SO
IMb Soo.ooo
Indiens 83o.ooo
Zambos 3o,ooo
Relativement à la surface du Guatemala, la population est de :
1 habitant pour il hectares.
7 tl' pour 1 kilomètre carré.
tandis qu'en France nous avons :
68 habitants pour i kilomètre carn*.
Le .Salvador est plus peuplé relativement que le Guatemala, on y compte :
1 habitant pour 9 hectares.
\u Honduras, la population est moins condensée, on ne compte (pie : , 1 habitant |M>un? hectares.
Notre première excursion, à notre arrivée dans le pays, eut pour but les trois Ma* h r«f», volcans voisins de Guatemala : le \olcan de Fuego, le volcan de Agua et le volcan de Pacaya. La station la plus favorable pour entreprendre l'ascension de ces montagnes est sans contredit la Antigua Guatemala, belle ville située à neuf lieues «le la capitale et au pied du volcan de Agua. On avait beaucoup exagéré devant nous les difficultés insurmontables que nous devions rencontrer pour atteindre la cime du volcan de Fuego pendant la saison pluvieuse, et cependant, après quelques hésiLitions, nous résolûmes de tenter l'aventure. Parfaitement secondés dans nos projets par plusieurs personnes de la Antigua Guatemala et des environs, el
en particulier par un planteur anglais, mort aujourd'hui, D. Thomas Wyld, il nous fut facile d'arriver au cratère de ce fameux volcan , et , grâce à un temps exceptionnel pour la saison, nous pûmes séjourner assez longtemps au sommet de la montagne pour en donner une description exacte, qu'on trouvera plus loin. Là comme partout ailleurs, nos guides indiens refusèrent de nous suivre jusqu'à la cime, et se luirent à une distance respectueuse des premières fumerolles. Ni pour or ni pour argent nous ne pûmes les décider à faire un pas de plus. Le cratère du volcan est pour eux la porte de l'enfer, et leur courage ne va pas jusqu'à affronter de semblables dangers. Seul, un domestique mexicain, qui, depuis près deux ans, nous accompagnait dans nos voyages, arriva avec nous au point culminant. L'atmosphère était ce jour-là d'une pureté admirable, le soleil brillait de tout son éclat, et la vue qui s'étendait à nos pieds était vraiment splendide. Toutes les beautés de celte merveilleuse région de l'Amérique centrale, qui constitue la république de Guatemala, se voyaient en détail et comme réunies dans un vaste tableau. D'un coté" s'élevait la niasse immense du volcan de Agua, dont le sommet semblait arriver jusqu'à nous; de l'autre, les vertes campagnes d'Kscuintla, dont les teintes, en diminuant par degrés insensibles, allaient mourir peu à peu dans les flots bleus de l'océan Pacifique; plus loin, les sommités nues et déchirées de la province de» Los Altos, entourant comme d'une couronne le lac pittoresque d'Atitlan; enfin, bornées au loin par les hautes montagnes de la Yera-I'az, les riantes vallées de la Antigua et de Guatemala, avec leurs plantations, leurs villes el leurs villages.
L'ascension de cette montagne est plutôt pénible que vraiment difficile, et le sentier, à peine frayé au milieu de l'épaisse végétation qui couvre les prîtes jusqu'à une grande hauteur, devient presque impraticable lorsqu'on est obligé d'emporter avec soi, comme nous devions le faire, quelques instruments délicats dont nous ne pouvions guère nous passer pour faire des expériences précises. On trouvera plus loin, au chapitre spécial, tous les détails relatifs à nos observations scientifiques.
Le volcan de Fuego, outre le vif intérêt géologique de sa constitution, présente plusieurs particularités naturelles déjà observées, et qui méritent «l'être citées; nous voulons parler, en premier lieu, d'une sorte d'excroissance ligneuse qui se
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 45 forme sur certains arbres; ce tissu ligneux s'épanouit et constitue comme de gros champignons qui prennent quelquefois des figures singulières rappelant à s'y tromper diverses fleurs, telles que la rose et la tuli|)e; ces excroissances sont connues par les indigènes sous le nom de flores de jmlo, fleurs de bois. Comme particularité du règne animal, on rencontre, au mibeu des bois touffus qui couvrent cette même montagne, un oiseau de la famille des gallinacés, qui tient à la fois, par son aspect extérieur, du vautour et du coq de bruyère; deux ou trois individus seulement de celte espèce ont été étudiés jusqu'ici, et, chose singulière, on n'eu a pas retrouvé un seul en dehors du volcan de Fuego.
Deux jours après, nous entreprenions l'ascension du volcan de Agua, qui ii<- v..i™n *• »p^, présente aucune difliculté sérieuse; on peut, à la rigueur, se servir de mulets jusqu'à la région des pins, à 3,ooo mètres au-dessus du niveau de la mer, et «le là. après quelques efforts, on gagne facilement une dépression en forme d'entonnoir, qui constitue le cratère de cet ancien volcan. A une certaine époque, cette cavité peu profonde était entièrement remplie d'eau; en i54i , probablement à la suite de quelque violente secousse de tremblement de terre, il se forma soudain une immense fissure; l'eau, se déversant alors, entraîna par sa masse d'énormes blocs de rochers, les terres s'éboulèrent en partie, et une avalanche épouvantable fondit sur la vallée; tout fut détruit sur sou passage, et la ville de Ciudad Yieja, fondée par Alvarado, disparut dans ce désastre. La femme de l'illustre conquérant fut également victime de celte catastrophe , et il ne resta debout, comme témoin muet de ce malheur, qu'un arbre au tronc gigantesque et au feuillage épais, sous lequel les premiers Espagnols s'étaient réunis, après leur victoire sur les Indiens, pour rendre grâces au Seigneur et h? remercier de sa divine protection.
Aujourd'hui, Ciudad Vieja se compose à peine de quelques constructions modernes établies pour la culture du café ot du nopal, et ne forme, pour ainsi dire, qu'un faubourg de la Antigua.
Cette dernière ville, fondée après la ruine de Ciudad Vieja, porta d'abord le u.utigu» nom de Santiago de los (Aiballero*, et acquit bientôt par sa situation, ses environs enchanteurs, le luxe de ses demeures et de ses habitants, et aussi par la licence de ses mœurs, une renommée immense dans toute l'Amérique espagnole. Un historien du temps, un Anglais, entré par dépit dans un couvent de moines espa-
gnols, Thomas Gage tutus a conservé quelques curieux détails sur cette cité, qu'il compare à Sodome et à Gomorrhe, et qu'il menace du feu du ciel, arrivanl sous la forme d'une éruption du volcan de Fuego. La ville fut détruite, en effet, en 1773, par un violent tremblement de terre, qui laissa cependant encore debout un certain nombre d'édifices; mais les habitants, tour à tour éprouvés par les éruptions et les secousses incessantes de tremblements de terre, tinrent conseil, et résolurent de transporter la capitale de l'État dans une position moins dangereuse et sur un sol moins mouvant; c'est alors que furent jetés les fondements de la Nueva Guatemala.
De nos jours, la Antigua 111 est encore la seconde ville de la république, elle occupe une étendue immense, et tend peut-être à se relever chaque jour davantage; sa population est d'environ 12,000 habitants. Les ruines magnifiques que l'on rencontre à chaque pas attestent sa splendeur passée, et bien des fois nous nous sommes surpris dans une muette admiration en parcourant les superbes vestiges de la cathédrale, du couvent de San Francisco et de l'ancien palais des gouverneurs espagnols.
b«.« indien»* La place principale de la Antigua, à certains jours de la semaine, offre d'ailc«^m» ~~ leurs plus d'un enseignement, et I on peut étudier là en quelques heures les types les plus variés et les plus étranges des diverses races d'Indiens qui peuplent le Guatemala. Ces races ont déjà été décrites, au point de vue ethnographique, par M. l'abbé Brasseur de Bourhourg'3', et nous rappellerons seulement ici quelquesdétails relatifs à l'état actuel des Indiens. Leurs vêtements différent bien peu aujourd'hui de ceux qu'ils portaient jadis: ils se composent, pour les hommes, d'une sorte de veste de laine à manches très-courtes, ne dépassant pas lavant-bras, et d'un pantalon bouffant ceint autour des reins par un cordon ou, plus élégamment, par une écharpe en tissu de soie; ce pantalon, très-court, couvre seulement la cuisse et s'arrête aux genoux. La plupart d'entre eux portent des sandales, ou plutôt une simple bande de cuir taillée sur la forme de leur pied, et retenue par des lanières également en cuir. Quelques-uns, habitués dès leur plus tendre enfance à niar-
' .1 nflr SurveuoftheWtlt-Indieê; Juvrney/rvm .VfJrro (1 tlistwn den natiim» cirtHstr» du \1r.n/ptt ri de CAmè'
'lkrv*fiktkepnxwctâtf(fojMa,CM«p<u,rte.lA>mU>a,i)<6â. ripte eeutralr dont Ut nklt* <i«<rmw« il ('Ar. Colomlt.
'■ iJaiu le pays, ki Antigua Guatemala n'appelle phi* Paris. 1807. «miplrtiii'iit la Antigua.
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. hl
cher nu-picds, se passent de toute espèce de chaussure. Ils ont la tète couverte d'un chapeau de paille de couleur sombre, et le plus souvent, sous ce chapeau, ils portent encore une sorte de bonnet de tissu de coton. Ce dernier est surtout en usage chez les Indiens des hauts plateaux, qui passent par une transition très-brusque d'une température élevée à un froid vif et piquant pendant les mois d'hiver.
Les femmes ont un jupon court de tissu de coton rayé, et sur les épaules une chemisette blanche de coton écru, ornée de dessins brodés en soie. Ces dessins aux met nuances dénotent un goût assez prononcé, et les couleurs y sont généralement disposées avec une certaine harmonie; pour les jours de fête on relè\e encore l'éclat de ces vêtements par une foule de paillettes métalliques qui sont d'un bel effet au soleil. Ce vêtement supérieur des femmes se nomme un fptïjril. et, d'après la forme des dessins et les couleurs usitées, les indigènes distinguent, à première vue, à quel village apparlieut celle qui le porte. Dans, les terres chaudes, ces mêmes vêtements sont beaucoup plus légers, et tellement transparents, dans certaines localités, que la décence est à peine respectée; de plus, dans toutes les terres chaudes, l'usage des chaussures est généralement inconnu.
Au physique, ces Indiens diffèrent beaucoup suivant les climats où ils vivent; M<*.imi«»ii..ii.m. ceux de la ttetra fria sont petits, trapus, bien membres, susceptibles de grandes fatigues, et très-adonnés à l'ivrognerie, tandis que ceux de la tierra caliente sont grands, maigres, paresseux, et encore plus sensibles à l'attrait des Iwissous alcooliques. Ces derniers ne travaillent que pendant une faible partie de Tannée, pour ensemencer le petit champ de maïs qui entoure leur hutte, sans se donner même la peine de le labourer, et vivent le plus souvent de fruits et de racines que la nature leur fournit en abondance. Pendant ce temps, leurs femmes restent dans leur demeure, où elles fabriquent leurs vêtements. Ce sont elles-mêmes qui recueillent le coton, le nettoient, le filent, le cardent et le tissent avec des métiers a la main aussi simples que primitifs; toutes ces opérations sont faites avec le plus grand soin, et au bourg de Santa Maria, situé sur le flanc du volcan «le Agua, nous avons pu admirer de très-belles étoffes brodées de soie, qui avaient été fabriquées dans une misérable hutte, et qu'une pauvre Indienne avait mis près de six mois à terminer. Us riverains de l'Océan possèdent tous un canot fait d'un
Ironc d'arbre creusé, et la pèche suffit amplement à leur subsistance. Pendant le jour, on les voit souvent étendus sur le sol de leur hutte de bambous, ou plus rarement dans un hamac, s'abaudonnant à la plus complète inaction. Quelques-uns, cependant, qui ont un véritable instinct musical, étudient sur leur instrument de prédilection, la marimba, les morceaux qu'ils joueront à la fêle la plus prochaine, et Dieu sait si ces fêtes se renouvellent souvent.
La marimba est un instrument très-harmonieux, quoique fabriqué exclushement en bois; il se compose d une série de tubes verticaux de différentes longueurs, tous reliés les uns aux autres par des bandes décorée, et resserrés entre deux larges pièces de bois-, on en compte jusqu'à *ingl ou trente dans une seule uiarimba. Ces tubes sont fermés à une extrémité par une membrane, et ouverts à l'autre extrémité. Au-dessus de chaque tube est disposée une petite planchette horizontale mobile, sur laquelle le musicien frappe avec une baguette légère munie d'un tampon ; le son est produit par les vibrations de la membrane, et diffère naturellement suivant la longueur du tube; chacun de ces tubes correspond donc à une note distincte, et l'instrument entier constitue une sorte de clavier. La marimba se touche des deux mains comme le piano, mais nous axons vu souvent aussi deux Indiens jouant à quatre mains et même trois artistes exécutant un air sur le même instrument; d'autres fois encore ce sont deux inarimhas (pion essaye de mettre d'accord en tendant plus ou moins la membrane en baudruche avec de la cire. Les Indiens ont une sorte de passion pour la musique, et ils exécutent certains morceaux de mémoire avec une justesse et un accord remarquables. Leurs chants, cependant, sont d'une monotonie désespérante et fort désagréables à l'oreille, et nous nous rappellerons toujours les voix criardes que nous entendions chaque malin bien avant le lever du soleil, et chaque soir après Bon coucher, pendant notre séjour dans les haciendas de la Terre Chaude. Ces chants constituent la prière de l'indien; il nous a toujours été impossible, dans l'ignorance complète où nous étions de leurs dialectes, «le deviner à qui s'adressaient ces invocations.
lodbMbfaonwin Tous les travaux des haciendas sont généralement faiLs parties Indiens nomades.
qui vivent plutôt momentanément qu'à poste fixe sur le sol même de la propriété, dans des huttes mises à leur disposition par le propriétaire. Ces Indien»
travailleurs, qui ont beaucoup de rapport avec les peonet du Mexique, sont ordinairement d'une sobriété exemplaire, soumis et obéissants jusqu'à l'obséquiosité, «t leur salaire journalier ne dépasse pas deux ou trois réaux (i fr. îi5 cent, à 1 fr. 85).
Un grand nombre d'Indiens exercent le métier de portefaix; chaque jour ils , i . .,ri*un transportent à de grandes distances et dans des sentiers à peine frayés des charges énormes, et cela pour une somme fort modique; nous en avons vu qui faisaient jusqu'à soixante lieues en quatre jours pour porter une dépêche, et on leur donnait deux piastres, dix francs de notre monnaie, pour ce long trajet. Ils voyagent ordinairement en troupe portant leur charge sur les épaules au moyen d'uue sorte de crochet de portefaix dit cacaste soutenu par une large bande de cuir qui vient passer sur le front ; au-dessus de ce cacaste est enroulé un long manteau de feuilles de palmier ou de maïs qui les met parfaitement à l'abri, eux et leur fardeau, pendant la saison pluvieuse. Ce manteau imperméable se nomme mtyacal; ils s'en servaient déjà au moment de la conquête, ainsi qu'on le voit dans les chroniques de Fuentes et de Ilerrera. La nuit, ces Indiens nomades allument de grands feux, et tous, étendus sur le sol sans autre oreiller que les cailloux du chemin, et à peine couverts de leur mm/ie, ils prennent quelques heures d'un repos bien mérité.
Dans les villes ou villages, la municipalité indienne est presque toujours in- HiMfiBii dépendante de la municipalité blanche ou ladina, lorsque Les deux éléments de la population sont en proportion suffisante pour cela; elle est à l'élection, sauf approbation du corregidor ou préfet du département. Elle se compose, premièrement , d'un gobernador, gouverneur, qui a l'autorité suprême, et qui, à de rares exceptions près, ne relève que de lui-même. On le choisit le plus souvent parmi les descendants des anciens chefs de tribu, ou caciques, dont la trace n'est point encore perdue. Ces hommes qui, dans plusieurs circonstances, nous ont rendu les plus grands services, ont une tenue digne et sévère; ils en imposent à leurs concitoyens, qui professent pour eux le plus grand respect et leur sont très-soumis. Eu second lieu, nous trouvons deux ou trois alcaldes et deux ou trois regidores. Les premiers sont chargés de rendre la justice, et les autres ont dans leurs attributions le service de la voirie. Connue, dans la plupart des cas, les Indiens ne comprennent
pas la langue espagnole , le secrétaire de la municipalité est généralement choisi parmi les ladinos, et il sert d'intermédiaire entre le gouvernement rouirai et le gobcrnador du district. Enfin, dans tout village, il y a des matjore», environ douze jwur mille habitants, qui sont les gendarmes de la localité; ils sont chargés des arrestations, de la police et de ses détails, et servent de courriers pour aller porter les dépêches de la municipalité.
Les attributs du pouvoir sont, pour le gobernudor, une canne debène surmontée d'une croix en argent; |H>ur les alcaldc*, une canne également en éhène surmontée d'une simple pomme du même métal; quant aux inayore», ils portent un fouet en cuir tressé et fixé à un bâton en bois très-dur de om,8o de longueur.
i^,»uik.„ Les peines corporelles, quoique défendues par la loi, sont cependant tolérées et même publiques; elles consistent surtout dans la fustigation sur la place principale de la localité : on attache à un poteau le patient nu jusqu'à la ceinture, et là. un des majores, armé de son fouet, lui administre un certain nombre de coups sur les épaules, avec un calme et un sangfroid imperturbables.
Outre celte peine, il y a encore l'amende, la prison et une sorte d'exposition au pilori dite cepo. Voici en quoi consiste ce moyen correctionnel. Devant tous les cubildox ou maisons municipales on remarque des pièces de bois évidées de dislance en distance par des entailles seini-cvlindriques, et telles qu'en rapprochant deux de ces pièces on forme autant d évidcinenls circulaires. Le condamné passe une jambe, ou même les deux, suivant la gravité de l'infraction, dans ces cavités, et ou rejoint alors, pour les fermer au moyen d'un cadenas, des cercles de fer disposés aux deux extrémités des pièces de bois. Quelquefois deux ou trois individus subissent leur peine dans le même moment, et on les laisse ainsi au milieu de la place pendant un temps plus ou moins long, Pour les crimes, la loi comporte les travaux forcés à temps ou a perpétuité; il est rare «pie la peine de mort soit appliquée.
L'Indien est exempt du service militaire et ne paye pas les impots; il est mineur devant la loi, et ne peut contracter la moindre obligation sans la présence de l'autorité; il n'est susceptible d'être requis de force que pour porter les bagages des troupes en marche. Chaque année il est soumis à une rapitalion qui varie «le
DAIS S LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 51 h réaux à i piastre (2 fr. 5o cent, à 5 francs), suivant l'importance des localités; cette capitation entre dans la caisse de la municipalité; enfin il est tenu de travailler quatre ou cinq jours par an à l'entretien des routes qui avoisincnt le village où il se trouve; il n'a aucun moyen de se dispenser de celle corvée.
La route de la Antigua à Amatillan passe par le col de Santa Maria, et, après ImHm quatre ou cinq heures de marche, on déhouchc dans une vallée parallèle à celle de la Antigua, où s'élève aujourd'hui la ville d'Amatitlan. Celle localité, dont la population est d'environ i3,ooo habitants M, s'agrandit chaque jour; originairement, c'était une vaste hacienda des Dominicains , analogue à celle de los Esclavos. Lorsque les religieux se retirèrent, les terrains furent divisés entre plusieurs propriétaires, et, comme la fertilité et le climat de celle région se prêtaient admirablement à la culture du nopal, l'agglomération actuelle se constitua rapidement, sans que la formation d'une ville nouvelle pùt altérer en aucune façon le but qu'on s'était proposé primitivement. Aussi la ville d'Amatitlan est-elle devenue le centre d'une immense exploitation de cochenille, et , grâce aux intermittences naturelles et forcées que subit la culture du nopal, la majeure partie de la population peut Aire considérée comme flottante. Les vrais habitants indigènes, qui descendent tous plus ou moins des anciens esclaves des Dominicains, portent généralement les traces de leur origine.
Amatillan est situé sur le boni d'un petit lac dont les eaux, mêlées probable- Uc.r»»-.u.n ment avec celles de quelques sources minérales, sont très-chargées de sels de soude et de magnésie. On pèche cependant dans ce lac d'excellents poissons dits mojarus et des écrevisses {mngrejm) , qui ne paraissent pas souffrir de la mauvaise qualité de l'eau. Le niveau du lac n'est pas constant, il baisse beaucoup à certaines époques de l'année, et, comme il est peu profond, il laisse à découvert une foule de végétations aquatiques. Nous ne pouvons mieux comparer le tracé indécis des rives de ce lac. surtout du coté nord-est, au voisinage du village de Petapa, qu'à celui des grands lacs de la vallée de Mexico et du lac de Te/xuco en particulier. Les eaux, en se retirant, laissent derrière elles d'immenses marécages, où s'engendrent des miasmes putrides, qui vont porter sur la ville les lièvres les plus pernicieuses. Le climat d'Amatitlan est en effet réputé pour
M R««,«-menl <k .605; U Smmm, |*nodico ptfitm y lillerario; lioatcDwIa . 5 de membre .le .865.
très-malsain, et la mortalité y est plus grande qu'en aucun autre point du Guatemala.
vnwndeftc,,. Le volcan de Pacaya est situé à environ cinq lieues d'Amalillan, et l'on y arrive très-facilement par un assez bon sentier tracé dans les bois. Sur la route se trouve le petit village de Pacaya dans une position analogue à celle de Santa Maria; mais, tandis que le dernier est exclusivement habité par des Indiens, on ne voit guère dans le premier que des ladinos. Le volcan est aujourd'hui presque entièrement éteint; il ne se dégage plus du cratère que de rares fumerolles; mais, dans les premières années de la conquête, ses éruptions ont été d'une fréquence et d'une violence redoutables. Francisco Fuentes, dans sa chronique, rapporte qu'il lançait continuellement, et tous les jours de l'année, d'énormes flammes par une de ses sommités les plus élevées. D'après Juarros, sa dernière éruption eut lieu le 1 1 juillet 1 770. Il ne présente, à l'heure qu'il est, aucune particularité remarquable; mais de sa cime, qui s'élève à 9,553 mètres au-dessus du niveau de la mer, 011 se rend parfaitement compte de l'ensemble du système de» deux autres volcans de Fuego et de Agua.
■wÉrih. Amalitlan se trouve sur la grande voie de communication qui conduit de Guate-
U*"*T!r*dM mala à l'océan Pacifique. En s approchant de la mer, et à huit lieues d'Amatitlan, ^Uawwli après avoir descendu une longue pente qui traverse toute la région tempérée, on 1 M tLi rencontre le gros bourg d'Kscuintla, autrefois rendez-vous fa\ori des habitants de Guatemala, qui venaient, pendant l'hiver, jouir «lu soleil de la Terre Chaude et mettre à profit les eaux fraîches et limpides de la Michatoya. Il n'existait pas là, à proprement parler, d'établissement hydrothérapique d'aucune sorte, mais les habitants d'Kscuintla vivaient sous la tente durant deux ou trois mois, pour louer leurs demeures aux baigneurs, et la seule rémunération qu'ils en retiraient suffisait à leur entrelien pendant toute l'année. Escuintla était ainsi en quelque sorte le Baden-Baden du Guatemala; mais l'usage de ces saisons d'eau, dites rada*, est tombé peu à peu en désuétude, à Escuintla du inoins, car les baigneurs ont choisi une localité plus rapprochée de Guatemala.
Aujourd'hui Escuintla a acquis une certaine importance par les plantations de café qui y sont installées depuis environ dix ans. A cette époque, c'est à peine si l'on cultivait le café au Guatemala, lorsqu'une famille française \inl jeter là les
bases d'un commerce immense; ses premiers essais, après quelques tâtonnements, furent suivis de résultats remarquables!1), et, grâce a l'expérience acquise, d'autres planteurs purent, à leur tour, se consacrer en toute sécurité au développement de cette même culture. H faut dire toutefois que, de même que tous les autres végétaux, le café ne réussit bien que dans une certaine zone, et cette zone, pour l'arbuste en question, est située entre 600 et 1,000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Escuintla est déjà bien au-dessous de cette moyenne, et les plantations faites ensuite dans un cbmat plus tempéré donnèrent des résultats bien supérieurs à ceux qu'on pouvait prévoir d'après les premières tentatives.
Les environs d'Escuinlla offrent encore au touriste une série de beautés naturelles que l'on ne peut trop admirer, et quoique un peu blasés, s'il est possible de s'exprimer ainsi, sur la magnificence des points de vue tropicaux, nous fûmes émerveillés une fois de plus à l'aspect de la superbe cascade de la Michatoya, qui tombe de cent mètres de haut et sur une largeur de près de vingt mètres au milieu d'une exubérance prodigieuse de végétation. Les rayons du soleil des tropiques animant cette pluie Cne comme la rosée, et semant comme une multitude de perles sur les larges feuilles de ces grands arbres éternellement verts, nous rendirent témoins d'un spectacle qui défie toute description.
Après avoir parcouru en tous sens les vallées de Guatemala et de la Antigua, vw nous étions vivement engagé à mettre à exécution un projet de voyage dans le d""M'"1 nord du pays, et principalement dans la province qui porte le nom de Vera Paz. Nous partîmes donc de Guatemala dans les derniers jours du mois de juin, en pleine saison des pluies, mais avec l'espoir de rencontrer dans la haute Vera Paz un temps plus favorable.
On sort de la capitale en se dirigeant au nord-est, par le faubourg de la Can- cbinatb. delaria , dont la morne tristesse, et plus encore la malpropreté, sont devenues proverbiales. Au début, et pendant près de trois lieues, le chemin est peu accidenté; mais tout à coup on se trouve en face d'une de n-s profondes fissures dont nous
"; Qu'il nous ioil |»Tt>ii» «finln-Mer ici un junte trilml membre rnrm<|iiwwUiit de la Commission scientifique du
de reconnaissance à cette famille, dont In bienveillance et Mexique , et le» nombreus» relations mie a juste influence
l'amabilité à notre ég»rd ne se «ait paa démenties un lui avait créée» d«n* le |wy» n'ont pas |ieu contribué
*eul imunt. I nom rendre plus facile la mimioa qui nous était eoo-
Ln de ses membre», M. le baron 0. du Teil. était liée.
avons déjà fait mention, el les sables mouvants qui constituent les flancs «lu ravin arrivent peu à peu à masquer presque entièrement la roule et à la rendre singulièrement périlleuse. Au fond de ce ravin de deux cents mètres de profondeur environ serpente un frais ruisseau qui arrose le bourg de Cbinautla, dont le climat tempéré attire en foule chaque année les habitants aisés de Guatemala, heureux de changer d'air et de pouvoir se livrer dans une eau pure et limpide, c ourant sur un lit de sable fin, à l'exercice salutaire de la natation, (les réunions annuelles n'ont point encore altéré l'aspect du village indien de Cbinautla, les habitants ont conservé leur costume el leurs usages, et, à pari quelques métis qui exploitent les baigneurs, toute leur industrie consiste, comme par le passé, à faire du charbon de bois qu'ils vendent en ville, et à confectionner quelques grossières poteries. cm» Après Cbinautla nous traversons plusieurs fois le cours sinueux du Rio de los
i. Qo«.i» p|ajanos> et |a m,le fmo nous sni>ons devient de plus en plus mauvaise el presque impraticable; elle franchit d'énormes ressauts taillés dans le roc, et la côte dite de Quesada serait capable d'effrayer l'Européen le plus intrépide qui serait fraîchement débarque dans ces régions presque vierges. Au sommet des collines que nous gravissons, non sans quelque peine, nous retrouvons les belles forêts de pins el de chênes qui couvrent fréquemment les hauteurs dans les environs de Guatemala. L'aspect du pays est quelque peu monotone, les voyageurs sont très-rares, et , à part quelques Indiens courbés sous leurs pesants fardeaux , on ne rencontre guère que d'immenses convois de porcs descendant des montagnes de la \ era- Paz, et qui sont tous munis d'une sorte de chaussure de cuir ou de vieux linge destinée à leur protéger les pieds contre les cailloux de la route.
IMtuk La première hacienda un peu importante après Cbinautla se nomme le Carri-
u Camul.
zal. La canne à sucre est la principale culture de celle hacienda, située à sept ou huit lieues de Guatemala; elle offre toujours au voyageur un gite pour y passer la nuit, el on peut, à la rigueur, s'y procurer quelques aliments. Au delà, on descend pendant longtemps el d'une manière presque insensible; peu à peu, les pins disparaissent, les chênes deviennent plus rares, et, après avoir traversé deux misérables villages, San Bernardino et San Buenaventura , situés dans un climat très-chaud, humide et malsain, où la population ne trouve pour se désaltérer (pie de l'eau bourbeuse et chargée de débris organiques qui engendre de terribles
maladies, on attire au bord du Rio Grande, qui descend des montagnes de los Altos, traverse toute la basse Vera Paz, décrit une courbe de plus de quatre-vingts lieues, et finit par se jeter dans l'océan Atlantique sous le nom de Rio Motagua.
C'est en vain que nous clierchons un pont sur cette rivière de près de soixante mètres de largeur; nous ne voyons qu'une arebe en ruine, seul reste de l'unique pont à plusieurs arebes de tout le Guatemala, qui passait pour une merveille d'élégance et de solidité, et qui a été détruit par une cime subite du Rio Grande; le gué, d'ailleurs, est tout à fait impraticable à cette époque de l'année. Nous sommes contraints dès lors, pour arriver sur l'autre rive, de nous servir du moyen primitif unaginé par les peuplades de l'Amérique du sud, les Gauchos et les Patagons, et qui est connu au Guatemala sous le nom de garucha. Voici en quoi consiste ce pont d'un nouveau genre : I n câble en fil d'aloès est tendu à une dizaine de mètres au-dessus du fleuve et solidement fixé aux falaises qui forment les deux rives; sur cette corde court une poulie qui supporte une large courroie; le voyageur passe celle courroie autour de son corps, saisit à deux mains les brins qui sont fixés a la poulie, et, comme la corde, par son propre poids, décrit une courbe dont la flèche est assez grande, la poulie descend facilement jusqu'au point correspondant au milieu du fleuve; mais, à partir de ce moment, il faut remonter, et, dans ce but, les ferrures de la poulie portent une amarre que les Indiens préposés au passage tirent à eux, de sorte qu'ils parviennent ainsi à vous faire gagner l'autre rive. La traversée ne présente donc d'autre danger que celui de la rupture du cible; nous devons avouer toutefois que le voyageur susceptible d'être pris de vertige aurait tort de se confier à cet appareil, et nous avons vu quelquefois rétrograder des hommes, aguerris cependant par de longs voyages, mais qui se souciaient peu de se voir suspendus pendant quelques instants à une trentaine de pieds au-dessus d'un torrent écumanl et entièrement livrés au bon vouloir de quelques Indiens. A chaque voyage, la garucha ne peut transporter qu'un homme ou un coffre, ou l'équipement d'un cheval; quant aux animaux eux-mêmes, il faut leur faire traverser le courant à la nage, non sans quelque péril. Le passage du fleuve devient ainsi, pour une petite caravane comme la nôtre, une affaire de plusieurs heures, qui n'est pas exemple de quelques «''motions.
56 VOYAGK GÉOLOGIQUE
A peu de distance du Rio Grande el près d'un de ses affluents, le Rio de las Tejas, sont de belles sources d'eau sulfureuse, à température élevée, et probablement voisines de quelques filons; leur odeur se perçoit de très-loin et contraste désagréablement avec ce parfum do fleurs tropicales sortant des magnifiques forêts que nous avions traversées jusqu'alors. Ces mêmes forêts changent d'aspect rapidement, car nous nous élevons encore sur l'autre versant du Rio Grande, et, après avoir franchi, au col de Chiiacus, un des principaux chaînons ou rameaux transversaux de la Cordillère, nous redescendons encore une fois, presque au niveau de la même rivière, dans la vaste et fertile plaine où s'élève la petite ville de Salama.
De loin, Salama semble être un agréable séjour, mais les illusions tombent rapidement à mesure qu'on en approche. Cette ville en effet ne renferme pas un monument; on n'y voit pas la moindre animation, la chaleur qui y règne unipartie de l'année est pénible et irritante; somme toute, l'aspect général de ce bourg de 6,000 habitants est misérable et triste. Le sol des environs, cependant, est assez fertile, très-sec, et le climat permet à la fois les cultures des terres chaudes et celles des terres tempérées. Le nopal y a beaucoup inoins souffert qu'à la Antigua et à Amatitlan, et les vers à soie qu'on a essayé d'y implanter ont assez bien réussi. Nous avons pu remarquer aussi dans les jardins de Salama de magnifiques ceps «le vigne, et des treilles gi[fanlesques donnant des grappes de raisin d'un poids fabuleux, qui rappellent presque celles du pays de Chauaan; mais la qualité du grain était loin de répondre à sa grosseur; cette culture promet, d'ailleurs, de devenir l'objet d'un commerce assez lucratif, lorsque les habitants s'y adonneront avec quelque soin.
Toute la vallée de Salama est couverte de belles plantations, et on aperçoit au loin sur la droite, en sortant de la ville, les magnifiques cultures de canne à sucre de la hacienda de San Geronimo, dont les teintes d'un vert émeraude se perdent presque à l'infini dans l'azur du ciel. Nous nous élevons quelque peu en quittant la vallée sur la côte dite de Kuchil, et de là, par une suite de ravins plus ou moins profonds, nous gagnons le village de Santa Rosa, petit amas de cases habitées par quelques Indiens ou ladinos, entièrement dénués de toute espèce de ressources. A peine a-t-on quitté Santa Rosa, qu'au détour d'une petite colline, en même ub.uioV«r. p«i. ifinps que la roche change de nature, le paysage change aussi d'aspect, et dans
un si court espace de temps, qu'on pourrai! presque croire qu'un rideau s'est levé subitement devant les yeux du voyageur, et qu'un décor entièrement nouveau se présente à ses regards. En effet, à l'aridité, à la monotonie, à la nudité, succèdent la fraîcheur, une agréable variété de sites, et une végétation qui, sans être aussi luxuriante et touffue que celle des terres chaudes, n'en esl que plus agréable à l'u'il. Le délicieux vallon où nous pénétrons est arrosé par un ruisseau qui nous accompagne en serpentant au milieu des bois et des prairies jusqu'à Tactic, où nous le franchissons sur un pont rustique.
Tactic, premier village de la haute Vera Paz, est pittoresquement situé au fond rnw. d'une pelite vallée, au milieu de collines ou pluldt de mamelons excessivement boisés. Les habitants, au nombre de 3,5oo, sont presque tous Indiens, bons travailleurs, généralement bûcherons ou charbonniers. Le climat de cette localité e*l un peu humide; il y pleut fréquemment, et il y fait presque froid dans les mois de novembre, décembre et janvier.
Déjà, aux abords de Tactic, nous avons reconnu avec plaisir la végétation des terres tempérées; le feuillage des arbres est plus vert et plus gai, le sol esl couvert de plantes qui rappellent jusqu'à un certain point la flore du midi de l'Europe, et les prairies sont émaillées de boutons d'or et de marguerites. De Tactic à Gohan, nous descendons légèrement, en suivant le cours sinueux et magnifiquement ombragé du Rio de Cajabon, qui prend sa source dans les environs de El Patal et va se jeter dans le Polochic, à quelque distance de Teleman.
A 3 lieues de Tactic, un peu avant d'arriver au village de Santa Crus, on aperçoit à gauche de la route un site véritablement enchanteur. Une pelouse d une éblouissante fraîcheur, couverte du gazon le plus fin, semée de ci et de là de liquidambars au feuillage transparent, disposés avec une rare élégance autour d'un étang capricieusement dessiné par un petit ruisseau, nous transporte soudain dans un de ces magnifiques parcs du nord de l'Angleterre; la lumière seule, plus vive que dans nos climats, et le ciel d'un bleu plus intense, ce qui rend encore le paysage plus brillant, nous ramènent sous les latitudes tropicales.
Santa Cruz est un pauvre village perdu dan» le feuillage; deux énormes cyprès, qui s'élèvent sur 1.1 place principale, contribuent beaucoup à lui donner un aspect lugubre. Les Indiens de ce village se tiennent aux champs, où ils cultivent le maïs
et le frijol (haricot), qui composent leur principale nourriture; ils sont, eu général, peu sociables, et passent pour détester les ladinos.
De Santa Cruz à Coban, il v a encore 3 lieues par une route accidentée, mais très- bonne pendant l'été. Quelques instants avant d'arriver à Coban, on ren- Shm Om contn> au piej d'ime colline une grotte peu profonde creusée dans la roche calcaire el recouverte par la végétation; ces grottes sont très-communes dans toute la haute Vcra Paz et rarement apparentes au grand jour. Quelques-unes d'entre elles sont très-profondes, les eaux de pluie s'y réunissent, et, comme la végétation les rend presque invisibles, il arrive fréquemment que des animaux, tels que chevaux, bœufs, etc. se perdent dans ces autres, d'où ils ne reparaissent plus à la lumière du jour. On peut presque dire qu'une grande partie de la haute Vera Paz repose sur d'immenses voûtes calcaires, qui communiquent entre elles, et permettent aux eaux, qui tombent en abondance pendant la saison des pluies, de se rassembler aux points bas; quelquefois même, ces eaux arrivent au jour et viennent former des marais ou des étangs qui augmentent ou diminuent tout à fait indépendamment des pluies, et dont on saurait difficilement expliquer l'origine d'une autre manière.
La grotte de San Agustin de Lanquin, si bien décrite par M. A. Morelel 11 dans son voyage au Guatemala, est une des curiosités naturelles de la Vera Paz, el c'est au sein de cette grotte que prend naissance une petite rivière dont les eaux se rendent au Polochic. Il résulte de cette structure du sol que, malgré l'abondance et la fréquence des pluies, la terre n'est jamais complètement imbibée d'eau, el que la végétation n'a jamais à souffrir de cet excès d'humidité, b Dans les forêts des environs de Coban domine le liquidamliar (xUjraciflm). M
V*V»*fli— arbre qui atteint quelquefois jusqu'à i ."> et i H mètres de hauteur en prenant une ^ *° forme pyramidale régulière, avec un tronc droit el lisse. Ses branches sont faiblement colorées en rouge, et ses feuilles deviennent presque semblables à celles de la vigne vierge en automne lorsqu'elles sont sur le point de tomber; elles oui de l'analogie avec, celles de notre platane, mais elles sont plus minces, plus légères, et les nervures sont aussi colorées en rougi1; quand on les presse dans la main, on perçoit une odeur qui rappelle celle de l'ambre. On voit aussi, dans les etni-
m Yityag* ém rtoM|M ce*1r<ik, l'ik if C.*h* el It ïwuim. par A. \lorrlM. I'»ris. 1HÔ7.
rons de Coban, un arbuste qui donne la cire végétale (myrica rcriftra), produit qui, depuis quelque temps, est devenu un objet de consommation, mais dont on ne connaît l'usage que depuis une vingtaine d'années. La couleur verdâtre de cette cire et la difficulté de la décolorer sont les principaux obstacles à son emploi; nous l'avons cependant vue servir nombre de fois dans les habitations de Coban.
C'est du point dit las Crûtes, à deux kilomètres de Coban , (pie Ton commence à apercevoir la ville, qui est entièrement perdue dans le feuillage; on pourrait difh'cilemenl se douter de la présence d'une population de 12 ou i3,ooo habitants, eu voyant éparses deux on trois maisons, dont les murs blanchis à la chaux percent au milieu delà verdure. Plus on approche, plus l'illusion est grande, et déjà depuis longtemps nous parcourions les rues de la ville, presque sans nous apercevoir que nous y étions entrés. Toutes les habitations des indigènes sont entourées de jardins émaillés de fleurs, et séparées de la voie publique par une haie très-élevée, formée d'une sorte d'ortie arborescente qui en défend très-bien rapproche. Au milieu de ces orties croissent à profusion les dahlias sauvages, et les daturas, dont le parfum, aux premières heures de la soirée, est tellement vif et pénétrant, qu'on a peine à s'y accoutumer.
Coban porte cependant le titre de ciudad impérial, ville impériale, (pie lui a conféré Charles Quint en 1 537, en ,,|^'"e t^nips qu'il donna à toute la région le nom de Vera Paz en mémoire des moyens employés pour en effectuer la soumission. La civilisation, en effet, fut portée chez ces peuplades sauvages par un illustre évèque , Las Casas , qui , par ses seules prédications , parvint à conquérir à l'Espagne un vaste pays qui avait toujours résisté jusqu'alors aux armes victorieuses d'Alvarado. Cette conquête toute pacifique porta ses fruits pour l'avenir, et, malgré les révolutions qui ont souvent agité le pays, la Vera Pai resta toujours dans une paix profonde.
Les habitants de Coban, sont presque tous Indiens; on y compte cependant 2,000 blancs et ladinos. Les Indiens portent un costume à peu près semblable à celui que nous avons déjà décrit, les femmes seulement ont une coiffure singulière, et du reste très-pittoresque : leurs cheveux, réunis derrière la tète, forment une longue natte complètement entourée de rubans rouges, qui retombe entre les
deux épaules et tranche nettement par sa nuance éclatante sur un guipil d'une éblouissante blancheur. Elles portent, en outre, un collier composé de pièces d'argent de tous les pays et de tous les temps; certain de ces colliers formerait à lui seul une remarquable collection pour un numismate. Presque tous les Indiens travaillent dans les plantations de café qui abondent à Coban, ou bien ils vont dans différentes directions porter au loin les produits de leur industrie, qui consistent surtout en hamacs de fils d'aloès et en calebasses plus ou moins bien sculptées, qu'ils vendent jusque dans le Honduras. uimhh Quelques-uns, cependant, se livrent exclusivement à la chasse de certains
JaOdn, oiseaux très-répandus aux environs de Coban, déjà surnommé, et avec raison, le parodia de l'oriiifliotofrisle. Nous voulons parler surtout du Quezal l'oiseau par excellence, que nous nommons couruucou resplendissant, et dont les plumes, d'un vert mordoré, et la queue longue de près d'un mètre, concourent aujourd'hui à l'ornement de nombreuses coiffures. Chaque année il sort de Coban près de 3oo peaux de couroucous, qui ont déjà une grande valeur à Guatemala.
Jadis, les plumes de la queue de cet oiseau étaient envoyées en tribut aux empereurs du Mexique, qui les portaient les jours de grande cérémonie, et les artistes mexicains les recherchaient pour leurs plus beaux ouvrages de plumes. Il était défendu dans ce temps-là de tuer les quezales; on se contentait de les prendre au piège pour leur arracher les plumes de la queue et on les rendait ensuite à la li!>erlé. Ces oiseaux eux-mêmes, dit Juarros'1', ont conscience de la beauté de leur principal ornement, car leur nid possède deux ouvertures, «le manière qu'ils puissent entrer et sortir sans briser leur queue. On a fait une telle guerre à cet oiseau dans ces dernières années, que l'espèce commence à en devenir très-rare.
Presque tous les artisans de Coban sont des ladinos, gens industrieux, mais moins bons travailleurs que les Indiens et ne présentant que peu de garanties de moralité ou d'énergie. Ils semblent avoir conservé le pins souvent les vices des •leux races dont ils proviennent, et n'en ont pas toujours gardé les qualités. Leur
W Tragm p«iii. -^para que «ilrawlu [kw uiu, y mIkuiI» por o*ra, no te
1 »Lu> miMiio* (.hif/alc*. pori'cc qui- twiocen ri \nlnr -«inigrn sus procioHu plumas.'» (Jaune, t. I, c. m. -lie su cemU. y nui librinin KM niilos «m <lo« puertos. p. 3e. I
religion, mélange singulier d'ignorance et de fanatisme, les conduit aux conséquences les plu» déplorables : on voit des mères, après avoir perdu un enfant, lui faire de magnifiques funérailles, qui ont presque le caractère d'une fêle publique, et se réjouir hautement d'avoir un auge dans le ciel pour implorer Dieu en leur laveur. Ils sont faibles, et, si quelque coutume indienne flatte la tendance de leur esprit, on peut être certain qu'ils l'adopteront avec empressement. Ils sont lier» de parler l'idiome des indigènes, la lengw, comme ils disent, mais pas un d'entre eux ne songerait à enseigner l'espagnol aux Indiens, qui ne le savent que bien rarement. Il est à remarquer, d'ailleurs, que l'influence des métis sur les rares indigènes est plutôt mauvaise que bonne. Le caractère de l'Indien est, en général, doux et flexible, de sorte qu'il cède aisément à l'entraînement «les fâcheux exemples qu'il a presque chaque jour sous les yeux. Sans perdre les défauts inhérents à son origine, il en acquiert de nouveaux, et l'on peut entrevoir le moment où les habitants primitifs du pays, corrompus par un contact incessant, auront perdu les vertus qui leur permettaient jadis de lutter avec la nature vierge, sans s'être assimilé celles qui leur seraient nécessaires pour vivre au milieu de la civilisation. Les Indiens et les ladiuos m. ni d'ailleurs rarement d'accord, et la jalousie de race va quelquefois jusqu'à la haine. Tous les ans, dans un village voisin de Coban, à San Pedro Carcha,donl la population, composée exclusivement d'Indiens, disséminés de tous côtés, s'élève à 60,000 âmes, le gouvernement double la milice au moment de la fête du village, et, malgré ce déploiement de forces, nous avons entendu parler de rixes sanglantes, qui dégénéreraient facilement en guerres de races, si les Dominicains résidant dans la localité, et qui ont une grande influence sur les Indiens, n'intervenaient énergiquement dans le combat, courant souvent le risque de perdre la vie dans la mêlée.
Le climat de (loban est excessivement doux et tempère; l'humidité ne le rend peut-être pas toujours très-sain, mais il est agréable, et on s'y laisse aller volontiers à l'indolence, tant la vie y parait facile, et tant la nature s'est plu à embellir ce séjour.
Le café commence à couv rir tous les mamelons des alentours ; il est d'excellente Fu..uu...,j«».fé. qualité, et les plus grandes plantations de cet arbuste sont entre les mains d'un de nos compatriotes, qui a introduit dans ce pays, pour le service de son exploi-
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lation agricole, la première et la seule machine à vapeur qu'on y ait jamais vue"'. La présence d'une locomobile , au milieu de forêts presque vierges, a quelque chose de tellement étrange, qu'on éprouve soi-même, à la vue de cette macliine, la même impression de surprise que les Indiens, qui restent comme ébahis en la voyant
marcher.
Malheureusement, Coban est situé à 45 lieues de la capitale, et les voies de communication pour rejoindre l'Atlantique sont encore presque à créer aujourd'hui, de telle sorte que les produits naturels sont grevés d'un lraus|>ort énorme avant d'arriver au port d'embarquement, s... oui»!»! En nous éloignant de Coban datis la direction de los Altos, nous parcourûmes > d'abord le district minier de San Cristobal, où se trouvent des gisements de galène assez argentifère, qu'on exploite par les procédés les plus primitifs; mais prochainement, paraît-il, on doit construire dans ce pays une usine un peu plus complète, pour tirer un meilleur parti de ces gisements abondants. Ces mines sont situées au milieu de collines assez élevées, qui longent le cours impétueux du Rio Chisoy et servent de frontières à la Vera Paz. En effet, du haut d'une de ces collines, en regardant dans deux directions opposées, on aperçoit deux régions essentiellement distinctes. D'un côté, c'est la Vera Paz avec ses prairies boisées, ses faibles ondulations et ses eaux limpides; de l'autre, ce sont les Altos avec leurs montagnes élevées, leurs profondes déchirures et leurs torrents impétueux; ici, un aspect frais et gracieux; là, un sm'elacle sauvage et grandiose.
Sur la lisière des forêts qui couvrent le pavs, à quelques lieues de San Cristobal, dans une atmosphère à la fois tiède et humide, on remarque les plus magnifiques orchid ces de ce pays, dout la flore est si riche à ce point de vue. Os plantes parasites se mêlent aux broméliacées et à quelques autres genres du même type pour couvrir les branches des arbres, et laissent pendre presque jusque sur le sentier leurs grappes odorantes, où brillent toutes les couleurs de l'arc-en-cicl. Parmi les arbres principaux qui forment les forêts de ces régions, nous devons surtout signaler les chênes, dont les espèces sont aussi nombreuses que variées; les types les plus intéressants se rapportent à des espèces caraclé-
"■ Elles «oui dirigé*» pr M. J. Rcwignon, membre que nous tenon, à remercier ic. i ul .le la Commi«ion «ientilique du Meiique , Ulile.
risées, soit par une feuille petite et lancéolée, d'un vert sombre et luisant, soit par une feuille très-large et longue de plus de trente centimètres, soit enfin par d'énormes glands, dont le volume dépasse de beaucoup celui d'une grosse noix.
Après avoir quitté San Cristobal, nous primes la direction de l'ouest, dans l'intention de gagner directement Quezaltenango, en traversant tout le nord de la province de los Alto*. C'était presque un voyage de découverte que nous entreprenions là, car ces régions , qui n'avaient encore été visitées par aucun Européen . forment pour ainsi dire l'extrême frontière de la civilisation, et ne sont habitées que par des Indiens purs, sur lesquels le gouvernement de Guatemala exerce une domination plus nominale que réelle. Outre les difficultés inhérentes au pays luimême, nous devions eu rencontrer d'autres tenant d'abord à la tournure d'esprit de ces populations, qui passent pour être très-hostiles à l'élément blanc, et ensuite à leur peu de connaissance de la langue espaguole. Il nous fallut, en effet, nous servir continuellement d'interprètes, et nous eûmes même lieu de remarquer que, les dialectes indigènes étant très-nombreux, très-différents les uns des autres, et très-intimement mélangés, nos interprètes eux-mêmes avaient souvent de la peine à se faire comprendre.
Un peu au delà de San Cristobal, le sentier, à peine frayé sur le flanc d'une i?«»m Ju h* immense vallée, devient tellement étroit, qu'uu de nos mulets fut précipité dans l'abîme et se perdit avec sa charge. Le chemin n'est, en effet, jamais parcouru que par des Indiens qui voyagent à pied, et, pour continuer notre route avec nos bêtes de selle et de somme, il nous fallut improviser sur place de nouvelles dispositions. Malgré les difficultés qui s'opposent à l'exploitation de ces régions, les Dominicains y possèdent pourtant encore une propriété qui porte le nom ^Hacienda de lo* Ptulre*.
A quelques kilomètres plus loin, on arrive subitement en présence d'une immense vallée, on pourrait presque dire d'un gigantesque ravin, au fond duquel le Rio Chisoy roule avec im|>étuosité ses eaux rapides, et forme la frontière entre la Vera Paz et les Altos. Quoique dominant de fort près le fleuve, il nous fallut plusieurs heures pour arriver sur ses bords par un sentier qui ne mérite guère ce nom, et nous n'atteignîmes le point où nous comptions passer la nuit qu'au moment où le soleil disparaissait à l'horizon. Nous eûmes encore le bonheur
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de pouvoir élire domicile sur un ponl couvert qui nous servit d'asile en même temps qu'à une troupr d'Indiens voyageurs, arrivant des environs de Quezallenaugo avec leur racmte, chargé de farine ou de pain.
Le Rio Chisoy se dirigé" vers le nord-est pour aller rejoindre l'Usumacinta et se perdre avec lui dans les régions inconnues qu'habitent les tribus sauvages et mystérieuses des Lacandons et des Mayas.
Sur la rive gauche du Rio Chisoy on aborde les Altos, qui se composent, dans cette partie de la province, de chaînes montagneuses assez élevées, entremêlées de quelques hauts plateaux. La population y est presque nulle, et se concentre dans quelques hameaux isolés au milieu des immenses forêts vierges. Tel est le village de Chicaman, le seul qui existe avant San Miguel l spantan, où nous devions trouver un gîte et un peu de fourrage pour nos animaux. m,ku-! San Miguel l spantan joua jadis un rôle important à l'époque de la conquête.
(.«■lait la résidence d'un cacique puissant, dont la domination s'étendait au loin sur les deux rives du Chisoy, et qui s'opposait vigoureusement à l'envahissement des Espagnols. Plusieurs assauts successifs furent livrés à celte antique ville d'L spantan, sans le moindre résultai, et dans un de ces combats, qui fut plus meurtrier que les autres, une foule d'Espagnols perdirent la vie. tandis que leurs alliés les Indiens faits prisonniers par les guerriers d'il spantan Jurent sacritiés à l'idole Esbalanquen; on leur arracha le cœur pendant qu'ils vivaient encore, pour l'offrir au dieu de la guerre
Aujourd'hui, San Miguel Uspantan est un pauvre village, habité exclusivement par des Indiens au nombre de 1,200 à 1,000, qui se souviennent peu de leur ancienne origine. Après quelques pourparlers avec le cacique de l'endroit, on nous accorda, if titre gracieux, l'autorisation de séjourner au Cabildo ou maison municipale, dans la salle qui sert ordinairement d'école et qui était vacante en ce moment-là. Deux Indiens corvéables furent envoyé* à la recherche des vivres et fourrages dont nous avions besoin, et ces approvisionnements nous furent délivrés
''' »... .Los de Uspantan cortaron par la rctaguarda, i-loroao de cale infortunio fue que quedondo miirbiM lu-
-"■on grande awibicion di*nuc*(roa Imlio» amigti» , y M pwto rdio* |»riwiniiTiM dcl twiiiigo, fueron aarriticados « el
-duno de Ina Espaiiolai que salieron murbos heride» de 'idole £«tW«n? «en , sacandoles los curaiiines viviM («uni
-i*ta pcfcn . cuire etlo», <•! rapitan Olino». P«ro lo roa«d»- rflfiwerios al iMnoiiio,» i Km-ntcs t. II. c. vi.t
pu présence des mayores qui surveillaient attentivement de l'œil et du fouet la conduite de nos Indiens.
Le curé de San Miguel Uspantan nous raconta de quels singuliers arguments il était quelquefois obligé de se servir jwmr convaincre son troupeau, malgré tout le respect qu'il lui inspire. On nous permettra de citer ici un fait qui peint à merveille la manière dont les Indiens entendent la religion (pi on s'est efforcé de leur enseigner. Il y a quelque temps, la statue du saint, patron de la localité, qui avait déjà bien des années d'existence, et qui avait servi un nombre incommensurable de fois dans les processions, fut cassée eu plusieurs endroits, de sorte qu'il ne restait plus de celte œuvre d'art qu'un tronc mutilé et informe. Le curé, désireux de remplacer cette statue, en fait venir une autre d'Europe, et, sans prévenir les habitants, opère le changement pendant la nuit. Le lendemain, grand émoi dans le village : on a enlevé le saint qui protégeai! le pays, le nouveau venu n'y est pas encore habitué, son intercession ne servira de rien, etc. Les plaintes s'exhalent de toutes parts, deviennent même de plus en plus menaçantes, à tel point que le curé se voit obligé de réintégrer la vieille image sur son piédestal. L'affaire fut néanmoins portée devant le président de la République, et, pour concilier tous les intérêts, il fut décidé ipie les deux statues seraient placées l'une à côté de l'autre, afin que le saint le plus ancien pùl mettre son successeur au courant de ses nouvelles Jonctions.
Après Uspantan, nous traversâmes Cunen, village entièrement indien, où il n'y a qu'un seul ladino, le secrétaire de la municipalité, dont les fonctions sont loin d'être une sinécure. De là, toujours en nous avançant vers le nord, nous passâmes près de Nebak, à la frontière de la civilisation; après ce village, ce n'est plus que mystère, et c'est à peine si , dans nos entretiens avec les indigènes de Cunen, nous avons pu obtenir un renseignement sur les Lacandons. qui paraissent vouloir s'éloigner de jour en jour des localités qu'ils fréquentaient autrefois. L'intérêt d'un voyage dans ce pays entièrement neuf était bien vif; malheureusement nous étions pressés par le temps, et les moyens d'exécution nous auraient manqué au bout de quelques jours , dans ces vastes solitudes et dans ces forêts presque impénétrables. On ne sait rien, ou à peu près rien, jusqu'ici, de ces
I, I Cl », I,
66 VOYAGE GKOLOGIQl E
Lacandons, sur les mceurs desquels ou a forgé mille descriptions plus burlesques et plus exagérées les unes que les mitres. SmH» Au delà de \ebak, la roule incline vers le sud-ouest et descend encore une l'ois
au boni du Chisoy que nous traversons à Sacapulas, sur un pont des plus primitifs. Sacapulas était autrefois, comme Quiche et Uspanlan, la résidence d'un cacique puissant dont la soumission aux Espagnols ne s'obtint qu'après de longues années. Ce n'est plus aujourd'hui qu'une petite bourgade de 3,5oo habitants, dans un climat chaud et malsain, et où la principale industrie consiste à extraire le sel de quelques sources salées ou salines du voisinage.
De Sacapulas à Quiché, ancienne capitale du royaume de Quiche, dont les ruines, visitées par Stcphens et Daly, attestent encore l'antique splendeur, nu compte près de douze lieues, par une route épouvantable, même pendant la saison sèche. Près des ruines de Quiche, dans une belle vallée, s'élève aujourd'hui la petite ville de Santa Cruz del Quiché, d'où les Indiens ont presque entièrement disparu. La populaion est à peu de chose près entièrement composée de ladinos. au nombre de 4,5oo environ. Vu moment de notre passage dans celle ville, les ladinos étaient en grand émoi, car les Indiens menaçaient de se soulever, et déjà un ou deux métis avaient payé de leur vie les loris de leurs concitoyens envers les Indiens; il s'agissait, autant que nous le croyons, de quelque portion de territoire d'une municipalité indienne, qui en avait été dépossédée par d'autres Indiens pour lesquels les ladinos avaient pris parti. Les Indiens, voyant que leurs droits étaient si facilement lésés, avaient résolu de résister, el l'on avait eu jusque-là beaucoup de peine à concilier h» différend.
Voici, d'après Juarros , la description de Quiché' à l'époque de la complète: <iiii<]i>r iw»u.w «Cet endroit (Santa Cruz del Quiché) est surtout remarquable pour avoir été autrefois la grande et opulente cité *YI tut luit, cour des rois de Quiché, et sans contredit lapins somptueuse que rencontrèrent les Espagnols dans celle province. L'intéressant écrivain D. Francises de Fuenles, chroniqueur de ce royaume, lil le voyage de Quiché pour étudier ces antiquités, et, grâce en partie aux ruines qu'il étudia, en partie aux manuscrits qu'il examina, il a pu nous donner une description de celle cour. Elle se trouvait à l'endroit où existe aujourd'hui le vil-
(MMiptmiio Ht ta llutoritt de tu nurla/i lie tiunttinnln , rte., t. I . p. i>6 H *utv.
i mli»ti
lage do Sanla Cruz del Ouicli*'*, et l'on peut ko convaincre que ce qui reste n'est qu'un faubourg do l'nnlique cité. Elle était entouré*! par une profonde barranca qui lui servait de fossé, et on n'y voyait quo doux entrées fort étroites, défendues par le cliàteau du Kesguardo, qui les rendait inexpugnables. Le centre de la capitale était occupé par le palais royal, entouré dos maisons de la noblesse; le peuple vivait aux extrémités do la ville. Les rues étaient fort étroites, et la population si nombreuse, que le roi put y trouver 7*j,ooo combattants pour arrêter la marche des Espagnols.
"Celte opulente cité renfermait de nombreux et somptueux édilices, parmi lesquels on remarquait surtout le séminaire où étaient élevés et instruits f> à G,ooo enfants, nourris et entretenus aux frais du trésor royal. Soixante maîtres et pr«nfesseurs s'occupaient de leur éducation. Comme chose grandiose il faut encore citer le château de la AUihnja, qui, s'élevant do quatre étages, pouvait recevoir une innombrable quantité de défenseurs. Le château du Re*irtutnio n'était pas moins considérable; cette forteresse, longue de 188 pas et profonde de 'j3o, se composait de cinq corps de bâtiments principaux.
- Mais ce qu'il y avait de plus magnifique était le grand Alaizar ou palais des rois du Quiché : d'après Tnrquomada, il no le cédait on somptuosité ni à celui de Moelezuma à Mexico, ni à celui des Incas dans le Cuzco. La façade, dirigée de I est à l'ouest avait 3~6 pas géométriques de long, et il était profond de 728. Il était construit en pierres de taille do couleurs variées, suivant un plan aussi élégant que majestueux. Il se divisait en six départements : le premier servait de logement à une nombreuse troupe do lanciers, d'archers et d'autres soldats expérimentés qui gardaient la personne royale. Le second était l'habitation des princes et des parents du roi, qui y vivaient dans la plus grande magnilicence aussi longtemps qu'ils n'étaient pas mariés. Le troisième était la maison et le retrait du roi; il y avait des appartements et des chambres dislincLs pour la matinée, l'après-midi et la nuit. Dans une des salles était le trône royal; il s'élevait au-dessous de quatre éventails de plumes et on y montait par plusieurs gradins. Il y avait encore dans cette partie du palais la maison du trésor, le tribunal des juges du peuple, le dépôt d'armes, les jardins, vergers, volières d'oiseaux, ménageries de bétes fauves et une multitude d'autres choses. Dans le quatrième et le cinquième dépar-
lement était le |«dais îles reines et des concubines du roi; il était immense, contenant d abord une quantité d'habitations pour toutes les reines, et. en outre, un grand nombre de jardins, de vergers, de bains, de réservoirs, où l'on élevait les canards dont les plumes servaient à confectionner des tissus et diverses autres choses. Tout près de là était le sixième, qui servait de collège des vierges, et I on élevait là les infantes et autres jeunes Biles de sang royal.
"La nation «les Indiens Quiches ou Tultèques exerça sa domination sur la plus grande partie de ce royaume. On voit dans certains manuscrits (composés par quelques-uns de leurs principaux caciques qui apprirent à écrire), qu'entre le règne de Ta nul), qui les conduisit de leur ancien royaume à leur nouveau, et celui de Tecum I niun, qui était sur le trône quand arrivèrent les Espagnols, vingt rois se succédèrent dans l'exercice du pouvoir, dette race s'était d'abord établie dans l'empire mexicain, où elle fonda la laineuse \ille de Tula, à l'endroit où se trouve aujourd'hui le village de Tula, à i 4 lieues de Mexico. Peu de temps après, le roi \Vmtniuiche, obéissant à un oracle, les emmena de Tula pour fonder un nouveau royaume. Après bien îles années de pérégrination , ils s'établirent à Quiche, qu'ils nommèrent ainsi en souvenir de leur roi. Ce prince était mort pendant le voyage, et ce fut son fils Exopil qui pénétra dans cette région à la'tèle de son peuple. Il se rendit célèbre non -seulement pour avoir fondé le royaume de Quiché, mais encore pour l'avoir divisé plus tard en trois, restant lui-même à Quiché et donnant à son fils ainé Jlulemal (on peut y trouver une étyniologie très-naturelle du nom de Guatemala) le gouvernement des karhiqiiels ou de Guatemala, et à son second lils fijiquat celui des Zulugiles ou d'Atitlan.* tkmtr Sur la route, en quittant Quiché, on ne rencontre plus que quelques pauvres
m*» Quiché villages, situes a îles hauteurs conqiarahles a celles ou grand plateau mexi- .1 T.*.n,k.p.m. r'ost-à-dire à 4,800 ou 3,o 00 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Nous traversions une magnifique forêt de sapins, au sommet de la Cordillère, lorsque nous fûmes surpris par un orage épouvantable, qui nous accompagna presque jusqu'à Tolonikapam. La pluie tombait à torrents et détrempait l'argile du chemin, dont les pentes, en certains points, étaient d'une roideur désespérante. Des escaliers taillés dans le roc remplaçant tout à coup la roule dans plusieurs endroits, nos mulets ne pouvaient avancer qu'avec mille précautions. Enfin,
DANS LES RÉPUBLIQUES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. «9 après quatorze heures de marche, sur une mule extrêmement accidentée, dont les plus (grandes dénivellations diffèrent d'au moins i,5oo mètres, nous arrivâmes a Tolonikapam, préfecture du département le plus considérable des Altos, dont la population s'élève à près de 20,000 habitants.
Tolonikapam est bâti sur une hauteur comme toutes les anciennes villes in- Tiiimigni. diennes, et au pied de la colline serpente une petite rivière, dont les eaux reçoivent celles de plusieurs sources minérales et thermales, qui paraissent avoir donné leur nom à la localité. Les constructions irrégulières de cette ville sont répandues d'une manière peu uniforme sur les flancs de la colline, et elle est habitée presque exclusivement par les Indiens des Altos, qui diffèrent beaucoup, comme nous l'avons vu , de ceux des terres chaudes.
La température de ces régions est en effet beaucoup plus basse, et la végétation se rapproche de celle de nos climats tempérés d'Europe. Le blé, le maïs, l'orge et l'avoine, y sont cultivés avec succès, et la province des Altos est, en quelque sorte, le grenier du Guatemala.
Tolonikapam est une ville industrielle, où l'on fabrique beaucoup d'étoffes de laine dite jerga, et des instruments de musique; les marimbas et les guitares «le Totonicapam jouissent d'une réputation méritée. Deux fois par semaine la planprincipale de la ville est singulièrement animée par d'immenses rassemblements d'Indiens, qui apportent en foule les denrées qu'ils ont récollées dans les environs de leurs ranchos.
Les Indiens des Altos ont cela de particulier qu'ils travaillent généralement pour leur propre compte, et vont rarement s'établir dans les grandes haciendas de sucre et de café. Leur petit champ de blé, de maïs ou de frijol, leur milpa , comme ils disent , suffit à leur existence, et avec l'excédant de ces productions naturelles ils entretiennent leur famille. Ils sont généralement doux et honnêtes, mais un peu méfiants et toujours excessivement jaloux des métis; ils reconnaissent toutefois chez les blancs une certaine supériorité intellectuelle, et, s'ils n'étaient pas aussi enclins à l'ivrognerie, ils terniraient plutôt à se relever de l'abaissement où les avait plongés la domination trop exclusive de l'Espagne. Le gouvernement de Guatemala a d'ailleurs tout à gagner en gardant à leur égard beaucoup de ménagements, car, réunis en masse, ils constituent une force imposante, et, dans plusieurs occa-
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sions, le président Carrera s'est servi do ces puissants auxiliaires pour demeurer au pouvoir.
La vallée qui sépare Totoiiikapain de Quezaltenango nous rappela à s'y , ^'^îlt-ÎTn •'•"mpo" «* vastes plaines du Mexique, situées aux environs de Pérole, près de Topeyahualeo par exemple; celait la même limpidité dans l'atmosphère, lu même lempéraliire très-hasse au lever du soleil, les mêmes végétaux : le nopal, avec ses feuillet épineuses et ses fleurs d'un rouge écarlale, l'agavé {maguey), dont les rejetons couvraient une partie de la [daine, et enfin le yuca arborescent, qui de temps en temps rompt la monotonie de ces étemelles |)lanles it feuilles grasses et charnues.
On conuail généralement le procédé employé par les habitants des hauts plateaux île I' Amérique équinoxiale pour retirer du magtiey la boisson qu'ils appellent le pulque; mais ce (pi on sait moins généralement , c'est que cet arbuste joue dans les tiemujrÙU le même rôle (pie le cocotier dans les terres chaudes. Avec le pulque •m fail de l'excellent vinaigre el aussi de l'eau-de-vio; les feuilles du maguey peuvent son ir à couvrir des Imites el fournissent une sorte de fil très-dur, dont on fabrique des lissus et des cordages. Les anciens Indiens n'avaient pas d'autre papier (pie celui qu'ils reliraient du lissu libreux de l'aloès : Fuenlês, dans ses chroniques, assure avoir vu un grand nombre de pétitions présentées aux successeurs d'Alvarado. écrites sur ce papier. Les longues épines du maguev peuvent très-bien remplacer les épingles, même les clous, et l'on xoil encore aujourd'hui beaucoup de ranchos couverts ou fouilles du même arbuste. Knlin, les feuilles, soumises à une ébulliiiou prolongée, deviennent Irès-comestibles, légèrement purgalives, et le sue qu'on on extrait est souvent employé pour guérir les blessures récentes. uwnltoM^* Quezaltenango. situé à ô lieues de Totoiiikapaui et à h->. lieues de Guatemala.
dans une vallée longue, étroite el entrecoupée de quelques harraucas, est la deuxième ville fondée dans le pays par Alvarado, pendant son expédition contre le roi des Quiches. Le nom indien de Quezaltenango provient do ce qu'autrefois on rencontrait dans les environs beaucoup de quezalos f Quezal-tenango, village des quozalos).
Il a été souvent question de diviser le Guatemala eu deux [larlies distinctes, et do laisser Quezaltenango comme capitale des Altos; mais celle situation, qui n'a
dlllé que quelques mois pendant la fédération dos Étals de l'Amérique centrale, n'a point été rétablie depuis lors. Celle ville es! trés-intéressante à beaucoup de points de vue; sa population d'environ 20,000 âmes, dont i5,ooo Indiens, se compose de gens Irès-industrieux et d'artisans adroits dans tous les corps de métier. Il semblerait presque que l'ancienne industrie des Indiens, qui a abandonné toutes les autres parties du Guatemala, s'est réfugiée à Quezaltenaiigo. On y compte en effet vingt fabriques plus nu moins importantes de tissus de laine, et une grande fabrique d'eau-de-vie. De même qu'à Totouikapam, la confection des instruments de musique y occupe plusieurs centaines d'ouvriers, qui savent, avec des outils aussi simples que primitifs, créer de toutes pièces des guitares qui rivaliseraient presque avec les instruments du même genre construits en Europe. Nous applaudirons moins à l'établissement de la grande fabrique d'eau-de-vie. où le gouvernement, qui a gardé le monopole de ce produit, affermé d'ailleurs à <le puissants propriétaires, spécule ainsi sur les passions des Indiens. L'ivrognerie est en effet poussée à un point extrême chez ces populations, qui trouvent peut-être dans les fumées de l'ivresse une compensation à l'amertume d'une existence véritablement dure et misérable. On a peine à croire cependant que feau-de-vie remplace cbez ces Indiens l'opium des Chinois; car le plus souvent l'Indien à moitié ivre est triste et sombre, et rarement la gaieté illumine sa physionomie impassible.
Nous ne dirons rien de la ville elle-même, de ses édifices, de ses ressources: l'étranger n'y est pas toujours accueilli avec une extrême bienveillance, et Quezaltenaiigo nous représente plutôt un village manufacturier de France que la capitale d'un Étal important. A une heure environ de Quezaltenaiigo, dans une localité «lu nom lYAlmolouga, on voit de belles sources thermales soi-disant sulfureuses; il y existe depuis peu un établissement thermal, qui est devenu le bal de promenade favori des habitants de la ville. Almolonga est situé au pied d'un volcan éteint qu'on nomme le Znhil.
V l'ouest de Quezaltenaiigo s'élèvent aussi deux très-beaux volcans connus sous les noms de volcan de Santa Maria et de Cerro Queniado. Le Cerro Quemado est encore Irès-aclif , et nous en avons fait l'ascension ; son peu de hauteur en rend l'accès facile, et une faible partie du cène seulement est recouverte par la végétation.
iwuie Quezaltonango osl relié à la capitale par une route carrossable assez bien
'^n^^T I racée, (pii passe au sommet de la Cordillère, et suit presque la crête des plus hautes montagnes du pays. Le point culminant de cette route, situé à quatre lieues de Totonikapam, est à environ 3, 180 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les conifères qui couvrent cette région très-élevéc sont de dimensions très-remarqualiles, et ils descendent jusqu'à a, 900 ou 9,3oo mètres de hauteur.
Près du point culminant de la Cordillère, par une sorte d échappée entre deux longues chaînes transversales, on aperçoit d'un seul coup d'œil loule la cote du Pacifique, et la longue série des volcans qui suit la direction de cette cote: ils sont tous situés presque à égale distance les uns des autres, et leurs alternances, au point de vue de la hauteur, sont Irès-curieusos à observer.
\ quelques lieues de l'antique cité de Tecpan-Cuatemala , capitale autrefois du royaume des Kaehiquels, nous laissâmes à gauche la roule de Guatemala, pour nous diriger du coté du lac d'Alitlan et de la ville de Solola. Celle dernière localité ne présente rien de remarquable, et, à pari le mouvement qu'une grande fabrique d'eau-dc-vie y occasionne, c'est à peine si elle mériterait une mention spéciale. Kilo est située au bord des falaises verlicales qui environnent le magnifique lac d'Alitlan sur presque tout son pourtour. UefttMn. Ce lac, d'environ six à sept lieues de tour, est placé au milieu d'un des sites les plus pittoresques du Cualemala. Toute la partie septentrionale est entourée de hautes falaises, qui permettent à peine de s'approcher de la rive, tandis que, sur la cote du sud, s'élèvent plusieurs volcans, dont le principal, le volcan d' Millau, projette son ombre gigantesque dans les eaux limpides et transparentes du lac.
Les rives et les environs de cette belle nappe d'eau sont couverts de villages très-peuplés, parmi lesquels nous citerons Alitlan, qui renferme 90,000 Indiens. San Pedro, et en particulier Sanla Catarina htlahuacan, dont les habitants, au nombre de i5,ooo, tous Indiens, ont des habitudes de travail et de sobriété qui contrastent singulièrement avec la paresse et l'ivrognerie de leurs voisins. I n autre village, San Antonio, juché comme un nid d'aigle, s'élève en amphithéâtre sur une falaise abrupte, et il est complètement inabordable du coté du lac; il
faut, pour y arriver, gravir les falaises voisines, et descendre ensuite jusqu'à mihauteur de ces immenses amas de rochers.
Quelques pirogues formées de troncs d'arbres creusés et deux ou trois barques plus modernes sillonnent ce lac, dont la profondeur est énorme, et telle que, jusqu'ici, on n'a pas encore pu la déterminer avec des sondages à plus de deux cents mètres. L'eau est pure, limpide el potable; elle ne renferme aucun principe minéral. On y pèche d'assez bon poisson, mais en petite quantité.
Nous traversâmes le lac du nord au sud, du village de Panajachel au village de San Lucas : c'est le moins peuplé des villages des bords du lac, et de là un sentier tracé dans les forêts nous conduisit à la grande hacienda de San Agustin.
Il y a huit ou dix ans, les terrains de cette hacienda étaient couverts d'épaisses su, \s,„u,< forêts, lorsque deux Français"*, aussi intelligents que courageux, se mirent à défricher une partie de ces immenses étendues de territoire inculte et sauvage que le gouvernement de Guatemala possède sur le versant du Pacifique, et qu'il a le bon sens de savoir aliéner à un prix extrêmement modique. Les cendres provenant de la combustion des bois, jobtes à celles du volcan, donnèrent au sol une fertilité inconnue jusqu'alors, et les produits des nouvelles plantations dépassèrent toutes les espérances. Aujourd'hui on a défriché plus de trois cents hectares , et San Agustin sera bientôt une des plus riches plantations de café du Guatemala. La situation de San Agustin au pied du volcan d'Atitlan promettait de nous en faciliter l'ascension, el ce fut de là en effet que nous partîmes en dirigeant nos pas vers cette montagne.
La base du volcan est entourée d'une ceinture de forêts excessivement touffues et tout à fait impénétrables. C'est à peine si quatre Indiens, qne nous avions envoyés en éclaireurs, parvinrent, en deux jours, à nous ouvrir un chemin presque invisible , et où il était très-facile de s'égarer. On ne peut se rendre compte des difficultés el des fatigues que l'on éprouve pour circuler au milieu de ces forêts vierges, lorsque, à chaque pas, sur un terrain rendu élastique par les détritus des végétaux, on est arrêté par les plantes grimpantes et par les lianes qui s'entrelacent de toutes parts. A certains moments , on est littéralement obligé de ramper
MM. «. et H. «ranima, auxqueb nom devons donner un témoignage tout «pénal de bon «mvenir el de iwon-
Vo;»gï géologue. IO
pour éviter quelque branche (jui a1! pas «Hé coupée, <»u I»i«*n encore le terrain est si mai-ékageux , «|u'il faut presque sauter de brauche en branche pour franchir nn bourbier fangeux dont on ne pourrait sortir. vnic.n j \ii«b.,. Après avoir traversé la forêt, nous étions arrivés au pied du cône, mais l'abscnc*' de tout guide venait encore créer de nouvelles difficultés; aussi bien eùt-il été impossible d'en trouver un, car nous étions les premiers à tenter l'ascension de c«volcan. De tous côtés la route nous était barrée par d'immenses ravins à parois verticales , et nous ne voyions, au premier abord, aucun moyen de tourner la difficulté. 11 fallut «-«'pendant prendre un parti; après avoir installé noire tente, nous parlimes chacun de notre côlé à la recherche d'un endroit praticable. Après bien d«?s tâtonnements, un iNissage fut enfui découvert, et, «lès le lendemain, nous commctiçami's l'ascension. Après avoir tourné deux ou trois «le ces profonds ravins qui nous effrayaient la veille, nous nous trouvions, à sept heures du malin, à la limite de la végétation arborescente. Là, pendant le court moment de re|H>s qui nous était nécessaire, nous ressentîmes une violente secousse de tremblement de terre, et des fragments de rochers se détachèrent de la crête qui l'orme le bord du cratère pour venir rouler jusqu'à nos pieds, tandis que, dans les ravins que nous venions de traverser, il se produisait des éboulcments sous lesquels nous «•ussions été infailliblement ensevelis, si le phénomène avait eu lieu une heure plus tôt. Nous n'en continuâmes pas moins à monter, mais nous avions un peu trop préjugé de la faible hauteur du pic, car ce ne fut qu'à cinq heures «le l'après-midi «pie l'un de nous réussit à en atteindre la cime.
A peine eut-on le temps «Je faire quelques observations au sommet avant l'arrivée d'un orage terrible «pii enveloppa la montagne, et nous n'étions pas à trois cents mèfres «lu bord du cratère que la foudre s'v pn'-cipita avec fracas. L'obscurité devenait «1«> plus eu plus grande, et, lorsque nous eômes n'gagiié la limite de la végétation arborescente, où nous nous étions arrêtés dans la matinée, il était nuit close. La plui«>, qui était tombée à torrents, avait rafraîchi l'atmosphère, el nous n'avions «l'autre abri «pie deux ou trois arbustes à peine garnis d<- feuilles; le bois était tellement détrempé, «pi'il était impossible d'allumer du feu; serrés les uns contre les autres, exténués et à moitié transis, nous attendions le jour avec impatience, et, aux premiers rayons du soleil levant, nous reprîmes promp-
DANS LES RÉPUBL1QIES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 75 lement Ip c hemin de noir*» tente, puis enfin celui rie San Agustin, où la cordiale réception de nos compatriotes nous fil bientôt oublier les fatigues des nuits précédentes.
San Agustin fui la dernière étape importante de notre voyage dans le Guale- hhw mala, et, quoique éloignés de près de i5o kilomètres de la capitale, il ne nous fallut que trois jours de marclie pour y revenir, en parcourant rapidement une région qui ne nous ofîrait que peu d'intérêt au point de vue scientifique.
Nous devons néanmoins en signaler les principales particularités et mentionner tout d'abord les admirables points de vue dont on jouit sur le lac et le volcan d'Atitlan aux abords de la maison de refuge de Godines, établie par les Indiens du village de San Antonio. I n peu au delà de Godines, il faut franchir de profondes harrancas creusées par les cours d'eau qui prennent naissance dans les hauts plateaux avant de se précipiter sur le versant du Pacifique. Ces ravins abrupts contribuent beaucoup à isoler et à appauvrir les gros villages de Patsum et de Pasesilla, qui, situés au milieu de plaines fertiles et habités par une population indienne assez intelligente et travailleuse, sont néanmoins en voie de décadence prononcée. Parmi les causes multiples qui contribuent à ce fâcheux résidtat, il faut citer la dépopulation, amenée en peu d'années par le développement qu'ont pris les plantations de café du versant du Pacifique, au détriment des cultures de céréales des hauts plateaux , plus pénibles et moins lucratives.
Chimaltenango, situé, comme Patsum et Pasesilla, au milieu de grandes plaines assez analogues à celles du Mexique central, mais à quelques lieues seulement de La Antigua, ne se trouve pourtant pas dans une situation beaucoup plus florissante.
De La Antigua à Guatemala nous primes l'ancienne roule, non carrossable, qui passe par Mixco, gros village indien silué à trois lieues seulement de la capitale, et qui fut jadis une importante cité, presque rivale de Ïecpan-Guatemala. Au sortir de Mixco il nous fallut traverser une profonde barranca creusée à sa naissance par le torrent qui doil être plus tard la Michatoya, et bientôt après nous rentrions à Guatemala, ayant recueilli, pendant plusieurs mois de voyage, les éléments des travaux scientifiques qui feront l'objet des livres suivants.
Déjà nous préparions de nouveaux projets d'excursion, lorsque des circonstances particulières hâtèrent notre retour. Nous prîmes donc congé de cette ville et de ce pays, dont nous emportions les meilleurs et les plus agréables souvenirs, el, gagnant rapidement l'océan Pacifique, nous trouvâmes un paquelx>l qui nous prit à son tard. Longtemps nos regards restèrent fixés sur cette terre amie, et lorsque, aux derniers feux du soleil couchant, les pics fumeux de cette belle région disparurent pour toujours dans la bruine, la joie du retour dans la mère patrie n'était pas sans mélange de quelque regret pour le pays que nous laissions derrière nous.