‹ Mission scientifique du Ka-TangaChapitre 24 sur 47 · POTAGE PRINTANIER · texte numérisé non relu

POTAGE PRINTANIER

CANARD AUX NAVETS HARICOTS VERTS À LA CREME GIGUE DE ZÈBRE, CHOUX VERTS MACARONI À LA WALLONNE BORDEAUX (2 BOUTEILLES), CHAMPAGNE (1 BOUTEILLE), COGNAC (1/4 BOUTEILLE) CAFÉ, CIGARES.

Et nous dinons en musique ! Orchestre de Ba-Séras, grosse population habitant la vallée du Lou-Boulé, à deux jours et plus au sud-ouest de M’pwéto. Ces braves gens sont venus à la station sous la conduite de leur cheï et du soldat en poste chez eux; ils ont apporté un peu d'ivoire, du caoutchoue, du miel, de l'huile de palme.

Leur musique (?) est l’ordinaire mélopée, tantôt trainante, tantôt emballée, de la plupart des nègres; la leur, toutefois, est caractérisée par de curieux effets de tambour, un tambour dont le son se prolonge en vibrations, grâce à un dispositif que nous voyons pour la première fois et qui est dû, vraisemblablement, à quelque esprit observateur de la tribu.

Voici en quoi il consiste : le tambour des Ba-Séras porte latéralement, et près de la face recouverte de peau (une jolie peau d’iguane), une sorte de petite cheminée de 2 centimètres de diamètre, en saillie également de 2 centimètres; cette cheminée est placée normalement à la paroi latérale au tambour et est fermée, à sa base intérieure, par une membrane blanche vibrante, qui n’est autre chose que l'enveloppe des sacs d'œufs des grandes araignées si communes au Congo.

Coupe d’un tambour Ba-Séra.

Ce dispositif produit un son analogue à celui du mirliton; un coup sec sur la peau d'iguane donne une résonance dont les vibrations, très marquées et très prolongées, sont des plus caractéristiques, et — chose à

noter — d'un effet musical fort agréable. Même nous nous demandämes si quelqu'un de nos facteurs d'instruments de musique n'aurait pas intérêt à connaître ce dispositif du tambour des Ba-Séras pour l'appliquer, ou du moins l'essayer, à nos divers types de caisses de résonance.

Un tel tambour est visible au musée de Tervueren; malheureusement, la membrane vibrante est déchirée. A remarquer la tête sculptée au-dessus de la cheminée de vibration.

D’avoir fêté copieusement le nouvel an fait que deux de nos camarades préfèrent ne pas assister au repas du soir.

A 20 h. 30 m., le piège à feu fonctionne; on se précipite; à la lumière falote de torches de paille on suit une traînée de sang, et voici bientôt, affalé dans les hautes herbes, un léopard qu'achèvent deux coups de feu. L'animal est vieux, décharné, d’une maigreur effrayante; il est liltéralement caparaçonné de tiques.

Ciel couvert; observation impossible.

Lundi, 2 janvier 1899.

La nuit a été bonne pour tout le monde.

Pluie de 8 à 12 heures.

Reçu un courrier de M'towa, mais sans correspondance d'Europe ni de Boma, la route de Piège à feu à M'pwéto : léopard. Ka-Bambaré étant toujours barrée.

A la tombée du jour, le théodolite est, comme chaque soir, mis en station, et nous en réglons le niveau; vainement, attendons-nous jusqu'à 22 heures, tout le ciel reste bondé de lourds nuages noirs.

Mardi, 3 janvier 1899. |

Nuit et matinée pluvieuses.

Depuis une dizaine de jours, la pluie est beaucoup plus fréquente.

Nuages de mouches kow n'qou.

De 15 à 1$ heures, la pluie recommence avec, pendant une demi-heure, tornade venant du sud-ouest. Observation de nuit impossible : ciel d'encre.

Mercredi, 4 janvier 1899.

A 8 heures, le pluviomètre accuse 220 centimètres cubes, ce qui correspond à 28 millimètres de pluie.

Reçu un courrier d'Europe vid le Zambèze et le Nyassa; le service des courriers par la voie anglaise est copieux, régulier et rapide.

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Longue ecauserie avec Wa-Baya, capita du groupe de porteurs venus de Lofoï, et qui doivent repartir avec nous; les renseignements qu'il me fournit me permettent d'établir un projet de gîtes d'étapes.

Dans l'après-midi meurt subitement la femme d’un soldat de la station; se trouvant dans un champ de manioc, elle était tombée comme une masse; d’abord on avait cru à une syncope, mais en vain j'essaye la respiration artificielle, les inhalations d’ammoniaque, les injections d’éther; la mort a fait son œuvre! Et bientôt le quartier des noirs se remplit de lamentations. C'était une jeune femme, fraîche et assez jolie; son mari est au désespoir.

Chose à consigner, il n’y avait pas de cimetière pour noirs à Mpwéto-Station, pour cette raison péremptoire que, depuis deux ans et demi, il ne s’y est produit qu’un seul décès d’indigène.

A la tombée du jour, nous voici de nouveau en observation; le ciel a une tendance à se découvrir, mais en une heure nous arrivons à prendre une seule étoile, puis le ciel se recouvre entièrement. Quelle guigne!

Jeudi, 5 janvier 1899.

Passé une très bonne nuit. Michel aussi va très bien. La journée s'annonce belle : plein soleil dès 6 heures. Mis le théodolite en station à 17 heures; à 18 heures, pluie, soirée couverte.

Vendredi, 6 janvier 1899.

Assez bonne nuit.

On nous apporte un gros panier de champignons comestibles : l'ordinaire agaric que nous connaissons et apprécions fort de longue date, et une espèce nouvelle pour nous, de teinte orange vif, avec dessus rose; goût très délicat.

A 17 heures commence un orage avec pluie, qui se prolonge pendant presque toute la nuit.

Désespérant de réussir à prendre une dernière fois l'heure à Mpwéto, je décide que nous commencerons dès demain à évacuer la station; l'avant-garde ira nous attendre au premier gîte d'étape, où nous arriverons nous-mêmes après-demain.

Samedi, 7 janvier 1899.

La nuit a été assez bonne.

Matinée employée à charger l'avant-garde de notre colonne de départ vers le sud du Moéro; à 10 heures, cette avant-garde, sous les ordres du sergent De H., traverse le Lou-Alaba oriental pour gagner le village de Niemba-Kounda, où elle nous attendra.

L’avant-garde partie, nous expédions des courriers vers Mtowa et vers Bruxelles par voie anglaise; à ce dernier, est joint un nouvel ensemble de documents, parmi lesquels je signalerai :

1° Le registre des observations météorologiques faites à Mpwéto, du lundi 5 décembre au lundi 26 décembre 1898;

9% Trois feuilles hebdomadaires du barographe et du thermographe, relevées à Mpwéto, du 5 au 26 décembre 1898 ;

3° 91 bandes de l’enregistreur solaire, caractérisant Mpwéto-Station, du 5 au 26 décembre 1898;

% L'inventaire des einq caisses de collections, numérotées 8, 9, 10, 11 et 12; une note sur quelques-uns de ces objets de collection ;

5° Une note formant supplément à des notes diverses envoyées avee le précédent rapport au gouvernement.

Je pouvais aussi, dans ce courrier, constater que notre état sanitaire était aussi bon en ce moment qu'il avait été précaire un mois auparavant. Dardenne nr'écrivait qu'il était en pleine santé et en plein travail; MM. Michel, Fromont, De H. et moi-même étions en bonne santé et heureux d’être à la veille de nous mettre en route vers le sud.

Avec ce courrier, nous expédions également, par la voie anglaise, les deux caisses de collections numérotées 11 et 12.

La caisse n° 11 renfermait un estagnon du latex servant aux indigènes à préparer la glu dont j'ai parlé précédemment; un échantillon de gomme préparée par nous au moyen du même latex; un estagnon d'alcool préparé à la station de M’pwéto, à l’aide du « pombé ».

On sait que le « pombé » est une bière indigène faite au moyen de sorgho et de mil.

L’alambic employé à Mpwéto, au moment de notre séjour, était aussi primitif que le produit qu'il servait à distiller.

Un pot en terre était posé sur feu nu; on y versait le pombé; on coiffait d’un chapeau formé d’un bassin en cuivre de provenance arabe, qu’on lutait soigneusement à l'argile.

Latéralement, un tuyau en bambou s’ajustait, d’une part à la partie supérieure de ee chapeau en cuivre, de l’autre au goulot d’un cruchon en terre cuite (ayant contenu du hasselt ou du schiedam); ce cruchon était constamment arrosé d’eau fraiche par le distillateur noir.

Il fallait 5 pots de pombé, d'environ 10 litres chacun, pour obtenir 5 litres à la première passe.

Ces 5 litres, à la repasse, laissaient 1 litre d’un produit pouvant servir aux collections zoologiques.

La caisse n° 12 renfermait un échantillon de grès rouge de M'pwéto, el un tambour Ba-Séra.

Nous congédions aujourd'hui le dernier des gamins que nous avions engagés à Moliro, et qui, selon la promesse faite, ne devaient pas nous suivre au delà de Mpwétlo.

J'apprends qu'il existe, dans le Tanganika et le Moéro, des sangsues (moussoundou), employées par les médicastres noirs.

Ce renseignement m'est fourni à l’occasion d’un cas pathologique triste et curieux que présente un soldat du poste; cet homme paraissait souffrir ou d’un bubon ou d’une grosseur herniaire; on lui appliqua des sangsues ; la grosseur creva et l’on constata que l'intestin déchiré faisait saillie, laissant s’écouler les matières digérées.

Depuis deux mois, l’homme vit ainsi.

Javais vu un cas analogue en Belgique, à l'hôpital Saint-Pierre, que je visitais avec le docteur Thiriar.

Il est décidé que l’homme sera envoyé à Baudouin-Ville, où il trouvera des médecins houssas à la mission.

eu trois jeunes éléphants ; son successeur en eut également plusieurs; ces animaux vivaient trois à quatre mois,

A la causerie du soir, M. Chargeois nous conte qu'étant en poste dans l'Ou-Vira (nord du Tanganika,, 1] a

puis mouraient dès qu'on voulait passer du régime lacté à un autre régime.

Une fois encore, le théodolite est mis en station, sans plus de résultats que depuis trois semaines : soirée de pluie et d'orage.

Danse au village arabisé du chef Ki-Wélé-Wélé, à M'pwéto-Station,

Les danseurs et danseuses sont peinturlurés de blanc et de rouge.

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