‹ Mission scientifique au Mexique et dans l'Amerique CentraleChapitre 45 sur 89 · EU · texte numérisé non relu

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manifeste, sous sa forme la plus violente et la plus tourmentée, un de ces terribles phénomènes de la nature qui semblent n'avoir pour loi que le désordre et pour terme que la destruction.

Malgré notre désir d'examiner de près les lwrds de ce puits clTra>ant, uous dûmes nous contenter de le considérer du haut du point culminant, qui en est en somme extrêmement rapproché; car il ne fallait pas songer à s'aventurer sur les premières pentes de l'ontonnoir, formées uniquement de matériaux meubles, et où un faux pas aurait infailliblement amené la mort. Ce conduit souterrain doit traverser toute la masse du volcan et s'enfoncer jusqu'aux entrailles de la terre; il n'existe aucun moyen de se rendre compte de sa profondeur, car le rejjard se perd bien vite dans ses sombres abîmes, et, si l'on y jette une pierre, on ne constate point le moment où elle atteint le fond, comme cela aurait lieu dans un puits fermé. Nous avons plusieurs fois répété l'expérience en y précipitant des blocs de rocher assez volumineux; après un instant de silence plus ou moins prolongé, suivant que la pierre avait pénétré plus ou moins verticalement, on l'entendait frapper contre une des parois, puis rebondir contre l'autre, et ainsi de suite pendant fort longtemps, le bruit diminuant d'intensité jusqu'à devenir imperceptible-et linissant par se perdre, sans que jamais cela se soit terminé par un choc, comme si le projectile avait rencontré une paroi terminale où il se fût arrêté. Les murailles du puits sont évidemment formées de roches solides et continues, car elles semblent aussi lisses que si elles avaient été taillées au ciseau; mais on n'en peut reconnaître la nature, car elles sont recouvertes d'un enduit pulvérulent d'alun et de soufre, déposé par les puissants volumes de vapeurs qui s'en déjugent incessamment. Cette colonne do fumée oppose un obstacle assez sérieux à l'examen du cratère, et il nous a fallu une observation très-prolongée pour arriver à saisir les détails qu'on vient de lire, en prolitant des moments où le dégagement diminuait d'intensité, ou bien de ceux où une bouiïée de vent rejetait violemment les vapeurs du coté opposé à celui où nous étions. On entend continuellement dans l'intérieur de ce puits vertical un sourd grondement semblable à celui d'un gaz qui s'échappe à une forte pression, et, de fait, on peut voir que les vapeurs qui en sortent sont chassées avec une rapidité qui dénote une puissance d'impulsion considérable. Il se produit, en outre, de temps en temps.

d'assez violentes détonations semblables à un coup de tonnerre éloigné; ces détonations se répètent à intervalles égaux d'environ un quart d'beure, et l'instant d'après on voit la colonne de fumée s'éebapper avec plus de force et en plus grande abondance. On entend aussi des détonations, beaucoup moins fortes, il est vrai, mais accompagnées d'un tremblement du sol assez violent, qui se répète de cinq en cinq minutes à peu près, sur le bord extérieur du cratère latéral qui existe au nordest, à côté d'une fumerolle extrêmement ebaude (n° h), dont nous aurons à parler ci-après. Ces grondements souterrains et ces tremblements du sol auraient sufli pour nous prouver que le volcan ne devait pas tarder à reprendre son état d'éruption violente, si l'abondance et la température des fumerolles n'eussent été un indice encore plus convaincant.

Les fumerolles sont en quantité innombrable, presque toujours très-cbaiides et très-abondantes, et apparaissent un peu de tous les côtés, sans qu'il soit possible de saisir une loi bien apparente dans leur répartition. Il faut naturellement placer en première ligne, parmi les fumerolles, le puits vertical du cratère central qui émet constamment d'énormes volumes de vapeur. La quantité de gaz qui i,. paiwrik.1 s'en échappe est extrêmement considérable, car elle forme presque à elle seule * tm,nl la colonne de fumée couronnant la cime du volcan, et elle s'élève dans l'atmosphère avec une pression violente sous la forme d'épis nuages gris ou blanchâtres. Le volume, la pression et l'aspect général de ces vapeurs sont un peu variables suivant les moments, et suivent une marche qui est en rapport avec l'intensité des grondements souterrains; dans l'instant qui suit les détonations, la colonne de fumée est plus abondante, plus rapide, et elle commence par être d'un gris assez foncé pour se transformer progressivement en une vapeur blanchâtre, puis en un gaz presque incolore. De sa température et de sa composition nous ne pouvons rien dire, puisqu'il nous a été absolument impossible d'arriver jusqu'au bord du puits; mais nous avons pu constater, pendant un moment où nous avons été surpris sur le point culminant par un changement brusque dans la direction du vent, que nous étions enveloppés dans un épais nuage fort chaud, composé surtout «le vapeur d'eau et contenant une proportion d'acide sulfureux et «l'acide chlorhydrique, assez considérable pour que le séjour dans cet endroit fût devenu extrêmement pénible et eût même pu être dangereux, si les choses étaient

restées quelques minutes «le plus dans le même étal. Le cratère central est incontestablement l'évent principal du volcan d'Izalco , et donne peut-être plus de gaz à lui seul que la réunion de toutes les autres fumerolles, qui sont pourtant d'une abondance caractéristique, riwnilii Les fumerolles se trouvent, soit dans l'intérieur des cratères, soit à l'extérieur tomièim I* l<Wg (,e leurs bords, soit enfin sur les lianes du cène suivant des fentes longitudinales formées dans la direction" des génératrices. Nous ne voulons pas essayer de les énumérer, car leur nombre est effrayant et nous ne pouvons pas même être certain de les avoir toutes aperçues, ayant été souvent entourés d'un nuage de vapeur si épais, que l'on ne voyait plus rien du tout. Voici en quelques mots comment sont répartis les groupes principaux, et, pour simplifier la description, nous supposerons qu'arrivés sur le volcan par le Imrd du nord-est uous regardons devant nous du côté du sud-ouest; nous 3111*0118 alors a notre gauclie le quart île circonférence du sud-est et à notre droite celui du nord-ouesl.

Dans l'intérieur du premier cratère, il y a quelques fumerolles sur les parois de gauche au milieu des scories et <les sables mouvants; mais les plus importantes se trouvent à droite, sortant des fissures de la petite falaise rocheuse verticale et surtout d'une pelite caverne qui existe au-dessous de ce massif. En ce dernier point (n° 6), nous avons constaté une température de no degrés et observé un abondant dépôt de soufre en aiguilles cristallines tapissant les murailles de la cavité.

Le cratère central est littéralement rempli de fumerolles dans toutes les directions, sauf peut-être dans la paroi verticale de droite, au-dessous du point culminant (A); elles s'échappent d'une énorme quantité de fissures et de trous, qui existent de tous cotés dans les masses de sables et de scories accumulées avec une inclinaison le plus souvent très-considérable; le sol est fendillé et perforé de manière à rendre le séjour à peu près impossible en ecl endroit. Quoiqu'il ne soit pas prudent de s'aventurer sur un terrain aussi dangereux, nous avons réussi à nous approcher de quelques-unes de ces fumerolles et à en prendre la température. Les premières son» à droite fn" h ), au pied d'un petit escarpement vertical, haut d'un mètre environ, qui sépare le bord du cratère et les premières pentes de l'entonnoir; leur température est de y(i à 07 degrés. Les autres fonl partie d'un

groupe important (n" 3) qui s'échappe en beaucoup de points de l'arête aiguë existant entre le second et le troisième cratère; elles présentent aussi une température qui varie entre 96, 96, 5o et 97 degrés.

Dans le troisième cratère, il y a aussi une quantité innombrable de fumerolles; réparties un peu dans tous les sens, quoiqu'un peu plus abondantes vers le sud; 00 les voit sortir des amas de scories, des argiles ou des interstices existant entre les blocs de rochers dont l'entassement désordonné constitue les parois. C'est là que, dans les argiles, on voit bouillonner dans des trous de petits amas de matières visqueuses jaunâtres dont nous avons déjà parlé. L'accès de l'intérieur de ce cratère est extrêmement difficile à cause du peu de stabilité des rochers amoncelés et de la nature des argiles délayées dans lesquelles OU enfonce profondément. Aussi n'avons-nous pu nous approcher que d'une seule fumerolle (n° i3), située au fond du cratère à gauche, et dont la température est de 273 degrés. H est probable que les autres fumerolles sont aussi à une température élevée, car le sol est partout très-chaud, presque brûlant parfois.

Rxtérieu renient aux cratères, le long de leurs bords, on trouve encore un FmmIIw

des howl*

grand nombre de fumerolles, mais seulement du côté gauche, car à droite on n'en aperçoit pas une seule. Au point extrême du nord-est, c'est-à-dire à l'endroit même où nous avons abordé le sommet du volcan, le sol est exlraordinairement échauffé par la présence de quelques fumerolles qui s'échappent de plusieurs perforations irrégulièrement distribuées; elles présentent ce caractère singulier d'être absolument invisibles, et de ne se manifester que par ce trcmblottcment de l'atmosphère produit par l'élévation de l'air chaud. C'est là, d'ailleurs, que l'on entend des grondements souterrains et que la terre tremble de temps en temps. Au point où le dégagement est le plus violent (et lorsqu'on l'examine de près on peut aisément en suivre toutes les phases, quoiqu'il paraisse invisible lorsqu'on n'est pas averti dosa présence) le sol est comme gonflé, sous la forme d'un petit mamelon conique composé de cailloux entassés, bous l'effort des gaz qui tendent à s'échapper. La température y est extrêmement élevée, et nous avons à nous féliciter de n'avoir commencé à expérimenter sur cette fumerolle qu'après que nous avions déjà visité et étudié presque tous les points principaux du volcan. A peine, en effet, en avions-nous approché un grand thermomètre, pouvant

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mouler à 3Go degrés, que le mercure entrant immédiatement en éhullition tumultueuse, l'instrument vola en éclats. De petits morceaux de papier ou de bois que l'on y jette sont carbonisés en peu d'instants, et nous regrettons vivement de n'avoir pas eu avec nous de lames métalliques pour pouvoir évaluer celte température, qui doit certainement dépasser de beaucoup fioo degrés.

Kntre le premier et le second cratère, tout autour du point culminant (B) situé à {fauche, on voit un grand nombre de fumerolles, formant un groupe qui, se perdant un peu au milieu des vastes croûtes alunifères existant dans cet endroit, semble se raccorder par en bas aux fissures régnant sur les flancs du cône. Ce groupe se prolonge sur les bords du cratère à droite, et nous y avons observé (n" 1 ) une température de 101 degrés. On peut considérer la plaine du sud-est connue faisant partie du bord, dont elle n'est, jusqu'à un certain point, qu'un élargissement. bes fumerolles qu'on v olwerve sont extrêmement nombreuses, et se relient aussi bien aux fissures des flancs du cône qu'aux déjfagements du troisième cratère, car elles jaillissent de toutes parts du sol fortement échauffé. Le plus grand nombre s'échappe des perforations qui existent dans le sol composé de sables et de scories, mais les plus volumineuses arrivent au jour entre les interslices des rochers dont est formé le mamelon irrégulier existant à droite. Au pied de ce monticule, nous avons trouvé à plusieurs fumerolles importantes (n° i) une température de 1 85 degrés.

K«MMfci Sur les flancs du cône, les fumerolles sont très-régulièrement réparties sur les .^in.M" Assurés existant suivant les génératrices, du moins dans la demi-circonférence du sud. Dans la demi-circonférence du nord, il n'existe qu'une seule fumerolle, située presque exactement au nord, et au M/f) à peu près de la hauteur du volcan. Klle est extrêmement importante, et donne un volume de vapeur considérable; malheureusement nous n'avons pu prendre sa température, qui doit être assez élevée, parce que noire (jrand thermomètre ayant été brisé, comme nous l'avons exposé plus haut, nos autres instruments n'étaient plus suffisants pour cette opération.

A gauche du premier cratère, on voit une fissure assez importante, dirigée presque exactement à l'est, et descendant jusqu'à une soixantaine de mètres audessous du sommet du volcan. Toute sa partie supérieure traverse un vaste espace recouvert de croûtes d'alun blanchâtre, nuancé de jaune, de vert et «le gris, ce qui

DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALUDOR. S99 semble prouver que ces fumerolles ont eu autrefois une activité plus considérable que celle quelles présentent aujourd'hui. Il n'y a pas, en effet, sur ce point, de dégagement de gaz très-volumineux.

Les deux fentes les plus remarquables, très-voisines rime de l'autre, sont dirigées au sud-est, et parlent, l'une du bord du cratère central à gauche, l'autre de l'espace plan. Toutes deux sont tracées au milieu des scories Unes et des sables qui forment le cône et descendent jusqu'à une centaine de mètres au moins audessous du sommet du volcan. Elles sont jalonnées par une quantité si considérable de fumerolles, que l'on pourrait presque les considérer comme un orilice de dégagement linéaire continu, s'il n'y avait pas des différences importantes de composition et de tempérai un' entre les différents points. Les bords des fissures sont abondamment garnis de croûtes aluneuses variées et de dépôts de soufre , qui présentent, dans certains cas, une coloration d'un muge vermillon très-remarquable. Cette couleur rouge, combinée avec la nuance bleue de certaines fumerolles et avec leur odeur particulière, nous avait fait supposer que ce soufre pourrait bien contenir une certaine proportion de sulfure d'arsenic; malheureusement, les échantillons que nous avions recueillis pour les soumettre à l'analvse ne sont pas parvenus en France, et nous ne pouvons (pue présenter une hypothèse sur un fait qui aurait pu être très- intéressant, si nos suppositions avaient été vérifiées par l'expérience. L'intensité des dégagements de gaz n'est pas la même sur toute la longueur des fentes, car on peut distinguer des fumerolles trèsabondantes, irrégulièrement espacées, reliées par des séries de petites émanations moins saillantes. La fissure qui prend naissance à l'espace plan, en particulier, se termine brusquement, à i ao ou 1 3o mètres au-dessous du sommet du volcan, par une fumerolle d'un volume énorme, sortant de dessous un |>elil massif rocheux. Pour étudier ces fumerolles, nous sommes descendus le long de l'une des fentes et remontés en suivant l'autre, au milieu d'un sol brûlant , de scories, de soufre, d'alun, et fortement incommodés presque tout le temps par l' intensité et l'acidité des dégagements de gaz. Sur la première fissure, nous avons observé les températures suivantes , en des points situés respectivement à environ 1 5 , 5o et 7 5 mètres au-dessous du sommet; au premier (n° 7) i65 degrés; puis (n° 8) 208 degrés et enfin (n° 9) 985 degrés. Sur la seconde fissure, en des points à peu près

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correspondants, nous avons trouvé des températures de i44 degrés (n° 10), i8() degrés (n° 11) et enfin 3o5 degrés (n° ta); mais nos forces ne nous ont pas permis d'arriver jusqu'à la grande fumerolle terminale.

Outre les fissures dont nous venons de parler, il en existe encore deux autres, qui ne sont pas tout à fait aussi importantes, quoiqu'elles soient fort remarquables. Nous avons dû renoncer il les examiner de prés, tant nous étions épuisés par les efforts qu'il nous avait fallu faire pour descendre et remonter sur un terrain mouvant en examinant les précédentes, tant nous commencions a souffrir d'avoir respiré pendant plus de deux heures un air abondamment chargé de gaz méphitiques. Ces fissures présentent toutes deux des fumerolles importantes cl s'étendent aussi jusqu'à 1 oo mètres environ au-dessous du sommet du cône. La première part de l'espace plan et descend dans la direction du sud 30 degrés est; la seconde, dirigée à peu près au sud-ouest, prend naissance sur le bord du troisième cratère et semble prolonger la ligne des centres, dont la continuation dans le sens opposé rencontre aussi la fumerolle extrêmement chaude ( n" 5) dont nous atons parlé plus haut.

En résumant toutes les observations que nous avons faites sur les températures, nous pourrons entrevoir vaguement une loi de répartition, qui souffre néanmoins certaines exceptions. D'abord nous verrons que, dans les cratères et sur leurs bords, la température n'est , en général , pas très-élevée , puisqu'elle oscille entre 96 et 1 85 degrés. Il nous faut naturellement mettre à part la fumerolle du fond du troisième cratère (n° 1 3 ... 273 degrés) et celle du bord du premier (n* 5 . . . X + koo degrés) qui sont extrêmement chaudes. Nous ne serions même pas étonnés d'apprendre (pie les phénomèmes éruptifs qui se sont produits au volcan d'Izalco après notre ascension se soient passés au voisinage de la fumerolle n° 5 , ce qui expliquerait en partie un écart aussi considérable.

On se rend beaucoup plus nettement comptede l'accroissement de température qui se manifeste à mesure que l'on descend sur les flancs du cône. On y constate, en effet, sur chaque fissure, une augmentation graduelle bien caractérisée, mais sans (pie l'on puisse établir une loi de proportionnalité qui serait peut-être fournie par un nombre plus considérable d'observations. Ainsi, en mettant en regard les températures prises sur les deux fissures dont il a été question plus haut, et en

commençant par les points les plus élevas, on obtient les chiffres suivants, qui nous semblent prouver que, la température étant minimum sur les bords des cratères, elle tend à augmenter à mesure que l'on s'en éloigne :

Première fissure 0*7 ... i65" u° 8 ... 908' 11*9 ... s85".

Seconde lï**ure n*io ... iS4* iT 11 ... 189* ti'u ... 3o5\

Au point de vue de la composition des dégagements de gaz, nous aurons à lum^n™, faire quelques observations qui nous amèneront à une conclusion assez nette; mais, pour cela, nous devons encore mettre à part la fumerolle n°5, qui présente une nature tout à fait spéciale. Comme nous lavons dit, elle est absolument incolore et ressemble à un véritable courant d'air chaud qui s'élèverait en trembloltant dans l'atmosphère; mais il s'en faut de beaucoup qu'il en soit réellement ainsi, car elle a une composition très-remarquable et assez complexe, autant que nous avons pu en juger dans les conditions où nous étions. L'extrême élévation de la température ne doit pas permettre qu'elle contienne de vapeur d'eau, et il est certain, dans tous les cas, qu'on n'aperçoit autour d'elle aucune trace de condensation et qu'on n'y ressent aucune humidité; ce serait donc une fumerolle absolument sèche. Nous y avons constaté la présence d'un peu d'acide sulfureux et d'acide carbonique , mais aucune trace d'acide fluorhydrique. L'élément principal qui entre dans sa composition est l'acide chlorhydrique, dont elle doit être formée au moins pour les 9/10, au point que l'on pourrait presque la considérer comme un courant d'acide chlorhydrique gazeux à peu près pur, porté à une température excessive. Cet acide chlorhydrique exerce une action très-notable sur les fragments de roche entre lesquels il circule avant de s'échapper. Les cailloux porphyrotrachytiques en particulier, baignés ainsi dans une atmosphère chaude et' acide, sont attaqués avec une grande rapidité, grâce à leur composition feldspathique. Ils deviennent verdâtres ou jaunes, se transforment en chlorures déliquescents qui couvrent la roche d'un enduit visqueux, s'imprègnent d'acide chlorhydrique interposé entre leurs pores, et ne tardent pas à être complètement détruits. L'atmosphère est irrespirable aux environs de la fumerolle, et, si l'on en approche de trop près, on ne tarde pas à ressentir des accès de toux et de suffocation. Lu flacon d'ammoniaque débouché à une assez grande distance répand immé-

iliatemenl des fumées de chlorhydrate d'ammoniaque excessivement abondantes; si l'on pose le houchon sur le col du flacon, sans renfoncer, la réaction se continue, et le houchon est soulevé avec force pour laisser passade au nuage blanchâtre qui se répand à l'extérieur.

Toutes les autres fumerolles ohéissent plus ou moins complètement à une loi qui est en rapport direct avec celle des températures, si toutefois elle n'en est pas l'origine même. On constate, en effet, que la proportion de vapeur d'eau est essentiellement variahle dans les fumerolles du volcan d'Izalc.o, et qu'il y en a plus ou moins, suivant que la température est relativement hasse ou élevée. La vapeur d'eau pourrait donc être considérée comme un agent refroidissant; mais il resterait encore à expliquer pourquoi la vapeur d'eau se trouve de préférence dans les régions supérieures du volcan. Quoi qu'il en soit, la différence île composition des fumerolles de l'Izalro est assez aisément révélée à première vue par la différence d'aspect, car on peut étahlir deux grandes classes contenant les fumerolles sèches et les fumerolles aqueuses; les premières étant légères, transparentes, colorées d'un joli bleu vif, tandis que les secondes sont lourdes, opaques et complètement blanches.

Les fumerolles bleues ne renferment que très-peu ou point de vapeur d'eau; elles se composent, en majeure partie, d'un mélange d'acide chlorhydrique et d'acide sulfureux, auquel il faut ajouter une petite quantité d'hydrogène sulfuré, d'acide carbonique, d'azote, et peut-être un peu d'hydrogène arsénié. La présence de l'arsenic semble indiquée par des dépots d'un beau rouge de vermillon, accumulés près de quelques-unes de ces fumerolles; mais, quoique ce ne soit pas un fait nouveau dans l'histoire des phénomènes volcaniques, l'arsenic ayant déjà été rencontré dans la solfatare de Pouzzole par MM. Charles Sainte-Claire Deville et Kouqué, nous n'osons pas l'aflirmer péremptoirement, n'ayant pas pu. par suite d'un accident, l'aire l'analyse des échantillons que nous avions recueillis. La vapeur d'eau n'est certainement pas tout à fait absente, mais, à une température aussi élevée ( 9.00 à 3oo degrés ) elle a une tension de plusieurs atmosphères et se dilate tellement, «pie sa proportion est en réalité; très-faible el que l'on n'aperçoit aucune trace de condensation lorsque les gaz se répandent dans l'atmosphère. Il est de toute évidence que les proportions de ces éléments sont susceptibles de varier à l'infini, et qu'au point de vue de la coinposi-

lion il y a passage graduel du groupe des fumerolles bleues à celui des fumerolles blanches.

Les fumerolles blanches renferment un volume de vapeur d'eau Irès- variable, mais toujours considérable par rapport au volume total, dont elle constitue l'élément principal. Elles contiennent, en outre, une grande quantité d'acide sulfureux . de l'acide chlorhydrique en proportion variable, et enfin un peu d'hydrogène sulfuré, d'acide carbonique et d'azote. Il est à remarquer que la vapeur d'eau et celle d'acide chlorhydrique semblent se remplacer en quelque sorte, l'une augmentant à mesure que l'autre diminue. Ce que l'on pourrait dire sur la composition d'une des fumerolles aqueuses ne pourrait être considéré que comme un cas particulier, et non pas comme un type susceptible de rien faire préjuger sur la nature des émanations appartenant à la môme catégorie; car, les éléments restant presque toujours les mêmes, ils peuvent varier considérablement par rapport à leurs quantités relatives. La seule chose certaine, c'est que la température de ces fumerolles étant, en général, un peu supérieure à 100 degrés, c'est-à-dire très voisine du point d'ébullilion de l'eau, quoique en dessus, elles doivent contenir des proportions de vapeur d'eau énorme, au détriment des autres éléments. C'est à peine s'il doit rester quelques centièmes du volume total pour l'acide carbonique, l'acide sulfureux et l'acide chlorhydrique, qui semblent pourtant, à première vue, devoir être un des principes constituants les plus abondants du gaz.

Les fumerolles bleues se trouvent dans la partie inférieure des fissures existant suivant les génératrices du cône, à une cinquantaine de mètres au moins au-dessous du sommet du volcan, dans les points où la température, d'après nos observations, varie entre 200 et 3oo degrés à peu près. Les fumerolles blanches occupent toute la région élevée du volcan, la partie supérieure des fissures, les bords des cratères et l'intérieur de ces dépressions, c'est-à-dire tous les points où la température peut être considérée comme oscillant entre 96 et 1 85 degrés. Mais, encore une fois, cela ne peut pas être considéré comme tout à fait absolu, puisque l'on trouve dans l'intérieur du troisième cratère un dégagement aqueux à 278 degrés, et qu'il y a des fumerolles blanches dans des parties du cône relativement très-basses, comme on le voit à l'épanchement gazeux du nord (n°i4) et au bas de l'une des grandes tissures du sud-esl. Malgré ces exceptions, on peut dire, en thèse

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générale, que les fumerolles bleues existent en majorité dans les régions inférieures du volcan et les fumerolles blanches dans les parties supérieures; ce qui revient à dire, d'après la loi des températures, que les premières caractérisent les jM)ints où la température est très-élevée, et les secondes, ceux où elle Test moins. Or les fumerolles bleues sont en même temps des fumerolles sèches, tandis que les blanches contiennent une forte proportion de vapeur d'eau; donc, dans la majorité des cas, la présence de la vapeur d'eau est concomitante de l'abaissement de la température, et il ne serait pas impossible que ce fût précisément à la présence de ce corps «pie fût dù le refroidissement. Le nombre de nos observations n'est peut-être pas suffisant pour nous permettre d'exposer avec une certaine autorité une autre conclusion que nous avons cru entrevoir; mais il nous semble que l'acide sulfureux étant considéré comme un élément à peu près constant . presque toujours prédominant, la variation se porte surtout sur les proportions relatives d'acide chlorhydrique et de vapeur «l'eau, qui se remplacent réciproquement suivant les mouvements de la température. L'acide chlorhydrique serait alors l'élément calorifique, tandis que la vapeur d'eau serait l'agent refroidissant, et l'on arriverait à comprendre que, lorsque la température devient excessive, comme dans la fumerolle n° 5, l'acide chlorhydrique puisse finir par exister presque seul. Si ces considérations étaient justes, on pourrait admettre que les variations correspondant aux mouvements de l'intensité éruptive, dans le volcan d'Izalco, se traduisent de la manière suivante : l'augmentation de la température entraine en même temps celle de l'acide chlorhydrique, tandis que la vapeur d'eau diminue et que l'acide sulfureux reste à peu près constant; la diminution de la température amène une diminution correspondante dans la proportion d'acide chlorhydrique, tandis que la vapeur d'eau augmente et que l'acide sulfureux ne subit que de faibles variations.

R.uam<?. Mais, laissant les hy|>olhèses, revenons aux faits en eux-mêmes et résumons eu

quelques mots ce que nous avons observé relativement à la composition des dégagements gazeux du volcan d'Izalco.

Les fumerolles changent d'aspect suivant leur composition; elles peuvent être bleues et translucides, ou blanches et opaques, suivant qu'elles ont ou non la vapeur d'eau pour élément principal.

L'acide ehlorhydrique existe en très-grande abondance dans presque tous les dégagements, et devient ainsi le trait caractéristique de l'état éruptif du volcan d'Izalco. On le trouve presque pur dans une des fumerolles, et il existe dans toutes les autres, quelle que soit la quantité de vapeur d'eau qu'elles contiennent, mais sa proportion relative devient très-faible quand celle de la vapeur augmente beaucoup.

La vapeur d'eau, susceptible de disparaître quelquefois complètement, devient, dans d'autres cas, l'élément principal, et son augmentation coïncide, en général, avec une diminution de température. Son absence absolue, dans certaines circonstances, constitue un fait caractéristique et important.

L'acide sulfureux existe dans toutes les fumerolles, et sa proportion ne semble pas varier autant que celle de l'acide cblorliydrique. C'est lui, en somme, qui forme la base constante des émanations gazeuses, et les corps variables ne font que l'accompagner, tandis qu'il reste l'élément fondamental.

L'hydrogène sulfuré , l'acide carbonique et l'azote se retrouvent dans toutes les fumerolles, mais à l'état de corps accessoires qui n'y jouent qu'un rôle secondaire. Les lois de leur variation ne nous sont pas connues, mais il ne serait pas impossible que l'hydrogène sulfuré eût une certaine tendance à remplacer l'acide chlorhydrique lorsque la température s'abaisse. Peut-être y a-t-il même dans les fumerolles très-chaudes une certaine quantité de gaz arséniés dont nous soupçonnons la présence sans pouvoir la démontrer.

L'acide fluorhydrique n'existe dans aucune fumerolle.

L'acide borique ne se trouve pas dans les croûtes blanchâtres formées par l'action des fumerolles sur les matériaux voisins.

Somme toute, il résulte de ces considérations que le volcan d'Izalco est extrêmement intéressant, le plus intéressant peut-être de tous les volcans de l'Amérique centrale. Son origine récente] les puissantes coulées de lave produites pendant la première période de sa formation, la diversité des matières qu'il a éjaculées par la suite, la quantité de lapilli et de cendres qu'il a vomies, la forme admirable de son rêne, l'inclinaison excessive de ses pentes, tout contribue à le rendre extrêmement remarquable. Son état éruptif incessant attire sur lui l'attention, et, quoiqu'il fût dans une période de rejws relatif lorsque nous l'avons

visité, on a pu voir que la disposition de ses cratères, l'immense puits vertical qui termine l'un d'entre eux, les grondements souterrains, les détonations et les tremblements du sol qui s'v produiraient , la température très-élevée de ses fumerolles, leur nombre considérable, la eonq-ositioii des gaz qu'il émet, sont autant de faits dignes du plus haut intérêt.

Après avoir séjourné près de trois heures au sommet du volcan, il fallut nous décider à partir, autant à cause de l'heure qui s'avançait que du danger que nous aurions pu courir à respirer plus longtemps les gaz et les vapeurs au milieu desquels nous étions déjà demeurés peut-être pendant trop de temps. Nous n'avons rien à dire de notre retour, si ce n'est qu'au moment de redescendre, contemplant devant nous la surface lisse du cime, dont les pentes s'abaissaient avec une effrayante inclinaison, nous nous demandions presque comment nous avions pu arriver en haut. De Sousonale , où nous rentrâmes le lendemain matin , nous pûmes encore contempler pendant quelques jours la colonne de fumée qui augmentait d'heure en heure à la cime du volcan et semblait annoncer une prochaine éruption. Ku effet, quinze jours après, nous apprîmes (pie le volcan a\ait recommencé à vomir d'effrayantes quantités de cendres, qui avaient été portées jusqu'à Santa Anna, à douze lieues de là. Sur la roule de Sonsonate à Santa Anna, une forêt tout entière avait été dépouillée de ses feuilles par la chute des lapilli et des sables brillants. Depuis lors, l'éruption s'est continuée avec une grande intensité, et, lorsque, quelques mois après, nous eûmes occasion de passer en bateau à vapeur le long de la cote du Salvador, nous pûmes voir nous-mêmes dans le lointain le volcan d'Izalco couronné, pendant le jour, d'un énorme panache de fumée grisâtre, et, la nuit, d'une lueur rougeàlre qui attirait les regards.

your.w de sa.xta axxa. - laki .xk de ci atepbqi e

Les sommités sur lesquelles s'appuie le volcan d'Izalco, et auxquelles on donne le nom de Madré del Volcan, se relient à un massif montagneux assez important, qui atteint son point culminant aux environs d'Apaneca,à 1,700011 1,800 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les habitants de Sonsonate considèrent presque toutes les cimes de cette chaîne comme étant des volcans éteints, et leur donnent les noms de volcans de San Marceline-, de Santa Anna, de Naranjo, de Tama-

ja8t>, d'Aguila, de San Juan, de Launita, d'Apaneca, etc. Quoique

nous n'ayons pas pu parcourir celte région d'une manière complète, ni l'examiner dans tous ses détails, nous croyons pourtant pouvoir affirmer que cette assertion n'est, pas exacte, quant à la majorité des points dont il s'agit. Nous avons pu nous convaincre, par exemple, que toutes les collines qui existent au nord de la Madré del volcan participent de sa constitution géologique et sont comme elle des massifs porpliyro-trachvtiques recouverts en partie d'argiles jaunes et de sables volcaniques. De même, les montagnes d'Apaneca, dans un rayon assez étendu, se composent aussi, en profondeur, de porphyre trachytique, qui n'arrive au jour (m'en peu de points et disparait le plus souvent sous d'épaisses couches d'argiles jaunes. Mais il ne faut pas pousser trop loin l'esprit de réaction, et nous devons reconnaître que, s'il n'y a pas autant de volcans qu'on le dil généralement, la région qui entoure le volcan d'Izalco n'en présente pas moins des traces d'une action volcanique ancienne antérieure à l'apparition du cône actif actuel. Ainsi l'on voit très-bien, de Sonsonale et des points voisins, un cône très-régulier, qui se dresse à environ trente kilomètres dans l'est du volcan d'Izalco et atteint une hauteur de 3,000 mètres environ. Parmi les autres cimes, il en est quelques-unes encore qui doivent être considérées comme des volcans éteints, quoiqu'elles ne présentent pas une forme aussi caractéristique.

Le cône régulier dont nous venons de parler est peut-être celui qu'on appelle volmn de Naraujo, mais il n'est pas impossible qu'il doive être rapporté au massif connu sous le nom de volcan de Santa Amia, pour lequel la tradition locale se prononce avec beaucoup plus de netteté que pour les autres. On parle vaguement de ses éruptions, perdues un peu dans la nuit des temps, mais on mun qu'il existe, soit auprès de cette montagne, soit dans un cratère situé a son sommet, ce que nous n'avons pu élucider complètement, une lagune à peu près circulaire, à laquelle on donne le nom d'/lgwi Chtic/i, c'est-à-dire eau sûre. En effet l'eau de cette lagune n'est pas potable, et semble, dit-on, contenir une forte proportion de vinaigre ou d'autres substances du mémo genre; il est probable que c'est de l'eau acidifiée par l'acide sulfurique, et que l'on a affaire à un ancien cratère éteint, transformé postérieurement en lagune, dans lequel se dégagent encore en quelques points des gaz acides, hydrogène sulfuré ou acide

sulfureux, qui se dissolvent dans l'eau et y passent à l'état d'aride sulfurique par une réaction simple et naturelle.

ugui». Nous devons dire encore que, sur le revers septentrional de la Madré de!

u.i^«qar. yojcaIlj a jfl jjase montagnes, il existe un grand lac que nous avons examiné de loin lorsque nous avons contourné ce massif pour atteindre son sommet, lors de notre excursion au volcan d'Izalco. Ce lac, qui porte le nom de Lagttna de Cmlepeqne, est assez régulièrement circulaire, et se trouve entouré d'une ceinture continue de collines peu élevées qui se soudent, vers le sud, aux premiers contre-forts de la Madré del volcan. 11 ne serait pas impossible que la Laguna de Cuatepeqne fût due au remplissage de quelque vaste cratère éteint, ouvert à fleur de terre, dans le genre de celui que nous avons signalé aux environs de San Salvador sous le nom de La Noya. Ce serait encore un phénomène volcanique intéressant à ajouter à ceux qui se groupent autour du volcan d'Izalco, et qui prouvent que la puissance éruptive avait déjà manifesté son existence dans cette région avant que se -fût produit le fait remarquable qui a donné naissance au volcan actif actuel.

On raconte aussi que plusieurs rivières du voisinage furent fortement échauffées à l'époque de l'apparition du volcan d'Izalco, mais qu'une seule, le Rio de Cobulco, située aux environs de Santa Anna, conserve encore aujourd'hui une température élevée. Vu la distance considérable, il se pourrait que ce fût là un phénomène indépendant, qui mériterait d'être étudié avec quelque soin.

AI SOLES 01 VOLCANS DE BOl'E D'AIlt AC.HVPAM. (Pl. Xl.fig. IKI.)

Si les montagnes des environs d'Apaneca ne sont pas de véritables volcans éteints, on peut du moins comprendre que l'opinion d'une population peu éclairée y ait été aisément trompée, car, à la base de ces sommités, sur le versant occidental de la chaîne, on observe dans la plaine qui s'étend entre Ahuacbapam et San Juan de Dios, une série de phénomènes tout à fait comparables aux inliernillos de Chinameca et de San Vieente, et auxquels on donne, dans le pays, le nom d\-l «*«/<■». Il n'est donc pas singulier que l'on se soit empressé de considérer comme des volcans ces montagnes, au pied desquelles s'échappent en

abondance des vapeurs à haute tempéralure et des gaz acides, donl l'origine es! en connexion directe avec la puissance volcanique. La ligne suivanl laquelle sont répartis les points où se manifestent les phénomènes éruptifs s'étend sur une longueur d'une trentaine de kilomètres, entre la ville d'Ahuachapam et le village de San Juan de Dios, dans la direction du nord-est au sud-ouest, c'est-à-dire à peu près perpendiculairement à la ligne volcanique principale.

Nous avions l'intention d'étudier successivement toutes ces localités, mais un accident nous en ayant empêchés, nous n'avons pu examiner par nous-mêmes que les ausoles, qui se trouvent dans le voisinage immédiat d'Ahuachapam. Voici d'ailleurs les renseignements que nous avons pu recueillir sur la position des autres dégagements de gaz : il parait qu'on en peut observer deux, à Test du village de San Juan de Dios, au pied du premier contre-fort des montagnes; il y eu aurait encore deux assez importants sur le territoire de l'hacienda d'un senor Duran , située à peu près à moitié chemin entre San Juan et Ahuarhapam, et, en outre, une grande quantité de petites émanations, relativement insignifiantes, dis- |)ersées un peu dans toutes les directions, aux environs de celles «pie nous venons de citer. Enfin, à H ou m kilomètres au nord-est d'Ahuachapam, on prétend qu'il existe au milieu de la plaine un gros mamelon conique, d'une quarantaine de mètres de hauteur, et d'un diamètre à la base à peu près égal , composé d'une argile blanchAlre très-fine {barro blanro); sur la colline elle-même, il ne se manifeste plus aucun phénomène éruplif, mais, tout autour de son pied, il existe un nombre considérable de dégagements de gaz, accompagnés d'une émission plus ou moins importante de matières boueuses, probablement du même genre que celles donl nous aurons à parler ci-après. Aux environs de tous les dégagements de gaz de San Juan de Dios et de l'hacienda del senor Duran, on observe des argiles colorées de toutes façons, en vert, en jaune, en rouge, en blanc, etc.." ce qui parait un phénomène inexplicable aux habitants du pays. Il est probable que ces argiles, provenant en partie de l'altération de roches ferrugineuses, sont mélangées d'aluns divers et de soufre plus ou moins impur, dont les proportions variables produisent des colorations de tous genres. Malgré le regret que nous éprouvons de n'avoir pu étudier tous les dégagements de gaz de celte région, nous ne pensons pas que nos connaissances sur l'action értiptive dans le

V„»,6,.ff«,lo|jilp.c. Si

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Salvador en soient considérablement diminuées, car il- ne doit probablement pas s'y produire d'autres phénomènes que ceux qui sont résumés d'une manière réellement admirable dans les ausoles d'Ahuacbapam , où ils se trouvent groupés les uns à côté des autres, dans un espace relativement très-restreint. Kfcii. Les ausoles d'Ahuachapam ont été visités, au commencement du siècle, par

„h, Monlgomery (cité par Squiers),et, en i84o, par M. Stephcns. Ces deux voyageurs en parlent dans leurs ouvrages en des termes que nous croyons devoir reproduire, surtout parce qu'ils font supposer que la température était plus élevée autrefois qu'à l'époque de notre voyage. Peut-être faut-il attribuer cela à une certaine exagération qu'il est difficile d'éwter lorsque l'on parle d'un phénomène qui a vixemeiil frappé l'esprit; mais il serait singulier que les deux auteurs aient commis une inexactitude précisément dans le même sens, et, sans vouloir en tirer de conclusions absolues, nous donnerons néanmoins la traduction «le leurs récits :

Récit de Monlgomery (Xnrralties of Nontgomenj) emprunté à l'ouvrage de M. Squiers

-On observe en cet endroit plusieurs mares ou étangs qui occupent un espace assez considérable. Le plus grand a environ cent yards de circonférence. Dans celui-là, comme dans tous les autres, l'eau qui était extrêmement troublée et d'une couleur d'un brun clair, bouillait avec fureur, et s'élevait en lwuillous de trois ou quatre pieds de hauteur. La vapeur montait sous la forme d'un grand nuage blanc et s'étendait à une grande dislance aux alentours, taudis que je restai quelque temps debout au bord de celle chaudière naturelle, contemplant du haut de ses rivages les détails de cet eiTrayant phénomène. La chaleur était si intense à la surface du sol, aux environs de ces lagunes, que. si nos pieds n'eussent été protégés par d'épaisses chaussures , nous n'aurions pas pu la supporter. En enfonçant un couteau dans la terre, la lame était si chaude, après un séjour de quelques secondes , qu'elle brûlait fortement les doigts. Nos chevaux, qui n'étaient pas ferres . suivant la coutume du pays, manifestait-ut des symptômes de malaise, soit à cause de la température du sol, soit à cause de l'odeur des vapeurs, et nous dûmes b-s attacher à quelque dislance du théâtre de ces singuliers pliéno-

' Yof« on Central. Amtricn, tic., p. 3|3.

DANS LES RÉl'L BLIQl ES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 411

mènes. En quelques endroits, de petites colonnes de fumée s'échappaient avec violence des cavités ouvertes dans le sol , tandis que, dans d'autres, l'eau bouillante coulait comme d'une fontaine. L'ébullition de ces lacs et de ces sources a formé sur leurs bords un dépôt d'une argile extrêmement line , nuancée de toutes les couleurs, mais il ne semble pas que les indigènes en aient profité pour faire des poteries. Quoiqu'il paraisse extrêmement facile d'établir lit les plus beaux bains d'eaux minérales du monde, ils n'y ont jamais pensé." Le récit de VI. Stephens1 diffère pu du précédent.

^Au lieu d'aller directement à la ville, dit-il, nous contournâmes la base de la montagne pour arriver bientôt dans une plaine où s'élevait la fumée des sources lliermales. Le sol était incrusté de soufre desséché , et comme grillé par des feux souterrains. En quelques endroits, il y avait de vastes orifices d'où la vapeur s'échappait violemment avec bruit, et dans d'autres, de grands bassins ou étangs, dont l'un avait au moins 1 5o pieds de circonférence , remplis d'une eau d'un brun foncé, qui bouillonnait avec une extrême violence, s'élevant jusqu'à 3 ou 'i pieds de hauteur, et dont Homère aurait pu faire la source de son Achéron. Tout autour, dans un rayon fort étendu, la terre était comme en combustion, brûlant nos chaussures et effrayant nos chevaux, que nous fûmes obligés de surveiller avec soin pour qu'ils ne tombassent pas dans les trous. A quelque distance de là, il y avait un courant d'eau sulfureuse que nous suivîmes jusqu'à un vaste bassin dans lequel nous pûmes prendre un excellent bain chaud, v

Il est vraiment singulier que les deux observateur*, parlant des grands l>assins dont ils donnent assez exactement les dimensions, ne signalent ni l'un ni l'autre les petits cônes semblables à des volcans en miniature, qui sont aujourd'hui l'élément le plus intéressant des ausoles d'Ahuachapam.

Quant à ce qui touche à la température, il serait remarquable qu'elle ait été si élevée autrefois, car nous pouvons assurer qu'au mois de mai 18O6, époque où nous étions en cet endroit, elle n'atteignait en aucun point 100 degrés, et que le sol ne paraissait en aucune façon brûlant lorsqu'on y marchait, soit autour des grands lacs de boue, soit auprès des autres dégagements de gaz.

Les ausoles d'Ahuachapam sont situés à environ 5 kilomètres au nord-est «le

' hctJrn» oflrnvtU i» Ctmnl Amerin, «t., toI. Il, p. «7.

m VOYAGE GÉOLOGIQUE

la ville, en partie sur une petite plaine qui s'étend immédiatement au pied des

il* 4|t«inrtianflm

montagnes d'Apanera, en partie sur les premières pentes «les contre-forls de ces mêmes montagnes. Les dégagements de. gaz les plus écartés ne sont pas éloignés de plus de 3<><> mètres les uns des autres. Les phénomènes qui se manifestent en cet endroit sont de natures très-diverses, et leur étude jette une vive lumière sur la question de l'origine des infieruillos, des ausoles, en un mot, de tous les dégagements gazeux , aqueux ou boueux , tels que ceux que nous avons déjà observés à Chinameca et à San Yicente. On ne peut plus douter, après avoir examiné les environs d'Ahuachapam, que l'on n'ait affaire à des dégagements de vapeurs chaudes et de gaz acides, en rapport direct avec l'action volcanique, qui rendent thermales et minérales les eaux et les boues préexistantes à travers lesquelles ils se font jour. On voit, en effet, à Ahuacliapain , les phénomènes se manifester sous les formes les plus diverses en des points extrêmement voisins les uns des autres, et présenter, en quelque sorte, tous les intermédiaires possibles outre le dégagenien' gazeux pur et simple, et la source thermale. Les intermédiaires consistent en lacs de boue plus ou moins liquide, et en véritables volcans de boue, devenant, dans quelques cas, presque tout à fait solides, et se produisant lorsque le dégagement gazeux traverse des amas d'argiles plus ou moins humides. Ainsi que nous le verrons j«r la suite, les températures suivent, dans leurs variations, une loi assez nettement déterminée; elles tendent à diminuer à mesure que la proportion d'eau augmente dans les matières soumises à l'action des gaz. C'est la, à notre avis, une preuve irréfragable de l'indépendance des dégagements gazeux, qui ont pour origine une manifestation simple de la puissance volcanique, et qui sont dissimulés sous des aspects plus ou moins trompeurs par des influences «le voisinage, bpaeh La variété des aspects «pie revêtent les ausoles tient à la nature du sol, qui se iiiw«lT» prête admirablement à toutes ces modifications. Les premières pentes des montagnes sont composées, en profondeur, «le roche porphyro-lrachy tique solid«\ sur laquelle s'étend, en couche plus ou moins «''paisse, un amas «le fragments éboulés «le la même roche, tantôt reposant librement les uns sur les autres, tantôt cimentés par d«e argiles jaunes. Les sources qui s'épanchent par les tissures de la masse compacte forment «h- petits ruisseaux qui s'écoulent sur la surface «le la

DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 413 roche quand elle est libre, ou sur le revêtement d'argile jaune, quand il existe. La plaine qui se trouve au pied des montagnes est, au contraire, formée d'une sorte de masse tufacée, produite par une agglomération de petits fragments de ponces reliés par un ciment blanchâtre, ou par des sables de trituration. Ces ponces, éminemment feldspathiques , huileuses, perméables, sont très-aisément et très-rapidement attaquées par les gaz acides, et se transforment alors en une masse argileuse pure, One, liante, qui se délaye facilement dans leau et produit des boues plus ou moins épaisses, suivant que l'eau est en proportion considérable ou non. C'est évidemment à la présence de ces argiles, et, par conséquent, a celle des ponces facilement attaquables par les acides, qu'est duc la formation «les volcans de boue, dont les caractères particuliers sont dus ainsi à des causes accessoires, bien plutôt qu'à la cause originaire des dégagements gazeux.

Disons d'abord quelques mots des phénomènes les plus éloignés de l'endroit |>WU1..„» où se trouvent groupés les ausoles proprement dits. A 3oo mètres environ dans JJ"! l'est de cet endroit, et à une centaine de mètres plus haut sur le flanc de la montagne, on observe une fissure ouverte au milieu des amas de cailloux porphyriques qui recouvrent d'une couche relativement peu épaisse la masse intérieure de roche solide. Cette fissure, longue d'une dizaine de mètres, peut avoir a 5 centimètres de largeur, autant que permettent d'en juger les pierres plus ou moins volumineuses qui la comblent en partie, mais sans la rendre imperméable. Entre les interstices de ces blocs de rocher, on voit incessamment sortir un abondant volume de vapeur, qui se répand dans l'atmosphère sous la forme d'uu épais nuage blanchâtre, et qui s'échappe de la fissure avec une assez forte pression. On n'entend pas d'autre bruit dans la fissure que le sifflement de la vapeur, et il est évident qu'il n'y a là aucune trace de liquide eu ébullition; on a simplement affaire à une véritable fumerolle qui s'échappe entre des parois de roche solide et peu altérée à sa surface, et qui conserve ainsi une apparence exactement semblable à ce qu'elle serait, si, au lieu d'apparaître à la base d'une montagne, elle se trouvait dans les parois du cratère d'un volcan. Ce dégagement se compose, en majeure partie, de vapeur d'eau , contenant une assez notable proportion d'acide sulfureux, et, en. outre, une certaine quantité d'hydrogène sulfuré, d'acide carbonique et d'azote. Sa température est de o^ôo.

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à\i VOYAGE GÉOLOGIQUE

A 100 mètres environ du point rentrai, au sud-esl, sur les premières pentes de la montagne, on aperçoit deux ou trois sources assez abondantes, qui s'épanchent de petites fentes ouvertes dans une masse solide de porphyre trarliylique. Elles remplissent d'abord quelques petits bassins, puis s'écoulent en un ruisselel qui vient passer tout auprès des ausoles proprement dits. L'eau semble être en ébullition dans ces bassins, et il s'en échappe un volume considérable de vapeurs formant tout autour un épais brouillard. Mais ce n'est là qu'une illusion que l'expérience dissipe bien vit*1, car la température de l'eau n'est que de 88 degrés dans un îles bassins, et de 79 degrés dans un autre, et il suflit de considérer les choses de près pour s'apercevoir que l'apparence d'ébullilion est simplement produite par un gaz qui se dégage tumultueusement au milieu de la masse liquide. On voit, au fond des bassins, de petites fissures d'où le gaz s'échappe pour s'élever ensuite dans l'eau sous la forme de bulles qui se dissolvent en grande partie. C'est un phénomène exactement du même ordre que celui qui se manifeste aux infiernillos de San Vicente. Le gaz se compose d'acide sulfureux, d'hydrogène sulfuré et d'acide carbonique mêlés d'un peu d'azote, et probablement aussi de vapeur d'eau en assez forte proportion. L'hydrogène sulfuré', l'acide sulfureux , une partie de la vapeur d'eau et un peu d'acide carbonique se dissolvent dans l'eau au passage; et il ne reste plus, dans le gaz qui s'échappe, que de l'acide carbonique presque pur, mêlé d'un peu d'azote et d'acide sulfureux ayant échappé à la dissolution, à cause de la rapidité avec laquelle les bulles se dégagent.

La composition de ce gaz est presque exactement la même que celle du gaz des infiernillos de San Vicente (voyez page 373), et cela n'a rien d'extraordinaire, puisque les conditions dans lesquelles il se trouve sont tout à fait analogues. Comme dans tous les ras du même genre, la vapeur d'eau forme au moins les ~ de l'ensemble.

Les gnz dissous réagissent l'un sur l'autre dans le sein de la masse liquide et produisent de l'hydrogène sulfuré dissous et de l'acide sulfurique, en partie libre et en partie combiné avec des bases diverses pour donner des sulfates. Voici quelles sont les réactions de cette eau :

Uolnlr d'argent Précipita1 brun à» sulfure d'argent.

Acétate d» plomb Précipite' mtU rte blanc el de noir (carbonate el »tilfure de plomb;.

pli» ou ineir»

ri

Azotate de baryte L<;f[er »reVi|iil<f blanc

Otalah» d'ammoniaque, . . Trouble blanchâtre.

Ammoniaque Mien iinttxMialerncnl.

Panier bleu de louruunol. . Rougi asseï fortement.

Les ausoles proprement dits se trouvent au pied mèine des montagnes, dans imnynn lu ijm une sorte «le petit plateau argileux, entouré d'un ressaut irrégulicr, haut de im,5o à a mètres; ils semblent ainsi occuper le fond d'uue espèce de dépression du sol, recouvrant un espace rectangulaire d'une trentaine de mètres de côté, mais complètement reliée vers le nord à la grande plaine d'Almachapam. Les ausoles se composent de lacs de boue et de volcans de boue, passant les uns aux autres par une série d'intermédiaires dus à ce que la matière dont ils se composent est tantôt liquide, tantôt visqueuse, puis pâteuse, et enfin presque solide. Nous les décrirons successivement, en suivant un ordre qui sera en rapport avec le degré plus ou moins grand de fluidité, et en supposant qu'arrivés par le sud nous avons l'est à notre droite et l'ouest à notre gauebe. Ajoutons encore que le sol du plateau occupé par les ausoles est entièrement formé d'argiles brunes , provenant en partie d'un dépôt d'argiles jaunes préexistantes, et en partie de la décomposition des tufs à ponces par les eaux et les vapeurs acides. Dans certains {►oints, surtout lorsque la boue tend à devenir presque tout à fait solide, on oltsene de petites croûtes formées de soufre impur et de matières aluneuses blanchâtres, dues à la destruction complète des argiles et à la transformation de leurs éléments en sulfates complexes dans lesquels prédominent les sels de chaux, de fer, d'alumine et de magnésie.

Lorsqu'on arrive en face des ausoles, le regard est attiré tout d'abord par un grand bassin à peu près circulaire, rempli d'une eau bourbeuse et brune, qui semble y être dans un état de violente éhullition. Celte espèce de cuvette présente un diamètre de ta mètres environ (pl. XI, lig. a), et se trouve directement entaillée dans la masse argileuse. Les parois, presque verticales, ne sont hautes que de ko centimètres du côté du sud, mais elles s'élè\ ont progressivement vers le nord, où elles atteignent i"",5o à a mètres. Il est impossible de poser le pied sur ces murailles d'argile glissante et meuble, et, pour prendre la température du bassin, nous avons dû nous coucher à plat ventre sur le bord, du côté où elles sont le moins élevées. L'eau bourbeuse bouillonne fortement au centre de la cuvette, où

*1f. VOYAGE GÉOLOGIQl K

elle s'élève jusqu'à près d'un mètre au-di-ssus du nivoau moyen , ainsi qu'en plusieurs autres points répartis à peu de distance des parois , le long de la circonférence extérieure; mais les bouillons sont moins intenses auprès des bonis qu'au milieu du bassin. La température n'étant que de 0,7", du moins dans In région sud, la seule où nous ayons pu l'observer, il est facile de se rendre compte que l'eau n'est pas réellement en ébullition, mais qu'elle est violemment soulevée par le d«>gagement tumultueux d'énormes volumes de gaz à une température élevée, ce qui lui donne une apparence trompeuse. Le gaz qui s'échappe ainsi en quantités excessivement considérables et qui forme un nuage blanchâtre s 'étendant jusque fort loin de son point d'origine, contient une très-forte proportion de vapeur d'< au, ainsi qu'un peu d'acide sulfureux, d'hydrogène sulfuré, d'acide carbonique el d'azote. L'eau du bassin, abandonnée à elle-même, laisse déposer une forte couche d'argile brunâtre très-line, et devient un liquide parfaitement clair, rougissant rapidement le papier bleu de tournesol el renfermant de l'hydrogène sulfuré en dissolution, de l'acide sulfurique libre et des sulfates divers. La composition donnée plus haut pour le gaz lient à ce qu'une notable proportion des gaz solubles échappe a la dissolution, à cause de l'eiïrayante rapidité ave-c laquelle a lieu le dégagement.

A gauche, un peu au nord, il existe un autre lac de boue liquide, presque exactement semblable au précédent, sauf que l'ébullition y semble moins violente. Ce bassin est elliptique, sa longueur étant de 8 mèlres, et sa largeur de 5 mètres seulement; il n'est pas beaucoup plus profondément creusé dans le sol que celui dont nous avons parlé ri-dessus, mais ses parois sont si verticales, qu'il mais a été impossible d'en approcher, même pour prendre la température de l'eau bourbeuse. ISous n'avons pas de raison pour penser «pie ses caractères puissent différer eu quoi que ce soit «le ceux de la grande cuvette principale.

Tout à la il au sud. à peu de distance de là. on voit un troisième bassin beaucoup plus petit «pie les deux autres. Sa forme singulière, à peu de chose près semblable à celle d'un 8, semble produite par le contact de deux enfoncements circulaires confondus sur leurs bords et réunis en un seul, dette dépression, profonde d'un mèlre, a tout au plus t\ mètres de longueur, «'I de \ à g mètres «le largeur, suivant l«>s points où on la considère. Le fond est occupé par une

DANS LES RÉPl BLIQIES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 417

boue visqueuse, d'une couleur singulièrement blanchâtre, et semblable à de l'argile d'une nuance gris perle clair à peine délayée dans de l'eau. Le gaz, qui se dégage aussi assez abondamment en cet endroit, semble éprouver une certaine difficulté à se faire jour à travers cette masse imparfaitement fluide. De grosses bulles , accumulées sous un volume qui finit par être assez considérable, soulèvent la boue pâteuse en un petit cône qui s'élève jusqu'à 10 ou 20 centimètres au-dessus du niveau de la masse fluide; mais, au bout d'un certain temps, la force d'expansion des gaz devient la plus forte, l'ampoule se j>erce à sa partie supérieure, ses parois s'affaissent sur elles-mêmes, et un nuage de vapeur s'élève en sifflant dans l'atmosphère. Le phénomène se répète à des intervalles peu éloignés, de cinq en cinq minutes à peu près, et la quantité de gaz qui traverse la boue visqueuse blanchâtre est assez considérable pour lui donner une température de 98". En ce qui concerne la composition des gaz et des liquides, il n'y a pas do différence notable avec ce que l'on observe dans le cas précédent.

A gauche, se trouvent les deux volcans de boue principaux (c et c), qui eons- Y**»*)* bout, tituent, à notre avis, la partie la plus intéressante et la plus curieuse des ausoles d'Ahiiachapam. Ce sont deux cônes très-réguliers, hauts de in,,5o environ audessus du sol environnant, d'un diamètre de 8 mètres à la base, à pentes fortement accusées, composés d'argiles d'un gris brunâtre ou bleuâtre, et présentant tous deux, à leur sommet, un cratère en miniature d'une admirable perfection. Ces cratères, un peu inclinés vers l'est, peuvent avoir deux mètres de diamètre, et à peu près autant de profondeur; leurs parois intérieures sont encore plus abruptes que les flancs extérieurs. Au fond de ces cavités, on voit une masse de boue pâteuse grisâtre qui s'agite sous l'action du gaz tendant à s'échapper, et qui remplit le rôle «les matières éjaeulées à chacune des éruptions de ces petits volcans. Les éruptions se produisent fréquemment, toutes les trois ou quatre minutes, et les choses se passent d'une manière qui doit avoir une analogie frappante avec ce qui a lieu dans les grands volcans, lorsque les gaz à haute pression, traversant un bain de lave en fusion, la soulèvent en ampoules gigantesques, brisées bientôt après, et dont les fragments solidifiés sont projetés au loin sous la forme de scories, «le lapilli et de cendres. Dans les \olcans de boue d'Ahuachapam, les gaz, arrêtés dans leur dégagement par la masse pâteuse au milieu de laquelle ils se frayent

VojugrjjwIngiipK. Il

M8 V01 VGK GÉ0L0G1QLE

p«*niblomoiil un chemin, gonflent celte surface semi-fluide et la soulèvent sous la forme de bulles sphéroïdales, hautes d'une dizaine de centimètres. Lorsque la tension du gaz devient plus forte que la résistance de l'enveloppe visqueuse qui l'emprisonne, l'ampoule se crève en produisant une petite explosion, et ses débris, projetés dans l'atmosphère jusqu'à une élévation de k à 5 mètres, retombent bientôt en pluie de gouttelettes boueuses sur les parois du cône et dans l'intérieur du cratère, (les éruptions en miniature, accompagnées d'explosions, de détonations, de pluies de matières éjaculées, se reproduisent indéGniment dans le même sens, et contribuent chaque fois à fortifier et à exhausser les flancs des monticules coniques dans lesquels se manifeste ce phénomène. Nous n'avons pu étudier de près ni la température des boues, ni la composition du gaz; mais nous saxons que les vapeurs possèdent une odeur assez tranchée d'acide sulfureux et d'hydrogène sulfuré, et qu'une gouttelette d'argile projetée, qui nous est tombée sur la main, nous a produit une sensation de brûlure très-caractérisée.

Un peu plus à gauche encore, se trouvent d'autres éminences coniques, qui SOfll d'autres volcans de boue plus avancés dans les périodes de leur existence. I) y a là quatre ou cinq monticules juxtaposés, hauts de t mètre à r.ao, soudés jusqu'à la moitié de leur hauteur à peu près, et formant une chaîne continue et rectiligne de 5 mètres de longueur. Ces petits volcans ne présentent plus de cratère bien net, mais seulement une partie supérieure un peu déprimée, craquelée et perforée dans tous les sens. L'argile qui les compose semble tout à fait consolidée, elle est presque dure et possède une couleur brune ou d'un gris foncé presque noir. Il est évident que, dans ces cônes, la l>oue s'est peu à peu solidifiée, après qu'ils ont été formés par des procédés analogues à ceux qui sont encore 60 vigueur dans les monticules voisins, et qu'elle est aujourd'hui trop peu fluide pour |w>uvoir être soulevée et projetée au passage par les gaz qui les traversent et qui s'échappent à travers une innombrable quantité de petites fissures produites lors du dessèchement. On entend, dans l'intérieur, une sorte de bouillonnement confus, et l'on voit les vapeurs sortir en plusieurs points au sommet et sur les lianes des cônes. Les températures, un peu variable* suivant les points, sont les suivantes :

En cl y.Y\8o, — en a* o,6°,r>o. — en a" 97",8o, soit o,f>" en moyenne.

DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 419 La composition des gaz est la môme, à peu de chose près, que dans [on autres aiisoles, et la proportion de la vapeur d'eau doit seulement varier un peu dans les différents endroits, suivant que le dessèchement est plus ou moins complet, el que la température est plus ou moins élevée. Comme toujours, l'acide carbonique mêlé à une très-faible proportion d'acide sulfureux el d'hydrogène sulfuré, ainsi que d'un peu d'azote, est l'élément principal qui se mélange à la vapeur d*eau.

Entre les grands étangs et le bassin en forme de 8, il y a encore une série de petits cônes , répartis sans aucun ordre apparent. Ils ont a peine F>o ou Go centimètres de hauteur, et semblent bien plus avancés encore dans la période de diminution île leur intensité éruptive. L'argile y est presque entièrement solidifiée, un peu recuite en apparence et couverte, en heaucoup de points, de dépôts de soufre el de «•coûtes d'alun. Quelques-uns sont devenus assez compactes pour ne plus permettre le passage du gaz et sont presque tout à fait refroidis. D'autres se laissent encore traverser par de petites fumerolles, et, malgré le peu d'activité du dégagement, ils sont portés a une température assez élevée. Ainsi le sol de (|S) est à p,G",.'îo; celui de est à g6°,8o; et enfin celui de (jS*) à 97^,80. Les autres sont beaucoup moins chauds ou complètement froids et inactifs, comme l'est (j3*). (Test évidemment là le dernier degré de l'action éruptive dans les ausoles, qui se transforment d'une manière remarquahle, ainsi qu'on a pu le voir, suivant que les gaz qui se dégagent du sol rencontrent sur leur chemin des roches solides, de l'eau ou des amas de matières d'une fluidité plus ou moins parfaite.

rOLCA.1 DE CHUMKk- VOLCANS I)L DÉPARTEMENT DE CHIOtlHl LA - VOLCANS DK CKMO REDONDO.

Après que l'on a dépassé les ausoles d'Ahuachapam, on cesse, pendant assez longtemps; de trouver, sur la direction de la ligne volcanique, aucun symptôme «l'activité actuelle. Sur l'espace de ia5 kilomètres qui sépare les volcans «lu Salvador «lu groupe principal de ceux du Guatemala, on ne rencontre plus que quelques cônes éteints, qui ne présentent guère qu'un intérêt de second ordre, et sur lesquels nous passerons d'autant plus rapidement que nous ne les avons pas visités personnellement.

voia.decim.g» Vu passage du Rio Paz, qui forme la frontière entre le Guatemala et le Sal- \ador, on voit très-nettement le volcan de Ghingo, qui s'élève un peu plus au nord. C'est un beau cône extrêmement régulier, ressemblant un peu, comme forme générale, au volcan de San Miguel, et qui peut avoir a,ooo mètres de hauteur. Quoi qu'il passe d'habitude pour être complètement éteint, il nous a semblé apercevoir de loin quelques fumerolles à son sommet, du côté de l'est; mais il n'y aurait rien d'étonnant à ce que nous ayons pris pour îles dégagements de vapeur quelques petits nuages, restes d'un brouillard du matin. Il est donc possible, sans que nous osions l'affirmer positivement, qu'il y ait encore là ijuelques symptômes d'activité.

Il existe, dans le sud du département de Chiquimula , une ligne volcanique <

HfpMi™L-.ii ilaire , dirigée à peu près perpendiculairement à la ligne principale, et qui estjalonuée GMjulnub. j(ar quai^j 0ll cjI1(j cônes éteints plus ou moins importants, séparés chacun l'un de l'autre par une distance de 20 à 9 5 kilomètres. Le groupe, s'éteudant ainsi sur une longueur d'une centaine de kilomètres, prend donc une importance de position assez considérable, et il est regrettable que nous ne possédions sur lui que des données extrêmement peu complètes. L'écarlemeiil des volcans éteints qui le composent montre bien que l'on a affaire a une vraie fissure athentive, et non pas seulement à un petit accident local, divergeant un peu de la direction générale; et, si l'on rapproche ce fait des puissants épanchements de basalte qui existent aux alentours de Los Esclavos, on en peut conclure que la puissance volcanique s'est manifestée autrefois dans celte région avec des caractères particuliers et presque exceptionnels. Nous n'avons , sur les volcans du département de Chiquimula, que des renseignements très-vagues, extraits des notes manuscrites •lu R. P. Cornette, qui les a vus en i856, et à peine pourrons-nous dire quelques mots de chacun d'eux. En quittant la ligne volcanique principale, entre Jalpatagua et El Oratorio, pour nous «diriger perpendiculairement à elle, nous ne lardons pas à rencontrer deux petits cônes éteints, assez rapprochés l'un de l'autre, les volcans d'xmayo et de Cuma, qui semblent avoir donné quelques coulées de lave, et recouvert les pays environnants d'abondants dépôts de lapilli et de sables. Plus loin se trouve le volcan de Santa Catarina , qui s'élève da\anlage. et présente, paraît-il, un immense cratère d'où se sont épanchées de

DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. Ail

grandes coulées de lave qui s'étendent dans toutes les directions. Ce volcan est voisin du village de Suchitan, et a porté peut-être aussi, à cause de cela, le nom de Suthitepeque. Ce serait alors à lui que se rapporterait une violente éruption signalée en 1669, et attribuée a un volcan de ce nom, existant dans le Guatemala. Beaucoup plus au nord encore est le volcan d'Ipala, sur lequel vient se greffer le petit cône éteint de Monte Rico. Le sommet du volcan d'Ipala s'élève à 1,660 mètres, et sa région supérieure est recouverte de cendres et de scories, tic telle sorte que la végétation n'a pas encore pu s'y établir. Les pins s'arrêtent sur ses flancs à une altitude de 1/170 mètres. A une hauteur de l,5ofl mètres se trouve un lac que le R. I». Cornette appelle Lac du volcan d'Iftala; mais nous ne savons pas s'il remplit le cratère du volcan ou s'il s'agit d'un autre cratère éteint, situé dans son voisinage. Il existe, autour du volcan d'Ipala, plusieurs roulées de lave assez poreuse, et une grande quantité de déjections volcaniques diverses.

En reprenant la direction de la ligue volcanique principale, nous devons encore VolawMalati signaler deux petits cônes éteints qui s'élèvent au nord et au sud du village de (>rpo r^,,,,,, Cerro Redondo (1,080 mètres), à peu de distance du grand volcan de l'acaya. Ces deux cônes ne présentent aucune importance, quoique l'on prétende que celui du sud a donné une coulée de lave que l'on confond peut-être avec une de celles du volcan de Pacaya. Celui du nord domine tout au plus de 75 mètres la plaine où il s'élève, et c'est à sa forme régulière (ceiro redoiulo, montagne ronde), qu'est dû le nom du village voisin.

VOIXA.X DE PACAYA.

(Pl. XII <-! pi. XIII, fij. 1.)

A peu de dislance dans l'ouest de Cerro Redondo, on voit s'élever un massif montagneux, d'une altitude assez considérable, dont le développement remarquable, les formes accidentées et les allures générales semblent exclure, à première vue, l'idée que l'on puisse avoir affaire à un volcan. En effet, le cône principal étant encore caché derrière d'autres sommités, on ne distingue que des pentes boisées ou des crêtes déchirées qui ne présentent en rien la régularité caractéristique à laquelle on serait en droit de s'attendre. La disposition et la nature du massif de IVaya sont aussi singulières qu'intéressantes, et l'étude approfondie de

't-2-2 VOYAGE GÉOLOGIQUE

«f groupe volcanique ne serait |>eul-ètre pas sans jeter quelque lumière sur la valeur relative des Uiéories qui se partagent actuellement les esprits. Le pâté montagneux dont il s'agit est presque complètement séparé des chaînes voisines, auxquelles il ne se relie que d'une manière assez vague ; il domine d'un millier de mètres le plateau sur le boni duquel il semble s'isoler, et constitue ainsi un groupe à part, dont les limites seraient faciles à tracer. r.**tiM- Tous les contre-forts et la grande majorité des sommités de ce massif sont rom-

Ip..*.'iw^ P«!*s de roches porphyro-trachy tiques, analogues à celles qui constituent les montagnes des environs; mais, en plusieurs points, il existe, soit des enfoncements cralériformes, soit des cônes de scories, qui témoignent que la puissance volcanique s'est énergiquemenl manifestée dans celle localité. Ou serait en droit de trouver, jusqu'à un certain point, extraordinaire que les phénomènes éruptifs aient précisément choisi pour s'y produire un pàlé montagneux isolé, où la résistance des roches à la lissuration devait être plus considérable que partout ailleurs. Mais, si, partant d'un autre point de vue, on considère le soulèvement des roches porphyro-trachy tiques comme ayant été effectué par la force volcanique elle-même, cela n'étant qu'une première manifestation de son action dans un endroit où se sont passés postérieurement des phénomènes d'un genre un peu différent, il n'y a plus rien d'étrange dans le massif de Pacaya. On comprend alors que les cratères et les cônes soient entremêlés aux sommités porphyriques et disposés sur un massif qui, leur servant en quelque sorte de base, représente les résultats primordiaux de la puissance éruptive, triomphant enfin de l'obstacle qu'elle n'avait fait que soulever jusqu'alors, et amenant au jour les laves, les scories, les lapilli, pour former, en dernière analyse, les cônes dont la cime domine l'ensemble du système. Mais laissons de côté les questions théoriques, et revenons aux faits, tels que nous les avons observés.

Le groupe de Pacaya est donc un massif porphyro-trarhytique isolé, assis sur le bord du plateau de Guatemala, terminé alternativement par des ressauts brusques ou par des pentes un peu moins abruptes, formé de mouvements de terrain plus ou moins accentués, au milieu desquels sont réunis quelques enfoncements cratéri formes et quelques cônes, dont le plus élevé, haut de a,55o mètres au-dessus du niveau de la mer, porte seid habituellement le nom de volcan de

Poney a. Quoique ce côue principal, sur lequel l'attention est tout d abord attirée, ait une origine assez récente el ne date guère que de la seronde moitié du \vc siècle, il nous semble évident qu'il ne représente pas la première manifestation de la puissance éruplive dans cet endroit, el qu'il est simplement venu ajouter un membre de plus à un système préexistant et probablement même Tort ancien, dont la formation a suivi de près ou peut-être accompagné le soulèvement du massif montagneux dans son ensemble. Si le volcan de Pacaya proprement dit est le seul qui ait eu, dans les temps historiques, des éruptions dont on a conservé la mémoire, s'il est le seul qui présente encore aujourd'hui des phénomènes éruptifs d'une certaine importance, les autres éléments du groupe volcanique n'en sont pas moins significatifs et méritent d'attirer aussi notre attention.

.Nous avons abordé le massif de Pacaya du coté du nord-ouest, en parlant, le kmfai \ juin 1 866, de la petite ville d'Ainalitlan, située à 1,190 mètres de hauteur, lole,„ .iTp»™. au boni d'un lac formé évidemment par les eaux du Rio Michatoya arrêté dans son cours lors du soulèvement de ces montagnes. Du côté du nord, le massif montagneux saisisse progressivement jusqu'au niveau du lac par une série de contre-forts étages; mais, à l'ouest el au nord-ouest, il est borné par une paroi verticale d'environ a 00 mètres de hauteur, constituant les belles falaises qui longent , sur la rive gauche, le cours de la Michatoya. A l'est, les pentes continuent celles du nord el sont aussi disj>osées en gradins superposés, tandis qu'au sud l'inclinaison devient infiniment plus forte, à cause de l'allure propre du versant du Pacifique, sur lequel tout le système semble avoir été posé postérieurement, H aussi à cause de la présence des cônes volcaniques principaux, qui sont précisément groupés en cet endroit. La coupure brusque du nord-ouest, augmentée peut-être par l'érosion des flots de la Michaloxa, constitue une sorte de marche d'escalier gigantesque, interposée entre deux plateaux, celui d'Ainatitlan et celui sur lequel se trouve le petit village iudien de Pacaya, à i,5oa mèlres de hauteur. Le sentier, qui s'élève péniblement en serpentant sur cette muraille à pic, recoupe constamment une masse rocheuse continue, dont les caractères sont très-voisins de ceux des roches composant les falaises drossées au nord du lac d'Amalitlau (page 190.). Ce sont de beaux porphyres trachyliques grisâtres, à pâte compacte et à cristaux d'orthose assez nets, dont la structure un peu fissile se rapproche

m VOYAGE GÉOLOGIQUE

parfois beaucoup de la disposition coluinnaire si remarquable dans les porphyres du nord d'Aniatillan.

Au sommet de la falaise ils disparaissent sous de puissantes couches de cendres

«le

et de sables volcaniques qui occupent tout le plateau de Pacaya et dont la décomposition produit parfois des terres végétales d'une grande fertilité, dette fertilité explique seule, d'ailleurs, remplacement choisi par les Indiens de Pacaya pour y élever leurs bulles de bambous, car l'eau y manque absolument, et il faut aller la chercher jusqu'à 8 ou t o kilomètres du village, au pied d'une sommité porphyrique où s'épanche une petite source souvent tarie {vendant la saison sèche. Les sahles volcaniques sont d'un noir violacé et d'un grain extrêmement lin; ils recouvrent non-seulement le petit plateau ondulé de Pacaya, mais encore toutes les sommités qui l'entourent en amphithéâtre, et, à mesure que l'on s'élève, ils se mélangent à une proportion variable de lapilli, noirs aussi, gros comme des noisettes, puis comme des noix. En quelques points, formant des espèces d'enfoncements, on observe des amas d'argiles jaunes qui complètent avec les sahles volcaniques le revêtement superficiel du massif de Pacaya, où les porphyres trachyliques ne se montrent que dans les parois très- abruptes. Outre les défrichements qui occupent le plateau ondulé, on en voit quelques-uns dans les endroits où l'inclinaison n'est pas trop considérable, mais tontes les autres pentes son) recouvertes d'herbes sauvages ou de forêts vierges, souvent admirables de vigueur et de puissance.

Si, en quittant le village de Pacaya, on se dirige vers l'est, on atteint, après une heure et demie de marche, un vaste espace à peu près dégagé, entouré' de tous côtés d'une ceinture de collines, et situé dans la région centrale du massif montagneux, à 1,800 mètres environ au-dessus du niveau de la mer. Celle clairière, de forme irrégulièrement elliptique, est occupée par deux grandes dépressions à peu près circulaires, assez rapprochées l'une de l'autre pour que le bord étant presque entièrement détruit au point de contact , l'ensemble présente une vague ressemblance avec un 8; ces dépressions ne sont probablement pas autre chose que deux très-anciens cratères juxtaposés. Le premier de ces enfoncements (du côté de l'ouest) forme un cercle assez nettement dessiné, dont le diamètre peut être de 3,rjo à fioo mètres; il est entouré d'une petite falaise très-abrupte, haute

d'une cinquantaine de mètres dans la région de l'ouest, mais qui s'abaisse progressivement vers l'est. Le fond semble composé dune matière argilo-marneuse d'un gris jaunâtre et se recouvre d'une prairie naturelle verdoyante pendant la saison des pluies. Les murailles sont formées de roebes porphyriques solides alternant avec des conglomérats à base argilo-terreuse, et nourrissent une abondante végétation. Sur le bord de cet ancien cratère éteint, du coté du sud-ouest, au sommet de la falaise , on observe encore quelques dégagements de vapeur, trèsfaibles, il est vrai, mais suffisants pour échauffer le sol dans un rayon d'une vingtaine de mètres et pour prouver que l'action ériiplive n'a pas encore entièrement déserté son ancien foyer. La vapeur s'échappe en plusieurs points, mais plus spécialement d'une fissure existant dans la roche porphyrique compacte et d'une fente ouverte au milieu d'une masse de conglomérat; le dégagement se fait sans aucune violence et ressemble de loin à ces vapeurs qui s'élèvent du sol, lorsque, après une forte pluie, il est soumis à l'action directe des rayons du soleil. La température, prise en plusieurs endroits, soit dans les fentes mêmes d'où sort le gaz, soit en enfonçant le thermomètre dans le sol, varie entre 5 9 et 03 degrés. Ces fumerolles se composent presque entièrement de vapeur d'eau et d'acide carbonique, auxquels il faut ajouter une très-petite proportion d'acide sulfureux qui rougit faiblement le papier de tournesol, et dont l'odeur est vaguement perceptible.

Le second enfoncement ressemble beaucoup au premier comme forme générale, quoique son diamètre soit un peu plus considérable, A5o à 5oo mètres en- ,^^t viron, et qu'il soit entouré de murailles un peu plus élevées; on doit le considérer aussi comme un ancien cratère éteint, assez bien conservé, mais il diffère essentiellement de l'autre en ce que la matière argileuse du fond, ayant formé un enduit imperméable, les eaux des pluies s'y sont accumulées et ont donné naissance à un joli petit lac circulaire. Ce cratère-lac porte le nom de Laguna de la Caldera (lagune de la Chaudière), et, de fait, il a une forme si régulière, il est si bien entouré par ses falaises propres et par la ceinture secondaire de collines, que le nom semble fort bien approprié à la chose. Les eaux de la Laguna de la Caldera sont claires, limpides et parfaitement potables, de sorte que l'on n'a besoin, pour expliquer leur présence, d'invoquer aucun phénomène se rattachant de près

hit VOYAGE GÉOLOGIQUE

ou de loin à faction éruplive, et que, l'attribuant uniquement à L'accumulation «les eaux de pluie, on peut dire qu'il n'y a là qu'un ancien cratère éteint sans aucun signe d'activité actuelle.

En quittant la clairière où se trouvent les deux dépressions cralériformes, on change un peu de direction pour inarcher vers le sud, en s'élevant plus ou moins rapidement, pendant une heure environ, sur une série de contre-forts étagés. La roche qui constitue ces montagnes est toujours le porphyre trachylique, généralement masqué par d'abondants dépôts de lapilli et de sables volcaniques noirâtres, transformés, à leur surface, en une terre végétale fertile sur laquelle croissent d'épaisses forêts. A une altitude de 2,600 mètres environ, on sort de nouveau des bois et l'on se trouve tout à coup sur le l>ord d'une immense dépression don! la forme primitive a été tellement altérée par les éruptions successives et par les injures du temps, que l'on a quelque peine, à première vue, à y reconnaître un ancien cratère. C'en est un pourtant, et nous allons essayer de décrire fidèlement ces lieux où ont dô jadis se passer des phénomènes volcaniques de la plus haute importance (voyez, pl. XII).

Ainsi que nous l'avons dit, l'élévation progressive du sol est brusquement arrêtée à 2,600 mètres de hauteur et remplacée par une chute verticale, suivie d'une pente très-abrupte, qui donnent au flanc sud de la montagne une apparence tout à fait particulière. La ligne qui dessine sur le terrain l'intersection de ces deux versants d'allures si différente, affecte la forme d'une arèle un peu saillante, décrivant à peu près une demi-cirronférence et représentant ainsi une sorte de croissant dont la concavité serait tournée vers le sud-ouest. Aux deux extrémités de cette arête semi-circulaire s'élèvent des cônes volcaniques de hauteur inégale, dont le pied plonge profondément vers le sud |>our s'appuyer sur le versant îles montagnes préexistantes. L'un de ces cônes est très-voisin des sommités, sur lesquelles il se soude presque au nord; mais l'autre en est à une certaine distance, de sorte que, pour le rejoindre, l'arête doit s'isoler pendant un certain temps et prendre ainsi l'allure d'une sorte de mur à parois fortement inclinées, séparant deux gouffres profonds. La demi-circonférence dessinée par celle arête peut avoir l ,5oo à a,ooo mètres de diamètre et entoure une immense dépression dont l'intérieur a une forme produite par une intersection de surfaces assez compliquée.

En effet, au bord même, l'arête est limitée par une paroi verticale qui s'enfonce à une cinquantaine de mètres de profondeur vers le milieu de la demi-circonférence; mais, aux extrémités, cette hauteur diminue progressivement, puisqu'elle (end à se confondre avec les pentes des cônes volcaniques. Au-dessous de la paroi verticale il existe un espace à peu près plan, quoique fortement incliné vers le sud-ouest, sur lequel viennent s'implanter les bases des deux volcans, de manière à le réduire à une sorte «le triangle spliérique terminé par une gorge profonde; cette gorge elle-même s'élargit de nouveau au delà des cônes et devient une grande pente, descendant vers le sud, sur laquelle s'étalent de vastes coulées de lave sorties du pied «le l'un des volcans qu'elles entourent presque complètement. En un mol, l'ensemble paraît se composer des rudiments d'un immense cratère, ouvert presque à fleur de terre sur le bord extrême d'un massif montagneux, détruit postérieurement sur une partie de sa circonférence du côté libre, et dans l'intérieur duquel s'élèvent deux cônes situés tout près des bonis aux extrémités d'un même diamètre qui limite la partie préserrée de la destruction.

On est donc porté à croire que le volcan de Pacaya a dù être autrefois caractérisé par un gigantesque cratère de près de a,ooo mètres de diamètre, et (pie le cône, soudé d'un côté sur les montagnes qu'il ne déjwssait guère en hauteur, restait entièrement libre du côfé du sud. Quelque terrible éruption, si ancienne que le souvenir n'en est pas venu jusqu'à nous, aura profondément modifié ce volcan primitif : démolissant toute la partie du cône qui n'empruntait pas aux montagnes sur lesquelles il s'appuie une solidité suffisante pour résister à un semblable cataclysme, elle n'aura laissé subsister qu'une enceinte demi-circulaire, échancrée sur une demi-circonférence tout entière, ouverte en forme de croissant au-dessus des ruines du cône dispersé par l'explosion et transformé en une \aste pente couverte de débris. Après une période de repos plus ou moins prolongée, la puissance éruptive, reparaissant en un point qu'elle semblait avoir abandonne pour jamais, se sera manifestée en créant au milieu des rudiments de l'antique volcan deux nouveaux cônes, disposés précisément dans le cratère détruit, près de ses bords et aux extrémités de l'arête respectée par les éruptions et le temps. Ces deux cônes sont-ils contemporains, c'est ce qu'il est impossible de savoir; mais ce qui est certain, c'est que l'un des deux re-

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428 VOYAGE GÉOLOGIQIK

monle à une période très-récente el que c'est le seul qui soil encore aujourd'hui en activité.

Le cône éteint est placé à l'extrémité nord-ouest de l'arête semi-circulaire, à très-peu de distance des montagnes sur lesquelles l'enceinte de l'ancien cratère détruit s'appuie directement en cet endroit. Les chroniques qui racontent l'apparition du volcan de l'araya ne font aucune mention de cet autre volcan presque jumeau, de sorte qu'il est permis de supposer que sa formation remonte à une époque plus ancienne, ce qui conduirait à admettre un retour plusieurs fois manifesté de la puissance éruptive sur le même point. Ce cône ne dépasse guère en hauteur le niveau de l'arête qui vient se souder sur son flanc nord-ouest, «le sorte que son altitude ne doit pas être supérieure à 2,45o mètres; mais, comme il est parfaitement lihre dans la région du sud, il prend de ce côté une apparence un peu plus grandiose que vers le nord, où il est à peine séparé par un petit ravin de la ligne de faite de l'enceinte générale. Le sommet de ce volcan éteint est entièrement recouvert de végétation, et les dimensions des arbres qui y croissent sont assez considérables pour prouver qu'il ne s'est produit aucun phénomène éruptif dans cet endroit depuis un temps extrêmement long. On y observe un cratère, d'une centaine de mètres de diamètre, présentant, à l'intérieur, des murailles verticales assez profondes, au-dessous desquelles se trouve une sorte d'éboulis qui forme le fond de l'excavation. Il y existe, parait-il, une sorte de puits extrêmement profond, de 3 ou 4 mètres de diamètre, auquel les indigènes donnent le nom de El lloyo, et où il ne serait pas impossible qu'il se produisit encore de temps à autre des dégagements d'acide carbonique. Malheureusement la première partie du cratère étant formée de parois à pic, il n'est pas possible d'en approcher.

L'autre cône, situé au sud-est de l'enceinte semi-circulaire, est celui qui porte seul aujourd'hui le nom «le volcan de l'acaya, el qui présente encore des symptômes assez manifestes d'une intensité éruptive en voie de décroissement. Son point culminant atteint une élévation de a,55o mètres, ce qui fait qu'il dépasse de lôo mètres environ l'arête saillante qui vient se souder sur ses flancs du côté du nord-est. Mais, dans toutes les autres directions, la partie libre du cône est inlinimenl plus prolongée, et, vers le sud en particulier, il présente de vastes pentes, qui, vues de la mer, ont lin aspect où la majesté ne fait pas absolument

défaut. Quoique reposant sur un terrain fortement accidenté, la base du cône est assez régulière, sauf du roté de l'est, où elle est dérange par le contact de l'arête de l'ancien cratère, isolée dans cette partie de son étendue jusqu'au point où elle rejoint les flancs de la montagne. Le pied du volcan est complètement entouré, excepté sur un petit espace au nord . jwir une vaste coulée de lave dont il n'est pas possible de voirie point d'émergence, et qui existe aussi à l'est, là où la présence de l'enceinte semi-circulaire ne permet pas de supposer qu'elle soit sortie des (lancs de la montagne alors qu'elle avait déjà son relief actuel. Si l'on se rappelle ce qui a été dit au sujet du volcan dïzalco (page 385), on ne manquera pas de trouver une ressemblance remarquable entre les faits qui se présentent dans les deux localités; et, puisqu'on sait par la tradition comment les choses se sont passées au volcan d'Izalco, on pourra supposer de même, avec quelque chance de vérité, qu'au volcan de Pacaya il s'est produit d'abord dans le sol une fissure vomissant d'énormes quantités de lave, puis que les scories et les lapilli ayant succédé aux matériaux fondus, il s'est formé un cône, augmenté progressivement par l'adjonction de déjections cinériformes , qui a fini par atteindre la hauteur qu'il possède aujourd'hui. Quoi -qu'il en soit, la coulée de lave du volcan de Pacaya présente un développement très-considérable, et il est fort probable qu'elle se compose de plusieurs coulées superposées, une semblable masse de matières en ignition n'ayant guère pu être éjaculée par une seule éruption.

Le champ de lave, large d'un kilomètre environ au pied du volcan du côté du sud, là où se sont réunis les deux bras qui semblent entourer la base de la montagne, se dirige vers le sud sur un espace de près de deux kilomètres. Il se divise alors en deux bras, immenses l'un et l'autre, dirigés à l'ouest et au sud, et atteignant tous deux un développement de plusieurs kilomètres. La pente de la coulée, très-forte tant qu'elle longe les flancs du cône, devient, au contraire, beaucoup plus faible, lorsqu'elle se sépare en deux vastes bras et s'étend au loin dans les plaiues doucement inclinées qui continuent au sud le versant des montagnes du côté de l'océan Pacifique. La lave est noire, déchirée, scorifiée à sa surface, et, autant qu'on peut en juger sans l'avoir vue de près, elle doit être basaltique.

La première apparition de celte coulée de lave doit se rapporter probablement j„ t„ipii.K>. à la formation du volcan qui eut lieu, suivant la tradition, en l'année i 5fiô. L'ab- ,„,„„ !",.„„,„

sencc de tout détail nous permet de supposer que les choses se passèrent connue I m m r le volcan d'Izalco, et qu'avant la production du cône de scories il \ eut simpl<>n>ent éjaculation de lave par une lissure, ouverte tout a coup dans le fond de l'ancien cratère éteint, détruit probablement en jwrtie à une é|M>que antérieure. Quoiqu'il en soit, le cône ne larda guère à se former, car l'éruption du 18 lévrier l65o Tut caractérisée par une fumée abondante accompagnée de bruits souterrains et de tremblements de terre. Pendant les années qui suivirent, le volcan de Paeaya entra (buis une ère d'activité presque comparable à celle du volcan dïzalco, et, en iGG'i, 1668 (août), 1671 (juillet). 1(177, '' > oul violentes éruptions, pendant lesquelles les flammes brillantes et la fumée noirâtre qui s'écbappaienl du cratère coïncidaient avec d'é|)ouvaulables détonations souterraines. Après une période de repos plus ou moins complet, le volcan reprit, au siècle suivant, un état intense d'activité, et le 1 1 juillet 177.» il y eut une terrible éruption, dont le souvenir est resté gravé par tradition dans le souvenir des habitants des villages voisins. On s'aperçut dès le malin (pie la colonne de fumée qui couronnait depuis quelques jours la cime du volcan avait redoublé d'abondance; bientôt les flammes s'échappèrent du cratère qui vomit avec bruit une grande

quantité de pierres calcinées, et, pendant plusieurs jours • pluie de cendres

plongea les régions environnantes dans l'obscurité. Ce proxy sine ne fut accompagné d'aucun tremblement de terre. D'après l'historien Juarros 1 , qui assista à cette éruption, «elle ne se produisit pas au sommet de la montagne, mais en bas. à l'endroit où elle se divise en trois pointes," ce qui veut dire probablement à la base du cône, et permet de supposer qu'il dut s'échapper alors un courant de lave. Depuis cette époque, le volcan de Paeaya n'a plus donné d'éruptions, et. son activité diminuant progressivement, il semble marcher à grands pas vers une période d'extinction complète, dont le moment n'est peut-être pas Irès-éloigné. bafiriitoa Ainsi que nous l'avons dit plus haut, le cône actuel, élevé de <s,f>.H> mètres audessus du niveau de la mer, dépasse de if>o mètres environ l'arête saillante qui le relie aux montagnes voisines; elle forme un chemin naturel pour atteindre les lianes de la montagne, aussi près que possible de son sommet, lorsqu'on l'aborde du côté du nord, ce qui était notre cas. La susdite arête ne vient pas se con-

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D\NS LES RÉPL BLIQl ES DE GL'ATEMVLA ET DE S\L\\DOR. 4SI

fondre «l'une manière absolue avec les pentes du cône, mais elle y dessine encore pendant quelque temps une sorte de mur saillant, et, après qu'on l'a quittée, il faut descendre dans un ravin, profond d'une dizaine de mètres, avant de remonter sur le cône môme, dans le point où le contact semble être le plus complet. Dans cet endroit, le sol est recouvert de scories brunes et noirâtres en blocs anguleux, de la grosseur de la tôle en moyenne; il en est de môme sur tout le parcours de l'arête, quoique les débris scoriacés y soient en fragments un peu moins volumineux, line fois au pied du cône, on a devant soi des pentes assez, régulières, dont l'inclinaison n'est d'abord que de 3 1 ou 32 degrés; mais elle augmente à mesure que l'on s'élève, et linit par atteindre jusqu'à 37 degrés en quelques endroits. Les flancs du cône sont formés de scories plus ou moins boursouflées, noires, brunes et rougeatres, en morceaux de dimensions variables, gros comme le poing en moyenne, reliés par des sables de trituration, noirs, violacés ou rougctUrcs. En certains points, les sables ont été fortement altérés par les agents atmosphériques et ont fini par constituer une sorte de ciment, qui maintient les fragments scoriacés dans leur position et contribue à rendre l'ascension beaucoup moins pénible que celle des autres cônes volcaniques en activité. La décomposition a souvent môme été activée par la présence de la végétation, qui commence à envahir certaines parties de la montagne et facilite la production de lu terre végétale. Les racines des graminées et des orchidées terrestres, qui, sans ôtre encore abondantes, trouvent déjà quelques éléments d'existence, pénètrent le sol d'une sorte de réseau et lui donnent de la stabilité. Vers le sommet du cône, on observe des fissures longitudinales, prolongées sur une dislance d'une trentaine de mètres et dirigées suivant les génératrices du cône; il s'en dégage, en plusieurs points, des vapeurs sur lesquelles nous aurons à revenir. Nous avons remarqué surtout deux groupes de fissures, l'un du côté de l'ouest, l'autre dans la région du nord-est, et nous avons constaté (pie ces fissures atteignent jusqu'au bord du cratère, mais sans y pénétrer et sans continuer celles qui v existent.

A la partie supérieure du volcan se trouve le cratèrp, dont la forme est à peu \>,^m>n»>, près circulaire, et dont le diamètre ne dépassé pas 70 à 80 mètres. Le bord de „lurv ta rn,^„ ce cratère est peu accidenté; néanmoins il présente un point culminant (A, 2,ô5o mètres), qui ne dépasse guère que de f» ou 6 mètres la partie la plus

liasse (B ) silure du côté île l'ouest. La dépression, profonde de QÔ mètre environ, se termine par un petil espace plan qui peut avoir tout au plus m mètres de diamètre. Les roches qui se montrent dans l'intérieur du cratère sont des porphyres trachy tiques bien caractérisés, disposés, soit en un massif continu, comme on le voit dans la région du sud, soit en énormes blocs accumulés, reliés par un ciment argilo-terreux de sables volcaniques décomposés. Le porphyre trachytique est une belle roche grisâtre ou un peu violacée, à texture très-cristalline, formée d'une pâte feldspalhique compacte, englobant de jolis cristaux blancs de rhyacolitheen très-graude abondance. D'autres échantillons présentent une pâte feldspalhique d'un gris foncé. Irès-légèreineut boursouflée ou eellulonse, renfermant des cristaux mal définis de feldspath translucide verdâtre ou jaunâtre, dont quelquesuns atteignent jusqu'à h ou 5 millimètres de longueur. La même roche contient aussi en très-grande abondance de petites masses cristallines peu nettes, translucides, colorées en rouge vif, facilement réduites en poussière par le choc, et qui ne sont probablement que du péridol ferrugineux, fortement altéra par la chaleur. La surface semble parfois un peu altérée ou recuite, mais cette décomposition ne pénètre pas en profondeur, et l'on ne se douterait pas. en général, que l'on a affaire à des roches faisant partie intégrante d'un volcan. Il est impossible, dans tous les cas, de les assimiler de près ou «le loin à des laves, et leur cristallisation très-complète suppose OU refroidissement lent, qui n'aurait jamais pu se produire dans la position où elles se trouvent. L'analogie, ou pourrait presque dire l'identité absolue, existe, au contraire, avec les porphyres trachy tiques des falaises d'Amalitlan et des crêtes dentelées du massif de Pacaya. On observe dans l'intérieur du entière des fissures qui, partant du bord, s'étendent jusqu'au fond, suivant les directions des génératrices de ce cône renversé. Les plus remarquables et les plus continues sont au nombre de quatre, situées au nord, au nord-est et dans la région du sud, mais celle qui attire surtout l'attention est dirigée au sud no" ouest. Elle est ouverte dans la masse porphyro- trachy tique compacte, présente une largeur variable de 20 à 5o centimètres, et s'enfonce à une profondeur probablement très-considérable. Le fond du cratère est formé d'une argile grise ou brunâtre, tantôt presque durcie, tantôt pâteuse dans les endroits où il y a beaucoup d'humidité. Celte argile est le produit de la décomposition des roches feld-

spalhiques sous l'influence des vapeurs acides qui se dégagent en un grand nombre de points.

Toutes les fissures de la partie extérieure du cùne ainsi (pie de l'intérieur du Hi-|*rlil km cratère sont le siège de dégagements de vapeurs et de gaz, dont nous devons wm^tMim dire quelques mots. Au point de vue de la répartition, il n'y a pas d'observations f ^ à faire, car ces fumerolles existent en réalité sur presque toute la longueur des fentes; elles ne sont plus abondantes en des points déterminés qu'à cause des facilités qu'elles trouvent à s'échapper, au milieu des cailloux et des terres éboulées, aux endroits où ces derniers ne comblent pas entièrement les fissures. Le moindre petit tassement local peut modifier d'un moment à l'autre le point où le dégagement se produit, et il suffit souvent de bouclier un point d'une fissure, en comprimant les masses argileuses avec le pied, pour voir les vapeurs s'échapper plus abondamment à quelque distance de là. Le seul point important est donr la position des fissures elles-mêmes, et nous avons déjà eu occasion d'indiquer comment elles sont réparties. Relativement aux 'températures, qui ne sont, en général, pas Irès-élevées, voici ce que nous avons pu observer, en choisissant les points des fissures où le dégagement était le plus abondant. D'abord sur la partie extérieure du cflne nous avons trouvé : dans la Assure du nord-est, à 10 mètres au-dessous du sommet (S), 79 degrés; dans la fissure du nord-ouest, au même niveau (y). 63 degrés ; enfin dans la fissure de l'ouest , à 1 o mètres au-dessous du sommet f £ ), 65°,8o, et à 5 mètres au-dessous du sommet (a), 7&°,8o. Dans l'intérieur du cratère, nous avons trouvé respectivement : à la fissure du nord-est, à mi-hauteur {g), 5a°,5o; à la fissure du nord, à mi-hauteur (/), 69°,5o, et près du fond («), 8i°,5o; à la fissure du sud-ouest, à mi-hauteur (b), 7 t",ôo, cl près du fond (o), 79 degrés; enfin à la fissure du sud uo degrés est, à nù-hauleur (tl), 55 degrés et près du fond (r), 5i degrés. La température la plus élevée de toutes celles que nous avons pu constater est donc de 8r,5o, et la moyenne de toutes nos observations donne 67",3o, ce qui est bien peu de chose et correspond à un état éruplif d'une médiocre intensité. D'ailleurs, ces températures n'ont pas varié sensiblement depuis une dizaine d'années, car le 1\. |\ Cornette, qui a fait l'ascension du volcan de Pacaya au mois de décembre 1 8 5 6 , y a trouvé un maximum de 81 degrés et un minimum de 54 degrés, ce qui correspond presque exactement aux

chiffres que nous avons relevés nous-mêmes. Ce qui est singulier t'es! que, quoique les températures n'aient pas sensiblement varié dans leur valeur, elles »nt subi une modification relativement aux points où elles se manifestent; ainsi le R. P. Cornette attribue la température de 8t degrés à une fumerolle située sur le bord du cratère, tandis que relie de ô'i degrés se rapportait, suivant lui. à une masse d'argile pâteuse, presque de boue mouvante, existant au fond du cratère. D'ailleurs, cela s'expliquerait facilement en admettant (pie la température des fumerolles varie surtout avec leur abondance et leur intensité, la chaleur se perdant dans le sol lorsqu'elles le traversent lentement et en petite, quantité. C'est là le meilleur moyen de se rendre compte des variations assez considérables qui se produisent aujourd'hui en divers points du volcan, el qui ne semblent pas obéir à une loi bien définie, d'après les chiffres que nous avons donnés plus haut. La loi générale de la répartition de la chaleur dans les volcans, qui veut que la température s'abaisse progressivement à mesure que l'on s'élève vers le sommet, trouve assurément sa confirmation dans le "cas présent, ainsi qu'on peul notamment le voir dans le-, deux tissures principales de l'intérieur du cratère (fl-79 degrés. ft-"l°,5o; <f-8l*,5o,/-6p/,,5o), mais elle est en quelque sorte dissimulée sous l'influence d'une cause perturbatrice dont les effets sont prédominants. Cette cause, nous l'avons dit, c'est la déperdition de la chaleur dans le sol lorsque les fumerolles sont faibles et le traversent lentement, el le maintien de la tenq>érature

propre lorsqu'elles circulent, au contraire, avec al tlance et rapidité. Ainsi l'on

peut remarquer que les deux tissures mentionnées plus haut, où la température est la plus élevée et en même temps la mieux réglée, sont précisément celles qui donnent la plus grand*' quantité de vapeurs. Ainsi («). par exemple, est une fumerolle extrêmement importante, sortant avec une certaine violence d'une vaste fente ouverte dans la paroi de rochers, taudis que (</) n'est qu'une petite traînée de vapeur, serpentant au-dessus d'une fissure dans les conglomérats terreux, el la différence des températures de ces deux dégagements est en rapport direct avec celle de leur intensité'.

i:«»p><itii» Les fumerolles du volcan de l'acava semblent présenter entre elles une grande i„mmu,t. analogie de composition, malgré la diversité de leurs températures, de leurs intensités et de leurs disimsitions. La vapeur d'eau en forme l'élément principal et c'est

DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR 435 . probablement à la grande abondance de ce corps qu'est du en partie le refroidissement qui les caractérise. Outre la vapeur d'eau elles contiennent une proportion appréciable d'acide sulfureux, dont la présence, facilement constatée par la manière dont elles rougissent le papier bleu de tournesol, est même sensible à l'odorat; il y a, en outre, de l'acide carbonique et de l'azote en plus ou moins grande quantité, mais dont la proportion doit être assez considérable relativement à celle de la vapeur d'eau, puisque la tension de cette dernière n'est pas Irèsintense à des températures aussi inférieures au point d'ébullition de l'eau. \ous ne savons rien sur l'équilibre qui peut exister entre les quantités relatives d'acide carbonique et d'azote. Quant à l'acide sulfureux, il doit v en avoir à peine quelques millièmes. Il est probable que la composition est à peu près la même pour toutes les fumerolles et que, s'il y a une variation correspondante à celle de la température, elle doit porter principalement sur les proportions de l'acide carbonique, qui devient peut-être de plus en plus abondant à mesure que l'on a affaire à «les dégagements moins chauds.

Il y a une analogie assez remarquable entre le cratère du volcan de l'arava et certains inJiernUhs, les uns et les autres tendant en quelque sorte à devenir des solfatares boueuses, sous l'influence de la diminution progressive de l'intensité éruptive. L'action des vapeurs acides sur les roches feldspalhiques est très-manifeste et produit une grande quantité d'argiles, plus ou moins imprégnées de sulfates simples ou doubles, qui sont ensuite lavées par les pluies et se transforment peu à peu en terre végétale. Malgré l'acidité assez notable des fumerolles, la végétation commence déjà à s'emparer du cratère, et l'on y voit des graminées et des orchidées qui vivent jusque sur le bord des fissures d'où la vapeur s'échappe en abondance. Il est certain que la moiteur chaude qui règne dans ces endroits leur est extrêmement favorable, mais il semble étrange que la présence de l'acide sulfureux ne soit pas plus nuisible qu'elle ne l'est. Il y a un contraste singulier entrées deux manifestations des forces de la nature, réunies sur le même point maigri' leur antagonisme, et, quand ou trouve à côté l'une de l'autre, sur le volcan de Pacaya, la vie végétale à sa naissance et l'activité volcanique mourante, on ne peut s'empêcher d'y voir avec admiration un de ces termes de transition qui complètent merveilleusement l'harmonie générale de la création.

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le in»'ini' qi*r If volcan •le l*»cay*.

.436 VOYAGE GÉOLOGIQLE

m. (tentai C'est probablement du volcan de Pacaya que veut parier M. Squiers ': lorsqu'il

emprunte à un sieur Dunlop le récit d'une ascension exécutée, en i846, à un soidisant rolcan d ' ipacaga, situé tout au voisinage de la ville d'Amatillan. Nous ne reproduirons pas ici la narration de M. Dunlop, car elle nous semble contenir un trop grand nombre d'exagérations |>our avoir un caractère scientifique quelconque; ainsi, quoique, de l'aveu de l'auteur lui-même, le volcan en question n'ait pas eu d'éruption depuis 177G (requise rapporte très-bien au volcan de Pacaya), il en fait une description effrayante, dans laquelle les pluies de cendres, les flammes, les détonations souterraines, les tremblements du sol jouent un rôle important. Or il est manifeste que le volcan de Pacaja ou d'Apacaga était très-tranquille en 1 846, ainsi qu'en font foi les traditions populaires r-l les notes du II. P. Cornette, qui le visita peu de temps après, et le trouva presque absolument dans le même étal où nous le vîmes nous-mêmes. La seule chose qui nous porte à mentionner ici la narration de M. Dunlop, reproduite par \l. Squiers, c'est qu'on y trouve des noms qui n'ont pas paru dans notre étude et que l'on pourrait penser qu'il s'agit de montagnes volcaniques différentes. Ainsi M. Dunlop dit que le groupe se comprise de trois volcans, qui s'appelleraient suivant lui. Volcan de Tormentot ( volcan des tempêtes), haut de h, 000 à 5, 000 pieds au-dessus du niveau d'ensemble et toujours dans un violent étal d'activité, Volcan de Cenizn* (volcan de cendres), haut seulement de 1,000 pieds au-dessus du niveau général et complètement éteint, enfin Volcan de Agita (volcan d'eau), situé plus bas et renfermant nue certaine quantité d'eau. Il n'est pas diflicile de reconnaître là les principaux membres du groupe de Pacaya, tel que nous l'avons décrit; le volcan de Tormentos est le cône principal, qui porte plus spécialement le nom de Volcan de Pacaya: le volcan de Ceniauis est le petit cAne éteint, qui s'élève à l'autre extrémité du diamètre limitant la partie existante du grand cratère partiellement détruit; enfin le volcan d'Agua doit être le cralèri>-lac de la Laguna de la Caldera. Nous n'avons nullement I intention de nous élever contre les noms que donne M. Dunlop aux différents membres du groupe d' \pacaga ou de Pacava (ce qui est évidemment la même chose), car, quoique nous ne las ayons jamais entendu prononcer par les habitants du pays, il est néanmoins très-possible que ces noms existent. Nous

Ut Sl«tr* oj Unirai tatrka . rte . p. Ig3.

désirons seulement prévenir une confusion qui pourrait se produire, si nous ne prenions pas cette précaution, et qui pourrait faire penser que nous avons passé sous silence des volcans d'une importance réelle. 11 demeurera donc établi que les volcans de Tormentos, de Cenizas et d'Agua, cités par M. Squiers, sont les mêmes que ceux dont se compose notre groupe de Pacaya, et l'on ne s'étonnera pas des différences, plutôt apparentes que réelles, qui existent ainsi entre notre ouvrage et celui d'autres auteurs, car nous ne pouvons décrire des volcans que sous les noms que nous leur avons entendu donner nous-mêmes par les habitants du pays. Nous profiterons aussi de cette occasion pour nous mettre en garde contre les relations de j>ersoiincs peu habituées aux recherches scientifiques ou préoccupées surtout de l'effet littéraire de leurs publications. Il est évident (pie le volcan décrit par VI. Dunlop est très-intéressant à contempler par la pensé*', mais il a malheureusement le tort de donner des idées tout à fait fausses sur la inarche des phénomènes éruptifs dans l'Amérique centrale.

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