TA AA
Se TA moç —
ITED Sur 2 S20S 22707 2.19 710p E LEE FE [TT fi [l LRER
ÉSSSSS ge l = TRES =.
=. ee = le En . D Les PL 1 É Faire hello] sie ar 2uleyr) 279 5 rio F4 1 D fr ae po Le : en —
CIE TX. ee cn ren “ira À} ee CITE. rar Lu . ELSITEE DE TER SEE RE
__ 868 2490720 p£ NE 81q0)00 1} np (0H3OW 9+71 NG GHON) NOILVIS-013MdW V INDIHIHASOWN1Y NOISSIYd V1 30 IWWVH9OVIQ
| ï [l fl (| | || 1j | Îl | Î | Ïl 2 LE fl LT Lj) taf } (fl [l
QI0SSI 2UIE] PJ SROS 229P/ 12.19 JI0P 2YOUEJQ IE 27727
La pression se revèle régulière encore, mais moins qu'à Moliro, ce qui est dû vraisemblablement au changement de saison (nous avons eu les premières pluies et les premiers orages, on Pa vu par les notes de ces derniers jours) ; il y a à remarquer toujours la constance dans la pression.
Le maxima thermométrique de cette dernière semaine a été de 35°,2 (mercure); le minima, de 17°,8. La moyenne de la journée est atteinte une première fois vers 10 à 11 heures, une deuxième fois vers 18 à 19 heures; le minimum se produit vers à heures, le maximum vers 15 heures.
Le diagramme du thermographe montre que la température au nord du Moéro, en ce moment de l’année, est soumise à une fluctuation quasi incessante dans les deux sens; les périodes d’ascension ou de descente régulières sont l'exception; on dirait que la plume de l’enregistreur a des mouvements analogues aux incessants tremblements de la pointe d’un barreau magnétique bien équilibré.
Nous avons signalé la tornade du vendredi 21 octobre et ses conséquences aux points de vue barométrique et thermographique.
A 16 heures, roulements de tonnerre.
Durée d’insolation : 5",6.
Nébulosité, variant de 4 à T au cours de la Journée.
Soirée couverte : observation impossible.
Maxima diurne : 319,3.
Mardi, 25 octobre 1898.
Minima nocturne : 199,1.
M. Maffeï a mieux dormi, mais les douleurs hépatiques s’accentuent et s'irradient jusqu'à la rate. Roulements de tonnerre lointains dans l’après-midi. Vent toute la journée, allant de 0,5 à 2,5. Durée d’insolation : 6%,5 de plein soleil, 3 heures de soleil voilé.
Nébulosité descendant de 6 à 4, pour remonter ensuite à 9.
Soirée couverte; observation impossible.
Maxima diurne : 29,8.
Mercredi, 26 octobre 1898.
Maxima nocturne : 210,5.
Quelques gouttes de pluie pendant la nuit, ne donnant rien aux pluviomètres.
Le chef Mpwéto, sachant que nous sommes des curieux, nous apporte aujourd'hui un tubercule comestible, le maloumbwé, analogue de forme et de goût à nos pommes de terre.
Déjà on nous avait apporté un autre tubercule, le n’komio, plus petit et plus allongé que le maloumbuwe et de moins bon goût.
Reçu de M. Crawford, missionnaire anglais établi à Loanza, territoire de l'Etat du Congo, une lettre me faisant connaître qu'il est disposé à nous louer son bateau pour le transport de nos charges au sud du lac Moéro; le prix de location sera de 2 yards d’étoffe par charge transportée.
De 16 à 8 heures, roulements de tonnerre d’abord très éloignés, puis se rapprochant.
Durée d'insolation : 4,30.
La nébulosité passe de 10 à 5.
Maxima diurne : 29°,7.
Nous pouvons enfin prendre une observation complète (15 étoiles et la lune); quand nous la finissons, le ciel est de nouveau entièrement couvert; bien qu'il soit déjà 23 heures, le désir de savoir quels résultats donne l’observation me tient à ma table de travail pendant près de deux heures encore; aussi suis-je plus que fatigué quand je m’étends sur ma couchette.
co
Jeudi, 27 octobre 1898.
Minima nocturne : 19,5.
Je paye aujourd'hui d’un bon accès de fièvre l'excès de travail d'hier soir.
Le rapatriement de M. Maffei s'impose pour affection du foie (rechute d'une affection dont cet oflicier à souffert à son premier terme).
Il est décidé que M. Maffei partira aujourd’hui même pour la factorerie anglaise de Ki-Engué, où il attendra quelques jours, car je m'y rendrai moi-même pour arranger les conditions de son rapatriement par les soins de l’African Lakes Corporation limited.
Durée d’insolation : 61,1.
Maxima diurne : 28°,7.
Vendredi, 28 octobre 1898.
Passé une nuit désagréable; transpiré à outrance, au point de devoir changer de draps. Le matin, je me sens inieux, Ce qui me permet d'expédier un volumineux courrier.
Il arrive aujourd'hui à notre adresse, par voie anglaise, trois tonneaux de dynamite et détonateurs qui devaient servir aux recherches de notre « chercheur d’or »; nous n’en pourrions tirer parti nous-mêmes et devons les mettre en dépôt au magasin à poudre de la station. À l’arrivée de M. Questiaux, — envoyé pour remplacer feu M. Caisley, — il sera constaté que les trois tonneaux en question ne renfermaient que des détonateurs et de la mèche, mais pas de dynamite, par suite d’une erreur de l’envoyeur.
La fièvre me tient toute la journée, caractérisée par un beau cas de Xylostomite; sueurs moites désagréables; inappétence absolue; sommeil introuvable.
Durée d’insolation : 4 heures.
Maxima diurne : 309,5.
Samedi, 29 octobre 1898.
A 3 heures (du matin) seulement, j'ai pu fermer l'œil; en revanche, il est 11 heures quand je n’éveille, reposé, mais brisé et moulu à plaisir.
Le minima nocturne à été de 199,3.
Consacré l’après-diner aux calculs et à l'achèvement du courrier pour l'Europe, Mtowa et Boma.
De 15 à 16 heures, roulements de tonnerre éloignés d’abord, puis se rapprochant.
A 16 E. 30 m., quelques gouttes de pluie.
Durée d'insolation : 8",95.
Maxima diurne : 51°,1.
Observation complète par 14 étoiles.
Dimanche, 30 octobre 1898.
Passé de nouveau une nuit infecte; insomnie complète jusqu'à 2 h. 30 m.; puis, quand le sommeil commence à venir, voilà que s'élève une violente tornade sèche qui secoue tout, et me tient éveillé jusque 4 heures. Vers 6 heures, roulements de tonnerre dans le lointain.
Inutile de dire que je me lève très mal disposé : tête chaude et lourde.
Michel est également un peu fiévreux.
Comme remède, je puis me mettre aux calculs des dernières observalions, car, ainsi que je lai déjà dit, des travaux tels que les nôtres doivent, coûte que coûte, être constamment au courant; à 23 heures, la chose est faite, et je me couche lesprit tranquille, car les valeurs de longitudes trouvées pour Mpwéto par la lune, d’une part, le transport de l’heure depuis Moliro, d'autre part, ne diffèrent que d’une minute d'arc.
La durée d’insolation a été de 8 heures; le maxima diurne : 299,5.
Lundi, 31 octobre 1898.
Minima nocturne : 199,5. La nuit, sans être bonne, à été moins mauvaise pour moi; M. Michel et le souslieutenant Fromont ne vont pas trop bien; d'autre part, beaucoup de noirs se plaignent du ventre.
Déterminé la déclinaison magnétique par le magnétomètre Delporte, puis par le théodolite d'Hurlimann. Après quoi, le pied en chêne du e rele méridien est enlevé pour être remplacé par un pilier en briques qui servire pour les travaux ultérieurs, car nous devrons assurer la longitude de Mpwéto par de nouvelles observations de culminations lunaires; espérons que le temps nous sera plus propice.
Change les feuilles des enregistreurs.
La marée barométrique se montre plus régulière que sur le diagramme de la semaine précédente; le diagramme relevé aujourd'hui montre moins de «tremblé»; pour le reste, mêmes remarques que pour la semaine précédente.
Au diagramme thermométrique, le tremblé s’est accentué; la tornade sèche de la nuit du samedi au dimanche derniers a influencé le diagramme qui ac-
cuse deux chutes brusques et successives chacune de 2°. Le capitaine Chargeois construisant un pilier géodésique
Vers 11 heures, tonnerre lointain ; à la station de M'pwéto. même phénomène vers 17 heures.
Fait préparer une caravane d’une quinzaine d'hommes de Mpwéto-village, avec lesquels je partirai demain pour la factorerie de Ki-Engué, d'où je serai revenu pour prendre encore la lune (deuxième bord) une couple de fois.
Pendant mon absence viendra mon jour de fête; ceci nest rappelé par mon brave Michel qui a sournoisement été chargé, au moment de notre départ d'Europe, de trois petits paquets soigneusement ficelés, qui ne devaient m'être remis que le 4 novembre. Mais voilà que ce jour-là je ne serai pas à M’pwéto; alors Michel m’apporte aujourd’hui les trois petites boîtes, soigneusement soudées, et qui contiennent quelques fleurs amies; le long temps déjà écoulé depuis notre départ les à flétries, desséchées, fanées à jamais; mais je les vois fraiches encore, sincères et fleurant bon comme les amitiés douces qui ont eu cette adorable pensée, pour bercer l'inquiétude de se sentir si loin pour si longtemps encore, inquiétude qui, de temps en temps, pince le cœur des plus résolus; et ce pincement pourtant ne va pas sans l’âpre jouissance de savoir que les longs exils se payent largement, au retour, de la joie des aimés, comme aussi de la déception des autres; car c’est vraiment un plaisir rare que de revenir au pays quand on sait que plus d’un avait compté ne jamais vous revoir.
Durée d’insolation : 6 heures. Maxima diurne : 31°,6. Toute la soirée, temps couvert, tonnerre et éclairs.
ee
Mardi, 1* novembre 1898.
Minima nocturne : 209,7.
Vers 7 heures, tonnerre éloigné.
A Th. 45 m., je me mets en route seul pour Ki-Engué; comme je relève de quelques bons accès de fièvre, je ne prendrai pas l'itinéraire à l’aller, mais seulement au retour.
La route, qui s’écarte jusqu'à 1 et 2 kilomètres de la rive nord du Moéro, court dans l’ancien lit du lac, devenu la vaste plaine basse, sablonneuse, s'étendant jusqu'à quelque vingt kilomètres au nord du lac d'aujourd'hui.
Cette plaine basse avait été désertée par ses habitants à la suite de l'installation des Arabes esclavagistes à la rive nord du Moéro.
Les porteurs avec lesquels je suis en route en ce moment sont des hommes du village du chef Mpwéto; ce chef se trouve installé à une grosse heure au nord-est de la station.
Sur la route que nous suivons allègrement, ces gens me montrent les emplacements des bomas arabes auxquels Jacques et Descamps donnèrent victorieusement l'assaut; ils me disent combien d'hommes furent tués de part et d’autre, et comment les Arabes se sauvèrent vers l’est, en territoire anglais, où on les laissa tranquilles.
Ils m’indiquent aussi constamment des groupes de huttes dépendant du chef Mpwéto, et qui, depuis deux ans, ont commencé à réoccuper la plaine désertée devant l’envahisseur; depuis M'pwéto-Station, j'ai traversé cinq de ces groupes, chacun d’une vingtaine de huttes; j'en ai aperçu d’autres au nord du sentier; chaque fois mes porteurs ont dit N’toto na Mpuwélo, « un petit (un dépendant) de Mpwéto », c’est à-dire un groupe dépendant du village central où réside le chef de la plaine, le chef Mpwéto. Et, de fait, tous ces groupes qui, depuis environ deux ans, repeuplent la plaine reconquise par nos troupes, essaiment du village de M'pwéto et en dépendent; et eux-mêmes déclarent leurs terres propriétés de Boula-Matari, puisqu'ils ne sont que des sujets du chef M'pwéto, chef reconnu de l'État.
Depuis 9 heures, le ciel s’est obscurci, le lac est livide, les roulements de tonnerre se répercutent au loin; à 11 h. 30 m., l'orage est sur nos têtes; l’averse qui l'accompagne est telle qu'en une heure la plaine est submergée, l’eau n'ayant pas d'écoulement.
C'est le long d’un sentier disparu sous l’eau, que nous arrivons à la rivière Lo-Ao, devant laquelle mes gens s’écrient spontanément : « Ici finit la terre de M’pwéto, la terre de Boula-Matari; là (en montrant la rive gauche) c’est la terre anglaise ! »
Nous franchissons cette frontière rationnelle et entrons dans le petit village de Mokakana, qu'une heure et demie de pluie d'orage a complètement inondé; les huttes n’émergent de l’eau que grâce à leur petit dé de terre abattue.
Je m'installe dans l’une d'elles, en compagnie de nombreux rats très familiers; le vieux petit chef du village est complaisant au possible; on apporte force œufs, poules, farine, arachides.
De nombreux petits chefs viennent offrir le mirambo (présents de bienvenue).
Passé l’après-diner à terminer une longue correspondance pour l'Europe.
Mercredi, 2 novembre 1898.
Nuit assez fiévreuse.
Levé à 7 heures, suflisamment reposé pour pouvoir prendre l'itinéraire.
Au départ de Mokakana, la route (large de 2,50}, pique sud-est; à la bonne terre noire des plantations du village succède bientôt le sable, un gros sable avec gravier, dénonçant bien lancienne extension du lac; dans ce sable, la marche est lourde et fatigante; partout se montrent des vignes sauvages, des asparaginées, des liliacées, des saucissonniers; sur la route circulent en bandes de petites araignées en velours rouge, dont je recueille de nombreux spécimens (depuis classés par M. De Pauw).
Pendant la première partie de l'étape, on ne voit pas le lac, que dérobe un rideau de végétation où marquent de superbes saucissonniers; puis, au bout de quarante-cinq minutes, une percée dans une sorte de
sous-bois nous met au bord du lac, sur une superbe plage qu'envierait la plus favorisée des stations balnéaires.
Il n’est pas 9 heures et le soleil ne pèse pas encore; son éclatante lumière moire la surface des eaux que ride à peine une légère brise; des culs-blanes, des chevaliers armés, des aigrettes se promènent le long de la laisse du flot qui constamment déferle, repoussant puis ramenant le bourrelet de coquillages que les eaux apportent sans trêve, et dont beaucoup prodiguent aux yeux charmés du voyageur leurs délicates nacres irisées.
Maintenant, la route suit le bord de l’eau; même les noirs préfèrent marcher sur la partie du sable bien imprégnée d’eau, où la marche est moins fatigante, le sol étant moins meuble.
Des groupes d'indigènes nous croisent, venant de Ki-Engué; tous sont confiants et nous saluent d'un amical bonjour.
Une pleine heure de marche le long de la grève nous rapproche des collines formant avant-plan à la ligne de hauteurs bordant la rive orientale (rive anglaise) du Moéro; ces hauteurs s'appellent ici Mochongo.
Au moment d'y arriver, le sentier s'écarte un peu du bord de l’eau, pour traverser une partie de bonne terre noire, où pâture un troupeau d'une vingtaine de têtes de gros bétail; puis, nous arrivons en pleine rot h: (gneiss), sur laquelle on grimpe de quelque 20 mètres pour traverser le gros village Ki-Engué, puis entrer dans le boma de la factorerie anglaise du même nom; l'étape a couvert 11 kilomètres en 2 heures 16 minutes.
Le chef de factorerie, M. Johnstone, au service de PAfrican Lakes Coorporation depuis sept ans, paraît un très bon agent, sérieux et actif.
Entourée d’une palissade bien faite et très régulière, la station est éminemment propre; les bâtiments, bien compris, sont bien entretenus.
Je trouve M. Maffei toujours dans le même état; nous prenons toutes dispositions pour qu'il puisse partir demain matin.
Dans l'après-midi, je puis jeter un coup d'œil de détail sur le poste; c’est avec plaisir que je constate que ses constructeurs n’ont pas suivi les ordinaires errements, mais qu'ils ont soigneusement respecté les quelques arbres de la brousse qui se trouvaient sur l'emplacement choisi pour y élever la factorerie, du moment qu'il n'y avait pas nécessité absolue de les jeter bas; quand auront pris corps et abondante frondaison les arbres utiles qui ont été introduits ici, il sera temps encore de sacrifier les autres; beaucoup de fleurs en parterres, et, le long de la palissade qui enclôt la factorerie, force plantes grimpantes, entre autres des grenadilles couvertes de fleurs et de fruits, dont quelques-uns déjà mürs; avec l’autorisation du maitre de céans, je m'octroie ces derniers.
A signaler de jeunes élais venant de Pile Kilwa {sud du lac Moéro).
Je recueille de la bouche de M Johnstone un certain nombre de renseignements très intéressants à con- CE] signer :
De mai à octobre, il souffle un vent régulier du sud, très fort de 8 à 10 heures jusqu'à 17 heures; la direction du vent permet de faire, en bateau à voile, la traversée du lac de l’est à l’ouest et vice-versa ; aussi, le trajet Ki-Engué—M'pwéto et retour est alors facile. Mais pour se rendre vers le sud du lae, il faut attendre la nuit et naviguer soit à la rame, soit à la perche.
Ce vent s'appelle Ka-Winsa.
D’octobre à mi-avril peu de vent; on doit alors beaucoup naviguer à la rame et à la perche.
La factorerie achète par mois une moyenne de 1 !/, à 2 tonnes de caoutchouc de landolphia; M. Johnstone dit que ce caoutchouc lui est apporté du sud du lac; iei, il n’y en a pas, non plus que dans toute la plaine au nord du Moéro.
La livre de caoutchouc se paye à l’indigène 4 à 4 t/, pence; le transport jusqu’à Londres coûte à peu près autant, ce qui laisse — à la livre de caoutchouc — un bénéfice de 1 !/, à 2 shillings.
M. Johnstone me confirme que les populations qui avaient fui lors de la domination arabe, reviennent peu à peu; ainsi, il y a deux ans, il n’y avait que quelques huttes au nord du lac; maintenant il y en a plus de vingt-cinq petits groupes.
A propos de cet intéressant renseignement, il y a lieu de remarquer que l'agent anglais de Ki-Enguë (qui me le fournit) sait très bien ce qui se passe dans la plaine nord Motro, parce qu'il est ici depuis longtemps et
ASE
qu’il est souvent hors de chez lui, soit pour chasser, soit pour des recrutements; nos agents, au contraire, sont trop peu souvent hors de leurs postes; ainsi, en quittant M'pwéto, j'avais été prévenu que je ne trouverais pas, sur la route, de hutte assez bonne pour pouvoir m'y installer, et qu'il me faudrait dresser ma tente; en réalité, j'aurais pu m'installer sans tente dans quatre groupes différents, échelonnés sur la route Mpwéto- Ki-Engué; et, ainsi que je l’ai signalé, j'ai compté plusieurs autres groupes à proximité de la route.
Chose à noter, il semble qu'ici, comme dans les autres parties du Congo que j'ai connues, les confédérations en grands villages agglomérés ne se reforment pas, la puissance protectrice des Européens les rendant inutiles ; toutefois, comme nous l’avons dit, les petits groupes de la plaine nord Moéro reconnaissent l’autorité du chef Mpwéto et disent : « Nous sommes des »’toto (enfants) de M'pwéto, qui est homme de Boula- Matari. »
Et partout les chefs avec leurs gens sont venus au-devant de moi, les femmes poussant leurs ordinaires clameurs de bienvenue.
On se rappelle qu'à Moliro j'avais tourné le dos à un Anglais mal famé; les renseignements supplémentaires que je recueille sur son compte nous montrent que Je n'ai eu que trop raison; ledit monsieur ne vit que d’expédients et est beaucoup moins grand chasseur qu’on le prétendait.
I y a au Moéro, comme « collector » (fonctionnaire correspondant à nos commissaires de district), un diplomate, alors qu'il y faudrait un homme d'action; d’après M. Johnstone, ce qu'il faudrait ici, e’est un homme à poigne pour agir vigoureusement contre les diverses colonies arabes qui entravent ici considérablement le commerce européen, et sont un permanent danger.
« Tous ces Arabes — me dit le chef de factorerie — sont en continuelles relations entre eux à grande distance; et J'ai toujours su par eux, longtemps avant les agents de Mpwéto, ce qui se passait chez les révoltés du nord. »
Toujours d’après M. Johnstone, l’action de la British South Africa Company (B.S. A. C ) n’était guère gouvernementale; la puissante compagnie demandait seulement pour le moment, à ses agents de la région des lacs, de lui donner le moins possible signe de vie; on faisait acte de présence, se bornant à assurer quelques services : routes, courriers et rentrées d'impôts là où c'était possible; aucune action militaire importante.
Aussi avait-on déjà eu plusieurs fois des déboires avec le chef
Ka-Zembé du Lou-Apoula, qui se moquait de la compagnie comme une girafe d’un faux-col; en revanche, le même
Ka-Zembé était des plus accueillant à certains aventuriers,
Tan anika
venus on ne savait d’où, écumeurs de la brousse, à peine dignes de la corde pour les pendre.
Mais, pour le moment donc, la B. S. A. C. dormait, attendant pour s’éveiller la découverte, escomptée, de mines exploitables.
On parle surtout d’or; on cite les places où il a été
Messe
constaté, et voici même un intéressant document : c’est une carte-esquisse des régions prospectées par M. A..., ingénieur anglais; à défaut de plus, elle prouve que ce n’est pas d'aujourd'hui que les prospecteurs aflirment avoir trouvé l'or dans la région des lacs; la carte-esquisse que nous reproduisons ici date de 1896, soit de six ans déjà. Sa publication n’a pas suffi à provoquer l’activité de la B. S. A. C. Un malheur de cette inaction actuelle des Européens était de les porter presque tous à l’alcoolisme d’abord, à la morphinomanie ensuite.
Il faut bien tuer le temps, n’est-ce-pas, à défaut pour ceux qui en ont toujours trop, de ne pouvoir le vendre à ceux qui n’en ont jamais assez.
Jeudi, 3 novembre 1898.
Pluie nocturne se continuant pendant la matinée.
A 9 heures, M. Maffei peut prendre la route de l’est, vers l’Europe. Après son départ, je prends la route de l’ouest pour regagner Mpwéto.
A midi, arrivée au village Mokakana, où je retrouve ma hutte en bon ordre; bruyante réception de la population, qui apporte quantité d'œufs, plus de 150, qui seront les bienvenus à Mpwéto.
Avant de quitter la factorerie de Ki- Engué, j'y ai fait une commande d’étoffes ; ; le ballot de calicots (240 yards) coûte ici > livres 5 shellings; il est moins bon et moins apprécié des indigènes que notre americani.
J'ai conclu aussi arrangement pour la location du schooner à voiles le Léopold 11 | appartenant à la Compagnie des Laes, et qui transportera une partie de nos charges au sud du lae Moéro, à raison de 5 ‘/, livres par I ASTR \ voyage de 70 charges.
Vendredi, 4 novembre 1898.
Levé à 5 1/, heures. Temps couvert, pluvieux.
Départ à 6 h. 25 m. Au sortir de Mokakana, on traverse la rivière Lo-Aô, large de 4 à 5 mètres, avec 40 à 50 centimètres d’eau Le schooner le « Léopold II » sur le lae Moéro (1893). claire; on foule une bonne terre noire de culture, où se voit une dépression, actuellement à see, se transformant aux pleines pluies en un large cours d’eau marécageux appelé Ka-Koma; vers l’amont de cette dépression, des poches d’eau existent toute l'année.
Une marche de 4 kilomètres nous met au village du chef Kazembé; toujours bonne terre noire sous une légère couche de sable; les plantations sont belles.
A l’ouest du village de Kazembé, le sentier se rapproche du lac; au sol de terre noire succède un terrain de limonite affleurante, ornementé de hautes euphorbes candélabres; iei se voient les restes du boma de Parangwa, Arabe défait et chassé par Kapouti (Jacques); l'endroit était bien choisi, distant de 250 mètres seulement du lac qu'on domine d’une douzaine de mètres, Ce serait un bon emplacement pour un poste européen.
De Mokakana jusqu'à ce boma abandonné, la route a gardé la direction est-ouest; maintenant elle s’infléchit vers le nord-ouest, traverse une forte dépression à sec et suit la rive du lac à faible distance Jusqu'au ruisseau Ki-Bamba; ce ruisseau, à sec en ce moment, est formé par un fort encaissement se remplissant d’eau aux pluies, ce qui permet alors aux poissons du lac de remonter dans l'intérieur des terres: quand ensuite vient la baisse des eaux, les indigènes ont eu soin d'établir de nombreux barrages pour la capture des imprudents.
Nous sommes toujours sur des affleurements de limonite; le Ki-Bamba franchi, le sentier rapplique dans l’ouest jusqu’à M'pwéto; la bonne terre noire de culture se montre de nouveau avec les villages Souka et Tchiébélé, situés sur la rive gauche de la Lo’n’ginda, rivière large de 5 mètres, avec 40 centimètres d'eau claire, courant marqué, abords inondables; en ce moment de l’année, on traverse la Lo’n’ginda à gué, mais à la fin de la saison des pluies, la rivière devient grosse et le passage ne peut plus s’en effectuer qu'en pirogue.
La route traverse encore le village du brave petit chef Ka-Béké, à cheval sur le ruisseau Ou-Bozi, à sec,
puis le village Ka-Basa, pour s'engager dans les premières plantations de Mpwéto-Station, après avoir franchi un dernier ruisseau, le Ka-Ficia, à sec.
Il est 11 ‘/, heures quand nous rentrons à la station, ayant couvert environ 25 kilomètres en quatre heures >3 minutes.
Dès l'après-midi, reprise du travail à Mpwéto.
Pendant mon absence, M. De H. à recopié les observations météorologiques faites à Moliro ; d'autre part, j'ai établi précédemment des copies des courbes barométriques et thermographiques relevées en la même station. Maintenant, je vais m'efforcer d’en finir avec le calcul des longitudes.
De son côté, Michel développe ses plaques et prépare plusieurs caisses de collections qui partiront par la voie anglaise. Enfin, Dardenne à aquarellé une cinquantaine de fleurs, et plusieurs sites et scènes sont déjà sur toile.
Nous pourrons faire un important envoi de documents dans quelques semaines.
Bien que ce coup de collier soit écrasant, je pense qu'il fallait le donner : d’abord, pour suivre la recherche d'équilibre des instruments; en second lieu, pour ne pas laisser Bruxelles sous l'impression de seules mauvaises nouvelles (mort de De Windt et Caisley, repatriement de M. Maffei); il est bon qu'on sache
que — si amputée soit-elle en ce moment — la mission n’en est pas moins bien au travail.
A notre arrivée à M'pwéto-Station, l'eau du Moéro nous avait élé renseignée comme très mauvaise à boire, parce que, disait-on, chargée d’impuretés. À Ki-Engué, au contraire, M. Johnstone nous a dit qu'il n’en employait pas d’autres, et qu'il évitait même de la filtrer, bien qu'il eût deux filtres à bougies; il craint que celles-ci, à la longue, ne se chargent de microbes (je donne, bien entendu, cette opinion sans plus, ne la combattant ni ne l’appuyant); il trouve, d’ailleurs, Peau du lac excellente et prend seulement la précaution de la laisser déposer quelques heures avant de l’employer, car l’eau contient souvent des corpuscules divers en suspension, mais non en décomposition.
En réalité, on ne voit pas pourquoi l’eau du Moéro ne serait pas une excellente eau potable; le Moéro est une véritable mer à écoulement continu, à aération complète et active, à flots limpides; si son eau n’était pas bonne, il faudrait désespérer d’en trouver jamais en Afrique. La vérité, c’est qu'il ne fallait pas aller puiser Peau à la rive du poste, mais la faire prendre par des pirogues à 1 ou 2 kilomètres en plein lac, en dehors des contre-courants et des remous existant au goulot de déversement de cette vaste nappe d’eau, contre-courants et remous où s'accumulent et stagnent à la fois les débris charriés d’amont par les eaux et ceux provenant de la population noire du poste lui-même.
Au surplus, personnellement, je n'ai jamais hésité à employer l’eau du Congo en n'importe quel point de son cours, du moment qu’elle était prise en plein courant; d’ailleurs, comment font les indigènes?
Tout ce que peut exiger l'estomac le plus délicat, c’est que l’eau prise ainsi en plein courant du grand fleuve, soit filtrée. Il va de soi que si une station, même située sur une importante rivière, dispose d’une source, il arrivera le plus souvent que l’eau de cette source sera supérieure à celle de la rivière.
Préparé l'observation du passage de la lune (2° bord) pour aujourd’hui et pour demain.
Vers 14 heures, tonnerre lointain. Durée d’insolation : T */, heures. Maxima diurne : 28°,5.
Observation complète de latitude et d'heure par 13 étoiles: il est 21 heures quand nous nous couchons, laissant le cercle méridien sur le pilier en maçonnerie qui a été construit pendant mon excursion à Ki-Engué ; nous n’enlevons pas l'instrument pour n’en pas modifier la déviation azimutale (réduite à une très faible valeur au début de l'observation), car nous reviendrons à l'appareil de la seconde moitié de la nuit; le chef de la grand'garde recoit l’ordre de venir nous réveiller quand la lune sera en un point du ciel que nous lui montrons.
Samedi, 5 novembre 1898.
A l'heure dite (3 !/, heures), nous sommes avertis; le ciel est convenable, nous pouvons prendre la lune avec 6 étoiles ; il est passé à heures quand lopération est achevée; le petit jour se dessine et il ne vaut plus la peine de se recoucher.
Coups de tonnerre lointains deux fois dans la journée : à 10 !/, heures et à 16 !/, heures.
Nébulosité passant de 3 (à 6 heures) à 8 (18 heures). Maxima diurne : 50°,5.
Journée de calculs.
Dimanche, 6 novembre 1898.
Quand, à 4 heures, la sentinelle vient nous éveiller, nous ne pouvons que pester contre le lourd manteau de nuages qui charge tout le firmament.
Recouchons-nous bredouille.
Minima nocturne : 20°,1.
Rédigé des instructions destinées à Dardenne ; notre camarade devra, en
effet, partir demain avec la barque qui
arrivera de Ki-Engué; il ira s'installer Indigènes de l’Ou-Roua. chez le chef Ki-Lomba, au sud du lac Moéro, où il fera la réception de nos approvisionnements, que je lui expédierai d'ici par eau et qu'il réexpédiera par terre vers Lofoï.
Écrit au chef de la zone Ka-Tanga pour lui faire connaitre la chose. Enfin préparé l'observation du passage de la lune.
Durée d’insolation : 5 heures. Maxima diurne : 299,
Lundi, 7 novembre 1898.
A 4h. 45 m., nous sommes à l'observatoire; le ciel n’est pas beau, mais peut-être réussirons-nous à pincer une fois encore dame Phébé! Vain espoir! La blonde dame passe au méridien, voilée d’un voile épais de lourds nuages.
Encore une observation perdue !
Minima nocturne : 209,4.
Vers 8 h. 30 m., tonnerre éloigné, grondant toute la matinée.
A 10 h. 20 m. arrive la barque de Ki-Engué apportant la commande que j'avais faite à la factorerie des Lacs; on décharge lestement, puis on embarque le premier convoi en destination du sud du lac; à 15 h. 30 m. la barque s'éloigne à la rame.
Recu la visite des chefs La-Lamata et Niemba-Kounda de lOu-Roua: ils sont accompagnés d’une suite nombreuse, dont un orchestre de petites flûtes et de tambours: curieuses coiffures; allures beaucoup plus expressives que ce que nous avions vu jusqu'ici.
Chef de l’Ou-Roua.
Depuis huit mois, je m'occupe à régler le demi-chronomètre de temps sidéral ; à notre arrivée à M'pwéto, ce demi-chronomètre avait une variation de plus de deux minutes par jour; j'ai ramené cette variation à n'être plus aujourd’hui que d’une couple de secondes sur le temps sidéral; reste à voir si cet état se maintiendra.
Dès maintenant, je dois dire que non, et que le demi-chronomètre ne put jamais fournir d'indications acceptables pour des observations de précision.
Durée d’insolation : 1 heure; la nébulosité a passé lentement de 10 (6 heures) à 8 (18 heures). Maxima diurne : 28°,4.
Mardi, 8 novembre 1898.
Minima nocturne : 21°.
Passé une excellente nuit, bien que depuis cinq jours Je sois très agacé d’une écorchure à la main droite produite par l'enveloppe en fer-blanc d’une caisse de perles; cette écorchure s’est enflammée; la première phalange du médius est maintenant en compote et, forcément, on ne peut toucher à rien sans plus où moins froisser la partie blessée.
Journée de calculs.
Durée d’insolation : 5 heures.
Maxima diurne : 509,5.
Nous faisons ce soir une observation complète de latitude et d'heure, par 12 étoiles, au moyen du théodolite d’'Hurlimann, afin de comparer les résultats obtenus par cet instrument, moins délicat, avec ceux de l’excellent cercle méridien de Secretan.
La latitude trouvée au théodolite, par cette seule observation, se trouve différer de 15 secondes seulement de la valeur déterminée au cercle méridien, ce qui est éminemment satisfaisant, la limite des lectures possibles au limbe du théodolite étant précisément de + 15 secondes. Quant à l'heure trouvée par le théodolite, elle ne diffère du résultat obtenu par le cercle méridien que de (0,79, résultat entièrement satisfaisant.
Mercredi, 9 novembre 1898.
Minima nocturne : 209,6.
Courrier d'Europe arrivant via Moliro.
Vers 11 heures, coups de tonnerre assez rapprochés, suivis de quelques gouttes de pluie. Durée d’insolation : 2,75; la nébulosité a passé de 9 (6 heures) à 6 (18 heures). Maxima diurne : 27°,5.
Jeudi, 10 novembre 1898.
Minima nocturne : 19,3.
Vers 5 h. 15 m., violente tornade faisant trembler les maisons: vers 6 heures, pluie légère, donnant 3], de millimètre d’eau aux udomètres.
Quatre pirogues, chargées de DS caisses, partent ce matin pour nous vers le sud du lac; pour activer l’évacuation de nos approvisionnements, j'ai dû faire accord avec les riverains du lac et confier nos charges à d’ordinaires pirogues.
La barque de la mission anglaise de Loanza n’a pu encore être mise à notre disposition, ce qui m'a engagé à recourir aux frêles pirogues qui, toutefois, feront, sans accident important, une bonne partie de nos transports.
J'avais songé aussi à faire recruter des porteurs qui auraient effectué une partie des transports par terre; mais, après conférence avec les intéressés, il m'a paru plus expéditif de tout transporter par embarcations.
De nouvelles pirogues, promises pour cette après-midi, n'arrivent pas.
Durée d’insolation : 4 heures.
Maxima diurne : 26°,4.
Vendredi 11 novembre 1898.
Minima nocturne : 19°,7.
Mauvaise nuit, sans sommeil. Mes « appartements » ont été envahis par d’audacieux rats; d’autre part, je souffre assez bien des plaies envenimées provoquées à la main droite par des déchirures faites, je l'ai déjà dit, en manipulant une caisse de perles; ces plaies prennent des allures de sarnes; l'embétant est que ces deux bobos sont très mal placés, l’un étant dans le pli du pouce, ce qui m’empêche d'écrire vite, l’autre se trouvant sur le médius et me gènant particulièrement dans la manipulation des instruments.
Courrier de M'towa, arrivant par Moliro.
Vers 12 heures, quelques gouttes de pluie; vers 15 h. 50 m., même phénomène et coups de tonnerre lointains; vers 14 h. 30 m., violente pluie d'orage.
Durée d’insolation : 0",35; la nébulosité a été complète presque toute la journée.
Maxima diurne : 25°,2.
Michel brusquement pris de fièvre dans la soirée.
Samedi, 12 novembre 1898.
Minima nocturne : 180,9.
Michel va mieux ce matin; de mon côté, je me sens fatigué du gros travail de calculs et de mise au net des résultats pour envoi à Bruxelles.
Pluie calme dans la matinée.
Deux pirogues partent pour le sud du lac.
Durée d’insolation : 31,70.
Maxima diurne : 27°.
Dimanche, 13 novembre 1898.
Minima nocturne : 19°,2.
Mauvaise nuit; déjeuner suivi de vomissements. Quelle veine d’avoir l'estomac d’une si grande complaisance !
M. De H., pris de fièvre, doit se coucher.
Depuis l’aube jusque vers 9 heures, tonnerre lointain. Vers 8 h. 30 m., pluie légère.
Vers 15 h. 30 m., tonnerre éloigné; vers 17 h. 30 m., de nouveau pluie légère.
Durée d’insolation : 4,70.
Maxima diurne : 25°,7.
Lundi, 14 novembre 1898.
Minima nocturne : 18°,9.
De nouveau, la nuit a été mauvaise pour moi; je me lève non reposé.
Vers 10 h. 30 m., rafales suivies d’une assez forte pluie d'orage; vers 16 h. 30 m., tonnerre lointain. Durée d’insolation : 2,75.
Maxima diurne : 25°,5.
Mardi, 145 novembre 1898.
Nuit plus mauvaise encore que les précédentes; insomnie absolue; levé très mal disposé.
Comme c’est aujourd’hui la fête onomastique du Roiï-Souverain, ainsi que disent les documents officiels, J'ai fait organiser des réjouissances pour les noirs du poste et des environs. Je ne puis malheureusement pas y assister, me lrouvant trop mal à l'aise, d'autant que vers 9 heures, je suis pris de vomissements. J'essaye de réagir en me mettant au travail, moyen qui m'a souvent réussi; mais bientôt je dois interrompre tout calcul et me coucher, secoué d’un violent accès de fièvre froide; il me faut garder le lit toute la journée avec trois accès de vomissements bilieux.
Le soir me trouve un peu mieux.
Un courrier insignifiant est arrivé aujourd'hui de Mtowa : un paquet de journaux et une lettre adressée à M. Michel, mais qui est d’abord allée se promener dans l'Ouellé.
Durée d’insolation : 51,95.
Maxima diurne : 289,2.
Mercredi, 146 novembre 1898.
Minima nocturne : 199,2.
La nuit a été assez convenable, quoique mes amis les rats aient avec insistance passé leur temps à ronger les cordes de ma couchette. Ces cordes, faut-il dire, sont en peau d’antilope; on les obtient simplement en découpant en lanière continue une peau bien séchée, et puis en tordant cette lanière sur elle-même; ces cordes sont très solides; elles ont, toutefois, un grave inconvénient; les rats en sont on ne peut plus friands; le sommier du lit qui m'attendait à M'pwéto ayant été confectionné au moyen de pareilles cordes, ma couche fut bientôt envahie chaque nuit par d'impudents rongeurs que rien ne mettait en fuite : ni le jus de tabac dont je fis enduire les cordes, ni la gymnastique continue que j'exécutais chaque nuit pour les assommer à coups de babouches, ni — dérision — ia présence de deux chats dans la chambre; je dus finir par réparer mon lit au moyen de cordes ordinaires.
Vers 9 h. 30 m., forte pluie d'orage jusqu'à 11 h. 30 m.; l'orage est zénithal; les pluviomètres accusent gomm 5 d'eau.
Arrivée du schooner de la mission de Loanza, de son nom indigène M'timou wou Imani(?); ce schooner, conduit par un capita noir, apporte à la station de Mpwéto un peu de calcaire recueilli dans l’île Kilwa, au sud du Moéro; malheureusement, ce calcaire ne convient pas à la fabrication d’une chaux même mauvaise.
En voyant repartir le schooner, qui emporte vers le sud du lac un chargement pour nous, je me dis que la navigation sur le Tanganika, comme sur le Moéro, se faisant, en ce moment surtout, à l’aide de grandes barques à voiles (daw arabes ou schooners en fer), il y aurait un sérieux avantage à envoyer comme chefs de poste à Moliro, Mpwélo et autres stations riveraines, des marins auxquels la voile serait familière. Des steamers ont été lancés sur ces grands lacs, mais la navigation à voile s’y pratiquera longtemps encore, si pas toujours; il est à espérer que, pour cette dernière, on pourra profiter de l'expérience des capitaines envoyés pour la conduite des vapeurs.
Achevé ce jour le long et délicat calcul des longitudes de Moliro à M'pwéto, et de la reconnaissance à l'étang Souzi; achevé aussi Paltimétrie et commencé le travail magnétique. Le sous-lieutenant Fromont — qui était la complaisance en personne — recopiera tout ce travail,
VDS
tandis que M. De H. recopiera le travail météorologique, le tout devant être envoyé sous peu au gouvernement.
Michel fait une nouvelle détermination de la différence d'altitude entre la chambre des baromètres et anéroïdes et le niveau du lac.
Vers 15 heures, légère reprise de la pluie.
Durée d’insolation : À heure.
Maxima diurne : 24°,1.
Jeudi, 17 novembre 1898.
Minima nocturne : 18°.
La nuit a, une fois de plus, été inclémente pour moi; je m'étais couché fiévreux et il a fallu deux heures et demie pour que la transpiration commençat à se reproduire; mais, quand elle apparait, ça va vraiment bien: à minuit, sous mes cinq couvertures, je suis dans un bain jeune lurc. Après avoir changé de chemise je voudrais bien aussi changer de draps, mais mes galopins de boys ne parviennent pas à en trouver de rechange.
Le jour venu, impossible de me lever. La journée est perdue pour moi.
M. De H. reste couché toute la journée.
Vers 10 heures, quelques gouttes de pluie.
Vers 14h. 30 m., tonnerre lointain.
Durée d’insolation : 5n,95.
Maxima diurne : 27°,9.
Vendredi, 148 novembre 1898.
Minima nocturne : 189,7.
Nuit mauvaise. Quelle série à la noire ! Levée, la tête à la fois vide et lourde.
Vers 8 h. 15 m., pluie légère.
Reçu une très amicale lettre du capitaine Boileau, cet officier anglais, membre de la commission anglo-
È allemande de délimitation de la frontière Nyassa-Tanganika, avec lequel (on s’en souviendra) nous avions voyagé depuis l'embouchure du Zambèze jusqu’au nord du Nyassa.
Il m'apprend que les travaux de la commission se sont achevés dans des conditions absolument satisfaisantes : « Nous avons (c’est le capitaine Boileau qui parle) travaillé tout à fait indépendamment de nos confrères allemands, mais nous avons opéré une jonction à mi-route pour comparer nos résultats; et je suis heureux de dire que, sur 100 milles, notre différence en longitude est de 4" (secondes d'arc), et notre différence en latitude d'environ 2».
Et l’officier anglais continue : « Jai pris vraiment plaisir à mon voyage en Afrique, et J'espère, avant qu'il soit longtemps, me retrouver de nouveau ici. »
Ce m'est une satisfaction de consigner pareille appréciation sur l'existence que l'Afrique, comme tout pays neuf, peut offrir à qui jouit de facultés d’observateur et de chercheur.
Michel détermine une troisième valeur de la différence d'altitude entre la chambre du baromètre et le niveau du lac; cette troisième valeur reste identique à celles déjà trouvées.
Après avoir préparé l'observation du passage de la prochaine lune {1° bord), qui pourra commencer le 20 courant et se répéter jusqu’au 26, je me sens de nouveau abattu. Inappétence complète.
Durée d’insolation : 21,95.
Nébulosité variant de 8 (6 heures) à 10 (18 heures).
Maxima diurne : 26°,5.
Samedi, 19 novembre 1898.
Minima nocturne : 20°.
Ma nuit a été misérable; insomnie fiévreuse absolue jusqu'à 3 heures. Le jour me trouve accablé d’un mal de tête sans nom; impossible de me lever dès 6 heures.
Dans la matinée, nous avons occasion d'observer un fort curieux phénomène : des éphémères, de leur nom indigène koungou, sortent des eaux du Moéro en quantité si colossale que leurs épais nuages simulent, à s’y méprendre, de véritables trombes; nous en avions déjà entendu parler sur le lac Nyassa, où le phénomène se produit également, tandis qu'il n’a pas été — du moins à notre connaissance — signalé sur le lac Tanganika.
Aujourd'hui done, dès le matin, une énorme masse sombre, dont la forme en nuage se modifie incessamment, s’avance lentement, venant du sud et se déplaçant à la surface des eaux, vers la rive nord, avec les allures d’une trombe qui aurait giré lentement.
Cette masse arrive Jusqu'au goulot d’écoulement du lac, se heurter au cap de hauteurs formant la pointe sud-est de ce goulot, ce qui
provoque la dispersion des bestioles; les koungou envahissent ainsi nos chambres; étaient comme de petits moustiques blancs et verts, n'ayant heureusement rien des furieux appétits de ces « fauves » en miniature.
Une curieuse photographie avait pu être prise au moment où le nuage ailé arrivait à la pointe rocheuse où il allait s’écraser et se dis-
loquer; ce nuage simule, sur la photographie, Nuage de mouches Kou-n'gou sur le lac Moéro. une tache qui ferait bien considérer le cliché
comme voilé; en réalité, le cliché est parfait et montre nettement le noyau très sombre du nuage, dont la densité va en”diminuant de plus en plus vers les bords.
Vers 12 heures tonnerre lointain; une demi-heure plus tard, éclairs et violents coups de tonnerre rapprochés. Vers 15 h 30 m., quelques gouttes de pluie.
Retour du schooner le Léopold IT, parti le 7 au soir avec Dardenne, et arrivé au village Ka-Béça le 19, dans laprès-midi.
Dardenne m'écrit :
« Je suis arrivé le samedi 12 novembre à 14 h. 30 m., après une traversée des plus calme, sauf une tornade qui nous à assaillis le jeudi 10 courant, au petit jour. Déjà le bateau avait été évacué par les soldats et leurs femmes, et j'allais faire comme eux, lorsque, monté sur le pont, je constatai que nous n'’étions qu’à une soixantaine de mètres de la rive. Ce voyant, je préférai rester sur le bateau jusqu’à la dernière minute, plutôt que d'aller me faire mouiller à la rive; je me trouvai bien de cette décision, car, vers 9 heures, le temps se remettait au beau et nous pouvions continuer notre route.
« Les rives du Moéro sont extrêmement monotones : collines peu élevées, boisées, laissant parfois apercevoir la roche, de couleur rougeûtre, disposée par couches horizontales qui la font prendre pour des murs eyclopéens; à leur base des bouquets d’ambachs, s’avançant plus ou moins dans le lac, rendent l’accostage assez dificile.
« À deux endroits plus découverts, par exemple ici, chez le chef Ki-Lomba, les ambachs sont suivis d’un marais où l’on enfonce jusqu'au ventre, ce qui a rendu le déchargement assez difficile, et m'a obligé à prendre quelques hommes du village pour avoir fini à la nuit. Car le poste noir, ou je suis installé, est très éloigné du lac et non contre la rive même, comme je me le figurais.
« Le soir, j'ai failli avoir comme début un accident très grave; tel quel, il suflit déjà. La cuisine, luxueusement composée d’un auvent en paille, situé à quelques mètres de la maison, a pris feu; mon pichi (cuisinier), qui a voulu y chercher quelque objet, est arrivé au moment propice : tout lui est tombé sur le dos!
« Les soldats se sont précipités pour le retirer de là.
« Le pauvre diable est assez fortement brülé au dos et à l'épaule. Je l'ai soigné de mon mieux : lotions à l’eau fraiche, puis compresses d'huile (ce qui fait un trou marquant dans mon quart de bouteille d'huile d'olive; je n’en avais pas d'autre). Ce matin, le boy vaquait à sa besogne comme si de rien n’était. Épatants, ces nègres !
« Je devrai élever un hangar, et ferai le légumier prescrit aux environs du poste; près du lac même, il n°v faut pas penser. Ici, l’eau est fort mauvaise, et donne un goût vaseux très prononcé à tout ce qu'on en confectionne. Vous n'aurez pas de trop de vos deux filtres lorsque vous serez ici; si les deux n'étaient pas nécessaires à M'pwéto, Je serais enchanté d’en recevoir un, car l’eau est par trop mauvaise.
« Tout est arrivé en bon état.
« Pour le moment il pleut.
« Dans les caisses de perles, celle qui était indiquée pour le pocho (solde des travailleurs et soldats) et le service du poste, ne contenait que de toutes petites perles bleues, dont j'ignore la valeur; j'ai ouvert une caisse H. A. H. N. n° 557, qui m'avait fourni de grosses perles comme celles que j'ai vu employer déjà et auxquelles je suis habitué; j'ai cru pouvoir en agir ainsi, afin de savoir établir mes comptes et aussi pour ne pas me faire voler outre mesure.
« Par le prochain transport, je voudrais bien avoir, si possible, un peu d'encre : ma bouteille se trouvait dans ma valise lors de la tornade; or, dans le remue-ménage causé par l'événement, ma valise a dégringolé et ma bouteille s’est ouverte, ce qui fait qu'il ne me reste plus qu'un petit fond du noir hHquide, ce qui ne pourra durer longtemps.
« Je vais bien, à part un peu d'asthme après la tornade, ce que j’attribue au bain forcé que j'ai pris à la fin de la nuit (alors qu'il faisait encore froid) ; il pleuvait autant dans la cabine que dehors.
« Espérons que la santé se maintiendra telle qu’elle est. »
« (Signé) DARDENNE. »
Dans l'après-midi arrivent en pirogue, venant de Ki-Engué, deux missionnaires protestants de Loanza ; Fun d'eux est en proie à un violent accès de fièvre. Tous deux passeront la nuit à la station. Durée d’insolation : 4°,50.
Maxima diurne : 27,5.
Dimanche, 20 novembre 1898.
Minima nocturne : 230,5.
Passé une nuit un peu meilleure. Je me lève, toutefois, fort cotonneux et un peu courbaturé.
Michel ne va pas bien; M. De H. doit continuer à garder la chambre.
C'est donc bien l’état sanitaire général qui laisse à désirer, et il est à penser que nous subissons tous l'influence d’une même cause déprimante. Il n’est pas impossible que cette cause ait son origine dans la quantité d'électricité qui se forme et se dégage chaque jour en cette saison, formation exagérée par la grande hygrométricité de l'air; personnellement, je ne crois pas fort à l'importance du «microbe » dans ces accès de fièvre qui
one
vous prennent et vous lächent de la façon la plus irrégulière, la plus inattendue ; je crois que souvent la fièvre — j'entends par là ce qu'on appelle communément de ce nom — est une sorte de déséquilibre, provoqué par une modification dans le mouvement du sang : nous sommes un foyer de chaleur, done de mouvement, et si — pour une raison quelconque — le mouvement circulatoire normal se modifie, tout se modifie en nous; c’est-à-dire que nous nous trouvons en état de déséquilibre mécanique pour un temps plus ou moins long; la seule chose à faire alors, à mon sens, est de ne pas entraver l’action de la nature, et de se contenter de se coucher et de se faire transpirer, en ne craignant pas de se soumettre de suite à la diète absolue; quant aux médicaments, je tiens qu'ils gènent beaucoup plus souvent qu'ils n’aident.
Retour des pirogues parties le 10 novembre dernier pour le sud du lac; elles ont donc mis deux jours de moins que le schooner, pour faire le trajet aller et retour ; l’une des pirogues a été renversée par un hippopotame, mais toutes les charges ont pu être repèchcées.
Comme hier, de nouvelles nuées de « koungou » s'aperçoivent à l'horizon du lac. J'apprends que le noir, qui est décidément un être pratique, se fait de l’éphémère « koungou » un régal culinaire.
Il étend de grandes nattes contre lesquelles les « koungou » viennent s’écraser ; on les ramasse alors pour en confectionner, avec de l'huile, des gâteaux que l’on passe au feu, et qui servent d’assaisonnement aux vastes écuelles de pâtés de maïs, de sorgho et de manioc.
Vraiment on est tenté de dire : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. »
Vers 15 et 16 heures, tonnerre éloigné. A 17 heures, violent orage, venant du sud=sud-est, et donnant aux pluviomètres 40,5 millimètres d'eau.
Durée d'insolation : 7,75.
Maxima diurne : 28°,9,
Nous pouvons prendre une observation complète (la lune et 11 étoiles).
Lundi, 21 novembre 1898.
La nuit à été meilleure pour moi; Michel va couçi couça, souffrant d'une toux nerveuse.
M. de H. malade, au lit.
Dans la matinée, on nous apporte un animal que nous voyons pour la première fois; &’est l’'oryetérope du Cap, appelé au Transvaal et dans le Sud-africain «cochon de terre ».
Ce mammifère est une rareté dans le Congo central et, plus généralement, dans l'Afrique intertropicale.
Au temps de Buffon, on le regardait comme un animal fabuleux; le grand naturaliste contestait même la description qu’en avait donnée Kolbe, au commencement du siècle dernier, description qui était pourtant complète.
Lorsque le géologue Cornet signala loryetérope au Ka-Tanga, ses dires ne rencontrèrent qu'une maigre ‘créance.
Or Cornet était dans le vrai, ainsi qu'en fait foi l’exemplaire que Michel mit en peau au Moéro, et qui peut être vu au Musée de Tervueren; c'était un spécimen tout jeune (deux mois, disaient les indigènes qui l’apportèrent) ; il n'avait pas de dents; son allure générale était celle d’un cochon; quatre doigts avec griffes énormes aux membres de devant, cinq idem à ceux de derrière; longues oreilles; tête en museau; longue langue en bourrelet; queue grosse, ronde et longue se terminant en pointe. (Voir la planche en couleurs.)
Plus tard, à Lofoï, un second spécimen plus grand fut mis en peau, qui peut aussi être vu à Tervueren.
L'oryetérope peut atteindre la taille d’un bon cochon; il se terre profondément dans des retraites qu'il creuse lui-même; on ne le voit jamais, à moins que de rester de longues heures à l’affüt; les indigènes le prennent au piège, au moyen d'énormes lacets tendus à l’entrée des terriers.
Avec un autre fourmilier, — celui-ci bien connu dans tout le Congo, — et qui n’est autre que le pangolin (Manis temmincki), l'oryctérope vit presque exclusivement de fourmis blanches.
Et ce misérable infiniment petit qu'est le termite a une importance si considérable dans l’économie des régions tropicales, qu'il pourrait avoir provoqué l’évolution de certains types spéciaux d'oiseaux et de mammifères. Parmi ces derniers, on peut signaler l’oryctérope et le pangolin.
Ce point me sembie digne de l’attention des spécialistes.
Changé les feuilles des enregistreurs.
Le diagramme de la marée barométrique continue à être régulier dans son allure générale; à remarquer que, certains jours, — qui sont précisément les jours de manifestations électriques violentes — la pureté du tracé est modifiée par une sorte de tremblé que nous avons déjà signale.
La température moyenne pour la semaine écoulée a été d'environ 2%, chiffre qui avait caractérisé aussi la semaine précédente.
Durée d’insolation : 4,95.
Maxima diurne : 259,7.
Pris une observation d'heure et de culmination lunaire; calculé l'observation avant de me mettre au lit.
Mardi, 22 novembre 1898.
Minima nocturne : 189,5.
De 5 à 7 heures, tonnerre éloigné.
Je me lève la tête lourde du travail d'hier soir. Durée d’insolation : 4,10.
Maxima diurne : 260,2.
>onne observation de culmination lunaire.
Mercredi, 23 novembre 1898.
Minima nocturne : 18°.
Vers 6 heures, violente pluie d'orage jusqu'à 7 h. 30 m.; forts coups de tonnerre éclatant sur nous.
Jai eu une nuit satisfaisante. Michel est toujours hors de son assiette, mais ne cesse pas un instant son travail.
Effectué les calculs de l’observation d'hier.
Expédié cinq pirogues vers le poste de Dardenne.
Vers 12 et 16 heures, tonnerre lointain.
De l’ouest sud-ouest, arrivent des bandes de sauterelles; l'air en est criblé; la nécessité de voler longtemps au-dessus du lac fait que les acridiens, fatigués, s’abattent dès la rive même du lac; sous leur nombre terrifiant, sombre tout ce qui est verdure.
Durée d'insolation : 2,95.
Maxima diurne : 25°,8.
Quoique l'observation de nuit soit génée par les nuages, nous pouvons prendre une observation d'heure ct de culmination complète (lune et 22 étoiles).
Jeudi, 24 novembre 1898.
Minima nocturne : 18°,9.
Ma nuit a été assez bonne; Michel, toussant toujours beaucoup, a fort mal dormi.
Constatation désagréable de l'existence des djiques, que nous n’avions pas encore vues depuis notre arrivée au Congo.
Nouvelles bandes de sauterelles rejoignant celles d'hier qui sont restées stationnaires dans la plaine, au nord du Moéro.
Calcul de l’observation d'hier.
Vers 13 heures, 15 h. 30 m. et 18 heures, tonnerre lointain. Durée d'insolation : 6,80.
Maxima diurne : 28°,9.
Observation de eulmination lunaire, par un ciel très nuageux.
Vendredi, 25 novembre 1898.
Bien dormi. Michel va mieux.
Encore des sauterelles arrivant pressées du sud-ouest et s’abattant dans la plaine nord Moéro, où sont toujours celles qui les y ont précédées hier et avant-hier; bientôt toutes les bandes se lèvent ensemble et disparaissent vers l’ouest en un redoutable nuage roux.
Dans quelques jours je recevrai de Dardenne une lettre datée précisément d'aujourd'hui, 25 novembre, disant : « J'ai assisté la semaine dernière au passage de nombreux vols de sauterelles se dirigeant vers le nord ; il ne s’est guère passé de journée qu'il n’en arrivät, toujours avec ie même bruit. »
Il semble bien que ce soit les vols du sud du lac qui arrivèrent à Mpwéto les 93, 24 et 25 novembre; d’après la lettre de Dardenne, ces bandes auraient mis une semaine pour arriver de Ka-Béça à M'pwéto; cela donnerait un déplacement de 25 à 30 kilomètres par Jour.
Pris pour la quatrième fois la différence d'altitude entre le niveau du lac et la chambre du baromètre.
Durée d’insolation : 1,50. Vraiment, on n'est pas gâté par le soleil en toute cette période marquée par un état sanitaire plutôt inférieur.
Maxima diurne : 26°,6.
Observation de nuit impossible; ciel chargé de mammato-cumulus d’un effet des plus pittoresque, mais désastreux pour l’astronome.
Samedi, 26 novembre 1898.
Minima nocturne : 19°,1.
La nuit a été bonne pour Michel et pour moi. M. De H. m'apprend qu'il est atteint du ver solitaire.
Vers 6 et 11 heures, tonnerre lointain.
Achevé la mise au net des observations astronomiques, magnétiques et altimétriques pour la section Moliro-Mpwéto.
Reçu un courrier d'Europe arrivé via le Nyassa.
Des noirs apportent un petit échassier blanc à huppe jaunâtre, ressemblant fort à un « grèbe »; c’est l’ardeola ralloides.
Durée d’insolation : 2 heures.
Maxima diurne : 26°.
Observation de nuit impossible; nébulosité : 10.
ip
Dimanche 27 novembre 1898.
Minima nocturne : 19°,5.
Passé une bonne nuit.
Nouvelle constatation bien agréable : des puces ont envahi notre logement, apportées sans doute par notre chienne « Gipsy », qui, outre sa mignonne personne, à la mauvaise habitude d'introduire ici ses amoureux, au grand désespoir de Michel, qui ne parvient pas à porter remède à la situation; à diverses reprises nous lui avons conseillé de culotter « Gipsy », mais notre ami a l’âme trop sensible, et quand il a une bonne fois sermonné la petite friponne, il la laisse de nouveau se livrer à tous les débordements d’une nature aussi expansive que réceptrice.
Mais ceci nous éloigne tant soit peu de choses sérieuses; et les puces qui commencent à nous harceler sont, croyez bien, chose grave; elles et les moustiques, et autres maringouins et sanguinaires bestioles, toujours assoiflées, ont la partie belle durant la nuit, car, à tout moment, on se trouve découvert. Aussi quelles démangeaisons avec écorchures consécutives! Le diable, c’est que celles-ci pourraient bien tourner à sarnes.
Une lettre de la mission de Baudouin-Ville au chef de poste de M'pwéto raconte que trois parlementaires noirs auraient été envoyés de Ka-Bambaré aux révoltés du Nord; deux auraient été massacrés incontinent, et le troisième, seul, renvoyé, après avoir subi d’atroces mutilations (mains, oreilles, nez coupés), pour dire que tel était le sort réservé aux blanes et à tous ceux qui leur resteraient fidèles.
Nous apprendrons plus tard qu’il n’y avait rien de vrai dans cette horrible histoire.
Vraiment, si sur place des racontars aussi épouvantables peuvent déjà prendre naissance et se colporter, on comprend de reste combien tout arrive démesurément grossi en Europe.
Expédié à Moliro six de nos caisses de vivres; remis le même nombre de caisses également à M'pwéto ; ces caisses seront tenues eu dépôt jusqu'au 1° juillet 1899, en prévision de larrivée possible d'agents envoyés pour remplacer feus MM. De Windt et Caisley.
Vers 13 heures, tonnerre lointain.
Durée d’insolation : 0°,80; nébulosité absolue presque toute la journée. Maxima diurne : 26°,8.
Soirée de pluie; observation impossible.
Dans la nuit, vers 3 heures, tonnerre lointain.
Lundi, 28 novembre 1898.
Minima nocturne : 18°,8.
Les udomètres accusent 3"%,7 pour Ja nuit.
Michel va couci coucça; il attribue son état de malaise quasi continu aux émanations de formol, savon arsénical et autres produits qu’il doit manipuler constamment pour la préparation des collections animales.
Le bateau de la mission anglaise revient du sud du laë, et repart aujourd’hui encore après avoir repris charges.
Entre autres choses Dardenne nr'écrit cette fois : « Reçu lettres et journaux. Merei de m'avoir envoyé ces derniers, car, tu comprends, l’eau du Moéro aidant, je commençais à avoir envie de... les lire! Mais maintenant je vais tout à fait bien, et, je ne sais si Je me fais illusion, mais il me semble que j’engraisse. Merci de la demi-bouteille d’absinthe et de la demi-qwetch; merci aussi de la caisse de cigares. Imagine-toi que moi, qui fume le cigare une fois tous les 32 du mois, il me prenait quelquefois l'envie, le soir, d'en avoir un à déguster.
« Mon boy brülé va beaucoup mieux; il ne se plaint presque plus, et les plaies se cicatrisent lentement.
« Toutes les charges sont bien arrivées, et je m’empresse de les faire remiser, car le ciel se couvre et le temps paraît devoir devenir diantrement mauvais.
« Région extrêmement giboveuse : zèbres, antilopes abondent; beaucoup d’hippos aussi.
« Le pays est fort beau, en s'éloignant dans la brousse à une assez grande distance du poste; c’est absolument le paysage romantique, le vieux parc seigneurial abandonné. Sauf pour nous, qui voyons la différence d’essences arborescentes si ressemblantes comme forme et comme port général aux arbres d'Europe, on ne se croirait pas en Afrique n’étaient, de loin en loin, les euphorbes qui paraissent énormes sur leurs termitières.
« Le terrain est très plat; vainement ai-je essayé de trouver une éminence pour voir le lac, dont l’approche est rendue très dificile par des marigots boueux, où l’on enfonce parfois jusqu’au ventre, en arrière d’une galerie d’ambachs masquant le lac. »
Vers 17 /2 heures, orage lointain.
Durée d’insolation : 4,75.
Maxima diurne : 26°.
Soirée couverte; observation impossible.
Mardi, 29 novembre 1898.
Minima nocturne : 18°,2. Les udomètres accusent 4%%,7 d’eau. La nuit a été bonne, malgré les ébats joyeux de nos amis rats, et les promenades louches des mille-pattes; le chat qui me tient compagnie n’en prend qu'un souci absolument nul.
Michel va mieux.
Vers 13 heures, tonnerre lointain. Durée d’insolation : 5,7.
Maxima diurne : 260,8.
La soirée se découvre assez pour permettre une observation complète de l'heure par seize étoiles. Malheureusement, le calcul, que j'effectue avant de me coucher, fait rejeter lobservation pour discordance trop marquée entre les résultats obtenus cercle est et cercle ouest; il est possible que le nivellement de l'instrument ait laissé à désirer.
Mercredi, 30 novembre 1898.
Minima nocturne : 15°,4.
Je m'étais couché à 1 heure, ennuyé d’avoir dû rejeter l'observation d'hier; la nuit s’en est ressentie.
L'état de santé de Michel laisse aussi à désirer; depuis tous ces derniers temps, pour une bonne journée mon brave compagnon en à deux mauvaises, et néanmoins il travaille tout le temps.
À 10 heures, les udomètres donnent 2"®,16.
A 11h. 30 m., important passage d'oies, volant en ordre {riangulaire composé, et venant de l’ouest—sudouest.
Le chef de poste me communique une lettre de son chef de zone disant, entre autres choses : « Le Ka-Tanga ne saurait fournir 500 porteurs sans faire fuir toute la population en territoire anglais, d'autant que lorsque M. Lemaire quittera Lofoï, il faudra lui procurer des porteurs à nouveau. Déjà les indigènes quittent le pays en grand nombre. »
La même note dominante — vrai leit-motiv des réponses qui me sont faites à propos des recrutements — continue done, pessimiste. Chose singulière peut-être, je ne m'en alarme pas, et l’avenir se chargera de justifier mon optimisme quand même.
Maxima diurne : 24,9.
Je puis prendre une bonne observation d'heure par 15
étoiles; calculs effectués de suite après l’obser- Yalion.
Jeudi, 1 décembre 1898.
Minima nocturne : 187,9.
Assez bien dormi en compagnie de légions de rats, dévorant de plus belle les cordes en peau dantilope et de chèvre dont est tressé le sommier du lit, qu'il faut réparer d'urgence le matin.
Terminé les croquis cartographiques au millionième (feuilles Delporte) des itinéraires Moliro-étang Souzi et Moliro-Mpwéto.
Copie de ces croquis est envoyée au chef de poste de Moliro avec les résultats d'observations relatifs aux points dépendant de ce poste; mêmes documents sont remis au chef de poste de Mpwéto; ces documents seront conservés aux archives des postes intéressés; copie en sera envoyée à M'towa, chef-lieu de la zone.
Retour des pirogues ayant transporté des charges au poste de Dardenne.
Extrait d'une lettre de notre ami : « C’est dommage que je n'ai pu ajouter le fourmilier (loryctérope, dont J'ai parlé précédemment) à ma collection de croquis en couleurs; ici, J'ai exécuté un certain nombre de croquis, mais l’occasion me manque de tirer des sujets intéressants; jai, toutefois, deux échassiers assez curieux, pour moi bien entendu, qui ne suis pas encore au courant de la faune du Congo. Peut-être ces deux spécimens ne valent-ils pas la peine d’un eroquis! En tout cas, je fais tout ce qui me tombe sous le pinceau : il sera toujours temps d'éliminer après. Je jouis en ce moment d’un sale temps.
« Ce matin, une caravane de 140 charges est partie pour Lofoi, »
Léger incident : Michel s'étant aperçu que sa chienne, plus amoureuse que jamais, était une fois de plus filée vers des aventures louches, avait mis ses boys à la recherche de la « Messaline à quatre pattes », en leur criant à diverses reprises : Nenda kamala n'boa mwangou na Wachenü! (Allez reprendre mon chien chez les Wachenzi !)
Il faut savoir que ce mot Wachenzi (Ba-Yanxi du Congo central) a été transformé par d’aucuns en une véritable injure; le mot signifie dans leur bouche « espèce de sauvage, homme des bois ».
Michel ne l'avait employé que dans le sens primitif de « indigènes ».
Or, le chef de poste a cru devoir le prévenir que les soldats se sont réunis pour protester contre le mot Wachenz.
« I] faut faire attention à ces hommes que vous ne connaissez pas, — ajoute M. Chargeois, — il ne leur en faudrait pas plus pour se révolter. »
Il y avait là évidemment une appréhension plus qu'exagérée, mais confirmant l’impression que j'avais déjà éprouvée au sujet du mauvais esprit régnant parmi les soldats noirs.
A 11 h. 30 m., tonnerre lointain; à 15 h. 45 m., même phénomène avec un peu de pluie. Durée d’insolation : 6 heures.
Maxima diurne : 27°,7.
Vendredi, 2 décembre 1898.
Vers 5 heures, tonnerre lointain.
Minima nocturne : 18,8. Assez bonne nuit; comme compagnie, force puces. Et dire qu'on croit que les fauves d'Afrique sont grands!
MM. Michel et De Harinckx préparent six caisses de collections qui seront expédiées par la voie anglaise.
Quel dommage que nous ne puissions dans ces caisses emballer toute la vermine qui nous incommode ici! On voit sauter les djiques partout; deux fois par jour, il faut se faire examiner soigneusement les pieds par
les boys; et chaque fois des djiques sont à extraire à fleur de peau; on les surprend qui commencent leur
méchant travail de pénétration!
Ce jour, mes boys n’en prennent pas moins de douze; chez moi, ces misérables bestioles produisent des
effets particulièrement désastreux : il a fallu en extraire une du pied droit, et il s’en est suivi un petit uleère sous l'ongle, d’où gonflement des ganglions de laine. Je me couche, très bien disposé à une nuit d’embêtements.
Durée d’insolation : 8',80.
Maxima diurne : 28°,3.
Samedi, 3 décembre 1898.
Ainsi que je m°y attendais, la nuit a été détestable; peu à peu, la jambe droite s’est enflammée, les douleurs ganglionnaires sont aiguisées, et me voilà repris d’une inflammation lymphatique dont j'ai été si violemment atteint en 1890, à Lou-Koungou, à la suite d’un accident (jambe froissée par la chute d’une caisse).
Avec le jour, ma jambe se montre rouge et gonflée à éclater; elle est brûlante, et c’est à peine si je puis supporter qu'on la touche.
Naturellement, impossible de me lever; la douleur augmente encore et la fièvre ne me quitte pas.
Et dire que je comptais terminer aujourd'hui et demain un gros courrier pour l’Europe! Quelle méchante blague !
Le minima nocturne a été de 189,7.
De 10 heures à 11 h. 30 m., il pleut; les udomètres marquent 4,75.
Vers 16 heures, tonnerre lointain.
Durée d’insolation : 11,80.
Maxima diurne : 230,8.
Dimanche, 4 décembre 1898.
Nuit sans sommeil. La jambe est rouge de la cheville jusqu'au genou: le pied reste indemne ainsi — chose curieuse — que la région jadis trouée d’une balle et opérée quatre fois; toutefois, le gonflement des tissus fait que des tiraillements se produisent à l’adhérence de la cicatrice.
Le minima de la nuit a été de 189,8.
Vers 16 heures, tonnerre lointain.
Durée d'insolation : 61,50.
Maxima diurne : 279,9.
La journée a été pour moi une journée de fièvre et de diète absolue comme hier.
Lundi, 5 décembre 1898.
Nuit blanche. L'état de ma jambe ne s'aggrave pas. Il est donc probable qu'une amélioration va suivre, et que, dans quelque temps, je serai remis.
Si je n'étais le chef de l'expédition je prendrais sans doute le chemin du retour; cette affection lymphatique de la jambe me met à la merci du moindre accident au pied; comme chef de bande, je ne puis, naturellement, songer à rentrer, à supposer toutefois que pareille idée puisse me venir, quelles que soient les circonstances.
Minima nocturne : 199,1.
Vers 6 heures, tonnerre lointain.
see
Changé les feuilles des enregistreurs; à remarquer un relèvement de 1 1/, millimètre dans la pression barométrique ; la moyenne thermométrique n’a été que de 22°,4.
Passage de sauterelles venant de l'est.
Fermé six caisses de collections adressées à Bruxelles et qui partiront demain par le bateau de Ki-Engué, revenu du sud du lac et rejoignant son port d’attache.
Parmi ces objets de collection, signalons un échantillon de sel recueilli aux salines de Ka-Sama, un estagnon renfermant des crabes du lac Moéro, un échantillon de pierre à chaux, une caisse de tabac indigène, un masque de danseur de l'Uu-Roua, etc. En plus, trente clichés photographiques dont une demi-douzaine ne se sont plus retrouvés à Bruxelles.
Le masque de danse dont je viens de parler représente une tête d’éléphant; elle est sculptée dans un bois très léger; le long de la trompe un jone creux est disposé, qui permet au danseur de boire par la dite trompe, ce qui amuse fort tout le monde. Ce masque est visible à Tervueren, ainsi qu'un autre simulant une tête de bufile.
Une lettre privée d’Albert-Ville (Mtowa) annonce qu'un détachement de soldats de l'Etat a été surpris et massacré par les révoltés, sur la route de Ka-Bambaré. On va jusqu’à penser qu'une partie des rebelles du nord pourraient bien descendre vers le sud et essayer d'enlever Moliro, Mpwéto et Lofoi, postes vraisemblablement incapables d’une défense sérieuse.
A la grâce de sainte Barbe, ma patronne!
Dans l'après-midi, il me semble que les douleurs ganglionnaires ont diminué ; l’inflammation générale de la jambe parait aussi tendre à diminution; les reins restent douloureux, les urines très chargées. Toutefois, j'ai pu rester levé de
Masque de danse de l’Ou-Roua, 8 à À8 heures
simulant une tête d’éléphant.
Essayé de manger; tout me dégoûte.
Vers 13 heures, coups de tonnerre rapprochés et un peu de pluie (au 16 aux udomètres). Durée d’insolation : 38,40.
Maxima diurne : 27,4.
Je me couche avec la sensation que je vais aller mieux.
Mardi, 6 décembre 1898.
Dormi quelques heures d’un sommeil fiévreux; cauchemars indécis, sueurs. La jambe me fait un peu moins mal, bien que l’ulcère du petit doigt de pied ait empiré, et se soit étendu sous l’ongle, lequel tombera probablement.
Minima nocture : 160,8.
Mon brave Michel m'aide avec le plus grand dévouement; grâce à lui, le bateau de Ki-Engué pourra emporter nos six caisses de collections.
Passage de sauterelles venant de l’est, se posant sur les hauteurs qui bordent la rive occidentale du lac, où elles retrouvent les bandes arrivées hier; bientôt elles repartent toutes ensemble vers l’ouest.
Vers 13 heures, tonnerre lointain.
Durée d’insolation : 10 heures.
Maxima diurne : 28°,6.
Mercredi, 7? décembre 1898.
Insomnie complète. Appétit capricieux.
Minima nocturne : 18°,9.
Une lettre du chef des zones Tanganika=—Ka-Tanga me fait connaître qu'il met à ma disposition le souslieutenant Fromont, un brave et courageux soldat, qui prendra dans notre groupe la place délaissée par M. Maffei
La barque de la mission de Loanza est de retour du poste de Dardenne.
Vers 10 t/, heures, tonnerre lointain.
Passage de sauterelles venant du sud-ouest.
A propos de ces acridiens, le sous-lieutenant Fromont me fournit d’intéressants renseignements complétant nos propres observations : à Moliro, en février, novembre et décembre 1896, de nombreux passages de sauterelles furent observés : les vols venaient du nord, s’'abattaient dans la baie de Moliro, y ravageaient les cultures et la brousse, puis repartaient vers le sud.
Cette direction nord-sud était vraisemblablement provoquée par la forme du Tanganika, très allongé du nord au sud, et trop large, peut-être, pour être traversé par les sauterelles.
En 1896-1897, les passages à M'pwéto (lac Moéro) furent peu conséquents et ne durèrent que quinze jours.
Dans la dernière moitié de décembre 1897, M. Fromont constata deux passages venant du sud-sudouest.
D’après M. Johnstone (agent de la Compagnie des lacs à Ki-Engué), de nombreux et importants vols de locusts se produ's‘rent chez lui en 1896, ravageant les cultures, au grand dam des indigènes, lesquels, l’année suivante, doublèrent l'étendue de leurs champs de graines.
1897 fut indemne de sauterelles; les greniers regorgèrent de provisions, et le plus clair résultat en fut que les indigènes purent fabriquer tant de pombé qu'ils furent saoûls six mois d’aftilée.
Maintenant, quels sont les ravages à reprocher iei au n’xikés?
Il me semble qu'ils sont, et resteront longtemps encore, loin d'atteindre ceux du Pachytylus migratorioides {auxquels on devrait bien livrer celui qui forgea un tel vocable!) du nord de l'Afrique.
D'abord, l’indigène ne m'a pas paru s’en soucier énormément.
Peut-être, toutefois, cette insouciance est-elle due à la date relativement récente des invasions de sauterelles dans le centre africain.
En effet, c’est, autant que je puis trouver, seulement vers 1893 qu’apparurent les premiers grands vols de sauterelles, dont les passages annuels semblent être irréguliers.
Mais un point semble acquis, réduisant l’importance du fléau : c’est que ni le manioc, ni la pomme de terre douce, ni le sorgho ne sont sérieusement attaqués par les sauterelles.
Dans les cultures de Moliro, ce furent surtout le maïs et les haricots qui furent dévorés, et de ceux-ci il ne demeura rien.
A Mpwéto, — où je notais tout ceci — des bandes s’abattirent dans les champs de manioc et y séjournèrent : le manioc demeura intact.
Quant aux plantations des indigènes, elles ne sont pas plus spécialement recherchées par les sauterelles, pour deux raisons : d’abord, elles seraient loin de suftire à la voracité de l'ennemi; ensuite, elles se confondent suffisamment avec la brousse qui les entoure pour que les sauterelles ne les distinguent pas facilement; il y a là une sorte de mimétisme végétal.
Naturellement, les bandes peuvent s’abattre sur les points cultivés comme sur tout autre point; mais, si la chose arrive avant la tombée du jour, il suflit aux moricaux de tout äge et de tout sexe de battre leurs champs à l’aide de longues branches, et de produire le plus de bruit possible, par cris, hurlements, tambourinades, ete., pour faire lever les bandes qui reprennent leur vol et vont s’abattre plus loin, dans la brousse.
Entre-temps, les gens ont eu soin de faire d’amples provisions de la bête qui — je l’ai dit, je crois, précédemment, — constitue pour leurs palais une friandise de choix.
Et le noir n’est pas le seul ennemi du eriquet adulte.
La gent ailée en fait une consommation considérable: non seulement les oiseaux insectivores, mais les
rapaces s’en donnent à bec joie. La grue couronnée se fait remarquer comme destructrice des sauterelles par absorption stomacale.
Et il y a lieu d’observer que la grue couronnée se domestique aisément.
Il serait difficile de trouver un meilleur hôte pour les jardins : outre sa beauté si remarquable, animal ne demande pour sa nourriture qu'une poignée de graines, et il passe son temps à la recherche des insectes, vers el larves; et, bien que sa taille puisse faire redouter ses promenades au travers des parcs, il est remarquable qu'il s’y meut avec une délicatesse parfaite, n’écrasant aucune plante tout en les débarrassant de leurs parasites. Ce serait done un animal à domestiquer dans les stations africaines. Outre ses ennemis vivants, la sauterelle à à redouter encore les pluies violentes des régions intertropicales, qui tuent l’animal adulte et noient ses œufs.
Enfin, les grands feux d'herbes contribuent encore à leur destruction.
Au total, si les passages des sauterelles dans l’État indépendant du Congo ne doivent pas être sans provoquer des appréhensions et des mesures de protection, il semble qu'il ne faille pas s’en alarmer outre mesure, et que Jamais le fléau n’atteindra ici les redoutables proportions qu'il a acquises dans le nord de l’Afrique, en Algérie, dans le Soudan égyptien, et qui en ont fait une cause de ruines effrayantes.
Nous recueillimes et expédiàmes de nombreux spécimens de n’zikés. Us semblent être le criquet algérien dont j'ai donné une fois — et c’est assez — le méchant nom scientifique
Abattu aujourd’hui un nombre considérable d’écrilures officielles, fait expédier à Mtowa une partie des outils de feu M. Caisley.
Le bateau de la mission de Loanza arrive du sud, apportant des nouvelles assez pessimistes quant aux recrutements de porteurs nécessaires pour venir prendre nos charges au sud du Moro.
Les lettres du chef de la zone Ka-Tanga disent :
« C’est la saison des semailles, et il est fort à craindre que nous aurons des difficultés. » (17 novembre 1898.)
« Nous avons eu beaucoup de peine à recruter le premier convoi de 129 porteurs; aussi il serait bon de les payer en très bon tissu. » (21 novembre.)
« Jusqu'à présent 220 porteurs sont partis d'ici. J’attendrai leur retour pour en envoyer d’autres: il me sera impossible d’en envoyer encore plus de 200. Limitez l’envoi ou recrutez le restant au Moéro, comme vous le croyez bon; j'ai fait tout mon possible; agir encore serait provoquer la déroute. » (24 novembre.)
Ces extraits maintenaient persistante la note de la dificulté très sérieuse des recrutements, et cela ne répondait pas du tout à ce qu'on était en droit d'attendre du pays d’après les rapports et descriptions auxquels il avait donné lieu.
M. Verdick me suggérait l’idée de limiter nos envois; il oubliait évidemment que nous n'avions pas les moyens de sacrifier ainsi quoi que ce fût de nos approvisionnnements.
Heureusement, toutes nos charges devaient arriver aisément, et tout notre voyage devait s'accomplir dans la suite sans qu'une seule charge fût perdue ou abandonnée.
La vérité fut que nous eûmes toujours trop de porteurs, et qu'il arriva que des chefs vinrent nous trouver sur la route pour nous en offrir.
Durée d’insolation : 6,75. Maxima diurne : 25°,8. Passé une bonne nuit. Ma jambe s'améliore très sensiblement.
Us ee
Jeudi, 8 décembre 1898.
Minima nocturne : 20°,7.
J'ai repris de plus belle la besogne d’écritures.
A midi et demi, menaces de tornade venant de l’est; roulements de tonnerre assourdis.
A 12 h. 40 m., les roulements « absolument continus », sans une seconde d'interruption, rappellent à plaisir le tonnerre en zinc des théâtres vieux jeu. À 12 h. 45 m., forte pluie entremêlée d’abondants grélons dont d’aueuns ont un centimètre et plus de diamètre; cela dure jusqu’à 13 heures; les udomètres accusent 19"",50.
Le barographe monte de 1 {/, millimètre pour redescendre de 1"%",8 en quelques minutes; le.thermographe est tombé brusquement de 27,5 à 21°,8, puis est remonté à 22,5.
Cette chute de grélons n'avait pas la violence des nôtres, et nos instruments de plein air sortent heureusement indemnes de l’aventure.
Les noirs assurent que la grêle (n'gouba, comme ils disent) — dont la formation est toujours accompagnce de phénomènes électriques se manifestant par des roulements ininterrompus de très longue durée — est fréquente, et que sa violence peut tuer les hommes surpris dans la brousse.
Il me semble que mes interlocuteurs confondent les effets du molavio (tonnerre) avec ceux de la grêle.
Depuis trois ans qu'il est à Mpwéto, M. Fromont a vu de la grêle une seule fois, en décembre 1897.
M. le lieutenant Chargeois et M. De H. ont eu de la grêle deux fois, au nord du Tanganika.
Travaillé jusqu'à la nuit noire à la rédaction du courrier pour l'Europe.
Durée d’insolation : 3°,50.
Maxima diurne : 26°.
Vendredi, 9 décembre 1898.
La nuit a été assez convenable; continuation du mieux de la jambe; toutefois je ne puis encore supporter la position verticale.
Rédigé trois notes relatives : au tréfilage du cuivre rouge à Moliro; aux hauts-fourneaux entre le sud du Tanganika et le nord du Moéro ; enfin, à la vallée de la Lou-Fonzo.
Michel doit se coucher, l'estomac dérangé.
Reçu la visite de M. Johnstone, de Ki-Engué, apportant 22 ballots de calicot et 2 sacs de riz du pays.
M. Johnstone est arrivé en compagnie d’un missionnaire anglais de Loanza; au cours de nos conversations, ce dernier tend à rapporter divers racontars concernant les faits et gestes des agents de l'État; son compagnon lui coupe chaque fois la parole, en lui répondant : « Ce sont des choses que vous n’avez qu'entendu dire! »
Je signale à ce propos, une fois de plus, cette tendance à propager et à exagcrer certains racontars.
Durée d’insolation : 51,50.
Maxima diurne : 27,9.
Samedi, 10 décembre 1898.
Minima nocturne : 15°,9.
Passé une bonne nuit. Michel va mieux.
Pleine journée d’écritures.
De 13 1}, à 15 !/, heures, tonnerre, d’abord éloigné, puis se rapprochant. À 15 h. 45 m., tornade venant du nord, accompagnée de pluie légère et ne durant que quelques minutes.
Durée d’insolation : 5,70.
Maxima diurne : 28,5.
Dimanche, 11 décembre 1898.
Les udomètres donnent 3 millimètres d’eau.
Vers D et 7 heures, tonnerre lointain.
La nuit a été mi-bonne mi-mauvaise. Levé la tête lourde.
Abattu du courrier ofhciel. Rédigé de nouvelles notes traitant des produits : de culture des indigènes: de leurs produits d'élevage; des produits utilisables de la brousse; des sauterelles ; de l'élevage du gros et petit bétail et des produits de basse-cour dans les stations européennes; des sensations thermiques, etc.
Durée d’insolation : 21,95.
Maxima diurne : 26°,6.
Lundi, 12 décembre 1898.
Minima nocturne : 19°4.
La nuit a été bonne; levé bien reposé; la jambe continue à se remettre.
Changé les feuilles des enregistreurs : régularité ordinaire du diagramme de la pression atmosphérique avec le tremblé — déjà signalé — correspondant aux phénomènes électriques ; l’augmentation de pression qui avait caractérisé la semaine dernière ne s’est pas maintenue.
La moyenne thermométrique à été de 23”.
Durée d’insolation : 2: 50.
Maxima diurne : 26°.
Mardi, 143 décembre 1898.
Minima nocturne : 189,7.
Je me suis levé avec de sourdes douleurs d'oreille, analogues à la douleur produite par les oreillons.
Je sais ce que c’est : il s’agit d’un arrêt de l'écoulement normal du cérumen. J'avais souffert du même inconvénient lors de mon premier séjour en Afrique, et tenais de M. Hoste, l'excellent missionnaire américain de Lou-Koungou, le remède facile et sûr auquel je recours immédiatement; il consiste à verser dans l'oreille de l'huile d'olive ou d’arachide, ou de la glycérine, chauffée, à la flamme d’une bougie, dans une petite cuillère; après quoi on procède à des injections d’eau tiède savonnée; ce traitement a pour effet de dégager le tampon de cérumen solidifié, dont la présence provoque les douleurs; celles-ci cessent comme par enchantement.
Reçu un courrier d'Europe arrivé par la voie anglaise; j'y trouve l’annonce de l'envoi de deux pirogues démontables en aluminium, ainsi que de Mausers avec munitions pour les Européens de notre mission; ce matériel n’était pas prêt au moment où nous avions quitté l’Europe.
Du sud arrive un courrier d'intérieur avee une lettre du capitaine Verdick, me faisant connaître que les indigènes sont très contents de leur payement; il pourra recruter 550 hommes, mais pas plus, car « l’indigène n'ayant jamais porté ne s’y prête pas volontiers. Comment, ajoute-t-il, je réussirai à faire apporter notre ravitaillement qui suivra, je me le demande ».
De nouveau, je dois redire qu'aucune de ces continuelles appréhensions au sujet du portage ne devait se réaliser, et que nos recrutements de porteurs se firent constamment sans autre difliculté que d'envoyer quelques nyamparas les demander aux différents chefs de villages. Non seulement le capitaine Verdick put faire chercher son propre ravitaillement, mais il obtint que ces hommes iraient chercher ce ravitaillement au sud du Tanganika : et, dans la suite, il put enrôler des hommes qui accompagnèrent le major Gibbons jusqu'au Nil. Qu'on se rappelle, d’ailleurs, que nous avons trouvé à Blantyre, dans le Nyassaland, une cinquantaine de noirs venus de près de Lofoï, avec le missionnaire anglais Campbell.
En ce qui nous concerne, je me contentai d'écrire à M. Verdick :
« La seule chose que je puisse faire pour faciliter votre tâche de recrutement est de vous autoriser à augmenter le payement. Vous demandez que les hommes soient payés en bonnes étoffes; ainsi que je vous l'ai déjà écrit, je n’ai commandé comme articles d'échanges que des articles demandés par feu M. Brasseur, votre ancien chef, pour le deuxième semestre 1897. C’est avec son état de besoins que j'ai établi mes approvisionne-
ments.
« Je pense que ce que j'ai de meilleur est le check S. A. W. (Société anonyme de Waerschot), dont vous voudrez bien prendre, avant mon arrivée, de quoi payer les porteurs. « Si la ration de perles que leur aura donnée M. Dardenne à Ka-Béça n’est pas suflisante, veuillez bien aussi
SELLES PANSEUR A CRILONEA nome LPADE LA
Danse du soir au village Ka-Béea (sud du lac Moéro).
dédommager les hommes en la complétant en même temps que vous ferez le payement; ouvrez pour cela autant de caisses qu'il le faudra.
« Enfin, si les hommes étaient déjà payés, mais s'en étaient retournés mécontents chez eux, voyez à faire le nécessaire pour leur donner l’augmentation de payement que je prévois ci-dessus.
« Je désire, aussi vivement que possible, que notre passage ne cause ni troubles ni diflicultés. Je voudrais ne pas devoir tirer une seule cartouche, convaincu qu'une caisse de perles fait plus — presque toujours — que dix caisses de plomb. »
De son côté, Dardenne m'’éerit :
« Je travaille le plus que je puis; j'ai même commencé une étude curieuse : des dessins représentant les différentes danses que j'ai eu l'occasion de voir jusqu'ici; la chorégraphie nègre, quoi!
« A part la présence d’une collection intéressante de vers intestinaux, société dont je me serais volontiers
passé, je vais toujours fort bien. »
Au reçu de cette lettre, je fais expédier à notre ami un flacon de formol, afin d'y conserver sa « collection intéressante », Ne sommes-nous pas ici pour recueillir tous les documents possibles!
as
Durée d’insolation : 9,55.
Maxima diurne : 28,8.
Mercredi, 14 décembre 1898.
Minima diurne : 19,7. La nuit a été bonne.
Les abords de la station sont sous sauterelles, se levant et se remettant sur place; c’est peut-être une
avant-garde arrivée du nord.
Le bateau de Ki-Engué nous revient pour effectuer un dernier transport de nos charges vers le sud du lac.
J'avais compté que nous pourrions partir le 15 décembre pour Lofoi; des retards dans le mouvement des barques chargées d’évacuer de Mpwéto tous nos approvisionnements, reculent notre départ; de ce chef, nous devrons prendre une ou deux dernières observations d'heure avant de quitter Mpwéto.
J'écris à M. Crawford pour avoir une fois encore sa barque.
Demandé à M. Chargeois de réunir les cent porteurs qu'il nous faudra pour nous mettre en route par terre vers le sud.
Expédié le courrier pour l'Europe à la factorerie de Ki-Engué, qui se charge de le faire parvenir au bureau de poste anglais de Ka-Longozi.
Vers midi tonnerre lointain. Vers 16 heures même phénomène, puis menace d'orage venant du sud mais n’arrivant pas sur nous.
Durée d’insolation : 6,8.
Maxima diurne : 29°,1.
Jeudi, 145 décembre 1898.
Passé une nuit assez convenable; malheureusement, trop souvent coupée de réveils.
A T {/}, heures, arrivée de M. Johnstone {de Ki-Engué), se rendant à la mission de Loanza pour y passer quatre jours de villégiature; il a rencontré en route le courrier que j'avais expédié hier, et l’a ramené avec lui; il le reprendra à son retour de Loanza.
Démonté le baromètre à mercure, qui partira aujourd'hui pour le sud du lac avec les trois caisses du cercle méridien; nous travaillerons en route par le théodolite et le magnétomètre Delporte.
Colonnes de mouches kown’qou à l'horizon du lac.
Le banc de sauterelles signalé hier est toujours ici, voletant sur place.
Michel à vainement essayé d’en prendre un instantané.
Vers 13 heures, tonnerre lointain. Vers 14 h. 15 m., tornade sèche ne durant qu'une dizaine de minutes. Vers 16 heures, tonnerre lointain.
Durée d’insolation : 4,70.
Maxima diurne : 28°,4.
Soirée couverte; impossible de prendre l'heure.
J'ai eu un peu de fièvre dans la journée.
Vendredi, 16 décembre 1898.
Minima nocturne : 19,6. La nuit a été meilleure.
Cinquante porteurs arrivent aujourd’hui; ils camperont ici, en attendant le moment du départ; ils seront payés à raison de 10 perles de ration hebdomadaire et de 1 ‘/, brasse d’étoffe pour sept Jours, qu'on marche ou non. [ls consentent à nous accompagner jusqu’à Lofoï.
Établi pour envoi à Boma la copie des feuilles LVII et LXVI du tableau d'assemblage de Delporte. Je n'ose envoyer par Boma les registres des diverses observations effectuées à ce jour; la route barrée entre Mtowa et Ka-Bambaré offre autant, et peut-être plus de sujets d'alarme, que la conservation des documents par devers nous; c’est pourquoi j'ai choisi la voie anglaise pour l’expédition de la copie de ces registres; les originaux resteront avec nous; j'ai conditionné le courrier ainsi expédié via le Nyassa-Zambèze, de telle façon qu'il ne peut manquer d'arriver en bon état; c’est ce qui se produisit.
A 15 h. 40 m., les udomètres accusent 16 millimètres d’eau.
Durée d’insolation : 21,70.
Maxima diurne : 24°,5.
Au lieu d’assister au repas du soir, Michel préfère se coucher, se sentant mal à l'aise.
De mon côté, je suis encore impotent, l’ongle du petit doigt de pied n'étant pas encore tombé. Soirée entièrement couverte.
Samedi, 47 décembre 1898.
Éveillé à 3 heures, pris d’éternuements qui perdurent pendant trois quarts d'heure. En Europe, on se dirait atteint d’influenza
Michel a passé une très mauvaise nuit; ce matin, notre camarade est absolument réduit.
Minima nocturne : 17°,7 (ce chiffre n’est pas assuré).
45 porteurs viennent se joindre aux 50 arrivés hier; il m'en faudra en tout 110, parce qu'il y a assez bien de demi-porteurs dans les contingents réunis.
Le recrutement se fait très aisément.
A 16 h. 30 m., quelques gouttes de pluie.
Durée d’insolation : à heures.
Maxima diurne : 27°,9.
Dimanche, 18 décembre 1898.
me
Minima nocturne : 18°,6. La nuit a été bonne.
Quoique n'étant pas remis, Michel va mieux.
L'occasion m'est donnée aujourd'hui de constater l’existence, à la rive du Moéro, de l'Abrus precatorius et d’un hibiscus, dont l’indigène tire des cordes excellentes, surtout pour la confection des filets de pêche; cet hibiseus est appelé « Ka-boko ».
Dans la matinée arrive, venant de Lofoi, une caravane de 59 hommes, apportant des charges diverses expédiées par M. Verdick,
Je m’arrange immédiatement avec ces gens pour les garder ici jusqu'à notre prochain départ vers Lofoi, où eux-mêmes doivent retourner; de cette façon, je vais pouvoir licencier une partie des 93 noirs déjà réunis par M'pwéto.
D'autre part, M. Verdick nr'écrit qu'il a expédié à Dardenne 550 porteurs, et qu'il en enverra encore 50.
De sorte qu'après les appréhensions qu'avaient provoquées nos recrutements, voiel que nous en obtenons plus que trop. C’est évidemment une bonne note pour le pays.
M. Johnstone est de retour de Loanza; pris avec lui divers arrangements relatifs à une commande que J'avais faite à sa compagnie, en septembre dernier, au moment de quitter Moliro; M. Johnstone n’enverra, dès maintenant, les ballots qu'il à en magasin à Ki-Engué et écrira, pour le surplus, à la factorerie de Ki-Touta; quand arriveront les 100 ballots que j'avais demandés à Blantyre, ils entreront dans les magasins de Ki-Touta et de Ki-Engué. J'aime à signaler la complaisance avec laquelle les agents de la Compagnie des Lacs se prêtèrent toujours pour nous à tous les arrangements possibles: ils firent constamment preuve du meilleur esprit
commercial.
De 15 à 16 heures, tonnerre lointain.
Durée d’insolation : 9,70.
Maxima diurne : 289,6.
Dans la soirée, Michel se sent de nouveau abattu. De son côté, M. De H., pris de fièvre, a dû garder la
chambre toute la journée.
Lundi, 19 décembre 1898.
Minima nocturne : 19°,4. Pai eu une bonne nuit.
Michel, lui, est plus rompu, plus courbaturé encore qu'hier.
Changé les feuilles des enregistreurs.
La marée barométrique continue à se montrer régulière, se maintenant entre les mêmes extrêmes depuis
deux mois.
Au diagramme de la température, on remarque trois chutes brusques : les mercredi 14, jeudi 15 et vendredi 16 décembre, chutes provoquées par des tornades sèches.
Moyenne thermométrique de la semaine : 24".
Écrit à M. Verdick pour lui annoncer notre prochain départ de Mpwéto et le prier de préparer nos logements, ainsi que des matériaux de construction pour nos abris, conformément aux indications que je lui fournis.
Deux nouvelles caisses de collections (n® 8 et 9) sont fermées aujourd’hui; nous y joindrons des échantillons de bois, que M. Chargeois va réunir.
Nouvel incident dans notre escorte : trois Likwangoulas (race de lOuèllé) étant de garde, avaient volé des bretelles de fusil au magasin attenant au corps de garde, et les avaient vendues à des indigènes du territoire anglais; des « Équateurs » s’en étant aperçus, annoncèrent leur intention de n'avertir; de là bagarre, d’où deux des Equateurs sortent fort mal en point, ayant reçu sur la tête quelques violents coups de houe.
Mis les trois voleurs au bloc; ils seront renvoyés demain à Mtowa, d’où ils proviennent; d'ici là, J'aurai fait établir les procès-verbaux nécessaires à la comparution devant le conseil de guerre de ces trois malandrins, dont MM. Chargcois, Fromont et De H. nous disent qu’on les retrouve dans toutes les échauffourées.
Vers 14 heures, tonnerre lointain. Vers 15 heures, même phénomène se rapprochant et pluie légère.
Durée d’insolation : 7 heures.
Maxima diurne : 28°,5.
Le théodolite est mis en station inutilement, pas une étoile ne se montrant.
Dans la journée, le calage zénithal de l'instrument avait été déterminé par visées sur la ligne d'horizon du lac.
Mardi, 20 décembre 1898.
Minima nocturne : 18°,8. Bonne nuit. Michel va mieux également; toutefois, il reste pris d’une sorte de torticolis.
A 9 heures tout l'horizon du lac est obscurci de nuées de mouches kKou'n’you. À 10 h. 50 m., une de ces nuées envahit la station; cette mouche minuscule à le corps entier d’un vert glauque, et de petites ailes blanches. De loin, sur l’eau, les nuages ont une teinte brun-gris très marquée. Les nuées vues à 9 heures sont maintenant arrivées à la rive nord du lac; d’autres nuées, toujours très denses, ont paru à l'horizon sud.
Vers 11 h. 15 m., tonnerre lointain. Vers 12 h. 50 m., même phénomène; bientôt les coups de tonnerre deviennent plus nets; un orage se prépare au nord=nord-est et arrive sur nous, précédé d’une tornade sèche passant en rafales irrégulières qui soulèvent d’épais tourbillons de poussière; l’anémomètre donne, comme vitesse du vent, jusqu'à 18,8 kilomètres à l’heure. Bientôt la pluie tombe abondamment; on voit serpenter de vastes nappes d’eau qui ondulent en tous sens, telles les gigantesques draperies lumineuses de certaines aurores polaires. Coups de vent violents, enlevant des objets assez lourds; un de nos bassins en tôle émaillée est emporté comme feuille morte.
Aux premières gouttes d’eau se mariaient de petits grélons, durant que les roulements discontinus du tonnerre menaient la sarabande. L'effet de la tornade sur la pression atmosphérique est de la faire passer de 680 millimètres (à midi) à 681%",50 (à 13 heures), pour redescendre à 678"",50 (à 15 heures), puis remonter et reprendre sa marche régulière; la tornade, pourtant violente, n'avait donc influencé le baromètre que de + 1,50. En revanche, le thermomètre tombe brusquement de 98° 1/, à 19° !/,, soit de 9; nous nous sentons,
d'autre part, saisis par un refroidissement brusque et, une fois de plus, nous constatons que ces chutes
brusques de température sont désagréables, et tendent à provoquer un état fiévreux; c’est ce qu’éprouvent Michel, Fromont, et celui qui rédige ces notes.
Vers 14 h. 30 m., le tonnerre ne s'entend plus qu’au loin; un peu de pluie continue à tomber.
Les udomètres ont recueilli 12 millimètres d’eau.
Durée d’insolation : 5!,80.
Maxima diurne : 280,5.
Mercredi, 21 décembre 1898.
Mauvaise nuit, avec réveils trop fréquents. Je me lève la tête lourde. Michel également est souffrant.
M. Chargeois achève d'installer, sur la ligne méridienne déterminée par nos observations, une longue pierre plate, qui reçoit en son centre une tige verticale formée par un levier en fer, destinée à marquer chaque jour le midi vrai; comme nous sommes précisément aujourd'hui au solstice d'hiver, nous réalisons les meilleures conditions pour déterminer la longueur d'ombre minima de ce gnomon, ce qui nous fournit un intéressant contrôle de la précision avec laquelle la méridienne a été tracée.
Une caisse d'échantillons de bois (caisse n° 10) est fermée aujourd’hui; elle emportera des échantillons de Mninga et de Mparamousi (Sterculia cordifolia ?).
Vers 16 h. 20 m., quelques gouttes de pluie.
Durée d’insolation : 2,70.
Maxima diurne : 27°,5. De tout le jour, la nébulosité n’est pas descendue en-dessous de 8. Soirée couverte; observation impossible.
Jeudi, 22 décembre 1898.
Minima nocturne : 19.
La nuit à été un peu plus clémente, Que l’insomnie est done une méchante chose! Michel va beaucoup mieux.
Depuis plusieurs jours, nous attendons le bateau de la mission anglaise, formellement promis par ses propriétaires; mais ceux-ci semblent croire que nous avons, comme eux, du temps à perdre, et la barque continue à ne pas se montrer.
Recu de Ki-Engué 19 ballots de calicot en suite de l’arrangement conclu avec M. Johnstone.
Reçu également un courrier d'Europe, faisant marquer la journée d’une boule blanche, car ce courrier m'annonce la création, enfin réalisée, de la Villa coloniale, pour laquelle je n'étais heurté à de si étranges et si inattendues résistances. Il y à encore cependant bien d’autres choses à édifier si nous voulons faire de bonne colonisation, par exemple une école coloniale sans laquelle nous demeurerons toujours très er dessous de ce que nous pourrions donner. Ne pas voir encore pareille création est déconcertant et attristant, d'une part, et très menaçant, d'autre part, pour l’avenir de la colonie; celle-ci n’a déjà que trop douloureusement pâti des inexpériences aujourd’hui évitables.
Expédié vers Ki-Engué les caisses de collections 8, 9 et 10. Entre autres choses, elles contiennent des échantillons de cordes en fibres de Ka-boko et d’aloës, des nattes fabriquées au moyen des feuilles d’un raphia, par les indigènes des alentours ; une dépouille complète d’oryetérope ; des échantillons de bois.
Vers 15 heures, tonnerre lointain, suivi d’un peu de pluie.
Durée d’insolation : 5,60.
Maxima diurne : 27°,3.
De nouveau, la soirée est couverte et l’observation impossible.
Vendredi, 23 décembre 1898.
Minima nocturne : 18°,8. Les udomètres accusent 3,31.
Michel va bien; de mon côté, je puis à peine marcher, les blessures du pied n'étant pas encore cicatrisées.
Et toujours pas de bateau. C’est enrageant!
Vers 15 heures, tonnerre d’abord lointain, se rapprochant ensuite; forte pluie donnant 8 millimètres aux pluviomètres. Durée d'insolation : 3",8.
Maxima diurne : 27°,9. La nébulosité continue à être très forte; soirée couverte; observation impossible.
Samedi, 24 décembre 1898.
Minima nocturne : 15°,6.
Expédié à Loanza-mission un courrier express pour demander si l’on ne peut faire un léger effort pour m'envoyer la barque, ainsi qu'il à été formellement promis depuis longtemps.
Nouveau désagrément : un jeune chat, plus sauvage que domestique, m'a allongé un joli coup de griffe sur le dessus de fa main gauche; par malheur, déjà cette main était quelque peu endommagée des suites d’une torgnole donnée à un moricaud; il s'ensuit une inflammation bien conditionnée avec douleurs lancinantes Jusqu'au coude.
Vers 15 heures, tonnerre lointain; légère précipitation atmosphérique ne donnant rien aux udomètres.
Durée d'insolation : # heures.
Maxima diurne : 27°,7. La nébulosité est restée supérieure à 8. Soirée couverte; impossible d'observer quoi que ce soit.
Dimanche, 25 décembre 1898.
Minima de la nuit : 19.
Je fête la Noël dans mon lit, l'inflammation douloureuse de la main gauche m’ayant empêché de fermer l’œil un seul instant.
Reçu un mot de Dardenne, qui va bien, et attend toujours le premier baiser de dame fièvre.
De la mission de Loanza, en réponse à mon courrier, j'apprends que le bateau n’est rentré qu'hier et qu'il arrivera aujourd'hui à M'pwéto.
Vers 12 heures, tonnerre lointain et pluie légère (2 millimètres aux pluviomètres). Durée d’insolation : 0°,80. Nébulosité quasi absolue toute la journée. Maxima diurne : 25°,7. Soirée couverte; observation impossible.
Lundi, 26 décembre 1898.
Minima nocturne : 18°.
Enlevé les feuilles des enregistreurs.
L'examen du diagramme des températures révèle presque chaque jour, entre 12 heures et 17 heures, une chute brusque, plus ou moins forte, de la température, correspondant à de la pluie ou à des menaces d'orage. Une règle semble se dégager des constatations analogues que nous avons faites déjà à diverses reprises, c’est que «toute précipitation atmosphérique s'accompagne d’une chute très marquée de la température, celle-ci pouvant tomber de 10° et plus en moins d’un quart d'heure ».
La moyenne de la température pour cette dernière semaine a été de 22°,60.
Tous les instruments de météorologie sont remis en caisse pour être expédiés demain vers le poste de Dardenne.
Nous attendons inutilement la barque annoncée.
Employons le retard mis à notre départ à confectionner une nouvelle caisse de collections (n° 11), qui pourra encore être expédiée d’iei avant que nous-mêmes nous mettions en route.
Michel prépare aujourd'hui un bel échassier à plumage multicolore, que mon boy à tiré sur les bords du lac; l'oiseau s'appelle fraôwili, de son nom indigène.
Mardi, 27 décembre 1898.
Malgré la promesse de ces bons missionnaires anglais, qui avaient annoncé leur bateau pour avant-hier, dimanche, c’est seulement aujourd’hui, à 9 heures, que nous le voyons accoster; le nyampara noir qui le mène prétend qu'il n’a pu arriver hier, parce que le vent l'avait rejeté vers l’est.
On charge de suite et, vers 16 heures, le bateau peut repartir.
A 15 heures, le bateau de Ki-Engué rentre du sud; Dardenne me fait connaître qu'il à été ennuyé par des points de côté qui l’obligeaient à passer la nuit accroupi dans sa chaise longue, le nez sur les genoux, en chien de fusil.
« Je n'étais peut-être pas très élégant, ajoute Pierrot, mais j'ai pu dormir, ce qui était le principal. Quand ça me prend le jour, je suis bien forcé de me courber un peu, et je dois avoir un faux air de fée Carabosse. En tout cas, Ça ne me change pas le caractère; je ne me fais pas de bile (ceci n’est nullement une figure), et quand
j'ai trop difhieile à peindre debout, je m'assieds, voilà tout!
« Je n'ai ni poivre, ni noix de muscade, ni curry.…, bref, aucune épice. Je m'en étais bien aperçu dès le premier jour, et, cependant je n'ai pas songé à l'écrire. C’est idiot, diras-tu! C'est aussi mon avis.
« N'ayant pas de formol, J'avais commencé à mettre des insectes dans une bouteille avec — pour les conserver — une dose d’iodoforme. Au bout de quinze Jours, plus personne ne voulait ouvrir la bouteille, et je dus la faire jeter à grande distance du camp; de peur que, si on la cassait par accident, il ne demeurât plus un être vivant à 1 kilomètre à la ronde. »
A ces lignes, dénotant que notre ami a le moral excellent — ce qui me réjouit fort — succèdent des indications relatives à la conservation des tableaux que nous avons déjà envoyés à Bruxelles.
Je remets au chef de poste de Mpwéto une tente à double toit, un lit de campement, une cantine réglementaire, 3 ballots de calicot.
Ce nouveau dépôt, — joint aux outils de feu M. Caisley, notre prospector, et aux six caisses de vivres remises précédemment à M. Chargeois, — est fait en prévision de l’arrivée possible d’un nouveau prospector, qui trouvera ainsi de suite tout ce qui lui serait nécessaire pour se mettre au travail sans retard, et nous rejoindre à Lofoi.
Pautorise M. Chargeoïs à ouvrir un des trois ballots de calicot pour le payement des courriers qu'il aura éventuellement à envoyer pour le service spécial de notre mission.
Jai remis, d'autre part, à M. Chargeois un pluviomètre avec éprouvette graduée, et un psychromètre à aspiration de Hassmann.
Soirée couverte; observation impossible.
Mercredi, 28 décembre 1898.
Nuit couçi-couça; je suis repris des mêmes transpirations nocturnes qu'à Moliro; impossible en me couchant de supporter même une unique couverture. Pourtant il ne fait pas trop chaud.
Lorsque je commence à sommeiller, le refroidissement se produit, et quand il se fait assez sentir pour m'obliger à tirer la couverture sur moi, il est trop tard; j'ai pris froid et suis fichu pour le reste de la nuit.