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Quand ils voient entre eux des armos ou des femmes, ils cherchent à dissimuler le plus possible leurs larcins; quand le coupable est découvert et châtié, l'opinion publique est satisfaite. Le meurtrier est mis au ban de ses compatriotes; isolé de tous, il est fatalement condamné à périr de faim ou à tomber un jour sous les coups d'un groupe de justiciers improvisés. M. Bridges, dans ses conversations avec nous, a beaucoup insisté sur l'importance de l'opinion publique en Fuégic. Que peut-on entendre par là, si ce n'est la voix de la conscience prononçant ses arrêts à propos de tel acte déterminé?
La disposition à la générosité est un trait caractéristique des Fuégiens. Ils aiment à partager ce qu'ils ont avec tous ceux qui les entourent, et l'on ne peut pas dire que c'est là une conséquence de la communauté des biens. Cette communauté n'existe pas en Fuégie; chacun possède en propre ce qu'il a fabriqué par son travail, ce qu'il a récolté à la pèche ou à la chasse, ce qu'il a trouvé échoué sur les plages; les petits enfants eux-mêmes ont la pleine propriété de ce qu'on leur a donné. Mais il semble que les indigènes tiennent surtout à posséder pour avoir le droit de distribuer ce qu'ils ont, et pour le plaisir de faire des largesses.
Il en résulte souvent des malentendus avec les étrangers : ceux-ci estimant acheter des armes, des peaux pour fourrures, en échange d'une insignifiante bagatelle, tandis que les Fuégicns croyaient avoirfait un cadeau qui n'était pas pavé de retour dans les entrevues suivantes.
Les tendances généreuses entraînent nécessairement l'hospitalité. Quelque encombrée que soit une hutte, et si réduite que soit la quantité d'aliments dont on dispose, le nouvel arrivant est toujours assuré d'avoir une place près du foyer et une part de la nourriture. Mais on l'accueille toujours froidement, en silence, avec une certaine défiance, et, s'il a des provisions, il devra les partager avec ses botes.
D'après ce que nous venons de dire, on peut se faire une idée du caractère assez compliqué des Fuégiens. Ils n'ont pas de grandesqualités, mais ils n'ont pas non plus des défauts de premier ordre; s'ils ne connaissent pas la vertu, ils ne pratiquent pas le vice ; ils sont très rusés, mais non fourbes; quelquefois violents et emportés, mais ni
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cruels ni méchants. Tri-s pou communicalifs cl très défiants, ils ont souvent été sévèrement jugés; le moindre reproche qu'on leur ait adressé est c elui de ne pas être sociables. Quand on les a fréquentés longtemps, et pour ainsi dire apprivoisés, on constate comme nous que les dispositions générales de leur caractère sont plutôt bonnes que mauvaises.