‹ Mission scientifique du Cap Horn, 18821883Chapitre 142 sur 161 · VÊTEMENT. ORNEMENTS · texte numérisé non relu

VÊTEMENT. ORNEMENTS

a. Vêtement.

Les Fuégiens n'ont pas de vêtement, dans le sens que nous donnons généralement à ce mot. Ils pourraient en fabriquer les diverses parties avec les peaux de loutre ou d'otarie, qu'ils se procurent assez facilement; mais ils se contentent de jeter simplement les peaux sur leurs épaules, attachées autour du cou, en guise de manteaux, quand ils éprouvent un froid très vif (Pl. IV, fig. i; PI XVIII et XIX). Elles défendent assez bien contre le vent le Fuégien qui reste immobile; mais elles ne sont plus qu'une protection illusoire s'il se livre à un exercice un peu violent. Les indigènes ont d'ailleurs à un tel point l'habitude de réduire leur corps au moindre volume possible, qu'une peau pas plus grande qu'un tricot de marin ou un gilet de chasse suffit '» . les recouvrir de la tète aux pieds lorsqu'ils sont accroupis.

Comme manteaux, ils préfèrent les peaux de loutre; mais ils utilisent aussi pour cet usage les peaux de phoque, et même de renard ou de cormoran, ou encore, d'après M. Bridges, les peaux de lapins dans les localités bordant le canal du Beagle, où ces rongeurs ont été introduits; mais ils ne dépouillent jamais Ips chiens pour conserver leurs peaux.

Pour débarrasser les peaux de phoque de leurs poils grossiers, ils se bornent à étendre la peau à terre dans les huttes, le poil en dessus, recouverte d'herbes et de mousses. Ils s'accroupissent et dorment là comme sur un plancher; au bout de quelque temps les poils sont complètement détachés. Ils peuvent alors tailler dans ces pcaux.au moyen de coquilles tranchantes, des lanières plus ou moins longues qui leur servent à toutes sortes d'usages.

Les femmes ont, en outre, un petit vêtement de pudeur, destiné à cacher les parties génitales, cl qui consiste en un triangle très court et très étroit suspendu entre les cuisses, en peau de guanaque dont le poil est tourné en dedans (Pl. VIII, fig. i\ Pl. XII, fig. i cl 3; Pl. XXXIII, fig. \). Elles ne quittent jamais, ou presque jamais, ce

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vêlement qui rappelle exactement, par sa situation et ses dimensions, la feuille de vigne qu'on impose à certaines statues: pendant l'acte conjugal, il est simplement relevé sur l'abdomen. Jamais non plus ce vêtement n'est lavé.

Les Fuégiens du cap Horn ne portent aucune chaussure, et leur tète n'est protégée que par leurs cheveux, qui sont toujours abondants et épais.

Les soins de propreté de la léte n'existent pas chez eux : on ne peut pas appeler de ce nom la chasse aux parasites( Pediculi capitis ) a laquelle ils se livrent dans leurs moments de loisir, ni la pratique de l'épilation commune aux deux sexes, dans un luit de coquetterie, ni l'application sur leur chevelure de diverses substances, graisse de phoque ou ocre rouge, ni même l'habitude, surtout en faveur chez les femmes, de se peigner avec un morceau de mâchoire supérieure de dauphin ou de marsouin garnie de ses dents (/'/. XXXIII, Jig. 11). La propreté des autres parties du corps n'est pas davantage en honneur, et c'est surtout la pluie ou les immersions accidentelles dans l'eau de mer qui l'ont tous les frais de propreté fuégienne. Lorsque les indigènes aperçoivent sur leur corps quelque souillure plus grave, surtout au matin, quand le jour vient éclairer leur hulte, ils s'essuient avec île fines raclures de bois formant une sorte d'étoupe. ou bien, et. cela arrive surtout pour la ligure, ils se nettoient par une simple friction avec de la mousse prise autour de leur hutte, très humide et formant éponge. Kn fait, ils ne paraissent attacher un peu d'importance qu'à la propreté des pieds, toute relative d'ailleurs, et qu'ils obtiennent facilement, à cause de la nécessité où ils se trouvent à chaque instant de inarcher dans l'eau pour regagner leur pirogue ou leur hutte, pour pêcher des coquillages, etc.

Pendant l'été, lorsque le temps est beau, ils prennent quelquefois des bains de mer, mais simplement comme distraction.

b. Ornements.

Le principal ornement fuégienestle collier en coquilles porté autour du cou et composé le plus souvent avec des l'Iiotinula molarea

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(Pl. XXXIV, Jig. \). On polit ces petites coquilles en les plaçant dans l'eau courante pour leur donner du brillant, puis on les perce chacune d'un trou en les frottant sur des pierres lisses; enfin on les entile en colliers sur de petites tresses en fibres de tendons de phoque ou de haleine.

Ces tresses représentent à elles seules une variété de collier : elles forment alors des circulaires nombreuses, fermées en un seul ou en plusieurs points au inoven d'une petite mèche de cheveux (Pl. XXXIV. fig- 3).

l'nc autre espèce de collier, très communément portée, consiste en petits cylindres d'os d'oiseaux, régulièrement coupés et enfilés (PL XXXI IL Jig. ï).

Les hommes portent ces colliers aussi bien que les femmes et que les enfants.

Un ornement, spécialement réservé aux hommes, est le bandeau en plumes de l'aigrette de héron, blanches ou grises, qui est placé autour du front comme parure de féte (/'/. XXXIV.Jig. a); c'est un genre d'ornement commun à tous les indigènes de l'Amérique, sauf les Ksquimaux.

Les bracelets de poignet et de cheville en peau de guanaco sont plutôt usités chez les femmes (PL XII et PL XXXIV. Jig. 1); c'est certainement le bracelet le plus simple qui existe sur la Terre : une lanière de peau dont le bout le plus mince rentre dans un trou pratiqué à .travers l'extrémité la plus large.

On peut ranger dans la catégorie des ornements la peinture du visage, principalement employée par les femmes. Elle est rouge, blanche ou noire, disposée en traits ou en points (PL VII, Jig. 2, et /'/. AVI'). M. Bridges considère cette peinture comme un passe-temps: il affirme cependant qu'elle annonce, par sa disposition, certaines nouvelles aussi sûrement que le feraient des informations verbales: par exemple, on pourrait savoir indubitablement, à la seule vue de la peinture, si celui qui la porte pleure la perle d'un ami ou d'un parent et dans quelles conditions le défunt a trouvé la mort. D'après M. bridges, les Fuégiens ont des peintures spéciales du visage pour les dillérents liens d'amitié qu'ils forment entre eux, et pour les grandes visites

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i|u'ils font. qiit*l<|iiofois à des groupes éloignés du leur. Cette coutume est également bien caractéristique pour tous les indigènes américains.

La matière colorante favorite des Fuégiens est le rouge qu'ils obtiennent avec de l'ocre réduite en poudre très line('). Ils la conservent soigneusement, par petites quantités, dans des sacs faits avec des Iracliées-artèiTs de phoque ou de marsouin. Elle leur sert surtout à se peindre et se barbouiller le visage, mais quelquefois ils en frottent b uis pointes de harpons, leurs poignées de pagayes, leurs arcs.

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