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Helaers rapporte comme chiffres d'altitude pour le piton : 175 mètres; pour le bord de la falaise, 140 à 150 mètres.
La journée s'achève par une observation de latitude aux étoiles, et la détermination de la déviation azimutale pour corriger la déclinaison.
Soirée fraiche exigeant le feu du soir.
Caractéristiques de Ki-Bwébwé-village : latitude : — 8°. 2'. 19", 42; longitude : 290, 55, 41, 48 Est Greenwich; altitude : 1,300 mètres; altitude du sommet de la chute : 1,380 mètres; déclinaison magnétique occidentale : 11°. 33!. 5", 005 inclinaison : 84°. 54!. 46", T0; intensité horizontale : 0,1267.
Point de station dans le village, rive droite de la N'Kongué, à 750 mètres environ du pied de la chute.
Mercredi, 7 septembre 1898.
Température à 6 heures : 14,5. Il est intéressant de remarquer que ce chiffre est le double de ceux obtenus à l'étang Souzi, bien que nous soyons proche de cet étang et à une altitude plus élevée.
Départ à 6 h. 55 m. vers le sud, le long de la falaise, pendant 6 à 7 kilomètres; après quoi la falaise s'éloigne vers le sud-ouest tout en paraissant s’abaisser graduellement.
Aux dires des chefs qui nous accompagnent, cette falaise forme la séparation entre les populations « Bana- Maroungou » et les populations « Wa-Bemba » et « Ba-Mambwé » ; ces dernières s'étendent au loin vers le sud et le sud-est, en territoire anglais.
La route, à ce moment de l’année, est bonne; peut-être aux pluies a-t-on un peu d’ennui au passage du ruisseau Mambala, dont le lit marécageux est actuellement à sec.
On rencontre alternativement des portions où les hautes herbes, très drues, font la marche pénible, puis des parties de brousse basse, du bois-taillis grêle, bien que certains arbres atteignent des hauteurs de 10 à 12 mètres; presque partout sévissent les termites, dont les galeries d'argile rougeûtre garnissent presque tous les troncs d'arbres; exceptionnellement se voient des ilots de verdure, dont les arbres sont indemnes de ces galeries d'exploitation, et où les essences ont plus de vigueur.
Partout le simili-cacutchoue des herbes, avec sa forme retrouvée de liane, parfois s’enroulant aux arbres.
La prune des sables (m'fingwa du bas Congo; voir le Mouvement géographique du 26 juillet 1891 et du 26 janvier 1896) s'appelle iei « mossongwa ». Remarqué aussi, comme fruit comestible de la brousse, le « n’sokolobwé », porté par un arbre de bonne taille; ce fruit est une drupe de la grosseur d’une belle baie de café, et dont le noyau rappelle quelque peu le grain du café; à ce moment de l’année, le dit fruit est encore vert et immangeable.
Enfin, de nombreux borassus flabelliformis, dont beaucoup sont maintenus petits par les feux d'herbes: ceux-ci font rage actuellement; au cours de l'étape d'aujourd'hui, nous marchons vers un de ces feux venant lui-même à notre rencontre : on croirait entendre des feux de compagnie à volonté; le crépitement augmente d’instant en instant, en même temps que des langues de flammes s'élèvent en se tordant jusqu'au-dessus des plus grands arbres, dont elles carbonisent les branchettes et le feuillage, @’est un véritable océan de feu qui roule sur la plaine, faisant fuir le gibier, s'élever les criquets bientôt rejoints par la flamme capricieuse, durant que les éperviers gris (Gypohierax angolensis) planent dans les tourbillons de fumée et plongent brusquement dans la fournaise pour y happer quelque animal impuissant à fuir : mulot, serpent, etc.
Des bouffées de chaleur nous arrivent de plus en plus pressées, et nous devons hâter le pas pour gagner, au pied de la falaise de Ki-Bwébwé, une avancée de blocs de roches qui nous protège contre l'incendie.
Au moment où nous nous remettons en route, se lève un bel engoulevent mäle aux longues plumes caudales; Michel le tire et s’élance pour le ramasser; mais avant que loiseau ait touché terre, un épervier a plongé, si rapide, qu’il a happé l’engoulevent et s’est relevé emportant sa proie sous nos yeux ébahis.
À 10 h. 15 m., nous atteignons le village Mtalika, près des sources du ruisseau Nônda, afluent de là N’Kongué.
Nous avons marché 3 heures 10 minutes et parcouru 14 1/2 kilomètres; en arrivant au gite d'étape, le camarade Helaers est pris de vomissements suivis, — c’est quasi la règle, — d’un accès de fièvre.
M'talika-village n’est pas palissadé, sans doute parce qu'il y a trop peu à protéger, le village ne comptant que sept huttes; à notre arrivée, il n’y à à voir que einq ou six femmes ; les hommes sont absents, mais rentreront dans l’après-midi.
Installé le campement dans l’admirable galerie du ruisseau Nônda; celui-ci nous fournit une bonne eau claire.
Les cultures du village montrent une belle terre noire où poussent : manioe, maïs, mil, arachides, patates douces, haricots, courges, aubergines, man-kolobwé, tabac (qu'on met en rouleaux tressés), ricin, Coton, borassus, bananiers, ficus à étoffe.
Comme animaux domestiques : poules et pigeons.
Dans l'après-midi, les chefs Tambo, Vitou et Mtalika viennent offrir leurs hommages et un présent consistant en vivres divers.
Comme la durée de notre reconnaissance s’allonge au delà de ce que j'avais pensé, j’expédie d’iei à Moliro un courrier pour qu'on envoie à notre rencontre un supplément de vivres, et en particulier de café dont nous allons manquer.
Feux d'herbe partout; partout d’épais nuages de fumée noire tourbillonnent lourdement avec des envolées de feuilles brülées.
Vers 20 h. 1/9, je suis réveillé, tant l’incendie fait rage à moins de 300 mètres de nous, sur la rive droite de la Nânga dont, heureusement, la galerie d'arbres nous protège eflicacement; le spectacle est si grandiose que j'appelle mes compagnons : tout est éclairé et « chauffé ».
Ceci est à noter, on verra bientôt pourquoi.
Jeudi, 8 septembre 1898.
Température à 6 heures : 11°,5. Aujourd'hui encore, la température s’accuse notablement supérieure à celle trouvée au Souzi, qui est cependant tout proche. Il semble que les puissants feux d'herbe qui flambent toute la journée et une partie de la nuit expliquent le chiffre relativement élevé de la température d'hier et d'aujourd'hui matin, vis-à-vis du chiffre des jours précédents, où nous n'avons pas eu de feux d'herbe à proximité du Camp.
Il y à là une indication à enregistrer, comme facteur possible dans la cause totale des relèvements nocturnes de la température que nous avons constatés à Moliro-Station par les diagrammes du thermographe.
Départ de Mtalika à 6 h. 55 m.
M. Helaers est toujours sous le coup de son accès de fièvre; il fera la route à dos d'âne, mais sa journée restera mauvaise.
La marche se continue vers le sud; on distingue encore quelque temps, vers l’ouest, la falaise suivie depuis Ki-Bwébwé; vers l’est, c’est, jusqu’à la ligne d'horizon, une vaste plaine ondulée.
On monte un moment pour redescendre bientôt, de facon continue, pendant toute l'étape.
Encore un haut-fourneau en ruines.
Maintenant nous foulons un sol d'argile blanche, couvert de termitières de toutes tailles ; sur chaque grande termitière une cuphorbe-candélabre de grandes dimensions, ainsi que nous avons vu précédemment; cette essence pittoresque et caractéristique ne se voit que sur les termitières. Pourquoi ?
Il semble y avoir là une cause intéressante à déterminer.
Au sol d'argile blanche et de termitières succèdent des dalles rocheuses faisant place à leur tour à l'argile rouge.
Pendant la première moitié de l'étape, on ne recoupe aucun ruisseau; le premier rencontré est le Zongué, large de 2 à 4 mètres, à fleur de sol, et à sec en ce moment; puis nous touchons au ruisseau Ka-Boto, dont le lit rocheux conserve des trous d’eau signalés par des bouquets de beaux arbres; le Ka-Boto se jette dans la Ka-Moussenga, et le sentier les traverse tous deux à leur confluent ; la Ka-Moussenga est large de 1,50; son eau, profonde de 30 centimètres, est claire et courante; sur les bords se montrent d'anciennes cultures.
La Ka-Moussenga traversée, on la longe à quelque distance de sa rive droite, foulant au pied de grandes dalles ferrugineuses, suivies d’un terrain sablonneux où se développent les champs de manioc du village
Ki-Tétéma, où nous faisons notre entrée à 11 h. 32 m., ayant marché 4 heures T minutes et couvert 20 kilomètres, le long desquels nous avons relevé peu de traces de gibier; d'autre part, le sol s’est montré peu favorable aux cultures; brousse caractérisée par la quantité d’acacias et de mimosas que les feux d'herbe et les termites maintiennent rabougris.
A signaler des plants d’aloès et le « m'filou » du bas Congo, appelé ici « moufoutou ».
Les seuls beaux arbres vus sont les arbres du Ka-Boto {entre autres de superbes borassus), et surtout de Ja Ka-Moussenga dont la galerie, près de Ki-Tétéma, est faite d’arbres à fûts élancés et droits à plaisir.
Ki-Tétéma-village est sur la route Moliro-Mpwéto. C'était anciennement un village soumis aux esclavagistes arabes; l'enceinte existe encore, tombant en ruines; elle se composait de deux murs parallèles en torchis, recouverts d'un toit en herbe, créant une série de casemates.
Aujourd'hui, le village compte 40 huttes; des plantations l'entourent au loin. Il s’y trouve un poste noir dépendant de Moliro, et composé d'un caporal indigène, qui est ici depuis cinq ans, et cultive avec succès un jardinet et un petit harem; du jardinet nous recevons des oignons, présent appréciable; des dames du harem, nous recevons des œufs, du pourpier, un peu de riz, présents également apprécié.
Ki-Tétéma-village : les fortifications en ruines.
En quelques minutes, on nous vend quarante œufs, au prix d'une perle blanche par œuf; une poule coûte 7 pareilles perles.
On présente en vente deux escravelles (petites pointes d'ivoire) bourrées de terre, ne pesant pas ensemble 1 kilogramme, et pour lesquelles on nous demande de la poudre, article que nous n'avons d'ailleurs pas.
Il y à ici assez bien de bananiers qu’on a laissé, malheureusement, toucher par les feux d'herbe: il y a aussi deux papayers ne portant pas encore.
Pour la première fois, nous voyons des chiens indigènes; quoique fort laids, ils sont un peu moins répugnants que les chiens du bas Congo.
Nous nous installons dans la maison du caporal, où nous aurons comme compagnons des escadrons de rats.
Reçu le chef Ki-Tétéma et engagé, séance tenante, un petit contingent de porteurs pour le voyage prochain de Moliro à Mpwéto; ils partiront avec nous dès demain.
La soirée est belle; nous réussissons, pour la première fois, une observation complète au théodolite : 13 étoiles sont prises dans les quatre positions de la lunette, fournissant la latitude, l'heure et la déviation azimutale à utiliser pour la détermination de la déclinaison magnétique que nous ferons demain matin avant le départ.
Caractéristiques de Ki-Tétéma : latitude, — 8°. 16'. 49/, 71; longitude, 29%, 54’, 48", 83; E. Gr.: altitude, 1,075 mètres; déclinaison magnétique occidentale, 11°. 33'. 38/, 80; inclinaison, 35°. 33°. 45”, T0; intensité horizontale, 0,1303.
Point de station au milieu du village.
Vendredi, 9 septembre 1898.
De 6 heures à 6 h. 45 m., prise de la déclinaison magnétique. A 7 h. 20 m., départ. M. Helaers, encore fiévreux, doit être porté en hamac. Pendant près de 6 kilomètres nous traversons un terrain soumis aux inondations, et qui a été couvert de cultures dont les buttes sont aujourd'hui absolument défoncées par des multitudes de «m’poukou » (rats, mulots) ; le sol sonne creux sous le pied; des bandes de tourterelles et de pintades se lèvent à diverses reprises.
La Ka-Moussenga, franchie à environ 2 kilomètres du village, est large de 3 mètres, profonde de 80 centimètres ; le courant est insensible et l’eau parait trouble, du moins au passage du sentier ; une double et épaisse bordure de papyrus en dessine le cours, que nous descendons pendant la moitié de l'étape; sur la rive droite, on distingue un petit village abandonné.
Au delà de la région d'anciennes cultures, la route s'élève d’une vingtaine de mètres, et se déroule sur un plateau couvert de hautes termitières et de nombreux restes de hauts-fourneaux.
Restes est, à vrai dire, un terme impropre, car ces constructions étaient si solides que beaucoup sont restées intactes.
Ainsi que déjà nous l'avons noté, les hauts-fourneaux marchent de pair avec les hautes termitières, celles-ci fournissant à ceux-là l'argile rouge de leur paroi.
Les dimensions des « lilongo » restent à peu près invariablement celles que nous avons données précédemment. Leur nombre est considérable : nous en comptons plus de 50 à droite et à gauche de la route sur un parcours de moins d’une lieue.
Et nous ne voyons là, évidemment, qu'une partie de ce qui existe, nos noirs nous afirmant que les mêmes ruines se retrouvent jusque loin vers le sud.
A mes interrogations relatives à l’époque où on les exploitait, il n’est donné qu'une réponse : « Samäni ! Samäni! » … Longtemps! Longtemps!
Comme je demande si un des jeunes hommes, un des guides, a vu les « lilongo » en activité, il n'est répondu en riant que non.
« Et cet autre?» — C’est un vieux nègre grisonnant.
« Non plus », répond l’homme interpellé.
C’est enrageant de ne rien pouvoir tirer de tout ce monde quant à l’époque où (lait exploitée, sur une si erande échelle, l'industrie de la fabrication du fer; l'abondance des anciens terrains de culture que signalent les quinconces de tertres, aujourd'hui repris par la brousse, complète la preuve fournie par les hauts-fourneaux que la région a été très peuplée.
Mais impossible de savoir quand et pourquoi cette exploitation à pris fin.
Allons toujours!
Nous voici au village Kassi-Kissi, chef Simba-Mavwé, fort de 38 huites.
A l'entrée du boma on voit la nioumba na znimou (maison des esprits).
Dans la croyance des Wa-Bembas, des esprits méchants parcourent le pays, lesquels, s'ils ne trouvent pas, pour y passer la nuit, des maisons préparées à leur intention, viennent coucher dans le village même el y apportent le malheur. Ces « maisons des esprits » ne sont, la plupart du temps, que des réductions minuscules de huttes, auprès desquelles on place de temps à autres quelques vivres et du pombé (bière indigène).
Au village Kassi-Kissi succède le village du chef Ka-Fwanka, gros de 30 huttes, et montrant, encastré dans la muraille d'enceinte, un crâne de buffle produisant un curieux effet.
Règle générale les villages sont infects; à Ka-Fwanka, où l’on peut voir pourtant quelques très jolies huttes, les indigènes ne sortent pas toujours de leur boma pour satisfaire leurs divers besoins.
Les populations sont elles-mêmes malpropres; on les dirait heureuses de leur couche de crasse à laquelle adhère la poussière, ce qui leur donne la teinte du sol même qu’elles habitent.
Une chose également peu agréable pour le voyageur est, dans toute cette région, l'absence de grands arbres dans les villages; ceux-ci rôtissent littéralement dans le soleil.
L'étape s'achève au village du chef Moumbalanga, où nous allons trouver d’intéressants renseignements.
Il est 11 h. 25 m.; nous avons fait 17 kilomètres en 3 heures 25 minutes.
ce
Le village où nous nous arrètons, situé sur la rive droite de la Ka-Sakiï, est en construction pour le moment, il compte 15 huttes; son constructeur en chef est Ie foundi (forgeron) Moumbalanga, homme intelligent, dont la personnalité contraste singulièrement avec l'état dinfériorité qui caractérise les indigènes vus aujourd'hui.
Ledit Moumbalanga revient de chez le capitaine Joubert, auprès duquel il s'était réfugié avec ses gens, fuyant l'occupation arabe.
Il nous apprend que les fondeurs de fer (foundi), qui établirent les hauts-fourneaux de la région, venaient du pays des Ba-Mambwé (par environ 9 latitude sud et 31° longitude Est Greenwich); ils arrivèrent ici aux confins des tribus Wa-Bembas qui, du sud, s'étendent jusqu’à la ligne de hauteurs de Ki-Bwébwé, où nous avons vu Ja chute de Ja N'Kongué.
Les foundi Ba-Mambwé s'établirent pacifiquement chez les Wa- Bembas, qui, vraisemblablement, furent heureux de voir arriver chez eux des travailleurs du fer, ce qu'eux-mèêmes n'étaient pas.
Quand s’accentua l'occupation arabe, les fondeurs quittèrent le pays, et les derniers se réfugièrent auprès des Pères Blancs.
La paix et la sécurité étant aujourd’hui rétablies, grâce à l’action de « Boula-Matari », Moumbalanga est revenu avec ses gens, et a réinstallé un haut-fourneau à une demi-heure d'ici.
A son métier de fondeur, il joint celui de forgeron. Il tire son minerai de la vallée de la Ka-Moussenga; nous aurons plus tard Foccasion de nous faire apporter un échantillon de ce minerai, qui n’est autre chose que des nodules de limonite.
Pour le moment, le foundi Moumbalanga nous explique le fonctionnement des hauts-fourneaux, fonctionnement dont on peut se rendre compte par la figure ci-contre.
Suivant l'axe du haut-fourneau, on dispose un long creuset en terre réfractaire, dans lequel on à placé alternativement «le minces lits de charbon de bois et de minerai en petits fragments. Du bois à brüler remplit l'intervalle entre le creuset et la paroi du haut-fourneau. Par les ouvertures latérales inférieures, un appel d'air considérable est établi à l’aide de tuyaux superposés verticalement.
Telle est la pratique de la réduction du minerai, si nous comprenons bien les explications du foundi. Comme nous n'avons pas eu loccasion d'assister par nous-mêmes au travail, il importerait que quelque voyageur de passage en la région cherche à contrôler de visu les renseignements que nous ne pouvons donner que de auditu.
Le point intéressant à contrôler est l'existence du creuset.
Coupe verticale et projection horizontale Ë ; » Fe 2 d'un haut-fourneau. Quoi qu'il en soit, nous retrouvons une fois de plus ici la méthode catalane,
exigeant un minerai riche, mais donnant un fer excellent. Tels les premiers renseignements un peu précis relatifs aux hauts-fourneaux et à Fexploitation du fer: ils
se compléteront quelque peu plus tard, dans des circonstances que nous dirons à leur heure et place.
Samedi, 40 septembre 1898.
C’est une chose curieuse qu’en Afrique, lorsqu'on se sent trop bien portant, on doit se considérer comme
touchant à un extrême, et s'attendre à un accès de fièvre.
Hier à midi, je faisais cette réflexion à mes compagnons de route, en leur disant que je me sentais trop étonnamment dispos au travail et à la marche.
Aujourd'hui, je vais faire la preuve de la justesse de ma réflexion en apparence paradoxale.
La nuit a été plutôt mauvaise. Toutefois, j'avais déjeuné normalement; mais, à peine en route, Festoma s'alourdit, Phénomène que je connais trop bien et qui m'annonce les proches vomissements.
Je lève néanmoins l'itinéraire; à trois ou quatre reprises, je fais effort pour débarrasser l’estomac, sans arriver à mieux qu'à rendre quelques gorgtes de glaires. Enfin, vers 9 heures, nous stoppons pendant une heure, car je suis pris de flux de ventre et de deux accès de vomissements, ramenant mon déjeuner tel quel. Prenant le hamac, nous gagnons le village de N’tambala, qui est tout proche, et où l’on dressera les tentes hors du village, car les huttes dans lesquelles nous avons logé ces jours derniers n'étaient guère engageantes, et, pour aujourd’hui, nous nous payerons le luxe et la propreté de la tente.
Dès que la mienne est dressée, je me couche; je puis dormir et transpirer ferme, ce qui me permet de me lever à 14 heures, pour mettre les notes et l'itinéraire du jour au courant.
Partis à 6 h. 50 m. de chez Moumbalanga, nous avons couvert 13 kilomètres en 2 heures 38 minutes.
La route suit le ruisseau Ka-Saki, qu’elle traverse au village Sandourouka, pauvre bourgade où se voient, en tout et pour tout, huit huttes tombant en ruines; la Ka-Saki va se jeter dans la Ki-Moussenga.
Jattire l'attention sur ce fait qu’hier on disait Ka-moussenga et qu'aujourd'hui le préfixe Ka est devenu Ki, ce qui semblerait indiquer que ces préfixes peuvent se remplacer, où sont équivalents, dans les noms de ruisseaux.
J'aurai plus tard l’occasion de dire quelques mots au sujet de ces préfixes ; je me contente, pour le moment, de signaler un fait en lui-même.
La Ka ou Ki-Moussenga et son affluent la Ka-Saki coulent ici dans une interminable plaine herbue soumise aux Inondations, et où abonde le gibier ailé : pigeons, perdreaux, tourterelles, pintades, ete.
Vu aussi des laisses d’hippopotames.
A diverses reprises, aujourd’hui encore, nous foulons d'anciens et grands terrains de culture, jusqu’à l'arrivée à N'tambala, qui est le plus gros village rencontré jusqu'ici : il compte 80 huttes.
Comme Ki-Tétéma, Ka-Fwanka, Sandourouka, il est entouré d’un double mur formant casemates, dénotant l’ancienne occupation arabe.
Ces fortifications, — importantes pour le pays, — comme aussi les grands espaces jadis cultivés, attestent que, voici quelques années, la route entre les lacs Tanganika et Moéro était d’une extrème importance pour les esclavagistes.
Dans les casemates du double mur d'enceinte on parquait sans doute les convois d'esclaves, et les grandes cultures, dont on ne voit plus que les emplacements abandonnés, servaient à nourrir le précieux butin.
Le feu chef Moliro, père du chef actuel, étut, parait-il, très puissant et commandait à tous les villages à cinq jours à la ronde. C’élail un esclavagiste allié aux Arabes.
Aujourd’hui, son fils vivote dans son malheureux village de Ki-Poundou, près du poste de l’État, village dont nous avons déjà dit la malpropreté.
Au reste, les populations rencontrées ces derniers temps sont tout aussi sales et sans allures; elles paraissent très pacifiques; on ne voit que peu d'armes.
Il n’est pas impossible qu'en mettant une factorerie sur la route, on puisse ramener peu à peu les populations qui ont émigré; l'exemple du « foundi » Moumbalanga est assez typique; d'autre part, un ancien chef de la route Moliro-Mpwéto, qui s'était porté dans le sud, est venu prévenir M. Helaers qu'il se disposait à se réinstaller sur le territoire de l'Etat.
Notre campement, aux portes de N'tambala, pèche par l'abondance des mouches et des moustiques, et par l’absence de bonne eau.
Au début de la soirée nous sommes en observation, mais le ciel se couvre complètement avant que nous ayons pu achever complètement le travail.
Nous le reprendrons, si possible, quand nous repasserons ici, en marche vers Mpwéto.
Dimanche, 11 septembre 1898.
Départ à 6 h. 30 m. Notre caravane s’est augmentée de quelques porteurs fournis par N’tambala pour le
prochain départ de Moliro.
La route se développe d’abord vers le nord pendant une dizaine de kilomètres, puis tourne à peu prés à l’est.
Pendant la partie qui pique vers le nord, nous longeons à faible distance la N’'Kongué, successivement par la rive droite, puis par la rive gauche; le cours de la rivière se marque nettement d'une ligne de beaux papyrus.
Au point de passage du sentier, la N'Kongué à 3 à 4 mètres de large, 20 centimètres d’eau un peu laiteuse, courant sur des débris de roches.
Si je comprends bien les guides, la N'Kongué, après avoir pénétré en territoire anglais, va se perdre dans le Ki-Chiéra, — une grande eau qui ne coule pas, — et qui serait le marais Moéro, différent du lac Moéro.
Après avoir franchi la N'Kongué, on la longe encore sur une couple de kilomètres, puis, tournant vers l’est, on s'élève sur un massif de schistes et grès rouges, avec affleurements de limonite; du gros sable rouge parsème le pays, devenu moins herbeux pour se couvrir de bas-taillis avec, parfois, un grand arbre.
Vers la fin de l'étape, on découvre les hauteurs bordières du lac, puis on entre dans une vaste plaine rappelant celle de Ia Ka-Chichi, avec son sol d'argile blanche durcie au soleil. Pas un arbre, rien que les travaux des termites faisant ressembler la plaine à un interminable champ mal labouré; c’est la plaine Pa’n'dé.
Vers l'horizon, à l’est, au sud et à l’ouest, courent des lisières d'arbres rabougris; vers le sud, détale un troupeau de grandes antilopes; le sol à gardé des empreintes d’éléphants.
Les guides ne sont pas très certains du point où il faut camper; à un moment donné ils veulent nous rabattre dans le sud; toutefois, je fais continuer dans l’est, et nous atteignons bientôt un méchant abreuvoñ à gibier, de 50 à 60 mètres de long sur 8 à 10 mètres de large; l’eau qui y stagne au soleil est boueuse et verdâtre; de nombreux silures y frétillent durant que s’enlèvent, à notre approche, des oies, des marabouts, des grues, des chevaliers armés, etc.
A 11 h. 40 m., nous stoppons à la lisière orientale de la plaine; l'étape, de 21 kilomètres environ, a pris 4 heures 35 minutes. Je l'ai faite à pied, sauf quinze minutes de hamac : &’est bien pour un lendemain de fièvre, mais ne nous y fions pas.
Le manque d'ombre au camp d'aujourd'hui nr'oblige à travailler quasi en plein soleil, abrité seulement par un paletot et un essuie-mains tendus sur deux jalons
Aussi ne devais-je pas manquer de m'en ressentir; d'autant que nous avions copieusement lunehé, grâce aux provisions fraiches (pain, beurre, fromage blanc, café) que nous recevions de Moliro, à 1# heures, en réponse à la réquisition envoyée de N’talika.
A 17 heures je me sens très cotonneux; Michel et Helaers idem; pourtant il faut observer ce soir; Je mets les instruments en station et, en attendant les étoiles, nous dinons de pain et de fromage blanc; ce diner, apprécié autant que sommaire, nous retape et nous pouvons faire une observation complète de latitude et d'heure.
Couché à 21 h. 30 m., sans la moindre envie de dormir; il fait chaud à ne pas même supporter le seul drap; plus la nuit s’avance, plus je me sens éveillé avec beaucoup plus d'envie de chanter que d'appeler le sommeil.
Je payerai cela demain.
Caractéristiques du camp de Pa’n’dé: latitude, — 8e. 29. 38/, 29: longitude Est Greenwich, 30°. 14. 14, 78; altitude, 1,015 mètres.
Lundi, 12 septembre 1898.
Départ à 6 h. 45 m.
Ainsi que je m'y attendais, je me suis levé pas reposé du tout; Michel de même; quant à M. Helaers, il continue à souffrir de coliques et de diarrhée.
J'essaie d’une tasse de café avec un bout de tartine et ne réussis qu'à alourdir l'estomac; il y aura du grabuge de ce côté tout à l'heure.
Michel et moi levons l'itinéraire long de 19 1/2 kilomètres, couverts en quatre heures; route facile, en pente continue.