‹ Mission scientifique du Cap Horn, 18821883Chapitre 143 sur 161 · OCCUPATIONS · texte numérisé non relu

OCCUPATIONS

Les occupations habituelles chez les Fuégiens sont la chasse, réservée aux hommes, et la pêche, pratiquée exclusivement par les femmes. Ces deux genres d'exercice se rapprochent par ce lait que chacun d'eux nécessite presque toujours l'emploi d'une embarcation. La pirogue fuégienne fait donc essentiellement partie des engins de chasse ou de pèche, et nous parlerons d'abord de sa construction.

a. Construction de la pirogue.

La pirogue est faite en écorce épaisse de Fagus betuloides ( PI '. XXXI, fi'g. i); elle a une durée moyenne de quatre à six mois : il est donc nécessaire d'en construire deux par an.

Le premier soin des Fuégiens est de choisir de belles écorces; il leur faut souvent accomplir un long voyage pour les trouver. Deux ou trois hommes, travaillant de compagnie, coupent l'écorce sur l'arbre, au moyen de leurs coquilles de moules, aiguisées et emmanchés ( Pl. XXXII, fig. i î ), en se servant de lanières en peau de phoque, pour se maintenir contre l'arbre et pour soutenir l'écorce dans sa descente : sans cette précaution, l'écorce se briserait, en raison de son poids et de sa fragilité, et ne pourrait p us servira faire une pirogue.

( ') Ils recueillent cette ocre sur «les cailloux où elle est assez adhérente; elle pro\ient probablement du M-jour de ces pierres dans une eau ferrugineuse. Ello est constituée par de l'oxyde de fer melè à des parties siliceuse» et contient 4 >,a pour 100 de sc*quioxyde de fer. (Analyse do M. A. Miïntz.)

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On porte ensuite l'écorce à l'endroit où la pirogue doit être construite; là on la pare pour lui donner la forme convenable; on taille, par menus éclats, pour la rendre unie el lisse, la sur face qui formera la paroi externe de l'embarcation.

Quand on a préparé les morceaux d'ecorec, on les conserve soigneusement humides et chargés de grosses pierres, pour les empêcher de se gondoler. Ces morceaux sont, en général, au nombre de > à -, savoir: la pièce du fond, appelée oucktakh, excessivement épaisse; les deux pièces qui se fixent à celle-ci et qui se terminent en pointe pour former l'avant et l'arrière; les deux pièces de côté, effilées à une de leurs extrémités, et convexes à l'autre, celle précisément qui s'adaptera aux bords concaves de la pièce du fond. Les bords inférieurs de ces pièces latérales et les bords de la pièce du fond portent plusieurs entailles hautes de o^.oH à o m , 10, de manière à s'assujettir fortement les uns les autres, el à former une carène gracieuse : ces jointures sont solidement cousues ensemble, mais les bords ne se recouvrent pas comme ceux des parties avant et arrière et de la pièce du fond. On les calfate avec des tiges de céleri sauvage ou d'autres plantes.

On emploie, pour les coutures, le fanon de baleine cl, à défaut de celui-ci, l'aubier déjeune Fagus antaretica, apprêté pour servir de liens.

Ces liens sont préparés d'avance avec beaucoup de soin : on divise les fibres des fanons ou de l'aubier en tiges d'égale longueur et de même diamètre, polies sur les bords, en les raclant avec des coquilles brisées dont le tranchant est encore plus efficace que celui du verre cassé.

Voilà donc constituée la carcasse de la pirogue : ce travail a été fait à l'ombre des arbres pour garantir l'écorce des effets du rayonnement solaire. On la met alors en forme au moyen de traverses en bois {Pl. XXXI, fig. i), puis on la calfate avec des mousses ou des herbes lassées, et on la garnit intérieurement de demi-cercles très rapprochés, faits avec des baguettes fendues, allant de l'un à l'autre plat-bord; elles sont maintenues contre celui-ci par un rebord solidement cousu dans toute sa longueur sur chaque coté de la pirogue jusqu'à ses extrémités qu'il dépasse pour s'entre-croiser avec le rebord du coté opposé.

Le revêtement de demi-cercles de baguettes à l'intérieur consolide

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la pirogue cl l'empêche do se briser sous les pieds des voyageurs. Mais cette solidité est augmentée par l'adjonction d'épaisses plaques d'écoree dont la surface extérieure a été rétractée au feu et qui sont solidement assujetties, dans le sens horizontal, aux endroits où se tient la famille dans la pirogue. Ces morceaux ont o n, ,(>o de large, o"*,po de long et constituent un plancher uni et sec où l'on peut s'acernnpir.

La surface du plat-hord étant rugueuse, on l'entoure de jeunes écorcesqui, une fois sèches, se contractent avec force sur cette saillie, où elles forment alors une surface arrondie et douce qui servira d'appui aux liras dos rameurs.

On consolide encore la pirogue par de fortes traverses horizontales, entaillées de •ï cm à 3 vn> à chaque extrémité, fortement ligaturées sur le plat-hord. et divisant ainsi l'einharcation en compartiments spéciaux.

I n espace est réservé pour vider l'eau avec une écope en écorce ou en peau de phoque, les meilleures pirogues faisant eau plus ou moins.

Au milieu do la pirogue est une plaque de 5 e01 d'épaisseur et d'environ Go*' 1 , formée de terre, de cailloux et de coquilles, sur laquelle le feu est allumé; il ne traverse jamais cette couche humide, et brûle cependant très bien, grâce aux coquilles et au gravier éparpillés à la surface de cette sorte de foyer.

Les pagayes qui servent à manier la pirogue sont très bien faites, longues d'environ i'Vm» (/'/. A.YA7, Jig. ■>). Pour les confectionner, on fend d'abord des morceaux de bois, au moyen de coins de diverses espèces, en bois ou en os. On les taille ensuite, pour leur donner la forme définitive, en enlevant des copeaux avec les ciseaux de coquille, le dos de la main de l'ouvrier étant protégé par un morceau de peau, espèce de gant de travail (Pl. XXXII, fig. 10).

Les Fuégiens prennent le plus grand soin de leurs pirogues. Devant chaque hutte, voisine de la plage, on voit un sentier que l'on tapisse de goémon au moment de hàler la pirogue à sec. Quand il n'existe pas de plage devant la hutte, les femmes amarrent la pirogue près du rivage au moyen de liges de goémon, puis elles reviennent à terre à la nage. Mlles vont de même démarrer la pirogue lorsqu'il faut repartir.

Les naufrages en pirogue sont assez fréquents et entraîneraient

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aiimicllcmcnt une sérieuse mortalité. M. Bridges cite dans son travail inédit plusieurs accidents de ce genre : naufrage de cinq pirogues, trente-trois personnes noyées; naufrage de deux pirogues, treize noyés, l'nc fois un groupe d'indigènes s'était rendu sur un ilot éloigné pour rérolter des coquillages et capturer des oiseaux; la pirogue qui les avait amenés s'en alla en dérive avec un petit enfant trop jeune pour la reconduire à terre, et les Fuégiens restèrent sur l'îlot sans moyen de faire du feu, celui-ci étant resté dans la pirogue, ainsi que les pierres à feu. On pouvait bien quitter l'îlot à la nage, niais il était très loin de toute terre; une femme fut assez hardie pour tenter l'aventure : elle réussit à atteindre la cote, mais ne trouva personne pour venir en aide à ses compagnons, qui périrent de faim et de froid, sauf deux d'entre eux, secourus à temps par un navire baleinier.

Dans une autre circonstance, un grand nombre de Fuégiens avaient voulu traverser une haie avec deux pirogues, pour aller chercher des champignons sur la rive opposée; les pirogues, trop chargées, coulèrent, la mer étant mauvaise, et deux personnes seulement furent sauvées.

h. Chasse.

i° f/arpons.

Les harpons constituent l'arme la plus usitée pour la chasse.

Il y en a de plusieurs formes; les plus communes sont en os et de deux espèces : l'une à pointe fixe avec une rangée de dents de scie (Pi. XXX, /ig. i et 2; Pl. XXXI, fig. Y), l'autre à pointe mobile avec une seule entaille (Pl. XXXI, Jig. (> et 7). Dans les deux cas, la pointe est adaptée à un manche de 3 ,n à V de long en bois de tagns hetuloides ou de Drimys Wintcri.

Les harpons mobiles servent à la chasse des otaries, que les Fuégiens guettent dans leur pirogue et sur lesquelles ils lancent leur harpon, qui. pénétrant dans le corps de l'animal, se détache du manche : celui-ci sert ainsi de bouée, et guide le chasseur qui peut poursuivre sa proie et lui infliger de nouveaux coups jusqu'à ce qu'elle soit tuée.

Les harpons en dents de scie, lixes sur le manche, servent à la chasse aux oiseaux, aux loutres, et représentent le plus commun des harpons

.Vmion dit cap Hurn, t. VII. Â->

(uégiens. I.ovisato leur donne le nom de lance, parce que, dit-il, autant qu'il a |>u le voir, eetle arme pénètre par sa pointe, tandis que l'extrémité du manche est tenue en main par le Fuégien; il est vrai, ajoulel-il, que l'amincissement du manche, qui linit en pointe du côté opposé au harpon, donne tout à croire que ce soit une arme de jet : il ne l'a jamais vu employer ainsi, mais il admet cependant comme très probable que les Fuégiens puissent s'en servir quelquefois de cette manière. Nous ne saurions partager celte appréciation et. d'après ce que nous avons vu, d'après les réponses invariables des Fuégiens à nos questions sur ce sujet, posées de mille façons dilVérentes, nous admettons que le harpon fixe est une arme de jet (voir Pl. /), tout comme le harpon mobile, et que ce n'est qu'exceptionnellement que les Fuégiens l'emploient à la manière d'une lance ou d'une pique. Si l'on voulait adopter un nom spécial pour ce harpon lixe, il faudrait plutôt accepter celui de javelot proposé par Bove. .Mais il nous parait que le nom de harpon Jire exprime bien mieux la réalité, sans recourir à des appellations plus prétentieuses.

Nous n'avons pas vu non plus la particularité indiquée par I.ovisato au sujet de l'amarrage du harpon mobile sur le manche; d'après cet auteur, la pointe en os de baleine est assujettie au manche, au moyen d'une lanière en peau de phoque d'une longueur de plus de ao™. Nous avons toujours constaté que la partie mobile de la lanière n'avait pas plus de t m de longueur : ce qui est suffisant d'ailleurs pour que, la pointe étant enfoncée dans le corps de l'animal poursuivi et détachée du manche, celui-ci reste flottant et serve de balise ou de bouée aux Fuégiens pour continuer leur chasse.

Fxaminous maintenant le mode de fabrication des diverses parties d'un harpon quelconque, qui se compose du manche, de la pointe cl de la lanière en peau de phoque servant do ligature.

Nous avons demandé à un Fuégien, nommé At/tlinata, aussi intelligent que sauvage, de nous faire assister à toutes les opérations que comporte la confection d'un manche de harpon. Le 19 août i88'3, il nous conduisit dans une petite forêt vierge voisine de la haie Orange: là, après avoir examiné un certain nombre de Drimys Winteri, il en choisit un de 7™ à 8 m de hauteur, de o ,n ,3o de circonférence en

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moyenne, et très droit. Il le coupa à a™ environ au-dessus du sol avec une hache et sectionna l'extrémité supérieure au-dessous dos feuilles. | En l'absence de haches qu'ils peuvent se procurer depuis quelques années à la Mission anglaise du canal du Beagle. les Yabgan se serviraient sans difficulté de leur ciseau ou hache indigène, composé d'une grande valve de Mytilus (Pl. XXXII. jig. u et 12 ), taillée en biseau sur les bords et liée sur un caillou. |

Athlinata plaça ensuite son arbre sur le sol, horizontalement, et se mit à le dégrossir avec sa hache. De temps en temps, il le soulevait à la hauteur de ses yeux et visait pour tailler en ligne droite. La hache était tenue de la main droite, près de l'emmanchure, le tranchant en dehors de l'axe du corps du Fuégien; la main gauche maintenait l'arbre; quelquefois les deux mains étaient employées à tenir le manche de la hache.

Après un dégrossissement très sommaire, Athlinata se servit d'un ciseau (lame de rabot anglais fixée sur une pierre. Pl. XXXII, Jig. i'V) pour amincir le Drimys. Il le tenait obliquement par rapport au corps, presque parallèlement à l'arbre, et détachait rapidement de longs copeaux de bois : cette opération, faite avec une habileté remarquable, aboutit à la production d'une longue hampe parfaitement recliligne. un peu effilée à une extrémité et qui, après la section d'un segment de cote du gros bout, avant île la rapporter à la Mission, avait V'\<y>. de longueur.

On opère de la même manière pour façonner un manche de harpon en bouleau (Fa sus beluloides).

Le manche du harpon tient à la pointe au moyen d'une lanière en peau de phoque (Pl. Il et /'/. XXXI, Jig. V), lanière que les Fuégiens préparent avec beaucoup de soin, de manière à la rendre parfaitement unie et droite.

La pointe du harpon est en os, sauf dans des cas exceptionnels 011 elle est en bois, comme nous le verrons plus loin. Pour la fabriquer, les Fuégiens emploient un os de baleine, quelquefois un os de phoque, mais les os de baleine sont préférés, à cause de leur longueur plus grande. Ils taillent, avec leur couteau (ciseau en fer ou en coquille; ces os d'abord dégrossis, et qui. une fois terminés, présentent sur le bord une entaille ou plusieurs dents. Ils font la taille par simple près-

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sion et ont soin, à chaque coup de ciseau, d'humecter l'os avec un peu de salive. Si c'est une cote, ils en redresseront la courbure en la chauffant du coté de sa convexité.

Il est très rare de voir des pointes de harpon en os, mobiles, avec une entaille de chaque côté en forme de fer de lance. Cependant nous avons observé une fois cette forme, comme le démontre un spécimen recueilli par les officiers de la Romanche et placé dans la collection •lu Trocadéro (Pl. XXXll.Jig. ï).

Nous avons rapporté quelques spécimens de pointes de harpons en hois de Maylenus rnagellanicus. La pointe offre tantôt une double rangée de dents de scie, tantôt une entaillure de chaque côté (fer de lance). Ces pointes de harpons, quoique très bien conditionnées, sont peu estimées par les Fuégiens, qui leur préfèrent, sans aucune comparaison, les pointes en os.

Celles-ci sont habituellement assujetties sur leur manche, mais quand les Fuégiens ont des pointes de rechange ou que pour un motif quelconque ils veuillent garder la pointe à part du manche, ils les renferment dans les paniers qui contiennent les menus objets de la famille ( /'/. XXXll, Jig. 7 ), ou bien dans des sacs en peau de phoque cousus avec du fanon de haleine.

Lorsque les Fuégiens veulent harponner des poissons de très grande taille, ils attachent ordinairement deux pointes de harpon en dents de scie sur le même manche, l'extrémité libre de ces pointes divergeant légèrement.

Les Yahgan tuent, avec leurs harpons, des phoques et même des cétacés, d'après la version de M. Hridges qui signale chez eux des individus renommés pour leur habileté à chasser ainsi la baleine. Les Yahgan qui habitent sur les rives du canal du Beagle chassent également le guanaque : ils choisissent un jour de beau temps, après que la neige tombée en abondance permet d'apercevoir facilement sur le sol les traces de l'animal; connaissant son habitude de revenir toujours sur sa première trace dès qu'il est effrayé, les chasseurs se placent derrière les arbres avec des harpons, prêts à les lancer avec force sur le guanaque au moment où il passera devant eux. Ils réussissent souvent dans ces expéditions, qu'ils préparent avec beaucoup de soin.

1ICKU MS ET C01TÏME9.

2° Frondes.

Les premiers Fuégiens que nous avons aperçus à la baie Orange, au moment de notre arrivée, étaient tous munis d'une fronde, que la plupart portaient enroulée autour de la téle (Pl. XXX, fig. 16). Aussi ces objets furent-ils les premiers à faire partie de la collection ethnograpbique.

Toutes ces frondes ont une pochette en peau de phoque; de chaque coté de la pochette est une lanière de peau de phoque, ou bien une tresse de fibres de tendon de phoque (Pl. XXX, fig. 1 \).

Nous en avons vu encore (mais c'étaient des frondes d'enfants) en pochette de peau de loutre, avec des cordons en line tresse de fibres de tendons. Enfin nous avons rapporté quelques spécimens dont la pochette était en peau de guanaque.

Voici comment les Yabgan se servent de la fronde : le plus long des deux cordons (dont chacun se termine par un petit renflement) passe dans la paume de la main, et son extrémité est tenue entre le petit doigt et l'annulaire. Le plus court des deux cordons est tenu, également par son extrémité renflée, entre le pouce et l'index. Le Fuégien imprime à la fronde horizontalement, et quelquefois dans un plan oblique, deux ou trois mouvements de rotation, puis il lâche l'extrémité du cordon le plus court, et la pierre va tomber dans la direction visée, en se rapprochant plus ou moins du but. Tayathapoimdjis, un Fuégien assez adroit, qui le premier nous montra le maniement de la fronde, nous remit aussi un spécimen de pierre qui figure dans la fronde reproduite dans nos dessins (/'/. XXX, fig. \ '\ et i5). Inutile de dire que ces cailloux existent partout, en très grandes quantités sur toutes les plages. Le même Fuégien envoyait, avec la fronde, une pierre de ce volume à une dislance d'environ 100™, mais il ne voulut pas viser un quartier de rocher placé à cinquante pas, seulement, en nous donnant à comprendre que ce but était trop éloigné. Plus tard, en demandant à des Yahjçan d'atteindre avec une pierre de fronde un tronc d'arbre à i5 m ou ao m de distance, nous les avons vus bien souvent manquer ce but. Il y a loin de là à l'opinion de Lovisato, d'après laquelle la fronde

XW MISSION DU CAP 1IORN.

entre les mains d'un Fuégien serait une arme si terrible qu'à 25™ ou 'io m de distance elle atteindrait l'animal le pins petit.

Filz-Roy, dans la relation de son voyage ('). dit aussi que l'habileté à la fronde des Fuégiens du détroit de Magellan (appartenant probablement à la peuplade Alakalmif) est vraiment extraordinaire; il pense que, dans leurs mains, ce doit être une arme olfensive très redoutable. Devant lui, par exemple, un jeune Fuégien, ayant ramassé et placé dans sa fronde un caillou de la grosseur d'un «eufdc pigeon, fit comprendre qu'il allait atteindre une pirogue, et. tournant le dos à ce but, il lança la pierre, dans une direction opposée, contre un arbre, d'où elle rebondit, par-dessus sa tète pour tomber près de la pirogue. FitzRoy ajoute qu'il a vu souvent ces Fuégiens frapper avec une pierre de fronde lancée a une distance de m à (m yards ( >o m environ) un bonnet placé sur une souche d'arbre.

Nous n'avons aucune raison de supposer que les Yabgan de la baie Orange n'aient pas tenu à faire, devant nous, preuve de leur adresse; car ils paraissaient, au contraire, dépités de manquer souvent le but. Mais ils n'y mettaient pas cependant le même amour-propre que celui du tireur, adroit ou non. qui n'a pas atteint la cible; on voyait nettement qu'ils considéraient comme impossible d'arriver à une grande justesse en lançant la pierre de fronde. Il faut donc admettre que la fronde des Yabgan est presque autant un objet d'ornement pour les hommes qu'une arme de chasse ou de guerre.

.5° Pièges. Citasse à la main.

Nous n'avons vu à la baie Orange que cinq ou six exemplaires de collets destinés à prendre des oiseaux, le plus souvent des oies ou des canards. On les place à terre, sur des ilôts ou «les grèves, dans un endroit gazonné, et l'on maintient leurs anneaux relevés dans un plan vertical, formant autant d'issues à des clôtures en branches de o ,n ,(>o à o"\8ode hauteur, fichées dans la prairie, près du bord de l'eau. Les

< ') Xarmth'c «f ihc mnning ronger af the H. M. S. A<1\ enlurc ntui Beajiie. I.owlon; iS33, vol. 1.

MOBIBS KT COtTCMCS.

oies, habituées à fréquenter ces pannes, mettent pied à terre sur ces pelouses pour pâturer; elles sont prises, à leur sortie, dans les ouvertures pourvues d'un nœud coulant.

Ces pièces on collets, dont nous donnons une reproduction par le dessin et la gravure ( /'/. A'A'A", fig. 12 et 1 .5 ), déjà mentionnés par Bougainvillc qui les vit dans le détroit de Magellan en i-tiS, sont composés de cercles en fanon de haleine liés par une lanière de peau de phoque ou par une tresse en libres de tendons de baleine.

La rareté assez grande de ces pièges porte à croire qu'ils ne sont plus très employés pour la chasse; pendant noire séjour au cap Horn. les indigènes, à notre connaissance, ne les auraient tendus qu'une fois.

M. Bridges décrit deux autres pièges pour les oiseaux : le premier consiste en trois arêtes de bois «lut-, bien aiguës, fixées ensemble au bout d'un bâton recourbé: leurs pointes, divergeant un peu l'une de l'autre, sont enfoncées et masquées dans un appàlde chair de poisson : les cormorans se prennent à ce piège, en avalant, avec l'appât, les éclats de bois qui pénètrent profondément dans la gorge de l'oiseau et entraînent sa mort, après des tentatives désespérées de sa part pour se débarrasser de ces arêtes.

Dans la partie occidentale du territoire fréquenté par les Yabgan. on pratique la cha>sc à l'alfùt, en se dissimulant sous un berceau de feuillages avec un canard d'appeau; à défaut de celui-ci, le chasseur imite lui-même le cri d'appel du canard. Il attire ainsi ces volatiles autour de son berceau, à travers les interstices duquel il fait passer une longue tige mince, munie d'un nœud coulant en fanon de baleine. Les canards sont pris un à un à ce lacet, jusqu'à ce que les oiseaux aient enfin découvert leur ennemi.

Les Fuégiens chassent aussi à la main au bord de la mer, sur les falaises escarpées le long desquelles ils se laissent glisser, suspendus par de longues lanières en peau de phoque. Dans le jour, ils s'emparent ainsi des œufs et des jeunes oiseaux dans le nid. Par les nuits sombres, lorsque les cormorans sont endormis, la léte sous l'aile, le chasseur, soutenu par sa lanière dont une extrémité est attachée au sommet de la falaise, descend silencieusement en s'accrochanl aux aspérités de la roche; arrivé près d'un oiseau, il le saisit des deux mains

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