‹ Mission scientifique du Ka-TangaChapitre 23 sur 47 · AT · texte numérisé non relu

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La journée est marquée par un pénible événement : un de nos soldats avait été envoyé au petit village M'pounja, à environ une heure de marche en aval du poste, pour chercher une pirogue avec laquelle MM. Michel et Fromont comptaient descendre jusqu'aux premiers violents rapides du Lou-Alaba, en aval de sa sortie du Moéro.

La pirogue demandée, pagayée par trois hommes plus le soldat, remontait vers la station, lorsqu'un coup de vent la fit chavirer dans les rapides auprès desquels se trouve le village Mpounja; le soldat et un des indigènes purent être sauvés, mais les deux autres, emportés par le courant, furent noyés.

Le chef du village vient exposer l'accident; tout ce que nous pouvons faire est de l’indemniser par un bon lot d'étoftes variées, nous conformant ainsi aux coutumes du pays.

Michel et Fromont renoncent à leur excursion; et je ne puis m'empêcher de pàälir quelque peu en songeant que l'accident aurait pu se produire quand les deux Européens se seraient trouvés dans la barque! Alors, vraiment, C'était mon expédition bien au diable, et il ne me restait plus qu’à disparaitre aussi.

Et pourtant la terrible éventualité n’a tenu qu’à un cheveu.

En ses trois voyages, la barque des missionnaires aura transporté 195 charges, plus 21 soldats et femmes. Dont coût : 12 livres 18 shillings.

La soirée est plus couverte que jamais; pendant des heures, nous attendons en vain une éelaircie; 11 faut finir par enlever une fois de plus l'instrument, sans résultats.

Jeudi, 29 décembre 1898.

Avant de me mettre au lit, jai trop écrivaillé; aussi ai-je « joui» d’une nuit surexcitée, pleine de cauchemars.

Voilà trois nuits de suite que des fauves viennent rôder ici; M. Chargeois prétend qu'avant-hier il à nettement perçu des rugissements de lion.

Chaque nuit l’une ou l’autre sentinelle lâche un coup de feu. Ne tirent-elles pas sur leur ombre?

On m'assure, toutefois, que des chacals pénètrent dans la cuisine pour en eniever les quartiers de viande qui y pendent.

De nouveau, la soirée est trop couverte pour que l'heure puisse être prise aux étoiles.

Vendredi, 30 décembre 1898.

Trop lu hier soir; j'ai mis la main sur la Philosophie scientifique de Girard; ce diable de bouquin est si prenant qu'une fois de plus je ne parviens pas à le lâcher avant de l'avoir relu jusqu'au bout, quitte à oublier qu'il est l'heure de dormir. É

Deux nouveaux coups de feu pendantlanuit:

c’est une hyène qui s’est fait pincer à un piège à feu installé par M. Chargeois; on l’achève d’un second coup de fusil.

Ce piège est un simple couloir étroit formé de deux rangées de rondins très solides et bien Piège à feu à M'pwéto : hyène tachetée. fixés dans le sol; ce couloir est ouvert sur l’une de ses faces étroites; de grosses pierres lui forment un toit qui empêche le fauve de prendre, de dessus, l'appat disposé à l’intérieur du couloir; à cet appât est fixée une cordelette attachée, d'autre part, à la gâchette d'un fusil à piston bien et dûment chargé d’une double charge. L'animal, attiré par l'odeur du morceau de viande

qui forme appät, ne peut y atteindre qu'en s’engageant dans le couloir par la seule ouverture étroite laissée à sa disposition. Ce piège fonctionne à merveille; tout au plus faut-il parfois achever la bête lorsqu'elle n’est pas demeurée net sur le coup.

Encore une soirée couverte.

Samedi, 31 décembre 1898.

Passé une nuit excellente. Michel un peu fiévreux.

Dans la matinée, aidé de MM. Chargeois et Fromont, je prends à la stadia la largeur du Lou-Alaba, au goulot de sortie du Motro; elle est trouvée de 215 mètres au point où s'effectue le passage d’eau par pirogues.

M. Chargeoïs à terminé la construction d’un joli pilier géodésique en maçonnerie à la chaux; l’altitude indiquée par la photographie doit être portée à 1,002 mètres.

SI BORNE GÉODÉSIQU

KA-TANG ut n | LoN6:28:52. 55,54 È LATS 8°29:32/70 D ALTÉ 976 mètres

M'PWETO: 1898

res

Au début de notre séjour à M'pwéto, des gamins nous avaient apporté des oiseaux pris à la glu. Leur ayant fait chercher un des engins, ils apportèrent une baguette entourée d’un enroulement hélicoïdal d'une substance très visqueuse, se laissant étirer sans se rompre. Ce produit, nous disait-on, était fourni par un grand arbre, dont les enfants ne connaissaient qu'un exemplaire, assez loin au nord de la station, près du Lou-Alaba. Malgré leur promesse de m'aller cueillir une branche de cet arbre et de n'apporter une potée de glu, je n'avais plus entendu parler de rien.

Aujourd'hui seulement on m’apporte le latex et les branches de Parbre à glu.

Cet arbre s'appelle ma tou’ n'doua; le latex s’appelle wilimbo, et la glu molambo.

Un estagnon fut rempli de wilimbo pour expédition à Bruxelles (visible à Tervueren).

Le ma'toundoua est un ficus atteignant de grandes dimensions; il est fort répandu dans la plaine au nord de Moéro; les feuilles, quasi circulaires, ont 15 à 20 centimètres .de diamètre, et sont à pétiole et nervures pubescents; face supérieure vert sombre; face inférieure d’un vert très jaune, avec les neriures principales fortement en saillie et de couleur jaune-brun un peu verdàtre; feuilles alternes; bourgeon terminal.

Nous ne vimes pas de fleurs.

Le fruit est une petite figue de la grosseur d’une noisette, à involucre pubescent; ce fruit, sessile, est appliqué à même les branches, à l’aisselle des feuilles.

Toutes les parties de l'arbre sont gorgées d’un latex abondant, dont on recueille aisément plusieurs litres en quelques heures.

Ayant mis à coaguler dans une soucoupe, à l'air libre, une certaine quantité de wilümbo, j'obtins, par simple évaporation, une gomme s’agglutinant très bien.

Après double lavage à l’eau bouillante, il resta une masse très élastique, se laissant étendre en voile, puis reprenant sa forme première.

Abandonnée 24 heures à elle-même, cette boule — si élastique à la sortie du lavage à l’eau chaude — durcit et devint beaucoup moins maniable.

Le produit s'était alors rapproché des cires; comme celles-ci, il se coupait nettement au couteau. fl s'attachait fortement aux mains, mais s’en détachait facilement et complètement, sans laisser aux doigts le léger enduit qu'y laisse le caoutchouc de commerce, enduit dont on à souvent peine à se débarrasser.

Quoi qu’il en soit de cette gomme, elle nous parut assez intéressante pour nous porter à faire un envoi de latex non coagulé, et de latex coagulé simplement par évaporation à l’air libre.

Et l'an 1898 se termine par une soirée plus couverte encore que ces derniers jours. Devant cette persistance de la nébulosité nocturne, il est probable que nous devrons renoncer à prendre encore directement l'heure stellaire avant de quitter M'pwéto; heureusement, nous pourrons avoir confiance dans nos chronomètres, car leur comparaison journalière révèle une marche tout à fait régulière.

Dimanche, 1° janvier 1899.

Le jour de l’an nous trouve très dispos. Michel va fort bien; il fera sans doute prudemment de se surveiller à la mise en peau des animaux; il ne serait pas impossible qu'il subisse chaque fois un commencement d'intoxication par l’arsenie.

Quelques gouttes de pluie dans la matinée.

Pour fêter le jour de l’an, il y aura banquet monstre.

Ci le menu :

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