‹ Mission scientifique du Cap Horn, 18821883Chapitre 11 sur 161 · PEUPLADE YAHGAN · texte numérisé non relu

PEUPLADE YAHGAN

La troisième peuplade fuégienno est celle que nous avons observée. Klle a été appelée Tèkcnika par Filz-Hoy, dans l'idée erronée que 7Vkénika ou Tckinika était le nom indigène d'une grande baie de l'île Hoste. De même que les missionnaires anglais, nous avons adopté pour désigner cette peuplade le terme de Yahgan, dérivé, dit M. Bridges ( ' ). du nom indigène des passes de Murray, entre le canal du Beaglc el la baie l'onsonby, lieu de réunion d'un grand nombre de familles fnégiennes, aujourd'hui éteintes ou dispersées.

a. Nom indigène des Tahgan.

Le nom que les Yahgan se donnent à eux-mêmes et par lequel ils se distinguent des autres peuplades est yamana, qui signifie hommes, individus, gens. Pour désigner les étrangers civilisés, ils ont le mot palalm arnalim, qui veut dire gens ou individus mystérieux el s'explique par l'élonnement des indigènes en voyant à bord d'un navire des outils de fabrication civilisée, par exemple les haches, et dont la confection

. 1 i Report on the Sourit American Mtxionan Society ; i 870.

INTRODUCTION. r.

a toujours été pour ces sauvages un mystère complet; pour eux, tout ce qui est étranger est palala.

On aurait pu tout aussi bien appeler les Yahgan du nom d'une des iles do l'archipel du cap Horn ou d'une des plages du New Year Sound qu'ils fréquentent sans cesse; car, s'ils ont des localités où ils reviennent souvent par prédilection, ils se déplacent continuellement d'un point à un antre, à des distances de \o km ou m 1 "".

/'. Limites du territoire de la peuplade Yabgan.

On peut borner les migrations des Yahgan et, par suite, représenter le pays dont ils habitent les rivages, comme nous l'avons fait dans notre Carte, par un tracé que limitent au Sud le cap Horn, au Nord les rives du canal du Beagle, à l'Kst la côte Kst de l'île Navarin avec les iles avoisinantes, et à l'Ouest l'archipel qui s'étend jusqu'à Pile Basket.

Ils se trouvent donc voisins, au Nord, des Ona et, au Nord-Ouest, des Alakalouf; nous examinerons rapidement leurs rapports avec ces deux voisins en traduisant ce que M. Bridges a écrit dans son Mémoire inédit.

• Suivant M. Bridges, c'est d'après les noms ona que les Yahgan on) appelé toute l'ile de la Terre de Feu, depuis le cap San Diego jusqu'à la presqu'île Brecknock, Oniçin, ce qui veut dire pays des Ona; le canal du Beagle Onachaga, c'est-à-dire canal des Ona, et le cap San Diégo Onouchliuttf, qui signifie fin du pays des Ona. Le mot ona, dans la langue des Ona, signifie, autant qu'on peut le supposer, individus ou gens.

Les Yahgan redoutent les Ona, mais cette crainte se rencontre plutôt chez les Yahgan qui sont très éloignés des Ona que chez leurs voisins immédiats. En ell'et, ces derniers sont étroitement unis avec les Ona par des liens de mariage; il en résulte la connaissance réciproque des deux langues et une assimilation mutuelle des manières, des idées et du genre de vie des deux peuplades par la fréquentation, soit individuellement, soit en groupes, de leurs territoires respectifs. H n'y a donc pas ici de limites territoriales définies, servant de ligne de démarcation

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entre les tribus; on doit plutôt admettre que les confins de ces territoires sont occupés par les deux tribus voisines qui sont, dans ce cas, très difficiles à distinguer l'une de l'autre : c'est là une conséquence forcée de l'état social chez des tribus qui n'ont ni chefs ni organisation politique.

M. Bridges pense que les Ona redoutent les Yahgan autant qu'ils sont craints de ceux-ci, les Yahgan étant aussi capables que les Ona de se venger d'une offense, et employant à peu près les mêmes armes : les Yahgan sont familiarisés avec l'usage de leurs puissants harpons comme les Ona avec l'emploi de leurs arcs. Les Yahgan, plus petits de taille que les Ona, sont leurs égaux sous tous les autres rapports : énergie, force et courage.

De même que les Yahgan du cap llorn ont une terreur indéfinie des Ona qu'ils n'ont jamais vus, ils redoutent aussi les Alakalouf que, dans leur naïve ignorance, ils croient doués de pouvoirs surnaturels. Selon toute probabilité, ajoute M. Bridges, les Yahgan sont également redoutés par les Alakalouf qui ont souvent entendu parler d'eux sous des couleurs fabuleuses, [.es Yahgan croient, par exemple, que des bandits alakalouf, appelés Açaçiou, viennent de loin, de l'Ouest, faire des excursions meurtrières en pays yahgan, voyageant surtout la nuit et avec une grande vitesse ; le jour, ils se cacheraient dans les bois avec leurs pirogues, appelées hipatalc anen, qu'ils traînent avec eux ; tout groupe d'indigènes qui disparait inopinément est invariablement supposé avoir été victime de ces Açaçiou, tandis que, selon toute probabilité, il a disparu dans un naufrage ou par tout autre accident.

.Mais toutes ces idées chimériques s'évanouissent d'elles-mêmes, quand l'expérience vient démontrer le ridicule de ces croyances. Lorsque les Yahgan du cap Horn rencontrent les Alakalouf dans leurs pirogues en bois dont ils se faisaient une idée si extraordinaire et si effrayante, ils sont immédiatement désabusés et se reprochent leur primitive crédulité.

Bougainvillc appela Pécherait Fuégicns du détroit, parce que. dit-il. « ce fut le premier mot qu'ils prononcèrent en nous abordant et que sans cesse ils nous le répétoient » ( Voyage autour du monde, etc.,

ISTRODl i:ri0N. 1T

1771, p. 147). C'étaient des Alakalouf. En i83<), King cl Fitz-Roy reprirent ce nom de Pécherai pour les Alakalouf habitant la partie centrale du détroit de Magellan, lin 18'p, W'ilkes décrivit comme appartenant à la tribu des Péc/wnti les indigènes qu'il avait observés en mars it53«) à la baie Orange et qui étaient évidemment des Yahgan.

Mentionnons enfin le nom de Yapnu (signifiant loutre, en yahgan) que Fitz-Roy, imité par divers écrivains, a indiqué par erreur comme celui d'une branche de Tékénika habitant la baie Orange.

c. Nom de Fuégiens appliqué anx Yahgan.

En résumé, il n'y a vraiment en présence, dans Yarchipel rnagellanique, que deux peuplades indigènes : les Alakalouf à l'Ouest et les Yahgan au Sud. Jusqu'à présent on les a indistinctement appelés Fuégiens, et, chose singulière, ils n'habitent pas la Terre de Feu, qui est le territoire des Ona ou petits Patagons (nous ne parlons pas ici de la partie de la Terre de Feu formant la rive Nord du canal du Reagle et les bonis de l'Admiralty Sound). Celte conclusion que les Fuégiens n'habitent pas la Terre de Feu, mais les iles qui sont au sud et à l'ouest de celle ile, mérite d éli e mise immédiatement en évidence pour empêcher la confusion qui ne manquerait pas de se produire dans l'esprit de quelques-uns de nos lecteurs. File provient de ce qu'on appelle indifféremment Terre de Feu tout l'archipel s'étendant du détroit de Magellan au cap llorn et Terre de Feu File qui portait autrefois le nom anglais de King Charles South land. En réalité, toutes ces iles innombrables situées entre le détroit de Magellan et le cap llorn devraient porter le nom de Terre de Feu, d'après les errements des premiers navigateurs, mais l'usage a prévalu de désigner plutôt sous le terme d'archipel du cap Tlom les iles au sud du canal du Beagle, et archipel de. la Terre de Feu ou rnagellanique l'ensemble des iles situées au sud «lu détroit de Magellan. D'après cela, les indigènes Yahgan devraient s'appeler plutôt des Uorniens; les Alakalotif, des Magellaniens, la désignation de Fuégiens s'appliquant seule aux Ona. Mais nous reculons devant ces néologismes et nous continuerons à appeler Fuégiens les indigènes qui fréquentent les iles de l'archipel rnagellanique soit au sud,

Mituun du cap Ihrn, t. VU. 3

1 S mission m cip mois.

suit à l'ouest de lu Terre de Feu. (les derniers, avons-nous dit, sont les Alakalouf; les premiers sont les Yahgan.

Nous noyons devoir supprimer IV du pluriel de ces noms; si l'on écrivait Alakaloufs et Ya/igans, on serait tenté, sans doute, d'accentuer l'j filial, ce qui dénaturerait la prononciation. Cet inconvénient disparaîtrait en orthographiant Yohgane et Yahganef, mais nous avons renoncé à l'emploi de IV muet qui pourrait être prononcé par quelques personnes et dénaturer le mot.

On emploie aussi le nom de Fttr'gie pour tout l'archipel de .Magellan. Cette appellation est déjà consacrée par l'usage; nous pensons qu'elle mérite d'être conservée. Nous dirons dans ce sens que la Fuégic est habitée par deux peuplades fuégiennes, et qu'une seule de ses parties, l'île de la Terre de Feu, est principalement peuplée par les Ona (branche des Patagons).

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