PEUPLADE ALAKALODF
L uc seconde peuplade, appelée Pécherai par Bougainville, MikhtH>!ip par Fitz-Itoy, Alakalouf par les missionnaires anglais, habite sur les rivages des iles situées à l'ouest de l'archipel niagellanique. Leur nomhre a été évalué très arbitrairement de |Oo à 3ooo ; ils confinent dans le Sud aux Yahgan, dans l'Kst aux Ona, dans le Nord-Est aux Patagons et dans le Nord-Ouest aux Chonos (rwrla Carte ethnographique Y Leur langage, dit M. Bridges (.Mémoire inédit), varie beaucoup en certains endroits où il est altéré par celui de leurs voisins; mais, en général, il est très étrange, des plus difficiles à apprendre en raison du nombre des consonnes LS et HS aspirées et de l'arrangement particulier des sons.
Suivant le même auteur, les Alakalouf n'ont rien de commun avec les Yahgan. Ils semblent n'avoir jamais été nombreux et l'on ne trouve chez eux aucun emplacement d'anciens villages comme on en voit partout en pays yahgan. Le territoire des Alakalouf est entièrement constitué par des montagnes, par des glaciers qui descendent jusqu'à la mer. Les Alakalouf sont surtout un peuple à pirogues, plus encore que ne le sont les Yahgan. Ils font aussi de plus grandes pirogues en bois avec lesquelles ils visitent les ilôts du large, à la recherche de phoques, d'oiseaux de mer, etc. Ils parcourent d'immenses distances en pirogues, fréquentent les deux rives du détroit de Magellan et font souvent des excursions de chasse, à la poursuite des daims et «l'autre gibier, dans les forêts épaisses de la Patagonie occidentale et méridionale. A la suite d'une longue tournée faite dans leur pays, M. Bridges n'a pas évalué leur nombre à plus de i >o âmes, en i.SHU, et il explique
INTRODUCTION. I.'i
ce petit chiffre par la guerre que leur fout, dans toutes les parties de leur territoire, les équipages des bâtiments baleiniers, qu'ils ont quelquefoisessaye de massacrer. Cet te peuplade alakalonf s'étendait autrefois à l'Est jusqu'à l'ile Sainte-Elisabeth, dans le détroit de Magellan, mais actuellement on ne la trouve plus à Test du cap Froward ou plutôt de Port-Famine. Comme pour les Yaligan, dit M. Bridges, leur aspect et leurs proportions varient beaucoup, suivant le groupe que l'on considère. Nous pensons cependant qu'ils se rapproebent beaucoup, physiquement, des Yaligan, avec lesquels on les a plusieurs fois confondus; mais ils en diffèrent par certains traits, et complètement par le langage. Ns sont un peu mieux connus que les Ona : les navigateurs en ont souvent rencontré; quelques-uns sont venus à la mission d'Ouchouaya; nous avons vu nous-mêmes à la baie Orange, pendant longtemps, deux femmes alakalouf. Enfin le groupe emmené en Europe en 1881, et qui a été montré a Paris, appartenait à cette peuplade. Les voyageurs qui les ont observés chez eux le plus longtemps sont Bougainvillc (1 707), puis King. Stokes, Fi tz-Roy (1827-1830). Leurs récits montrent que ces sauvages ont le même genre de vie et les mêmes mœurs que les Yaligan. Peuple essentiellement pécheur, ils vivent de coquillages et de poissons, mais cependant connaissent l'arc et la flèche, presque inusités dans le Sud. Ils ont des pirogues plus solides, en planches, souvent munies d'une voile en peau de phoque, avec un aviron de queue. Nous en avons rencontré dans le voyage de retour de la Romanche, à Froward Rcach, et ils ont été photographiés à bord. Bove et Lovisato les ont vus à la mission d'Ouchouaya pendant leur séjour assez long à cet établissement, et ils ont donné sur eux de nombreux détails. Nous en avons vu également à Ouchouaya, et entre autres les trois survivants du groupe qui. après leur voyage en Europe, avaient été. sur l'initiative de la charité privée, renvoyés à la mission du canal du Beagle pour être ensuite reconduits dans leur pays d'origine. Ils étaient moralement très déprimés, ne comprenaient pas un mot de Yahgan, elles missionnaires ne connaissaient pas du tout leur langue. Pendant longtemps, M. Bridges a espéré pouvoir en tretenirii Ouchouaya quelques-uns de ces indigènes pour apprendre leur dialecte, les familiariser avec la civilisation, les renvoyer ensuite dans leur pays et en
li MISSION Dl" CAP I10RN.
faire venir d'autres; bref, exécuter avec eux ce qu'il avait réussi à accomplir pour les Yahgan. Nous pensons que jusqu'à présent ses tentatives ont été vaines, et les nouvelles de lui reçues à Londres celle année même disent encore que les Alakalouf sont restés dans leur sa u vageri e pri m i t i ve .
On a évalué leur nombre à îooo, sans aucun élément de statistique exacte. Le territoire qu'ils habitent, liguré en violet sur notre Carte ethnographique, comprend une vaste étendue à l'ouest de la Terre de l'eu; une ligne pointillée montre qu'autrefois ils remontaient jusqu'à Skyring et Otway Waters. au cap Saint-Vincent el à l'est de l'île Saintc- Klisahcth, dans le détroit. Nous avons reproduit ce renseignement d'après M. Bridges. Nous donnerons plus loin, notamment à propos des caractères anatomiques, quelques autres détails sur ces indigènes.