‹ Mission scientifique du Cap Horn, 18821883Chapitre 145 sur 161 · MISSION DC CAP HOHN · texte numérisé non relu

MISSION DC CAP HOHN

dans la pirogue. Bien des fois nous les avons vues passer des journées presque entières occupées à pécher sous une pluie battante, puis rentrer dans leurs huttes le soir, le corps ruisselant, transies de froid. L'habitude aidant, elles supportent sans se plaindre ces vicissitudes, et d'ailleurs, étant dépourvues de tout vêtement, elles ont bientôt fait de se sécher et de se réchauffer en se tenant accroupies auprès du foyer de la hutte. Leur premier soin, au retour d'une pèche sous la pluie est de s'asseoir complètement nues, près du feu auquel elles exposent rapidement et successivement les différentes parties de leurs corps. Dès qu'elles se sont ainsi réchauffées, elles replacent sur leurs épaules la peau de phoque ou de guanaco qui leur sert de manteau et qu'elles ont mis sécher devant le feu en rentrant dans la hutte.

Les Fuégiennes vont pécher à toute heure, même la nuit lorsqu'il va clair de lune, ou lorsque, après les longues journées d'été, la nuit est si courte qu'elle peut passer pour crépusculaire.

Les Fuègicns ne connaissent pas la pèche au lilet.

Pour prendre une espèce de poisson de la taille de nos sardines, nommée ilatçi, dont nous avons constaté la présence en quantité innombrable dans les eaux de la baie Orange pendant une journée, le i *) mars 1K8 J, ils se servent, en restant dans leurs pirogues, tout simplement de leur panier, et plus spécialement du katdjim qu'ils ont fixé au bout d'un manche de harpon et qu'ils emploient à la manière d'un troubleau. Ils nous ont montré aussi des nasses fabriquées dans le même but, grossièrement tressées en jonc et en baguettes fendues par le milieu.

Dans le Voyage de Freycinet autour du monde sur YUranie (' ), on lit que toutes les peuplades maritimes du continent austral se servent «le parcs de pèche, dans les rivières et dans les enfoncements de la mer au travers des terres, parcs « construits soit avec des pierres placées à coté les unes de9 autres, soit avec des piquets assez serrés pour empêcher que le poisson qui y entre ne puisse en sortir ». Nous n'avons rien vu qui rappelât des parcs de ce genre, mais M. Bridges affirme que les Fuégiens prennent quelquefois du poisson dans des criques au moyen de barrages formés avec des branches d'arbre.

( « ) T. Il, p. 778 cl suiv.

MOEIRS ET COI'TIHB*.

UT.l

<l. Jeux.

Les jeux se pratiquent surtout pendant les visites que se font entrr eux des groupes de Fuégiens. Lorsque la visite est décidée, six pirogues au moins partent ensemble, transportant une quarantaine d'indigènes qui se prêteront main-forte au besoin. Arrivés au but de leur voyage, les boinmes débarquent d'abord, le visage orné de peintures, le front eeint d'un bandeau de plumes; ils tiennent leurs harpons à la main. Pendant qu'ils s'avancent vers les huttes, leurs pirogues les suivent à petite distance du rivage. Les Fuégiens visités se bâtent de venir à la rencontre des nouveaux venus; en tête marchent un ou deux «les plus âgés ou de ceux qui connaissent le mieux les arrivants. On se met d'accord sur les détails de la visite, sur ce qui est nécessaire pour le logement, etc. S'il y a des places disponibles dans les huttes déjà construites, les visiteurs se les partagent suivant les invitations qu'ils reçoivent. Il y a échange de protestations d'amitié, de cadeaux, et, en été, l'on passe à la ronde des baies comestibles.

On propose ensuite, surtout si les deux partis réunis sont nombreux, de se livrer à des jeux de lutte qui sont toujours très en faveur. Les indigènes renommés dans ces jeux se provoquent alors réciproquement.

La lutte courtoise appelée kalaka a lieu entre deux indigènes, placés au centre d'un cercle de spectateurs qui, sans se mêler à l'action, en suivent les péripéties avec le plus grand intérêt. Les lutteurs se pressent, s'étreignent, chacun d'eux cherchant à soulever l'adversaire et à le jeter à terre. C'est un spectacle qui passionne les Fuégiens, tonjours prêts à essayer ainsi la lorce de leurs visiteurs.

Ce jeu peut dégénérer, les lutteurs excités employant des manœuvres brutales qui entraînent quelquefois de fatales conséquences.

Un autre jeu de force est exécuté par deux rangées d'indigènes se tenant par le cou, séparées par une grande distance et marchant audevant l'une de l'autre en chantant. Au moment où elles viennent à se rencontrer, les joueurs, baissant la tète, font tous leurs efforts pour rompre la ligne des adversaires. Quand un des rangs est rompu, lagailé est à son comble, par suite de la confusion produite parmi les joueurs.

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