‹ Mission scientifique du Ka-TangaChapitre 19 sur 47 · NO DE · texte numérisé non relu

NO DE

D'autres fois, la maison des esprits est située à l'entrée du village; on lui donne alors un enclos protecteur et on l’ornemente plus où moins.

A Ki-Topé, la nioumba na n’zimou était entretenue avec un soin et une propreté qu'on eût été heureux de retrouver dans le village même.

C'était une sorte d’autel en pierres, sous un buisson vert, avec des étoffes suspendues enÿ draperies, du sable blanc formant des arabesques sur le sol, le tout bien enclos d’une solide haie vive renforcée d’un cercle de pierres.

15 h. 30 m. : roulements sourds de tünnerre; nébulosité, 8 : cumulus, cumulo-nimbus, nimbus, fracto-cumulus, fracto-nimbus.

Il fait abominablement lourd.

Bientôt les grondements d'orage deviennent presque continus, perdus au plus profond des cieux.

A15h.30 m., nébulosité complète, sauf en un tout petit coin; quelques gouttes de pluie, violentes rafales soulevant d’aveuglants tourbillons d’une poussière ténue, fluide, pénétrant tout.

A 17 heures le vent est tombe.

L'observation de nuit est rendue impossible par les nuages; la lune Maison des esprits au village de Ki-Topé (1598).

même n’est que vaguement visible derrière l’épais rideau des alto-stratus; après deux heures d'attente près du théodolite mis en station, force est de nous aller coucher bredouille; notre séjour iei devra done se prolonger de vingt-quatre heures.

Jeudi, 29 septembre 1898.

Vers 6 heures, quelques gouttes de pluie.

A 6h. 30 m., le thermomètre marque 18°. La nébulosité est 10 (complète) : nimbus, alto-stratus, nimbus cumuliformis.

Mise au courant de l’arriéré des calculs; prise de l'intensité et de l’inclinaison magnétiques.

Michel taxidermise ; Dardenne crayonne.

Journée lourde, chargée d'électricité; le vent ne se lève pas au milieu du jour, contrairement à ce qui a été observé jusqu'ici; dans la soirée, les éclairs illuminent l'horizon. Tout annonce les pluies prochaines.

La soirée, quoique nuageuse, permet la prise d’une observation complète (16 étoiles).

Vendredi, 30 septembre 1898.

Passé une nuit un peu meilleure.

Comme je dois encore déterminer la déclinaison, et effectuer les calculs de observation d'hier, nous ne quitterons pas Ki-Topé avant demain; je pourrai ainsi être tout à fait au courant, ce qui est indispensable, quelque fatigant que soit tout ce travail.

A Gh. 45 m., le thermomètre marque 19,5.

La déclinaison magnétique est fixée avant le déjeuner, afin de profiter d’un moment où le vent est nul

A 11 heures, quelques gouttes de pluie; rafales sèches; tonnerre s’éloignant rapidement.

Soirée couverte; avec la lune toutefois les nuages se dissipent un peu au zénith.

La journée a été consacrée aux caleuls.

Caractéristiques de Ki-Topé : latitude, — 8°. 20". 13”,62; longitude Est de Greenwich, 299, 307. 47/,70> altitude, 1,042 mètres: déclinaison occidentale, 11°. 49 327,00; inclinaison, 36°. 7'. 451,40; intensité hori-

zontale, 0.1295,

Samedi, 1° octobre 1898.

Vers 4 h. 30 m., nous sommes réveillés par une assez forte pluie avec coups de tonnerre pendant une demi-heure. À

A 6 heures le thermomètre indique 20°,5. Nébulosité, 7 : cirro-cumulus, cirro-stratus, cumulus, altocumulus, nimbus cumuliformis.

L'orage continue à gronder très sourd vers l’ouest.

A Th. 15 m., nous quittons Ki-Topé; le soldat qui est en poste à Ki-Topé nous guide pendant quelques centaines de mètres, à travers les plantations, et nous amène à un sentier qu’il faut deviner, tant il est peu battu ; un noir doit nous guider le plus longtemps possible

Nous piquons droit dans l’ouest, vers la ligne de hauteurs formant la lisière occidentale de la plaine de la Tchôma; après avoir foulé, pendant 1 {/, kilomètre, une terre noire où affleure la roche, on arrive sur un lit quasi continu de rocailles et de cailloutis : on dirait que se sont donné ici rendez-vous tous les tailleurs de pierre du monde entier.

Nous cherchons, toutefois, vainement des pierres taillées.

J'en trouve bien une, qui à la forme classique, mais tellement démangée par l'air et l’eau, qu’on ne saurait plus se prononcer.

Pendant une bonne heure et demie, on marche sur la roche : gravier, éclats, cailloux, grosses roches, escalier de géants.

A noter un tas de pierres fétiche, comme nous en avons signalé un au nord de Moliro-village, le mercredi 31 août dernier.

À 9 kilomètres de Ki-Topé, nous stoppons pour prendre un croquis et une photographie d’un site pittoresque à plaisir : bien boisé, essences fleuries dont plusieurs non encore vues par nous, énormes roches formant dolmen, marmite du diable avec couvercle...

Puis on reprend la marche à travers un pays beaucoup plus agréable que les bords du Tanganika : arbres plus nombreux, plus vigoureux, à feuilles persistantes; beaucoup de simili-pommiers, les uns en fleurs, les autres en fruits non encore mürs; des anones du Sénégal ont grandi à plus de 2,50, taille que nous n'avions pas vue ailleurs; se montrent aussi des euphorbes-candélabres, des simili-magnolias, des fougères, et de nouvelles essences, entre autres une appétissante pomme jaune à noyau de cœur de bœuf, mais qui n’est pas comestible; abondance de fleurs dont une très bizarre, que nous qualifions de muguet du Congo; Dardenne la dessinera et nous en mettrons dans une tine remplie de terre, afin de les transporter à Mpwéto.

Brusquement se montre —- nous traversant perpendiculairement — une petite caravane indigène fuyant vers le sud. Nos hommes appellent les fuvards, ee qui accélère leur course, déjà rapide; je dois empêcher mes gens de se mettre à leur poursuite.

Il serait pourtant intéressant de connaître quels produits ces gens apportent du Ma-Roungou, pour aller les échanger dans les faetoreries anglaises, contre poudre et fusils.

Mais je n’ai pas mission de faire la police ici, et je dois me contenter de noter qu'il se pratique ici de la contrebande ; en voiei d’ailleurs bientôt la preuve, dans le sentier — large de 1 mètre, bien battu, accusant un passage continu, — auquel nous arrivons; ce sentier vient droit du nord et pique vers la frontière sud; rarement en ai-je vu d'aussi important en Afrique! Ce dont ne se doute certainement pas le soldat en poste à Ki-Topé; à moins qu'il ne s’en doute trop bien!

Autre fuyard devant nous : une gracieuse et légère antilope, tôt hors de portée.

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