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leurs ré vos, et quand ils ont mangé en songe (elle ou (elle personne, cela signifie que celte personne va mourir. On croit qu'ils peuvent retirer du corps des malades la cause de leur mal, cause appelée aïkouch, insaisissable de sa nature, mais que les yakamoueh pourraient rendre visible sous la forme d'une petite pointe de flèche ou de harpon en
silex, qu'ils feraient d'ailleurs sortira volonté de leur propre estomac
Ces idées sont très absurdes, mais ce sont des sujets d'amusement et de curiosité pour les Fuégiens. On semble admettre que ces sorciers peuvent influencer le temps en bien ou en mal ; ils jettent des coquilles contre le vent pour le faire cesser et se livrent alors à des contorsions et incantations. »
M. Bridges ajoute qu'il peut arriver de rencontrer une vieille femme qui soit yakamoueh; cela donnerait une base à la légende citée par le commandant Martial, et d'après laquelle les femmes, autrefois, détenaient seules le pouvoir en Fuégie et exerçaient seules la profession de sorcières.
Dans toutes ces légendes, nous ne voyons aucune raison d'admettre sérieusement une croyance à des êtres surnaturels, ni à une vie future, et par suite un sentiment religieux chez les Fuégiens.
L'anthropophagie est mentionnée dans deux de ces contes; nous ne savons dans quelle mesure ils auront pu inspirer les révélations faites par Fitz-Hoy, déclarant que les Fuégiens tuaient les vieilles femmes pour les manger, quand ils étaient pressés par la faim. C'est là une erreur formelle que nous avons dénoncée dans les Happons préliminaires présentés à l'Académie des Sciences en décembre 1 883, et, depuis, dans plusieurs articles que nous croyons devoir mentionner ici en raison de la singulière persistance avec laquelle on a continué à reproduire le récit de Filz-Roy, accepté d'ailleurs par Darwin dans son Voyage autour du monde (traduction Barbier, p. 23o).
En juillet 1884, dans ses Soles sur l'hygiène et fa médecine chez les Fuégiens (liaue d'Hygiène de Paris), l'un de nous écrivait, à propos de l'alimentation :
« Peut-être est-ce ici la place de disculper les Fuégiens de l'abo-
ilininn iln rap iior», t. VII. 33
£18 MISSION ni CW IIOHN.
minable accusation d'anthropophagie qui pèse sur eux depuis les récils de Fit/.-Roy et de Darwin. Ces auteurs ont reproduit avec de grands détails la version qu'ils avaient recueillie de la houche d'un jeune indigène, et d'après laquelle les vieilles Fuégiennes seraient sacrifiées dans les cas de disette, pendant les hivers rigoureux, et mangées par leurs compatriotes avant même que ceux-ci songent à tuer leurs chiens. C'est là une pure invention, une fable comme les Fuégieiis aiment à les raconter aux voyageurs et qui n'a rien de fondé. .....
Kn juin iHH *», dans le Tour du monde (l ue année au cap IJorn. par le IV Hyades, p. |M>), la même question est traitée :
«. Il faut reléguer au rang des fables ces récils d'anthropophagie édités sans aucune preuve par quelques anciens voyageurs, sur la foi desquels ils ont été reproduits tout récemment encore, parce que le luxe de détails qui les accompagne semblait garant de leur véracité. Il faut renoncer à cette légende racontée par Filz-Rnv cl Darwin sur l'asphyxie que les Fnégiens feraient subir aux vieilles femmes, pour les manger ensuite, dans les temps de famine. Ces illustres observateurs, prêtant une oreille trop complaisante aux prétendues confidences d'un jeune Fuégien qu'ils ont mal compris ou qui se moquait d'eux, ajoutent même que les Fuègiens préfèrent sacrifier les vieilles femmes plutôt que les chiens, parce que ceux-ci leur servent à prendre les loutres ! Quelles que soient les tortures que la faim leur fasse éprouver, jamais les Fuègiens ne se mangent entre eux. Ils sont même si peu cannibales qu'ils ne mangent pas leurs ennemis quand ils les ont tués »
Knlin, dans la séance de la Société d'Anthropologie de Paris, le i j) mai 1887 ('), nous avons de nouveau répété et développé celle affirmation que les Fuègiens n'ont aucune tradition d'anthropophagie.
Cependant, en 1888, lors d'une discussion sur Y anthropophagie en Amérique, dans les HuUeùns de la même Société (p. 29 et G(j ), deux savants affirmaient encore que les Fuègiens, à défaut de toute autre
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nourriture, mangent les vieilles femmes ou toul au moins les mangeaient du temps de Fitz-Roy.
Nous avons dit plus haut que les Fuégiens n'avaient pas gardé de souvenirs de l'expédition de Fitz-Roy. Se pourrait-il qu'ils eussent, pratique alors l'anthropophagie, comme le raconte l'amiral anglais? Nous ne le croyons pas. Jcmmy Billion, l'indigène qui a fait ces prétendus aveux, était encore vivant en 1882. S'il avait oublié les détails de son voyage en Europe, il n'en était certainement pas de même des mœurs de sa peuplade à l'époque de sa jeunesse, et à coup sur il en aurait laissé la tradition à son entourage. Or, comme le dit le commandant Martial (Histoire du voyage, t. J, p. if)'i), les Fuégiens protestent énergiquement contre l'accusation d'anthropophagie.
M. T. Bridges, qui vit au milieu des Fuégiens depuis vingt-cinq ans. déclare ce qui suit :
» Ils tiennent le cannibalisme en horreur. Leur tradition d'une tribu de cannibales, dans l'extrême Ouest, est, je pense, une pure fable: toutes les fois que j'en ai causé avec les indigènes, ils se sont invariablement mis it rire; leurs idées sur cette tribu sont si peu définies qu'ils doutent, entre eux, de son existence. (T. Bmiiuks. Mémoire inédit.)
A la fin de son très intéressant travail sur l'ethnographie des Fuégiens, le IV Dotnenico Lovisato, qui s'est montré beaucoup plus sévère que nous dans l'appréciation morale de ces sauvages, affirme avec la plus grande énergie qu'ils ne sont pas cannibales et ont l'anthropophagie en horreur ( ' ).
La question est donc définitivement jugée : il est certain que les Fuégiens du cap Horn ne sont pas anthropophages; quant à leurs voisins, Alakalouf et Ona, rien n'autorise à penser qu'ils sont, ou qu'ils ont été adonnés au cannibalisme ( a ).
C l DoHKNICO l-ovis\Tt>, ,-tppuitti etlmn^mfîi i rnn accenni "eogrqfici rulia Terra dut h'uoeo (Eslralto liai Cotntoi «il (iuido Cor.i, fasc. IV c V; 1884 ). .»i loir aussi : Huit. Sor. tnlfirop,, 188K: p. O01