MISSIO* DC CAP IIOR
cl lui casse la tète entre les dents, sans lui laisser le temps de pousser un cri ou de s'agiter. 11 passe alors à un autre, qu'il traite de la même manière, et continue cette chasse, souvent fructueuse, jusqu'à ce qu'un bruit quelconque mette en fuite les cormorans.
Suivant M. Bridges, on s'emparerait, par un procédé analogue, delà variété de cormorans qui perchent la nuit sur les arbres.
La chasse le long des falaises conduit souvent les indigènes sur des ilôts éloignés où ils débarquent de jour et attendent la nuit cachés sous les rochers. Leur adresse est telle qu'ils peuvent s'emparer immédiatement des oiseaux atterrissant sur ces roches au coucher du soleil, et les étouffer à la main sans leur laisser le temps de crier.
Lorsqu'ils l'ont ces parties de chasse, ils emportent généralement une petite provision d'eau douce dans des seaux en érorce ( /'/. XXX/ll. /îg. 3 ), ou en peau de phoque, car ils ne trouveraient rien à boire sur ces ilôts arides, couverts de guano. Ils sont quelquefois surpris, sur des récifs peu élevés, par des tempêtes furieuses et roulés par les vagues; ces catastrophes sont rares, parce que l'expérience leur permet de prévoir assez bien le temps.
4° Arcs et flèches.
Nous décrirons ces armes avec détail, à cause de leur importance en Ethnographie; mais elles sont, actuellement du moins, bien rarement employées par les Yahgan pour la chasse : en effet, en toute une année, nous n'avons pas vu, à la baie Orange, plus d'une dizaine de llèches entre leurs mains. L'un d'eux, Yakaïf, taillait simplement le verre qui formait les pointes, en rayant un morceau de carreau de vitre avec un couteau. A défaut de verre, il employait, nous dit-il, des fragments de pierre (silex) qui ne se trouveraient pas à la baie Orange. D'après ce Tuégien, qui avait passé plusieurs années à la Mission anglaise, où il s'était en partie civilisé, les flèches servaient à tuer les oiseaux.
A Ouchouava, siège de la Mission anglaise dans le canal du Beagle, les Yahgan ont beaucoup plus souvent des flèches, avec des pointes bien faites, en verre, en ardoise ou en silex (/V. XXX, flg. 3 à 8) ; mais ils s'en dessaisissent trop facilement, ils mettent trop d'empressement à les offrir aux rares visiteurs étrangers pour qu'on ne soit pas en droit
MtCl'RS KT corn mi:s. .'Ml
île supposer que c'est là pour ces indigènes un article d'exportation qu'ils fabriquent pour le plaisir de leur clientèle ou qu'ils se procurent par voie d'échange avec leurs voisins, les Ona.
Le D r Hahn, médecin -major de la Romanche, a trouve quelques pointes de flèche en silex en fouillant de vieux amas de coquilles d'Ouchouaya : nous les avons fait figurer ici (Pl. XXX. fîx. 9 à 1 1 », mais, à coup sûr, ce modèle a cessé d'être en usage depuis longtemps chez les Yahgan, tandis que l'arc et les flèches de l'époque actuelle ne paraissent pas avoir varié depuis les premiers voyageurs européens en Fuégie. C'est à ce titre que nous avons fait reproduire parle dessin (PL XXX, fig. i) un arc rapporté de l'archipel de Magellan par Uougainville et qui n'avait jamais été ligure. Il 11c diffère en rien de l'arc actuel. Bougainville (') était, en janvier 1 7<iS, au mouillage de la baie Fortescà dans la rade du Port Gallant (détroit de Magellan) : c'est là qu'il vil les indigènes du détroit, qui abordèrent son navire avec des cris redoublés de Pécherai, d'où ce nom leur resta pour Bougainville. Ce grand navigateur décrit ainsi leurs armes : « Ce sont des arcs faits, ainsi que les flèches, avec le bois d'une épine-vinelle à feuille de houx qui est commune dans le détroit; la corde est de boyau et les flèches sont armées de pointes de pierre, tailléesavec assez d'art; mais ces armes sont plutôt contre le gibier que contre les ennemis : elles sont aussi faibles que les bras destinés à s'en servir. » Les détails qui suivent cette description indiquent que Bougainville. dans cette circonstance, a eu affaire à des Alikoulip ou Alakalouf.
Lovisato, dans la relation que nous avons citée, décrit longuement la fabrication des flèches chez les Fuégiens. Les bâtons des flèches proviennent, dit-il, du Berberis ilicifolia ou du Maylenus magcllaniea; ils sont rendus polis en les frottant avec un tuf rouge ou une espèce de ponce. Leur longueur est de o^.-o et ils sont renflés vers le milieu (/V. A'A'A*. Jig. .*>). l"ne des extrémités présente une entaillure qui sert à prendre un point d'appui sur la corde de l'arc. De chaque coté de cette extrémité, on fixe des plumes dont le tuyau a été fendu, serrées
(i) f'oyage autour du monde pur la boudeuse, etc., ■** édition, l - I. !»• *9» et
*uiv. L'arc rapporté par Bougainville fait partie de la collection do musée du Trocadéro. Million du cap Horii, t. VU.
'MU H ISS ION Dl CAP IIOHN.
au moyen do fines lanières d'intestins d'oiseau qui passent à distance ii peu près égale entre trois ou quatre barbes de ces petites plumes, prises plutôt sur les rectrices que sur les rémiges. Les plumes sont si bien attachées que l'on croirait qu'il n'y en a qu'une seule, si elles n'étaient pas de deux couleurs, l'une blanche et l'autre noire. La plupart des pointes de flèche sont en verre de bouteille provenant de navires naufragés; on en voit rarement en silex. Elles présentent deux ailettes et un pédoncule : pour recevoir celui-ci, l'extrémité du bâton est fendue et porte, en outre, une cannelure de i ou $ mm . Cette partie de la pointe est fortement liée sur le bâton avec de minces lanières d'intestin qui, en se desséchant, fixent solidement la pointe à la tige de la flèche. Pour que cette ligature soit encore plus résistante, les Fuégiens y ajoutent une substance collante que Lovisato n'a pas pu déterminer ('). Il fait remarquer, à ce propos, l'erreur de Lubbock, qui, dans ses Prchisloric Times, affirme que les Fuégiens préparent leurs flèches de manière que la pointe n'adhère pas au bâton pour qu'elle puisse rester seule dans la blessure; dans tous les cas, ils ne font aucune difl'éi eiice entre les flèches de guerre et les flèches de chasse. Lovisato décrit ainsi la fabrication des pointes de flèches par un Ona dans la baie Sloggelt (sud-est de la Terre de Feu proprement dite). Assis sur la plage, cet Ona mit dans la paume de sa main gauche un morceau de bouteille quelconque brisée par Lovisato: après l'avoir cassé en plusieurs éclats avec un caillou ramassé près de lui, il en retint un seul fragment qui, parait-il, était trop volumineux, car, le prenant dans un pli de la peau de guanaque qui couvrait ses épaules, il le cassa encore avec les dents. Il tira alors d'un petit sac à provisions un bout d'os brut long de i2 cn \o5, replaça le débris de verre dans la peau de guanaque et pressa sur ses bords avec l'os, tenu fortement dans la main droite au moyen du pouce appuyé sur son extrémité. Après chaque pression, il changeait le verre de place et, en quatorze minutes, il avait terminé « la plus belle pointe de flèche qu'on puisse voir », longue de a. ; > u "",o), large de i- mra . Lorsque cet Ona en vint aux ailettes de la
( 1 ) C'est loin simplement do la poix, quo les Fuégiens trouvent échouée sur la côte et (pii provient de navires naufrages; ils I» nomment pahupuichia .
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pointe, il lira de son sac un fer avec lequel, en deux coups, il lit une ailette avant que Lovisato pût lui demander, par son interprète, de n'employer que l'outil indigène en os (c'est, en général, un cubitus de renard, de loutre ou d'olarie). L'Ona acquiesça aussitôt à celte requête et fabriqua avec l'os la seconde ailette. Ces Fuégiens commencent toujours par faire d'abord la pointe, en formant avec le fragment de verre ou de silex un triangle isoscèle dont ils entaillent ensuite la base pour y pratiquer les ailettes et le pédoncule. Les pointes de flèche ne sont jamais empoisonnées. Lovisato donne après cette description, pour l'arc et pour les flèches, les noms indigènes que nous avons cités comme appartenant à la langue yahgan, et qui lui ont été certainement indiqués par un Fuégien de la Mission anglaise. Les Alakalouf, ajoute-t-il, emploient les armes des Yahgan et celles des Ona, mais leurs flèches, plus courtes, ne dépassent guère o ,B ,(jo de longueur; les bâtons ne sont pas aussi lisses; les pointes, d'un travail plus grossier, sont moins solidement assujetties aux tiges, qui sont chez eux préparées avec des couteaux en fer, ces Fuégiens se trouvant plus souvent que les autres en relation avec les bateaux à vapeur qui traversent le détroit de Magellan. Ils ont un carquois plus petit, moins bien cousu et moins bien garni que celui des Ona. Celui-ci contiendrait de dix à seize flèches taisant au dehors une saillie de o ,n ,io à o 01 , ij. La Mission française n'a jamais vu de pareil carquois chez les Yahgan de la baie Orange.
5" Chiens.
Les chiens fuégiens sont des auxiliaires indispensables de la chasse à la loutre, et, à ce titre, les indigènes les apprécient beaucoup. Ils ne coûtent d'ailleurs aucun entretien, car ils chassent aussi pour leur compte et savent, à marée basse, retourner les galets de la plage pour faire leur repas en mollusques et en poissons.
Voici, d'après M. le D r Hahn, comment ils sont employés à chasser la loutre (' ) :
(') J. Kinckel d'Hkrci'Lais, Les c/iicns der Fuégiens, in Science et Sature, aC janvier 1884. Ce numéro contient lo dessin, d'après nature, de deux cliicns rapportes de la Toric de Feu par la Mission française.
:tUi MISSION DU IIOHN.
« Le naturel de la Terre de Feu chasse la loutre {Ltitra felina) par de belles journées de calme; au petit jour, il entre en campagne et suit les cotes à grands rochers, là où se trouve seulement son gibier favori. Apercevant la loutre qui vient respirera la surface de l'eau, il va droit à elle pour la harponner lors de sa deuxième apparition: maiiquée, la loutre cherche à gagner la terre : à ce moment, le chasseur jette ses chiens à la mer (il est généralement accompagné de deux chiens) pour lui fermer la retraite, et rejoint la rive. Connaissant d'avance l'emplacement des retraites, il va se postera l'ouverture ou près de l'ouverture des terriers. Les chiens l'ont rejoint; l'un d'eux, si la configuration du sol le permet, pénètre de lui-même dans le terrier, sinon le Fuégien l'y introduit de force. Une lutte s'engage : le chien cherche il étrangler la loutre, ce qui réussit quelquefois; mais généralement celle-ci se défend bravement, tient téte à l'ennemi en silllanl et mord cruellement son adversaire, qui laisse souvent sur le carreau la moitié de sa ligure ou son nez tout entier. Le plus souvent, le chien triomphe, déloge la loutre et le Fuégien, aux aguets, la harponne au débucher. Souvent notre chasseur casse son harpon; avec la dextérité du sauvage, sans craindre morsures ni déchirures, il bondit sur sa proie, la saisit, l'étrangle ou, s'il craint qu'elle ne lui échappe à la course, la prend par une patte et lui brise le crâne sur un rocher. »
Les chiens servent aussi pour la chasse desguanaques et «les oiseaux; ils peuvent, en outre, suivant l'affirmation des indigènes, forcer les renards à la course, les étrangler et les rapporter à leurs maîtres.
Bien pris dans sa petite taille, le chien fuégien se fait remarquer par ses oreilles droites, grandes, ciblées, par son nez allongé, très pointu; aussi a-l-il l'aspect d'un animal sauvage plutôt que domestique, ayant de grands rapports de formes avec le chacal. La couleur de son pelage est extrêmement variable; elle est souvent uniforme, gris fauve; fréquemment aussi, la couleur blanche formant le fond, le corps est marbré de larges taches noires ou fauves. Les pattes sont franchement palmées.
Extrêmement agile et fort, relativement à ses petites dimensions, le chien de la Terre de Feu est sobre, dur aux privations, fidèle à son
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maître, qui cependant ne le caresse jamais et le bat souvent; d'une vigilance très active, incessante, il est rusé, défiant et, par-dessus tout, sournois. Non content d'aboyer à l'étranger qui s'approche d'une hutte, et qu'il reconnaît à son pas et à son odeur, il cherche ensuite à mordre le nouvel arrivant, ne l'attaquant jamais en face, mais toujours par derrière, sans donner de la voix. Il disparait aussitôt qu'il a fait sa morsure, de sorte que l'on ressent celle-ci, en général au mollet, et quelquefois assez cruellement, la présence de l'ennemi ne s'étant pas autrement révélée : c'est toujours au moment où l'on pénètre dans la hutte, où l'on est engagé dans l'étroite ouverture tenant lieu de porte, que l'on est ainsi attaqué inopinément. Quand on s'éloigne, le chien, que son maître avait fait tenir tranquille pendant la visite, se précipite sans bruit sur les talons de l'étranger pour lancer un dernier coup de dents.
La Mission française a acheté à la baie Orange, peu de jours après leur naissance, une chienne en janvier i883 et un chien au mois de lévrier suivant. Ils se sont habitués sans difficulté à leurs nouveaux maîtres et ont accepté facilement la vie domestique a la Mission, au contraire des chiens adultes, qui ne se laissaient pas apprivoiser par les Européens. Nous avons vu, en effet, dans le canal du Beagle, les chiens indigènes demeurer en hostilité ouverte avec les missionnaires anglais qui fréquentaient, depuis plusieurs années, les huttes fuégiennes. D'ailleurs, si nos deux chiens se sont accoutumés facilement à vivre avec les Européens qu'ils avaient connus très jeunes, une fois adultes ils aboyaient avec fureur aux matelots de la Romanche qui descendaient à terre. Pendant les huit mois qu'ils ont passés à la baie Orange, ils allaient très souvent rendre visite aux Fuégicns, mais ils revenaient tous les jours à la Mission.
A notre retour en France, M. I.e professeur Nocard a bien voulu leur offrir l'hospitalité à l'Ecole vétérinaire d'Alfort, où la femelle est morte au bout «le peu de temps, mais où la race a pu être conservée. Voici les dimensions exactes de ces deux chiens à l'étal adulte :
MAI*, l'onicllf.
cm o
Hauleur à l'épaule .'19 4/,
Longueur de l'extrémité du nez à la naissance de la queue. 80 73 Longueur de la queue iù -xi
MISSION Dt C.W HrtBX.
t . Pèche.
Nous comprenons sous ce nom la récolte des coquillages à terre ou en pirogue, et la capture des poissons.
i° Pêche à terre.
Chaque jour, à marée basse, et assez souvent la nuit avec des torches, si la marée nocturne est plus basse que la marée diurne, les femmes sortent de leurs huttes emportant, le plus souvent, un tison allumé. Elles s'en vont par groupes de deux ou trois personnes ou davantage, h la recherche des moules qui formeront le premier repas de la famille. Elles sont accompagnées, la plupart du temps, des jeunes fillettes qui, de bonne heure, s'accoutument à cette pèche, et des jeunes enfants qu'elles portent sur le dos, s'ils ne sont pas en àgc de marcher. Quant aux petits garçons, ce n'est que par distraction, pour leur plaisir, qu'ils accompagnent quelquefois les pêcheuses. Cellesci n'ont jamais à aller bien loin pour trouver des coquillages. Au voisimige du cap Horn, la mer marne de a" environ, et laisse à découvert, quand elle se retire, une foule de mollusques, parmi lesquels dominent les moules, qui sont le mets préféré en tout temps par les Fuégiens. Il y a aussi en abondance des patelles, des fissurclles, des oscabrions ou chitons, mais ce sont surtout les moules que recherchent les pêcheuses.
Arrivées à l'endroit qui leur paraît le mieux approvisionne en moules, les Fuégiennes s'arrêtent et. s'écartanl l'une de l'autre de quelques mètres, ramassent à la main toutes les moules, qu'elles jettent aussitôt dans un panier passé à leur bras. Quelquefois elles se servent d'un bâton pour détacher d'un coup sec les patelles et les oscabrions. Si la plage est très large et n'est recouverte que par une petite couche d'eau, d'une profondeur de o™, /jo à o' n , 5o, par exemple, elles entrent dans l'eau et marchent devant elles, développées en tirailleurs, toujours courbées pour récolter leurs moules. C'est un curieux spectacle que celui qu'elles donnent ainsi à l'Européen qui les observe et qui les
iliJKl ds KT COI TI MES. Itti"
compare involontairement aux femmes de nos cotes allant à la pèche à marée basse : même empressement silencieux, même activité, et de loin mêmes silhouettes. Il va sans dire que ce spectacle-là n'est pas donné au voyageur de passage qui inspire à ces femmes, ou à leurs maris, une assez grande appréhension pour qu'elles ne se montrent jamais a lui autrement qu'en pirogue.
Les Fuégienncs ont bientôt fait de remplir chacune plusieurs paniers avec des coquillages : si les paniers font défaut, elles les remplacent par leur manteau ou, pour mieux dire, par le misérable morceau de peau de phoque qui flotte sur leurs épaules et qui, reployé, leur sert alors à recueillir les mollusques.
Quoi qu'il en soit, elles ne tardent pas vouloir se reposer un peu sur place. Le tison allumé qu'elles ont apporté et déposé sur la plage leur a permis d'allumer un petit foyer avec quelques brindilles arrachées aux buissons voisins de la mer. Elles s'empressent de venir se chauffer près du feu et de faire grillera demi une partie de leur récolte, qu'elles avalent séance tenante. Au retour, elles achèveront facilement de remplir leurs paniers, ou les coins de leurs peaux de phoques, et les hommes restés dans les huttes, occupés à fabriquer leurs harpons, ou à faire tout autre travail, n'auront que bien rarement l'occasion de se plaindre d'une récolte insuffisante.
On voit qu'il suffit pour cette pèche à la main de surveiller le mouvement des marées, de connaître les plages abondamment pourvues en coquillages, et d'avoir un peu d'habitude manuelle pour arracher prestement les mollusques qui couvrent le rivage. On ne peut guère ranger au nombre des ustensiles de pèche le panier (kaùljim) qui, simple récipient muni d'une anse, ne présente (l'autre particularité que d'avoirdes mailles très larges, permettant à l'eau de merde s'échapper facilement {Pl. XXXII, fig. 7 et 8). C'est en cela seulement qu'il diffère de l'autre espèce de panier appelée taouala, et qui offre des mailles serrées (Pl. XXXIII, fig. 1 et 2). Le kaïdjim est plus rapidement confectionné, sinon plus facile à tresser que le taouala, mais aussi il s'use beaucoup plus vite, en raison surtout de l'usage auquel il est soumis, et dans les vieilles huttes déshahitées il est très commun de trouver de vieux kaïdjim; presque jamais on n'y découvre de taouala.
MiS missiov m: cap iiobn.
Lovisalo, dans son article sur l'ethnographie «le la Terre «le Feu. a consacré quelques lignes à ces paniers. Nous reconnaissons avec lui qu'ils sont admirablement confectionnes, mais nous ne sommes plus de son avis quand il dit qu'ils portent des noms différents suivant l'usage auquel on les emploie. D'après cet auteur, taouala serait le nom général pour quelque panier que ce soit, tandis que kaïdjim indiquerait le panier à mailles larges, et layapou le panier à mailles serrées. Il est possible qu'il en soit ainsi chez les Fuégiens «lu canal du Heagle. mais pour ceux qui vivent dans les parages immédiats du cap Horti et qui fréquentent la haie Orange, les paniers ne portent certainement que deux noms, celui de kaïdjim pour les paniers à mailles larges, et celui «le laouala pour les paniers à mailles serrées.
Les Fuégiens ne pèchent pas en rivière : ils dédaignent les petites espèces de poissons d'eau douce (Galarias) qui vivent dans ces cours «l'eau; ils ne prennent pas non plus les petits poissons (Harj)agi/er) échoués à marée basse sous les pierres, et qu'il leur serait si facile de capturer.
Nous avons aperçu deux fois des indigènes occupés à pécher «lu haut «l'un rocher avec une ligne attachée à un long bâton, mais ce mode de pèche est exceptionnel chez eux et, s'ils l'emploient à de très rares intervalles, ce doit être à titre de simple distraction.
2° Pêche en pirogue.
Les Fuégiennes pèchent en pirogue toutes les fois que le temps le permet. Elles prennent ainsi des mollusques, des oursins, des crabes et surtout des poissons.
Voici comment elles opèrent pour la récolte des mollusques (chilons ou patelles) qui restent souvent à 2 m sous l'eau. Accroupie dans sa pirogue qu'elle a préalablement amarrée avec une tige de goémon, la Fuégieune examine, k travers l'eau transparente, la place où sont les coquillages; elle les distingue aisément à travers les algues flottantes, et les détache sans effort au moyen du kalana, sorte de spatule fendue débordant de o n ',i7 un manche en bois de 3 111 environ de longueur (Pl. XXXII, fig. 3). Le mollusque enlevé brusquement de la place où
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il se tenait, est « cueilli », simplement posé sur le pied, très rarement sur le dos, à la partie inférieure du kalana que la pêcheuse retire de Peau en prenant le mollusque à la main, dès qu'il est à sa portée. Quelquefois la coquille tombe avant d'arriver à la surface de l'eau, mais elle est alors reprise avec le kalana soit au fond, soit pendant la descente; très rarement elle est embrochée ou même déformée. Cette pèche est (l'un usage général et chaque pirogue se trouve habituellement munie de l'engin qui sert à l'effectuer. lille n'es! pratiquée que par très beau temps, car, parmi les algues emmêlées, il faut que la Fuégienne puisse distinguer facilement les mollusques de couleur terne qui se tiennent immobiles au fond de l'eau.
Il en est de même pour la pêche des oursins, mais avec cette différence que ces échinodermes constituant, en certaine saison, un article capital de l'alimentation fuégienne, leur récolte est plus importante que la précédente, et que les Kuégiennes y consacrent plus de temps. Comme pour la pêche au kalana, les femmes se tiennent accroupies dans leur pirogue amarrée avec du goémon, dans quelque petite crique où elles savent trouver des oursins. Il n'y a que l'engin employé qui diffère. Au lieu de se servir d'une spatule sur laquelle l'oursin glisserait, on emploie une fourche à quatre dents, nommée tchita (Pl. XXXII, fig. V), bée sur un long manche comme celui du kalana. Le mode de procéder consiste essentiellement à saisir l'oursin entre les branches de cette fourche et à l'amener à la surface de l'eau avant qu'il ail pu se laisser choir.
Cette pèche est souvent fructueuse : les Fuégienncs la pratiquent avec une adresse extrême, et elle subvient presque exclusivement aux besoins alimentaires de la peuplade à certaines époques de l'année où les mollusques deviennent rares. A la baie Orange, nous les avons vues récolter ainsi ces échinodermes en mai et en juin, c'est-à-dire après la tin de la saison d'été dans ces parages.
La capture des crabes se fait avec le même engin chez les Fuégiens, qui embrochent aussi ces crustacés avec le harpon ordinaire. Cependant Lovisato (foc. cit.) indique une variante : on emploierait, d'après cet auteur, une fourche à trois dents, également fixée à un long manche, et qui porterait un caillou enchâssé au point de séparation des
ViWon du cap Horn, l. VII. '\ "
370 UtS&ION Dl CAP nous.
branches; celles-ci, appliquées sur la carapace d'un crabe, tendraient à s'écarter, le caillou tomberait et le crabe serait ainsi immobilisé, puis capturé. A la baie Orange, cet expédient n'est pas usité, et les nombreux crabes que nous avons vus entre les mains de Fuégiens présentaient tous une crevasse portant à croire qu'ils avaient été simplement embrochés avec des harpons ordinaires.
Quoi qu'il en soit, il n'y a plus lieu d'admettre ce que les voyageurs ont raconté sur la triste obligation imposée aux femmes de plonger, même dans la saison la plus rigoureuse, pour prendre les oursins. Les lignes émues écrites sur ce sujet par Filz-Roy et par Darwin nous avaient laissé supposer que, à l'époque de leur voyage au capHorn, telle était en effet la coutume en Fuégie, et que les missionnaires anglais avaient seuls fait perdre cette habitude cruelle, en enseignant aux Yahgan l'emploi du ichita. Mais le Rév. T. Bridges nous a complètement détrompé. Jamais il n'a vu les femmes plonger à la recherche des oursins, et à son arrivée à la Terre de Feu. il y a trente ans, il a vu fonctionner les tchita comme à l'époque actuelle.
Pendant trois mois de l'année, dan» la saison des plus longs jours, la pèche des poissons, en pirogue, est une occupation très importante pour les Fuégiennes du cap Horn. Nous ne voulons parler ici que îles poissons communs à cette époque dans les baies, près des rivages, et qu'on peut prendre à la ligne. Cette pèche est ordinairement pratiquée au moyen d'une longue tige de goémon (Macmcyslis pyri/era), que les Fuégiens n'ont que la peine de ramasser sur la grève où cette algue vient s'échouer, arrachée de son point d'implantation après les tempêtes fréquentes sur ces cotes. Ils l'enroulent quand elle est humide encore, et à demi desséchée elle constitue une sorte de corde naturelle très résistante qui leur servira, en reprenant toute sa flexibilité dans l'eau, de ligne de pèche de plusieurs mètres de longueur. Cette ligne est complétée très simplement par l'adjonction d'une pierre de lest, prise parmi les premières venues sur la plage, et par un brin de tuyau de plume d'albatros, d'oie ou de canard, formant un nœud coulant à son extrémité (Pl. XXXII, fig. (>). Ce nœud sert à fixer l'appàl constitué par un morceau de chair de coquillage ou de poisson pris sous les pierres. La femme, accroupie dans sa pirogue, qu'elle amarre
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le plus souvent avec une poignée de goémon dans un endroit où les eaux sont tranquilles et qu'elle sait être poissonneux, amorce sa ligne, assujettit le lest, et laisse le tout tomber à quelques mètres de profondeur sans quitter son amorce des yeux. Dès qu'un poisson vient à mordre, la pêcheuse relire vivement sa ligne, et, avant qu'il ail eu le temps de détaclier ses mâchoires de l'appât, il est capturé à la main. Pour qu'il ne puisse plus se sauver, il reçoit alors un coup de dent près des branchies, comme Fitz-Roy. puis Lovisato l'ont indiqué; ensuite on l'enlile dans'un brin dejonc.de manière à former un faisceau de dix ou douze poissons embrochés.
Les femmes sont d'une extraordinaire adresse à cette pèche, et bien souvent nous les avons vues, à la baie Orange, prendre de grandes quantités de beaux poissons avec le simple engin que nous venons de décrire, alors que nos matelots, au même moment et au même endroit, parvenaient à grand'peine à en recueillir de rares spécimens avec leurs lignes européennes munies d'hameçons perfectionnés. D'ailleurs, pour donner une idée de l'abondance de la pêche pratiquée par les Fuégiennes, il nous suffira de dire que l'usage établi par le Directeur de la Mission anglaise pour les achats de poisson aux Fuégiens est de donner, en biscuit de mer, environ le tiers du poids de poisson.
Les lignes communes en goémon cassent rarement et elles su (lisent pour prendre des poissonsde moyenne taille, pouvant peser u H , k Mais la ligne en goémon peut manquer, elle peut se briser par une traction trop forte, ou bien le poisson est trop volumineux; les femmes emploient alors une longue ligne tressée en tendons de baleine du plus fin travail et qui ne diffère absolument que par la tresse des lignes de pèche décrites ci-dessus; mais naturellement sa résistance est beaucoup plus grande. Quelquefois, du coté du canal du Beagle principalement, elle a pour lest une pierre polie et portant une rainure, pour mieux assurer la fixation. Nous avons fait reproduire par le dessin (Pl. XXXII, fig. ">) cette ligne tressée, munie d'une semblable pierre de lest.
Si les paroles de pitié de Fitz-Koy sur le sort des Fuégiennes sont placées hors de propos, au sujet de leur prétendue coutume de plonger, elles se trouveraient au contraire justifiées par les souffrances que ces femmes endurent pendant qu'elles pèchent exposées au vent, au froid et à la pluie, contre lesquels elles sont si mal protégées parle feu allumé