‹ Mission scientifique du Cap Horn, 18821883Chapitre 147 sur 161 · COUTUMES DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

COUTUMES DE LA FAMILLE

a. Naissance.

L'accouchement s'effectue le plus souvent en plein air, un sentiment instinctif de pudeur poussant les femmes à subir les souffrances du froid plutôt que de supporter la présence des hommes et la promiscuité de la hutte au moment où elles accouchent. Elles sont alors assistées par leurs voisines auxquelles elles garderont toujours de la reconnaissance, et qui seront plus tard appelées aussi du nom de mère par les petits enfants qu'elles ont aidé à venir au monde. Toutes les femmes, et même les jeunes fdles, sont aptes à donner leurs soins à l'accouchée.

Les Fuégiens ne manifestent aucune joie et ne font pas de céré-

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moule spéciale pour les naissances masculines ou féminines, au sujet •lesquelles ils ne paraissent pas avoir de préférence. Ces naissances ne peuvent manquer île compliquer les difficultés de la vie dans les Imites ou dans les pirogues, et on expliquerait ainsi les avortcuients et les infanticides qui, au dire de M. Bridges, seraient communs en Kuégie. Cependant nous n'avons été témoins d'aucun attentat de ce genre, et les enfants, dès leur naissance, nous ont toujours paru entourés de soins par les parents.

Chaque enfant porte le nom de la localité où il est né, nom auquel un ajoute ndjis ou ntsis pour les garçons, kipa ou, plus rarement. ouilis pour les filles. Lorsque les enfants sont grands, ces aftixes sont quelquefois abandonnés, ou liien se changent en dolourn, hum, fini.

Kn outre, les Yaligan ont généralement un surnom tiré de quelque particularité physique, quelquefois humiliante, mais dont le sens désobligeant s'efface par l'habitude de prononcer le même vocable. D'après M. Bridges, ces surnoms deviennent souvent des noms de famille, alors qu'ils ne sont plus du tout appropriés au personnage qui les porte ou qu'ils ont perdu leur signification.

h. Adolescence.

D'après une tradition qui parait certaine, les Fuégiens avaient, il n'y a pas très longtemps encore, l'habitude de soumettre à une sorte d'initiation les garçons parvenus à l'âge de l'adolescence. On les amenait dans une grande hutte, spécialement affrétée à cet usage, appelée kina, où on leur faisait promettre le secret sur tout ce qu'ils pourraient voir. Lu, on les obligeait à jeûner, tout en les soumettant à un travail pénible, tel que celui d'entretenir de bois de chauffage le grand lover de la kina. Ils ne subissaient par ailleurs aucun mauvais traitement : leurs souffrances se bornaient à celles d'un jeûne sévère et prolongé, produisant une notable émacialion.

Kn même temps, les frères ainés de ces jeunes garçons, leurs oncles, leurs cousins plus âgés, les engageaient à être industrieux, généreux et sincères, en les avertissant qu'ils seraient malheureux s'ils se conduisaient mal. Jusqu'alors le jeune garçon était considéré comme

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un enfant et appelé Tamam ; après l'initiation, il devenait un jeune homme, on l'appelait Ouchouoala, et il avait droit au mariage.

M. Bridges, du travail inédit duquel nous tirons ces renseignements, indique i l a \\ ans comme âge de ces initiés. Il ajoute que la kina était aussi le théâtre de scènes mystérieuses, bizarres, d'origine très ancienne, dont les rôles, autrefois tenus par les femmes, avaient été ensuite exclusivement dévolus aux hommes. Ceux-ci, diversement grimés, barbouillés de sang tiré de leurs propres veines, le visage caché par des bonnets en écorce, sortaient de la kina en file indienne, sautant ou chantant, poussant des cris sauvages, et cherchant à se rendre aussi e irrayant s que possible. Les femmes et les enfants n'étaient pas admis dans l'intérieur de la kina, mais se plaçaient au dehors en spectateurs, manifestaient leur contentement par des cris de frayeur, alternant avec des éclats de gaieté, et chantaient en même temps que les hommes, mais sans jamais se mêler à eux. Trois des acteurs jouaient un rôle particulier: l'un était supposé venir du fond de la mer, le second de l'intérieur de la terre et le troisième de l'épaisseur des forêts. Il n'y avait, dans tout cela, aucune idée propitiatoire envers un être supérieur, mais simplement l'intention de s'amuser par le spectacle lui-même.

Nous n'avons pas vu à la baie Orange la moindre manifestation de ce genre, et M. Bridges ne nous a pas dit à quelle époque avait eu lieu le dernier de ces divertissements qui ont disparu en même temps que les initiations des garçons à l'âge de l'adolescence.

Pour les tilles, au contraire, l'usage s'est conservé de les soumettre au jeune à l'époque de la puberté, mais ce jeûne est plus doux que celui dont nous venons de parler pour les garçons; elles recevraient alors, de leurs parents, les mêmes bons avis que l'on donnait autrefois aux garçons dans la kina.

c. Mariage.

Le mariage est une coutume générale chez les Fuégicns, qui considèrent les célibataires comme des énigmes. Il se contracte de bonne heure, dès l'âge de treize ans pour les filles; mais il ne parait pas être

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regardé comme définitif tant que le couple n'a pas eu d'enfants. Avant que les femmes soient devenues mères, il n'est pas rare de les voir changer plusieurs fois de mari, soit par inconstance féminine, soit à cause de mauvais traitements de la part de leur «-poux.

La jeune fille n'est pas consultée pour le choix d'un mari : les parents la donnent à celui qui leur convient, et qui est toujours le plus fort ou le plus redouté parmi les prétendants. Très souvent les vieux hommes ont une ou deux jeunes femmes; quelquefois les vieilles femmes ont de jeunes maris; toutefois, l'accord des âges est la coutume la plus générale. Quoiqu'il y ait des hommes, en assez grand notnhre, possédant deux, trois et même quatre femmes, l'hahitude est cependant de n'en avoir qu'une seule.

Le mariage ne donne lieu à aucune cérémonie spéciale : la jeune Mlle se pare ce jour-là de son mieux, au moyen de peintures sur la figure et de colliers qu'elle reçoit en cadeaux; on coupe ses cheveux sur le front; il n'y a pas à noter d'autre détail de toilette. D'habitude les jeunes maris, surtout s'ils n'ont pas de pirogue à eux. vivent pendant longtemps avec les parents de leurs femmes, auxquels ils rendent de nombreux services; mais ce n'est pas le cas lorsque les hommes se marient dans l'âge, mur, ni quand ils sont remarquables par leur force physique ou par leur influence sur les indigènes.

Le nouveau ménage n'a une existence indépendante et ne voyage à sa fantaisie que le jour où le mari possède une pirogue construite par lui. Exceptionnellement, les hommes mariés vivent définitivement avec la famille de leurs femmes.

Les droits conjugaux sont formellement reconnus par les Fuégiens, qui en sont très jaloux. Nous n'avons pas vu un seul exemple d'indigène consentant à n'importe quel prix à céder sa femme : des récits contraires à cette opinion ont été présentés par des voyageurs qui évidemment avaient pris des jeunes filles pour des femmes mariées. Autant celles-ci sont tenues à la fidélité envers leurs maris, autant les jeunes filles sont libres de se conduire comme il leur plail. L'adultère de la femme est souvent sévèrement châtié par le mari, mais ne donne lieu à aucune pénalité prévue: il entraine une certaine mésestime publique. D'un autre côté, les femmes jalouses rendent la vie trèsdésa-

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gréablc à leurs maris; il est à noter que la jalousie n'est pas connue en dehors du mariage, pas plus chez les filles que chez les garçons.

d. Deuil.

Lorsque les Fuégiens apprennent le décès d'un parent ou d'un ami. ils manifestent immédiatement leur douleur avec une grande véhémence, par des pleurs et des gémissements. Ils lacèrent leur visage avec des éclats tranchants de coquille et coupent leurs cheveux ras sur le sommet de la tète. Ce grand chagrin ne tarde pas à s'apaiser; cependant les femmes gardent le deuil pendant plusieurs mois, en renouvelant presque chaque jour les scènes de gémissements et de larmes.

Les parents du défunt distribuent à ses amis tout ce qu'il avait, montrant leur douleur par l'aversion de posséder un objet ayant appartenu à celui qu'ils pleurent. Le nom du mort devient sacré; il cesse d'être appliqué à une localité ou à toute personne homonyme : celle-ci. pendant plus ou moins longtemps, est désignée sous l'appellation uniforme de Quçilouchoua.

Kn général, la hutte où un indigène a trouvé la mort est brûlée, et l'endroit où elle était établie est abandonné pour longtemps par les amis du défunt.

e. Funérailles.

Immédiatement après la mor t, on procède aux funérailles : le corps est enveloppé dans de vieilles peaux de loutre ou de phoque; il est ensuite enseveli, couvert de branches feuillues, dans l'amas de coquilles à l'entrée de la hutte, ou bien brûlé dans le bois voisin. Dans le dernier cas, la crémation est complète, les os calcinés sont réduits en poudre et dispersés aux alentours, pour qu'on ne les voie plus jamais. On a recours, de préférence, à la crémation si le défunt est mort loin de sa résidence ordinaire, pour que les autres indigènes ne puissent pas profaner ses os en les exhumant, et en les transformant en pointes de harpon, comme cela est arrivé pour les ossements des missionnaires protestants massacrés à Woollyaen iH m), inhumés longtemps après par d'autres Anglais, puis exhumés par les Fuégiens.

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Il n'existe aucune cérémonie spéciale pour l'ensevelissement, pas plus que pour la crémation. Dans les deux cas, les funérailles seraient quelquefois prématurées; du moins M. Bridges cite des exemples d'indigènes en état de mort apparente, ressuscites sur le bûcher funéraire, et ayant vécu ensuite de longues années.

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