VOLCAN D'AGI! A
m un.% «.-*pi. m.)
Le spectacle qui se déroule aux yeux du voyageur du haut du volcan «le Paca va ( voir pl. Xl\ , lig. l), est un des plus imposants qu'il soit possihle de voir : on y embrasse d'un seid coup d'util, groupés comme dans un véritable tableau, le massif grandiose du volcan de Fuego, sur lequel se détachent au premier plan les lignes harmonieuses du volcan d'Agua, qui dresse élégamment dans les airs sa cime verdoyante et élancée. La beauté du sjwclacle est due eu grande partie à un petit dérangement, qui. sans affecter sensiblement la régularité du système volcanique envisagé dans son ensemble, reporte le volcan d'Agua à un ou deux kilomètres au nord de la direction générale, et permet ainsi au regard d'atteindre à une dislance plus considérable sans être arrêté par aucun obstacle. En effet, la ligne qui rejoint le sommet du volcan de Pacaya à celui du volcan d'Agua est dirigée vers l'ouest 35" nord, tandis que le rayon visuel mené -jusqu'au groupe du volcan de Fuego s'étend à l'ouest 3o° nord, suivant la direction théorique, de sorte que les trois massifs montagneux forment les sommets d'un immense triangle très-surbaissé.
438 VOYAGE GÉOLOGIQI E
Considéré' isolément , le volcan d'Agua es' '»> (h«s phis remarquables qui existent dans l'Amérique centrale, et, quoiqu'il soit complément éteint depuis un nombre d'années extrêmement considérable, bien longtemps déjà avant la découverte de l'Amérique, il attire toujours l'attention des naturalistes par l'harmonie de ses formes, parles problèmes qu'il soulève et par les intéressants sujets d'étude qu'il offre en abondance. La beauté du volcan d'Agua ne tient pas seulement à son élévation considérable, mais en grande partie à son isolement, car, au lieu d'être constitué, connue la grande majorité des autres volcans, d'un groupe de cônes accolés, il ne se compose que d'un seul cône gigantesque. Quelques volcans, comme celui de Sau-Vliguel et celui dizain», sont bien dans le même cas et ne présentent qu'un cône unique; mais ils n'ont pas le même cachet, parce (pie, ne dépassant pas de beaucoup les contre-forts montagneux sur lesquels ils sont soudés par un de leurs flancs, ils n'ont pas une masse assez imposante pour faire disparaître ces derniers par rapport à eux-mêmes et attirer seuls le regard. Le volcan d'Agua est si immense, au contraire, et domine tellement les collines de Santa Maria sur lesquelles il s'appuie au nord, qu'il les absorbe en quelque sorte, et que, même de ce côté, il a l'apparence d'un gigantesque cône isolé- sur lequel l'œil s'arrête de quelque direction qu'on le contemple. BnIw Le volcan d'Agua s'élève à 3,"ô.'J mètres au-dessus du niveau de la mer et pré-
u^H'"- sente un cône isolé, d'une admirable régularité, posé sur le versant du Pacifique. ttJjw a h**-peu de distance de la ligne de faite. Sa Ikiso immense recouvre un espace de plusieurs centaines de kilomètres carrés. Au nord, il se perd dans les contre-forts de Santa Maria (2,081 mètres), qu'il domine encore de près de i .700 mètres, mais, au sud, il peut prendre tout son développement, et l'on peut voir ses pentes, diminuant progressivement d'inclinaison, s'étendre en courbes harmonieuses jusqu'au delà d'Escuintla, sur une hauteur verticale de près de 3. 000 mètres. Vu d'tëscuinlla, le volcan d'Agua est peut-être ce qu'il v a de plus beau au monde, car aucun obstacle n'arrête le regard, depuis le pied jusqu'au sommet do la montagne, qui semblent raccordés par une ligne continue d'une admirable régularité d'allures. A l'est et à l'ouest le volcan d' Agua est séparé des volcans de Paraya et de Fuegn par de profondes vallées, qu'il domine de plus de a, 000 mètres, et qui complètent ainsi son isolement. Comme il est éteint depuis fort longtemps, sa surface est acei-
dentée de quelques ravins, creusés par les pluies abondantes de l'été dans le revêtement de roches meubles qui le recouvre; mais ces petites imperfections disparaissent à distance, et rien ne semble altérer l'admirable régularité du cône lorsqu'on le contemple de la mer ou même de stations moins éloignées.
La végétation a complètement envahi le volcan d'Agua, et, comme, grâce à son isolement, rien ne s'oppose à la répartition normale des espèces, on voit sur le cône une série de zones bien dessinées qui contribuent pour leur part à l'ewbellir, eu introduisant dans le paysage une élégante variété de nuances. Les champs cultivés occupent la base, et Ton voit s'y succéder la canne à sucre, le café et. le maïs; puis viennent les forêts à essences variées, et enfin les bois de pins clairsemés, qui trouvent au sommet de la montagne les conditions climatériques nécessaires à leur existence. 11 n'est peut-être pas de point plus favorable que le volcan d'Agua au développement naturel des lois de la climatologie et de la bitlanique, puisque ses pentes s'étendent sans interruption du coté du sud, presque depuis le niveau de la mer jusqu'à l'altitude où la vie végétale cesse d'être possible; c'est là qu'on pourra trouver d'abondants sujets d'études, lorsqu'on voudra rechercher les conditions de l'influence que peut exercer le voisinage immédiat sur le» zones diverses d'habitat des végétaux indigènes. Sans pénétrer aussi avant dans ces intéressants problèmes, nous avons déjà louché plus d'une fois, dans les chapitres précédents (p. t i" et suiv.), aux questions de climatologie et de répartition de la vie végétale dont on peut trouver la solution sur le volcan d'Agua, et nous ne croyons pas devoir y revenir, dans ces pages consacrées plus socialement à des études d'un autre genre.
Le volcan d'Agua était complètement éteint, probablement depuis longtemps nu**
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déjà, à l'époque de la découverte de l'Amérique, et il ne reste aucune tradition relative à ses éruptions. Mais on est en droit de supposer qu'elles furent jadis d'une extrême violence, à en juger par l'immense quantité de ponces et de lapilli qui entourent le pied du volcan, et qui ont été certainement in jetés par lui. Le chemin qui mène de La Antigua au village de Sauta Maria suffit pour donner une idée «le l'abondance de ces déjections, car il est entièrement entaillé dans des couches puissantes de ponces blanches, de cendres jaunâtres, de lapilli noirs et de sables violacés, disposés eu lits alternants à la surface de toutes les collines environ-
liantes. On ne trouve, aux environs «lu volcan d'Agua. la trace d'aucune coulée de lave, cl, comme il est peu probable que, s'il en avait existé, elles eussent été aussi complètement recouvertes par les ponces et les lapilli, «m est conduit à penser que les éruptions de ce volcan ont été uniquement caractérisées par l'éjaculalion d'abondantes déjections cinériformes.
Le nom du volcan d'Agua (volcan d'eau ) a fait supposer à quelques personnes qui ne l'ont pas visité' que ce volcan était encore eu activité el cpie ses éruptions se manifestaient sous la forme de masses d'eau boueuse produites par une cause quelconque ; mais il n'en est rien, et voici quelle est l'origine de cette qualification, qui peut, à bon droit, sembler étrange au premier abord. Lors de la découverte de l'Amérique el de la colonisation du Guatemala, le volcan en question était déjà éteint depuis fort longtemps, et il s'était établi dans son cratère un lac produit par l'accumulation des eaux de pluie et par la foute des neiges. En t f>4 i . sous l'influence d'un tremblement de terre, l'une des parois du cratère céda sous la pression du liquide qu'il contenait, et un immense volume d'eau se déversa sur les lianes de la montagne, entraînant avec lui de la terre, des rochers et des arbres, arrachés sur son parcours par le torrent dévastateur. Par un malheureux hasard . la cataracte se dirigea précisément sur la ville que venaient de construire les conquérants, sur l'emplacement où s'élève aujourd'hui le bourg «le Ciudad Yîpja, et il s'ensuivit une épouvantable scène de destruction. Suivant le récit de Torqucmada, une immense quantité de personnes périrent, et la femme d'Alwtrado trouva elle-même la mort dans celle catastrophe. Le peuple, terrifié, s'imagina d'abord que le volcan, entrant eu éruption, avait vomi ce torrent de liquide et lui donna le nom de volcan d'eau. Volcan de Agua. nom qui lui est resté jusqu'à présent, quoique, depuis celte époque, il ne se soil jamais rien produit de semblable; depuis l'inondation de Cuidad Vieja, en i54i, non-seulement le volcan n'a plus
: Voin In phruse qui se troute reproduite «Uns presque tous les ouvinifr-* | . ■■■ cUu.i cm dernién-i année* Mr lin vnlran», rl dont que<qne«-<m* sont fort frirai : »L Agua , ninsi appelé, parce que. durant «es Iniptioi». d'immenses turrenU deau proieuant de ta fonte «ulule des ueijre» qui le recouvrent, mutait sur lin floue» H iimnd-iil la plaine - Nnus wmi> que h- volcan il Ijjil.i n'ayant que .1.-5:1 mètres de Imulciir. est au-dessous «le
In limite de» aeign éternelles. IVji. dans les premières iiii- 11A1 du siècle, lliislorvn Jiium» i, Comptnéio i/< Ai 4» (orw A, U OMM * ««-tenir. L II. tr. VI. eh. XVI. p. :i»i ) «devait contre le» erreurs auxquelles avilit donne naissance le nom du volran d vjrua. en disant : -.Nom l>iiii impropre et imW contradictoire, puisque, tout lolrnn ■'«anl ignivome. aucun ne peut être dit volran
■TeM. -
rejeté d'eau , mais il esl même impossible qu'un pbénomène «lu même genre puisse y prendre naissance, car son cratère échancre n'est plus susceptible de contenir un lac. Ce récit, qui est celui des historiens de l'époque où la catastrophe eut lieu, est parfaitement acceptable, et l'on en trouve même, jusqu'à un certain |H>int, la confirmation dans l'état actuel du volcan; en effet, le cratère présente tous les caractères d'un bassin dans lequel aurait été contenu autrefois un lac, et l'on voit très-nettement sur les flancs de la montagne un immense ravin, parlant du point où le cratère est échancre, et se dirigeant exactement du côté de Ciudad Vieja. Mais on doit reconnaître qu'il fallut un malheureux concours de circonstances pour que l'ancienne cité fût précisément victime du cataclysme, car, le cratère n'ayant pas un trè9-gnnd diamètre, la quantité d'eau qu'il renfermait n'était en aucune façon suffisante pour inonder la plaine, et Ciudad Vieja n'eût pas souffert, si cette ville n'eût reçu le premier choc. Il reste donc bien établi que le volcan d'Agua est éteint depuis une époque anié-historique et «pie son nom lui vient simplement ilu déversement accidentel d'un cratère-lac existant jadis à son sommet.
Quoique le volcan d'Agua ait une élévation assez considérable, l'ascension ne présente aucune difficulté et il n'y a pas un voyageur venant au Guatemala qui ne veuille se donner la jouissance de l'admirable point de vue que l'on a du sommet de la montagne. Fort intéressante au point de vue de la météorologie, de la climatologie et de la botanique générale, cette ascension n'offre pas autant de matériaux pour l'étude de la géologie des volcans; aussi nous bornerons-nous à esquisser assez rapidement nos observations en racontant notre excursion.
Vous sommes partis le 3l mai du village de Santa Maria, on nous étions venus coucher la veille, après avoir franchi en quelques heures la distance qui le sépare de La Antigua, à travers un pays assez intéressant, dont nous avons déjà eu occasion de parler en d'autres endroits de ce travail. Ce village est situé à a, 081 mètres de hauteur, sur un petit plateau qui relie, du côté du nord, les pentes du volcan aux contre-forts montagneux limitant la vallée de Guatemala.
Peu après avoir laissé derrière soi Santa Maria, on aborde les flancs du cône, a»« dont l'inclinaison est encore assez faible, «8 à 3o° tout au plus, ce qui permet à la culture de s'y établir. On est là dans la zone du maïs, que les populations indigènes des environs produisent en assez grande abondance, sur un sol fertile
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composé de pouces et de scories décomposées mêlées, à une assez forte proportion d'argiles jaunes. Celte région cultivée s'étend à peu près jusqu'à la même hauteur de tous les côtés du volcan, au-dessus d Aloteuango, de l'alin, de San l'edro Martyr, etc., sauf au sud, où les forêts prennent une extension plus considérable et n'ont guère été défrichées. Au nord, les champs de maïs s'arrêtent à 2,T»8o mètres à peu près, et font place à une forêt spleudide, dans laquelle on reconnaît, malgré l'altitude considérable à laquelle on se trouve, un assez grand nombre d'essences tropicales. A j,GG'i mètres de hauteur, se trouve une petite clairière au milieu de laquelle est une croix; au pied de cette croix il est d'usage de faire halte. Nous en avons profité pour examiner la nature du sol, qui se compose d'une couche épaisse de sables volcaniques et de lapilli noirs , en Irès-meuus fragments, dont la décomposition produit une terre végétale d'une extrême fertilité. La forêt continue encore au-dessus de ce point jusqu'à 3,o-i7 mètres de hauteur, et elle cesse presque aussi subitement qu'elle avait commencé. Kn même temps, les pentes du volcan tendent à s'accentuer davantage, el elles atteigne tll bientôt 36 et 35 degrés. On pénètre alors dans un vaste espace libre recouvert d'une herbe épaisse, au milieu de laquelle croissent en grande quantité îles herbes el des fleurs, d'espèces inconnues aux régions inférieures. Des pins plantés de distance en dislance accidentent la prairie, mais ils ne sont jamais en
nbre suffisant pour constituer un véritable bois. La nature du sol reste toujours
à peu près la même, mais on peut remarquer qu'il est souvent recouvert d'une assez grande quantité d'argiles, qui rendent le sentier fort glissant lorsque la pluie les délave. A n lieu de continuer à monter directement sur les pentes qui smil maintenant de 30", ou se détourne un peu à droite pour gagner le grand ravin par où s'est précipitée la cataracte de i5Ai, el dans lequel les anfractuosités du sol facilitent l'ascension. C'est là que se trouvent, à 3,333 mètres el à 3,5'i5 mètres de bailleur, les deux tit'rm'm où les Indiens vont chercher la neige, qui s'v conserve une partie de l'année. (Je sont des espèces d'enfoncements où celte neige «'si à l'abri des rayons directs du soleil, ce qui lui permet de ne disparaître que liés- lentement, quoiqu'on soit forl au-dessous de l'altitude où la température moyenne est de o". A mesure, que l'on s'élève, on voit les pins diminuer de nombre et devenir en même temps plus rabougris, quoiqu'ils soient encore dans
DANS LES R ÉPI BLIQUBS DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 443 des conditions relativement favorables à leur existence. On atteint enfin, à 3,700 mètres de hauteur, 1 echancrure par laquelle ou peut pénétrer aisément dans l'intérieur du cratère et qui est située au nord 35° est.
Le cratère du volcan d'Agua est de dimensions très-petites relativement au 1 ,1 volume immense de la montagne, car il n'a pas plus de 175 mètres de diamètre '" J au bord supérieur, et sa profondeur ne dépasse pas 70 mètres au-dessous du point culminant. Il est à jveu près circulaire, mais le diamètre dirigé du nord 3o° est au sud 3o° ouest, est un peu plus grand que les autres Le fond du cratère est une plaine irrégulièrement circulaire, de 7.5 mètres de diamètre environ, reliée au bord par des parois rocheuses assez fortement inclinées, quoique n'atteignant eu aucun point la xerticale. Le sol de cette plaine est très-régulier et très-uni, comme s'il se composai! de dépôts abandonnés par les eaux d'un ancien lac; il se compose en effet d'une niasse argilo-terreuse, sur laquelle croit actuellement une herbe verdoyante. Il est probable que quelque lissurc intérieure permet maintenant l'inlîll ration des eaux de pluie, qui ne s'v accumulent plus, et qui ne pourraient, d'ailleurs, former qu'un lac de peu de profondeur, puisque l'échaucrure est à une quinzaine de mètres seulement au-dessus du fond, dont l'altitude «•si de 3,684 mètres. On y observe quelques gros blocs éboulés venus des parois, qui sont elles-mêmes entièrement composées de roche solide, formant tantôt des murailles continues, tantôt des amoncellements de rochers immenses. Cette roche est. comme toujours, un porphyre trachytique bien caractérisé, composé d'une pâte feldspathique rosée, un peu celluleuse et comme ponciliée, renfermant une grande quantité de cristaux blancs de rhyacolithe. En quelques points des parois et du bord supérieur, on y voit des traces manifestes d'une ancienne activité éruj»tive. car les roches, auprès de certaines fissures presque oblitérées, sont effritées et jaunies comme par le contact de gaz chauds et acides. Il est donc bien évident , quand même les énormes dépôts de déjections einériformes accumulées autour du pied de la montagne ne suffiraient pas à le prouver, que le volcan d'Agua a été autrefois le théâtre de phénomènes tout à fait comparables à ceux qui se manifestent dans les autres volcans de l'Amérique centrale. Le boni du cratère est
' Jiiiirros cil.) Hit que c'ml Mine cavité en forme An rbaudiere avanl i4o varw <lu mini nu ami, «l mu «le
5fi.
M tm§t.
assez accidenté et disposé de manière à affecter la forme d'une ellipse, dont les deux axes ne différeraient pas beaucoup l'un de l'autre. Toute une demi-circonférence, comprise entre le point qui se trouve au sud-est et celui qui est au nordouest, se maintient à peu dechose près à la même altitude de 3, "]âo mètres au-dessus du niveau de la mer; elle est domiuée par le point culminant, situé au sud 3o" ouest, qui s'élève à 3,753 mètres d'après nos observations. Le P.. P. Cornette lui assigne une bauteur de 3,780 mètres, ce qui ne s'écarte pas beaucoup de celle que nous avons déterminée; ce cbiffre reste, en tous cas, de beaucoup au-dessous des fausses évaluations de Cervantes, de Kirkboot, de Hall, etc., comprises toutes entre 4, 200 et ft,6oo mètres, mais obtenues probablement par des mesures Irèsapproximalives. Aux deux extrémités de cette demi-circonférence, le bord s'incline d'une manière plus ou moins abrupte, et les deux pentes viennent se réunir à l'écbancrure où se trouve le point le plus bas, à une altitude de 3,700 mètres. Quoique assaillis par le mauvais temps pendant notre séjour au sommet du volcan, nous croyons néanmoins avoir pu l'étudier d'une manière à peu près complète. I'! nous pensons que les quelques paffes qui précèdent sont suffisantes pour donner sur son état actuel les notions les plus indispensables.
VOLCAN DE PI EGO.- CROUPI 1)1 VOLCAN D'ACATËN V VIO. (PL XIII. 6g. S; pl. XIV. % . pl. XV. AK. »
Les montagnes qui se proOlenl en arrière du volcan d'Agua, dans la vue d'ensemble que nous avons [irise du sommet du volcan de Pacaya. constituent on massif d'une certaine étendue, limité par deux rayons visuels, dont l'un est dirigé à l'ouest 'io° nord, et le second à l'ouest 3o" nord, interceptant ainsi un arc de 10 degrés de développement. Il y a là. en effet, toute une série de cimes volcaniques, formant une sorte de petite ebaine dirigée approximativement du nord au sud et dont une des extrémités est exactement sur le parcours de la lijjne volcanique principale, tandis que l'autre, où se trouve le roue actuellement en activité, est un peu déjelée vers le sud. Celle petite chaîne, quoique formant nu seul gnmpe volcanique parfaitement déterminé, porte deux noms principaux, suivant que l'on considère l'une ou l'autre de ses sommités principales; le cône encore en activité s'appele le Volcan de Fuego, tandis que l'autre cime, appelée Volcan
de Acatenattgo, reçoit aussi quelquefois des Indiens le nom de Pico Mayor (pic le plus élevé) ou de Padre del volcan (père du volcan). Nous n'avons pas besoin d'insisler encore une fois sur l'intérêt que présentent ces groupements, constituant en quelque sorte des systèmes adventifs, dans lesquels l'activité éruptive semble s'être transporté*' suivant une direction perpendiculaire à celle de la ligne volcanique principale. Nous en avons déjà signalé de nombreux exemples dans l'Amérique centrale, et nous savons que c'est plutôt le cas contraire qui esl l'exception. Quoique le système dont nous nous occupons soit parfaitement continu dans son ensemble, il est pourtant divisé assez nettement en deux fractions que nous envisagerons successivement eu leur conservant les noms de volcan d'Acalenango et de volcan de Fuego. Quoique reliés à leur base et jusqu'à une hauteur de 3,ooo mètres environ, ces deux groupes sont séparés à leur sommet par un profond ravin, qui isole distinctement l'une de l'autre les deux cimes principales el ne permet pas de passer aisément de l'une à l'autre.
Malgré notre désir de visiter nous-mêmes le volcan d'Acalenango, nous en vw avons été empêchés par des circonstances indépendantes de notre volonté, par un de ces mille petits accidents qui assaillent le voyageur et qu'il n'est pas possible de prévoir. Aussi nous bornerons-nous à transcrire les renseignements qui nous ont été transmis par M. Tomas Wyld de Dueftas, observateur digne de foi, la seule personne qui soit jamais arrivée au sommet du volcan d'Acalenango. La cime de la montagne (voy. pl. XIII, lig. 3) présente la forme d'une ellipse Irèsallongée, formée par la juxtaposition de deux pilons assez rapprochés el séparés par un col très-élevé. Sur la première de ces sommités, en parlant du nord, on voit les rudiments d'un ancien cratère en Irès-inauvais état de conservation . qui pouvait avoir une centaine «le mètres de diamètre (A). Dans le col lui-même, mais un peu du côté du nord-est, se trouvent encore deux enfoncements, irrégulièrement circulaires, qui sont peut-être aussi les resles de cratères éteints trèsohlilérés (II, Ci). La pointe du sud (D) constitue la partie la plus élevée de la montagne; autaul que nous avons pu en juger «lu haut du volcan de Fuego. elle domine ce dernier de j 5o mètres, ce qui lui assigne une hauteur de 4, i f>o mètres, et la place au premier rang parmi les pics majestueux de l'Amérique centrale. La végétation herbacée s'élève jusqu'au sommel de ce cône éteinl, mais le bois de
ut; vin u;e (Biologique
pins qui occupe les lianes do la montagne l'arrête à 5o mètres à pou près audessous de la cime, et nous pensons que Ton peut, d'après cela, évaluer assez exactement la limite de la végétation arborescente au Cuateinala. C'est celte sommité (lui porte plus spécialement le nom de volcan d' Aoatenaiigo ou de Pico Mayor. A son point culminant on constate l'existence d'une dépression cratériforine, d'environ îôo mètres de diamètre, qui ne présente aucune particularité remarquable. Sur le flanc nord-ouest du cône, non loin du col, il existe deux espèces de puits verticaux d'un très-faible diamètre (E, K ), dont l'un est entièrement comblé par des roebes accumulées, tandis que l'autre reste béant jusqu'à une profondeur trèseonsidérablc. Du côté de l'ouest, non loin du bord du cratère, on remarque une sorte do caverne (F) d'où se dégage en assez grande abondance do la tapeur d'eau à baule température, légèrement acidulée par l'acide sulfureux. Colle espèce do solfatare représente la seule trace d'activité- qui se manifeste à l'époque actuelle dans l'ensemble du volcan d'Acatenango. En résumé, les observations de M. \\ yld nous permettent de ne pas regretter très-vivement do u'axoir pu faire l'ascension du volcan d'Acatenango, puisque, sauf l'existence d'une petite fumerolle près de son sommet, il présent*' Ions les caractères d'un volcan tout à fait éteint, et que son intérêt le plus réel consiste en ce qu'il est le pic le plus élevé* de Rmériquo centrale.
Le massif du volcan de Fuego proprement dit a une forme assez étrange, qui ,-)«n .1» r«.w,. attire immédiatement l'attention de l'observateur. Il se compose d'un cône parfaitement régulier de trois côtés, qui se relie, vers le nord, à 3,670 mètres do bailleur, à une sorte de longue arête saillante, portant le nom de la Mesettt, et dont le prolongement forme l'une dos parois du grand ravin exislaul enlre le \olcan de Fuego et le volcan d'Acatenango.
Lalfaeii La Musela vient se souder assez brusquement sur le flanc du volcan de Fuego:
mais, on examinant avec plus d'attention ce qui se passe, on peut voir qu'elle s'y continue virtuellement, pour ainsi dire, sur un espace d'une cinquantaine de mètres, dans la direction du sud-est, sous la forme d une série de légers accidents caractérisés, on général, par de petites parois verticales de quelques mètres de bauleur, interrompant la régularité des pentes du cône. Ces accidents, groupés sur le flanc nord-est du volcan, à une altitude à pou près constante, dessinent une
sorto de courbe qui semble compléter le svstème existant en dehors du cône proprement dit du côté du nord. Au delà du point où elle vient, pour ainsi dire, mourir sur le volcan de Fuego, la Mesela se continue vers le nord, sur une longueur de près de 800 mètres, sous la forme d une arête saillante, qui, vue de loin, parait être reetiligne. Mais il n'en est point ainsi en réalité, car, en examinant les clioses de près, on constate aisément que la Meseta dessine une courbe assez accentuée dont la convexité est dirigée vers lest, et dont la flèche peut être d'une centaine de mètres. Ce que nous venons de dire ne s'applique évidemment qu'à la partie presque horizontale, qui semble reetiligne de loin; car, à partir du point le plus avancé vers le nord, la Meseta s'infléchit presque brusquement, et. tout en l'abaissant progressivement, elle prend uue courbure très-prononcée, de façon à se prolonger vers l'est perpendiculairement à sa direction primitive. Cette déviation, extrêmement frappante à cause de la rapidité avec laquelle clic se produit, est même plus considérable qu'il ne semble au premier abord. En effet, si l'on ne s'attache pas à considérer comme le prolongement d« la Meseta l'arête saillante et très-inclinée qui se continue dans l'est, on peut voir qu'il s'en détache une sorte de rameau, courant au sud-est, limité intérieurement par des parois presque verticales et formant en quelque sorte la suite du système d'ensemble de la Meseta. En résumé, si l'on part des accidents répartis sur la surface du cône du volcan de Fuego, pour marcher, d'abord au nord par la Mesela proprement dite horizontale et légèrement curviligne, puis à l'est par l'arête saillante qui la continue, enfin au sud-est par le rameau adventif qui s'en détache, on voit que l'on aura décrit une demi-circonférence complète, et c'est cet ensemble que nous considérerons comme constituant le système de la Meseta. Envisageons maintenant les pentes extérieures et intérieures qui limitent cette série d'arêtes. On verra que la région culminante, large tout au plus d'uu mètre, peut être considérée comme la ligne de faite d'un véritable toit, dont les pentes s'enfuient de tous côtés avec une forte inclinaison. En dehors, c'est-à-dire vers l'ouest et vers le nord , ce sont d'immenses parois de scories et de cendres , régulièrement inclinées d'une trentaine de degrés et descendant soit jusqu'au ravin qui sépare les groupes des volcans d'Acalenango et de Fuego, soit à une profondeur énorme, jusqu'aux plaines liasses assises sur le versant du Pacifique; en dedans, e'est-à-dire vers
l'est et le sud, ce sont dalmrd des pentes comparables à relies dont nous venons de parler, mais qui se transforment bientôt en de gigantesques murailles ù pic, au-dessous desquelles s'ouvre un gouffre immense, rempli de rochers amoncelés, de scories, en quelques endroits même de forêts, où IVeil se perd à un millier de mètres de profondeur. Les pan us verticales sont couverles de plaques blanchâtres, jaunes et rouges, comme si les roches avaient été altérées par la chaleur et corrodées par des vapeurs acides; il en est de même pour les rochers à pic qui prolongent le système sur les flancs du cone. Ru somme, la forme générale semicirculaire de l'excavation, le peu de largeur de l'arête saillante, les juntes extérieures régulièrement inclinées et recouvertes de cendres, les parois intérieures en grande partie verticales et formées de roches partiellement décomposées, tout nous porte à considérer le système de la Meseta comme les rudiments d*un immense cratère éteint, et détruit, sur une bonne moitié de son étendue, par quelque terrible éruption paroxysmalc. Kn admettant cette hypothèse, ce serait alors sur le bord même de cet ancien cratère, éleinl el en partie démoli, que se serait élevé' le cone du volcan de Fuego actuel, qui renferme lui-même deux cratères, ainsi que nous aurons occasion de le démontrer ci-après. On aurait alors affaire à un groupe de trois évenls éruplifs successifs, répartis sur une direction à peu près nord-sud, et continuant le système du volcan dWeatenango, de manière à constituer un ensemble extrêmement remarquable par son extension et par ("intensité des phénomènes volcaniques qui s'y sont manifestés à diverses époques de l'histoire du globe.
De tous les cônes et cratères qui constituent ce système, le volcan de Fuego W""**"''" proprement dit est le seul qui soit aujourd'hui le siège de l'activité éruplive. Lors de la complète du Guatemala par les Espagnols, il était déjà eu feu, et probablement depuis assez longtemps, car il jouissait d'une grande réputation et causait la Himii i temar des populations du voisinage. Pendant les siècles suivants, ses éruptions furent fréquentes et terribles, et il occupait une des premières places parmi les innombrables volcans en activité qui recouvraient, à cette époque, l'Amérique centrale de leurs laves el de leurs pluies de cendres. Parmi ses éruptions les plus violentes, on cite celles de i 5 a 6 , — lô'ii, — 27 décembre i">8i (la quantité de cendres projetées fut telle, que le soleil en fui complètement obscurci et
qu'on dut, à la Antigua, allumer des lumières à midi), — i58s, — 1585, — i 586 (pendant ces deux dernières années le volcan eut une éruption presque chaque mois, et la plus terrible fut celle du a 3 décembre 1580), — i6i4, — l6s3, — 1G8O, — 1705, — 1 706, — 1 707, — 1717 (le 27 et le 9 8 août, le volcan vomit des flammes accompagnées de violentes détonations souterraines et recouvrit de cendres les pays environnants), — '73a, — 1730/'', — 1829, i855, — le y janvier |856 (les cendres vomies pendant cette éruption furent transportées jusqu'à Tocoy, a près de i5o kilomètres au nord-est; ces cendres, recueillies à Tocoy, contiennent 1/10 de fer magnétique) , — le 17 février 1857. Enfin, le 1 7 août 1 860, il y eut une petite tentative d'éruption, mais, depuis cette époque, le volcan est resté relativement en repos, quoique sa cime soit toujours couronnée d'une colonne de fumée blanchâtre plus ou moins abondante. Les éruptions du volcan de Fuego n'ont donné que rarement des laves : à peine voiton, dans la direction du sud, quelques petites coulées qui se sont épanchées par une fissure adventive ouverte près de la base <lu cône, mais non point par son sommet. Les déjections les plus habituelles du volcan sont scoriacées et cinérifonnes, et se manifestent sous la forme de lapilli et de sables volcaniques noirâtres et violacés. Il est à remarquer que les matériaux feldspalhiques ou ponceux qui se trouvent en grande abondance autour de La Antigua Guatemala semblent plutôt avoir pour origine le volcan d'Agua, tandis que les déjections produites par le volcan de Fuego seraient généralement basaltiques ou pyroxéniques, ainsi qu'on le voit tout autour de cette montagne. Les lapilli, les cendres el les sablps noirs du volcan de Fuego sont facilement altérables sous l'influence des agents atmosphériques et se transforment en une terre végétale foncée d'une extrême fertilité. C'est h cela (pie l'on doit la richesse des terrains cultivés à Duenas, CapctiUofl, etc. et la présence des admirables forêts qui recouvrent les premières pentes du volcan d'un dôme de verdure presque impénétrable.
Le volcan de Fuego est aussi peu connu des habitants du pays environnant qu'il en est redouté; à Guatemala, on en considère généralement l'ascension m^Ja^rnm comme impossible, quoiqu'il soit parfaitement prouvé que quelques personnes m ^'boMtt
1 Juai-iw. \ CmptnJia de k kutorm <t, U ttuaW Je guNWllft, l. II. tr. VI. rh. ».,, ,,. 35»). U dttïiniqramr I L I. li»r,.|X,cfa. tt),
V«ar (pM.logi.pK. 57
ont déjà alteint sou sommet. Ainsi MM. Schneider el Beschor y sonl arrivés les premiers le 7 septembre 1 860 , et , depuis, M. Tomas Wyld de Duenas j est monté deux ou trois fois, soit seul, soit accompagné de MM. Salwin et le baron de Siebach. Ce n'était donc pas une entrepris»' entièrement nouvelle (pie d'aller étudier sur place le cratère du volcan de Fuego et les phénomènes qui s'y manifestent: mais nous devons ajouter qu'aucune des personnes qui ont l'ait l'ascension du volcan de Fuego ne l'ayant exécutée dans un but scientilique et avec des moyens propres à en tirer des résultats intéressants, ce volcan n'en était pas moins absolument inconnu, quoiqu'on eût atteint sa cime à plusieurs reprises. Nous étions donc les premiers qui nous proposions de gravir la montagne pour y chercher des éléments d'études sérieuses, et nous pouvons nous flatter de présenter des observations et des considérations entièrement nouvelles sur les phénomènes qui ont pris le volcan de Fuego pour théâtre de leurs manifestations. MM. Schneider et bVsehor, qui sont arrixés les premiers au sommet du volcan de Fuego el qui ont le mérite d'avoir affronté les premiers des dillicultés dont il ne faut pas se dissimuler la gravité, ont publié un récit de leur ascension dans la Garcia de Guatemala (Gareta de Guatemala, tome 11° 3t,du u 1 septembre 18(10, et n" 3u, du m(> septembre 1 8G0); mais celte narration, quelque intéressante qu'elle puisse être, n'a |ws assez de valeur au point de vue scientilique, pour que nous croy ions devoir la reproduire intégralement. Nous nous bornerons à en extraire quelques lignes, qui, malgré le pu de clarté des descriptions, semblent prouver que la disposition générale du sommet du volcan ne s'est pas sensiblement modifiée pendant ces dernières années.
" Le volcan de Fuego semble contenir deux cratères; peut-être autrefois
ont-ils été réunis de manière à n'en former qu'un seul, mais, dans nue de ses éruptions, le volcan souleva, dans toute sa longueur, une roche immense qui le divise en deux sections, et dont la partie visible est de 5o pieds plus élevée que le bord 1 . Du côté du nord, la masse de rochers s'est engouffrée de manière à combler la partie du cratère qui se présente à la vue et à n'y laisser (pie quelques dégagements
1 II e*l éiidciil i|u« cette cxjilkatioii île \» cucMotence suce»»**- de deux dépressions, dont l'une Decujail te som- <tes deilv cralore« n'ert )»•• wlmiwible el qn'rm «Ml lallri- met même du vnleail. UmhIU <|ue la nei-nnile »'e«t di»|K*é> bner. connu» nous le démontrerons ci-aprê« , « In fomuitiiui obliquement *iir Ton de vt Amie».
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GlUTEMALA ET DE SALVADOR. 451 de fumé»' sulfureuse. Du côté du sud, dans l'autre moitié du volcan, se trouve la dépression où l'activité est la plus grande; mais nous n'y pûmes faire aucune observation pane que le vent, qui chassait la fumée dans la direction sud-ouest, ne nous permit pas d'atteindre le boni de ce côté-là, ni de monter sur le massif rocheux qui s'élève au centre. Ce massif est couvert, sur toute sa surface, de petites roches et d'une multitude de pierres volcaniques toutes enduites de soufre. A l'ouest , ces rochers se perdent dans une barranca qui descend vers le pied de la montagne. A l'est, on voit aussi descendre progressivement un petit courant de lave, qui sortit du volcan dans cette direction lors de sa dernière éruption, le samedi 1 7 du mois passé (août). Nous pûmes examiner cette partie du volcan à la distance de vingt pas environ, mais, à cause de la fumée, il fut impossible d'arriver à la considérer de plus près, et nous entendîmes seulement que lu lave et le soufre étaient en ébullition a la distance que nous venons de mentionner. Nous fîmes bien une tentative pour nous en approcher davantage, mais la terre était tellement chaude, et la fumée qui nous gênait beaucoup devint tellement insupportable, qu'il fallut nous borner à écouler le hruit de la masse incandescente. Néanmoins nous recueillîmes divers fragments de soufre chaud, ainsi qu'une pierre rouge, et nous remplîmes nos poches de ces échantillons. Nous nous en allâmes ensuite de l'autre côté du volcan, pour voir l'ancien cratère. Le bord de ce eralère est presque vertical vers l'intérieur et vers l'extérieur, aussi est-il difficile d'y arriver; dans toute la partie que nous avons parcourue, il est très-accidenté, le point le plus bas se trouvant à l'ouest-nord-ouest,à l'endroit où prend naissance le ravin du petit
cratère '■ En montant de là jusqu'au champ de lave du petit cratère, on s'élève
d'environ Uo pieds en contournant l'ancien cratère. Ce dernier peut avoir 8 o vares 1,1 de diamètre de l'est à l'ouest, et ho du nord au sud; nous calculons, en conséquence, que le sommet du volcan ne peut pas avoir plus de 3oo à 4oo pieds de diamètre. Il n'est pas profond; sapins grande profondeur est de i6 vares, mais ses dégagements de gaz sont en activité, et nous pensons que les roches qui recouvrent sa surface ne sont ni pesantes, ni dures, et que d'un jour à l'autre il
peu intelligible. Nous ne union* île quel rat in il e»t que»- que*.
tion. et il (nul peut-être «dnMM qa'il n ili»pnru. «le- " U'ïare vaut 838 millimètre,
peul s'enfoncer de nouveau pour laisser voir son intérieur profond el en activité comme son voisin. Les roches du bord sont de la même nature que toutes celles que nous avons déjà décrites, et , dans beaucoup d'endroits, elles s'incbnent fortement vers le cratère, de manière que l'homme qui y marche se met en danger de s'enfoncer el de disparaître. C'est le point où nous posâmes le pied lors de noire arrivée au sommet du volcan, et c'est de là que nous partîmes pour redescendre. - \x*s>iou C'est à la lin de mai 1866 que nous fîmes l'ascension du volcan de Fuego, el.
«iiTolcantfeFiMgu.
Zw..>ii««ferfta. quoique le moment ne fût pas très-hieu choisi, parce que la saison des pluies était déjà établie avec une certaine violence, nous eûmes la lionne fortune de pouvoir profiter, pendant les journées du -iG et du H7 mai, d'un temps magnifique, qui nous permit, non-seulement d'étudier avec facilité toutes les particularités du volcan, mais encore d'admirer le point de vue splendide dont on jouit au sommet «l'une montagne aussi élevée. Sans vouloir mettre au second plan les plaisirs artistiques cpie procure la contemplation d'un spectacle aussi grandiose que celui que nous eûmes iwiidant quelques heures sous les yeux, qu'il nous soit permis d'ajouter que nos connaissances générales sur la topographie et les allures d'ensemble du pays ne perdirent rien à la netteté du paysage qu'il nous fut donné d'examiner, à travers une atmosphère d'uni' transparence idéale. Nous ne voulons point insister ici sur la première partie de notre ascension, mais nous croyons pourtant que nous devons en dire quelques mois, quand ce ne serait que pourservir de guide aux voyageurs qui étudieront plus tard les phénomènes naturels de l'Amérique centrale el auxquels le hasard pourrait mettre ce travail entre les mains. Après avoir passé la nuit à Ducnas, charmant petit village situé à environ S kilomètres de la Antigua Guatemala, nonr partîmes de grand matin pour l'hacienda de Capelillos; nous devions y retrouver six porteurs indiens d'Alolenango, dont nous avions eu soin de nous assurer d'avance les services, en allant les demander à l'alcade du villageau nom du gouverneur de la province. Après avoir dépassé l'hacienda de Capelillos, on peut faire encore à cheval une dislance d'environ '1 kilomètres dans une plaine doucement inclinée, qui v ient se relier aux premiers contre-forts du volcan. Le sol est formé de sables volcaniques noirs très-forlenieni altérés par les agents atmosphériques. Bientôt il faut mettre pied à terre, et l'on entre dans une forêt extrêmement épaisse où il existe encore un rudiment de sentier. Presque
immédiatement après, on aborde des pentes d'une très-forte inclinaison, sur lesquelles il est très-dillicile de s'avancer, à cause de la mobilité des matériaux qui composent le sol, et surtout à cause de la puissante végétation qui a envahi avec une excessive rapidité un sentier à peine tracé et qui oblige à se fraver un chemin à coups de machete'^. La terre glisse ou s'éboule sous vos pas, les lianes vous «rrèlenl à chaque instant, les arbustes épineux vous déchireut les mains et la Ggure. el il faut plusieurs heures de pénibles efforts pour traverser la zone des forêts tropicales. A 3,ooo mètres de hauteur environ, on atteint le commencement de la région des pins, et, quoique la végétation soit infiniment moins épaisse, on éprouve presque autant de difficulté à avancer, sur un terrain en pente très-forte couvert d'herbes glissantes et d'aiguilles de pins. On s'aperçoit alors que l'on s'élève sur la tranche d'une immense arête presque isolée, qui se détache du massif du volcan de Fuego; au non! se trouve un profond ravin, de l'autre côté' duquel surgissent les pentes du volcan d'Aealenango ; au sud on longe des parois presque verticales, cpii dominent un gouffre immense, limité de deux autres cdtés, d'abord par le volcan de Fuego, dont les lianes sont un peu altérés dans leur régularité en cet endroit, ensuite par la Meseta, dont la crête horizontale relie au cône du volcan de Fuego la muraille sur laquelle on se trouve. A quatre heures el demie de l'après-midi, nous atteignons l'altitude de 3,u8^i mètres et nous nous arrêtons, pour y passer la nuit, dans une sorte de clairière où nous faisons construire par nos Indiens une |ielite hutte en branches de pins. Nous allumons un grand feu pour nous préserver du froid, qui, sans être rigoureux (ia" pendant la soirée cl 0",7f) à heures du matin), est pourtant très-sensible pour des personnes habituées depuis longtemps au climat des terres chaudes.
Le lendemain matin, au lever du soleil, nous nous mimes en route pour ache- l, m,*-i„ ver notre ascension, espérant bien arriver assez tôt au sommet du volcan jmur de 1» >i^i*t>..n pouvoir consacrer quelques heures à étudier le cratère dans tous ses détails. I n peu avant d'arriver à la Meseta, on voit les pins diminuer progressivement, et bientôt ils disparaissent complètement. Cela tient à ce que les scories et les lapilli qui recouvrent le sol n'ont pas été transformés encore en terre végétale, el
'' Le machele est un espèce de grond «abre droit, que ton» genre* au milieu des fiirtl* vierges, où d «nue « errer l liidien 11e quille jamais e« qui lui rend des services de souvent pendant In plu. grande partie de «•» journée*.
454 VOYAGK CÉOLOKIQI E
iip peuvent fournir aux arbres leurs éléments d'existence, mais non pas à ce qu'on a atteint la limite de la végétation arborescente; en effet, sur le volcan d'Acaleuango, on voit les pins monter jusqu'à '1,000 mètres d'altitude et les herbes occuper la cime même de la montagne. Sur le volcan de Fuego, les conditions ne sont plus les mômes, et si, du côté du nord, les pins atteignent jusqu'à l'altitude de la Mcseta, ils s'arrêtent beaucoup plus bas à l'est, au sud et à l'ouest, où les lianes, absolument nus à partir de a, '100 et s,5oo mètres, sont uniquement recouverts de scories brunes et de sables volcaniques noirâtres. Au point où l'on atteint la Meseta proprement dite, l'arête saillante change assez brusquement de direction, en décrivant une courbe d'une centaine de mètres de rayon, et l'on commence à marcher vers le sud. On est alors à 3,666 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer. La Meseta, longue de 800 mètres environ, n'est pas absolument horizontale; elle présente un point culminant, plus élevé d une dizaine «le mètres que l'ensemble de l'arête, et situé à 100 mètres de l'endroit où elle rejoint le cône. La surface de la Meseta est entièrement recouverte de scories et de lapilli brunâtres assez mouvants, et l'on n'y voit que quelques touffes d'herbes malingres el rachitiques. Les flancs extérieurs de cette sorte d'enceinte curviligne descendent jusqu'à une grande profondeur avec une pente régulière d'une trentaine de degrés, tandis que les parois intérieures se raccordent à îles murailles verticales dominant un gouffre immense. Ainsi que nous lavons exposé plus haut, nous sommes portés à croire que Ton a affaire aux rudiments d'un gigantesque cratère presque entièrement détruit. La ligne de faite de la Meseta peut avoir 1 mètre de largeur, en moyenne; quoiqu'il ne soit pas très-dangereux d'y marcher, il faut pourtant le faire avec certaines précautions, car la mobilité du sol, composé de scories roulantes, pourrait entraîner de graves accidents, si l'on avait le malheur de faire un faux pas, et l'on ne doit [mis se dissimuler que l'on éprouve une singulière sensation à se trouver ainsi comme sur la crête d'un toit immense, dont les pentes fuient rapidement au-dessous de vous.
CèMiamnil Au point où la Mqseta rencontre le cône (tout en se continuant à sa surface nkufciw Slir un'- cinquantaine de mètres) au nord ao° est, à 3,670 mètres de hauteur, on a devant soi une pente admirablement unie, qu'il faut encore gravir pour atteindre le sommet du volcan. L'inclinaison varie de ■>% à 3 > degrés, et le sol se compose
uniquement de scories et de cendres noires, brunes et rouges, en fragments dont la grosseur ne dépasse pas le volume du poing. Ces matériaux sont excessivement meubles el se déplacent sons le pied avec la (tins grande facilité. Quoique l'ascension soit fort pénible , elle n'est pourtant pas comparable à celle du volcan d'Izaleo, où l'inclinaison des pentes est encore beaucoup plus accentuée. Après une heure et demie d'efforts, on atteint une paroi de roche solide, formant un ressaut à peu près vertical de k à 5 mètres de hauteur, où apparaît un porphyre Irachytique roujjeâlre ou violacé, à pâte feldspathique et à petites mouches blanches informes, transformé à sa surface en une niasse scoriacée d'un gris rougeàtre, pénétrée de cristaux mal définis de feldspath opaque, longs de quelques millimètres, et saupoudrée de soufre et d'alun. Au-dessus de cette paroi verticale, on rencontre un espace doucement incliné d'une trentaine de mètres de longueur, formé' d'un amoncellement de blocs plus ou moins volumineux d'une roche exactement semblable à celle que nous venons de décrire. Près de là se trouvent de vastes étendues de croûtes aluneuses et sulfureuses, recouvrant un espace de plusieurs centaines de mètres carrés ; il en existe d'autres encore sur le flanc est , non loin du sommet, et près de l'endroit où prend naissance l'arête de la Meseta. On arrive bientôt et sans difficultés en un point situé au nord ao" est et à 6,001 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Lorsqu'on atteint le sommet de la montagne de ce côté-là, on est quelque peu u».i.i»«,b surpris de n'avoir devant soi qu'une petite dépression cralériforme, irrégulière- '^jX,!*^ ment circulaire, de 5o mètres de diamètre tout au plus et de 2 5 mètres de profondeur, dont le sol est formé de débris scoriacés et rinéri formes, au milieu desquels s'échappent quelques fumerolles. Mais on s'aperçoit bientôt que ce ne sont là que les restes d'un petit cratère ancien plus ou moins oblitéré, et que le véritable cratère actif actuel se trouve un peu plus loin. En effet le bord de ce petit cratère est détruit sur un tiers de sa circonférence environ, du côté du sud ao" ouest, et l'on voit qu'il est en communication, par cette sorte de brèche, avec une gigantesque cavité d'où sortent en tourbillonnant d'énormes volumes de vapeurs. Aux deux extrémités de la partie intacte du bord, el par conséquent des deux côtés de la brèche, à l'est et à l'ouest, s'élèvent de puissantes masses rocheuses semblables à deux piliers commandant l'entrée du gouffre. Ces masses rocheuses se
composent d'un porphyre trachytique violacé, presque intact , à peine recuil à sa surface. On y voit aussi des roches porphyroïdcs formées d'une paie compacte d'un gris verdalre, cugloliaiit un grand noinhre de cristaux de rhyacolithc et de feldspath opaque, au milieu desquels sont disséminées des baguettes d'amphiholc noire, dont quelques-unes sont longues de h millimètres, ainsi que des dépôts pulvérulents d'une matière jaune ou verdalre, qui doit être du péri ( loi arrivé » un élat de décomposition très-avancé.
Celui des massifs rocheux qui s'élève à l'est peut servir eu quelque sorte dnb-
tr|i|f*|
servatoirc, et de son sommet on peut aisément contempler l'ensemble du cratère actif, placé, par rapport à l'ancien cratère, de telle façon (pie la ligue des centres est dirigée du nord ao°est, au sud 20° ouest. Ou voit alors un gouffre effrayant, ouvert entièrement sur le flanc du cône, du côté du sud-sud-ouest, de manière à dessiner par son contour une sorte d'ellipse, tellement disposée que l'une des extrémités du grand axe est située à environ 3oo mètres au-dessous de l'autre. Cette gigantesque cavité, presque exactement circulaire, dont la profondeur totale est d'au moins (îoo mètres, ainsi (pie nous l'avons calculé d'après le temps (pie met à atteindre le fond une pîeriv jetée du bord, et dont le diamètre peut être esliuié à '100 ou 45o mètres, est formée par d'immenses parois verticales beaucoup plus élevées du côté du nord que du coté du sud. Os murailles à pic se raccordent . par une sorte d'entonnoir, à un puits terminal, ayant une centaine de mètres de profondeur et presque autant de diamètre. Les parois sont composées de roches compactes en place, probablement de porphyres trachy tiques fortement altérés à leur surface et recouverts, en beaucoup d'endroits, de dépôts pulvérulents de soufre et d'alun, taudis que les parties inclinées sont formées de gros blocs accumulés dans un effrayant désordre. La partie inférieure du puits terminal est constituée de la même manière, et il est probable qu'il est fermé par une sorte de voûte naturelle produite f 1 ; 1 1 ■ un amoncellement de blocs éboulés, amenés là depuis la dernière éruption par l'action destructive de quelque tremblement de terre. En effet, en 1 860, le fond du cratère devait être encore omerl pour livrer passage aux énormes \olumes de fumée qu'en voyaient sortir MM. Schneider et Heschor. Quoi qu'il en soit, le cratère du volcan de Fuego mérite, par ses dimensions exceptionnelles comme profondeur, d'être classé parmi les plus remarquables de l'Amérique centrale.
du
La durée de notre séjour au sommet du volcan devant être forcément très-limitée, l'un de nous resta à explorer la cime, tandis que l'autre entreprenait de faire le tour du cratère pour en examiner de plus près les particularités. C'était une tentative diflicile, périlleuse même, et nous sommes fort heureux d'avoir pu la mener à bonne fin sans accident, car il est peu probable que quelqu'un se risque de longtemps à recommencer une semblable excursion. Du coté de l'ouest, le bord du cratère est entouré d'immenses masses rocheuses a parois verticales dans presque tous les sens, qui ne permettent pas de s'en approcher; pour trouver un chemin à peu près praticable, il faut descendre sur les flancs du cône jusqu'à soo ou a5o mètres au-dessous du sommet, et, pour arriver là, on rencontre une série de murailles à pic et de pentes mouvantes excessivement roides, où il est trèsdifficile de se conduire sans danger lorsqu'on a eu l'imprudence de s'y engager. Plus bas, les flancs du cône sont d'une admirable régularité et descendent, avec une pente moyenne de 3o degrés, jusqu'à une immense profondeur sans laisser voir autre chose que des scories et des cendres brunes sur lesquelles ne croit pas même un brin d'herbe. Les masses rocheuses de l'ouest, après avoir entouré à peu près un tiers de la circonférence du cratère, se prolongent assez loin vers le sud, en dessinant une arête saillante sur la surface du cône. Il existe une seconde arête du même genre, produite par le prolongement des masses rocheuses qui se trouvent à Test, et elle se dirige à peu près parallèlement à la précédente, à i 5o mètres de distance environ. Entre ces deux murailles, on voit une pente assez fortement inclinée, formée par un amas de gros blocs scoriacés au milieu desquels se creuse bientôt une profonde barranca, qui, se déviant un peu vers l'ouest, donne naissance à l'une des branches du rio Achiguale. Le cours de ce torrent est traversé, non loin de sa naissance, par un des chemins de la terre chaude, et l'on raconte qu'il est quelquefois très-dangereux de s'y engager pendant la saison des pluies. En eflet, les scories et les cendres forment des espèces de barrages, qui retiennent les eaux déversées par les orages, et ce n'est que quand il s'est formé des petits lacs d'une certaine importance que les digues sont rompues tout à coup, et qu'ils si* précipitent dans la plaine, sous la forme de torrents boueux qui s'avancent avec une effroyable violence, détruisant tout ce qu'ils rencontrent sur leur parcours. Le bord du cratère du côté de l'est ne diffère pas beaucoup de ce qu'il est du
côté de l'ouest; néanmoins les massifs rocheux ne s'étendent pas aussi bas sur la surface du cône et ils y sont moins abrupts, de sorte que l'on peut s'y engager sans courir autant de dangers. Au sud. entre les deux arêtes parallèles, la pente rocheuse qui constitue le ravin se transforme, au bord du cratère, en une petite plaine peu accidentée. Le difficile est d'arriver jusque-là, mais, lorsqu'on y est, on peut y marcher en toute liberté d'esprit, et c'est là qu'il est le plus aisé d'atteindre jusqu'à l'extrême bord du cratère et de plonger le regard dans ses immenses cavités. Le sol de la plaine est formé, soit de gros blocs accumulés en désordre, soit d'une niasse argileuse craquelée et fissurée dans tous les sens, dont l'origine est due à la réaction des vapeurs acides sur les matériaux feldspathiques du milieu desquels s'échappent un très-grand nombre de fumerolles. L'aspect contourné et hérissé cpie présentent les lianes du volcan de ce côté-là , à cause de la présence des blocs scorifiés accumulés, a fait penser qu'il y existait une puissante coulée de lave. Vous croyons que c'est une erreur, car toutes les rorhes que nous avons examinées son» des porphyres Irachytiques très-scoriliés. analogues en réalité à ceux qui existent au sommet de la montagne, près du petit cratère oblitéré, quoique plus altérés à leur surface. On rencontre néanmoins des fragments isolés dont la composition est différente et qui rappellent beaucoup les laves vitrifiées du pied de l'Izalco. Ce sont des masses noires, quelquefois un jkhi boursouflées, plus souven» à rassure conchoïdale, formée» d'une pâte pyroxénique, englobant un grand nombre de cristaux blancs de rhyacolilhe. On y remarque aussi de volumineux morceaux (i centimètre 1/2 de longueur) d'orlhose jaunâtre, translucide, à reflets irisés, ainsi que des granules semi-crisUdIins de péridot ferrugineux de couleur brunâtre. Mais nous sommes portés à croire que ce sont simplement de» fragments projetés par le volcan, et arrachés au bord de la Assure par Inquelle s'est épanchée la coulée de lave qui existe en effet au pied de la montagne dans la directiou du sud , ainsi que nous avons pu nous en convaincre par nous-mêmes après l avoir appris de personnes dignes de foi. La lave fluide, sans jamais atteindre le bord du cratère, doit s'être déversée à la lwse du cône par un évent adventif, ouvert momentanément dans un point donné, dont nous ne connaissons pas exactement la situation. En résumé, la partie supérieure du volcan de Fuego est extrêmement accidentée et cela en grande partie à cause de l'inclinaison du cratère actif,
IH\S LES BÉPl BLIQLES DE Gl ATEMALA ET DE SALVADOR. 459
qui se Irouve disposé entièrement sur un des flancs après avoir entaillé les rudiments d'un ancien petit cratère situé au point culminant. Au nord, le cône est régulier sur une hauteur verticale de 3oo mètres environ , entre les parois abruptes du sommet et le point où la Meseta prend naissance. Au sud, il est dérangé par deux longues murailles de rochers parallèles. A l'ouest et à l'est, il est tourmenté jusqu'à une centaine de mètres en moyenne au-dessous du bord du cratère, puis il se continue par des pentes excessivement régulières, inclinées de 3o à 3 a degrés, formées de scories brunes et de lapilli, qui se prolongent d'un côté jusqu'à une immense profondeur et se perdent de l'autre (à a,5oo mètres d'altitude) dans de magnifiques forets tropicales.
Des fumerolles, en nombre très-considérable , viennent encore ajouter à Tinté- Répartition rél que présente ce remarquable ensemble. Nous allons nous occuper de fixer leurs positions et d'établir leurs principaux caractères. Le petit cratère rudimentaire situé à la cime du volcan présente, dans sa région orientale, plusieurs dégagements de vapeur d'une faible intensité, répartis sur la direction de deux ou trois fissures longitudinales partant du bord du cratère pour en gagner le fond. Nous avons observé près du bord du cratère {/) des températures de 79°, 8o°, 5o et 81 degrés, tandis qu'au fond (<;), nous n'avons plus trouvé que 5y degrés, ce qui est assez remarquable et constitue une exception à la loi générale des températures, telle que nous l'avons établie pour la plupart des volcans de l'Amérique centrale. L'une de ces fissures se continue en dehors du rratère, sur les flancs du cône, dans la direction de l'est, et descend jusqu'à une quarantaine de mètres au-dessous du sommet, suivant une des génératrices du cône. Cette fissure rejoint, à sa partie inférieure, un vaste espace recouvert de croûtes d'alun blanchâtre, qui constitue, à la surface du volcan, une grande tache de couleur claire, visible même de La Antigua. La direction de la fissure est jalonnée par des dégagements de gaz plus ou moins abondants, dont la température s'élève à mesure que l'on descend. A une vingtaine de mètres au-dessous du sommet (g), nous avons constaté une température de 86 degrés.
Dans le grand cratère actif, on aperçoit tout au fond une fumerolle abondante qui se fait jour vers le nord-est. A peine est-il nécessaire de dire qu'elle est complètement inaccessible et qu'il en est de même pour 6 ou 7 dégagements de gaz
très-importants (h) qui s'échappent des parois du grand puits vertical. Ces fumerolles sont réparties en cinq groupes principaux, situés au nord, à l'ouest 20 degrés nord , au sud 20 degrés ouest , au sud-est et au nord-est, à des hauteurs qu'il est difficile d évaluer, mais qui correspondent à peu près a la moitié de la profondeur du cratère, mesurée du côté du nord. Au voisinage de ces fumerolles, mais plus particulièrement dans la région de l'ouest, on voit s'étaler de vastes plaques de soufre, d'alun blanchâtre et d'alun verdàtre, dont les vives couleurs se marient étrangement aux tons bruns et rougcâtres des roches calcinées. Ces fumerolles laissent échapper d'énormes volumes de vapeurs qui se réunissent pour formelle nuage de fumée qui couronne eu tout temps la cime du volcan de Fuego.
Au pied de la grande arête rocheuse du sud-ouest, à 80 mètres environ des bords du cratère, on voit une jxMite caverne toute tapissée de soufre cristallisé jaune clair, et enduite, en d'autres endroits, d'une masse pilleuse semi- fluide d'un jaune rougcalre, composée probablement de chlorures de soufre et de fer. Le soufre en cristaux, très-fortement acide, est imprégné d'une grande quantité d'acide chlorhydrique, mélangé d'une faible proportion d acide sulfurique. Il s'échappe de la caverne une très-abondante, fumerolle (<•) dont la température est «le y 3 degrés.
Elle est reliée au bord par une très-nombreuse série de petites fumerolles (//). dont la température oscille entre 85 et 8(i degrés. Il y a là au moins une soixantaine de dégagements de vapeur, répartis suivant la direction de fissures ouvertes un peu au hasard à la surface de plusieurs petits plateaux argileux disposés au-dessus les uns des autres comme les marches d'un escalier à moitié démoli. Près du bord, du côté du sud, on voit quelques petites fumerolles mal définies et à basse température qui s'échappent de vastes lentes irrégulières ouvertes au milieu d'un amas de gros blocs scoriacés.
Enfin, à l'est, tout près du bord, il existe un nombre très-considérable de fumerolles, sortant du massif rocheux compacte par plusieurs fissures à moitié comblées par des amas argilo-sableux , mélangés de beaucoup d'alun et d'un peu de soufre. Pour la majeure partie de ces dégagements de gaz, la température varie entre yo et 100 degrés; mais deux on trois des principaux font monter le thermomètre jusqu'à 110 degrés Jio. En présence du peu d'observations que nous
possédons, ii n'y a pas lien de chercher à établir la loi de la répartition des températures pour le volcan de Fuego.
Au point de vue de leur composition, les fumerolles présentent des xa- tiinniiiin riations assez remarquables. Voici ce que nous avons observé pour les principales.
Les dégagements de gaz du petit cratère oblitéré se composent presque essentiellement de vapeur d'eau, mélangée d'un peu d'acide carbonique, d'azote, et d'acide sulfureux dont la proportion semble subir des altérations intermittentes . du moins en tant que l'odorat est pris pour guide. En dehors du cratère, sur la direction de la fissure, la composition des fumerolles reste à peu près la même, mais il semble qu'il y ail plus d'acide sulfureux à mesure que l'on descend, car l'air ambiant devient moins aisément respirable. En somme, ce groupe est surtout caractérisé par la grande prédominance de la vapeur d'eau , et il ne présente pas de traits bien saillants.
La fumerolle à 93 degrés, qui s'échappe avec violence de la caverne ouverte dans la muraille rocheuse du sud-ouest, est iulinimcnt plus remarquable. Quoiqu'elle renferme une assez forte proportion de vapeur d'eau, elle est néanmoins d'une singulière acidité, car elle rougît immédiatement et fortement l<> papier de tournesol bleu, et il est difficile de rester quelque temps dans son voisinage sans ressentir un malaise assez violent, ainsi qu'une douleur à la gorge trèsprononcée. Il n'est, d'ailleurs, pas aisé de l'atteindre, car elle est située à environ a mètres au-dessus du sol, dans la paroi à pic, et il faut se suspendre à grand' peine aux anfractuosités des rochers. L'odeur qu'elle possède annonce la présence d'une assez forte proportion d'acide sulfureux, mais la quantité d'acide chlorliydrique qu'elle renferme est encore bien plus considérable, car un flacon d'ammoniaque, débouché à quelque distance, répand immédiatement d'abondantes fumées blanches. Il y a, en outre, un peu d'acide carbonique et d'azote, mais aucune trace d'hydrogène sulfuré, car le papier d'acétate de plomb ne subit pas la moindre altération.
Les petites fumerolles réparties sur la plaine argileuse et dans les environs du bord du côté du sud, ne présentent pas beaucoup d'intérêt; elles se composcnl,en majeure partie, de vapeur d'eau avec un peu d'acide carbonique et d'azote, ainsi
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qu'une trèft-taïble proportion d'acide sulfureux. En un mol, elles nul une grande ressemblance avec celles du petil cratère du nord.
Les fumerolles à 1 10 degrés 5o, situées près du bord dans la paroi rocheuse de l'est, sont, au contraire, des plus remarquables. Malgré une assez notable proportion de vapeur d'eau, leur acidité est presque aussi forte que celle de la fumerolle à o,3 degrés, quoique leur composition diffère sensiblement. Le papier bleu de tournesol est fortement rougi en peu d'instants, mais l'acide dominant doit être l'acide sulfureux, ainsi que cela est prouvé aussi bien par les propriétés organolepliques du gaz que par ses réactions chimiques. L'acide chlorhydrique ost assez abondant, mais beaucoup moins que dans le cas précédent, car les fumées «pie répand un flacon d'ammoniaque, débouché dans le voisinage, ne sont nullement comparables comme intensité. Sauf ce fait intéressant du remplacement des acides chlorhydrique et sulfureux l'un par l'autre, pour occuper la première place, la composition des deux fumerolles ne doit pas présenter de grands écarts relativement à la nature et à la proportion des autres éléments.
Nous avons eu le malheur de ne pouvoir rapporter entiers en France les tubes dans lesquels nous avions recueilli le gaz qui se dégage dans les localités les plus intéressantes du volcan de F 11 ego. Nous ne pouvons donc pas donner leur composition exacte comme nous aurions désire le faire, mais nous pouvons dire, sans nous écarter beaucoup de la vérité, que, grâce aux températures qui oscillent autour de ioo degrés, la proportion de vapeur d'eau doit être au moins de 75 p. 0/0, et que, dans ce qui reste, l'acide chlorhydrique et l'acide sulfureux doivent se partager un volume de 6 ou 5 centièmes, tout au plus, malgré leur trèsgrande abondance apparente.
Il est intéressant de comparer entre elles les fumerolles des deux cratères du volcan de Fuego, car, tandis que les unes, à peu près neutres, n'ont guère que des propriétés négatives, les autres jouissent d'une température élevée et d'une acidité prononcée, qui leur donnent un cachet caractéristique. Il y a là une sorte de vérification de ce que l'aspect «les lieux nous avait fait immédiatement supposer , c'est «pie 1«- petil cratère oblitéré du sommet n'est qu'un témoin, accidentellement préservé en partie, de l'état primordial du volcan. Le cratère ouvert sur le flanc du ■ onces!, au contraire, beaucoup plus récent; ces) lui seul qui centralise aujour-
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In furmatKin dti l.i r d'VtiUan.
d'hui l'activité éruplive de tout le groupe, el l'on est en droit de supposer, grâce aux manifestai ions dont il est encore le théâtre, (pie le volcan de Fuego, malgré le rôle important qu'il a déjà joué, ne sera pas rayé de sitôt de la liste des volcans actifs de l'Amérique centrale.
VOUAS D'ATITUY - VOLCAN l)K MU l'EDRo.
(pi. m*jL xviii-
A une quarantaine de kilomètres plus loin que le volcan de Fuego, suivant la soui*..-!»^ direction générale du système volcanique de l'Amérique centrale, on rencontre Iflac d'Atitlan, dont nous avons déjà eu occasion de parler plus d'une fois. Malgré sa forme très-irrégulièrement arrondie, il ne faudrait pas croire que ce lac ail pris naissance dans quelque gigantesque cratère éteint, ainsi qu'ont pu le supposer quelques voyageurs en voyant les immenses falaises verticales qui le limitent du côté du nord, car il n'en est rieu. Mais, si le lac d'Atitlan n'est pas un cratèrelac, il se rattache pourtant directement à l'action volcauique, dout sa formation est. en quelque sorte, un effet simple et naturel, ainsi que nous l'avons démontré dans un chapitre précédent (voyez p. loG). Les volcans dont le soulèvement a intercepté le cours de vallées préexistantes el entravé la marche des eaux, de manière à les forcer à s'accumuler et à produire un lac, occupent, sur ses bords, des positions bien déterminées. Au sud, on voit le système du volcan d'Atitlan, coin- " posé de trois cènes, alignés suivant une direction à peu près nord-sud; au sudouest, se trouve le volcan de San Pedro, séparé du massif précédent par un golfe assez profond.
Quoique le volcan de San Pedro soit situé plus loin que celui d'Atitlan sur v»k»,,
la direction du syslè volcanique, en continuant à marcher dans le sens que ,l's",Pwlr"
nous avons choisi pour notre description , nous en dirons immédiatement quelques mots pour n'avoir pas à y revenir. Ce volcan est situé à environ l f» kilomètres au nord 3o" ouesl du volcan d'Atitlan. La hauteur en est à peu près de 9,5oo mètres, mais, comme il repose sur un plateau élevé déjà de i,5Go mètres (niveau du lac d'Atitlan, el qu'il est entouré de tous côtés par des contre-loris qui masquent sa base, il ne possède absolument rien de majestueux dans ses allures, ni par sa l'orme, ni par ses dimensions. Il est, d'ailleurs, complètement
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éteint; d'épaisses forêts recouvrent ses flancs ainsi que son sommet, et l'on ne possède aucune tradition relative à ses éruptions, môme dans les époques historiques les plus reculées. 11 n'a donc d'autre importance que d'être un des jalons de la ligne volcanique.
r.mip.- Ai «*«.. Le proupe du volcan d'Atitlan se compose île trois cônes soudés par leur base,
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très-rapprochés l'un «le l'autre et alignés suivant une direction à peu près perpendiculaire à celle du système d'ensemble, obéissant ainsi à une loi qui parait à peu près générale dans l'Amérique centrale. Comme toujours aussi , I event encore en activité est celui qui se trouve le plus avancé vers le sud, tandis que les cimes éteintes occupent la partie nord du massif volcanique. Les deux premiers de ces cônes sont donc tout à fait inactifs, et n'ont laissé voir aucun symptôme de manifestation éruptive depuis la période bislorique. Ils sont extrêmement voisins l'un de l'autre el réunis jusque près de leur sommet; leur hauteur est, à quelques mètres près, la même, el ne dépasse pas 3,ooo mètres. D'épaisses forêts les recouvrent jusque dans leur partie supérieure, et envaliissent même les cratères ludimentaires qui existent à leur sommet. In profond ravin, descendant presque jusqu'à la base de ces montagnes, les sépare du cône actif qui porle plus spécialement aujourd'hui le nom de Volcan d'Atitlan. voiond Ai.il.» Le volcan d'Atitlan proprement dit est actuellement dans un état éruptif dont i»o»m„«,i |'jn|4.Ilsj(t; no pn-senlc rien de bien remarquable, et, quoiqu'il soit assurément beaucoup moins voisin de l'extinction complète que In volcan de Paraya. il esl néanmoins à un degré d activité beaucoup moins puissant que le volcan de Fuego. Ses dernières éruptions ne datent pourtant pas de bien longtemps, et il esl probable que, d'un moment à l'autre, il peut recommencer à devenir un sujet d'effroi pour les populations environnantes. On sait qu'à lépoque de la conquête du Guatemala le volcan d'Atitlan était en feu, et que, pendant les siècles suivants, il manifesta très-fréquemment son activité par des éruptions plus ou moins violentes. Mais, comme il se trouve situé dans une des parties les moins habitées du Guatemala, el qu'il n'y a aucune ville importante dans les environs, il ne s'est trouvé personne pour enregistrer les dates des phénomènes qui s'y produisirent el pour les conserver à l'histoire. Nous savons seulement qu'en 1 8^8 el en j 833 il y eut îles éruptions d'une très-grande violence, qui couvrirent le pays de cendres brù-
DANS LKS RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 465 Imites (liins mi rayon assez étendu. Des torrents de flammes et de fumée s'échappaient de son cratère, la terre tremblait à chaque instant avec violence, tandis que d'effroyables décharges souterraines se faisaient entendre. En i85'2 encore, le volcan d'Alitlan vomissait d'énormes volumes de fumée, et, il y a une dizaine d'années, il commença à rejeter une pluie de cendres qui semblait le prélude d'une éruption dont les conséquences ne lurent pourtant pas sérieuses.
Le volcan d'Alitlan, dont le point culminant atteint la hauteur de 3,072 mètres au-dessus du niveau de la mer, forme un cône assez régulier, dont la base elliptique repose, au nord, sur un plateau élevé de t,56o mètres, et se confond, au sud, dans les premières pentes du versant du Pacifique. Du coté du nord, d'épaisses forêts s'élèvent sur ses flancs et ne s'arrêtent qu'à 3, 200 mètres environ. Au sud, au contraire, une immense pente, presque entièrement nue depuis le sommet jusqu'aux altitudes de l,5oo mètres, vient mourir dans les forêts tropicales de l'hacienda de San Agustin, en se reliant progressivement aux plaines doucement inclinées du bord de la mer.
(lonime personne, jusqu'à l'époque de notre voyage, n'avait encore l'ail l'ascen- wwn» sion du volcan d'Alitlan, nous n'avions aucun conseil ni aucun renseignement à „iM„ H'AiiU»o. • prendre sur les moyens de mener à bonne fin noire entreprise. Quant à espérer de trouver des guidi* indiens, il n'y fallait pas songer, car les volcans sont pour eux un objet de respectueuse terreur, et rien ne saurait les décider à s'en approcher de trop près. Les propriétaires de l'hacienda de San Aguslin, nos entreprenants et courageux compatriotes MM. B., nous ayant offert chez eux une aimable hospitalité, et nous ayant promis de mettre en œuvre tous les moyens dont ils |xiurraient disposer pour nous aider dans notre entreprise, nous primes la décision de tenter l'ascension du côté du sud. Il y avait à cela un avantage marqué, celui d'éviter en grande partie les impénétrables forêts vierges qui sont si abondantes sur les flancs du nord, et de pouvoir monter -presque tout le temps sur un espace nu, en examinant à l'avance le chemin qu'il semblait le plus convenable de prendre et en étudiant librement la topographie du pays. Mais il y avait aussi le désavantage d'allonger de beaucoup l'ascension en la commençant à 600 mètres d'altitude, au lieu de partir du niveau de i,5oo mètres. En outre, comme nous nous en aperçûmes malheureusement trop tard, l'espace libre du
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simI «-si roupé par une immense quantité cl't* iïroyables ravins abrupts, et les diflicultiîs qui' Ton y rencontre sont telles, qu'il nous fallut un séjour de quatre jours dans les hauteurs avant de pouvoir atteindre le but de nos eiTorts. Nous ne savons pas si des voyageurs qui voudraient e ntreprendre de nouveau l'ascension du volcan d'Atillan ne feraient pas mieux de la tenter du côté du nord, en parlant «lu grand village d'Atillan, et en s'assurant à l'avance les services d'un nombre suffisant d'Indiens, pour ouvrir, à coups de machete, un sentier dans la foret vierge.
Quoi qu'il en soit, nous n'insisterons pas sur les difficultés que nous eûmes à surmonter pour installer notre campement, à une hauteur de i ,3'io mèlres, sur les lianes du volcan, e| sur les pénibles recherches auxquelles nous dûmes nous livrer pour découvrir une direction où l'ascension fût praticable, tout en restant fort dangereuse, et nous commencerons notre m it au moment de notre tentative décisive, le <) août 1 86(1 , à 5 heures du matin.
Pour bien faire comprendre de quelle nature étaient les obstacles contre lesquels nous avions à lutter, nous devons essaver de décrire en quelques mots le singulier système de déchirures qui occupent le flanc sud «lu volcan d'Atillan. (Voyez pl. XVII.) Les choses sont dans un état tel, qu'il semble que les couches supérieures du roue, demeurées parfaitement intactes sur les deux tiers de la circonférence, aient été. au contraire , enlevées sur l'autre tiers par quelque effroyable cataclysme, de manière à dessiner un vaste espace évidé, dont la surface, sillonnée par une profusion de ravins ahrupts, se maintient à une vingtaine de mètres en conlre-bas du reste de l'enveloppe es terne de la montagne. La partie ainsi dérangée n'atteint pas jusqu'au sommet «lu volcan; elle ne commence qu'à •i«»«> mètres environ au-dessous «le la cime, respectant ainsi un cône terminal r«;gulier, paraissant avoir été formé par une éruption postérieure, «pji aurait réparé, dans les ivgions supérieures, les dommages anléricumnenl causi-s par un phénomène d'une incroyable v iolcnce. L'esj>a«-i' évidé ne descend pas non plus jusqu'au pied du cûne. il s'arrête à i,4oo mèlivs «l'altitude environ, pour s«' transformer en un ravin unique, à scr pendant l'été, et parcouru, pendant la saison des pluies, par un torrent qui se reforme à la suite de chaque oraj;«'. La partie dérangée du cAnc occupe ainsi nu espace invgulièremcnt rectangulaire, de près «le 3.000 mètres de longueur ( î.onn mètres suivant la verticale). ««I de deux
kilomètres de largeur en moyenne, limilé par des parois presque partout verticales. Kn effet, les génératrices situées à l'ouest -sud-ouest et à l'esl-sud-est du cône correspondent à peu près aux bords de renfoncement, el représentent la crête de murailles à pic qui se soudent par leur ligne culminante à la surface régulière du nord , et par leur base au fond de la dépression accidentée. De ces deux arête», Tune, celle de l'ouest-sud-ouest, continue à descendre en conservant, à peu de chose près, sa direction originaire, tandis que l'autre, celle de l'eslsud-est, se détourne à environ un millier de mètres au-dessous de sa naissance, pour suivre alors une marche presque perpendiculaire à sa direction primitive , et venir se placer tout auprès de la première, de manière à former avec elle un ravin unique. L'espace ainsi circonscrit est entaillé par une incroyable quantité de ravins, qui descendent en cascades successives sur le fond de la région déprimée, qui se recoupent dans tous les sens sans obéir à une direction bien déterminée, qui laissent entre eu\ des lies à parois verticales et de fantastiques amoncellements de rochers, et constituent en un mot un inextricable réseau, dont les éléments sont sans cesse modiliés par l'action des agents atmosphériques. Pendant la saison des pluies, les violents orages de celte région déversent d'immenses quantités d'eau qui parcourent successivement ces ravins et viennent enfin se réunir, au sud-ouest, dans une barranca unique, pour former le Rio Bravo, un des principaux affluents du Rio de Sauta Barbara, qui se jette dans le Pacifique à une cinquantaine de kilomètres plus au sud.
C'est en pénétrant dans la barranca du Rio Bravo, heureusement à sec en ce moment-là, et en nous enfonçant ensuite dans celui de ses ravins affluents qu'après de pénibles explorations nous avions reconnu être à peu près praticable, que nous avons réussi à gagner la région supérieure de l'espace dérangé, puis de là, l'arête de l'ouest-sud-ouest, et enfin la partie intacte du cône. Le ravin que nous avons suivi est le premier qui se présente à gauche lorsqu'on remonte la barranca du Rio Bravo; mais, à l'endroit, facilement reconnaissable, où il se sépare en deuv branches et se précipite en une cascade verticale d'une vingtaine de mètres de hauteur, il faut le quitter pour s'élever à grand'peine sur l'arèle saillante qui le sépare de son voisin de droite, et continuer à marcher sur ce mur de rochers jusqu'au point où une brèche, que l'on distingue aisément de loin,
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permet de gagner le bord extrême «lu côté de l'ouest-sud-ouest. Tous les autres ravins que nous avions explorés avant de découvrir celui-là sont impraticables, à cause des immenses murailles à pic qui les interrompent de temps en temps. Nous ne conseillerons, d'ailleurs, à personne de reprendre le chemin que nous avons suivi; car, outre que le ravin en lui-même est extrêmement pénible et périlleux, on sentit infailliblement perdu, si l'on y était surpris par un orage déversant dans les régions supérieures une certaine abondance d'eau pluviale. A plusieurs reprises, on est enfermé, sur des longueurs de plusieurs centaines de mètres, entre des parois à pic de rochers lisses et continus, extrêmement rapprochés, et si l'on y rencontrait le torrent, arrivant avec une impétuosité dont il est facile de mesurer la valeur par la manière dont les roches sont polies sous l'action des eaux, on serait entraîné sans espoir de salut. L'n autre danger, non moins redoutable, est celui des éboiilemcnls; nous en avons souvent vu de l'hacienda de San IgtlStm, à plus de 10 kilomètres de distance de l'endroit où ils se produisaient, et leur violence était telle, que le bruit en parvenait jusqu'à nous, en même temps qu'un nuage de poussière se répandait sur le flanc de la montagne. Le jour même de notre ascension , nous aurions pu périr, si nous nous étions mis en marche une demi-heure plus lard; à peine étions-nous sortis du ravin , qu'une assez violente secousse de tremblement de terre se fil sentir, pendant environ une ««•ronde, suivie, à peu de distance, de deux autres secousses un peu moins fortes. Il était sept heures une minute du malin, et les secousses, semblables à un mouvement ondulatoire dirigé de l'est à l'ouest, furent ressenties à Guatemala à peu près au même moment. Il est inutile «le dire que ce Ireniblemenl de terre amena dans les ravins d'épouvantables éboulements, et que nous aurions pu en être victime, si nous n'avions eu la bonne fortune d'être en lieu sur au n lent où le phénomène se manifesta.
CpmpMiii» La barranca du Rio Bravo a une profondeur d'environ .'io mètres, au point .1. tu.rdu ,oiom ou nous y avons pénètre pour continuer ensuite d en remonter le cours. Ses parois, presque partout à pic, s'ouvrent brusquement dans une sorte de plaine inclinée d'une dizaine de degrés, qui s'étend à la base du volcan. Elle esl entièrement entaillée dans une puissante assise de conglomérai porphvro-lrachyliquc. qui recouvre au loin les régions entourant le pied de la montagne, et dont l'origine
est essentiellement volcanique. Ce conglomérat se compose, en effet, d une masse de sable volcanique gris , noirâtre ou violacé, englobant une immense quantité «le fragments «le scories et de blocs plus ou moins volumineux de porphyre trachylique, dont les surfaces présentent tous les degrés possibles d'altération. A mesure «pie l'on descend vers les plaines du boni de la mer, la proportion des grosses pierres diminue, tandis que celle du sable volcanique violacé augmente; à San Agustin, c'est à peine s'il y a encore quelques cailloux disséminés, et la décomposition des sables produit une terre végétale noire, d'une extrême fertilité, sur laquelle se développe l'exubérante végétation des forêts vierges. Celte même formation persiste au sud, jusqu'au delà de San Agustin, et elle ne s'arrête que près des Uanchos de Lihoya , où elle se mêle aux argiles jaunes pour masquer les granits gneissiques de cette localité.
Plus haut, lorsque l'on pénètre dans l'espace déchiré, la puissance du conglomérat volcanique tend, au contraire, à diminuer, et il arrive assez fréquemment que la partie inférieure des ravins, dont la profondeur varie entre 20 et 3o mètres, est entaillée dans la niche même qui constitue le massif in tenu? du volcan. Ces ravins deviennent alors extrêmement étroits, et ressemblent à de véritables canaux creusés de main d'homme, dont les parois, lisses et polies jusqu'à une hauteur quelquefois de i"',5o ou de 2 mètres, témoignent de la puissance d'action des eaux en mouvement. Cette roche est un porphyre trachytique parfaitement caractérise, qui ne présente aucune trace d'altération, et qui constitue, sans aucune solution de continuité, une vaste assise intérieure. Elle se compose d'une pâte feldspathique très-compacte, grise ou noirâtre, englobant des cristaux d'orthose blancs et plus ou moins bien définis dans leurs formes. Ces porphyres Irachy tiques ont conservé un aspect absolument semblable à celui qu'ils ont dans les montagnes n'ayant rien de commun avec des cônes volcaniques, et aucune cause ne pourrait faire supposer qu'ils ont été soumis à l'action des phénomènes éruplifs.
La région supérieure de la zone dérangée est formée par un entassement chaotique de blocs sco'rifiés, noirs et brunâtres, dont le volume est souvent énorme, et dont la surface est quelquefois recouverte de mousse et de lichens. Ou v remarque, jusqu'à une altitude de 2,800 mèlres. quelques arbustes nichiliques appartenant à la famille des bouleaux, qui croissent dans les interstices
«les rochers, lorsque le hasard de la décomposition y a amené un peu de lerre téjrélale.
L'arête de l'ouest-sud-ouesl , qui constitue eu quelque sorlc le bord où vienl s'arrêter lu partie intacte du roue, se compose d'un amas de scories noirâtres, dont le \olume ne dépasse pas, en moyenne, la grosseur du poing, imparfaitement cimentées par des cendres ou des sables grisâtres, et sur lesquelles il n'est pas très-aisé de s'avancer, à cause de la peute, qui y est assez forte, et de la mobilité des matériaux. Tandis que la naissance des ravins, dans le point où commence la région déchirée, est caractérisée par la présence de gros rochers scoriacés, bruns, noirs et rougeàlres, entassés sans l'interposition d'aucun ciment sableux ou autre, et roulant facilement les uns sur les autres, tonte la partie intacte du cône présente une surface uniformément lisse , où les petits fragments de scories sont noyés dans une sorte de pâle de sable qui ne leur donne que peu •l'adhérence. On y voit la végétation s'arrêter brusquement, à a, 800 mètres environ, en se terminant par «les bois de pins, «pii surmb'iil aux forais tropicales, mais qui ne peinent plus vivre eux-mêmes sur un sol trop pauvre, lu peu avant «pie l'arête se soude sur le cône terminal, elle présente une accumulation d'immenses blocs «!«• rochers formant une grande paroi verticale, dans laquelle on voit le porphyre trarhy tique très-altéré par les manifestations volcaniques, quoique toujours compacte, offrir des surfaces jaunes et rouges corrodées et calcinées.
G4m mail « due terminal lui-mèm<\ uniquement composé «le matériaux scoriacés plus
MhMMSiha. ou "loi'is Gns entassés dans un équilibre très-instable, s'élève avec «les p«'iiles régulières dont l'inclinaison atteint jusqu'à 34°. Cette dernière partie de l'ascension «-st très-pénible et tout à fait comparable à celle «les volcans de PuegO et d'Izalco, pour la mobilité des matériaux sur lesquels on marche et la facilité avec laquelle ils s'enfuient sous la pression des pieds. On y observe en très-gramle «piantité d«*s blocs de scories, dont le volume ne dépasse pas celui de la tète, colores en vert foncé et prenant par points un asperl semi-vilrillé, qui les fait ressembler à des laitiers de hauts fourneaux. Elles alternent avec «les nappes de sables, d'un rouge vif, produits par la trituration de scories plus friables, dont quelques fragments existent encore. A mesure que l'on s'élève, la dimension des
élt;iii«mts tend à diminuer, cl sur le bord du cratère il n'y a plus guère de morceaux plus gros (pie le poing.
On éprouve une certaine surprise, lorsque, en arrivant à la cime du volcan, on cm». se trouve en présence d'an i>etît cratère qui n'a rien de bien remarquable, et qui ni^uM» n'est en rapport, ni par sa forme, ni par ses dimensions, avec la grande montagne dont il occupe le sommet. Ce cratère est une sorte de tasse assez régulière, profonde d'une cinquantaine de mètres, et dont le diamètre ne dépasse pas sôo mètres. Il est formé par un nombre infini de gros blocs de scories ou de roclies scoriacées, entassés dans un désordre complet, et semble être tout à fait oblitéré par l'accumulation même de ces matériaux. L'aspect en est pourtant assez singulier, à cause de la régularité du segment sphérique qu'il dessine, et grâce à la couleur rougeâtre des scories, auxquelles se mêlent des plaques blanchâtres et jaunes d'alun et de soufre.
Nous y avons recueilli quelques échantillons assez intéressants, qui suffiraient, à eux seuls, a prouver combien l'activité éruptive du volcan d'Atitlan a été plus considérable que ce qu'on y voit actuellement. Ce sont des agglomérations de cristaux de feldspath brillants, longs de a à 3 millimètres, assez mal définis dans leurs formes, parce que les angles sont arrondis et comme fondus. Les uns sont transparents, les autres translucides ou même opaques; il y en de blancs, de jaunes, d'autres qui sont vitrifiés et scoriacés, et présentent alors un éclat irisé. Kntre les cristaux, on voit un peu d'une poudre rare, qui semble être le reste de la pâle feldspathique d'un poqdiyre trarhylique rongé par les acides. Il y a aussi de petits morceaux de scories roses, légères, huileuses et comme ponciliées, contenant des" mouches blanches de feldspath indéterminable, et recouvertes de croûtes blanches d'alun, accompagnées de petits nids de soufre jaune tapissant les cavités. Il serait impossible de décrire tous l<s types de roches, diversement altérées par la chaleur et par les acides, qui se trouvent au sommet du volcan d'Atitlan, et nous nous bornerons à dire que les variétés sont innombrables, en observant combien les mélanges de couleurs contribuent à l'étrangeté de l'aspect général, qui est peut-être plus singulier que partout ailleurs, quoique infiniment moins grandiose.
Le bord du cratère est presque exactement circulaire et ne présente que peu d'accidents. Le point culminant, haut de 8,079 mètres au-dessus du niveau de
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la Hier, se trouve dans la direction du nord-est, tandis qu'au sud on voit le point te plus bas à une quinzaine de mètres seulement au-dessous de la rime. F«MnHa Les fumerolles sont très-nombreuses, quoiqu'elles ne fournissent qu'un ,f1Tin assez |>elil volume de vapeurs, et s'accumulent principalement dans les régions
de l'ouest et dii sud-ouest. Elles sont {groupées d'une façon extrêmement remarquable, suivant des lignes concentriques qui représentent en quelque sorte des lentes circulaires continues, de diamètres inégaux, réparties autour de la partie centrale «In cratère.
La principale de ces fentes occupe le bord même du cratère, et se dessine nettement dans une sorte de gorge, large de 9 mètres environ, comprise entre deux petits redans de 1 mèlre à i"\5o rent. de bauteur. Ce sillon sr> continue sur plus de la moitié de la circonférence du boni, et lui donne une apparence caractéristique qui n'est pas sans importance. Dans l'intérieur du cratère, il v a deux ou Irois feules subsidiaires écbelonnées, mais elles sont moins nettement indiquées et n'atteignent pas même un développement d'une demi -circonférence entière, sauf pourtant celle qui est la plus rapprochée du bord et qui a les caractères les plus saillants. En dehors du cratère, sur les flancs du cène, ou voit encore deux ou trois Tentes concentriques semblableuienl disposées; la première, eu partant du sommet, occupe une demi-circonférence entière et prend une certaine importance, tandis que la dernière, à une trentaine de mètres plus bas, se réduit à quelques fumerolles, alignées suivant un arc de cercle. L'existence de ces fentes concentriques, assez fortement dessinées sur le sol pour que l'on ne puisse pas s'y tromper, est tout à fait particulière au volcan d'Atitlan. et constitue son caractère le plus digne d'intérêt.
Chacune de ces fentes donne naissance à d'innombrables fumerolles, et il sentit plus juste de dire qu'elles constituent elles-mêmes des fumerolles longitudinales continues. La grande quantité de ces évents contraste étrangement avec leur peu d'activité, car ils ne rejettent que de faibles volumes de vapeur. La température est relativement fort peu élevée, car. dans la plupart des fumerolles, le thermomètre se maintient entre 5o et 6o\ et c'est à peine si les plus chaudes le font monter jusqu'à 8o°. Les fumerolles se composent presque uniquement de vapeur d'eau, mêlée d'un peu d'acide carbonique et d'azote. Elles contiennent
une très-petite proportion d'acide sulfureux, à peine sensible à l'odorat, et rouissant faiblement le papier bleu de tournesol; mais les réactifs n'y décèlent pas la moindre trace d'hydrogène sulfuré ni d'acide rhlorhydrique. C'est là un étal d'intensité éruplive extrêmement peu développé, et l'on voit que l'intérêt du volcan d'Atitlan se trouve beaucoup moins, en ce moment, dans l'étude des phénomènes dont le cratère est le théâtre, que dans l'examen de la montagne en elle-même et des singulières particularités qui sont restées comme témoins de son activité passée.
V0I-CAK8 DE QUBMLTKNAKOO (VOLCAN DK 8\!ïTA MARIA. - GRRRO QUKWAIM) PRTIT CÔSE ÉTEINT I. (PI XVIII , 6r. i *l t.)
Il ne faut pas oublier que, quoique nous ayons cru devoir nous borner à n'en dire que quelques mots au déhul du paragraphe précédent , à came de son peu d'importance, la vraie place du volcan de San Pedro, sur la direction générale du système volcanique, se trouve après le volcan d'Atitlan; nous considérons ce raj>pe| comme suffisant pour nous dispenser de revenir sur ce sujet. Nous arriverons donc immédiatement au groupe des volcans de Quezallenango, en laissant encore en arrière une montagne à laquelle une tradition populaire donne le nom de Volcan de Zuhil, sans qu'il y ait pour cela de raisons suffisantes. Ce prétendu i^w,,
I an I /
volcan de Zunil est un vaste massif qui domine, à l'est, la riante vallée d'Almolonga, et que recouvrent entièrement d'épaisses forêts vierges. Il se soude de tous côtés à de puissants contre-forts, qui s'élèvent vers la chaîne centrale ou s'abaissent du côté des plaines des bords de la mer; il ne présente aucune forme caractéristique et ne doit être qu'une montagne porphy ro-trachytique , exactement semblable à toutes celles qui l'entourent. S'il était vrai, toutefois, que son nom lui ail été donné à cause de la présence d'un petit cône éteint, noyé au milieu des cimes porphyro-trachytiques et des forêts inextricables où quelques Indiens chasseurs se sont seuls aventurés jusqu'à présent, nous n'aurions pas à regretter beaucoup de ne l'avoir pas visité, puisqu'il ne se passe, dans cette direction, aucun phénomène éruptif (d'après le dire des Indiens eux-mêmes) , et l'on n'aurait qu'à ajouter un membre de plus à la nombreuse série des volcans éteints qui jalonnent la direction du système volcanique.
«ii oon)
Gnmp Le groupe dos volcans de Quezallenango présente infiniment plus d'intérêt et
enuv>. nougarr^jera p[ll8 longtemps. Il se compose de deux sommités principales, auxquelles nous joindrons encore un petit cône éteint, séparé des deux autres par une distance d'une vingtaine de kilomètres, mais situé sur le prolongement de la ligne qui les unit, de manière à constituer un système advenlif, disposé, comme tous les autres, perpendiculairement à la direction du système principal. Ce petit volcan éteint forme le premier membre du groupe, en partant du nord, et s'élè>e à 16 ou 18 kilomètres de Quezallenango, sur le bord d'un vaste plateau qui domine la plaine où est bâtie cette ville. Le cône, qui a de i5o à 200 mètres de hauteur au-dessus des terrains environnants (soit environ a.Goo mètres de hauteur absolue), est caractérisé par une admirable régularité de formes, sur laquelle il est impossible de se méprendre. Il n'est indiqué sur aucune carte géographique, et, lorsque nous l'aperçûmes du sommet du Cerro Quemado, notre guide ne put pas nous dire son nom; cela ne nous empêche pas d'allirmer son existence et d'être certain de sa nature volcanique, quoique uous n'ayons pas eu occasion de l'examiner de près.
Les deux sommités principales du groupe sont, en continuant à marcher du nord au sud, le Cerro Quemado et le volcan de Sanla Maria, situés au voisinage immédiat l'un de l'autre. L'orientation exacte de la ligne qui joint leur cime est non! 20" est, — sud 20" ouest. Contrairement à ce que nous avons observé jusqu'à présent, c'est le Cerro Quemado qui jouit encore d'une activité assez remarquable, tandis que le volcan de Santa Maria est tout à fait éteint. C'est là une exception intéressante à la règle que nous avons pu établir pour presque tous les systèmes adventifs de l'Amérique centrale, et d'après laquelle lèvent situé à l'extrémité sud du groupe est celui où se manifestent les phénomènes volcaniques actuels. Nous ferons donc une petite interversion, et, avant d'étudier en détail le Cerro Quemado, nous dirons rapidement quelques mois du volcan de Santa Maria, qui ne présente qu'un médiocre intérêt et sur lequel nous ne reviendrons pas plus tard.
C'est un cône d'une remarquable régularité, dont la base vient se souder, du côté du sud, à celle du Cerro Quemado, en formant une vallée encaissée, qui fait en quelque sorte partie du plateau sur lequel repose le Cerro Que-
inado, puisque son niveau se maintient à 2,100 ou 2,300 mètres «l'altitude. Le volcan fie Santa Maria étant assis sur le bord de ce même plateau, ses pentes prennent un développement considérable du cdlé du sud, en se raccordant progressivement aux plaines doucement inclinées du versant du Pacifique. Vu de la mer, il a un aspect grandiose et majestueux , qui ne le cède guère qu'à relui des volcans «l'Agua et de Fuego, et il le doit aussi bien au dessin harmonieux de ses formes qu'à la hauteur considérable à laquelle il atteint. Son sommet , dépassant de fi 00 ou 5 00 mètres celui du Cerro Quemado, doit être à une altitude d'au moins 3, 5 00 mètres. Ses pentes, très-régulières, ont une inclinaison moyenne «le 33° environ. Il est complètement éteint et doit l'être depuis fort longtemps, ainsi que le prouvent l'abondance et la vigueur de la végétation qui l'a totalement envahi et le couronne, jusqu'à son sommet, d'un magnilique dôme de verdure. 11 n'existe d'ailleurs aucune tradition se rapportant à ses antiques éruptions, et l'on est fondé à croire qu'il a laissé, depuis bien des siècles, à son voisin, le monopole de l'art 1 mIi''.
Le Cerro Quemado, ou montagne brûlée, qui porte aussi quelquefois plus spécialement le nom de Volcan de Quezaltenango, présente une l'orme si singulière, que, lorsqu'on l'examine de la ville de Quezaltenango, on ne serait guère disposé à le considérer comme volcan, si l'on ne voyait un nuage de fumée couronner sa rime. Il n'y a, à proprement parler, pas de cône, mais seulement une montagne irrégulière, offrant, à sou sommet, une vaste dépression à contour polygonal, et s'élevanl au milieu «l'une série de contre-forts <pii l'entourent presque de tous côtés. Il semble que quelque terrible cataclysme ait détruit toute la partie supérieure du volcan, et n'ait laissé subsister que son ossature interne, pour ainsi dif6, SOUS la forme de puissants massifs rocheux et de pics élancés qui se groupant de la fa«;on la plus «'trange. Le volcan n'ayant pas eu, depuis cette épotpu*, «l'éruption cinériforme, n'a pas pu nJparer les brèches «ju'il s'était faites lui-même, et ne s'est pas créé un nouveau cône par l'accumulation «le ses d«;jeclions ; il sest maintenu dans son état de destruction, et, conservant son apparence désolée, il semble une immense accumulation de ruines gigantesques. Le Cerro Quemado passe p«iur avoir été autrefois un volcan très-actif, mais, il parait que, depuis 1780, date de sa dernière éruption, il s'est maintenu dans un état «le repos re-
Md VOYAGE GÉOLOGIQl K
latif, quoiqu'il soit encore caractérisé par des symptômes manifestes d'activité, ainsi que nous le verrons dans le cours do cette étude. La tradition ne dit pas si, avant l'année 178"), le volcan de Quezaltenango possédait un cône régulier, ou s'il présentait déjà la forme accidentée qu'il a aujourd'hui, et il n'y a pas lieu de s'en étonner, puisqu'il s'élève dans un pays qui, quoique très-peuplé, n'a guère é-lé envahi jusqu'ici par la civilisation. Nous sommes pourtant portés à croire que c'est l'éruption de 17H0, très-violente d'ailleurs, d'après le souvenir que les populations en ont gardé, qui a mis la montagne dans son étal actuel; car, s'il n'en était pas ainsi, ou trouverait au milieu des ruines les traces d'un phénomène postérieur, tandis que tout, au contraire, porte l'empreinte d'un cataclysme dont rien ne serait venu atténuer les effets. Il y a beaucoup de ponces anciennes dans les environs du Cerro Quemado, mais pas de lapilli noirs ni de sables volcaniques violacés récents , ce qui ferait supposer que ses dernières éruptions ont été- d'une nature particulière; peut-être est-ce à l'une d'elles qu'est due l'immense masse de lave pâteuse qui s'est en quelque sorte soudée sur l'un des flancs de la montagne. Quoi qu'il en soit, tout est étrange dans le Cerro Quemado, et c'est assurément l'un des volcans les plus intéressants de l'Amérique centrale, à tous les points de vue.
vi»«r Le massif du volcan de Quezaltenango, qui n'est pas sans avoir quelque ami-
logie avec celui de Pacaya, semble avoir été formé par le soulèvement en masse d'un petit plateau Irès-ondulé, sur lequel se dressent plusieurs sommités, dont les plus importantes appartiennent au volcan lui-même. Les premiers contre-forts du plateau ondulé, du côté du nord, sont composés d'une roche singulière, qui esl exploitée, sur une [votile échelle, pour les constructions de la ville de Quezaltenango. C'est une tuasse ponceuse, d'un blanc pur ou un peu jaunâtre, légère, extrêmement celluleuse, semblant, par points, un peu vitrifiée , tondue ou étirée. Elle contient, en assez grand nombre, de petites amphiboles noires, mal définies, et parait avoir été produite par la surfusion d'une matière fehlspathique d'une assez grande pureté. Celte roche, tout à fait particulière à cette localité, se laisse facilement entamer par les instruments tranchants, mais elle possède mie grande puissance de résistance à l'écrasement, ce qui, avec sa légèreté, la rend très-précieuse comme pierre de construction.
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 477 Après avoir gravi les premiers épauleraents, on se trouve bientôt sur le petit r«Mta plateau ondulé, où l'on peut observer quelques dégagements de vapeur d'une ^«iTnta», certaine importance, dans un endroit où il n'existe aucune trace de cratère ancien, et où rien ne peut faire suptHiser que les phénomènes volcaniques se soient jamais manifestés sous une autre forme. Ce fait est assez intéressant, surtout en ce qu'il établit une liaison nettement indiquée entre les actions éruptives des volcans actifs et les iniiernillos que l'on rencontre au pied des cônes éteints. Les fumerolles (d) se trouvent à quelque distance à l'ouest du volcan, dans un petit vallon boisé , compris entre deux collines de médiocre élévation. 11 y a , d'un côté, une série de fissures ouvertes dans une paroi de rochers, de l'autre, une espèce de caverne creusée dans le sol , à la profondeur de 3 ou 4 mètres suivant la verticale, et au fond de laquelle existe aussi une sorte de fente. La vapeur s'échappe en beaucoup de points de ces fissures, avec une certaine abondance, mais la température n'est pas fort élevée, car elle se maintient, en général, entre 5o et fut", et ne dépasse pas 03" à l'endroit le plus chaud. Les fumerolles ne produisent guère que de la vapeur d'eau, mêlée d'acide carbonique et d'azote; l'odorat révèle la présence de traces presque imperceptibles d'acide sulfureux, qui n'ont, d'ailleurs, aucune action sur la végétation environnante; l'abondance de l'acide carbonique est manifestement indiquée, car on ne peut pas maintenir une allumette enflammée dans le fond de la caverne. Les habitants du pays prétendent que la quantité de vapeur que produisent ces fumerolles est intermittente, et qu'elle varie avec li s heures de la journée; il nous semble beaucoup plus simple et plus naturel de penser que la condensation de la vapeur d'eau s'effectuant plus rapidement par le froid du matin que pendant les chaleurs de l'après-midi, le dégagement parait plus abondant au lever du soleil que pendant le milieu de la journée.
Le chemin contourne ces collines, et une demi-heure de marche sur le plateau
ondulé, au milieu de verdoyantes prairies, vous amène bientôt au pied de ce que Urrillii(iiu<|ii l'on est obligé, faute d'autre terme, d'appeler le cône du volcan. C'est un effrayant amoncellement «le pierres et de rochers, sur lequel se développe un taillis assez épais, formé d'arbrisseaux appartenant aux familles des chênes et des bouleaux, et à travers lequel circule un sentier, presque fermé, moins par l'abondance de la végétation que par l'abandon dans lequel il est laissé. Il n'y a que peu de terre
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végétale interposée entre les rochers, car les scories en petits morceaux sont rares, et Ie9 gros blocs eux-mêmes ne sont pas très-altérés à leur surface. A une centaine de mètres environ au-dessous de la brèche, qui permet d'atteindre avec le plus de facilité la dépression existant au sommet de la montagne, on voit la végétation s'arrêter, et on peut examiner avec curiosité le singulier aspect des régions supérieures et la nature étrange des flancs du volcan, rappelant un peu l'antique idée de Pélion entassé sur Ossa. amm* Il est diflicile de caractériser en peu de mots le sommet du Cerro Quemado,
«>mH>urn,».i.. car rien n'y rappelle un volcan ordinaire, et, si l'on veut rester dans la vérité, on ne peut pas dire «pie ce soit un cône tronqué dans lequel est entaillé' un cratère. Lorsqu'on arrive à la brèche dont nous avons déjà parlé, et qui est située dans la direction du nord, on a devant soi un vaste espace doucement relevé vers le sud et entouré de quelques pics rocheux plus ou moins ardus, de hauteurs inégales, répartis de la manière suivante. A droite et à gauche de la brèche, c'est-à-dire à l'est et à l'ouest, sont deux grosses pyramides anguleuses qui la dominent d'une soixantaine de mètres; au sud-ouest se trouve un mamelon argileux un peu moins élevé; au sud-est, une vaste brèche sur laquelle nous aurons à revenir tout à l'heure, et enfin, au sud, une immense paroi de roches verticales, longue de 1 5o à aoo mètres et haute d'une centaine de mètres au-dessus de la partie de l'espace incliné qu'elle domine. Ces trois pics et les deux extrémités de l'arête forment ainsi les sommets d'une sorte de pentagone, enveloppant une dépression à laquelle il nous faudra donner, faute de mieux, le nom de cratère. La {fraude paroi de rochers du sud semble un véritable mur lorsqu'on la regarde de face, mais, lorsqu'on est arrivé à son sommet, ce qui, soit dit en passant, est très-difficile, tin s'aperçoit qu'elle se prolonge en arrière, vers le sud, par une sorte de queue un peu courbe formant elle-même un autre mur, qui se continue tout à fait en dehors du système du volcan, sur une centaine de mètres de longueur, en se maintenant à peu près à la même altitude, puis qui s'abaisse brusquement jusqu'à la plaine ondulée.
La muraille du sud forme la partie la plus élevée du volcan et c'est au meud d'où divergent les deux arêtes dans des sens perpendiculaires que se trouve le point culminant, à 3,1 •<> mètres au-dessus du niveau de la mer. Quoique la végétation se
soit arrêtée un peu au-dessous du sommel de la montagne, elle reparaît en « et endroit, et l'on y voit quelques pins qui semblent assez robustes, malgré le peu de terre végétale qu'ils trouvent dans les fissures du roc. Toute la muraille est, en effet, formée d'une niasse de rocbe compacte et continue, qui ne semble guère avoir souffert du voisinage des pbéuoménes éruptifs. C'est un porphyre Irarhylique bien caractérisé et très-analogue à tous ceux que nous avons décrits jusqu'à présent; une pâte d'un rose violacé, conquête quoique de texture légèrement grenue, englobant de nombreux cristaux de rhyacolithe bien délinis, dont quelques-uns atteignent 3 ou h millimètres de longueur, et, en outre, quelques cristaux de feldspath opaque ainsi que fie rares mouches de péridot ferrugineux rougeatre. La surface est lisse et de couleur un peu plus foncée que l'intérieur, mais sans présenter de traces de vitrification. Il y a, du reste, dans l'intérieur du cratère, un grand nombre de rochers aussi peu altérés que ceux-là, à côté d'autres dont la nature et l'aspect ont été sensiblement modifiés.
Le mamelon du sud-ouest est en grande partie recouvert de masses argileuses, qui environnent aussi sa base du côté de l'intérieur. C'est, en effet, de ce côté-là que se trouve accumulé le plus grand nombre de fumerolles, et nous savons quel est l'effet des vapeurs acides sur les matériaux feldspalbiques. Ces argiles, généralement grisâtres, sont aussi colorées en jaune, en rouge ou en brun, suivant qu'elles sont plus ou moins impures; en quelques endroits où les eaux des pluies les ont remaniées, elles sont disposées en petits lits stratifiés.
La brèche du sud-est fait communiquer l'intérieur du cratère avec un immense l— mm rfc»f champ de lave qui se trouve dans les conditions les plus singulières et ne peut trwda<*» guère recevoir le nom de coulée, car il est en quelque sorte suspendu sur la crête «les montagnes, à une altitude d'au moins 3,ooo mètres. Il occupe un vaste espace, situé à l'est-nord-est du volcan, long de près d'un kilomètre, large de 3oo à Aoo mètres et irrégulièrement rectangulaire. Sa surface, quoique à peu près horizontale, est extrêmement accidentée et hérissée d'aiguilles et de mamelons anguleux dont la hauteur est souvent de plusieurs mètres; c'est un entassement de blocs noirs, excessivement scorifiés, qui recouvrent probablement un massif compacte en profondeur. Il est impossible d'admettre que ces matières aient été amenées au jour dans un étal de fluidité complète, car elles n'auraient
pas pu se maintenir flans la position quelles occupent et se seraient infailliblement déversées soit au nord dans la plaine de Quezaltenango , soit à l'est dans la vallée d'Almolonga. En effet elles ne se sont pas épanchées dans un bassin fermé «pii pùt les retenir, mais elles ont recouvert un vaste espace accidenté de collines et de pics dont quelques-uns émergent encore au-dessus de sa surface; et, comblant les creux et les vallons, elles se sont arrêtées brusquement au moment où elles aillaient pu se .précipiter dans les lieux bas, de manière à être limitées de tons côtés par des murailles presque verticales , qui dominent de très-haut les localités environnantes et semblent prêtes à s'y écrouler d'un moment à l'autre. Vu de Quezaltenango, ce champ de lave, dont les déchirures sont manifestes, même à celle distance, parait être une gigantesque terrasse, soutenue par quelques pics isolés et maintenue au sommet des montagnes par une force inconnue. On ne peut se rendre compte d'une semblable disposition qu'en supposant que les matières ont apparu sous la forme d'une masse pâteuse, assez fluide encore pour prendre un certain mouvement et s'étaler en quelque sorte, mais pas assez liquide pour franchir des distances considérables et s'écouler dans la plaine. Le refroidissement des parties extrêmes se faisant avec une grande rapidité, il aura déterminé la production de murailles entre lesquelles le reste de la pAle à moitié fondue, protégé ainsi du contact de Pair, aura pu se lasser et se répartir de manière à prendre une surface à peu près horizontale. Quelque probable que nous paraisse cette explication, il n'en est pas moins remarquable de voir que le mouvement s'est précisément arrêté à l'endroit où il aurait dû trouver toutes les facilités pour se continuer avec rapidité. Nous pensons doue (pie ce singulier amas de roches noires et scorîliées ne doit pas être considéré comme une véritable coulée de lave, mais simplement comme un afllux de matières pâteuses, arrivant au jour à la manière des basaltes.
Orifiar II se présente encore une question importante, c'est de savoir si ces masses
semi-fluides sont sorties du cratère, ou si elles ont pris naissance par une fissure ouverte à l'endroit même qu'elles recouvrent à côté du volcan. Nous ne croyons pas avoir recueilli assez d'observations pour pouvoir donner la solution de ce problème; mais notre impression personnelle nous porte à admettre l'idée delà production sur place e| de l'extension lente dans tous les sens, plutôt que celle de
l'épanchement hors du cratère, qui supposerait toujours une fluidité originelle assez notable, arrêtée par un refroidissement presque brusque. En effet, quoique le champ de roches scorifiées semble prendre naissance à la brèche du sud-est, nous devons observer qu'on ne rencontre pas, dans l'intérieur du cratère, un seul bloc de rocher de nature comparable à celle des laves basaltiques, et que les bords de la brèche ne paraissent nullement avoir servi de lit à un courant de matières «•n fusion. On pourra bien objecter que la surface du cratère étant entièrement recouverte de blocs éboulés provenant de la destruction des parois, il n'est pas impossible qu'il contienne des laves scoriliées au-dessous de la couche de débris actuellement seule visible, à condition d'admettre que les laves ayant été produites par un phénomène antérieur à la démolition du cratère, elles ont été masquées jwr ces ruines, lors d'une éruption postérieure. Mais il nous semble que, même dans ce cas, il serait étrange que l'on n'aperçût pas dans le cratère un seul rudiment des laves préexistantes, et que, de toutes façons, il faudrait leur attribuer, près du point d'émission, une fluidité qui contrasterait complètement avec leur rapide solidification à quelques centaines de mètres plus loin. Il y a là une question qui pourra être très-intéressante à étudier, pour un voy ageur ayant Ip temps de séjourner plusieurs jours dans le massif du Cerro Quemado.
L'intérieur de ce que nous avons dû appeler le cratère du volcan de Quczaltenango, présente une disposition bien singulière, et il semble qu'il ail fallu un phénomène d'une incroyable puissance pour l'amener à un pareil état. On ne peut guère le comparer à une dépression creusée dans le sommet du volcan, mais bien plutôt a une sorte d'espace plan, tronquant la région supérieure de la montagne, et dominé par quelques pics plus élevés, dessinant en quelque sorte les sommets d'une enceinte polygonale hypothétique. Lorsqu'on y pénètre du coté du nord, on arrive, à la fin de la montée, sur une sorte d'arête rectiligne, longue de i 5o mètres environ, et réunissant, à une altitude de 3,ooo mètres, les bases des deux pics de l'est et de l'ouest. On a alors devant soi un immense espace , circonscrit par une circonférence de 35o à 4oo mètres de diamètre, et s'élevant progressivement vers le sud, en parlant du niveau même de l'arête. Cet espace, grossièrement plan, est un véritable chaos, où sont accumulés, dans le plus effrayant désordre, des rochers de toutes dimensions et des débris de toute nature.
Xmajp gi'ulngitiui?. fil
m \OVAGE GÉOLOGIQUE
On no peut guère douter que ce ne soit l'accumulation de» ruine» d'un cratère, qui aurait présenté jadis la régularité caractéristique de tous se» congénères, et qui aurait cédé sous leseiTorts de quelque puissance indescriptible. Les parois, démolies sur presque toute leur étendue, n'auraient plus subsisté que sous la forme «1«> pics isolés, et les débris du reste auraieut été précipités, soit en debors. pour altérer complètement la régularité des flancs du cône, soit en dedans, pour combler le cratère et le transformer en un amas de rochers. Rock»* jmkto Quoi qu'il en soit, les matériaux qui recouvrent la surface de cet espace présentent, dans leurs dimension», leur forme et leur nature, les plus singulières vaim,,nb~„ riét<?s. On y voit , à côté les uns des autre», d'énormes blocs, d'un volume de plusieurs mètres cubes, des amas de cailloux gros comme la tète, des champs de sable plus ou inoins lin , des dépôts d'argiles liantes; toutes les couleurs se mêlent, depuis le brun, le gris et le rouge, nuancées par des plaques d'alun blanchâtre cl des croules de soufre jaune, enveloppées dans le brouillard humide que produisent les fumerolles. Il y a des jiorphyres trachyliques bruns, rougeâlres ou violacés, tout à fait intacts et absolument semblables à ceux que nous avons décrits pins liant; quelques blocs à surface surfondue sont recouverts d'un enduit vitrifié, épais d'un ou deux millimètres, fendillé et craquelé comme un vernis; on y voit eles fragments imparfaitement scorifiés et calcinés, de» débris corrodés par les vapeurs acides, des scories légères et huileuses, «les sables «le trituration rouges et wolacés. en un mot, tous les types possibles des roches volcaniques que nous avons iléjà eu occasion de «lécrirc tant de fois. 11 faut y ajouter les produits déposés par l«*s fumerolles, ou formés par la réaction des va|ieurs acides sur les matières feldspathiipies, et ils s«»nt p«'iil-«Mrc plus nombreux et plus variés dans l«* cratère du ('erro Queinado «jue partout ailleurs dans b^s volcans de l'Améri«pie centrale. !\i«>us y avons observé, soit à la surface «les rochers, soit dans les fentes ou les petits cavernes qui existent dans les interstices, une grande abondance de dépôts amorphes ou cristallins, formant «le» crotiles sur l«'s parois ou tapissant les cavités. Le soufre pur, «>n aiguilles prismatiques d*un beau jaune, s«trouve <>n beaucoup de points; quehpicfois il se mélange de chlorures de soufre el «le fer, et prend une couleur rougedtre en devenant pulvérulent. Des niasses ItlanchAlres très-abondantes. ass«>z nombreuses, en tous cas, pour «pie. «lans un autre
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 483 pays, on y eut déjà créé une exploitation qui pourrait Aire productive, se composent de sulfates divers, soit simples, soit groupés en aluns; nous y avons reconnu la présence des sulfates d'alumine, de magnésie, de chaux, de soude, de potasse, et quelquefois de fer. Dans certains cas, ces croûtes sont imprégnées de chlorures divers et même d'acide chlorhydrique libre, grâce auquel elles rougissent fortement le papier de tournesol bleu; quand 6lles sont jaunâtres, elles contiennent une assez forte proportion de sulfate et de chlorure de fer, qui s'allèrent aisément à l'air. Peut-être y a-t-il aussi un peu d'acide borique, mais nos expériences ne uous ont pas donné, à ce sujet, des résullats bien concluants. Une cavité s'esl trouvée entièrement tapissée de jolis cristaux blancs, lins el déliés, longs de 3 ou A centimètres, et présentant un éclat nacré qui nous les avait fait prendre, au premier abord, pour «lu chlorhydrate d'ammoniaque. Mais l'analyse nous a démontré que c'était simplement du sulfate de chaux en aiguilles, et nous nous sommes souvenus alors de cas semblables, signalés par M. Boussingault dans les volcans de l'Amérique méridionale. Il parait, d'ailleurs, que le fait n'est pas très- rare, et que la présence du sulfate de chaux, dans les produits volcaniques, sous la forme île cristaux d'un aspect très-trompeur, crée souvenl des difficultés aux observateurs. Les cristaux de sulfate de chaux que nous avons recueillis sont imprégnés «l'une faible quantité «le chlorures alcalins, déposés simplement à leur surface par l'action des vapeurs chlorhydritpies.
Les fumerolles du volcan de Quezaltcnango sont nombreuses et abondantes. ru Elles s'échappent des tissures qui existent entre les blocs de rochers accumulés, et Cm semblent prouver que, les véritables évents étant ouverts dans le massif même de la montagne, leur communication avec l'air libre n'a pas été complètement inter- *l ceptée par les éboulements, dont les éléments se sont disposés «le manière à réserver un nombre considérable de vides et d'interstices. Il existe au moins une cin«|uautaiii<' de points de dégagement, où l'on voit l'intensité, la température et la comp«)sitiou «les vapeurs se modifier dans des limites assez étendues. Les vapeurs émises par le volcan sont assez abondantes pour que, le malin surtout , quand la condensation se fait rapid«'ment, on puisse voir de Quezaltenango une épaisse colonne de fumée flottant au sommet de la montagne. H est intéressant de remarquer que toutes les fumerolles sont groupées dans la région ouesl du cra-
(ère , et plus spécialement même au sud-ouest. Si l'on pensait que ia coulée de lave s'est épanchée hors du cratère lui-même , on pourrait peut-être en conclure <pie la partie orientale de cette dépression a été recouverte, en profondeur, d'un enduit plus ou moins épais de matières fondues , puis solidifiées de manière à former une couche continue, à travers laquelle il n'est pas possible aux gaz de se faire jour. Mais nous avons observé assez fréquemment une répartition tout à fait arbitraire des fumerolles au sommet des volcans, pour qu'il ne nous semble en aucune façon nécessaire d'invoquer une raison aussi compliquée pour expliquer l'absence totale des émissions de vapeurs dans la région orientale du cratère du Cerro Quemado. Il suffit de mouvements locaux, presque insensibles, dans des matériaux aussi meubles que ceux auxquels nous avons affaire, pour amener des tassements et des obstructions qui dirigent les vapeurs, dans un sens déterminé, vers les points où les communications a\ec l'atmosphère sont plus ou moins libres.
Nous avons observé quelques petites fumerolles fa) dans la partie la plus basse «lu cratère, près de l'extrémité occidentale de l'arête du nord; leur température oscille autour tic 5o", et, comme elles sont presque essentiellement composées de vapeur d'eau, d'acide carbonique et d'azote, elles ne présentent qu'un médiocre intérêt. Mais , si l'on pénètre dans l'intérieur «lu cratère, toujours du côté de l'ouest . on en rencontre un grand nombre d'autres (A), beaucoup plus importantes, réparties sans aucun ordre apparent, et disséminées entre les rochers, dont elles recouvrent les surfaces de croûtes d'alun et de soufre. Nous avons constaté des températures de i 1 3°, i 200, 1 a5°, sans que ces variations puissent être expliquées par autre chose que par la facilité plus ou moins grande du dégagement. Ces fumerolles, tout en étant composées d'au moins 7 5 p. 0/0 de vapeur d'eau, renferment nue très-notable proportion d'acide sulfureux et d'acide chlorhydrique , ainsi que de l'acide carbonique et de l'azote. La proportion de l'acide sulfureux atteint, dans certains cas, jusqu'à près de 1 p. 0/0, et celle de l'acide chlorhydrique h ou 5 p. 0/0. Le papier de tournesol bleu est rapidement amené au rouge vif, et un flacon d'ammoniaque, ouvert au voisinage des fumerolles, répand d'abondantes fumées blanches de chlorhydrate d'ammoniaque. Le papier d'acétate de plomb n'indique aucune trace d'hydrogène sulfuré, ainsi qu'on pouvait d'ailleurs le prévoir par l'odeur des vapeurs. Les proportions relatives d'acide sulfureux et
d'acide chlorhydrique doivent subir quelques modifications, suivant les points, car l'odeur, toujours très-désagréable et assez forte pour prendre violemment à la gorge, et pour rendre le voisinage des fumerolles très-pénible, semble n'être pas du même genre, suivant que l'un ou l'autre des deux gaz est prédominant. Dans la région la plus élevée du fond du cratère, vers le pied du petit mamelon argileux du sud-ouest, il existe quelques fumerolles assez abondantes (c), doul la température atteint jusqu'à i5o°, ce qui est la température la plus élevée que nous ayons observée au volcan de Quezaltenango. Ces vapeurs ne diffèrent pas beaucoup, par leur composition, de celles que nous venons de décrire ci-dessus, mais il semble pourtant que la proportion de l'acide sulfureux soit un peu plus considérable. Enfln, sur le mamelon argileux lui-même, il y a quelques petites fumerolles, disposées ainsi sur ce que l'on pourrait appeler le bord môme du cratère, el sortant des creux ou des fentes qui existent dans la matière pâteuse. Quoique leur température oscille autour de 100", elles ne présentent guère d'intérêt , ni parleur abondance, qui est très-médiocre, ni par leur composition, où la vapeur d'eau domine. C'est donc dans la région centrale du cratère, mais surtout du côté du sud-ouest, que se trouvent les fumerolles les plus importantes, dont la baille température et l'acidité prononcée donnent au Cerro Quemado un caractère assez saillant d'activité éruptive, tandis que les dégagements de vapeur qui occupent les bonis ne présentent qu'un intérêt de deuxième ordre. Nous ne cherchons, d'ailleurs, à tirer aucune conclusion de ce fait, car les conditions dans lesquelles se trouve le cratère du volcan de Quezaltenango sont trop particulières pour qu'une loi des températures ait pu se maintenir au mibeu des accidents et des bouleversements qui s'opposent à la marche normale et aux allures naturelles des fumerolles.
En résumé, on voit que le Cerro Quemado se trouve encore aujourd'hui dans une situation digne d'attirer l'attention des observateurs. Si son histoire ancienne soulève de remarquables problèmes et mérite d'être approfondie avec beaucoup plus de soin (pie nous n'avons pu le faire dans le cours de notre rapide reconnaissance, il n'est pas impossible, d'un autre côté, que son histoire future ne vienne apporter aux géologues de nombreux éléments de travaux et de recherches.
\OIX\> DE TAJOMl U:0.- VOU.AX l»E TU.VX ». - VOIX.VX D'IST \k
Au delà do Quczaltcnango, le système volcanique de l'Amérique centrale se eontinue encore jusqu'à une distance assez considérable, en conservant sa direction générale vers l'ouest 3o° nord. Si l'on en croit les renseignements Tournis par les habitants du pays, il ne se terminerait guère qu'à aoo kilomètres de Qu<7.altenango, dans la province du Soconusco, qui fait partie de l'État mexicain de Chiapas, et présenterait encore jusque-là quelques cônes d'une grande importance. Il nous a été malheureusement impossible de visiter nous-mêmes cette région, qui n'a jamais été parcourue par un voyageur s'ocrupant de recherches scientifiques, et nous ne pouvons en dire que quelques mots, reproduisant les données vagues que possèdent sur elle les habitants de Qtiezaltenango. Nous avons pourtant vu de loin nous-mêmes les deux volcans, qui sont enrore sur le territoire du Guatemala, et nous avons pu constater que c'étaient de beaux cônes réguliers, dont la base repose entièrement sur les hauts plateaux , grâce à l'angle (pie forment entre elles la ligne volcanique et l'arête montagneuse principale, qui arrivent à se confondre presque complètement dans cette partie de leur pan-ours, voie» Le volcan de Tajomulco est situé à une soixantaine de kilomètres plus loin «pie
le Cerro Quemado, suivant une direction ouest 2 H" nord, c'est-à-dire presque exactement sur la ligne moyenne du système volcanique. On le voit très-bien du haut du volcan de Quczaltcnango, d'où nous avons pu relever sa position à la boussole. Il domine de beaucoup la plaine et apparaît sous la forme d'un grand cône très -régulier, dont la base semble recouverte d'une épaisse végétation, et dont la hauteur doit certainement dépasser 3,5oo mètres. Il passe pour être éteint, mais, comme il parait «pie l'on y trouve de grandes quantités de soufre, exploité par les Indiens, nous pensons qu'il doit y exister probablement encore quelque solfatare en activité.
Le volcan de Tacana n'est pas visible du sommet du Cerro Quemado, parce que, se trouvant exactement sur l'alignement moyen du système volcanique, il est masqué par le volcan de Tajomulco. Mai> nous l'avons très-bien vu de la mer, ainsi que ce dernier, et c'est lui qui ligure à l'extrémité du croquis général que nous avons pris en rade de San José (vovez pl. VII). En l'examinant à une dis-
1!» Tajnmillr».
lance aussi considérable, on n'en peut, en aucune façon, étudier les détails; mais on put néanmoins constater qu'il constitue une grande montagne très-régulièrement conique, présentant tous les principaux caractères extérieurs d'un volcan bien délini, et dont la hauteur, autant que les lois de la perspective permettent de s'en rendre compte, ne doit pas être inférieure à celle des volcans de Santa Maria et de Tajomulco. Au dire des Indiens, qui le minutent beaucoup, le volcan •le Tacana, presque toujours couronné «l'une assez volumineuse couronne de fumée, serait encore dans un état d'activité éruplive bien caractérisé.
En pénétrant sur le territoire du Mexique, le système volcanique se perd dans une obscurité dont il nous est absolument impossible de déchirer les voiles. La province du Soconuseo, étant une des plus sauvages de l'Amérique centrale, n'a guère été parcourue, même par les indigènes, et l'on ne possède, sur elle et sur ses volcans, que des données extrêmement \agues. Nous avons entendu parler d'un certain volcan d'Istak, qui s'élèverait non loin des frontières du Guatemala, et qui «irait un des principaux membres de la série, mais nous n'avons aucun détail sur lui. Un groupe de plusieurs autres cônes volcaniques se trouve, parait-il, à une centaine de kilomètres dans le sud de Ciudad Real, mais nous n'avons aucun renseignement sur leur bailleur, leur nombre et leur état actuel. Il est probable cependant qu'aucun d'eux n'est le théâtre de phénomènes importants, car il siérait impossible que des éruptions notables restassent complètement ensevelies dans l'oubli, et qu'il n'en \înt pas quelque nouvelle au moins jusqu'à Quezallenango. Nous sommes donc portés à croire que l'extrémité nord-ouest du système volcanique de l'Amérique centrale eût été moins intéressante à étudier que la partie sur laquelle ont porté nos recherches, mais nous n'en regrettons pas moins de n'avoir pas eu la possibilité de compléter nos travaux en les étendant jusqu'à leurs extrêmes limites.
YOVWîE GÉOLOGIQUE