‹ Mission scientifique du Ka-TangaChapitre 15 sur 47 · DD · texte numérisé non relu

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La réalité est que tout animal blessé où pourchassé trouve un refuge connu dans les abords de l'étang, inaccessibles au chasseur.

La plaine Souzi est de bonne terre de culture; les herbes y sont d’une hauteur et d’une densité que nous ne connaissions pas encore. Comment se fait-il que cette plaine, avec son lac et sa rivière d’eau superbe, ne soit pas habitée, ou du moins mieux habitée ?

La percée méridienne tracée pour nos observations nous à montré les buttes régulières de cultures anciennes.

Peut-être les déprédations du gros gibier ont-elles écarté les indigènes. Car le lac abonde en hippopotames: d'autre part, sur la photographie montrant notre campement, page 53, entre les deux tentes et au-dessus d'elles, on peut voir une grosse branche horizontale : elle était écorcée par le frottement de lFéchine de quelque monstrueux pachyderme qui s’y était gratté à plaisir.

Vers 18 heures, — alors que nous venons de commencer l'observation astronomique, — arrivent les chefs du village Ki-Bwébwé. Je les reçois entre deux étoiles; ils apportent leurs hommages sous forme d’un quartier d'hippopotame pourri, qui empeste le campement pendant toute la soirée.

Les chefs nous font connaître que leur village n’est qu'à un jour d'ici, sur la N'Kongué, en un point où cette rivière forme une grande chute en tombant du plateau du Ma-Roungou.

Ces renseignements me décident à réaliser l’idée que j'avais de rentrer à Moliro par une autre route que celle suivie pour arriver au Souzi; je dis aux chefs de Ki-Bwébwé que nous logerons demain chez eux.

Et je retourne à l'observation que les nuages m'empêchent de prendre complète; toutefois, elle pourra nous servir au moins pour la latitude.

De nouveau, on doit nous allumer un feu pétillant pour combattre le froid très vif qui nous saisit après le coucher du soleil.

Caractéristiques de l'étang Souzi : latitude : — 8°. 7!. 14!, 00; longitude, 29, 58’. 1", 28 Est Greenwich: altitude, 1,260 mètres; déclinaison magnétique occidentale, 119, 27!, 54", 50; inclinaison, 35°. 32". 81", 30; intensité horizontale, 0,1315.

Point de station à 1 kilomètre environ à l’est de l'étang.

Mardi, 6 septembre 1898.

Nuit excellente, très reposante par sa fraicheur; on s'habille près d’un feu clair et gai.

Température à 6 heures : 7°,1. Soleil dès 6 h. 15 m.

Départ à 6 h. 50 m. vers le nord, puis l’ouest; tout de suite un troupeau de six ou sept antilopes détale devant nous : coup de feu sans résultat.

Suecessivement on franchit l’émissaire du Souzi et la N'Kongué, et voici le sentier battu que nous avions abandonné pour gagner l’étang.

Nouvelle bande d’antilopes; nouveau coup de feu nul.

Bonne route horizontale; terrains alternativement argileux et rocheux; roches ferrugineuses.

Qu'est ceci?

Un «lilongo » est la réponse.

« Lilongo » ou haut-fourneau, dont six spécimens abandonnés se voient près du sentier que nous suivons : adossés à de hautes termitières auxquelles a été prise l'argile rouge de la paroi des « lilongo ».

La construction affecte la forme d’un tronc de cône régulier, haut de 3 mètres, large de 2 mètres à la base, de 1,20 à la section supérieure.

La paroi, épaisse de T7 à 8 centimètres, est faite d’un clayonnage ayant servi à maintenir l'argile, prise aux termitières, Jusqu'à ce que les premières opérations de fonte aient cuit cette paroi en une seule masse.

À la base se voient un trou d'homme et des ouvertures plus petites ayant leur grande dimension dans le sens vertical; ces ouvertures allongées recevaient une série de tuyaux d'aération disposés en flûte de Pan; ces tuyaux étaient en terre cuite.

Les hauts-fourneaux que nous voyons aujourd’hui sont en partie démolis; leurs abords sont jonchés de tuyaux brisés, ainsi que d’une quantité de scories ferrugineuses.

La N'Kongué fournissait l’eau ; le bois (bois taillis) couvre les environs; enfin, la roche ferrugineuse abonde partout.

D’anciens emplacements de cultures, les restes d’un boma circulaire (le boma de Tankoula), ajoutent leur témoignage à celui des « lilongo » en ruines, pour dire clairement que ce pays a été bien habité.

Les guides, interrogés à ce sujet, n’ont qu'une réponse. «Il y a. longtemps, il y avait ici des villages; tous les gens sont morts. »

Reprenant notre marche, nous traversons à nouveau la N'Kongué, près du boma abandonné, et suivons de facon continue la rive droite de la rivière qui, par places, offre des épanouissements d’allures marécageuses, couverts de papyrus. Et voilà que de l’un d’eux sortent cinq phacochères, qui viennent de s’abreuver, et qui nous passent à 50 mètres devant; Michel envoie deux charges de ballettes: Helaers tire à balle, mais en oubliant de glisser d’abord une cartouche dans son flingot; tout le résultat obtenu est de mettre la bande au galop.

Constamment, sur la route, des pièges à gros gibier, consistant en un simple trou de 1",50 de diamètre et profond d'autant, recouvert de branchages dissimulés par une légère couche de terre; la bête (buflle, éléphant, hippo) y tombe de l'avant et y reste engagée sans parvenir à trouver un appui pour se dégager. Ces pièges primitifs sont si bien confondus avec le sol ferme environnant, que j'ai failli tantôt m’y prendre de belle facon ; heureusement, nos noirs ont l'œil, et le bon : ils m'ont arrêté à temps.

On continue à marcher sur des affleurements de limonite en même temps qu'on s'élève, de façon lente et continue, pour se rapprocher de la ligne de falaises dominant de 150 mètres la plaine où nous nous trouvons.

Voici un embranchement du sentier, filant vers le nord : c’est la route vers Baudouin-Ville.

Encore 3 kilomètres, en partie à travers d'anciennes cultures, suivies de grands champs bien cultivés, et nous arrivons au village de Ki-Bwébwé, fort de 22 huttes, qu'encerele l'ordinaire boma en perches jointives, souvent garni pittoresquement de plantes grimpantes.

Il est 9 h. 35 m.; nous avons marché 2 heures 45 minutes et fait 12 kilomètres.

Le village est sur la rive droite de la N'Kongué, ayant en face de lui, sur l’autre rive, le village Lou-Bilo (10 huttes) ; tous deux au pied de collines qu'ils appellent « Kilima Kia Ki-Bwébwé » (hauteurs de Ki-Bwébwc), et qui courent ici sud-nord, puis forment une avancée très marquée vers l’est : e’est le-bord du plateau Ma-Roungou.

La N'Kongué tombe du haut de cette falaise par une crevasse encombrée d’une végétation luxuriante, dans laquelle la nappe d’eau se masque en partie: au pied de la falaise, la rivière forme une assez large expansion marécageuse.

Nous sommes reçus à Ki-Bwébwé par l'accoutumée salutation des femmes : cris perçants avec battements de la main sur les lèvres; les indigènes sont vêtus de pagnes fournis par l'arbre à étoffe; on voit très peu de tissus européens.

Mêmes cultures que précédemment ; comme animaux domestiques on ne voit que la poule.

Nous logeons ici dans deux huttes qu'on nettoie à notre intention.

Pris une observation au soleil.

Après le deuxième repas, M. Helaers, muni de l’antroïde, est chargé de faire l’ascension de la falaise et de déterminer son altitude moyenne au-dessus du niveau de la plaine; il devra s’efforcer d'arriver au sommet d’un piton boisé, qui met une note dominante dans les « Kilima Kia Ki-Bwébwé ».

Pendant cette ascension Michel et moi prenons une observation complète de magnétisme.

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