CHAPITRE II
ÉTIDB DÉTAILLÉE DES VOLCANS ET DES PHÉNOMÈNES VOLCAMQl ES DU SALVADOR ET DU GUATEMALA.
Isla del Tigre. — Volcan de Conchagua. — Volcan de San Miguel. — Infiernillos de CbwameM (volcans de Cbinameca el de Tecapa.) — Volcan de San Vicentc (infiernillos). — Volcan de Cojulepeque. — Volcans de San Salvador et de Quesaltepeo;ue. — La Hnya. — Volcan d'Iialco. — Volcan de Sanla Anna (Laguna de Cua(epec). — Au&olcs d'Ahuachapam. — Volcan do Cbingo. — Volcans du département de Cbiquimula. — Volcans de Cerro Redondo. — Volcan de Pacaya (lac de la Caldera). — Volcan d'Agm. — Volcan de Fuego (groupe du volcan d'Acatenango). — Volcan d'Atitlan. — Volcan de San Pedro. — Volcans de Quezaltenango (volcan de Sanla Maria: Cerro Quemado; petit cône éteint). — Volcan de Tajomulco. — Volcan de Tacana. — Volcan d'Istak.
Nous allons entreprendre maintenant I étude des volcans et des phénomènes volcaniques du Salvador et du Guatemala, répartis suivant une ligne dont la direction moyenne est de l'est 3o degrés sud à l'ouest 3o degrés nord, et formant en quelque sorte le deuxième groupe du système volcanique de l'Amérique centrale. Outre les volcans actifs proprement dits, nous aurons à considérer des phénomènes singuliers, nommés dans le pays infiernillos et ausoles, consistant en dégagements de vapeurs acides d'une grande intensité, établis au pied des montagnes volcaniques dont les cratères ne présentent plus aucun symptôme d'action éruptive. Nous y trouverons des manifestations remarquables de la puissance volcanique, dont l'examen approfondi pourra aider à chercher la solution de certains problèmes encore obscurs, et servira de lien naturel entre des faits considères comme appartenant à des ordres d'idées tout à fait différents.
Nous avons fait l'ascension de tous les volcans actifs ou même éteints, qui pré- ««wd,,, sentent un intérêt scientifique particulier; nous en avons déterminé la hauteur au- im ^ttmm dessus du niveau de la mer au moven du baromètre; nous avons levé le plan de ,h> leurs cratères, ainsi que des groupes de montagnes remarquables à un titre quelconque; nous avons collectionné des échantillons de roches; nous avons examiné
Ui VOYAGE GÉOLOGIQUE
surplace, relativement à leur température et a leur composition, des d«*gagements de gaz, dont nous avons aussi recueilli une certaine quantité dans «les tubes de verre où le vide avait été fait préalablement, de manière à pouvoir les analyser à notre retour; et nous osons espérer que l'ensemble de ces éléments nous mettra à même de présenter, sur le système des volcans du Salvador et du Guatemala, une étude qui ne sera pas dénuée de toute valeur. Sans vouloir donner à nos recherebes plus de signification qu elles n'en peuvent avoir, nous sommes néanmoins en droit de dire que nous avons été les premiers à examiner scientifiquement bien des choses, les premiers même à atteindre le sommet de certains volcans dont la cime n'avait encore jamais été foulée par le pied de l'homme, et que nos travaux emprunteront peut-être à ce fait une certaine saveur de nouveauté et d'originalité qui ne sera jms leur moindre litre à l'estime des personnes spéciales. Nous ne nous bornerons pas , d'ailleurs , à présenter les résultats de nos propres études, lorsqu'un phénomène aura été examiné avant nous par d'autres voyageurs; nous nous empresserons, au contraire, de recueillir les renseignements donnés dans leurs ouvrages, de manière à pouvoir établir des comparaisons aussi intéressantes que précieuses «■litre l'état d'activité d'une manifestation volcanique à plusieurs années de dislance.
Regardant comme suffisantes les considérations générales qui ont été amplement développées au commencement de ce livre et trouvant inutile de répéter le sommaire qui est en tête de ce chapitre, nous allons entrer immédiatement au cœur de notre sujet, en étudiant successivement, avec tous les détails qu'ils • «importent, les différents phénomènes volcaniques dont nous avons à nous occuper.
isla DF.i. ti<;r*.
Nous avons ihVrit avec assez de soin li's iles «le la baie de Fonsera (page l8t ) pour ne pas avoir besoin d'y revenir avec beaucoup de détails; mais nous devons cependant insister sur certaines particularités de la plus remarquable d'entre elles, Yhla drl Tigre. Nous avons vu que les roches dont sont composées presque toutes ces îles sont des espèces «le trapps basaltiques mal «léfinis, ressemblant parfois plus ou moins a des laves, et qu'elles forment des massifs presque toujours irrégulièrement circulaires, tendant à affecter l'apparence de
puissamment altérés par des actions postérieures. Ces caractères, qui peuvent appuyer l'hypothèse de l'origine volcanique de ces montagnes, sonl surtout accusés avec une netteté remarquable dans le massif de l'Isla del Tigre, pour laquelle les présomptions deviennent beaucoup plus fortes encore, sans que cependant il puisse y avoir certitude absolue. Car, en l'absence de phénomènes actuels ou ayant eu lieu dans la période historique, on ne peut se laisser guider que par des observations de forme et de composition, dont la nature est telle quelles fournissent des indications plutôt vagues que précises.
Nous pensons cependant que l'Isla del Tigre est un volcan, mais un volcan lw..mtv. extrêmement ancien, éteint depuis une série de siècles incalculable, et dont l'on- B„,„k.u ginc remonte peut-être à la première apparition des phénomènes volcaniques dans l'Amérique centrale, c'est-à-dire à une période un peu antérieure à l'époque géologique actuelle. En admettant une semblable antiquité, on comprendra que, nonseulement la forme extérieure ail pu subir des modifications assez considérables pour la rendre presque méconnaissable, mais encore que la composition elle-même, résultant de phénomènes éruptifs primordiaux dont nous ne pouvons guère deviner la nature, puisse présenter des caractères qui la distinguent profondément îles produits actuels des manifestations volcaniques modernes. L'Isla del Tigre est, de tout le groupe, celle qui présente la forme circulaire la mieux déGnie et l'aspecl conique le plus caractérisé; vue de la rner, du côté- du nord, elle offre l'apparence d'un cône presque parfait, qui s'élève progressivement depuis le niveau de la baie de Fonseca jusqu'à la hauteur de 800 mètres, par des courbes élégantes, dont l'inclinaison, presque nulle d'abord , devient peu à peu très-considérable. L'espace annulaire, à peu près horizontal, qui s'étend autour de la montagne proprement dite, n'a pas partout la même largeur; ses dimensions sont trèsfaibles du côté du sud, où les pentes, assez fortes encore, viennent tomber directement dans la mer avec des particularités dont nous aurons à parler tout à l'heure; à l'ouest, il est accidenté d'un certain nombre de mamelons qui se raccordent au cône et lui servent en quelque sorte de contre-forts; au nord, il est déjà assez vaste pour que la petite ville d'Amapala ait pu être construite en un point où un rentrant de la côte combiné avec une profondeur considérable des eaux a permis rétablissement d'un port assez bien abrité, qui pourrait, dans l'avenir, acquérir
iOii«titii1*ni
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uni* certaine importance; à lest enfin, il prend son plus grand développement, un kilomètre environ, et se couvre de champs cultivés qui alimentent les habitants d'Amapala. I^es roches que l'on aperçoit dans cet espace horizontal sont des masses hasaltoïdes noires, peut-être des laves, qui sont surtout abondantes dans la direction du nord-ouest, où elles constituent de petites falaises abruptes battues par les vagues, et forment même une assez longue pointe qui s'avance clans la mer; cette pointe semble être le prolongement d'une espèce de coulée, raccordée progressivement avec les mamelons qui accidentent la côte à l'ouest. Dans ce point, en particulier, la roche noire, compacte en profondeur, est recouverte, à sa surface, de blocs anguleux , déchiquetés, relluleux et comme scoriliés. Les premières pentes, dont l'inclinaison augmente à mesure que l'on s'élève, sont composées d'amas sableux et argilo-terreux, entremêlés «l'une grande quantité de blocs de la roche basaltique brune ou noire plus ou moins scoriliée; elles sont recouvertes de forêts épaisses, où les troncs des grands arbres sont en quelque sorte noyés dans un fourré touffu et épineux. Il n'existe aucun sentier dans ce taillis, où l'on est obligé de se frayer un chemin à coups «le sabre; aussi l'ascension est-o-lle beaucoup plus pénible qu'on ne pourrait le croire, lorsqu'il s'agit d'une petite montagne de 800 mètres «le hauteur.
C'est le 3 avril i8C>f> que nous fîmes cette ascension, au moment de l'aimée lUéMIfe* ou ,a cna,m,r ^ ,a p'"s considérable, et nous «levons avouer que, la température aidant, nous étions épuiw;s en approchant du sommet; une lutte continuelle contre les branches d'arbre qui nous barraient le chemin, les arbrisseaux épineux qui nous déchiraient la figure et les mains, les blocs roulants «pii fuv aient sous nos pieds sur une pente dont l'inclinaison finit par atteindre jusqu'à 35 degrés dans les régions supérieures du volcan, constituaient une somme d'obstacles qui ne doit pas être j«ssée sous silence. Toute la partie terminale du r«W, sur une hauteur d'une centaine de mètres environ, est dépourvue «le végétation forestière, mais garnie d'une herbe glissante qui croît entre les accumulations de scories rougeatres, dont la proportion devient de plus en plus considérable et les dimensions de plus en plus lin«'s à mesure «pie Ion s'élève. En arrivant au t ir" r sommet de la montagne, nous nous attendions à y trouver les rudiments «l'un ■liriR* >*« ir «h. cratère plus ou moins oblitéré; mais «pielle ne fut pas notre surprise en nous
d'un cmli-rv.
apercevant qu'une immense déchirure existait sur tout le flanc sud de l'île, semblable à un gigantesque ravin descendant de la pointe extrême jusqu'à la base, pénétrant à une profondeur considérable dans la masse du volcan et altérant, jusqu'à un certain point, la régularité de sa forme conique. Cette déchirure, dont le boni projeté sur un plan horizontal eût donné le tracé d une ellipse assez allongée, s'ouvrait brusquement aux environs du sommet par des parois abruptes d'environ 200 mètres de hauteur, dont les pentes s'adoucissaient progressivement à mesure que la hauteur diminuait, pour se raccorder enlin avec la crête limitant l'ouverture. Le fond, rempli par d'épaisses forêts, semblait donner naissance à un ravin déchiré, assez fortement incliné, gagnant les régions basses de l'île par une coupure dans le bord inférieur de l'ellipse et parcouru par un torrent alimenté, pendant la saison des pluies, par les eaux tombées dans tout l'espace de ce gouffre. Quelque étrange que soit une semblable conformation, il nous semble que l'on peut, jusqu'à un certain point, se l'expliquer, en supposant qu'il y ait eu autrefois, vers le sommet de l'Isla del Tigre, un cratère latéral, de dimensions plus ou moins considérables, dont le bord dessinait déjà une ellipse sur la surface conique de la montagne. Une fois ce cratère éteint, on conçoit aisément que les parois inférieures, du côté de la base du volcan, aient été facilement détruites par les eaux ou par toute autre cause, puisque, étant les plus basses et les moins épaisses, elles étaient aussi les moins résistantes. Les choses étant dans cet état , les eaux pluviales ont dù naturellement s'épancher par la brèche ainsi ouverte; une circulation régulière s'est peu à peu établie et, d'érosions en érosions, on est progressivement arrivé à un état de choses tel que celui qu'on voit aujourd'hui, c'est-àdire à une immense déchirure en forme de gouffre, dont le fond est transformé en ravin conduisant jusqu'à la mer les eaux déversées sur la cime par les- orages de la saison des pluies. Si cette explication est véritable, il s'ensuit naturellement que la montagne de l'Isla del Tigre possédait autrefois un cratère bien défini, et que l'on ne peut mettre eu doute qu'elle ne soit un volcan éteint,
VOLCA.X DE COXCHAGUA.
La première sommité volcanique que l'on rencontre sur la terre ferme est le massif des Cerros <k Couchagiui, qui domine immédiatement la ville de La Union,
et ili.nl la base recouvre un vaste espace de terrain formant un promontoire avancé dans la mer. Il existe une liaison intime entre cette montagne et les (les de la baie de Konseca, aussi bien au point de vue de la position géographique qu'en ce qui concerne les roches dont elles sont composées; aussi pourrions-nous répéter ici une grande partie de ce que nous avons dit à propos de l'Isla del Tigre, et insister en particulier sur ce que le volcan de Conchagua ne présente que des caractères assez vagues de forme, ainsi que de constitution, et n'est, dans tous les cas, qu'un volcan éteint depuis extrêmement longtemps. »«« Quoique nous ayons déjà décrit les Ccrros de Conchagua avec quelques dé-
Mi
•»~if lads (page 1 83), nous devons revenir sur certaines particularités qui intéressent ,,.,'*„ plus directement le sujet dont nous nous occupons, et qui ont trait plus sperwiMftiMi. ,.ja|,.men| anx phénomènes volcaniques. C'est de La Union que nous avons fait l'ascension du volcan de Conchagua, le t" avril |866, par un sentier assez bien frayé- el qui est tracé de manière à permettre aux chevaux d'atteindre le sommet de la montagne. \ u de La Union, au bord de la mer, h' volcan de Conchagua ne présente pas la forme conique caractérisée (pie l'on peut lui reconnaître du large, lorsqu'on pénètre dans la baie de Fonseca; c'est qu'on se trouve alors sur le flanc du massif qui s'allonge dans l'intérieur des terres el qu'on en saisit beaucoup trop une des dimensions par rapport à l'autre. Le groupe se commise en effet d'un pic presque régulièrement conique (c'est celui qu'on aperçoit de la mer), soudé sur le flanc d'une autre montagne beaucoup plus large et plus massive, qui s'avance au loin vers le nord-ouest en s'apptnant sur une série de conlre-forls élagés. || faut ajouter (pie, de La Union, les pentes ne s'élèvent pas du tout d'une manière régulière: elles sont faibles jusqu'au village indien de Conchagua, puis, tout à coup, très-accusées jusqu'au sommet, ce qui détruit, en partie, l'apparence conique de la montagne, et ne la fait pas ressembler beaucoup, quant à la forme, à un véritable volcan. Les pentes sont, au contraire, partout très-abruptes du coté de la mer, vers le sud et le sud-ouest, de sorle «pie, vus de cette direction, les Cerros de Conchagua gagnent beaucoup en majesté et eu caractère.
Jusqu'au ravin qui sépare les deux sommités principales du Ccrro de Conchagua. le Cerro de la Bandera (1,170 mètres) d le Cerro del Onde (1 ,u3G mètres ), le chemin longe, en s élevant peu à peu, le flanc du massif, à travers des séries
•io lu Batlili'n* .
DANS LKS RÉPl RLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 347
de contre-forts et de barrancas, recouverts d'une vigoureuse végétation alimentée |wr les sources cjni y coulent de tous côtés, pendant les mois qui suivent immédiatement la saison des pluies. Mais, à l'époque où nous avons visité ces lieux, une seule source donnait encore une quantité d'eau appréciable, et elle s'épanchait d'une masse de tuf volcanique jaunâtre, assez compacte, située à 900 mètres environ d'altitude, sur le flanc du Cerro del Oeote, et correspondant probablement à une fissure, remplie postérieurement de matériaux meubles, communiquant, dans l'intérieur de la montagne, aux régions supérieures du massif. Les Indiens de Conchagua s'occupent de capter cette source et de la conduire, par des tuyaux creusés dans des troncs d'arbres, à leur village distant de 3 ou h kilomètres à vol d'oiseau. Quoique la roche soit probablement toujours un Irapp utm basaltique mal défini, on ne la voit que rarement en place, car elle est presque toujours masquée, ou bien par des argiles jaunes, ou bien par des sables noirâtres mêlés de blocs roulés ou scoriacés plus ou moins volumineux. Quelques centaines de mètres avant d'arriver au fond de ce ravin, ou plus exactement au roi qui joint les deux parties de la montagne, on voit la végétation cesser complé- a temenl sur le Cerro de la Bandera qui s'élève, au sud, jusqu'à environ ïoo mètres au-dessus du point où l'on se trouve, avec des pentes assez fortement accusées pour que l'on soit obligé d'abandonner les chevaux et de continuer à gravir à pied avec une certaine difficulté. Le sommet du pic est, en effet, entièrement composé de scories brunes, rougeâtres, plus ou moins légères et huileuses, en morceaux de la grosseur du poing en moyenne, mêlées de blocs plus volumineux de roche basaltoïde semblant surfondue à la surface et de sables provenant de la trituration des scories. Quand on atteint la cime du Cerro de La Bandera, à 1,1 70 mètres au-dessus du niveau de la mer, on est étonné de n'y voir aucune trace de cratère et de se trouver sur une petite plate-forme assez étroite, formant la pointe de la montagne, dont les pentes descendent , au nord, jusqu'à l'arête qui relie les deux membres du système, et, au sud, jusqu'à la mer avec une forte inclinaison, accidentée de quelques vastes ravins arrondis, quoique profondément entaillés. Cette absence de cratère est singulière sur un cône qui, sauf ce détail, présente tous les caractères de forme et de composition minéralogique qui constituent un volcan; il n'est pas impossible pourtant qu'il y en ail eu un jadis.
uiuVratogiqur ,
3A8 \0\ tGE GÉOLOGIQUE
mais il est aujourd'hui tellement dégradé par le temps et les agents atmosphériques, qu'il faudrait, pour en retrouver les rudimeuts, des recherches et des observations plus prolongées que celles auxquelles nous avons pu nous livrer. I* Sur le Cerro del Ocote, les forêts à essences tropicales contiiinenl à s'élever, à
ddOcol*. . . . , .
partir du ravin où l'on doit redescendre avant d'en commencer l'ascension; mais les grands arbres sont de plus en plus disséminés et remplacés par des buissons et des herbes, au milieu desquels on voit se développer, dans les régions supérieures de la montagne, un nombre assez considérable de pins qui rappellent senfc,™- .ni™;,™ siblement les espèces des provinces méridionales de la France, comme le pin maritime, le pin cembro, etc. C'est de là, du reste, que vient le nom de Cerro del Ocote, otvte signifiant pin ou plus généralement bois résineux dans la plupart des langues indigènes de l'Amérique centrale et du Mexique. On peut monter, à cheval, jusqu'au haut du Cerro del Ocote, le sentier serpentant sur le flanc de la montagne, à travers des argiles jaunes et des déjections volcaniques, sous lesquelles on aperçoit en beaucoup de points la roche compacte et ne présentant que de rares et faibles traces de scorilicalion. Kn atteignant le sommet, on se trouve en présence d'un petit plateau, élevé de i , i 90 mètres au-dessus du niveau de la nier (voy. page i83), irrégulièrement circulaire, large de 5oo mètres en moyenne, et dont le sol est uniquement formé d'une argile marneuse jaunâtre. Ce haut plateau est entouré de cinq ou six éminences coniques, disposées à l'en Jour suivant un cercle à peu près nettement indiqué, et constitue peut-être un ancien cratère comblé en grande partie par les dépôts lacustres d'une masse d'eau, desséchée aujourd'hui, qui y aurait existé- jadis. Celte lagune doit probablement reparaître pendant la saison des pluies et alimenter, par des fissures intérieures, les sources qui s'épanchent sur les lianes de la montagne, eu répartissaul les eaux pluviales englouties dans les conduits souterrains. La plus considérable des éminences qui entourent ce cratère mal défini s'élève au sud-ouest et le domine d'une cinquantaine de mètres; elle est, en effet, haute de i,a3G mètres au-dessus du niveau de la mer et forme le point culminant de tout le massif des Cerros de Conchagua. Comme les autres mamelons, celui-ci est composé de roche basaltoïde compacte, avec peu de traces de seorilication. ,!t.<Jn,.iotoi. De son sommet, on peut voir les pentes très-inclinées de la montagne descendre
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brusquement au sud jusque vers la mer; mais, à l'ouest, elles se perdent au milieu d'un grand nombre de coUines, peut-être basaltiques, qui semblent lui servir de rontre-forls. Au milieu de ces collines se trouve le petit Lac de Camulotttl, qui semble avoir une forme circulaire bien définie, et dont les eaux, au dire des Indiens du pays, se troublent subitement deux fois par an sans aucune cause apparente. Peut-être n'est-ce là qu'une tradition sans valeur, mais peut-être aussi y a-l-il un fondement réel à ce récit, et le lac de Camelotai n'est-il qu'un cratère rempli par une lagune, communiquant souterrainement avec d'autres localités volcaniques, ou bien dans laquelle se produisent de temps en temps des tentatives d'éruption. Nous n'avons pas pu, faute de temps, aller visiter le lac de Camalotal, mais il serait intéressant que d'autres observateurs pussent l'examiner, après avoir pris la précautiofi, toutefois, de vérifier l'exactitude de la tradition qui nous a été racontée par un Indien de Conehagua et que nous donnons sous toutes réserves. Au nord, le Cerro del Ocote s'appuie sur une série de contre-forts assez puissants, qui s'abaissent pourtant assez brusquement au voisinage de la région hasaltique de Los Almendros, en se reliant à la plaine de San Miguel.
En résumé, les Cerros de Conehagua constituent un massif assez remarquable, et qui pourra donner lieu à d'intéressantes études lorsqu'on l'examinera avec plus de soin et de détail que nous n'avons pu le faire. De ses deux sommités principales, l'une présente les caractères minéralogiques d'un volcan, mais s'en distingue par un trait tout à fait saillant, l'absence de cratère apparent; l'autre, moins bien définie miuéralogiquement, offre, à son sommet, des indices d'une disposition topographique qui la rapprocherait des volcans. Il y a donc lieu d'espérer (pie des travaux subséquents feront connaître des caractères moins hypothétiques que ceux que nous avons reconnus M.
1 Au moment où noire travail était déjà ami» pre*««, on* trouvé dans le Journal in Débat* du n3 «vril 1 868 l'article suivant , qui semble .voir été emprunté a une leur* d un témoin oculaire :
• Le» tremblement) de Un» qui «il Uni effrayé Ira habitent* du Salvador depuis le 1 1 février étaient simplement le prélude d'une éruption du volcan de Conehagua. ailué auprès du port de La Union. Cette éruption a eu lieu le *3 du même mois , a aept heure* du m.itiu , ai» causer, fin reste, nu«
"Le volcan de Conehagua eut situé à l'entrée de In haie de Fotiscca , où doit aboutir k chemin de Ter interocéanique du Honduras , en face du volcan de Conaeguina , qui lui Tait peiwumt du coté" de Nicaragua. Il (urine un* montagne de 3,8oo pied» d'altitude , que I on n'avait jamais vw eu éruption , et mr le fommel de laquelle on avait placé dit n|>pareila destiné* à (aire des signaux télégraphiques pour annoncer les eiiibarcationa qui se dirigeraient vers le port.
* La partie supérieure de la montagne ae partage en
350 VOYAGE GEOLOGIQI K
p«.i *u* Puisque nous avons entrepris d'étudier autant que possible tous les phénomènes
volcaniques de la région que nous avons parcourue, mentionnons ici un renseiguement qui nous a été donné après que nous avions dépassé la localité dont il va être question et que nous ne pouvions pas retourner en arrière pour le vérilier. Il paraîtrait que, dans la zone basaltique des environs de Los Abnendros. à moitié chemin environ entre La Union et San Miguel, on voit s'ouvrir dans le sol quelques dépressions plus ou moins régulièrement circulaires, d'un diamètre pouvant aller jusqu'à 5o et même 100 mètres, et présentant une apparence cratériforme. Dans ces dépressions se trouvent des niasses d'eau boueuse, à une température plus ou moins élevée, d'où s'échappent des vapeurs d'odeur sulfureuse. Nous reproduisons ce renseignement tel qu'il nous a été donné, malheureusement trop tard, et sans pouvoir garantir en aucune façon son authenticité; mais nous serions heureux d'apprendre que la localité a été visitée et que l'on a trouvé la vérification des faits que nous signalons sous bénéfice d'inventaire.
\our.w or. M» MICVBL.
(Pl. Vlll.%. tipl IX . fig. i et *.)
\viVm*~ Lorsque, sortant des épaisses forêts qui recouvrent la région basaltique de Los *" jî**" Abnendros, on atteint la plaine cultivée des environs de San Miguel, ou voit tout " Vi|,"H à coup se dresser duns son ensemble grandiose une belle montagne conique isolée, haute de a. i 53 mètres au-dessus du niveau de la mer, et dont la cime, couronnée
inuue. li- 19 Icxrier. I* gouvernement île l-a I.'ummi . fermé, el qui revient maintenant » r activité. Son énqitiiMi alarmé île» liniiU souterrain* qui accompagnaient le» Irem- a 1
de terre, el qui Minutaient, on partie . provr- d'Iralro cl de San Miguel. Le» s< émisses de I mr du liomliiigua. enxoja uur. rooniiission examiner la «le terre qui ne succédaient pl
ne. . car nu en a compté cent quiui» daim la journée du 1 G . —
- \r% (icrsonne» <|ui en faisaient partie reconnurent alun «ut complètement cessé depui* lor».s qur. xcrs le lier* de la hauteur du volcan, de grandes l> récit nous |xaralf mériter une entière conlianre. rar
masses de pierres se détachaient . en soulevant des nuages les donnée» géographiques qui l'accompagnent sont trnp
de rendre ou de poussière jaunâtre. icrs un creux de la eiacte» pour que l'on puisse l'attribuer à quelqu
montagne qui avait toujours été considéré comme une qu'a une |irr*ouiie résidant sur les lieux el
«impie crevasse nu un cflondninrnl HbML '"-es sorte» ou Tait de Inul re qui regarde lea phénomènes volcaniques
d'élxHiIruicnl» ne succédaient de vingt minutes en vingt au Salvador. Il en résulte que les C.errns rie Conrha
minutes avet des mugissement» imposants. Ce fut vers ce gua constituent un massif volcanique sur la nature duquel
puint que l'on vil tout à coup apparaître, le février, il ne peut plus s'élever aucun doute. Les questions . 1 looriulluns de fumée qui annonçaient l'éruption. nous nous (Misions sont donc tranchées dans un sens I
-On' suppose maintenant «pie l'effondrement en que»- déterminé, el nos recherches n'ont plus qu un iliu-rél en I un ancien cratère depuis longleoqis
de nuages blanchâtres, se voit déjà de la ville de U Lnion, par-dessus les derniers contre-forts du massif de Conchagua. C'est le volcan de San Miguel, situé à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de la ville du même nom, appuyé, du côté de l'ouest, sur un petit massif montagneux qui se prolonge dans l'intérieur «les terres, libre, au contraire, dans toutes les autres directions, et semblant surgir brusquement dune plaine doucement inclinée, progressivement reliée par des courbes gracieuses, quoiqu'un peu roides,aux fortes pentes de ses flancs. L'aspect général de la montagne a quelque chose de tout a fait particulier; son isolement relatif, l'immensité de sa base, la largeur considérable de la troncature qui existe au sommet du cône, la forte inclinaison de ses pentes, tout contribue à lui donner une physionomie à part, respirant je ne sais quel air de puissance, de vigueur et de solidité, qui la font, à première vue, considérer comme un volcan des plus remarquables, sans que celte impression soit détruite par un examen plus approfondi.
Ce paysage n'est pas sans avoir frappé vivement déjà tous les voyageurs qui ont eu occasion de l'admirer, et voici, en |>artieulier, ce qu'en dit M. Squiers (Note» on central America, etc. p. 3ia):
^11 est difficile de concevoir quelque chose de plus grandiose el de plus beau que ce volcan... Sa base se perd dans une verdure épaisse, progressivement fondue avec les teintes plus claires des herbes qui succèdent aux forêts; au-dessus de ces teintes variées on voit d'abord les couleurs sombres des scories, puis, vers le sommet, la nuance argentée des cendres nouvellement tombées, et encore, audessus de tout cela, flottant en épaisses masses opalines, ou montant vers les cieux comme une plume blanchâtre, on voit la fumée qui s'échappe perpétuellement de ses profondeurs incandescentes. *
Le volcan de San Miguel, célèbre à plus d'un titre, présente en particulier un h,**,^* caractère assez intéressant ; c'est , peut-être, de tous les volcans de l'Amérique cen- ,„',"„, traie, celui qui a donné le plus souvent des laves et qui en a donné le plus. Depuis 1,0 s,n Mi>>""1 la période historique, ses ériqjtions, dont la plus remarquable fui celle de iCq<j, se sont toujours manifestées par d'abondantes pluies de cendres et de lapilli projetés hors du cratère, mais accompagnées de l'ouverture sur ses flancs de fissures plus ou moins vastes, par lesquelles s'épanchaient des courants «le lave, atteignant quelquefois jusqu'à des distances considérables.
Émotion L'éruption la plus importante du volcan de San Miguel, dans les années corres-
.> juillet i«si ponjan(es à l'époque actuelle, a été celle du 2.r> juillet 1 844. C'est probablement de celte éruption que veut parler M. Wells (Explorations and Advenlttre* in Honduras, etc. p. 2 3 2 ) , lorsque, la rapportant , par erreur sans doute, à l'année 1 8 'i 5 , il en raconte les détails en ces termes :
f Pendant les deux jours qui précédèrent l'éruption, de fréquents bruits souterrains annoncèrent l'approche de la convulsiou. La terre trembla dans un rayon de plusieurs lieues autour de la montagne, et l'obscurité s'étendit sur tout le pays, l'nc panique telle qu'on n'eu avait pas vu depuis la catastrophe du Conseguina s'empara de tous les esprits. Des prières furent dites dans toutes les églises, et l'on raconte que des voleurs, frappés dans leur conscience par l'approche de ce châtiment du ciel, restituèrent volontairement aux légitimes propriétaires ce qu'ils leur avaient dérobé. De nombreuses familles quittèrent San Miguel pour s'enfuir à l'isla del Tigre ou plus loin encore. La lave sortit d'un petit cratère, sur le flanc ouest du cime, et, en deux jours, elle recouvrit en s'épanchant un espace de huit milles carrés, mais sans causer aucun dommage."'
Dans l'éruption du 20 juillet 18AA il se forma, sur les lianes du cône, à peu près à moitié de sa hauteur, quatorze bouches ou évents par lesquels la lave sY-coula sous la forme de torrents de feu. Ces bouches sont réparties en différents points sur la circonférence du cône; une, en particulier, située du côté du nord-ouest, à i,i oo mètres de hauteur, a donné la coulée de lave qui est venue menacer la ville de San Miguel et s'est arrêtée, comme par un miracle, devant les premières maisons des faubourgs. Dans la région du sud, c'est-à-dire du côté de la mer, les coulé-es ont été bien plus importantes encore que dans celle du nord; on cite, en particulier, la coulée qui traverse le chemin d'Lsulutan, et qui a, dit-on, douze lieues de longueur. C'est sur le parcours de cette coulée de lave , pendant l'éruption du 2Ô juillet i B&4 , que se serait passé un fait que l'on raconte à San Miguel et que nous ne reproduisons que sous toutes réserves, sans en garantir en aucune façon l'authenticité. Il parait que le fleuve de lave incandescente, rencontrant sur son chemin une maisonnette entourée d'un petit champ, où était resté le propriétaire, un pauvre Indien, surpris par la rapidité du phénomène, se divisa en deux branches qui enveloppèrent ce coin de terre sans le recouvrir, de telle façon que
l'habitant put s'échapper sain et sauf peu de temps après. On admettra facilement que la coulée de lave se soit ainsi partagée, gTâce à quelque rocher ou à un autre corps refroidissant qui lui fit obstacle; mais il est plus difficile de comprendre comment le malheureux Indien ne fut pas suffoqué par la haute température et la composition irrespirable des gaz dont il devait être environné. Depuis l'année 1 8 'i 4, le volcan a donné chaque année des signes d'activité plus ou moins intenses, mais qui n'ont pas atteint les proportions du phénomène que nous venons de rappeler. Toutes ces éruptions ont été cinériformes , sauf une peutêtre, celle de 1 868 , qui, d'après IL Squiers, aurait aussi donné des laves, mais en faible proportion.
L'ascension du volcan de San Miguel est relativement facile pour des personnes habituées à de semblables excursions, et l'on pourrait, à la rigueur, la en faire une seule journée de la ville de San Miguel. Mais il est préférable, lorsqu'on a l'intention de séjourner pendant quelque temps sur le sommet du cône et sur les bords du cratère, de partir le matin du pied même de la montagne, de manière à arriver en haut au commencement de la matinée et a ne pas gravir, sous les ravons d'un soleil déjà trop élevé au-dessus de l'horizon , les pentes assez abruptes, rendues plus difficiles encore par les scories roulantes dont elles sont recouvertes. Nous sortîmes de San Miguel, le 9 avril 1 8f>(">, à deux heures et demie de l'après-midi, accompagnés de quelques étrangers résidant dans cette ville, s'estimanl fort heureux de trouver occasion de visiter un volcan qui, malgré son voisinage, n'a jamais été visité par les habitants , dont le caractère se ressent du climat accablant de ces régions torrides. La chaleur, en effet, est telle à San Miguel, que son influence, débilitant nonseulement les indigènes, mais même les étrangers qui y ont séjourné quelque temps, leur ôte en même temps l'activité physique et l'énergie intellectuelle, pour les laisser dans une sorte d'atonie, bien incompatible avec l'idée de monter au sommet d'un volcan dans le simple but de satisfaire une curiosité scientifique. Les indigènes n'ont jamais bien compris, dans l'Amérique centrale, que nous ayons pu venir dans leur pays uniquement pour y étudier les phénomènes de la nature, les montagnes, les volcans... On nous a toujours prêté une arrièrepensée, recherche de mines ou but politique, et, lorsqu'après une ascension, à la question habituelle, r Qu'est-ce que cela vous rapporte? nous répondions *Rien.r
Ma voyage géologique
on ne se faisait pas faille de hocher la tète d une manière qui exprimait clairement le doute, ou pis encore!
Au sortir de San Miguel (1 10 mètres), on commence à s'élever progressivement, d'abord d'une manière insensible, puis sur des pentes plus accusées, au milieu des premières ondulations qui se rattachent à la base du volcan. Le sol se compose presque uniquement de sables volcaniques, de ponces et d'argiles jaunes, sous lesquelles on voit poindre de temps en temps les traces de coulées de laves anciennes. Le chemin ne se dirige pas directement au sud-ouest, du coté où il pourrait atteindre le plus rapidement la base du volcan; mais on le contourne eu quelque sorte, pour aller gagner, du côté de loues! , le point où le cône se soude sur les montagnes de l'intérieur, dont il semble brusquement terminer la chaîne, et où il se relie à elles par un col situé déjà à plus de 900 mètres audessus du niveau de la nier. On évite ainsi une partie de la montée sur les flancs du coup lui-même, el on s'élève bien plus facilement en serpentant sur les contreloris étagés qui relient les montagnes au pavs plat.
i.rjuJt toow Après trois heures de marche, lorsque l'on a déjà dépassé' les champs bien produit* cultivés «le la plaine pour entrer dans les épaisses forêts de la région montagneuse.
' l' ,»Tv '' 011 trouve tout à coup en face d'une immense coulée de lave, qui, serpentant dans une sorte de vallée formée entre les intervalles des collines, selève d'un coté sur les flancs du cône et descend de l'autre dans la plaine, jusque tout auprès de la ville de San Miguel, qu'elle a failli atteindre lors de l'éruption de juillet 18V1. Rien ne saurait rendre l'aspect saisissant de ce fleuve congelé, hérissé de blocs anguleux et déchirés, qui, large (h; «00 mètres environ, s'est frajé un chemin au milieu de la végétation luxuriante, dont les teintes vertes et vivantes contrastent étrangement avec sa couleur noire et sinistre; il s'écoule vers les régions inférieures, tantôt parcourant avec calme la forêt qui s'arrête net sur ses bords, lantôl se précipitant en cascades vertigineuses, lorsque son cours s'est trouvé intercepté par quelques énormes blocs de rocher ou rétréci par le rapprochement des collines qui l'enserrent. 11 semble que tout cela doive se remettre en marche d'un moment à l'autre, et le voyageur éprouve je ne sais quelle impression de morne tristesse et de désolation, en ne trouvant au milieu de ce chaos que l'immobilité et le silence. Le chemin franchit la coulée de lave en un point où, un
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVVDOR. 355 ('•nonne massif de rochers s'opposent à son passage, elle a dù se diviser en deux bras, el respecter cette espèce d'île qui s'élève verdoyante an milieu des flots noirs solidifiés qui l'entourent. En ce point, en particulier, la lave s'écoule dans une sorte de vallée dont le thalweg n'est pas incliné de beaucoup plus de h degrés ; mais il n'est pas possible d'admettre que la pente générale de la coulée, entre le pied du cône et San Miguel, soit inférieure à 10 degrés, quoiqu'elle décrive une courbe d'un rayon assez considérable pour racheter celte différence de niveau de 800 mètres. Mais il faut remarquer que l'on a affaire à nue série d'espaces doucement inclinés raccordés par des ressauts brusques et presque abrupts, où la coulée se précipite en cascades effrayantes, et dont le dernier serait, si l'on veut, le cône même du volcan, sur lequel la lave est descendue d'une hauteur de près de 3oo mètres, suivant une des génératrices, sur une pente de plus de 3o degrés. Dans la coulée proprement dite, c'est-à-dire à partir du pied du cône, nous devons avouer que l'aspect de la surface ne varie pas autant qu'on pourrait le croire suivant le degré de l'inclinaison. Partout on a affaire à des masses anguleuses, noires, déchiquetées, empilées dans le désordre le plus effrayant, scoriliées, huileuses; peut-être pourtant y a-t-il une scoriliration plus considérable, accompagnée d'une légère modification dans la teinte, qui tend à passer aux tons rougeatres, dans les points les plus abrupts. Mais il est probable que la différence existe en profondeur, et que, les cascades ne se composant absolument que de matières scoriliées d'un volume et d'une épaisseur relativement peu considérables, ce n'est que dans , les parties peu inclinées que l'on trouve la lave solide et compacte au-dessous des blocs scoriacés de la surface. Suite cône lui-même on ne peut guère supposer qu'il existe de la lave massive en couches d'une épaisseur quelconque, car la coulée a du s'y précipiter avec une rapidité comparable à celle d'un courant d'eau ; néanmoins son parcours est indiqué d'une manière extrêmement remarquable. On voit , au milieu de la végétation qui recouvre cette partie de la montagne, un torrent noir, lai-ge d'une cinquantaine de mètres, descendant directement suivant une des génératrices et modelant sa surface presque unie sur les diverses ondulations du terrain. Il se compose absolument de tout petits morceaux de lave scorifiée, noirs, brillants, à reflets presque métalliques, très-huileux, durs, aigres, se pulvérisant sans se briser, vitrifiés en
quelque sorte, et dont les plus gros atteignent à peine les dimensions d'une noix. En descendant sur cette espèce de fleuve de gros sable noir, on y enfonce jusqu'à mi-jambe, et l'on peut j faire pénétrer un bâton jusqu'à une profondeur qui prouve (pie l'épaisseur de cet amas de scories est supérieure au moins à l",5o. rw .m ic ...ian \pi'ès avoir franchi la coulée de lave, on atteint presque aussitôt les montagnes porphyro-trachj tiques sur lesquelles s'appuie le volcan, et on arrive bientôt dans un ravin élargi, où, au milieu d'une clairière gagnée par défrichement sur la forât vierge, s'élève une petite cabane entourée de quelques champs cultivés. C'est la Casa de Chavex, habitée par une pauvre famille indienne, établie en cet endroit où coule une source, assez abondante d'ordinaire, muis presque réduite à rien au moment où nous nous y trouvions, c'est-à-dire à la Cn de la saison sèche. Nous nous installâmes pour la nuit à la Casa de Chaves, à une hauteur de 9 a (> mètres au-dessus du niveau de la mer, au milieu d'un des paysages tropicaux les plus splendides qu'il soit possible d'imaginer; et c'est avec peine que nous résistons à la tentation de décrire les délices de cette soirée fraîche et calme après les ardeurs du climat brûlant de San Miguel, aussi bien que les magnificences de celle nature vierge, dont la puissance et la fécondité semblent contraster avec la faiblesse et l'accablement de l'homme qui veut lutter avec elle. GtmfculM be lendemain, avant le jour, nous traversions la vaste arête qui relie le vol- Sm Xu<ri. rm nu* """dagues que nous venions de quitter, et, au lever du soleil , nous étions déjà engagés sur les premières pentes du cône. La végétation y est encore abondante, et, grâce aux lacets (pie décrit le sentier, on |H»ut, à la rigueur, y foire monter les petits chevaux vigoureux et énergiques que les Centro- Américains ont l'habitude de conduire dans les endroits les plus accidentés et les chemins les plus périlleux. Le sol est formé de déjections volcaniques, sables et scories, partiellement décomposées de manière à produire une couche superficielle de terre sableuse dans laquelle les végétaux peuvent vivre, et retenues sur une pente qui varie entre 3o et 3i°, aussi bien par les herbes qui y croissent que par les rochers plus au moins volumineux interposés dans la masse. A partir de l'altitude de i,5oo mètres, la végétation cesse complètement, et l'on n'a plus affaire qu'à des pentes abruptes composées de scories rouges, brunes ou noires, reliées par des sables ou des poussières de trituration, et entremêlées de blocs de diinen-
San Mijjwt.
sions plus considérables qui se détachent du sol et roulent avec fracas sur les pentes de la montagne, aussitôt que l'on a l'imprudence de poser le pied dessus pour s'aider dans l'ascension. On peut alors juger de l'ensemble du cône qui est admirablement régulier, sauf quelques ravinements et une sorte d'avancée en forme de bec, produite sur le flanc est, tout près du sommet, par une explosion qui précéda l'éruption de i&Uh. A mesure que l'on s'élève, la pente devient plus forte, augmentant jusqu'à dépasser 33°; el la combinaison de cette inclinaison avec l'instabilité des matériaux sur lesquels on marche rend la dernière partie de la montée assez pénible. On atteint enfin un ravin de quelques mètres de profondeur où les gros blocs de rochers dominent, en s'étageant les uns sur les autres comme des marches d'escalier, et l'on arrive ainsi à une sorte de brèche coupée dans le bord du cratère, par laquelle on peut pénétrer aisément dans son intérieur.
On se trouve alors en présence d'une gigantesque dépression circulaire, de plus cmta du de 3 kilomètres de circonférence, dont les caractères principaux sont indiqués dans la coupe de la figure 1 planche l\. Ce cratère, admirable sous tous les rapports, se compose de plusieurs parties distinctes, semblant indiquer qu'il a été modifié successivement par plusieurs éruptions paroxysmales d'une grande violence, et comprend, en laissant momentanément de côté les détails, une première enceinte circulaire, coupée à pic vers l'intérieur jusqu'au point où elle rencontre un vaste espace plan, à peine ondulé, dans lequel s'ouvre brusquement une seconde dépression, profonde et verticale, qui est actuellement le siège principal de l'activité éruptive.
La première dépression, le cratère primordial, si Ton ose s'exprimer ainsi, présente un bord assez accidenté, de telle façon que sa hauteur au-dessus de la plaine horizontale qu'il renferme n'est pas partout la même, grâce surtout à trois échancrures principales entaillées en des points déterminés. I^a partie la plus élevée se trouve au nord-nord-est; c'est le point culminant de la montagne, atteignant une hauteur de 2,1 53 mètres au-dessus du niveau de la mer, et dominant de i5o mètres environ l'espace plan de l'intérieur. L'arête qui commence en cet endroit s'étend vers l'ouest, en s'abaissanl progressivement; à l'est-nord-esl , un col de 75 mètres, à peu près, la sépare d'une autre crête, haute de 100 à
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i qo mètres en moyenne, qui, interrompue seulement par une petite solution de continuité du côté du sud-est, se développe d'une façon continue jusque vers l'ouest , en diminuant peu à peu d'élévation. A l'ouest , se trouve l'échancrure principale, qui ne domine la plaine que d'une dizaine de mètres, et par laquelle nous avons pénétré dans l'intérieur du cratère. Les |»arois intérieures de celle dépression sont presque partout à pic et tombent vers la plaine centrale avec une verticalité si absolue, qu'il serait radicalement impossible d'en tenter l'ascension ou la descente dans la très-grande majorité des points. Elles se composent d'une masse rocheuse solide, compacte et uniforme, coupée net et à arêtes vives, quoiqu'un peu scorifiée ou surfondue à la surface. En deux endroits seulement, les murailles ne sont pas tout à fait perpendiculaires et permettent d'être gravies; ce sont l'échancrure de l'est-nord-esl , où des sables volcaniques se sont accumulés en formant une pente accessible, quoique très-forte, et surtout celle de l'ouest composée, d'un amas de blocs gigantesques entassé*, Hiir lesquels on peut se hisser avec quelque difficulté.
La plaine horizontale intérieure, étant entourée de murailles à pic dans toutes les directions, présente, comme le hord de l'ouverture primitive, un diamètre de loooà 1,200 mètres environ. Cette plaine n'est point, ù dire vrai, un espace circulaire, mais bien plutôt un espace annulaire, puisqu'elle est interrompue en son milieu par une gigantesque dépression constituant le deuxième cratère, et qu'elle est ainsi comprise entre deux cercles de parois verticales, la dominant à l'extérieur, et s'y enfonçant à l'intérieur. Les deux cercles n'étant pas tout à fait concentriques, l'espace annulaire n'a pas partout la même largeur; et cette largeur varie entre Oo et qoo mètres, la plus grande dimension se trouvant au nord-est et la plus petite au sud-sud-est. La surface de la plaine, formée de sables, de cailloux, de blocs plus au moins volumineux, quelquefois même d'argiles fines en couches extrêmement minces, est presque absolument horizontale, ne présentant que quelques ondulation!, insignifiantes relativement aux dénivellations considérables qui l'entourent. On y peut remarquer, néanmoins, quelques accidents sur lesquels nous devons appeler l'attention : ce sont, d'abord à l'esl-nord-est , une petite dépression circulaire, constituant un cratère éteint de 100 mètres environ de diamètre, et de 80 métros de profondeur, dans lequel des roches à surface altérée molliront
qu'il y a eu là autrefois d abondants dégagements de vapeurs acides; et ensuite, au sud, une harranca ou fissure à parois verticales , large d'une dizaine de mètres et profonde d'une centaine, régnant, en diminuant progressivement de largeur et de profondeur, depuis le cratère intérieur jusqu'à la paroi verticale extérieure, de manière à couper presque complètement l'espace annulaire et à rendre fort difficile d'en faire le tour entier.
La seconde dépression circulaire, que l'on peut considérer comme le cratère &*o»a<! «pa*n actif actuel, n'est pas tout à fait concentrique avec la première; elle est un cn.i*r.rt.,.i. peu déjelée vers le sud-est, la dislance des centres pouvant être de 70 mètres environ, ce qui est rendu très-sensible à l'œil par les différences de largeur de l'espace annulaire plan. Ce cratère est assez régulièrement circulaire, et a un diamètre moyen de 800 mètres; sa profondeur verticale serait de 3 20 métros, d'après les calculs que nous avons faits eu prenant pour base le temps que met une pierre lancée du liant à atteindre le fond. Ses parois sont composées d'énormes masses rocheuses compactes, continues, quoique disposées eu couches épaisses à peu près horizontales dans la section, et traversées par des injections de matières fondues; elles sont presque absolument verticales dans toute leur hauteur sur plus des trois quarts de la circonférence. Le gouffre présente donc, à peu près de tous les côtés, l'aspect d'un tronc de cône passant au cylindre, puisque ses génératrices sont presque parallèles à l'axe. C'est, dans tous les cas, la forme des régions inférieures sur la circonférence entière, car les accidents qui règne»! dans la zone du sud-est n'atteignent pas à plus du tiers de la profondeur, c'està-dire à une centaine de mètres. Au sud, existe la fente dont nous avons déjà parlé, mais par laquelle on ne peut songer à descendre dans le cratère, d'abord parce qu'elle se termine brusquement , à 100 mètres de profondeur, au-dessus d'une effrayante paroi verticale; ensuite, parce qu'elle est fortement inclinée, pleine de roches mouvantes, et qu'il s'y dégage d'énormes quantités de gaz irrespirables par lesquels on serait rapidement asphyxié, si l'on avait l'imprudence de s'engager dans ce ravin, comme l'un de nous tenta un instant de le faire.
Entre le sud-sud-est et l'est, sur un arc correspondant à un angle de près de 70", la paroi du cratère est fortement entamée dans son tiers supérieur et se commise alors d'un plan incliné dont les pentes sont de /io* en moyenue, formé
d'un amoncellement confus dp cailloux el de rochers reliés par des sables de trituration et sur lequel on peut s'avancer, à condition d'y aller avec précaution. C'est ce que nous finies, mais en n'avançant qu'à pas comptés; car, si Ton avait le malheur de glisser, on serait infailliblement perdu, le plan incliné se terminant brusquement ù une muraille verticale d'au moins 200 mètres de profondeur qui se continue jusqu'au fond du cratère. Il parait néanmoins que des Indiens, plus audacieux que la généralité de leurs congénères, sont venus en cet endroit exploiter du soufre produit par d'abondantes solfatares qui y existaient après la grande éruption de 18 h h.
KondA.™^ \A, fon,i cratère, où il est absolument impossible de pénétrer, même en se faisant descendre avec une corde, à cause des vapeurs irrespirables dont il est rempli, semble être formé d'une sorte de plateau assez fortement ondulé, dont le diamètre n'est inférieur que de fort peu de chose à celui du lx»rd supérieur, soit 7">o mètres environ. On \ voit des entassements gigantesques d'énormes blocs, empilés dans le désordre le plus fantastique, recouverts de croûtes jaunâtres de soufre et noyés dans la vapeur qui s'échappe entre leurs interstices. Les parois elles-mêmes disparaissent souvent sous d'abondants dépôts blanchâtres, nuancés de jaune, de rouge el de vert, composés soit de soufre impur, soit de niasses aluneuses produites par la décomposition des roches feldspat biques qu'altaquent incessamment les vapeurs acides des fumerolles. Les masses blanchâtres ont une composition probablement assez complexe, renfermant, outre des sulfates doubles de divers genres ou aluns, d'autres sulfates simples parmi lesquels le sulfate de chaux doit dominer. Lorsqu'elles sont verdàtres , elles contiennent du sulfate de fer, qui se transforme peut-être quelquefois, soit en oxyde, soit en chlorure, et donne alors la nuance rougeâtre que nous avons signalée. Le soufre abonde, surtout au voisinage de la grande tissure du sud; nous en avons vu aussi dans la partie inclinée de la paroi, en jolies aiguilles cristallines tapissant les interstices des rochers entre lesquels s'échapjM' la vapeur; mais, à l'époque où nous finies l'ascension du volcan, il n'y en avait pas assez pour donner lieu à uni' exploitation quelconque.
MfwtidM Les fumerolles, ou dégagements de gaz el de vapeurs acides, sont assez nom- "'»rn breuses et assez abondantes [tour remplir une grande partie du cratère de va-
peurs épaisses, qui flottent et se déplacent au gré du vent, et acquièrent par moments une intensjté assez considérable pour ne pouvoir pas se condenser immédiatement, et former des nuages blanchâtres qui couronnent la cime du volcan. Ce panache de fumée, ou plutôt de vapeurs, est plus considérable au milieu de la journée que le matin, lorsque le refroidissement et, par suite, la condensation ne sont plus aussi rapides; mais il l'est presque toujours assez pour qu'on l'aperçoive de l'océan Pacifique, à plus de '10 kilomètres de distance. Les fumerolles ne sont pas également réparties dans les différents points du cratère; la très-grande majorité se dégage dans la demi-circonférence du sud, et les plus importantes se trouvent dans le cratère intérieur, celles de la plaine et des parois de la première enceinte ne présentant qu'une médiocre importance relative. Les fumerolles qui existent dans les murailles du cratère extérieur ne sont, d'ailleurs, pas nombreuses: à peine en distingue-t-on deux au nord (a) et trois ou quatre au sud (a); elles sont assez insignifiantes, composées presque uniquement de vapeur d'eau, et leur température ne dépasse pas 5y degrés. Dans la plaine annulaire, il y en a plus de trente, surgissant en différents points, mais elles n'ont pas non plus une intensité très-notable. Les plus importantes sont placées comme il suit : un groupe au nord-est, à peu près au milieu de la plaine (jS), dont la température esl de <>7\5o; un second groupe au sud l5° est, non loin de la grande fente (p'), température 5 g", 60, se réunissant à quelques dégagements situés au sud (jS ), contre les parois de la première enceinte, température 71°; enfin un groupe très-nombreux comprenant une série de fissures convergeant vers le bord du cratère principal au sud 20° ouest, température 690. Dans la région inclinée de la paroi du cratère central, on observe plusieurs fumerolles dont trois surtout ont une certaine importance : la première, à l'est 7° sud (y), température K3°; les deux autres, sur une même génératrice, a l'est ifi" sud, la plus élevée ayant une température de 90° (}•') et la plus basse (y") une température de 71VJO. Dans les murailles verticales de ce même cratère, il y a un nombre considérable de fumerolles (5) donnant une telle abondance de vapeur qu'il esl presque impossible de les compter exactement. Elles sont toutes réparties dans la région comprise entre le sud-est et le sud-ouest, et appartiennent à une douzaine de groupes principaux, dont deux surtout, l'un situé au sud-ouest, l'autre près de la grande fente, sont extrême-
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menl importants et donnent ù eux seuls presque la totalité de la vapeur qui s'érliappe du sommet du volcan. Enfin, tout à fait au fond du cratère, mais contre la paroi, du côte de l'est to1 sud, on aperçoit un groupe d'une dizaine de fumerolles assez intenses (e). Il est évident que nous ne powNMB rien dire de leur température, non plus que de celle des dégagements qui existent dans les parois verticales.
u.i Malgré celle lacune regrettable , on peut entrevoir une loi des températures
*'"mf/"*m'* nHSW! nettement indiquée, et qui trouverait probablement sa confirmation, si l'on en possédait les aulres éléments. On remarque en effet que les fumerolles de l'enceinte extérieure sont les pins froides, leur température n'étant «pie de 5;", et qu'à mesure que l'on descend dans l'intérieur du cratère, la température augmente jusqu'à atteindre 90°, terme qui doit probablement élre dépassé par celles des parois verticales et du fond, r.oo.po.iii.n Les fumerolles sonl presque uniquement composées de vapeur d'eau, d'acide k« rummH». car|K)nj,jUC c| ,|'aZote, renfermant une proportion variable d'acide sulfureux, mêlé à de faibles proportions d'oxvgène, provenant plus que probablement de l'air qui y aura été accidentellement introduit. Elles rougissent fortement et assez rapidement le papier bleu de tournesol; mais le papier à acétate de plomb n'y décèle pas la moindre trace d'hydrogène sulfuré, et l'ammoniaque n'indique en aucune façon la présence de l'acide chlorhydrique. Nous avons recueilli dans des tubes de verre, où le vide avait été fait préalablement, le gaz qui se dégage de quelques-unes de ces fumerolles, et nous avons pu constater par des essais exécutés avec plus de précision (pie ceux «pie nous avions faits sur le terrain, que les différences de composition se maintiennent entre des limites assez rapprochées. Elles portent surtout sur la proportion relative de la vapeur d'eau et sur la quantité d'acide sulfureux. Ainsi la fumerolle de l'enceinte extérieure (a ) à 57° ne renferme que des traces imperceptibles d'acide sulfureux et se conqmse, au moins |M)iir la moitié, d'acide carbonique et d'azote, paire que la tension de la vapeur d'eau n'est pas très-considérable à une température aussi peu élevée; au contraire, pour la fumerolle de la paroi inclinée du cratère (y) à 83°, la proportion de la vapeur d'eau augmente notablement, en même temps (pie l'acide sulfureux arrive à constituer au moins 1 0/0 de la composition totale. Il est singulier qu'on
n'y rencontre pas d'hydrogène sulfuré, qui trouverait pourtant, à (elle température, ses conditions normales d'existence. Enfin, la fumerolle delà paroi inclinée du cratère (>') à <jo° se couduit ù peu près comme la précédente, mais la quantité d'acide sulfureux y est encore un peu plus forle. 11 est probable que, lorsqu'il existait en cet endroit d'abondants dépôts de soufre, ils étaient dus à la décomposition de l'hydrogène sulfuré, qui remplaçait en grande partie l'acide sulfureux dan» les dégagements de gaz.
On en peut déduire une loi de composition, d'après laquelle la quantité d'acide sulfureux contenu dans les fumerolles serait en raison directe des températures. Il sutlit, d'ailleurs, pour constater la probabilité de celte loi, d'avoir séjourné quelque temps dans le cratère, car on s'aperçoit bien vite que, si l'on peut s'approcher sans crainte des fumerolles de la région supérieure, celles du fond, au contraire, prennent à la gorge en excitant une toux violente et douloureuse.
Au point de vue de la composition minéralogique, le volcan de San Miguel ne présente que peu de variété. Partout où l'on a affaire à des murailles verticales, .u ,«£■>' comme dans les parois de la première enceinte et du cratère central, on voit qu'elles sont composées d'une roche massive, compacte, plus ou moins fissurée, et l'on ne peut s'empêcher de leur trouver, dans certains cas, l'apparence d'une construction gigantesque, constituée de matériaux monstrueux, régulièrement empilés les uns au-dessus des autres. Dans l'enceinte extérieure, les roches sont généralement de couleur sombre, brunes ou d'un gris foncé, mouchetées de points blancs, indéterminables comme forme, et ressemblant singulièrement à des porphyres trachytiques plus ou moins altérés. Dans le cratère central, les roches sont rougeàtres, grises et même blanchâtres, mais elles sont tellement attaquées à leur surface, que l'on ne peut rien préjuger à distance sur leur composition. Il faut remarquer, néanmoins, que l'on y distingue des bandes plus foncées, dirigées un peu dans tous les sens, et qui pourraient bien être des injections de lave l>asaltique, ayant pénétré dans les fissures d'une masse porphyro-lrachylique préexistante. Dans la plaine annulaire, on voit, non loin du bord du cratère, et surtout près de la grande fente, des couches assez abondantes d'une jolie argile grisâtre, à pâte remarquablement line, disposées en petits lits extrêmement minces. Il est probable que cette argile doit son existence à la décomposition pro-
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gressive des matériaux meubles formant le sol de la plaine, atlai|iiés par des eaux arides provenant elles-mêmes de la condensation des vapeurs qui s'échappent des fumerolles voisines. Nous avons en effet remarque en plusieurs endroits les traces de llaqucs d'eau, souvent assez «'tendues, qui doivent persister pendant toute la saison des pluies, mais qui disparaissent naturellement pendant la saison sèche, grâce à la température propre du volcan et à la sécheresse de l'atmosphère. Les sables et les cailloux blanchâtres qui composent le sol de la plaine annulaire sont donc assez facilement attaquables par des eaux, même faiblement acides. Cela nous porterait à croire qu'il» sont feldspalhiques, et , comme ils proviennent naturellement de la destruction des autres parties du volcan, nous pouvons y trouver une preuve en faveur de la composition porphyro-trachytiquo des enceintes qui environnent le cratère. Quant aux scories et aux sables volcaniques de trituration, qui se trouvent en abondance sur les pentes extérieures de la montagne, elles sont toujours de couleur sombre, noires, brunes ou rougeâlres, et nous inclinons à supposer qu'elles sont basaltiques. Ajoutons que l'on ne rencontre point de ponces et qu'il n'y en a pas aux environs du volcan de San-Miguel, d'où nous de vons conclure que, malgré la composition propre du massif intérieur de son cône, ce volcan a rejeté beaucoup plutôt des matériaux basaltiques que feldspalhiques.
INFIERMM.OS l»F. ClilVOIECV - \OL0\XS DE C.lll NAMECA ET DE TFX.IPV
Le massif montagneux sur lequel s'appuie la base du volcan de San Miguel, du côté de l'ouest, se prolonge dans l'intérieur des terres dans celte même direction, Quoiqu'il se compose essentiellement de roches porphyro-lrarhytiqucs, il a néanmoins élé le théâtre de phénomènes volcaniques dont l'activité n'est plus bien considérable aujourd'hui, et qui ne se manifestent guère (pie par la présence de cônes éteints et île dégagements de gaz, dits injieniillo.i. Le premier de ces volcans éteints est celui de Chinameca, que l'on dislingue Irès-nellemenl du haut du volcan de San Miguel; le côue lui-même, haut tout au plus de i,5oo mètres au-dessus du niveau de la mer, domine à peine les montagnes qui l'environnent, mais il présente un très-vaste cratère, dont le diamètre peut être de 5 ou mètres environ.
C'est au pied du massif qui supporte ce volcan éteint que se trouvent les iii- JicmiUos de Chinameca, situés à environ deux kilomètres au sud-ouest du gros
village du môme nom cl à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Outre les deux principaux dégagements de gaz qui portent les noms d'Ervedor et de Boquertm, il y en a plusieurs autres moins importants; et l'ensemble du système est relié par des points où l'altération des roehes montre qu'elles ont été traversées autrefois par des vapeurs acides , de manière à jalonner, sur une longueur de plus d'un kilomètre, un espace rectiligne, large tout au plus d'une cinquantaine de mètres et dirigé presque exactement du nord-est au sud-ouest, à travers deux vallons séparés par un petit ressaut montagneux.
Aussitôt que l'on pénètre dans le premier de ces ravins, on aperçoit au loin une épaisse colonne de vapeur blanche qui s'élève dans l'atmosphère, et l'on ne tarde pas à être frappé d'un bruit semblable à celui que produirait une chaudière dont on aurait ouvert les tuyaux de dégagement. L'uu et l'autre proviennent d'une cavité assez profonde dans laquelle on entend bouillonner une sorte de boue liquide, que l'on ne peut pas voir à cause de la vapeur qui s'échappe avec une grande force de l'étroite ouverture communiquant avec le réservoir intérieur. Celle cavité s'ouvre en un point qui présente des caractères minéralogiques fort remarquables; en eflel, au milieu des roches porphyriques noirâtres , passant parfois aux porphyres quarlzileres, qui constituent tout le sol environnant, on voit une sorte de filon, d'apparence pourrie, large de 3 à & mètres environ, formé d'un mélange intime d'une matière argileuse d'un gris bleuàlre ou vcrdàtre, de carbonate de chaux dolomitique d'un gris jaunâtre présentant des masses à moitié cristallisées en scaléuoèdres et en rhomboèdres mal définis, et enfin de pyrite de fer en petites mouches jaunes et brillantes. C'est là un véritable filon, qui est exploité pour chaux en quelques-uns de ses poinls par les habitants de Chinameca. La coexistence de ce filou et de la boue liqttide traversée par une grande quantité de gaz acides à une haute température esl un fait intéressant, et l'on peut, jusqu'à un certain point, se demander lequel est le point de dépari de l'autre : le dégagement de gaz a-l-il pris le chemin que semblait lui Iracer la fissure remplie par un filon préexistant, ou bien, an contraire, est-on en présence «le la création d'un filon métallifère, formé de toutes pièces, sous les yeux mêmes de l'observateur, par faction sur les roches encaissantes d'un dégagement de gaz dépendant «les phénomènes volcaniques?
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366 VOYAGE GÉOLOGKjl K
A une centaine de mètres plus avant dans le ravin, et tout près de l'endroit où il se termine, on se trouve en présence île VEtredor proprement dil |,;, où se produisent des phénomènes tout aussi intéressants, quoique d'un ordre un peu différent. Au milieu du vallon, se trouve un petit massif irrégulièrement circulaire, d'un diamètre de h à 5 mètres et haut de a mètres environ, formé d'une accumulation de matière argilo-sahleuse, provenant de la décomposition des roches voisines, et empâtant quelques blocs plus ou moins altérés de celte même roche. La couleur des masses argileuses est grise , jaunâtre ou rouge, et elles sont recouvertes par points de croûtes blanchâtres d'alun plus ou moins pur. En certains endroits, la surface est accidentée de petits mamelons, de forme à peu près conique et hauts de ao a 3o centimètres. Du sommet de ces petits cônes, des interstices qui existent entre les pierres , de quelques trous qui s'ouvrent dans la masse argilo-sahleuse, on voit s'échapper avec violence d'abondantes vapeurs, qui se répandent dans l'atmosphère en produisant des sifflements aigus ou des bruissements sourds. C'est un mélange de vapeur d'eau et d'hydrogène sulfuré , qui possède une température fort éle>ée, variant entre yH" et o,8\5o. Des vapeurs de composition analogue, et dont la température est la même, s'échappent de plusieurs autres points voisins, dans un rayon d'une dizaine de mètres. Au pied du mamelon où se trouvent les dégagements les plus remarquables , on voit couler, en assez grande abondance, une eau boueuse, très-chaude, dont la température atteint 97" et 97V")". Cette boue liquide est traversée par de nombreuses bulles de gaz, qui s'y dissolvent en partie, mais agitent sa surface de manière à faire croire, au premier abord, qu'elle est soumise à une ébullition tumultueuse. Ce gaz contient une forte proportion d'hydrogène sulfuré, ainsi qu'on peut le prouver au moyen du papier d'acétate de plomb, qui noircit presque immédiatement. La boue liquide abandonnée à elle-même dans un vase, pendant quelques jours, laisse déposer les particules argileuses brunes dont elle était chargée, et s*' transforme en une liqueur limpide et claire. Cette eau fortement acide, car elle rougit immédiatement le papier de tournesol, contient de l'hydrogène sulfuré en dissolution, ainsi que des sulfures alcalins, de l'acide sulfurique libre, des sul-
1 fnn/or »igtiific. en c(«igni»!, un cndmil où IVuti cl en ékililiofi.
fales et des carbonates de fer, de chaux el de magnésie , etc., ainsi que le prouvent les réactions suivantes :
Aïolnte darjcnt Précipité noir as«ei abondant.
Acétate de plomb Précipité très-abondant, méïé de noir el de blanc.
Aïolalc de baryte Précipité blanc assez abondant.
Oubli d'nininonia<pic Léger précipité blanc.
Ammoniaque Précipite blanc rerdatra d'oxyd>- de fer.
Malgré leurs différences plus apparentes que réelles, les phénomènes sont certainement continus, et c'est évidemment la même boue liquide qui bouillonne aux deux extrémités du ravin, quoiqu'elle soit à la surface du sol en un point, el en profondeur dans un autre.
Sur la colline qui termine le ravin, on ne voit plus de dégagements de gaz; mais il est incontestable qu'il y en a eu autrefois, en plusieurs points où lu roche désagrégée est colorée en gris ou en rouge et tachée do plaques minces d'alun impur. La présence de cet alun suffirait à elle seule pour prouver que les gaz sont sulfureux, si l'odorat ne révélait pas immédiatement leur composition. En un endroit, on remarque deux sources très-voisines, dont l'une est froide, tandis que l'autre est à 3a°,oo. On en peut conclure que les eaux elles-mêmes, ou les couches de terrain où elles circulent souterrainement, sont encore échauffées par le passage des gaz à haute température.
Le lioqueron "; se trouve dans un ravin que l'on rencontre immédiatement après u^i,..,. avoir franchi la colline, et continue l'alignement des dégagements de gaz que nous avons signalés jusqu'à présent. En arrivant en présence du Boqueron, noire guide fut tout étonné de le trouver presque absolument inactif, et nous affirma que la dernière fois qu'il l'avait vu, quelques mois auparavant, il était tout a fait comparable à l'Ervedor. L'étal du sol, qui, sur un espace assez étendu, présentait des traces manifestes de dégagements de gaz acides et d'altérations profondes, suffisait pour corroborer l'exaclilude de cette assertion. Mais il est certain que le • 5 avril 1866, jour où nous le visitâmes, le Boqueron ne se composait plus que de quelques émanations sans importance, dont la température égalait presque celle de l'Ervedor, et qui produisaient comme lui de la vapeur d'eau mêlée d hy-
" %»cro« sifctnifw.en
drogène sulfuré. Il serai! intéressant de savoir si le Boqueron aura repris par la suilo son activité , ou s'il se sera complètement éteint.
Quoiqu'il en soit, l'ensemble <le ces phénomènes nous parait fort intéressant. Nous y voyons des déipigements dé gaz acides et de vapeurs, thermalisant et minéralisant, si l'on ose employer de semblables néologismcs , des sources qui se trouvent accidentellement sur leur passage, et nous pensons que leur origine doit être directement rattachée à l'action volcanique, qui, ne s'exerçant plus dans le cratère éteint du volcan de Chinamcca , se développe sous une autre forme au pied même de la montagne.
Volcan i Tf.f. En continuant à suivre, vers le nord-ouest, la direction de la chaîne porphyrotrachyliquc, on rencontre bientôt un autre volcan éteint, celui de Tccapa, que nous n'avons pas étudié personnellement. Il paraît, d'après les récits des indigènes, que le cratère de ce volcan renferme une lagune assez étendue, dont les eaux rsont froides d'un côté- et chaudes de l'autre. « Cela pourrait aisément s'expliquer par la présence «le dégagements gazeux à haute température, situés au-dessous du niveau de l'eau à l'une des extrémités du cratère, et il n'v a rien d'impossible à ce que la tradition que nous avons rapportée soit l'expression de la vérité.
VOI.GVXS DE S V YV ICEXTK. — IXKIERM1J.OS
CMirHtt.
.1- Sro-Vimile.
La chaîne de montagnes, coupée un instant pour laisser passage au Rio Lempa. reprend immédiatement de l'autre coté du fleuve, et l'on voit bientôt se dresser, ii«iro»|j.^n>«ii a„ inj|i«.,i d'une plaine fertile, une grande montagne irrégulièrement conique.
haute de a,froo mètres environ, et qui n'est autre «nie le volcan de San-\ icenle. Ce volran présente, à ce qu'il parait, une apparence parfaitement conique du côté du sud-est, où les scories recouvrent seules sa cime nue; mais, vu de la ville de San-Virente, c'est-à-dire du côté du nord, il perd son apparence caractéristique et semble se confondre avec les massifs montagneux qui l'environnent. Il est, du reste, complètement éteint depuis la période historique; la végétation s'élève jusqu'au sommet sur le flanc nord, et l'on ne possède aucune tradition relative à ses éruptions. Son cratère a dù contenir autrefois un lac plus ou moins étendu, car on raconte qu'il y a quelques années, à la suite d'un tremblement de terre, l'eau
rompit les parois qui la retenaient, et, Réchappant par cette brèche, s'écoula avec impétuosité sur les flancs de la montagne. Ces torrents creusèrent de profonds ravins, que l'on voit fort bien aujourd'hui encore, mais ils ne prirent pas, heureusement, la direction de la ville de San Vicente, qui échappa ainsi à une ruine presque certaine. Ce n'est là, du reste, qu'une tradition locale, dont nous ne pouvons garantir en aucune façon l'authenticité.
Sur le flanc nord-est du volcan, à une hauteur de Si 5 mètres au-dessus du m.|o.iti.» niveau de la mer, et à 8 kilomètres environ à l'ouest de la petite ville de San Vi- ^'XTiliu. cente, il existe des infiernillos au moins aussi remarquables que ceux de China- ^ * [||t| meca, et qui sont aujourd'hui les seules manifestation de la force éruptivedans le volcan de San Vicente. M. Stephens, qui les a visités en i84o, en donne {Incidents of travels in Central America, etc., vol. a, p. 45-46) une courte description, que nous ne croyons pas devoir reproduire, parce qu'elle ne présente aucun caractère scientifique et qu'elle ne signale aucun fait que nous n'ayons observé nous-mêmes; mais elle a néanmoins une certaine valeur, en ce qu'elle sert à prouver que les caractères du phénomène n'ont pas subi de modifications sensibles pendant les vingt -six années qui se sont écoulées entre le voyage de M. Slephens et le nôtre.
Les infiernillos de San Vicente sont dus, comme ceux de Chinameca, à de puissants dégagements de gaz à haute température, qui, traversant des sources préexistantes, les rendent thermales et minérales, formaut ainsi de petits lacs boueux et acidfs qui attaquent assez fortement la surface des roches encaissantes. Mais, quoique la température de l'eau et des vapeurs soit la même dans les deux endroits, il y a néanmoins quelques différences, qui consistent principalement en ce que l'intensité du phénomène est plus considérable à San Vicente et en ce que les gaz acides, mélangés aux vapeurs qu'ils entraînent en échauffant l'eau, sont en proportion beaucoup plus forte et de composition un peu différente. Les infiernillos se trouvent dans un ravin presque partout à pic, profond d'une quinzaine de mètres environ et qui fut entaillé par les eaux dans les roches porphyrotrachyliqucs compactes dont est formé le massif du volcan de San Vicente. Dans ce ravin coule un petit ruisseau, qui ne contient d'abord qu'une très-faible quantité d'eau (à l'époque où nous l'avons visité, bien entendu, soit à la fin de la saison
.170 YOÏ \GK GÉOLOGIQUE
sèche, 19 avril 1866), s'augmente un pou aux environs des infiernillos, probablement en condensant une partie de la vapeur d'eau qui est mêlée aux gaz arides, y l'orme quelques petites flaques d'eau, les unes claires, les autres boueuses, et s'écoule enfin vers la plaine, avec une température qui s'abaisse progressivement à mesure qu'il s'éloigne du théâtre du phénomène. Il nous semble évident que ce ruisseau n'est pas dù à une source thermale, car, près de sa naisssance, tout à fait au fond du ravin, l'eau est presque froide; un peu plus bas, à 100 mètres environ des dégagements de gaz actuels, mais en un point où il semble qu'il y en ail eu autrefois, sa lenq>érature est de 58 à fio"; enfin, aux infiernillos mêmes, elle est presque bouillante, et atteint une température de <>8". Ce sont donc bien des gaz acides cl des vapeurs, indépendant» de l'e.rixtenee de cette tource, qui l'échauflent en se mêlant à ses eaux; et l'on a affaire à un véritable phénomène volcanique, dont l'origine est facile à discerner, quoique son apparence soit rendue un peu trompeuse par la présence accidentelle d'un ruisseau transformé en source thermale.
«Hinit.ii Comme nous l'avons dit, le ravin, dirigé presque exactement du sud au nord.
est entaillé dans des roches porphyro-trachytiques parfaitement caractérisées, ainsi qu'on peut le voir près de la naissance du ruisseau. Mais, au voisinage des infiernillos, cette roche est profondément altérée jmr l'action des eaux et des vapeurs acides; les lianes du vallon sont recouverts de masses d'altération argilosahleuses, mêlées de croules blanchâtres, composées de sulfates simples divers et d'aluns, ainsi que d'une assez notable quantité de soufre, qui se présente même, dans certaines fissures, sous la forme d'aiguilles cristallisées, bien définies, tapissant les parois des cavités. Le mélange des croûtes aluneuses, blanches, nuancées de jaune ou de vert, des dépôts ferrugineux rougeâlres qui se trouvent à la surtare dans bien des points, des amas de soufre jaune clair, produit une variété de couleurs qui contribue, pour sa pari, à donner quelque chose d'élrange à la localité qui sert de théâtre à celle singulière manifestation volcanique. Au fond du ravin, l'attaque par les eaux acides est plus complète encore, et l'on n'y voit guère (pic des amas d'argile grise, un peu jaunâtre ou bleuâtre, disposés en couches i..,pB.wni quelquefois assez puissantes.
principal 1 1 1
^•«fe»!»»*. Les dégagements de gaz, les fumerolles (car ce sont, en réalité, de véritables
riK-llw
fumerolles), sonl disposées un peu au hasard, suivant l'alignement du ravin, sur une longueur de i5o à aoo mèlres environ. La plus remarquable de toutes se trouve à peu près à l'extrémité sud, et s'échappe de la paroi même du ravin, par une ouverture en forme de caverne semi-circulaire, large de i mètre et haute de -jb centimètres environ. Le mélange de gaz et de vapeurs en sort à une pression qui doit être de plusieurs atmosphères, avec un bruit terrible qui s'entend à une distance considérable, et forme une sorte de colonne ou de large jet qui se maintient horizontal jusqu'à plus de 3 mèlres de l'orifice. Dans l'intérieur de la caverne, on peut voir bouillonner une eau grisâtre, violemment soulevée par le mouvement du gaz; mais, quoiqu'elle soit à peu de distance du sol, elle ne peut se déverser par là, parce que la partie inférieure de la cavité s'incline vers l'intérieur. Des gouttelettes de cette eau, entraînées par le courant de gaz, sonl projetées jusqu'à près de 5 mètres de l'orifice et brûlent vivement l'imprudent qui s'en approche de trop près, car elles sont aussi chaudes que le courant de gaz lui-même, dont la température est de 98°. Nous avons pu prendre cette température en nous glissant le long de la paroi, et eu arrivant ainsi jusqu'à l'ouverture de la caverne; car le jet de vapeur s'échappe avec une telle puissance, qu'il ne commence à prendre une certaine expausion qu'à quelques mèlres de là , pour produire ensuite d'abondants nuages blancs qui s'élèvent dans l'atmosphère et se voient de loin dans la plaine. Les indigènes prétendent que, lorsqu'on jette une pierre dans la caverne, ou même lorsqu'on fait un bruit quelconque à l'orifice, le gaz se dégage avec plus de violence et en rendant un son plus intense. Nous devons avouer que nous n'avons pas pu constater nettement celle particularité, qui ne tient peut-être qu'à un écho déterminant une résonnanec intérieure.
Aux environs de celte fumerolle, il y en a un très-grand nombre d'anlres, répartes à peu près en une vingtaine de groupes principaux. Les unes s'échappent directement de fentes existant dans la masse porphyrique elle-même; d'autres sortent au milieu des amas argileux; d'autres enfin s'épanchent dans de petites Qâques d'eau, tantôt claires, tantôt troubles et colorées en gris blanchâtre, tantôt tout à fait boueuses, suivant qu'elles reposent sur un fond de roche solide ou d'argile plus ou moins délitée. Pour n'avoir pas à y revenir, disons que la température est toujours la même, soit 980 en moyenne (il n'y a que des écarls
tout à fait insignifiants), et que, comme composition, on a affaire à de la vapeur d'eau formant la plus grande partie du mélange, unie à des proportions variables d'acide sulfureux, d'hydrogène sulfuré et ù de faibles traces d'acide carbonique et d'azote. Si nous choisissons comme exemple le gaz de la fumerolle principale que nous avons recueilli dans un lube el examiné avec soin, nous verrons qu'il est formé d'au moins c)5 à 96 p. 0/0 de vapeur d'eau, ce qui concorde parfaitement avec sa température, si voisine du point d'ébulliliou de l'eau. Le reste, envisagé séparément, contient au moins les trois quarts de son volume d'acide carbonique, et dans le quart restant l'azote et l'oxygène (presque dans les proportions de Pair) viennent encore disputer la place à l'hydrogène sulfuré et à l'acide sulfureux. Nous avions pu constater sur place la présence de l'acide sulfureux par la réaction franchement acide des vapeurs sur le papier de tournesol et par l'abondance des dépôts de soufre et d'alun, qui ne se trouvent pas en pareille quantité à Chinamera. L'hydrogène sulfuré est indiqué par le noircissement du papier d'acétate de plomb. La présence de l'acide carbonique est facile à constater, comme nous le montrerons ci-après. Il est important de remarquer qu'il n'y a aucune trace de composés chlorurés. ■frH,.Mm Parmi les fumerolles qui s'échappent des masses argileuses, nous devons en iJrtHé si(î»aler une, en particulier, qui est un véritable petit volcan de boue. Le gaz, en ^ | ^ se mouvant au milieu des matières pâteuses, les a soulevées pour en former ■irbow. un petit cône de 70 centimètres de hauteur, dans lequel s'ouvre un cratère de •m centimètres de diamètre et 5o centimètres de profondeur. Au fond, on voit s'agiter la boue, qui se gonfle en grosses bulles, que le gaz crève avec un certain bruit pour s'en échapper. Le cône lui-même est formé d'une argile grisâtre, mais à la base on voit deux cercles concentriques, le premier d'alun blanchâtre, le deuxième de soufre impur jaunâtre, produits par la réaction et la décomposition du gaz acide, ce qui contribue à donner à l'ensemble un aspect assez singulier.
Les flaques d'eau, qu'elles soient boueuses ou claires, semblent être en ébullition; mais, leur température n'étant que de 980, il est facile de se rendre compte que ce bouillonnement est produit par un dégagement tumultueux de gaz, qui les traverse en les échauffant el s'y dissolvant en partie. On peut même
le constater à la simple vue dans les lagunes à eau transparente, où l'on voit clairement les bulles de gaz s'échapper des fissures existant dans la roche solide qui forme le fond. Dans les flaques d'eau bourbeuses, qui contiennent plus ou moins de matières argileuses en suspension, l'épaississemcnt du liquide rend le bouillonnement plus violent encore, mais ce n'est évidemment qu'une apparence trompeuse. Dans l'eau limpide, on voit les bulles diminuer rapidement de grosseur, jusqu'au moment où elles viennent crever à la surface; cela prouve qu'elles se dissolvent en partie; en effet, la vapeur d'eau se condense au milieu du liquide, l'acide sulfureux et l'hydrogène sulfuré y restent aussi en dissolution, de sorte que les petites bulles de gaz que l'on recueille à leur sortie ne contiennent plus, ainsi que nous nous en sommes assurés sur place par une petite analyse rapide, que :
Aiote 8,00
0»ygèno s.oo
L'acide sulfureux et l'hydrogène sulfuré en dissolution dans l'eau réagissent en partie l'un sur l'autre, et le liquide présente avec les divers réactifs les carac- de lères suivants :
S»!»\ir»l>l.
Azotate d'argent Trouble noir de sulfure d'argent.
i de plomb Précipite" abondant mêlé de blanc et de noir i carbonate et «ulfnrr
de plomb).
i de baryte Précipite" blauc abondant.
Oialate d'ammoniaque . . . Précipité blanc peu abondant.
Ammoniaque Précipité blanc verdatre a»wi abondant (protox)de de fer).
Papier de tournesol Rougit rapidement et I
L'eau renferme donc de l'hydrogène sulfuré et de l'acide carbonique en dissolution, de l'acide sulfurique libre et des sulfates divers, parmi lesquels ceux de fer et de chaux sont prédominants.
En résumé, les infiernillos de San Vicenle, plus actifs et plus remarquables encore que ceux de Chinameca, constituent, comme ces derniers, des émanations gazeuses établies a la base des volcans éteints, et montrent de singubers exemples des déplacements que peuvent subir les manifestations de l'action volcanique.
:S74 VOYAGE GÉOLOGIQL E
I n- I* ri- - ,•
VOLCAK DE COJITEPEQIE - VOIXAVs DE SAX SALVADOR ET DE t}l EZAI.TEI'KOl E -
LA I10ÏA.
Xtkm flnii En continuant à marcher vers le nord 3c»" ouest, on découvre bientôt sur les • .^iiippe.,.,.. hauteurs, et non loin des bords accidentés du beau lac d'ilopango , un petit volcan éteint qui domine la vallée de Cojutepeque et s'élève à 1,635 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce volcan de Cojutepeque, qui ne présente plus aucune trace d'activité, et qui doit être éteint depuis fort longtemps, se compose «l'un cône parfaitement régulier, haut de if>o mètres environ au-dessus de la petite plaine au milieu de laquelle il se dresse; à son sommet on aperçoit les rudiments d'un petit cratère circulaire, d'une vingtaine de mètres de diamètre, qui semble n'avoir jamais projeté que des matières cinériformes. Le cône est entièrement composé de scories brunes et rougeàtrcs, en morceaux de la grosseur du poing; mais, à l'ouest de la ville, on remarque des amas de roches basaltiques qui doivent s'étendre jusque sous le volcan , et appartiennent peut-être à une couler" de lave très-ancienne, antérieure aux éruptions qui ont formé la montagne actuelle.
A environ ho kilomètres plus loin, et à une douzaine de kilomètres au nonl de la ville de San Salvador, capitale de l'État, se trouve le volcan de San Salvador, qui s'élève à 2,3oo mètres au dessus du niveau de la mer. A première vue, on n'y remarque pas clairement les caractères distinctifs d'une montagne volcanique, car on n'a devant soi qu'un vaste massif allongé, à base irrégulière, composé en majeure partie de roches porphyro-lrachv tiques, et recouvert d'épaisses forêts jusque près de son sommet. Ouoique nous n'avons pas fait l'ascension de celle montagne, nous sommes portés à croire, d'après les renseignements qui nous ont été donnés jvar des personnes dignes de foi, qu'elle doit être considérée comme un très-ancien volcan, éteint déjà antérieurement à la période historique, car il n'existe aucune tradition se rapportant à ses éruptions. Il paraît, en effet, qu'à la partie siqM-rieure d'un cône fortement alléré dans sa forme, niais composé de scories et de cendres, il existe un vaste cratère, presque exactement circulaire, d'un diamètre de 700 à 800 mètres, à parois presque partout verticales el d'une profondeur de 4oo à 5oo mètres. Le fond île ce cratère serait occupé
par un grand lac, très-profond, aux eaux claires el transparentes, qui a été visité deux ou trois fois par des étrangers vivant à San Salvador, malgré les effrayantes difficultés que présentent la descente et la montée sur les parois abruptes dont il est environné. Extérieurement à ce cratère principal, sur le flanc nord de la montagne, il existe un autre petit lac circulaire, dont les eaux sont aussi douces el potables, mais qui pourrait bien n'être que le reste d'un ancien cratère éteint et rempli postérieurement par" l'accumulation des eaux pluviales.
Ces caractères sont suffisants pour permettre de considérer la montagne de San Salvador comme un volcan éteint, mais ils sont encore corroborés par la présence de manifestations volcaniques, inactives, il est vrai, réparties en différents points de la Ikise du massif. Du coté du nord, près de la roule de Santa Anna, il existe une série de quatre ou cinq petits cônes éteints, disposés suivant une ligne droite dans la direction du sud-est au nord-ouest. Le dernier de ces petits cônes, nommé Volcan de QuezaHepeque , a donné, parait-il, une éruption qui remonte à une soixantaine d'années. Au-dessous des énormes dépôts de nonces oui environnent San Salvador, on voit s'épancher entre les roches porphyriques apparais- w sanl dans le ravin du Rio Aselguate (voir page 190), une série de sources thermales qui tendent à prouver que le sol est encore échauffé dans cette région sous l'influence de la puissance volcanique, actuellement dissimulée. C'est à cela, sans doute , qu'il faut attribuer aussi des dégagements d'acide carbonique, tels que ceux
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qui se sont produits dans un puits creusé, il y a quelques années, sur les propriétés r*,'d,'c"ho""'"' de M. Idigoras, à peu de dislance au nord de la ville. Le gaz se dégageait du sol en si grande alnnidance, qu'on fut obligé d'interrompre plusieurs fois les travaux, à cause des phénomènes d'asphyxie qui se manifestaient parmi les ouvriers, el que l'on eut beaucoup de peine à en venir à bout . même en employant les moyens d'aérage les plus énergiques.
A 12 kilomètres à l'ouest de San Salvador, sur la route de Santa Tecla, se aniwhi trouve une immense dépression circulaire, dont le diamètre atteint au moins i.iw. 1 kilomètre et demi, et qui est profonde de a 00 mèlres environ. Cet enfoncement, connu sous le nom de La Hoya, n'est autre chose qu'un gigantesque cratère à fleur de terre, ouvert dans une énoçme épaisseur de lapilli el de sables volcaniques, et au fond duquel se voit un lac assez étendu , appelé Laguna de Cuscattan.
376 VOYIGE GÉOLOGIQUE
Knlin, au nord de Sanla Tecla, on aperçoit encore un pelil cône éteint, haut d'une soixantaine de mètres, ayant donné une quantité considérable de cendres grises, ainsi que de scories rouges, et qui s'élève sur les derniers contre-forts du massif montagneux du volcan de San Salvador.
VOLCâK D'IZALCO <PI.X,6g. .«I ,.)
A peine a-t-on franchi le Guarumal, cet étrange couloir qui relie les hauts pays aux plaines basses du sud-ouest du Salvador, que Ton commence presque immédiatement à rencontrer de nouveau des sables volcaniques violacés et des laves basaltiques anciennes. On approche en effet du volcan d'Izalco, ce volcan remarquable, qui apparut tout à coup à la fin du siècle dernier, et qui peut servir de pendant au Jorullo mexicain, rendu si fameux par Humboldt.
Le volcan d'Izalco doit à son origine récente , aussi bien qu'à son activité incessante, une grande célébrité dans toute l'Amérique centrale; aussi nous estimonsnous fort heureux de nous être trouvés dans son voisinage pendant une période de tranquillité relative, et d'avoir pu arriver les premiers jusqu'à sa cime, vierge encore du pied de l'homme. Plusieurs fois déjà on avait tenté île l'approcher, mais l'intensité de son état éruptif, les pierres brûlantes qu'il projetait dans toutes les directions, n'avaient encore permis à personne de dépasser le pied du cône. Plus favorisés que nos devanciers, nous avons pu l'aborder pendant un moment où il ne vomissait que d'épaisses colonnes de fumée, et, grâce à un séjour de plusieurs heures sur les bords du cratère, nous avons pu étudier d'une manière assez complète les phénomènes qui s'y manifestaient.
Mais, avant d'entreprendre le récit de notre ascension et d'exposer avec détails les résultats de nos observations et de nos travaux, il nous semble convenable de reproduire les quelques pages consacrées au volcan d'Izalco dans les ouvrages des voyageurs qui ont visité le Salvador antérieurement à l'époque où nous y avons été nous-mêmes. Ces renseignements auront l'avantage de nous permettre de foire certaines comparaisons, qui ne sont pas sans importance, entre les états éruptifs du volcan à plusieurs années de distance, et de nous montrer que, dans sa forme extérieure, la montagne n'a guère changé depuis assez longtemps. Il pa-
raît qu'il existe, dans les archives du village d'Izalco, une relation officielle de la première éruption du volcan, éruption qui fut en même temps l'origine de la montagne. Quoiqu'on nous eût promis, à Sonsonate, de nous mettre à même de consulter ces anciens papier», nous n'avons pu l'obtenir aussi vite que nous l'espérions, et, grâce ù la brièveté de notre séjour, nous avons dû renoncer à ces recherches historiques, qui seront accomplies, il faut l'espérer, par quelque autre voyageur, et qui pourront fournir des renseignements intéressants sur les faits qui ont accompagné l'apparition du phénomène. A défaut de ces renseignements, nous emprunterons à M. Squiers1, qui a peut-être eu entre les mains les archives d'Izalco, la narration suivante sur l'origine du volcan :
« Le volcan d'Izalco doit être considéré comme le phénomène volcanique R«ii
le plus remarquable de l'Étal de Salvador. Ce volcan et celui de Jorullo, au ' "T" Mexique, décrit par Humbolt, sont, je crois, les seuls qui aient apparu sur le con- <B|)B|| tinent américain depuis sa découverte. Il s'éleva, en 1770, au milieu de la plaine * M sv" qui s'étend au pied de la grande masse du volcan éteint de Sauta Anna, et recouvre aujourd'hui ce qui fut jadis une belle hacienda de bétail. Vers la fin de 1769, les propriétaires de cette hacienda furent alarmés par des bruits souterrains, accompagnés de chocs de tremblements de terre, qui continuèrent à augmenter d'intensité jusqu'au a 3 février 1770, moment où la terre s'entrouvrit à un demi-mille environ des bâtiments de l'hacienda, émettant des flots de lave, accompagnés de feu et de fumée. Les habitants s'enfuirent épouvantés, mais les vaqueros, ou gardiens de bétail, qui continuèrent à visiter journellement l'hacienda, rapportèrent que les flammes et la fumée ne faisaient qu'augmenter, et que, l'éjaculation de la lave étant de temps en temps suspendue, elle était remplacée par de grandes quantités de cendres, de lapilli et de pierres, formant un cône eu plein développement , autour de l'évent ou cratère. Ce mode d'action s'est continué pendant une longue période de temps, mais depuis bien des années le volcan n'a plus donné de lave. H s'est néanmoins maintenu dans un état d'éruption constante, et a reçu, à cause de cela, le nom de Faro del Salvador, ou Phare du Salvador. Ses explosions se produisent avec une grande régularité, à des intervalles de dix ou vingt minutes, avec un bruit semblable à la décharge d'une
1 Xolct m Central Amerien, ete. p. 3iq et sui».
•l'une
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batterie d'artillerie, accompagnées d'une épaisse fumée ainsi que de nuages de cendres et de pierres, qui s'accumulent sur les flancs du cdne, en augmentant progressivement sa hauteur, que l'on peut évaluer aujourd'hui (i85o) à a,5oo pieds environ (au-dessus du village d'Izalco?).»
Voici maintenant en quels termes M. Stephens, qui a visité le Salvador en i 84o, raconte1 la tentative qu'il fit pour s'approcher du volcan d'Izalco, et ce qu'il vit dans cette exploration :
«Avant de partir, je me décidai à faire une excursion. La fenêtre de ma chambre (â Sonsonale) s'ouvrait sur le volcan d'Izalco; toute la journée, j'entendais à de courts intervalles les éruptions de la montagne incandescente, et la nuit, je voyais une colonne de flammes s'échappant de son cratère, ainsi que des courants de feu qui roulaient sur ses flancs. Quelques compatriotes se joignirent à moi, et le lendemain, avant cinq heures, nous étions en selle. . .
« Devant nous, à l'extrémité d'une longue rue, on voyait l'église d'Izalco, se détachant énergiquement sur la base du volcan qui, en ce moment, avec une violente détonation semblable au roulement du tonnerre, projeta dans les airs une colonne de fumée noire et de cendres, éclairée par un seul jet de flamme.
«Nous eûmes quelque peine à trouver un guide. . . mais bientôt nous pûmes nous mettre en route. Nous arrivâmes bientôt dans une plaine ouverte, et, sans qu'un seul buisson arrêtât la vue. nous distinguâmes à notre gauche le volcan tout entier, depuis sa base jusqu'à son sommet. Il s'élevait près du pied d'une montagne, à une hauteur d'environ G,ooo pieds (au-dessus du niveau de la mer); ses flancs étaient bruns ou noirâtres, et tout autour, h? sol était recouvert de lave sur une étendue de plusieurs milles. Comme il était dans un état d'éruption violente, il ne fallait pas songer à en faire l'ascension, mais en arrière se trouve une montagne plus élevée, d'où l'on domine le cratère en i|piilion. Le volcan tout entier était en vue, projetant dans les airs une colonne de fumée noire et un immense volume de pierres, tandis que la terre tremblait sous nos pieds. Traversant la plaine, nous commençâmes à nous élever sur la montagne, et, peu après midi, nous entrâmes dans la forêt, gravissant péniblement un sentier étroit et ardu. Noire guide, d'ailleurs, perdit bientôt son chemin, changea plusieurs fois de direction, se
' TwrtU m Cenlral Iwnr., rte. vol. I. p. 3a je* WtV.
i)\\S LES REPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 379
sentit enfin tout à fait égaré, et attacha son cheval pour s'en aller à la découverte. Nous savions que nous n'étions pas loin du volcan , car ses explosions résounaient comme les grondements profonds d'un tonnerre épouvantable. Enfermés comme nous l'étions dans les bois, ces explosions nous paraissaient d'une violence indicible. Nos chevaux reniflaient de terreur, et la terre s'agitait sous nos pieds. Notre guide revint, et en peu de minutes nous arrivâmes tout à coup à un point découvert, plus élevé que la cime du volcan, permettant d'inspecter l'intérieur du cratère, et si rapproché de lui, que nous pouvions voir les grosses pierres projetées en l'air éclater en morceaux, et rouler de tous côtés sur les flancs du cône. En peu de minutes, nos vêlements furent tout gris, grâce aux cendres qui tombaient autour de nous avec un pétillement semblable à celui d'une pluie d'orage.
*Le cratère se composait de trois orifices, dont l'un était inactif ; un autre émettait constamment une belle fumée d'un bleu foncé; le troisième présentait une étroite et profonde ouverture, dans laquelle, après chaque explosion, on voyait apparaître une vapeur d'un bleu clair, suivie d'une masse épaisse de fumée noire qui se précipitait au dehors avec violence en énormes volumes, et s'élevait ensuite sous la forme d'une majestueuse colonne sombre, éclairée pendant un moment par un jet de flamme; et, après que la fumée s'était dispersée, l'atmosphère était assombrie par un nuage de pierres et de cendres. Une fois que c'était terminé, il y avait un moment de calme, puis une autre détonation suivie d'une éruption; et cela se continuait régulièrement à des intervalles qui, à ce que disait noire guide, étaient exactement de cinq minutes, et, en réalité, il ne s'en fallait pas de beaucoup qu'il ne fut dans le vrai. Cel aspect était effrayant et grandiose. Nous pensâmes que l'effet de ces détonations et de ces flammes serait rendu bien plus splendidc encore par le silence et les ombres de la nuit, et nous primes la résolution de dormir à la place où nous étions.
*Le curé de Sonsonate, encore dans toute la vigueur de l'âge, me disait qu'il se souvenait parfaitement bien de l'époque où la place que recouvre actuellement le volcan ne pouvait se distinguer de toutes les localités environnaules. En 1798, on découvrit un petit orifice qui rejetait de petites quantités de poussière et de sable. Il habitait alors Izalco, et, petit garçon qu'il était, il s'amusait à aller le regarder. Il l'avait suivi dans tout son développement, surveillant l'augmcn-
talion qui se produisait de jour on jour, jusqu'à ce que la montagne actuelle fùl formée.
Le capitaine X. me dit qu'il avait pu observer lui-même, de la mer, combien le volcan avait augmenté de bailleur depuis deux ans. En effet , deux ans auparavant , on ne pouvait pas voir sa lumière, de nuit, de l'autre côté des montagnes sur lesquelles je me trouvais alors. Jour et nuit , il arracbe des pierres aux entrailles de la terre, les projette en l'air et les reçoit sur ses lianes. Il augmente ebaque jour et continuera probablement à en faire aulanljusqu'àcequoson feu intérieurs éteigne, ou qu'une violente convulsion le réduise en poussière en démobssant son sommet.
"De vieux voyageurs peuvent avoir, comme d'autres, des moments d'enlhousiasme, mais ils ne leur durent pas longtemps; au bout d'une heure, environ, nous commençâmes à critiquer et même a plaisanter... Certaines éruptions valaient mieux que d'autres, et quelques-unes même ne méritaient pas qu'on y fit attention. Dans un semblable état d'esprit, une nuit au sommet de la montagne ne nous parut pas extrêmement confortable, et nous primes bientôt la résolution de nous en retourner. Nous pensions que nous pourrions éviter le circuit de la montagne en descendant directement jusqu'à la base du volcan, pour la longer ensuite et rejoindre ainsi le cnmino renl (sentier). Notre guide refusa de nous accompagner, disant que c'était tenter la Providence. Nous dûmes descendre à pied une pente excessivement roide, où nos chevaux glissaient parfois sur leurs cuisses. Un immense courant de lave, arrêté dans sa course par les premiers contre-forts de la montagne, remplissait le large espace qui s'étendait entre nous et la base du volcan. Nous nous mimes immédiatement à marcher sur cette couche noire et dangereuse, mais nos chevaux ne nous suivaient qu'à graud'peiue. La lave s'étendait en ondulations aussi irrégulières que les vagues de la mer, aigué, raboteuse, pleine de grandes cavités, aussi incommode pour nous que dangereuse pour nos chevaux. Avec d'énormes difficultés, nous les tirâmes jusqu'à la base du volcan et le long de ses lianes; mais d'énormes pierres traversaient l'air en sifflant, tombaient et roulaient jusqu'à nos pieds, si bien que nous n'osâmes pas pousser plus loin. Nous avions peur aussi de voir nos chevaux se casser la jambe dans les trous où ils tombaient continuellement, et nous retournâmes sur nos pas. Sur la pointe élevée d'où nous avions examiné le cratère «lu volcan, notre
guido nous regardait et semblait se moquer de nous. Nous rebroussâmes chemin à travers le champ de lave, et, quand nous punies atteindre le sommet, mon cheval et moi nous étions épuisés l'un et l'autre. Heureusement nous n'avions qu'à descendre pour rentrer. La nuit était venue depuis longtemps, quand, dépassant le pied de la montagne, nous rentrâmes dans la plaine. Chaque explosion du volcan projetait en l'air une colonne de feu; en quatre places, il y avait des feux fixes, et de l'un de ces endroits, un courant de feu roulait sur ses flancs.
<t A onze heures du soir, nous rentrâmes à Sonsonate, après avoir fait au moins 5o milles à cheval, sans parler de la promenade à pied sur le champ de lave, et, malgré les fatigues d'une semblable journée, elle m'avait offert un intérêt si vivant , que je ne m'en ressentis en aucune façon. »
Le volcan d'Izalco, qui, d'après nos mesures barométriques s'élève actuellement iUuUuit à i ,8a5 mètres au-dessus du niveau de la mer, se trouve à 3o kilomètres au nord- . d". . ouest de la ville de Sonsonate et à ao kilomètres environ du village d'Izalco, dont il a emprunté le nom. Il s'appuie, du côté du nord, sur un massif montagneux préexistant, auquel les indigènes ont donné le nom naïf et expressif de Madré det volcan (Mère du volcan) et dont les sommités principales le dominent de i lio à 200 mètres (voir planche X, fig. 1). Vers le sud, il repose sur une immense coulée de lave, dont l'extrémité dépasse même le village d'Izalco, el son cône prend de ce côté un développement plus considérable, à cause de l'inclinaison «le la montagne sur les pentes de laquelle il a pris naissance
Résumant en quelques mots l'histoire du volcan, telle que nous l'avons donnée h**,,.,. en grande partie dans les récits précédents, nous nous rappellerons qu'il apparut .^"Ihmi™ subitement en février 1770, sous la forme d'une fissure qui émit une énorme quantité de lave. Pendant assez longtemps, les éruptions donnèrent alternativement des laves et des scories accompagnées de matériaux cinériformes. Mais, peu à peu, à mesure que le cône tendit à s'élever, les laves disparurent et furent remplacées uniquement par des cendres cl des lapilli, produits par des éruptions gazeuses qui se manifestaient incessamment, et atteignirent à ce qu'on raconte, en 1 8o3, leur maximum d'intensité. Il parait qu'il y eut, en 1817, une petite période de calme; mais les phénomènes éruptifs reprirent bientôt le dessus, et le volcan d'Izalco continua à émettre des flammes en si grande abondance, que; les
marins, l'apercevant continuellement de l'Océan, lui donnèrent le nom de Phare du Salvador (Faro dpi Salvador). Ces éruptions, caractérisées par des projections de matières incandescentes, de lapilli, de cendres, de flammes et de fumées noires ou l>leu;Ures, par un bruit souterrain presque |>erpétue| et des détonations épouvantables se produisant à intervalles réguliers, continuèrent à prendre un développement de plus en plus considérable jusqu'en i85G, qui fut, parait-il, une période paroxysmale. A partir de ce moment, l'intensité des éruptions sembla diminuer peu à peu, el , vers la fin de 1 805, le volcan parut entrer dans une période de repos relatif, <|ui ne devait pourtant pas durer bien longtemps. Le calme se prolongeait déjà depuis cinq ou si\ mois lorsque nous arrivâmes à Sonsonate, mais les bruits souterrains se produisaient «le nouveau, la colonne de fumée qui s'élevait à la cime du volcan prenait une teinte de plus en plus sombre en augmentant de volume, et nous pûmes acquérir la conviction que, si nous voulions mener à bonne lin une entreprise où avaient éeboué jusqu'alors tous ceux oui l'avaient Ipntée, nous n'avions pas un moment à perdre. En effet, durant les quelques jours qui précédèrent notre ascension, les manifestations des phénomènes éruptils devinrent de (dus en [dus inquiétantes, et une semaine tout au plus après que nous eûmes réussi, les premiers, à atteindre la rime du volcan, une semblable tentative n'aurait déjà plus été possible. Depuis ce moment, le volcan dlzatro est redevenu ce qu'il était auparavant, et, si nous sommes les seuls, jusqu'à présent, qui ayons pu l'étudier de près, on peut se demander quand viendra le moment où d'autres explorateurs pourront entreprendre de nouvelles ascensions, et nous dire quelles sont les modifications qu'ont amenées les éruptions successives dans la forme du cratère et dans la nature des émanations gazeuses.
.Nous partîmes seuls de Sonsonate, le 'i 8 avril i 8Gf> au malin , c'mportanl le petit bagage qui nous était indispensable pour nos recherches seienliliques, considérant avec une certaine inquiétude les masses de fumée grisâtre qui couronnaient la
cime du volcan et n'avaient cessé d'augmenter d'intensité, presque de ni ut en
moment, el craignant «pie l'étal éruptif du volcan ne fût «léjà assez violent pour rendre impossible un séjour à son sommet. Arrivés au village d'izalco. nous y trouvâmes aisément un guide qui s'engagea à nous conduire jusqu'à la Madré del volcan, mais pas plus loin, et, malgré les s«)urires d'incrédulité avec lesquels tout le
«•lie limln i|ur l'aiiln
monde nous assurait que nous ne pourrions pas réussir dans notre tentative, nous nous mimes en route.
A peine au sortir d'Izalco, on aborde une plaine doucement inclinée, recouverte umod* n**» de sables volcaniques plus ou moins décomposés, sous lesquels apparaît fréquemment une lave basaltique noire, assez compacte, faisant évidemment partie de la grande coulée que l'on peut suivre jusqu'à El Bevedero, à la kilomètres dans l'est d'Izaleo, et qui, vers le sud, passe sous le village même dTzalco pour se retrouver encore à environ 5oo mètres plus loin que les dernières maisons. Le sol est recouvert d'épaisses forêts qui trouvent une nourriture abondante au milieu des déjections volcaniques décomposées dont est formée la couche supérieur»du terrain, devenue presque de la terre végétale; en examinant les arbres gigantesques qui y abondent, on ne peut douter, malgré la croissance exceptionnellement rapide des végétaux dans ces régions tropicales, que celte forêt ne soit vieille au moins d'une centaine d'années, si ce n'est plus. Il y a là, d'ailleurs, un problème qui ne nous semble pas encore résolu d'une manière satisfaisante, et qui ne peut l'être que par des observations minutieuses sur le terrain; en effet, lorsqu'en arrivant un peu plus haut on peut, d'un point découvert, embrasser d'un coup d'œil l'ensemble de la plaine qui s'étend au pied du volcan, on constate immédiatement qu'au voisinage du cône il existe une coulée de lave Irès-différente de celle sur laquelle on se trouve. Tout autour du volcan, on aperçoit une zonenoire, large d'un kilomètre environ, qui se prolonge vers le sud sous la forme d'une bande longue de 3 ou II kilomètres, et constitue une sorte d'espace vide et doucement incliné, à une des extrémités duquel se dresse le cène, dont les pentes énergiquemelit accusées plongent ainsi beaucoup plus profondément du côté du sud que de celui du nord. Cette coulée de lave est accidentée d'ondulations brusques semblables à des vagues congelées, hérissée de pointes aiguës, colorée de tons uniformément sombres où le noir franc domine de beaucoup; elle ne produit pas un seul végétal, et l'on n'aperçoit à sa surface ni buissons, ni touffes d'herbes; tout y est nu, aride, désolé, noir. Cette tache sombre et inanimée tranche si vivement au milieu d<-s vertes forets dont sont recouvertes les localités voisines, que l'on peut lever le plan de son contour presque aussi facilement que si l'on copiait un dessin.
38â VOYAGE GÉOLOGIQUE
11 y a donc une différence considérable entre les deux coulées de lave, dont l une est recouverte d'une puissante végétation, tandis que l'autre est restée aussi nue que si elle s'était solidifiée hier. Cette différence tient-elle à une composition niinéralogicpie variable, la lave étant l>eaucoup plus susceptible dans un cas que dans l'autre d'être altérée par les agents atmosphériques? Tient-elle seulement à des époques d'apparition très-écartées, l'une des coulées étant beaucoup plus récente que l'autre? Et encore, quelle est celle des deux coulées de lave qui doit être considéré' comme se rapportant aux phénomènes dont a été accompagnée l'apparition du volcan d'Izalco? Si l'on admet, comme nous sommes d'ailleurs portés à le faire, que c'est la coulée de lave la plus restreinte et la moins boisée, il faudra bien admettre aussi qu'il y a eu dans cet endroit des phénomènes volcaniques antérieurs accompagnés d'émissions de laves; à moins que, pour trancher la difliculté, on ne veuille appeler basaltes les roches qui composent la coulée recouverte de forêts, et laisser dans le vague la question de l'origine de ces basaltes.
Quoi qu'il en soit, après avoir marché pendant trois heures environ dans les bois qui croissent sur ce sol volcanique, et après s'être élevé progressivement sur une plaine ondulée, inclinée tout au plus de h à 5° en moyenne, on quitte la coulée «le lave, pour aborder le massif de la Madré «1**1 volcan. Ikdraddwfan. Franchissant un petit col, on nasse sur le versant nord de ces montagnes, de imbitiq,*» manière à les contourner et à atteindre plus aisément leur sommet que si on les *°U j.u'n« " abordait directement par leur flanc sud, dont la pente est Irès-forte. Quoique le sol soit «'il grande partie n'Couverl d'argiles jaunes ou de sables volcaniipies de trituration projetés par les éruptions «lu volcan d'Izalco. on peut apercevoir la roche sons-jacente en quehiues points et se convaincre que c'est un porphyre trachytùpie analogue à celui qui forme toutes les sommités de l'axe montagneux «lu Salva«lor. Entre deux des points culminants «le la Madré del volcan, il existe un petit plateau élevé de l,85o mètres au-dessus du niveau de la mer, et sur lequel une pauvre famille indienne cultive quelques champs de maïs. Ces braves gens, obligés de fuir aussit«\l que leur redoutable voisin manifeste son activité «l'une manière un peu énergique, habitent une misérable cabane de bambous, dans laquelle ils nous offrirent pour la nuit une cordiale hospitalité. Le plateau est presque exactement
et de wL'Iim
IHNS LES RÉPUBLIQUES DE Cl \TEM\L\ ET DE SUVADOR. 385 au même niveau que le cratère du volcan el il n'est pas sans intérêt de l'examiner ainsi à une distance qui n'atteint certaineinenl pas 1,000 mètres dans l'horizontale. La crête de gauche est encore plus élevée de a 00 mètres environ, et c'est de là (pie M. Stephens put contempler le volcan dans une excursion dont nous avons reproduit plus haut le récit.
Le -2 9, au point du jour, nous nous mimes en roule pour aller tenter l'ascen- 0»,^,^. sion du volcan lui-même, et, quoique nous lussions précisément à la hauteur du h Mlnn point que nous voulions atteindre, il nous fallut commencer par descendre sur le flanc sud de la Madré del volcan, par des pentes extrêmement ahruptes et couvertes d'une épaisse végétation , dans laquelle nous nous égarâmes plus d'une fois. On arrive ainsi sur un petit espace libre qui s'étend «'litre les montagnes et le pied du volcan, et l'on ne peut manquer d'être frappé du singulier contraste existant entre ces deux sommités : l'une est accidentée, couverte de forêts, agréablement nuancée de vert, l'autre, constituant un cône parlait . est aussi étrangement uniforme dans la nature de sa surface lisse et unie que dans sa couleur sombre à peine animée par quelques taches d'alun blancliAtre tranchant sur la nuance brune et rougeàtre des scories qui la composent. L'espace libre lui-même n'est pas moins remarquable que tout ce qui l'entoure, car il est recouvert d'une puissante couche de lave noire, formant ceinture autour de la base du volcan. Celle coulée de lave n'a guère plus de 5oo à Goo mètres de largeur au point où elle s'étend entre le pied du cène et la Madré del volcan; mais elle augmente un peu dans les deux directions où elle semble se déverser, et atteint plus d'un kilomètre dans la région du sud.
A première vue, il semblerait (pie l'on ait affaire à une coulée de lave, émise par un orifice latéral situé sur le flanc du cône, du coté du nord, mais actuellement masqué par des dépots ciuériformcs sus-jacents; et que celte coulée, projetant deux branches dans des directions exactement opposées, vers l'est et vers l'ouest, se soit conduite de manière à contourner la base du volcan dans les deux sens, puis à se réunir de nouveau en un courant unique pour l'entourer ainsi d'une ceinture continue, indéfiniment prolongée vers le sud après avoir dépassé l'espèce d'île que formerait le cône au milieu d'elle. Mais, si l'on se reporte à la manière dont les choses se sont passées lors de l'origine du volcan d'Izalco, on voit que
Nojag' (r.'oiogi*jii*-- *9
ik Mil' i-mil.»
38<> YOYVGE GÉOLOGIQUE
ce n'est là qu'uni" simple illusion d'optique, et que la lave, épanchée avant que le cône de cendres eût pris naissance, a formé une seule nappe continue, du nord au sud et de l'ouest jusqu'à l'est, nappe sur laquelle le volcan actuel s'est formé après coup, de manière à dissimuler une partie de la coulé*' el à lui donner l'apparence trompeuse d'un courant séparé eu deux branches qui enveloppent une sorte d'Ile.
Uhi« La pente générale de la coulée de lave est assez considérable dans la première
!»• relit' rouleO
partie de son cour», quoiqu'elle tende à s'adoucir vers le sud; mais, au point où nous l'examinons, c'est-à-dire à l'extrême nord, on peut la considérer comme étant tout à fait horizontale. Il semble que, lors de son émission, la lave ail aussi cherché à s'épancher vers le nord, insu» qu'arrêtée par les contre-forts de la Madré del volcan qui lui opposaient une barrière infranchissable, elle ail en quelque sorte reflué sur elle-même, de manière à former une espèce de lac ou de bassin qui a comblé toutes les inégalités du sol, jusqu'au moment où, le niveau devenant trop élevé, l'écoulement n'a plus pu se produire que vers le sud. L'espace horizontal occupé par le champ de lave peut être comparé à un rectangle irregulier, long d'un kilomètre environ et large de Goo mètres, se raccordant, à ses deux extrémités, aux autres parties de la coulée, qui se dirigent vers le sud en ayant l'air de contourner la base du volcan. Quoique le champ de lave soit horizontal dans son ensemble, il présente, lorsqu'on l'examine de près, une surface extrêmement accidentée; ce ne sont que lissures larges et profondes, cavités presque aussi vastes que de véritables cavernes, ondulations brusques et irrégulières, pointes saillantes ipii s'élèvent dans tous les sens, blocs anguleux entassés dans le chaos le plus pittoresque, et l'on peut dire, sans aucune exagération, que la traversée de ce petit espace est rendue excessivement pénible par les nombreux obstacles dont il est hérissé-.
La lave, s'étanl refroidie sous une épaisseur probablement très-considérable.
én In U»>»
dans un endroit où elle était, sinon tout à fait immobile, du moins animée d'un mouvement très-lent, n'a dû perdre que peu à peu sa haute température, et ne présente pas, en effet, les caractères extérieurs des courants qui se sont écoulés avec une certaine rapidité-. La surface seule est scoriliée jusqu'à une très-faible profondeur, et ce ne sont même, en général, que les parties très-saillantes, très-
anguleuses ou très- accidentée», qui présentent les conlournements violents, la texture raboteuse et l'apparence huileuse caractéristiques des couches supérieures d'une coulée de lave ordinaire. Le reste constitue un massif de roche compacte et même parfois presque vitreuse, craquelé dans tous les sens, divisé en gros hlocs prismatiques par des fissures plus ou moins larges, et percé de grandes cavités spliéroïdales qui semblent dues à l'accumulation des vaj)eurs dégagées pendant le refroidissement. Cette roche, qu'elle soit compacte ou scorifiée, est d'un beau noir de jais, qui donne à toute la coulée une apparence caractéristique; lorsqu'elle tend à prendre la texture vitreuse, sa cassure devient conchoïdale et elle renferme des cristaux plus ou moins nets de substances diverses. Cette lave est essentiellement basaltique, car la pale noire, facilement fusible au cbalumeau, se compose presque uniquement d'une masse pyroxénique; on y distingue des cristaux assez nets et quelquefois même presque parfaits, longs de 9 à 3 millimètres, de feldspath blanc vitreux ou rbyacolithe ; on y remarque aussi, mais en proportion beaucoup moins considérable, des granules de péridot ferrugineux, bruns ou jaunâtres, à reflets irisés, souvent cristallins, el dont quelques-uns laissent voir des facettes hexagonales.
A mesure que l'on approche du pied du cône, la surface de la coulée de lave semble se seorilier davantage et en même temps elle prend une légère inclinai- *" ^^f"*' son, 9 ou 3 degrés en moyenne. Bientôt, celle inclinaison devient suffisante pour que l"™u|,^u" l'on puisse se considérer comme ayant atteint les premières pentes du cône, el la lave véritable disparait peu à peu sous un amoncellement confus de matériaux de toute espèce, dont les dimensions varient depuis le volume d'un métra cube jusqu'à la grosseur de la tète. Il faudrait presque une monographie spéciale pour décrire toutes les variétés de roches «confiées ou vitrifiées qui existent dans ce ebaos; il y a des blocs anguleux et déchiquetés, d'autres tout arrondis el dont la surface esl revêtue d'un enduit vitreux de surfusion; on y trouve des fragments volumineux de scories noires, des morceaux de porphyre tracliylique projetés par le volcan, et des blocs de lave basaltique arrachés aux parois de la fissure primordiale; nous y avons vu des masses noires, huileuses et grenues, renfermant des cristaux de rbyacolithe et de péridot, mais point d'aniphigène, quoiqu'elles ressemblent à s'y méprendre aux leucitopliyres du Vésuve, el des débris porphyro-
388 VOYAGE GEOLOGIQUE
Irarhytiqucs empâtant une proportion considérable d'amphibole en jolies baguettes noires de quelques millimètres de longueur, introduites peut-être postérieurement dans la roche. En un mot, il existe là une collection complète de tous les matériaux rejetés par le volcan, depuis les laves et les roches préexistantes qu'il entraîne du sein de la terre et des hords de la fissure à laquelle il doit son origine, jusqu'aux scories et aux lapilli qu'il produit en transformant ce* mêmes matière* snus l'influence combinée des vapeurs aqueuses ou acides et de la chaleur. Presque toutes ces pierres énormes ne sont pas arri\ées directement à la place quelles occupent ; mais, après avoir été vomies par le cratère pendant les éruptions paroxysmalcs, elles sont venues retomber sur les flancs du cône, où les pentes sont trop fortes pour pouvoir les retenir, et elles ont routé ensuite jusqu'en bas. Les plus grosses, entraînées par leur vitesse acquise, ont encore avancé dans le champ de lave horizontal jusqu'à des distances plus ou moins considérables, tandis que les autres, arrêtées à la base du cône, s y sont accumulées les unes audessus des autres et ont ainsi contribué à relier la surface de la coulée de lave aux pentes fortement inclinées du volcan, par un amoncellement de matériaux, formant en quelque sorte une zone intermédiaire.
(a* Le cône proprement dit se compose entièrement de scories en petits morceaux.
aadJuico. (.n(ass(;|1H j, |a S|u((, (.|,.,mi(< ,;,uplion et disposées en couches quaquaversatea très-fortement inclinées. Lorsque, du champ de lave, on voit se dresser devant soi. jusqu'à une hauteur de a 8 A mètres au-dessus du point où l'on se trouve, ce cône tellement régulier, qu'il semble avoir été construit de main d'homme, tellement lisse, qu'une montagne aussi unie parait avoir été faite au tour, tellement incliné, (pu l'on se demande si l'on pourra s'v tenir debout, ou reste saisi d'admiration, et l'on contemple avec une certaine émotion ces œuvres majestueuses où la nature a su réunir tant de grandeur et de grâce. La surface de la coulée de lave, au point où elle s'arrête brusquement au contact des premiers contre-forts de la Madré del volcan, est à i,.Vn mètres an-dessus du niveau de la mer; comme elle atteint jusque près du village d'Izalco (A 55 mètres), il faut, pour racheter en quelques lieues cette dénivellation de 1,000 mètres environ, (pie sa pente soit assez forte. Si donc le cône du volcan d'Izalco produit déjà un tel effet lorsqu'on l'aborde du côté du nord, où il ne dépasse que de *. 8 A mètres l'espace plan sur le-
quel il repose, que serait-ce si l'on en voulait tenter l'ascension par le fliinc sud qui doit se dresser à 35o ou hoo mètres au moins au-dessus des plaines environnantes! Les grosses pierres entassées au pied du cône ne s'élèvent guère sur ses flancs, et, pour les dépasser entièrement, il suffit de monter à une vingtaine de mètres au-dessus de la coulée de lave. On n'a plus alors devant soi qu'une surface courbe, composée de scories, de cendres et de sables, mêlés à quelques cailloux roulés arrêtés accidentellement dans leur course, et dont l'uniformité a quelque ebose d'étrange.
Au début, on trouve encore quelques grosses pierres sur lesquelles on peut imikuit.» appuyer le pied; mais bientôt les plus volumineuses ne dépassent pas les dimensions du poing, et, à mesure que l'on s'élève, les fragments se réduisent à des dimensions de plus en plus petites. La surface devient en même temps de plus en plus lisse et son inclinaison s'augmente considérablement; on se trouve bientôt sur des pentes de 3 7 degrés, qui, un peu plus haut, atteignent et dépassent même ho degrés! Rien ne saurait rendre l'impression pénible que l'on ressent, les fatigues inouïes que l'on éprouve, lorsqu'il s'agit de monter avec effort sur une surface si unie, que IVil cherche en vain un point où l'on pourrait se retenir si l'on faisait un faux pas, sur une pente telle, que l'on manque à chaque instant d'y perdre l'équilibre, au milieu de matériaux si meubles, que l'on y enfonce jusqu'à mi-jambe, et que chaque fois que, faisant un effort pour avancer d'un pas, ou cherche un point d'appui dans le sol, tout s'éboule, glisse, coule, s'enfuit autour de vous et vous entraîne bien au-dessous de l'endroit où l'on était arrivé après tant de peines et de tentatives infructueuses. Nous voyons encore, comme s'il était devant nous, un petit bloc de rocher, «lu volume d'un dixième de mètre cube environ, arrêté par le plus grand des hasards à mi-hauteur «lu cône à peu près, et faisant saillie au milieu des scories fines dont il était environné de toutes parts : il fut notre but pendant toute la première moitié de notre ascension et nous procura de bien vives jouissances en nous offrant pour un instant un point d'appui relativement solide, quoique branlant. Mais l'effort qu'il nous fallut faire pour continuer à monter suffit pour le déplacer, et il roula jusqu'en bas avec fracas. Nous le regrettons sincèrement pour ceux qui graviront par la suite le volcan d'Izalco et ne trouveront plus à mi-chemin ce précieux auxiliaire!
N al*irr Je» rocli"*- Quoique très-variables d'aspect, les scories oui probablement loulcs une nature ninpo^Me r*n? analogue; sauf quelques morceaux rougealres |>ro(luils par la surfusion des porphvres-lracliyliipies entraînés, et par cela mémo foldspalhiqucs, la majorité «luit élre pvroxénique, comme provenant <le laves basaltiques lelles que celles qui existent au pied du volcan. Nous n'avons pas vu de ponces, mais les scories sonl. en général, très-hullouses, légères et à texture raboteuse. Les nuances sonl extrêmement variables et passent du rouge au noir par Ions les intermédiaires des bruns; quelques échantillons noirs ressemblent d'une manière singulière à des morceaux de coke, dont ils possèdent même la cassure brillante et l'éclat métallique. Les sables volcaniques et les sables de trituration locale sonl aussi extrêmement abondants, mais leur proportion augmente à mesure que l'on s'approche du sommet du volcan ; le barreau aimanté ne nous y a pas indiqué la présence de l'oxyde de 1er magnétique. Dans la partie supérieure du cône, ou remarque de vastes plaques blanchâtres formées par des croûtes aluneuses et sulfureuses, d'un ou deux millimètres d'épaisseur, étendues à la surface des sables au voisinage des fumerolles. Ces espaces blancs ressemblent de loin à «le petits champs de neige et nous avaient fort intrigués la veille, lorsque nous examinions la montagne arrêtés aux flainlios M volant, où nous avions passé- la nuit. soomM Après deux heures d'efforts incessants, après avoir péniblement lutté, surtout
'" * lwlC" dans la seconde partie de l'ascension, contre les obstacles que nous opposaient les pentes inclinées de '10 degrés et composées de matériaux exlraonlinairement meubles, nous atteignîmes enlîn, à huit heures du malin, le point le plus élevé du volcan. \ ce moment, une bouffée de vent, rejetant de noir»! coté l'épaisse colonne de fumée qui s'échappait du cratère, nous restâmes quelque temps enveloppés dans une vapeur opaque qui nous empêchait de rien distinguer autour de nous, et dont la violente odeur sulfureuse et chlorhy drique nous prenait à la gorge d une manière extrêmement pénible. Le sol échauffé nous brûlait les pieds à travers nos boites, de sourds grondements se faisaient entendre dans les profondeurs du volcan, et, pendant quoique temps, nous restâmes à moitié asphyxiés, indécis, nous demandant si la prudence ne nous conseillait pas de renoncer à notre entreprise. Mais le nuage se dissipa bientôt, entraîné d'un autre côté par le courant d'air; nous nous aperçûmes en même temps que nous marchions au milieu d'une fumerolle
extrêmement chaude, dont il suffisait de nous éloigner do quelques pas pour que la température du sol fut supportable, quoique toujours très-élevée. Alors reprenant courage, nous coiiiineiiç;lmes, en avant soin de nous tenir autant que possible bors du vent des vapeurs, à nous livrer à un examen mélbodique du volcan, de son cratère et de ses fumerolles.
Le sommet du cône (voir pl. X, fig. a) ne doit pas différer beaucoup actuel- i>i-|«.iii««.«i.ii.. («ment de ce qu'il était en i84o, lorsque M. Stephens put l'examiner de loin. C'est encore un vaste espace ayaut la forme d'une ellipse irrégulière très-allongée, dans lequel s'ouvrent trois orifices ou cratères inégaux, qui présentent des degrés d'activité très-différent». Le grand axe de l'ellipse, coïncidant presque exactement avec la ligne des centres des trois cratères, est dirigé de l'est 3 à" nord à l'ouest 3ô" sud; la longueur en est de 1 Go mètres environ, celle de l'axe transversal ne dépassant pas yo mètres. Outre les trois cratères, on peut observer, au sommet du volcan, dans la direction du sud, un petit espace plan irrégnlier large de 3o mètres environ et long d'une quarantaine, dont le sol, légèrement ondulé, se Compose de sables assez lins, au milieu desquels apparaissent quelques pierres plus volumineuses. Cet espace plan, très- doucement incliné vers le sud, se trouve à t,8o5 mètres au-dessus du niveau de la mer et à 2 mètres plus bas que le bord du cratère voisin, auquel il se raccorde progressivement au sud-ouest par une petite éminonee conique. La ligne enveloppe des trois cratères, formant ce que l'on pourrait appeler le boni de la dépression générale existant au sommet du volcan, est parfaitement continue, quoiqu'un peu accidentée. Le point où nous avions ' atteint tout d'abord le sommet de la montagne se trouve à 1,807 mètres d'altitude, el c'est aussi la bailleur moyenne de la plus grande partie de l'enceinte générale. Mais elle est plus élevée en quelques endroits el présente notamment trois points culminants, correspondant plus ou moins exactement aux nœuds produits par le contact des bords propres de chaque cratère. Le premier, du coté du sud-est (C), ne dépasse que de f» mètres la bailleur moyenne de l'enceinte; le second (B), au nord, est plus haut d'une dizaine de mètres, et le troisième enfin (A), au nordouest, atteignant l'altitude de 1,820 mètres, constitue le sommet le plus élevé du volcan dïzalco. Excepté du côté du sud, où existe l'espace plan dont nous avons parlé, le bord de l'enceinte générale forme une véritable ligne mathématique, car.
les pentes changeant brusquement de sons, on ne trouve pas plus de quelques centimètres de terrain horizontal entre les flancs extérieurs très-inclinés et les parois abruptes de l'intérieur. Les matériaux qui composent le sol y sont aussi meubles que sur tout le reste du volcan; les sables, souvent extrêmement chauds, se déplacent sous le pied avec une excessive facilité, les croûtes aluneuses se fendillent et glissent en morceaux aussitôt que l'on y touche; les Assures, d'où s'échappent de tous cotés des fumerolles, s'éboulent dos que l'on en approche, et il faut marcher avec de très-grandes précautions sur ce terrain mouvant pour ne pas v courir des dangers réels. Les cratères étant en contact immédiat, la ligne qui les sépare forme une arête singulièrement aiguë, et il est très-difficile de prendre re chemin pour passer d'un coté à l'autre, ce que nous n'avons eu guère envie de recommencer, après avoir eu l'imprudence de le faire une fois. Quoique l'instabilité du sol soit presque générale, il y a pourtant quelques endroits où l'on aperçoit de la roche solide, et où l'on peut se reposer quelque temps sans craindre de voir tout se mettre brusquement eu mouvement. Les points culminants, en particulier, sont formés de blocs entassés, reposant sur un massif rocheux, souvent coupé à pic sur une hauteur de quelques mètres du côté de l'intérieur. Ces petites falaises se retrouvent même en quelques autres points îles parois intérieures des cratères, et soutiennent un peu les sables mouvants des environs, sur lesquels il serait tout à fait impossible de s'avancer sans celle circonstance.
,.«. iu.w». Les deux dépressions extrêmes sont relativement dans un étal d'activité peu
^'!m,1.,. intense, si on les compare à celle du milieu, qui est en ce moment le véritable cratère du volcan d'Izalco , le cratère par lequel ont été amenées au jour les déjections vomies pendant toutes les éruptions anciennes et récentes. Le cratère du nord-est est une cavité relativement peu considérable, dont l'enceinte, irrégulièrement circulaire, semble comme aplatie d'un coté. Son plus grand diamètre est de 20 mètres environ el sa profondeur d une douzaine. Los parois, assez régulières quoique fortement inclinées, se composent de scories et de sables mouvants, et se raccordent à un petit espace plan formant le fond. On y remarque quelques petites falaises solides, en particulier du côté du nord, où un mur rocheux de 'i à ."> mètres de hauteur donne naissance, outre ses fissures, à un assez grand nombre de fumerolles, qui le recouvrent d'une grande quantité de soufre en jo-
DANS LES REPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 393 lies aiguilles cristallines jaunes. Le cratère du sud-ouest, beaucoup plus vaste que le précédent, est aussi beaucoup plus irrégulier. Son bord, qui se confond progressivement avec la plaine du sud, dessine une courbe à peine circulaire d'un diamètre d une cinquantaine de mètres en moyenne. La profondeur étant de 5 ou f> mètres, les parois, presque partout verticales, viennent tomber sur un espace fortement ondulé qui constitue le fond; ces parois semblent avoir été profondément bouleversées, et l'on y voit un chaos indescriptible de rochers plus ou moins volumineux, de scories, de sables mouvants et même de masses argileuses, produites par les matières attaquées sous l'influence des vapeurs acides. Au milieu de ces argiles, on voit en quelques endroits de petits trous dans lesquels bouillonne une matière pâteuse d'un brun jaunâtre , contenant probablement une forte proportion de chlorures de soufre et de fer.
Le cratère principal, situé entre les deux autres, est assez régulièrement circulaire, et présente uu diamètre de 80 mètres environ. On ne saurait mieux le comparer qu'à un entonnoir, dont les parois, fortement inclinées à l'est, presque verticales à l'ouest, se composent, d'un coté, de sables mouvants recouverts d'alun et de soufre, de l'autre, de roches solides formant falaises à pic, mais seulement sur un quart de la circonférence à peu près. Cette dépression mesure à peu près 2 5 mètres de profondeur, mais elle ne constitue qu'une première partie du cratère, et, pour compléter la ressemblance avec un entonnoir, elle se termine, à sa partie inférieure, par une sorte de conduit souterrain qui s'enfonce verticalement dans le sol. On voit, en effet, au fond de cette excavation, un vaste trou noir et béant, déjeté un peu du côté de l'ouest, c'est-à-dire vers le pied de la falaise presque verticale qui descend du point culminant, et qui ressemble de tous points à l'embouchure d'un puits de mine creusé dans une puissante masse de roche solide et compacte. La section de cet orifice est presque exactement rectangulaire, l'un des côtés ayant 5 mètres de longueur et l'autre seulement U , tandis que ses parois, disposées à angle droit les unes sur les autres, paraissent tout à fait verticales, au moins jusqu'à une certaine profondeur. Il n'y a, pour ainsi dire, pas de dérangements ou d'accidents, et l'ensemble offre une telle apparence de régularité, que l'on se croirait volontiers en face d'un muraillement exécuté par un architecte amateur de la ligne droite, bien plutôt qu'auprès d'un des endroits où se
Cntin. natal.