lieu « de bien tristes conjecture*. Le» passager», arrivé* le 6 au |>ort d'Islapa . assurent que l'océan Pacilique est couvert de cendres; nous pensons que cela doit être de la pierre ponce réduite en poudre. Tout semblait faire croire à la combustion d'un territoire !rè*-élendii. Le courrier nous a enfin apporté des nouvelles circonstanciées et certaines.
EFFETS DK L'KRVPTIOH Dl V(»LC*.* DE COMMOUM B»S8 Ll CHUP»» ET UE PETEN1. lifttrt d va oficitr raTCMHf 4*a fltuyw tu aecretiMce ^c*cVW du ^ouifr«fiK?iU tvpfwnt de Ai reasioYif 119.
Depuis le a 3 jusqu'au ao, du mois passé (janvier), on a observé dans cette ville (San Marco») , que l'atmosphère fut obscure, couverte de cendres et pleine de fumée. Le il , en particulier, la pluie de cendres fut incroyable, au point de recouvrir tous les toits des maison* d'une courbe grise, et, depuis la soirée jusqu'à neuf heures du matin , on entendit des détonations répétées qui mirent l'alarme dans plusieurs villages, où l'on pensait que c'était le volcan de Quezaltenango qui était en éruption. Cela fit que plusieurs négociant* qui se trouvaient à des dislances considérables de Quezaltenango y retournèrent pour prendre soin de leurs familles. Dans le Soconusco on a éprouvé le* mêmes effet*, comme on peut le voir dans la note que j'envoie au gouvernement suprême, et dont l'original accompagne cette lettre3. II en a été de même à Socollenango , ainsi qu'on l'a appris par divers habitant* de celte ville qui sont arrivé* ici, et il est probable qu'on a ressenti ces phénomènes jusqu'à Tonala, quoique nous n'en ayons pas eu la nouvelle certaine.
Dit», Union, Libertad.
San Marcus, i3 lévrier «83:1.
M. Hoa»s.
Des lettres d'habal , du an février dernier, rapportant des nouvelles reçues de Heliie, nou* apprennent que le* pluie* de cendre* cl les détonations ont été observées jusque dan* l'ile de la Jamaïque, ainsi que sur la cote de Mérida au Yucatan. Nous avons des nouvelles officielles racontant le phénomène, de San Marco*, capitale du département de (Juetaltenango, et de Tapachula, dan* le Soconusco.
Nous n'avons pu encore fixer l'étendue de l'espace sur lequel les pluies de cendres sont tombées et où l'on a entendu le* détonations. Nou* avon» essayé d'en calculer le rayon en prenant le volcan de Conseguina comme centre, et il atteint d'un cité une longueur de 3a5 lieues jusqu'à Ciudad-Hcal de Chiapas, d'un autre, 3aa .
1 fftùtl dtt Enado ite llmtemula, seconde partie, document . qui , probablement, n'aura pas été publié dans n" 78 { 7 mars 1 83f. 1 . p. 7»6 et wu'v. le Bolelin tftiat.
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jusque dans If Pelen. .Mais, dans ces deui localités, les diîtonalions oui éU tcllenuMil râlMtM, q«n> l'on doit avoir pu les entendre à des distances beaucoup plus considérables.
Les documents originaux que nous venons de reproduire, en les traduisant, sont trop éloquents par eux-mêmes pour que nous croyons devoir y ajouter quelque chose. Disons pourtant que les effets de l'éruption se lirent sentir dans un rayon bien plus considérable que 3a5 lieues, puisque, à la Jamaïque, on vit tomber des cendres et Ton entendit des détonations qui furent prises pour les coups de canon d'un navire en détresse. Ces mêmes explosions furent perçues jusqu'à Bogota, qui est encore plus éloigné, et les pluies de cendres s'étendirent en mer sur un espace de plus de 3,000 kilomètres, de l'est à l'ouest. L'éruption du volcan de Graseguina est donc une des plus terribles que l'on connaisse, non seulement dans l'Amérique centrale, mais même dans le monde entier, et elle mérite d'être étudiée avec tous les détails que nous y avons mis.