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CHAPITRE Xe

Départ de Ka-Béça. — Les villages de Mou-Koubé et de Bondo. — Marche inutile. — Pluie. — Étape du village Bondo à la rivière Ka-Toula. — Villages abandonnés. — La pluie. — Triste sort d’un gros serpent. — Offre spontanée de porteurs. — Étape de la Ka-Toula au village Wamola. -- Le chef Mou-Kobé, le village Lou-Banga, la rivière Lou-Foukwé.

— Inondations. — Le vieux chef Kia-N’sambalé. — Humidité des soirées. — Fièvre. — Départ de Wamola. — On continue à marcher dans l’ancien lit du Moéro. — Abondance de mille-pattes. — Le village Pa-Windé. — Visite de sept chefs. — Renseignements

intéressants. — La mouche tsé-tsé. — Écumeurs de la brousse. — Séjour à Pa-Windé. — Arrivée d’une caissette oubliée au Nyassa. — Départ de Pa-Windé. — Les chutes de la Lou-Alala. — Le pays se mouvemente. — Campement à la rivière N'toungwé. — Une chute de 100 mètres de haut. — Campement à la Ka-Boula-M’pakati. — Abondance d'eaux limpides. — Visite de chef. — Il fait froid. — Pauvreté de la faune. — Fougères arborescentes. — Énormes termitières. — Éponges. — Pays de sources. — Point d'altitude maximum. — Nous entrons dans le bassin de la Lou-Fira. — Températures basses — La rivière Ka-Sanga. — Pays très tourmenté. — Camp à la rivière Diassa. — Arrivée au bord de la falaise occidentale des Kou-N'déloungou. — Vue sur la vallée basse de la Lou-Fira. — Descente le long d'un sentier de cocagne. — Camp à la Lou-

Kalowéchi. — Arrivée à Lofoï-Station. — La musique du poste. — Pays inondé.

Mardi, 7 février 1899.

La nuit a été bonne. N'est-ce pas une chose remarquable que nous retrouvons toujours bon pied, bon œil dès qu'arrive le moment de se mettre en route?

Deux porteurs seulement sont encore arrivés après les vingt d'hier. Jen aurais voulu quelques-uns de plus; nous allons modifier rapidement les charges.

A 8 h. 20 m., la caravane est chargée ; tout est en ordre; nous pouvons partir.

C’est avec un plaisir sans mélange que nous quittons ce méchant point, où nous avons tous été plus ou moins malades.

Direction de marche : ouest un peu sud, le long de la Ka-Béça; cette rivière a un lit peu marqué et, comme je l'ai dit hier, elle déborde aux premières pluies et forme, entre le village et le lac, une sorte de lagune.

Le chef Ki-Lomba, paré de ses plus beaux atours, a tenu à nous accompagner tant que nous serions sur ses domaines.

Nous marchons dans l’ancien lit du lac, et ce que nous y voyons confirme les remarques que je faisais hier à propos de la fertilité des anciennes cuvettes lacustres aujourd’hui asséchées.

Car vraiment qui dira — je le répète intentionnellement — que ce pays et ce sol du sud du Moéro sont beaux et fertiles? Presque partout pourtant le sol est de terre noire grasse. Mais ce même sol, en général, ne s’est couvert que d'herbes courtes et d'arbres rabougris. Par places, toutefois, la végétation arborescente

s’envigore, et le voyageur en reçoit une impression agréable ; il lui semble parcourir alors un vaste verger-pare: les ilots de verdure sur termitières parsèment la perpétuelle plaine à horizon borné; des dattiers sauvages, des mimosas, des saucissonniers (Kigelia œæthiopica), des euphorbes candélabres, une belle centaurée rouge forment les traits saillants de la végétation.

Par percées s'aperçoit la ligne de hauteurs de l’ouest. À mes questions concernant le nom de ces montagnes, le chef Ki-Lomba répond invariablement en me désignant une hauteur vers laquelle nous marchons, et qu'il dénomme Xa-Kolé Kilima.

Je constate — et j'ai déjà fait cette constatation précédemment — que les indigènes n’ont pas de nom pour la continuité des hauteurs, pour leur ensemble, mais seulement pour un certain nombre de points marquants : pics, saillants, indentations, ete.

Le chef Ki-Lomba ne prononce pas une seule fois Le nom de Kou-n’déloungou.

Après avoir suivi la Ka-Béça à quelque distance pendant environ 8 kilomètres, notre sentier la traverse en un point où elle offre en ce moment deux bras; celui de l’est est large de 60 mètres; le second, distant d'une trentaine de mètres du premier, a 6 mètres de large.

Le premier bras se passe en partie sur un mauvais pont en ruine, en partie à gué; courant insensible: lit encombré de jones, roseaux, nénuphars, ete.

La Ka-Béça franchie, nous trouvons de suite un affluent large de 6 mètres, profond de 40 centimètres : courant insensible; roseaux, Jones, pistia-stratiotes, ele.

Le terrain avoisinant est soumis aux inondations ; les eaux de pluie n’y ont guère d'écoulement.

Nous entrons de suite dans les cultures du village Mou-Koubé; c’est en ce village que j'avais prescrit à M. De H. de préparer nos logements.

Pour arriver au village, nous devons franchir la rivière Ka-n’Kilou, affluent de la Ka-Béça : eau stagnante, largeur 12 mètres; se passe sur un bon pont indigène.

Et nous entrons à Mou-Koubé, qui se développe sur un sol de terre noire, légère, où les cultures sont très vivaces.

Les indigènes nous disent que le blane d'avant-garde ne s’est pas arrèté ici, mais à continué sa route.

Croyant que M. De H. aura construit des abris un peu plus loin, je fais continuer la marche.

Nous piquons maintenant dans le sud, et laissons bientôt à notre gauche le village Bondo, dépendance de Mou-Koubé. De grands arbres clairsemés, de la famille des acacias, marquent ce point, dont les abords sont en ce moment marécageux ; boue noire, grasse; eau stagnante.

Ce caractère stagnant de toutes les eaux montre bien que nous sommes dans l’ancien lit du Moéro.

M. De H. ne s'étant pas arrêté non plus à Bondo, nous continuons à marcher pendant 40 minutes. Ne trouvant rien des abris espérés, j'interroge nos gens, qui déclarent que nous ne trouverons plus de ruisseau avant deux nouvelles heures de marche.

Comme le temps se couvre et que la pluie s'annonce proche, je fais rétrograder jusqu’à Bondo, où nous trouvons des huttes permettant de mettre les caisses d'instruments à l'abri de suite. Car c’est pour nous une question de vie ou de mort que de leur éviter les terribles ondées de la saison des pluies.

Il est 11 h. 15 m, quand nous rentrons à Bondo, ayant marché 1 heure 20 minutes inutilement, parce que notre avant-garde n’a pas suivi mes prescriptions.

Bien nous en a pris de revenir sur nos pas : de 16 à 17 heures, la pluie fait rage, contre laquelle du moins ici tout mon monde peut s’abriter.

Il n’est pas mauvais, pour apprécier les services rendus par les nègres aux blancs voyageant dans ces pays neufs, de faire remarquer que si ces blanes sont abrités par leurs tentes, les noirs n’ont vraiment rien — quand on campe dans la brousse — pour se protéger contre ces ondées diluviennes; parfois la pluie commence dès l’arrivée à l'étape : les nègres se hâtent de dresser les tentes; l’Européen peut alors changer de vètements et narguer le mauvais temps, la tornade et le tonnerre; mais ses centaines de serviteurs noirs sont là, dans la persistante cataracte céleste qui, des fois, tombe la nuit entière.

Serrés les uns contre les autres, sous leurs minces couvertures tôt transformées en éponges, les pauvres gens grelottent, dans l’impossibilité d'allumer les ordinaires et nécessaires feux de bois mort!

Souvent, trop souvent, mon cœur s'est serré dans mon impuissance à modifier cet état de choses. C'est

pourquoi j'ai loujours cherché — aux temps de pluie — à loger dans les villages, quitte à y être personnellement ennuyé par la vermine, mais ayant du moins cette satisfaction d’épargner une dure épreuve, une longue et réelle souffrance, aux misérables êtres dont le seul dévouement nous à permis de mener à bien notre mission.

Je suis de ceux qui exigent du noir l’obéissance absolue, parce que je me considère comme pouvant être son tuteur. Mais on me laissera certes signaler de tout cœur combien de reconnaissance j'ai à ces braves bêtes. Jamais je n’ai hésité à appliquer les corrections et punitions nécessaires, mais on me laissera dire que j'en ai souffert, et je souhaite, je souhaite sincèrement que tous ceux qui ont à conduire des noirs sachent toujours que la sévérité doit avoir pour compagnes la bonté et la Justice.

Un courrier nous joint à Bondo; lettres d'Europe et aussi une lettre de Ki-Touta, par laquelle M. Mackenzie, de la Compagnie des lacs, me fait savoir que nos caisses de collections ont été expédiées vers Bruxelles.

D'autre part, M. Questiaux me fait connaitre que les trois barils que j'avais reçus à M’pwéto comme contenant de la dynamite et des détonateurs, ne contiennent en réalité que de la mèche fumante et des détonateurs; la dynamite manque totalement.

Les indigènes nous apportent beaucoup de vivres; le village Bondo a ses huttes disséminées dans de grandes et belles plantations : manioc, mais, courges énormes, concombres, arachides, haricots, chanvre, tabac, coton, patates douces, loubanga, ricin, ete., ete.

Comme animaux domestiques, des poules et de très beaux pigeons.

De Ka-Béça à Bondo, on compte 11 !/, kilomètres.

Mercredi, 8 février 1899.

Soleil dès 6 h. 15 m. Le thermomètre marque 17° 1/,.

Départ à 7 h. 5 m. Au sortir de Bondo, on palauge d’abord dans la partie marécageuse signalée hier. On traverse alors la Ka-Loulwé, affluent de la Ka-Bécça; largeur # mètres, profondeur 40 centimètres; eau boueuse quasi stagnante.

Sur la rive droite de ce ruisseau se montrent des sentes d’éléphants, à l’orée d’un sous-bois où se voient de hautes termitières; de-ci de-là, quelques bambusacées de petite taille.

sientôt le sous-bois s’interrompt un moment, faisant place à la plaine de Ki-Mikombo, herbue avec quelques arbres rabougris. Et le sous-bois recommence, avec un sol d'argile sablonneuse et, par places, des affleurements de limonite.

Le sous-bois est pittoresque, mais, au point de vue économique, rien ne s’y remarque : pas une liane, pas une essence exploitable; nous goûtons seulement un fruit très agréable, qui est une véritable myrtille, du nom de bou-m'bouchi-m'bouchi.

Vu aussi le n’toundoulou (amomum citratum), dont le jus coagule le caoutchouc.

Une légère descente mène au ruisseau Ka-Milimka, afluent direct du Moéro : largeur 4 mètres; profondeur 25 centimètres; eau stagnante boueuse.

Sur la rive droite affleurent les éternelles limonites, auxquelles succède une argile sablonneuse nourrissant une brousse qui rappelle fort celle de la région des cataractes (bas Congo), avec herbes plus basses et arbres plus développés.

Toute vie animale paraît inexistante ici.

On n'entend ni un appel d'oiseau, ni un ronflement de coléoptère, ni un susurrement d’insecte, ni un crissement de fourmi; rien qui dénote l'ordinaire activité organique de ces pays habituellement en travail fiévreux.

Au sous-bois a succédé la vallée Ki-Mipini, soumise aux inondations à la saison des pluies.

A la lisière de cette plaine nous laissons, sur notre gauche, le boma abandonné de Fancien village Mou-Jofia, au delà duquel se présente une partie de terre noire avec hautes herbes et futaie serrée encombrant un sol marécageux où abondent les jones, les cycadées, ete.

C’est la bande bordière de la rive gauche de la Ka-Toula.

La Ka-Toula, sur laquelle existe un pont indigène, est un affluent de la Lou-Foukwé (que nous verrons demain); elle à 6 mètres de large avec 80 centimètres d’eau quasi stagnante.

C'est ici que j'avais prescrit à M. De H. de nous attendre, après avoir construit les abris du deuxième gite d'étape.

Pas plus iei qu'à Mou-Koubé mes instructions n'ont été suivies; l'avant-garde a continué sa route sans qu'aucun abri ait été élevé.

Et le ciel est bas à toucher nos têtes; les nuages vont crever. Vite on débrousse, on dresse une tente; à peine est-elle debout, tous les piquets n'étant même pas fichés en terre, que la débàäcle céleste se produit; heureusement, les instruments sont abrités ; dès lors tout est bien.

Dans la pluie qui balaye le camp, on dresse péniblement deux autres tentes; enveloppés dans nos imperméables nous attendons que la rafale s’apaise; les cuisiniers arrivent à nous servir une tasse de thé, puis une assiette de soupe Stoeffer. Ces soupes Sioefler sont vraiment une excellente conserve, et elles nous ont rendu de nombreux et constants services. En station, on en doit éviter l'emploi autant que de toutes les conserves de viande et de légume et s’efforcer de ne consommer que des vivres frais; mais en route elles sont une précieuse et agréable ressource.

La pluie cingle de plus belle; allumons la pipe consolatrice.

Brusquement, des noirs se jettent vers la tente où nous nous tenons cois, et empoignent un serpent long de 3 mètres, gros comme le bras, qui s’'amenait sournoisement vers les intrus que nous étions.

En un tour de main le reptile est solidement saisi derrière la nuque, ce qui l’oblige à ouvrir une très méchante gueule; c’est ce que veulent ceux qui l’ont capturé et qui, par le moyen d’un tranchant de hache, lui font subir une bien vilaine opération, qui consiste à lui râcler les crochets de la denture, opération après laquelle la bête devient plus qu'inoffensive ; on peut alors, tout à laise, la dépouiller de sa peau, qui enrichira nos collections; les noirs se partagent la chair.

A 16 heures, deux chefs indigènes, avertis de notre passage, viennent nous dire bonjour; ce sont les nommés Mwana Ka-Longa, de Ki-Tambo, et Mou-Koupa, de Ki-Foungou, qui sont deux villages sur la Ka-Toula: ils apportent le coutumier présent de poules, farine et œufs.

Chose intéressante : ils offrent spontanément des porteurs pour n'accompagner jusque Lofoi. Cette offre spontanée me réjouit fort; elle indique que notre réputation dans le pays est aussi bonne que possible: c’est du meilleur augure pour lavenir.

Maintenant la pluie a cessé; l'observation du soir est préparée à tout hasard.

La soirée tend à s’éclaircir; le théodolite est mis en station; malheureusement, à peine lPobscurité s’accentue-t-elle, laissant pointer les premières étoiles, que le ciel se recouvre et, quand j'ai pu prendre trois étoiles du Taureau, il me devient impossible d’encore rien saisir.

Pendant une demi-heure, nous guettons la moindre éclaireie méridienne; le ciel finit par être d’un noir d'encre. Plus rien à faire! Et avec celà des moustiques!

Jeudi, 9 février 1899.

Départ à 7 heures.

Nous sortons de suite de la bande boisée qui borde la Ka-Toula, et dans laquelle nous avons établi notre campement hier; les grands arbres disparaissent, ne laissant qu'une brousse basse qui se maintient jusqu'à l'emplacement du village abandonné Ki-Bombo-m’koto; ce village dépendait du chef Mou-Yofia, dont, hier, nous avions déjà vu un premier village également abandonné; ce chef a quitté le territoire de l'Etat pour aller se joindre au fameux Ka-Zembé, du Lou-Apoula.

Ki-Bombo-m'koto, dont le sol est marécageux, est maintenant repris par la brousse: mais les cultures n’ont pu encore être étouffées : bananiers, ricins, pourguères (en indigène Ki-Tondomono), cotonniers, se

UE

montrent nombreux et vigoureux, sous l’enlacement d’une végétation folle de parasites qui grimpent, s'enroulent, se tordent, se vrillent, agrippent les moindres ramilles.

Jusqu'à ce point abandonné, le sentier a suivi, à peu de distance, la Ka-Toula; au sud-est du village déserté la Ka-Toula rencontre la Lou-Foukvwé venant du sud; les deux rivières coulent ici dans une plaine basse herbue.

Encore d'anciennes cultures au delà desquelles les grands arbres reparaissent ([mimosées et acacias).

Le sentier se bifurque : vers le sud-est un embranchement va au village du chef Mou-Koupa, dont nous avons eu la visite hier; nous suivons l’embranchement sud et arrivons au ruisseau Ki-Oulou-wôma, large de 1 à 3 mètres, avec 10 centimètres d’eau stagnante; va à la Lou-Foukwe.

Ici nous attend le chef Mou-Kobé du village Lou-Banga ; il s’est porté à notre rencontre avec sa bande de tambourinaires et de chanteurs.

Le sentier court maintenant parallèlement à la Lou-Foukwé et traverse successivement deux vallées herbues, la Ka-Louilwa et la Ka-Bapa, qui sont sous eau aux fortes pluies; des bandes boisées séparent ces

vallées.

En approchant du village Lou-Banga, on voit réapparaître vers l’ouest la ligne des hauteurs, qui semble affaissée.

À 9 h. 45 m., nous entrons dans le boma du chef Mou-Kobé (un quasi homonyme du Mou-Koubé vu le jour de notre départ de Ka-Béça).

Le village de Lou-Banga, où nous stoppons pendant un quart d'heure, est situé sur la rive gauche de la Lou-Foukwé; il compte 107 huttes; nombreux ficus à étoffe; bananiers (pas de fruits); quelques papayers, pois-cajan, tournesols, chanvre, etc.

A remarquer aussi « le fétiche des chasseurs d’éléphants » placé sous un petit toit d'herbes au haut de deux piquets.

De Lou-Banga part un sentier aboutissant, en deux jours de marche, au lac Moéro, fortement au sud-est de Ka-Béça.

Il y a ici en poste un soldat noir avee sa smala; il à approprié sa (Fes CE ll maison pour nous, mais, malgré les VMS ; instances du chef Mou-Kobé, nous KALEP continuons notre route vers le village suivant, où Mou-Kobé viendra apporter son cadeau.

Le « fétiche des chasseurs d’éléphants » dans le village Lou-Banga (1899). A 10 heures la colonne se remet en route.

Au sortir de Lou-Banga, on traverse la Lou-Foukwé sur un très beau pont; la rivière, large de 10 à 12 mètres, est ici encaissée de 4 mètres; courant rapide; elle doit être navigable aux pirogues en ce moment de l’année, car il n’y à pas de chutes d'ici au lac. Ses deux rives sont occupées par d'énormes plantations, s'étendant à plus d’un kilomètre et demi du village.

Mais la marche est devenue fatigante du fait des nombreuses parties de terrain sous eau à la suite des fortes pluies de ces derniers jours; la première bande inondée est large de 600 pas; l’eau n’y stagne pas, mais coule vers le sud.

Vient ensuite une large partie de cultures (beaucoup d’arachides) suivie du ruisseau Ki-Chiba qui a débordé sur ses deux rives, ce qui oblige à faire 1,000 pas dans l’eau; ici encore l’eau de l’inondation coule vers le lit de la Ki-Chiba qui va à la Lou-Foukwé.

Les deux ruisseaux qui suivent, savoir le Ka-Baramba et le Ka-Touba, coulent vers l’est pour aller se jeter dans la Ka-Tofia; le second, le Ka-Touba, offre deux bras au point où le sentier le franchit; lit à fleur de sol : en aval du sentier cascatelles sur grosses roches schisteuses.

On franchit encore deux zones inondées, l’une de 200, l’autre de 600 pas, et l’on est à la Ka-Tofia, rivière large de 4 mètres, encaissée d'autant, qu'on franchit sur un bon pont indigène, pour trouver de suite les deux bomas du village Wamôla, chef Kia-n’sambalé.

Il est 19 h. 55 m.; nous avons parcouru 93 !/, kilomètres.

L'étape d'aujourd'hui nous à paru plus dure qu'à l'ordinaire, d'autant qu'elle à été allongée d’une grasse heure par les difficultés de la marche dans le terrain marécageux, où complètement inondé, que le sentier a suivi entre Lou-Banga et Wamôla.

Ainsi que je l’ai dit, les eaux d'inondation n'étaient pas stagnantes ; elles avaient, au contraire, un courant marqué; il n’est donc pas impossible qu'on puisse saigner ce pays par de larges fossés d'écoulement dont le tracé pourrait être déterminé au début de la saison sèche, lorsque ne subsisteraient plus que les derniers vestiges des inondations, indiquant les lignes les plus basses suivant lesquelles on aurait à creuser les fossés vers la Lou-Foukwé et la Ka-Tofia. Un pareil travail suppose évidemment qu'on veuille s'établir dans ce pays, et y faire de grandes cultures, ce à quoi le terrain commence à se mieux prêter.

Le village de Wamôla — je l'ai dit tantôt — se compose de deux bomas, enfermant l'un 31 huttes, l’autre 28. La palissade, très haute, de ces bomas disparait sous une superbe draperie de plantes grimpantes, parmi lesquelles plusieurs eucurbitacées; des plantes de manioc, hautes de 4 à 5 mètres, renforcent la palissade.

Nous nous installons dans les huttes du plus grand boma.

Le chef Kia-n’sambalé est le plus vieux nègre que Michel et moi ayons jamais vu; sa peau est devenue écailleuse et toute plissée; ses yeux s’enfoncent profondé- Le pont sur la rivière Ka-Tofia, au village ent sous des arcades sourcilières curieu- Wamôla (1599). sement proéminentes; il ne parle plus que difiicilement. Mais il a voulu venir me serrer la main; il est conduit par son fils, un beau gars à bonne figure ouverte. Je fais asseoir le vieillard dans ma chaise longue et nous entamons une causette amicale, que je prelonge à dessein, comme

marque de déférence. I m'a apporté trois pots de miel et six paniers de farine; je 4 lui fais remettre un gros cadeau.

De la bouche de Kia-n’sambalé et de celle de son fils j'ai recueilli les ren-

seignements suivants : la Ka-Tofia descend des hauteurs de l'ouest; à deux jours en amont de Wamola, elle présente une chute d'environ 3 mètres; entre ces chutes et Wamôla on trouve le village Ka-Wa’n’galala, chefs Mwana Ka-Limo et Ka-Foufougéni; la Ka-Tofia se jette dans la Lou-Alala, à une journée de Wamôla (la journée de marche indigène est de six heures bien comptées): la Lou-Alala va elle-même à la Ki-Foukoula et cette dernière au Lou-Apoula ; la Ki-Foukoula et la Lou-Alala sont plus où moins accessibles aux pirogues, mais leur cours est obstrué par la végétation. La Ka-Tofia abonde en petit poisson blanc; elle est indemne du hideux crocodile. Le vieux chef Kia-n’sambalé. De Wamôla partent deux sentiers allant au Lou-Apoula : l’un pique vers le nord-est et aboutit à Tchafoulougouta (trois Jours de marche indigène en passant par Lou-Banga et Ki-Chité); l’autre pique vers le sud, puis l’est, passe par Pa-Windé (où nous logerons en quittant Wamôla), et aboutit à Ki-Lembwé-Lembwé {six jours de marche).

Mes interlocuteurs m'aflirment qu'on ne trouve pas de caoutchouc; cela coincide avec nos propres observations directes. Parmi les produits de culture qu'ils me citent, je signalerai la canne à sucre.

Après l'audience accordée au vieux Kia-n’sambalé, je reçois un groupe de chefs, savoir :

Mou-Kobé (de Lou-Banga), qui offre 1 bouc,

8 paniers de farine, 7 œufs:

Ki-Tchoumona, du village Ki-Mamba, sur la Lou-Alala, qui offre 4 paniers de farine; Ka-N’sou, du village Lomami, également sur la Lou-Alala, qui offre . 5 poules,

paniers de farine.

Le chef Ki-Lomba (de Ka-Béça) — qui nous a si complaisamment accompagnés ct guidés jusqu'ici — vient m'annoncer qu'il n’est plus sur ses terres et qu'il cède le pas à Kia-n’sambalé; il m'offre, comme cadeau d'adieu, un énorme panier de poisson fumé.

Nous avons rejoint ici notre avant-garde que j'avais arrètée par un courrier expédié hier de la Ka-Toula.

Comme je demande à M. De H. pour quels motifs il n’a pas préparé les logements à Mou-Koubé et à la Ka-Toula, cet agent me répond candidement qu'il ne connait pas le pays et qu'il n’a pas su quand il se trouvait chez Mou-Koubé, ni à la Ka-Toula. Les instructions écrites remises à M. De H. spécifiant que le village du chef Mou-Koubé était à environ trois heures de Ka-Béça, 11 était impossible de se tromper sur le premier gite d'étape, même sans connaître le pays, que nous voyons, d’ailleurs, pour la première fois, et dont nous n’avons pas de cartes. Déjà, entre Mo-Banga et Mo-Linga, M. De H. avait commis la même faute de ne pas élever d'abris à la rivière Ki-Tété, ainsi que je lui avais prescrit de le faire.

En revanche, ici, à Wamôla, où nous pouvons disposer des huttes du village, notre avant-garde a construit d'inutiles abris.

Cette facon de me seconder reçoit les suites qu’elle mérite.

La soirée s'annonce belle; à 20 h. 45 m. (temps vrai), je puis prendre les premières étoiles; malheureusement le ciel se couvre peu à peu du nord vers le sud; toutefois je parviens à obtenir une observation complète dans les quatre positions de la lunette.

L'observation est rendue désagréable par la condensation d’un brouillard intense; l'instrument se couvre d’une buée en gouttelettes; le papier du carnet d’annotations est absolument détrempé.

Depuis que nous avons dégringolé, à Mo-Banga, dans la cuvette laissée à sec par le retrait des eaux du Moéro, nous avons eu chaque soir cette humidité considérable; je pense que la forte hygrométrieité de toute cette région est pour beaucoup dans la cause totale de notre mauvais état sanitaire.

Nous nous protégeons autant que possible contre cette humidité pénétrante en faisant allumer chaque soir un grand feu clair.

Pour aujourd'hui, dès que l'observation astronomique est poussée aussi loin que le permet le ciel, je me couche avec le frisson trop connu; depuis midi, d’ailleurs, je ne me sentais pas bien.

Vendredi, 10 février 1899.

Nuit infecte; mal de tête violent; vomissements de bile noire, gluante. Pouah! Impossible de me lever. J'ai voulu prendre une tasse de café : elle s’en retourne comme elle était venue. Nous resterons ici aujourd’hui.

La journée se passe, pour moi, dans un demi-sommeil, plus fatigant que l’état de veille.

Michel reçoit à ma place les chefs Mwana Ka-Limo et Ka-Foufougéni du village Ka-Wa’n’galala, dont j'ai

parlé hier ; ils apportent trois paniers de manioc, deux paquets de mais, un pot de miel, un régime de grandes bananes (non mûres).

Nous constatons l'existence ici de bambous d'Inde utilisables.

Passé une nuit plutôt déplorable; deux fois je dois ‘changer de linge, tant les sueurs sont abondantes. Et, avec cela, une xylostomite aiguë, à croire que j'ai guindaillé huit jours et huit nuits d’afilée. Wamôla abonde en moustiques, ce qui est un fameux facteur de désagrément.

De tout quoi il résulte que je me lève en mauvaises dispositions; mais Je ne puis raler l'observation magnétique; Jv procède de 8 h. 40 m. à 10 h. 55 m.

Je puis ensuite me mettre aux calculs.

Le premier village où nous camperons est Pa-Windé, chef Ka-Pwassa; des envoyés de ce chef arrivent aujourd’hui se mettre à notre disposition.

Une promenade dans les deux bomas de Wamôla ne nous révèle rien de bien marquant; signalons, toutefois, que chaque village continue à avoir sa ou ses maisonneltes de n’zimou (esprits) ; souvent elles sont huchées à 3 mètres de hauteur sur des perches fourchues.

Samedi, 11 février 1899. Fétiche au village Wamôla (1599). EE,

Insomnie absolue. Levé très mal disposé.

Rossé le boy qui a fait mon lit avee un seul drap.

À Gh. 15 m., le thermomètre marque 16° 1/,.

Départ à 7 h.5 m. Direction de marche : sud, légèrement ouest.

La fertilité de la bande riveraine de la Ka-Tofia est indiquée par la hauteur des herbes, et le développement des arbres en un terrain argilo-sablonneux ; cette bande est large d'environ 2 kilomètres, puis l’hberbe devient de plus en plus maigre, les arbres restant de belle taille un moment encore, pour être peu à peu remplacés par des essences grèles, dont le tronc n'atteint qu'exceptionnellement un diamètre de 20 centimètres.

Puis le sol se parsème de cailloutis de limonite annonçant de proches affleurements de cette roche si commune dans le pays; en effet, les voici se présentant d’abord en énormes blocs isolés, puis formant par places un véritable dallage; en même temps la hauteur des arbres a considérablement diminué.

Vers le huitième kilomètre de l’étape le sentier atteint une plaine basse herbue soumise aux inondations, et dont le thalweg est occupé par le lit de la Ma-Kola, affluent de la Ka-Tofia; ce lit, à fleur de sol, encombré de jones et d'herbes, à actuellement 150 pas de large et 20 centimètres d’eau à courant insensible.

Les abords de la Ma-Kola sont en ce moment marécageux, particulièrement sur la rive droite, où se voient de grands arbres.

Réapparaissent les limonites, qui émergent pendant environ 3 kilomètres, jusqu'au voisinage du ruisseau Ka-Koudi, affluent de la Lou-Alala, offrant le même caractère que la Ma-Kola, c’est-à-dire un lit à fleur de sol, dans une dépression inondée en ce moment sur 400 mètres de large; dans cette dépression, quelques rares arbres rabougris.

Encore un petit temps de marche et le pays se couvre de futaie moyenne; le terrain est maintenant très sablonneux ; bientôt la futaie devient haute et l’on descend au ruisseau Ki-Pia, large de 2 mètres, encaissé de 2,50 : eau boueuse, courant marqué vers la Lou-Alala.

La Ki-Pia se franchit sur un pont; elle est immédiatement suivie d’un autre ruisseau, la Ka-N'doua, allant aussi à la Lou-Alala. Les arbres de la brousse disparaissent ici sous les enveloppements de plantes grimpantes,

et l’étape se termine à midi au village Pa-Windé, qui se développe sur la rive gauche de la Lou-Alala, large de 19 mètres, encaissée de 4, avec un courant très marqué; la Lou-Alala est très poissonneuse et crocodileuse.

Nous avons fait 21 kilomètres 3/, en 4 heures 41 minutes de marche effective.

Cette étape a continué à se développer en terrain quasi horizontal, dans l’ancien lit du lac, qui semble venir mourir ici, ainsi que nous le constaterons en quittant Pa-Windé et en marchant dans l’ouest.

Le chemin est rendu désagréable en ce moment de l’année par les parties inondées; l'allure générale du pays ne se modifie pas : c’est toujours la même brousse à arbres plus ou moins hauts; les herbes ont tantôt jusqu'à 1",50, tantôt seulement 30 à 40 centimètres; de grandes termitières se montrent couvertes de végétation, savoir : de nombreux aloès largement étalés, deux variétés de sanséviéria, des euphorbescandélabres, des ficus parasites aux racines ramifiées à l'extrême, s'étendant en tentacules sur d’aucunes termitières.

Chose bien intrigante : ces diverses essences ne se voient que sur les termitières, à fort peu d’exceptions près. À quoi serait bien due cette particularité que j'ai notée à diverses reprises depuis le Tanganika?

On ne rencontre presque plus de fleurs; les bouffées de parfums — caractéristiques de certains sites parcourus précédemment — sont devenues très rares.

Les essences exploitables ne se sont toujours pas montrées; même nous ne voyons plus le ficus élastica signalé à diverses reprises au départ de Mpwéto. Un seul fruit comestible a été noté dans la brousse : le mampata-mbéya, non encore mür, et que j'ai signalé déjà avant l’arrivée à Mpweéto.

Au point de vue roches, j'ai signalé l'abondance des limonites.

Faune pauvre; je n’ai à enregistrer aujourd'hui que le fait d’avoir rencontré, à de nombreuses ones. le long du sentier, des groupes de jeunes mille-pattes (150 à 200 environ par groupe), grouillant sur place; on dirait qu'ils viennent d'être mis au monde, mais on ne voit pas trace de l'animal générateur.

Pa-Windé, gîte d'étape, est un village profondément dégoûtant; les huttes y ont à peine le tiers d’aire de celles des autres villages; leur porte est si étroite que force nous est de les faire élargir pour que nos malles puissent entrer. Les cultures sont très développées: on y a conservé assez bien de grands arbres, beaux mimosas-parasols où jacassent de nombreux oiseaux; les délicates tourterelles abondent.

Deux doubles toits de tente sont dressés dans le prolongement lun de l’autre, ee qui nous fournit un agréable abri.

A 16 heures se présente un important groupe de chefs, parés de leurs plus beaux habits; je note, parmi leurs ornements, des scarabées montés en colliers et en bracelets. (Nous nous en sommes procurés pour Tervueren.)

Nos visiteurs sont :

Ka-Pwassa et Tanda-Jambo, du village Pa-Windé, où nous logeons ;

Sünga, de Ki-Oungwa (village à cinq heures d'ici, sur la Lou-Alala) ;

M'hayo, de Ka-Monga (village à six heures d'ici, sur la Lou-Issé) ;

N’gando et Lou-N’doula, du village Ka-Polobwé (ce village n’est pas situé sur un cours d’eau; il possède des puits d’eau potable);

Enfin, Ki-Embé-N'ganga, de Ki-Lou-m'boulwa (village sur la rivière Ka-N’zofou, à un jour de pirogue du confluent de cette rivière avec le Lou-Apoula). (Voir la photographie page 199

Ces chefs offrent, à eux tous : 2 boucs {dont la taille est presque double de ce que nous avons vu depuis le Tanganika), 35 poules, 20 paniers de farine, 8 paniers de maïs, à pots de miel, 2 pots de pombhé.

Cette abondance de vivres est la bienvenue, car pendant les huit jours que nous doit prendre la traversée des Kou-n’déloungou, nous ne devons plus rencontrer un seul village.

Je recueille quelques renseignements intéressants : d'ici au village Tchafoulougouta (sur la Lou-Apoula), il y à trois à quatre jours de marche, selon la hauteur des eaux, car on traverse des terrains inondés; d'ici à Ka-Lembwé-Lembwé, on compte six étapes : le premier jour, on loge chez M'hayo; le troisième, chez N'eando; le quatrième, chez Ki-Embé-N’ganga; le cinquième, chez Ka-Lokoto (de race Ba-Louchi); enfin, le sixième jour, on arrive au Lou-Apoula, en un point que peuvent atteindre les pirogues venant du lae, lesquelles peuvent remonter encore la grande rivière à deux jours plus en amont, Jusque chez le chef Ka-Loulwa, en passant par Ka-Chiba.

Le chef Ka-Lembwé-Lembwé a quitté notre territoire pour passer chez Ka-Zembé du Lou-Apoula (rive droite).

Ces renseignements sont éminemment suggestifs, si on se souvient de ce que j'ai dit à propos du nouveau poste à créer au sud du Moéro; pour de multiples raisons J'ai déconseillé l'emplacement de Mo-Linga (improprement appelé Kilwa), et exprimé l'avis que le nouveau poste devrait être installé dans le Lou-Apoula méme.

Ce que j'apprends aujourd’hui de la bouche des nombreux chefs que J'ai énumérés tantôt, ne peut que confirmer cet avis; car il en découle :

1° Que les embarcations du Moéro peuvent remonter le Lou-Apoula pendant plusieurs jours; 9 Que le pays est beaucoup plus peuplé que les régions vues par nous depuis Mpwéto ;

3° Que les affluents de gauche du Lou-Apoula sont praticables par les pirogues;

4 Que les vivres indigènes sont abondants.

DRE MAN AL rS a «

- Groupe de chefs au village Pa-Windé (sud du lac Moéro).

Notre entretien avec les chefs réunis à Pa-Windé roula naturellement sur le but de notre voyage; et ce fut au cours de cet entretien que j’entendis pour la première fois parler de la mouche tsétsé; voiei comment : pour faire saisir autant que possible par nos interlocuteurs ce que nous venions voir dans le pays, je leur exhibais les gravures d’un certain nombre d'ouvrages, en leur répétant que nous voulions aussi faire des mokandes de tout ce qui existait ici; parmi ces ouvrages figurait le superbe livre de sir Harry Johnston, British Central Africa, où se voient des dessins représentant la tsétsé; aussi bien que je le pouvais, j'avais fait expliquer qu’il s'agissait d’une mouche dont la piqüre tuait les n’gombés (gros bétail).

Je rappellerai que, depuis notre arrivée au Tanganika, et pendant toute notre marche jusqu'à Pa-Windé, nous n'avions vu aucun village possédant du gros bétail ; mais ici nous n’étions guère éloignés de la région du haut Lou-Apoula, où le gros bétail domestique commence à se voir dans les principaux villages, de sorte que mes interlocuteurs m’entendaient mieux.

Aussi mirent-ils sans hésiter un nom sur la mouche dont je leur parlais, qu’ils appelèrent Ki-Zembé (dialeetes Wa-Bemba et Ba-Chira).

J'attire l'attention sur le préfixe Ki, pour une remarque que j'aurai l’occasion de faire dans la suite de notre voyage.

Nos gens nous disent que ladite mouche Ki-Zembé existe sur le Lou-Apoula, mais qu'elle ne tue rien du tout.

Cette affirmation, fort inattendue après la redoutable et légendaire réputation faite à la tsétsé, devait se confirmer constamment au cours de notre voyage; et je ne crois pas inutile de signaler de suite aux intéressés qu'ils trouveront dans la quatrième livraison (année 1900) du Bulletin de lu Société royale de Géographie d'Anvers, une note synthétisant nos observations et remarques au sujet de la mouche tsétsé, observations et remarques dont l’importante conclusion est : « Il semble qu'en ce qui concerne les territoires de l’État indépendant du Congo, il n’y a pas à redouter la mouche tsétsé dans la question de l'élevage du gros bétail. »

Durant notre long entretien avec les chefs venus du Lou-Apoula, J'ai eu la sensation que j'avais devant moi de très braves gens, infiniment pacifiques, qu'il serait très facile de bien gouverner. Ce qui ne veut pas dire qu'ils se laisseront exploiter par des Européens sans tergogne; malheureusement le haut Lou-Apoula commençait déjà alors à être envahi par des écumeurs de la brousse, rebuts blancs de l'Afrique australe, arrivés dans le pays on ne sait trop comment.

La séance levée, je puis préparer l'observation du soir qui, malheureusement, ne peut se faire, le ciel étant complètement couvert.

Je gagne ma couchette, mal en point et sous le coup de la fièvre.

Lundi, 13 février 1899.

Mauvaise nuit très agitée. Je ne puis me lever.

A 6 h. 30 m. le thermomètre marque 17,4.

Nous passerons la journée à Pa-Windé. Toutefois, M. De H. prendra les devants et ira construire des abris à la rivière N'toungwé.

A 1% heures je puis me tenir debout et prendre quelque vague nourriture.

Dans l’après-midi arrive un courrier du nord, porteur d'une eaissette à nous expédiée par M. Gibbs, l’aimable directeur de l’African Lakes Corporation; cette caissette est accompagnée d’une lettre :

« Cher monsieur,

« Je vous fais envoyer un colis contenant une caissette d'instruments scientifiques, trouvée à l'abandon à notre station de Fort-Johnston; cette caissette ne porte aeune marque, mais, ayant reconnu un fragment d’étiquette avec une partie du nom du regretté D° De Windi, je suis certain que cette caissette appartient à votre expédition. Veuillez remarquer que le délai assez long que nous avons mis à vous envoyer celte caissette ne nous est pas imputable, vu l'absence de marques sur la caissette.

« Espérant que vous êtes en bonne santé, etc. »

Par cette lettre on aura un exemple du soin que mit toujours African Lakes Corporation à assurer le service de notre mission ; d’autres voyageurs ont eu à se plaindre de cette société; il est Juste que Je reconnaisse que nous n’eûmes qu'à nous en louer.

Car combien d'Européens, trouvant ainsi un colis oublié par des gens qu'ils ne reverraient vraisemblable ment jamais plus, se seraient préoccupés de le leur faire parvenir? On me dira que si, au lieu d'instruments scientifiques, la caissette avait contenu des liquides absorbables, nous aurions eu moins de chance de rentrer

Do {en

en possession de notre bien. À en juger par plusieurs exemples qui me furent personnels à mes débuts en Afrique, je crois volontiers que l'agent inférieur qui trouva notre caissette n'aurait pas songé à la faire parvenir à son directeur.

Quoi qu'il en soit, la caissette qui nous parvenait aujourd'hui était bien pour nous; une petite plaque en cuivre indiquait qu'elle avait été fournie par M. Paul Altmann, de Berlin; elle contenait des réactifs divers, un chalumeau, des creusets, etc., pour les essais minéralogiques.

Cette caissette avait été évidemment oubliée par notre regretté compagnon, qui ne s'en était pas aperçu plus tard, puisqu'il ne me l'avait pas signalé.

Elle viendra fort à point à M. Voss, notre nouveau géologue.

Une fois de plus la soirée s'annonce très couverte; J'ai néanmoins mis l'instrument en station {il s'agit du théodolite que, pour bien faire, on doit disposer avant que l'obscurité soit venue); bien m'en à pris, car, vers 20 heures, nous pouvons commencer l'observation, qui s'achève très complète, par 14 étoiles.

Le maximum thermométrique d'aujourd'hui a été de 290.

Les lectures de l’anéroïde 501 n’ont montré aucune variation de la pression atmosphérique de 6 h. 30 m. à 17 heures ; l'examen de Pinstrument me laisse à penser que la chape de laiguille pourrait bien toucher légèrement le bord le l'œilleton qui lui livre passage dans le cadran.

Nous verrons ce qui en est demain.

Mardi, 14 février 1899.

A 6h. 10 m., température : 1591/,.

Jai joui de quelques heures de sommeil. Aussi suis-je levé en meilleur état; nous nous mettons de suite à la détermination des trois composantes magnétiques, ce qui dure de 6 h. 15 m. à 8 heures. Pendant que Michel et moi procédons à cette détermination, M. Fromont reçoit le chef Sanangui, du village Ki-Téchi (sur la rivière Ka-Sékikamo), affluent de la Lou-lssé qui se jette dans le Lou-Apoula; ce chef apporte 5 poules, 6 paniers de farine, 1 panier d'oignons.

Départ à 8 h. 25 m. Le bon chef Ka-Pwassa, un vieillard à longue barbe noire, nous guide avec empressement. D'ici à Lofoi, ainsi que je l'ai déjà dit, nous ne trouverons plus de villages ; aussi la colonne a-t-elle fait des provisions pour une semaine.

Notre marche s’infléchit vers le sud-ouest, le long de la Lou-Alala; nous commençons aujourd’hui à ascensionner les hauteurs du formidable massif des kou-n’déloungou.

L'occasion va être propice pour surveiller l’anéroide 501.

Au sortir de Pa-Windé le sentier franchit le pont du ruisseau Ka-Liboumba, large de 2 mètres à 2",50: encaissement, 2? mètres; 20 centimètres d’eau boueuse courante. La rive droite de ce ruisseau est bordée de grands acacias et de mimosas formant la lisière d’une plaine herbue, à terre noire très grasse; au delà se voient quelques huttes en ruines au milieu de cultures variées et étendues, reprises par la brousse: les anciens occupants se sont installés à Pa-Windé même; le sol devient sablonneux; on commence à distinguer un bruit de chutes, à gauche, vers l’amont de la Lou-Alala; ce sont les Pagafounzo dia mabuwe, chutes hautes de 1 mètre; à leur hauteur, le sentier court dans un beau sous-boïs, le sol se parsème de cailloux roulés et de blocs de conglomérats quartzeux ; à gauche du sentier s’amorce, dans des schistes, une dépression à see, et l’on arrive au ruisseau Ka-N’sono, large de 1",50, avee 10 centimètres d’eau assez claire, dégringolant en cascatelles jusqu’à la Lou-Alala; le lit du ruisseau est formé de cailloux roulés.

Toute la verdure est couverte de jeunes sauterelles.

3ientôt de nouvelles chutes sont entendues, auxquelles on arrive vers le septième kilomètre de l'étape: ce sont les très pittoresques chutes Lopembé. (Voir la planche en couleurs.)

Le sentier passe à quelques centaines de pas de ces chutes, où la Lou-Alala se divise en deux bras: le bras

nord, qui est le plus étroit, est large de 10 à 12 mètres, avec une hauteur totale de chute de 10 mètres : la tombée des eaux se fait en escaliers de larges dalles rocheuses naturelles; le second bras est large de 40 mètres : l’eau y fait deux sauts, l’un de 1 mètre, l’autre de 4 mètres; entre les deux bras, un étroit ilot rocheux garni de grands arbres et d’une exubérante végétation.

L'eau est assez claire; des nasses dorment dans les pierres au pied des chutes ; nous laissons à Dardenne le temps de prendre de suffisants croquis; en même temps Michel influence deux plaques; le site est délicieux.

La rive droite de la Lou-Alala est bordée à faible distance par une faible ligne de hauteurs où se dégagent deux pitons dénommés Niangelé et Ka-Songo.

Nous regagnons le sentier et traversons de suite le ruisseau Ki-Kolé, large de 2 mètres, avec 20 centimètres d’eau sans courant; le Ki-Kolé franchi, nous nous rapprochons d’une autre ligne de hauteurs, faisant, sur la rive gauche de la Lou-Alala, le pendant de la ligne que nous venons de signaler à droite.

Nous arrivons jusqu'à quelques cents mètres de cette seconde ligne, à un angle de laquelle se profile le piton Ki-Longo, à hauteur du ruisseau Mou-N’toumbwa, large de 2 mètres avec 20 centimètres d’eau boueuse sans courant.

A partir du piton Ki-Longo le sentier se maintient parallèle à la ligne de hauteurs; voici le ruisseau Mou-Nagéna, large de 2 mètres, encaissé de 50 centimètres, avec 30 centimètres d’eau sans courant; il est bientôt suivi d’un passage marécageux sur une centaine de pas; après quoi le pays se couvre de futaie moyenne jusqu'au ruisseau Ma-Pella, qui est à sec; maintenant la ligne de hauteurs, que nous laissons à notre droite, s’infléchit un peu vers l’ouest, en un point marqué par le piton Ki-Loungou (remarquer la quasi homonymie avec le pic précédent); le sentier suit ce mouvement à travers une région herbue, à arbres rabougris; puis se montrent des bambous grèles, et nous sommes à la rivière Ka-Louloué, large de 3 mètres, encaissée de 3 à 4 mètres, avec 25 centimètres d’eau; sur sa rive droite se développe une bande de futaie basse, et bientôt le sentier descend sur un affleurement de roches schisteuses jusqu'à la rivière N'toungwé, large de 7 à 8 mètres, encaissée de 2, avec 1,50 d’eau claire à courant marqué vers la Lou-Alala; la N'toungwé se passe sur pont.

Sa rive droite offre l’aspeet d’une plaine marécageuse au sortir de laquelle nous trouvons les installations préparées par l'avant-garde.

Il est 13 heures; nous avons parcouru 15 kilomètres.

Nous sommes sortis de l’ancienne cuve du Moéro; de Pa-Windé aux chutes Lo-Pembé, l’anéroide 501 n'avail indiqué aucune variation dans la pression; il était dès lors évident que l’aiguille était entravée dans son libre mouvement; je dévissai donc la glace de l'instrument pour dégager l'axe de ladite aiguille qui, ainsi qu'il m'avait semblé hier, touchait légèrement le bord du trou central du cadran; l’antroïde reprit alors son mouvement régulier. Toutefois nous devrons, pour aujourd'hui, renoncer à tirer parti des indications de l'instrument, son erreur constante ne nous étant plus connue.

A 15 heures, forte averse d'orage avec gros grèlons.

L'observation astronomique est préparée au camp de la N'toungwé; malheureusement, une fois de plus, le ciel est d'encre; vers 21 h. 15 m. seulement, je parviens à saisir trois étoiles; c’est tout ce qui se laisse prendre.

Mercredi, 15 février 1899.

Passé une nuit frigide; mal dormi. À 6 heures, le thermomètre marque 17°. Nous nous levons avec la pluie; obligés de stopper pour voir venir.

A Th. 45 m., nous pouvons donner le signal du départ.

Direction générale : ouest 25° nord. Les anéroïdes 501 et 502 seront observés simultanément pendant la marche aujourd’hui.

La ligne de hauteurs que nous avons suivie hier s’infléchit vers le nord, formant la falaise orientale de l’indentation de la N’toungwé, celle-ci venant du nord.

Au départ du camp nous traversons un sous-bois à essences gréles, à herbe courte, rappelant le plateau entre le Nyassa-nord et le Tanganika-sud : nombreux pommiers-néfliers (Rhaplopetalum coriaceum) et simili-magnolias (en réalité une protéacée).

A quelques kilomètres dans l’ouest, on aperçoit de temps en temps, à travers les arbres, le pie Ki-Wéwawalamba, sur lequel nous piquons en droiture.

Traversons le ruisseau Ka-Samba-Lembo, large de 1,50 avec 15 centimètres d’eau laiteuse; lit de schistes; va à la N’toungwé.

Ce ruisseau dépassé, on monte franchement; vers le sud-ouest bruit de chutes; cest la Bi-Yéwé, disent les guides; deux dépressions à sec, dans des schistes rouges se délitant, se réunissent un peu au nord du sentier qui les franchit, et forment la Ka-Kamitéto, allant à la N’toungwé.

Du point où nous sommes arrivés l'œil porte à grande distance vers le nord, sur un pays fortement ondulé; des creux de ces ondulations déscendent les affluents de la rive occidentale du Moéro; dans cette direction nord se trouvent quelques villages dépendant du chef Mou-Kobé.

Et nous arrivons au pied du piton Ki-Wéwa-walamba, dominant un ruisseau du même nom, que le sentier franchit; ce ruisseau à { à 2 mètres de large, 20 centimètres d’eau laiteuse, courant sur roches vers la N'toungwé ; les eaux qui ruissellent du pic, en temps de pluie, se sont creusé un lit de torrent habituellement à sec.

Le sentier en rampe continue nous mène à un plateau boisé, en forme de coupole à grand rayon de courbure.

Au point culminant de cette simili-coupole, le guide nous montre une pierre plate disposée sur le sentier, et qu'il appelle Kawékomono ; il nous donne à son sujet des explications auxquelles je ne comprends malheureusement rien.

Maintenant le sentier redescend doucement; vers le sud on revoit une ligne de hauteurs parallèles au sentier, vue déjà avant d'arriver au haut du plateau en coupole; en même temps la superbe chute de la rivière Ka-Boula-Mpakati, d'une hauteur d'environ 100 mètres, se montre bien à découvert dans l’ouest; notre sentier semble s’y porter; mais le voici qui bientôt dégringole, franchit un ruisselet, longe un profond ravin s'encussant à notre gauche, et nous amène à la Mou-M’pachi, belle rivière large de 8 à 10 mètres, encaissée de 2%,50, avec 50 centimètres d’eau limpide, courant sur rochers vers la Lou-Alala. La Mou-Mpachi (ou Pachi tout court) qui se franchit sur un beau pont, est parée d’une merveilleuse galerie arborescente; nous nous arrètons un moment sur le pont pour emplir nos yeux de cette élégance végétale; il n’est, d’ailleurs, pas mauvais que nous respirions avant d'aborder la montée continue sur roches qui va nous mener au gîte d'étape; les roches que nous gravissons sont des schistes rouges se délitant; le pays est habillé de futaie moyenne; à notre gauche s'enfonce le ravin où tombe la Ka-Boula-Mpakati: c’est la pente de ce ravin que nous ascensionnons en longeant la jolie rivière, large de 1 à 2 mètres, avec 20 centimètres d’eau limpide courant vivement sur roches, puis effectuant un saut de 100 mètres pour s'unir à la Mou-M'pachi.

La rive droite de la Ka-Boula-M'pakati est bordée, à faible distance, par une ligne de hauteurs à direction E-W; sur la rive gauche le sentier trouve maintenant un sol de sable et franchit un ruisseau de 1 mètre de large, avee 10 centimètres d’eau claire courant sur roches. C’est dans l’angle de ce ruisseau et de la Ka-Boula- M’pakati que nous stoppons à 11 h. 20 m., ayant parcouru seulement 11 !/, kilomètres, pendant lesquels nous nous sommes élevés de 500 mètres; cette étape, quoique courte, a été assez fatigante, du chef des montées et descentes continuelles, le long desquelles les lectures simultanées des deux anéroïdes ont montré que le 501 a repris une marche régulière.

On dresse les abris, et nous faisons préparer quelque extra pour le diner, aux fins de fêter à la Belge le début de notre onzième mois de voyage.

Ainsi que je viens de le dire, nous sommes installés dans l'angle de la Ka-Boula-M'pakati et d’un gentil ruisselet qui s’y jette à corps perdu; nous nous réjouissons d’avoir enfin de bonne, d'excellente eau. Depuis Mpwéto nous n'avons guère eu qu’une eau détestable, lourde, chargée de matières organiques, mauvaise pure, mauvaise filtrée, mauvaise en thé ou en café. Quelle terrible tare pour le pays!

3ien qu'on nous ait avertis à Pa-Windé que nous ne verrions âme qui vive sur les Kou-n’déloungou, voici pourtant venir aujourd’hui le chef Ki-Toungou, du village Ki-Langui; ce brave homme s'était présenté ce

matin au camp de la N’loungwé au moment où je donnais le signal du départ; Je l’avais prié de pousser jusqu'au nouveau gite d'étape, ce qu'il à fait; il apporte trois paniers de farine et trois poules. Le chef Ki-Toungou était jadis installé sur la rivière Lou-Issé avec le chef Sananguï, celui-là qui était venu nous saluer à Pa-Windé, le mardi 14, au matin. Aujourd’hui Ki-Toungou est installé pour son compte au ruisselet Ka-Samba-Limbo, que nous avons franchi au départ du dernier campement.

D’après les renseignements que me fournit le chef Ki-Toungou, — renseignements corroborés par les guides que m'a donnés Ka-Pwassa, — les gens de Pa-Windé, Wamôla, Lou-Banga, etc., sont des Ba-Lamotwas reconnaissant comme grand chef le chef Mou-Founga, du village Sô’n’ta, sur la Lou-Ichi. Ce renseignement concorde avee ceux qui n'avaient été donnés à Mo-Banga.

Il n’y a pas de sentier allant directement du point où nous campons aujourd'hui au village Sô’n’ta {ou Pa-N’sô’n’ta), parce que la région à parcourir est absolument déserte, ou, plus exaetement, inoccupée par les indigènes. Pour se rendre à Sô’n’ta, il faut d’abord marcher vers l’ouest, par la route que nous suivons précisément, Jusqu'au village Ka-Sanga (au nord de Lofoï}; là on trouve un sentier piquant vers

= le nord, le long de la falaise occidentale des Kou’n’déloungou. (Voir à ce propos la première feuille de la carte au millionième, en quatre couleurs, donnant notre itinéraire, carte qu'on peut se procurer en librairie.)

Mes interlocuteurs m’assurent encore qu'ici il n’y a pas de caoutchouc; chez les Ba-Lamotwas du nord il Y en a et il est exploité; le long de la route d'aujourd'hui aucune plante à caoutchoue n’a été vue, bien que très probablement quelques lianes puissent exister dans les galeries des rivières.

Ces renseignements indiquent qu’au point de vue de l’achat du caoutchouc, ce n’est pas à la rive du Moéro qu'il faut s'installer, mais à l’ouest des Kou-n'déloungou, par exemple à proximité du village du grand ehef Mou-Founga.

Disons à son sujet qu'il existe un deuxième grand chef Ba-Lamotwa, que le missionnaire anglais Crawford a réussi à attirer à la mission de Loanza; ce deuxième chef est reconnu des quelques milliers d’indigènes groupés autour de cette mission.

De 17 heures à 17 h. 45 m., pluie; à 18 heures, double arc-en-ciel incomplet.

La soirée, d’abord entièrement couverte, se nettoie peu à peu. Deux fois j'ai dù enlever le théodolite de son trépied, la pluie commençant à tomber; enfin nous pouvons nous mettre en observation.

Dans la position cercle Est G étoiles se prennent très bien; puis voilà que le firmament recommence à se barbouiller de bandes de cirrus ondulés et, dans la position cercle Ouest, l'observation est plus dure; toutefois nous arrivons à prendre encore 7 étoiles, ce qui complète la soirée à merveille.

I fait un froid intense; il est vrai que nous sommes à 1,520 mètres d'altitude et qu'il fait humide; aussi le feu flambe-t-il plus vivement que jamais.

J'ai reçu aujourd’hui un courrier venant de Mpwéto; M. Questiaux m'envoie un dessin en couleurs d’un silure pêché dans le Moéro, et que, pense-t-il, nous n'avons pas encore dans nos collections.

Jeudi, 16 février 1899.

Vent violent toute la nuit; pluies par rafales. À 6 h. 30 m., le thermomètre marque 15° !/,.

La pluie nous empêche de procéder à l'observation du magnétisme.

Nous resterons ici aujourd'hui, ce qui me permettra de mettre au courant les calculs des dernières observations, et de faire le magnétisme quand la pluie aura cessé.

M. De H. partira en avant-garde et ira élever des abris à la rivière Ka-N’gwéchi.

Le soleil demeure invisible; il fait si froid et si humide que, de la journée, nous ne quittons pas nos manteaux dont les cols sont frileusement relevés: de plus, un énorme brasier flambe toute la journée.

= /oÿ5

La pluie avant pris fin, nous délerminons les trois composantes magnétiques; Fopération dure de 11 heures à 12 h. 50 m.

Je puis abattre force calculs ; encore une journée aussi bien remplie, et je serai au courant pour l’arrivée à Lofoi.

Pendant un temps de repos je fais un bout de promenade autour du camp; vers l’est, on découvre toute la vallée du Lou-Apoula, avec la ligne de hauteurs de sa rive orientale, ligne qui se prolonge le long du Moéro, passe par Ki-Engué et continue vers le nord pour se fondre dans le plateau du Ma-Roungou; le point où nous campons appartient à la ligne de hauteurs occidentale aboutissant à M'pwéto, et continuant ensuite vers le nord.

Nos hommes se sont dispersés aux alentours du camp; dans ce site boisé ils trouvent diverses ressources: entre autres ils détachent de grands pans d’étorce dont ils se font des étoffes et aussi de curieux plats; pour ce dernier usage ils enlèvent de préférence la calotte des loupes des grands arbres, ce qui leur fournit des assiettes toutes prêtes.

Le chef Wa-Baya (de Lofoi) m'apporte une branche de landolphia avec une petite boule de latex coagulé: il à cueilli cette branche près de la Ka-Boula-M'pakati. Je lui demande s’il y à beaucoup de plantes pareilles : « Non, répond-il, je n’ai vu que celle-là ».

Michel, Dardenne et Fromont sont pris de flux du ventre. Le maximum thermométrique de la journée a été de 23° 1/,.

Vendredi, 17 février 1899.

À 6 heures, le thermomètre marque 16°/,.

Départ à T heures. Direction générale de la marche : ouest 10° sud. A l'heure où nous quittons le campement la vue vers l’est et le nord-est est intéressante : des nuées de buée laiteuse marquent le cours des rivières, des parties inondées et surtout du Lou-Apoula et de ses expansions; on se laisserait presque aller à croire que c’est le Moéro qu'on voit et non le Lou-Apoula, taut ces buées laiteuses forment une vaste surface horizontale.

Au départ du camp nous montons sur un sol de belle argile rouge; pendant une bonne lieue lallure de la brousse est très caractéristique; une essence domine, un méchant acacia grèle; de temps en temps un arbre à tronc convenable et parfois un bel arbre très ramifié et feuillu. Herbe courte. On ne voit plus lAnona sénégalensis, ni le m'filou, ni l’orange du Cafre (strychnos), ni les diverses vignes.

Un peu d’orseille pour laquelle les indigènes n’ont pas de nom; quantité de rhaptopetallum formant, par places, de simili grands vergers, avec leurs troncs hauts seulement de 2",50 à 3 mètres, très rapprochés, confondant leurs couronnes qui s’étalent toutes fleuries d'abondantes fleurs jaunes, grasses ; nom indigène : m'panguwua.

On passe dans un silence de mort, que ne rompt aucun eri d'animal, aueun vol d'oiseau ou de papillon.

Et l’on arrive ainsi à la descente du ruisseau Ki-Matété, large de 1 mètre, encaissé de 3",50, avec 20 centimètres d’eau claire, courant sur cascatelles, vers la Bi-Yéwé; dans la galerie de ce ruisseau se détachent de superbes fougères arborescentes, les premières que je voie au Congo.

Sur la rive gauche du Ki-Matété existent d'anciennes cultures, établies jadis par un dépendant de Ka-Pivassa.

Au delà du Ki-Matété on remonte légèrement, par le travers d’une plaine herbue, sans arbres, à terre noire grasse, plaine à laquelle succède une partie de sous-bois; ensuite le sentier descend au ruisseau Ma-Pembwé, large de 1 mètre, encaissé de 3, avec 20 centimètres d’eau claire allant à la Bi-Yéwé: quantité de fougères.

On remonte de suite pour entrer dans un beau sous-bois, où se remarquent d'énormes termitières, les plus hautes et les plus larges que j’aie encore jamais vues; bientôt on redescend lentement jusqu’au ruisseau A-zén'gœwé, large de 1 mètre, encaissé de 2, avec 20 centimètres d’eau très limpide, roulant vivement, sur cascatelles, vers la Bi-Yéwé.

Nouvelle montée, mais pour descendre de suite au Ki-Ma, filet d’eau claire allant à la Bi-Yéwé; entre les deux derniers ruisseaux ont été vues des traces d’éléphant.

La Ki-Ma franchie on monte et l’on arrive en plaine herbue; quelques arbustes; vers le sud le pays se découvre; la ligne d'horizon est sans mouvement, ce qui est naturel, car nous approchons du point d'altitude maximum des Kou-n’déloungou. è

Le sol est parsemé de quartzites roulés où brillent comme or des parcelles de mica jaune.

On descend vers la Bi-Yéwé, large seulement de 75 centimètres à 1",50, encaissée de 1 mètre, avec 50 centimètres d’eau, allant à la Lou-Alala; on remonte ensuite en plaine herbue, suivie d’une partie de futaie moyenne ; le sentier court ici parallèlement à un petit ruisseau, le Ma-Kalamou, qui se jette dans la Bi-Yéwé:; après avoir encore traversé une petite plaine herbue, suivie d’une partie de fulaie moyenne, on s'engage dans une étroite bande marécageuse où s’amorce le ruisseau Ma-Kalamou.

L’altitude n’a pas cessé de croître. Maintenant les limonites affleurent; tout en montant encore légèrement on à la sensation de parcourir un plateau devenu quasi horizontal, et qui forme le dos d’âne des Kou-n'déloungou; en tous sens la vue porte à l'extrême horizon sans trouver pour se reposer rien que, de-çi de-là, des bouquets de végétation basse indiquant des éponges, où s’amorcent quantité de ruisseaux fuyant dans toutes les directions; nous sommes vraiment au pays des sources.

Le sol n’est plus vêtu que d’une misérable herbe clairsemée et courte (25 centimètres), avec quelques arbustes nains ne dépassant pas la hauteur des herbes.

Partout affleure le conglomérat quartzeux.

Je viens d'écrire le mot éponges; on entend par là des portions de terrains, d’allure marécageuse, d’où sourd lentement une eau très claire, se fillrant en quelque sorte à travers le feutre végétal que forment les innombrables racines enchevêtrées d’une herbe très courte, caractéristique de ces terrains-éponges. Nous reparlerons en temps et lieu de ces éponges, et particulièrement à propos de la ligne de faite Congo- Zambèze.

Le sentier, lantôt les traverse délibérément, tantôt les contourne; pour être plus exact, je devrais dire que le sentier, qui a été tracé en saison sèche, est, en ce moment des pleines pluies, en partie inondé, car les éponges suintent naturellement plus aux pluies qu'en saison sèche.

Sur notre droite voici l'éponge d’où sort le ruisseau Ki-Lissanga, qui commence d’abord à couler vers l’est, puis décrit une courbe marquée qui le ramène dans l’ouest, vers la Ka N'ewéchr.

Sur notre gauche, &est la Ki-Bala, affluent de la Bi-Yéwé, sortant d’une grande éponge que les guides nomment N’kongwé, et qui a la forme d’une ellipse un peu défoncée, bordée d’une galerie d'arbres bas.

Entre l'éponge du Ki-Lissanga et l'éponge N'kongwé, on pourrait planter un piquet marquant neltement un point de la ligne séparatrice des eaux allant vers l’est au Lou-Apoula, vers Pouest à la Lou-Fira.

Continuons à marcher et nous trouvons à notre droite les sources du Ka-Na, ruisseau allant à la Ka-N’ewéchi.

Nous sommes ici exactement au point d'altitude maximum, — sur le sentier que nous suivons, bien entendu, — du massif des Kou-n'déloungou, à 1,750 mètres au-dessus du niveau de la mer; le sentier fait un coude marqué vers le sud, mais reprend bientôt vers l’ouest.

Une longue éponge est traversée, d’où sort le ruisseau Mi-Banga allant au Ka-Na, et l’on arrive à la Ka-N’ewéchi, large de 2 mètres à 2,50, avec 10 à 75 centimètres d’eau claire, dévalant prestement vers l’ouest pour aller s’unir à la Ka-Sanga, affluent de la Lou-Fira.

Nous avons nettement quitté le versant occidental du Motro et du Lou-Apoula.

C’est à la Ka-N’ewéchi que l'avant-garde devait construire des abris; de nouveau rien n’a été fait; le chef de l'avant-garde à continué à marcher sans s'inquiéter des inconvénients qu'il y à pour nous à allonger les étapes, inconvénients dont le premier est de nous mettre dans l’impossibilité de tenir le gros travail de chaque jour au courant dans le journal au net.

Force nous est de continuer à marcher.

one

Les conglomérats à cailloux roulés de quartz ne cessent de se montrer; la diminution de l'altitude est sensible; une éponge de 100 pas est traversée, suivie du ruisseau Ka-Makola, formé de deux embranchements franchis par le sentier; le Ka-Makola est large de 1 mètre à 1",50, avec 20 centimètres d’eau claire, à courant marqué vers la Ka-Sanga.

La partie d'herbe courte avec quelques rares arbres rabougris prend fin, et est remplacée par une futaie moyenne qui se maintiendra jusqu’à la fin de l’étape.

Franchissons la Ma-Tété, large de 50 centimètres, encaissée de 50 centimètres à 1 mêtre, avec 40 centimètres d’eau claire courante, allant à la Ka-Sanga.

Immédiatement au delà de Ma-Tété on enjambe une étroite dépression à sec, du nom de Mi-Poundou; vient ensuite le ruisseau Ka-M’pemba, large de 30 centimètres à 1 mètre, avec 10 centimètres d’eau claire, courant vers le Ka-Sanga; la rive gauche du Ka-M’pemba est spongieuse sur une cinquantaine de pas; on monte alors légèrement pour arriver sur un terrain sablonneux que continue à habiller une futaie moyenne, mélée de quelques arbres de belle taille, et l’on redescend de quelques mètres pour franchir le ruisseau Ki-Foundika, large de 1 mètre, avec 30 centimètres d’eau très claire, à courant rapide vers la Ka-Sanga. Depuis la Ka-N’gwéchi, tous les ruisseaux traversés coulent vers le nord-ouest.

C’est ici que s’est arrêtée l'avant-garde; les installations sont construites sur la rive gauche.

Il est 15 h. 10 m.; nous avons parcouru environ 50 kilomètres.

Force n'est de faire des observations désagréables au chef d'avant-garde, qui donne comme excuse qu'il ne connait pas les noms des rivières; le même agent ne parvient pas à orienter les abris dans le sens estouest, comme je le lui ai prescrit, sous prétexte qu'il ne sait pas où est le nord; aussi trouvons-nous les abris orientés nord-sud; de plus, aucun n’a les dimensions que j'ai données par écrit à M. De H.; de sorte que je ne puis m'y installer pour travailler; or il commence à pleuvoir vers 16 heures, ce qui me met dans l’impossibilité de tracer l'itinéraire au propre.

Je crois convenable de dire que le désir que j'ai d'exposer, avec le plus de détails possible, les conditions dans lesquelles s’est accompli notre voyage, exige que je passe sur les fausses considérations secondaires qui pourraient vouloir que j’omette les raisons que j'ai eues de faire des observations à mes agents; dans ma pensée, le récit de notre voyage doit surtout fixer les idées des jeunes gens disposés à se laisser attirer par d’analogues aventures; c’est pourquoi je crois devoir dire tout ce qui est de nature à les instruire; toutefois, je noterai dès maintenant que M. De H., dont j'eus énormément à me plaindre, se transforma finalement au point que je pus demander sa nomination au grade de sous-licutenant; il fut de ceux auxquels on peut appliquer la parole de l'Évangile, qu'il y a surtout de la joie au ciel pour la rentrée au bercail d’une brebis égarée.

Je reviens au camp de la Ki-Foundika.

Pour achever de déterminer les ennuis créés par la longueur de létape, je dirai que, ce matin, notre premier repas a été plus que sommaire : le gigot de mouton gardé d'hier soir, pour notre déjeuner d'aujourd'hui, s'étant trouvé trop avancé à son apparition sur notre table; et il est 15 !/, heures quand nous pouvons satisfaire nos estomacs hurlant famine.

On n''objectera évidemment que nous pourrions adopter le système des grands voyageurs africains, consistant à faire halte à mi-journée pour le deuxième repas; ce système n’est praticable que par ceux qui n’ont rien à faire, en arrivant au gite d’étape, qu'à s’enfoncer dans leur chaise longue et à donner longuement audience à leur cuisinier.

Pour nous, qui devons préparer chaque jour le travail de nuit, — exigeant préalablement le tracé au net de l'itinéraire de chaque jour, — il est assez évident que notre étape doit se faire d’une seule traite.

Pendant que Michel désherbe une bande méridienne, que Dardenne aquarelle un superbe protéa rouge et un curieux bleuet vert, je reçois les hommages de deux chefs, les nommés Ki-Mongwé, du village Ka-Lenga-Massala, et N'Kogni, du village Ma-Pembwé, sur la rivière Ka-Sanga.

Avertis de notre approche, ces deux braves sont venus au-devant de nous avec des vivres pour blanes et noirs; ils nous offrent dix poules, cinq paniers de farine, cinq de mais. Parmi le groupe de sujets accompagnant ces deux chefs, nous remarquons un grand garçon dont la tête vaut une photographie, que Michel ne rate pas.

La soirée est pluvieuse et couverte. Niente da fare !

Samedi, 18 février 1899.

Température à 6 heures : 14,5. C’est la plus basse température observée depuis Mpwéto. Grand feu pour combattre Phumidite.

Dardenne qui, depuis Ka-Béça, souffrait beaucoup d'asthme et qui, depuis N’toungwé, avait dû garder le hamac tout le temps, va mieux aujourd’hui.

Départ à 6 h. 55 m.

Direction générale de la marche comme hier. Les chefs Ki-Mongwé et N’Kogni nous servent de guides.

En quittant le camp on traverse le ruisseau Ki-Manamana, large de 1 mètre, avec 10 centimètres d'eau claire, à courant marqué vers la Ki-Foundika; sol de terre noire grasse; le terrain accuse une pente légère du sud vers le nord; sous-bois composé comme essence prédominante du vilain acacia grêle que j'ai déjà signalé, el qui s'appelle miombo en indigène; on ne voit plus de fruits dans la brousse.

On monte de quelques 40 mètres jusqu’à une portion de terrain plan s'étendant sur environ 1 !/, kilomètre; ainsi qu'hier et que certains jours précédents, on est saisi par le silence de mort, que rompt seul le cri — très musical — d’un certain grillon; on dirait un son aigu de verre de cristal.

Du rebord du petit plateau qu'on vient de traverser, on distingue, vers le sud et le sud-ouest, une ligne de hauteurs semblant nous dominer de 250 mètres environ; c’est la falaise bordant la rive gauche de la Ka-Sanga; nous nous trouvons nous-mêmes en ce moment au haut de la falaise qui borde la rive droite de la mème rivière; la table sur laquelle nous marchons s'appelle Ma-Lamba; le terrain y est très tourmenté; successivement le terrain dévale, remonte, redescend, remonte encore et, finalement, dégringole la rude pente qui va aboutir à la Ka-Sanga, à 200 mètres en contre-bas de la table Ma- Lamba.

Impossible de décrire le site, tant il est tourmenté; sur la pente même menant à la Ka-Sanga, le sentier franchit encore trois dépressions dans les dalles de schistes: les deux supérieures, dénommées Ka-Sala et Ma-Lamba, sont à sec; le troisième, dénommée Kaka’n’Samwelini, renferme un filet d’eau claire courante.

Dans cette descente le sentier surplombe presque à pic l’étroite vallée profonde où la Ka-Sanga chante sur ses cascalelles:; de nombreuses et profondes déchirures séparent d'énormes massifs rocheux et forment les étroites vallées de rivières plus où moins importantes. Au point où on la traverse la Ka-Sanga offre une belle nappe d’eau limpide large de 5 à 6 mètres, profonde de 40 centimètres, courant vivement sur cascatelles.

La Ka-Sanga franchie on grimpe sur un étroit promontoire rocheux rattaché au massif qui borde la gauche de la rivière, et l’on descend de suite à une autre rivière aussi importante, la N'Gombé, qui vient du sud et offre une nappe de belle eau limpide, large de 4 à 5 mètres, profonde de 30 centimètres, à courant violent sur cascatelles ; la N'Gombé contourne le promontoire rocheux que je viens de signaler et s’unit à la Ka-Sanga, à une centaine de mètres en aval du sentier.

Le reste de l'étape est une succession ininterrompue de montées et de descentes ; une vingtaine de ruisselets, ruisseaux et rivières sont traversés, dont l’énumération deviendrait fastidieuse; d’aucuns coulent vers le

LE

sud pour joindre des affluents qui les ramènent à la Ka-Sanga; les principaux coulent vers le nord et le nord-ouest.

Presque tous ont des lits rocheux, des eaux limpides, parfois un peu laiteuses; leur courant, peu profond, est rapide, voire violent; les falaises délimitant les indentations où coulent les principaux ruisseaux sélèvent à 250 et 300 mètres au-dessus du sentier; les pentes de ces falaises sont bien boisées; le fond des étroites vallées offre, ici des parties en éponges avec des sources en action, là de petites plaines herbues.

Vers la fin de l’étape nous prenons contact avec la jolie rivière Diassa, venant du sud pour aller rejoindre la Ka-Sanga; le sentier en suit la rive droite pendant plus de 1 kilomètre; jolies chutes de 1 mètre de dénivellement, en amont desquelles nous traversons la rivière, large de 8 à 10 mètres, avec un lit d'énormes dalles plates où s’écoule une nappe d’eau dont la profondeur varie de 10 centimètres à 1,50; belle eau limpide; courant rapide.

La Diassa est ici encaissée dans une vallée large au plus de 1 kilomètre, entre deux falaises élevées où se détachent au nord le pic Ki-Assalala, au sud des pies Mambwé et Tehibalangwé.

La Diassa franchie, nous la remontons encore un moment par sa rive gauche, franchissons le ruisseau Ka’n’Goua et stoppons dans l’angle des deux rivières.

Il est 12 h. 20 m.; nous avons couvert 19 kilomètres d’une traite, montant et descendant sans reläche, dégringolant des pentes de 200 mètres pour en remonter de 150 mètres plus loin. Bien que je sois rompu de cet exercice, exécuté tout en levant très minutieusement l'itinéraire, il importe que je mette au net le journal de route.

Malheureusement, le site ou nous campons manque d'ombre; nous devons dejeuner quasi en plein soleil: quand, ensuite, je me mets à ma table de travail, je ne tarde pas à me sentir la tête lourde; j'ai été à demi-insolé; impossible de continuer le travail; force m'est de me coucher, ne trouvant toutefois qu'un mauvais sommeil trop pesant.

Dans laprès-midi Dardenne s’en va crayonner un adorable coin de la Diassa; pendant qu'il croque le site, deux mignonnes antilopes viennent à l’aiguade. {Voir là planche en couleurs.)

Le chef Ki-Mongwé, qui nous a servi de guide aujourd’hui, nous a fait ses adieux à l’arrivée au camp, en nous offrant un nouveau cadeau de six poules, de miel et de maïs; comme il souffre d’une forte tumeur dans le dos, Michel la lui badigeonne à la teinture d’iode, et nous lui remettons une bouteille de sublime corrosif pour nettoyer la tumeur, qui s'ouvrira bientôt.

Vers 17 h. 30 m., je me mets à la préparation de l’observation astronomique; à peine le jalon marquant le méridien approché est-il planté, que la pluie nous arrive en rafales; il faut au plus vite enlever le théodolite.

La soirée reste mauvaise; l’observation ne peut se faire.

Ainsi que je l'ai dit, le pays parcouru ce jour est à ce point tourmenté qu'il m'est impossible d'en donner une suffisante description par la seule écriture; seul l'itinéraire à grande échelle, tel que nous avons

établi, permet de se rendre compte de ce qu'est ce site sauvage.

Dimanche, 19 février 1899.

Température à 6 heures : 13° 3/,.

Ma nuit a été trop mauvaise pour que je puisse me lever avec le jour.

L'avant-garde et les bagages prendront les devants et iront établir les abris à la Lou-Kolowéchi.

Jai besoin de me reposer quelques heures; pendant que nous stoppons ainsi la pluie nous arrive et ne cesse pas.

A 14 h. 30 m., nous partons dans la pluie. Michel lèvera l'itinéraire. Direction de la marche : ouest-15° à 20° sud.

Au départ du camp on traverse le ruisseau Ma-Twambélé, large de 1 à 3 mètres, encaissé de 1 mètre, avec 15 à 50 centimètres d’eau claire, à courant rapide vers la Diassa, dont nous continuons à remonter le cours à travers une région de futaie moyenne; le sol est parsemé de pierrailles; coup sur coup, on enjambe le ruisseau Ma-Lamba, large de 50 centimètres à 1 mètre, avec 10 à 30 centimètres d’eau claire, courant peu marqué; le ruisselet Ma-Pembwé, à see, et le Ki-Bongwé, large de 50 centimètres à 1 mètre, encaissé d'autant, avec 30 centimètres d’eau; ce sont trois affluents de la Diassa.

Nous abandonnons maintenant celle-ci, qui s’infléchit vers le sud. Des limonites affleurent ; les pommiersnéfliers se montrent à nouveau, ainsi que des parties de futaie moyenne, et nous arrivons à la rivière Lo-Anoa, large de 2 à 4 mètres, avec +5 à 30 centimètres d’eau claire courante, allant à la Lou-Kolowéchi. Franchissons ensuite la Ka-Sousoué, dépression à sec, large de 50 centimètres à 1,50, encaissée de 1 à 2,50, et nous sommes au bord du memelon Ki-Mato, où se voient les ruines d’une maison destinée jadis au logement des voyageurs blanes.

Depuis le début de Pétape l'altitude à constamment diminué; à partir du bord du Ki-Mato, cette dimi-

nution va se marquer brusquement et

nous voiei bientôt en un point d’où l’on

: découvre vers l’ouest et le sud-ouest la

ne Dos grande plaine basse de la Lou-Fira, où Se re : ee >, git la station de Lofoï, impossible à de : 7. distinguer. Ici encore, les effets de lumicre produisent un véritable mirage;

on croirait voir — à s'y méprendre, même étant prévenu — un vaste lac

avec des îles : l’eau est simulée par les parties les plus éclairées, les îles par les bouquets d'arbres de la plaine ou les galeries arborescentes des rivières et des ruisseaux.

Après nous être rassasiés de cette vue grandiose, nous commençons à dévaler la pente à pic qui mène à Ja Lou-Kolowéchi; cette pente est d’une

La plaine de la Lou-Fira vue du bord de la falaise Kou-n’déloungou.

raideur fantastique; pour notre malheur la pluie d'aujourd'hui a détrempé la roche schisteuse rouge, devenue glissante comme verglas, et c’est un sentier de cocagne que nous descendons parfois malgré nous.

Deux fois je m'étale de tout mon long, côté pile; le diable est qu’on pourrait fort bien dégringoler au fond de la gorge en abime, où cascade la folâtre Lou-Kolowéchi, où du moins la branche principale de cette rivière, car nos guides nous montrent trois composantes du même nom.

Après 400 mètres de dégringolade, nous voici à ladite branche principale, large de 4 à 6 mètres, encaissée de 4 mètres, avec 40 à 25 centimètres d’eau claire.

Nous la franchissons et trouvons sur la rive gauche les abris qui nous hébergeront une dernière nuit avant l’entrée à Lofoï.

Il est 17 heures: nous avons parcouru 9 !/, kilomètres.

Nous trouvons M. De H. indisposé.

Le site où nous sommes installés est le fond de l’étroite indentation par où s'échappe la Lou-Kolowéchi allant à la rivière Lofot; la falaise nord a comme point marquant le pie Ki-Loungou; la falaise sud a les deux pies Kapo-Kapo et Ka-Malengwé.

Au camp préparé par l'avant-garde, nous trouvons le chef Moëfou, du village Lou-Koubé, lequel nous altend pour nous offrir quatre poules et cinq paniers de farine,

oi

Arrive aussi un noir, envoyé par le capitaine Verdick, avec un mot de bienvenue et une superbe gigue d'antilope.

Soirée d'encre, ne permettant aucun travail de nuit.

Lundi, 20 février 1899.

Insomnie quasi absolue; c’est à peine si j'ai dormi une heure. Je me lêve, naturellement non reposé, la tête et les reins mauvais. J'aurais besoin de quelques jours de repos. Comment les trouver? La lune est en äge d’être prise dès ce soir; il faudra donc être au travail chaque nuit.

Départ à 7 h. 30 m. Je prends, seul, vivement les devants, en hamac. Michel lève l'itinéraire. Le sentier suit le cours de la Lou-Kolowéchi; pendant 8 kilomètres environ, on demeure écrasé entre les deux hautes falaises qui bordent l’étroit couloir de la rivière; deux pics marquent la fin de ce couloir, l’un au nord, appelé le Ka-Mokombwa, l’autre au sud, le Ma-Sompwé.

Sur ces huit premiers kilomètres on ne traverse rien moins que 14 ruisselets à sec; le pays est boisé de futaie moyenne, entrecoupée de parties herbeuses ; un peu avant de sortir du couloir de la Lou-Kolowéchi, nous traversons les cultures du village Ki-Simonda, chef Mokébo (75 huttes) ; au sortir de ces cultures, la plaine herbue commence à dominer avec un peu de futaie basse et quelques arbres elairsemés.

Au dehors de la gorge étroite de la Lou-Kolowéchi, se présente un second groupe d’une trentaine de huttes entourées de cultures ; iei on traverse la rivière large de 2%,50 à 4 mètres, encaissée de 50 centimètres à 1 mètre, avec 50 centimètres à 1 mètre de profondeur d’eau; d’après mes guides, la rivière aurait un cours en partie souterrain, un peu en amont du point où le sentier la franchit; nous viendrons vérifier ces dires plus tard.

Pour le moment, continuons vers Lofoï, dont nous sommes proches. D'autant que voici le capitaine Verdick, venant à notre rencontre; il est un peu désappointé de me voir seul; comme j'en ai l'habitude quand nous arrivons dans une station, j'ai pris les devants pour jeter un coup d'œil sur les installations qui nous sont réservées et pouvoir estimer comment jy répartirai mon monde et mes charges. En procédant ainsi, j'évite d’encombrer la station d'une caravane arrivant à la débandade, jetant ses colis n'importe où, puis n'ayant plus lenvie de les reprendre au moment d’emmagasiner; tandis qu'en prenant une heure d'avance, j'ai tout le temps de voir comment se fera notre logement; quand arrive la colonne chaque blane est dirigé de suite au point qui lui est assigné, tandis que les noirs peuvent déposer leurs charges soit aux magasins qui les attendent, soit sous la véranda des divers Européens. Capitaine Verdik.

Tout en fournissant ces explications à M. Verdick, nous traversons un groupe de 60 huttes dont le commandement est dévolu à une femme du nom de Mou-Tomba, qui eut jadis Fhonneur de compter parmi les nombreuses épouses de Msiri.

Nous sommes précédés de la musique de Lofoïi-Station, consistant en une bande de clairons et de tambours, sonnant et battant avec une réelle maëstria. Les tambourinaires sont des gamins pas plus hauts que ça, portant sur la cuisse des tambours indigènes munis d’une bretelle; et, ma foi, l'allure de cette musique nègre ne manque pas de cachet.

Sur notre droite se présente un beau bouquet de grands arbres parasols abritant une maison dépendant du poste, et qui devait, dans la pensée de ses constructeurs, servir de logement à des passagers européens, par exemple les missionnaires anglais. :

C’est ensuite, au milieu de cultures nombreuses, une succession de groupes de huttes de chaque côté du sentier ; 25 huttes à droite, 35 à gauche; de nouveau 12 à droite, encore 20 à droite, puis 20 à gauche, puis 10 à droite.

La route, élargie à 10 mètres, est presque constamment sous eau; il faut se faire porter; j'use de mon hamac; M. Verdick est à califourchon sur les épaules d’un solide moricaud.

op

C'est ainsi que nous arrivons sur l’esplanade du poste où la troupe en grande tenue, sous les ordres de l’adjudant Delvaux (depuis nommé oflicier), est rangée pour nous faire honneur; au haut du grand mât flotte le plus beau drapeau du poste.

Voici encore achevée une section de notre long voyage !

Il est 11 h. 15 m. quand la colonne entre dans la station; l'étape a été d'environ 13 1/, kilomètres; le capitaine Verdick nous a réservé d'excellents logements, dont nous prenons possession séance tenante.

Un copieux déjeuner a été préparé, auquel j'ai le regret de ne pouvoir faire honneur, par inaptitude stomacale.

Après le déjeuner Fromont se met de suite à la construction de l’observatoire astronomique, dont jai déterminé l'emplacement et l'orientation. Michel reçoit le chef Ko-Kébo, qui apporte une chèvre et sept paniers de farine.

De mon côté je prépare — avec une fièvre de cheval — l'observation de la lune.

Notre ardeur, hélas! n'est pas récompensée; à 18 heures une tornade assaille la station : orage, pluie, ciel d'encre; observation impossible.

Sous-lieutenant Delvaux.

CEAPIDRENTE

Séjour à Lofoï-Station. — Installation de l’observatoire météorologique. — Réception de chefs. — Bières indigènes. — Tchikola, ex-bourreau de M’siri. — Série de soirées couvertes. — Les jardins de Lofoï. — Premiers diagrammes de température et de pression atmosphérique relevés à Lofoï. — La vallée de la Lou-Fira au point de vue des cultures. — Nouvelles de M. Voss. — Le capitaine Verdick demande de pouvoir disposer de notre escorte pour agir contre le chef rebelle Mouloumou-Niama. — Écritures multiples. — Abondance de moustiques. — Phénomènes d’acclimatement. — La question des langues. — Considérations sur l'occupation du pays par les Européens. — Mauvais état sanitaire général. — Remarques climatologiques. — Hygrométricité exagérée. — Désastre musical. — Légumes phénomènes. — Ruches. — Affreuse nouvelle : le souslieutenant Fromont tué aux grottes de Ki-Amakélé. — Inutilités administratives. — Toupies indigènes. — Tornade violente. — Arrivée de MM. Voss et Questiaux, de M. et M"° Mac-Lacklaen. — Curieuses fiançailles. — Invasion de fourmis. — Renceignements divers. — Curieuse forme des précipitations atmosphériques. — Travail général. — Le Mioumbou. — Curieux phénomène lumineux. — Fabrication de biltong. — Modification dans nos projets de reconnaissance. — Important envoi de documents et de collections. — Note sur la station de Lofoï. — A propos du conseil de guerre de notre mission. — Une rivière qui s’enterre. — Préparatifs d'excursion iusqu'aux chutes Ki-Oubo sur la Lou-Fira. — Départ de Lofor.

Mardi, 21 février 1899.

Nuit mauvaise; suées continues; deux fois jai dû changer de draps et de chemise. Le petit jour me trouve toujours fiévreux.

De son côté Michel souffre de Pœæil gauche, qui est fortement injecté; cel œil ne perçoit plus rien; notre ami sc fabrique un collyre au borax.

Procédons à l'installation des instruments météorologiques; nous avons justement trouvé un local tout construit pouvant servir d’abri thermométrique ; c’est une sorte de petit pavillon circulaire, formé d’un soubasement en briques, haut d'environ 1 mètre, surmonté de colonnettes supportant un épais toit d'herbes; on ajoutera une véranda dont

le toit sera surbaissé de manière à ne pas former le prolongement du toit du pavillon, mais à laisser, entre les deux,

Observatoire météorologique à Lofoï-Station (1599).

un intervalle de 20 centimètres, qui assurera une abondante circulation d'air précisément à hauteur d’une poutre disposée spécialement pour recevoir les instruments. Le baromètre George est monté; les enregistreurs sont mis en marche; les thermomètres sont accrochés à leur place.

M. Verdick assiste à ces diverses opérations, car tous nos instruments météorologiques lui seront remis plus tard, pour la continuation des observations.

Ce m'est un plaisir de dire de suite que je trouvai en M. Verdiek, et en son adjoint M. Delvaux, deux collaborateurs prenant beaucoup d'intérêt à nos travaux, et acceptant avec plaisir leur part dans les observations, les lectures d'instruments et les annotations dans les carnets; le concours de ces deux messieurs fut, non seulement très complaisant, mais aussi très intelligent. Après notre départ du Ka-Tanga, les observations météorologiques furent continuées par leurs soins; malheureusement, au retour en Europe de ces deux agents dévoués, les observations ont été abandonnées, et j'ai appris dernièrement qu’une bonne tornade avait brisé une partie des appareils que nous avions convoyés d'Europe au Ka-Tanga, avec une si constante sollicitude et au prix de tant d’'inquiétudes et de précautions.

Je ne puis m'empêcher de me rappeler que nous avons eu quelques tornades, violentes à déraciner des arbres autour de nous, et pourtant nous avons su protéger nos précieux instruments. Aujourd’hui, une bonne tornade en à eu raison.

Quelle chance pour les observateurs!

Il est vrai que des observations apportées par des observateurs de poids insuflisant ne peuvent avoir qu'une

destination : le panier aux vieux papiers!

Une grosse parlie de la journée est consacrée à recevoir les hommages de chefs, sous-chefs, simples particuliers, qui désirent que nous vivions dans l'abondance, comme on le verra par l’énumération de leurs

mirambos (cadeaux) :

Le chef Gougo Mirambo (village Di-Séba) offre . . . . . À panier farine, 4 pots bousséré ; Le nommé Ka-Jiki (même village), offre . . . . . . . 4 poules, l panier mais, 2 paniers farine;

La femme chef Mou-Tomba, offre | panier farine,

4 pots bousséré:; Le nommé Ki-Basi, offre. MR TA DANICrS Han er Le nommé Ka-Sanda, offre . : . . . NE . » poules,

£ paniers farine,

2 paniers mais; Le nommé Mou-Chilanga, offre : UN Dpots Je pombes Pemomme Di-Chéta. offre + . 2)poules,

Ï panier mais,

1 panier farine:

Le nommé Di-Nomba, offre. : . . . . CT NO IPANIErS MAIS: Le nommé Mwanatora, offre. . . et lipanierstanne

l panier mais:

Benommé Ka-Lapouta, offre . … … … … . . . 4 paniers de riz;

Le nommé Ma-M'haya (ancien soldat), offre . panier pommes de terre douces,

panier d'oignons, ) poules,

Cr

pots de pombé.

op

De lentretien que nous avons avec tout ce monde je tire les quelques renseignements suivants

Le massif montagneux que nous avons franchi entre le Moéro et Lofoi est appelé, par les Ba-Lamotwas, du nom de Mou-Kinga ; e’est le nom que l’on trouve sur la carte de Reichart; nous l’entendrons souventes fois de nos propres oreilles, dans nos promenades futures.

La station de Lofoi tire son nom de la rivière Lofoï qui passe à un bon kilomètre au sud; ce sont les Européens qui ont appelé leur poste du nom de la rivière (le premier poste touchait à cette rivière) ; entre eux, les indigènes le nomment Kienda Mopita.

Parmi les nombreux produits comestibles qui nous ont été apportés, j'ai signalé les pots de bousséré et de pombé; ce sont deux bières du pays, fabriquées au moyen de mil, de mais ou de sorgho; il y a une troisième espèce de bière, dénommée mou-kaya.

Très complaisamment, les bons buveurs qui me documentent m'expliquent que, pour la bousséré, la fermentation se complète dans les pots, après cuisson de la bière; dans le mou-kaya, la fermentation est incomplète, et l’on ajoute au liquide une racine sapide du nom de mou-koyo, destinée à accentuer le goût du breuvage.

Toul comme dans les pays de haute civilisation, il existe iei de bons et de mauvais brasseurs, on plutôt brasseuses, car la fabrication de ces boissons plus où moins mousseuses est dévolue aux femmes; d'aucunes sont célèbres au loin; la station de Lofoi a précisément la chance de posséder une de ces fabricantes de grand renom; aussi passons-nous arrangement avec elle pour la fourniture journalière d’un pot de bière d'une douzaine de litres; ce sera notre boisson de table, que nous humerons plus d’une fois avec plaisir; il faut dire que le pombé que nous trouvons ici est de beaucoup supérieur à la méchante et épaisse drogue que nous avions en vain essayé d'ingurgiter au Tanganika.

Soirée d'orage; pluie, ciel d'encre. Encore une fois, observalion impossible, Je me couche en compagnie d’une migraine first class.

Mercredi, 22 février 1899.

Minima de la nuit : 189,4.

Insomnie complète; levé très fatigue.

L'état de Michel n’a pas empiré. Dardenne est très pris d'asthme.

Procédé à l'installation de lenregistreur solaire, du pluviomètre, des actinomètres et du support d’anémomètre.

Nouvelles visites d’indigènes :

FeChenKESAkNapponte et Ce “0-02 /pDaniers farine, 2 paniers mais; Le nommé Tchikola apporte . . Re HO e LIDOUIES,

> paniers farine; Le nommé Ki-Souda apporte . ee UN : | poule, L panier farine;

Le chef Ma-Karacha apporte paniers farine, 3 paniers mais; Be’chetMo=Kemhétapportes + tee EE . | mouton,

15 paniers farine ;

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Le chef Mo-Eména apporte paniers farine.

Si nos serviteurs nègres étaient citoyens d’une colonie française ils ne manqueraient pas de s'exclamer : Y a du bon! Car ce sont eux surtout qui profitent de cet abondance de bonnes choses.

Les deux plus marquants de nos visiteurs d'aujourd'hui sont le chef Mo-Kembé et le dénommé Tchikola.

Nous aurons plus tard l’occasion de revoir le premier en grand costume de guerre et Dardenne en prendra alors une superbe aquarelle, reproduite dans le présent volume.

Quant à Tchikola, il nous aborde en exécutant d’étranges contorsions et en poussant des cris de sauvage de foire. Le capitaine Verdick me dit que cet homme fut un des bourreaux en titre du feu chef M'siri, chef qu'il est d'usage de qualifier de tyran. Je me suis jadis conformé à cet usage sur la légendaire réputation qui lui avait été faite. Depuis mon séjour dans le Ka-Tanga, ie me demande pourquoi Msiri mérita, plus que tout autre, d’être dépeint sous de si noires couleurs.

Quoi qu'il en soit, à la mort de son maître, Tchikola fut recueilli par les blanes, et aujourd’hui il n’oserait plus se détacher d'eux, car il a accumulé sur sa tête beaucoup de haines. À chaque nouvel Européen qui arrive à Lofoï, Tehikola l’aborde avec cet étrange et inquiétant cérémonial, qui lui donne des allures de hyène rôdant autour de sa proie; il paraît que ce sont des incantations spéciales à Tehïkola, incantations par lesquelles il conjure le mauvais esprit dont le blanc nouveau venu pourrait être animé contre un ancien suppôt de Msiri.

Maximum thermométrique : 26°,1. La nébulosité s'est maintenue toute la journée de 9 à 10; durée d'insolation : 0!,65; pluviomètre : 0.

Pour la troisième fois, la soirée est couverte; pourtant, comme il ne pleut pas et que la lune se distingue derrière son lourd manteau de nuées, nous nous mettons en station avec l'espoir qu'elle se découvrira au moment propice; Ce qui arrive précisément; l'observation est précaire, car je n'aurais pu rectifier.la déviation azimutale par pénurie d'étoiles; nous ne pûmes prendre que six étoiles avant le passage de la lune, et plus aucune après; le caleul montra que la déviation était de 337. 6" (d'arc), valeur trop forte pour une bonne culmination lunaire ; aussi l'observation de longitude du 22 février fut-elle rejetée.

Cette déveine dans la prise des éléments indispensables à une bonne détermination de la longitude absolue de Lofoi n'est pas pour me remettre physiquement; aussi me couché-je le front enserré dans une vraie plaque de compression, la tête douloureuse. Naturellement, insomnie absolue et pénible au plus haut degré.

Pour y aider d'innombrables moustiques parviennent à s’introduire dans la pourtant solide moustiquaire que le capitaine Verdick avait eu la prévoyance de faire fabriquer pour nos lits avant notre arrivée, en prévision des attaques de l'horrible bestiole

Jeudi, 23 février 1899.

SR es

Minima de la nuit : 15°,8.

Il me serait impossible de me lever. Je ne puis tenir les yeux ouverts tant je suis accablé; douleurs cérébrales toujours aussi violentes.

Dans la journée je rends cinq fois de la bile, pure, verte, par longues gorgées gluantes, nidoreuses.

Le soir je me résouds à essayer d’une drogue ; j'avale un comprimé de calomel, que je vomis avec de la bile une demi-heure après.

De toute la Journée je n’ai rien pris, pas même une gorgée d’eau.

Vers 20 heures, enfin, le sommeil vient, et je dors assez bien jusqu'à ce que sonne le couvre-feu. La sonnerie m’éveille, et le reste de ma nuit se passe de nouveau à attendre le jour.

Le maxima thermometrique a atteint 259,8. La nébulosité qui était de 10 à 6 heures, est descendue jusqu'à 6 à 15 heures, pour remonter ensuite à 9; durée d'insolation : 25,65

Le pluviomètre marque 0; toutefois, de 7 h. 5 m. à 7 h. 30 m., il est tombé un peu de pluie légère, et à 19 heures, il v a eu tornade avec un peu de pluie. -

La soirée n'aurait pu être consacrée à une observation, le ciel étant chargé de nuages d’encre.

Vendredi, 24 février 1899.

Quoique n'ayant guère dormi Je me sens un peu mieux; le mal de tête a diminué; le ventre se libère aussi. Allons, encore un mauvais moment qui pourrait bien être passé !

Michel va moins bien : il ne voit plus rien de l’œil malade; nous décidons qu'il gardera la chambre, dans l'obscurité. Fromont est pris brusquement de fièvre froide et doit se cloitrer également.

Je mets aujourd’hui au net Les trois derniers jours d’ilinéraire, et puis calculer lobservation du mercredi 22.

Remis au capitaine Verdick les coordonnées des points levés sur le Moéro, afin qu'il puisse en tenir compte pour la rédaction d'une carte à laquelle il travaille. A la tombée du Jour je me paye une promenade dans les jardins de Lofoi.

Jardin potager de Lofoï-Station (199).

Maxima : 260,5. De 6 à 8 heures la nébulosité descend de 9 à 6. Durée d'insolation : 2? heures. À # heures (nuit), il y a eu un peu de pluie; à 6 heures, le pluviomètre donne 1,66; à 9 heures, 0,95 : de 10 h. 15 m. à 10 h. 50 m., pluic légère, ne marquant pas à l’udomètre.

Le ciel est favorable à une observation; malheureusement, Michel et Fromont sont hors d'état de m'aider.

En allant me coucher je trouve dans ma chambre un superbe hibou de la grosseur d'un double pigeon: Je l’assomme à coups de jonc et le jette sur une chaise, sous la véranda, comptant le faire mettre en peau demain.

Samedi, 25 février 1899.

Minima nocturne : 18°,4. De 6 heures à 7 h. 5 m., fort brouillard.

Je nai qu'à moitié dormi. Ces insomnies répétées esquinteraient l’invalide à la tête de bois. Mon hibou d'hier a disparu.

Fromont est remis; Michel continue à Sanuser dans l'obscurité.

Le capitaine Verdick est à court d’étoffe pour faire la solde de ses soldats, parmi lesquels se trouvent une dizaine de lascars dont il se défie; ce sont d'anciens soldats venus de Lou-Sambo. M. Verdick craint que

J ve + 5 4 ER RE

ces gens ne se laissent aller à murmurer s'ils ne reçoivent rien, alors que les miens sont payés régulièrement; c’est ce qu'il n’expose aujourd’hui et, trouvant qu'il à raison, je lui avance 4 ballots de calicot.

De son côté il me rembourse 3 caisses de perles en remplacement de celles que

J'avais cédées à la station de Mpwéto,

sur la demande du commandant Hecq.

La visite des jardins de Lofoï, que

Jai faite hier à la tombée du jour, m'a

permis de constater que si lemplacement actuel de la station est archi-détestable (inondations, moustiques, ete.), en revanche, il est à souhaiter que de tels jardins puissent se retrouver là où l’on transportera la station lorsque, ce qui ne peut manquer, elle se déplacera.

Tout pousse avec une exubérance que

je n'avais connue qu'à Coquilhat-Ville : les choux sont gros comme deux fois la tête d’un géant; les navets

ont jusqu'à 12 centimètres et plus de diamètre; les raves, carottes, radis, aussi beaux que chez nous; les petits pois abondants; les oignons énormes (comme Je ne les avais pas encore vus en Afrique); les poireaux, les chouxraves, les aubergines, les chicorées, les laitues, les céleris, tout cela d’une taille monstrueuse; les tomates pullulantes.

Pommes de terre d'Europe donnant superbement; il paraît que les fruits aériens ne se formeraient pas : On sait que le tubercule de la pomme de terre est, non le fruit, mais la tige de cette plante précieuse. Le blé vient très bien.

Comme fruits : beaucoup de goyaves; des grenadilles rafraichissantes:; des groscilles du Cap parfumées ; quelques plants d’ananas ne portant pas encore. Enfin, cinq ou six caféiers moins malheureux que ceux vus à Moliro et à Mpwéto. N'oublions pas d'énormes et vigoureuses rizières.

Champ de blé à Lofoiï-Station (1599).

Pour arriver en ce moment de l’année au jardin potager, il faut traverser 1 ‘/, kilomètre de terrain inondé, ce qui exige qu'on se fasse porter soit en hamac, soit à califourchon sur les épaules d’un robuste mori-

caud. La première station du Lofoi avait été construite beaucoup plus près de la rivière contre le potager actuel; on en voit encore des murailles en pisé, écroulées et disparaissant sous les végétations parasitaires: une forte crue du Lofoi ayant un jour inondé tout le poste, ses occupants en décidèrent le déplacement et se portèrent à 1 kilomètre au nord=nord-ouest, où se trouve lactuelle station, aujourd’hui condamnée à son tour.

Sur la route qui mène au potager nous saluons la tombe de feu le commandant Brasseur, tué à l'ennemi.

Le jardin potager, dont je viens de dire les richesses, se développe le long de la rive droite du Lofot; la rivière se traverse ici par le moyen d'un pont très pittoresque sur lequel, toutefois, on ne saurait songer à faire rouler de lartillerie, même de montagne.

Le Lofoi est, ici, large de 6 à 10 mètres, très encaissé et bordé d'une imposante galerie arborescente; on peut descendre là rivière en pirogue jusqu'à son confluent avec la Lou-Fira; cest une promenade d'un jour, aller ct retour, avec le temps de tirer un hippo.

En neltoyant le cours du Lofoï, on pourrait le remonter en pirogue jusqu'à ses chutes, qui, me dit M. Verdick, sont de toute beaute.

A 15 h. 45 m., forte tornade sèche; vent nord-ouest; l’anémomètre donne de 3 à 5"%,50 à : Pont sur le Lofoï (1899). la seconde (petite vitesse des bateaux à vapeur).

Orage jusqu'à 15 h. 15 m. A 15 h. 20 m. le pluviomètre accuse 11,7 d’eau tombée.

Soirée couverte et pluvieuse; observation impossible.

Maxima thermométrique : 28°,8.

Nébulosité de 9 à #, puis remontant à 7: durée d'insolation : 51,35.

Michel et Fromont restent fiévreux.

Dimanche, 26 février 1899.

Minima nocturne : 17°,8.

Passé une nuit à moitié bonne. Quelle veine! Je puis me lever avec le jour, plus dispos. Il pleut. Vers 25 heures, la pluie avait commencé à tomber fortement; aussi, à 6 h. 30 m., le pluviomètre donne-til 37,6 d’eau tombée.

Gräce à mes bottes de marais, je puis faire le tour extérieur de la station, le long du boma; la pluie de cette nuit à noyé presque tout le terrain. Quelle aberration d’être resté ici malgré tout; la zwanze de PEcole militaire « Ça vit dans l’eau! » me revient malgré moi en mémoire.

A 15 heures, l’udomètre accuse 6,9%.

A 16 h. 50 m. tornade sèche suivie bientôt d’une forte pluie jusqu'à 16 h. 45 m.; de 17 heures à 17 h. 20 m. pluie très légère donnant 1/3 millimètre à Fudomètre.

PA

Écrit à la factorerie de Ki-Engué, en renvoyant un compte approuvé; à la factorerie de Ki-Touta, en renvoyant un compte annoté; enfin, à M. Gibbs à Blantyre, pour le remercier de nous avoir réexpédié la caissette de réactifs oubliée à l’entrée du Nyassa.

Une fois de plus, la soirée est couverte et l'observation impossible.

Le sergent De H .…. souffre de maux de dents; M. Fromont n'a pas paru à table aujourd'hui.

Maxima diurne : 26°,3.

La nébulosité a passé de 10 à 5, puis à 9.

Durée d'insolation : 3,6.

Lundi, 27 février 1899. ;

Minima nocturne : 18°,2.

Passé une assez bonne nuit. Fromont va mieux. L'état ophtalmique de Michel reste stationnaire; toutefois, le voile uniforme qui constituait la vision des premiers jours de laffection a disparu, remplacé par de gros flocons flottants; ce genre d’ennui est connu dans le pays; d’après ce qu'on n'en dit, je puis penser que Michel sera remis dans huit à dix Jours.

Au point de vue sanitaire, M. Verdiek me cite trois cas d'hématurie chez des Européens; toutefois, on peut se demander si le diagnostie de l'affection, établi par des non-médecins, n’a pas été erroné.

Changé les feuilles des enregistreurs de température et de pression.

Le diagramme du thermographe garde l'allure générale des diagrammes obtenus à Moliro et à Mpwéto; d’une façon générale, la température s'accroit jusqu'aux environs de 16 heures; les rayons solaires sont donc capables de maintenir l'élévation de température quatre heures après le midi du jour, c’est-à-dire après le moment où le soleil, de par sa position en hauteur maximum, produit son maximum d'effet calorique.

Les moments de pluie et de tornade sont caractérisés par la chute brusque de la température, chute pouvant atteindre 10° en quelques minutes.

À remarquer aussi le tremblé du diagramme avant chaque forte pluie. Des écarts de 10° peuvent se produire dans nos régions tempérées, sous l'influence des précipitations atmosphériques; mais, chez nous, ces écarts peuvent se produire dans les deux sens, c’est-à-dire que les pluies peuvent produire soit une baisse, soit une hausse du thermomètre.

Depuis notre arrivée sur le territoire congolais, nous n'avons observé que des baisses barométriques à l’occasion des précipations atmosphériques. R

L'examen du diagramme de notre première semaine à Lofoï ne révèle pas de relèvements thermométriques nocturnes tels que ceux signalés à Moliro.

Le maxima absolu a été de 28,8; le minima absolu, de 17,8; la moyenne hebdomadaire, de 22° 1/,.

De son côté, le diagramme de la marée barométrique offre une régularité un peu moindre qu'à M'pwéto; toutefois, l'écart entre les deux ordonnées extrêmes ne dépasse pas à millimètres.

A remarquer que, pendant la nuit, le baromètre demeure quasi stable, à la moyenne.

Préparé l'observation de la lune (2° bord) d'aujourd'hui au #4 mars prochain.

Maxima diurne : 28°,5.

La nébulosité à varié de T à 4, pour remonter à 5 {/,.

Durée d’insolation : 5,45.

La soirée est couverte; mais, comme la lune ne passera au méridien qu'à 1 h. 45 m. (temps moyen), c’està-dire deux heures environ après-minuit, je passe la première moitié de la nuit dans l'attente impatiente, mais, hélas! sans que Phébé se daigne montrer au moment propice; Je voudrais bien n'en irriler, mais ne le puis.

Et je me couche, peu disposé au repos; sueurs abondantes! Qu'est-ce que les hématozoaires et la quinine

auraient à voir là-dedans? Si j'avais réussi mon observation, j'aurais bien dormi; toutes les doses de quinine n'auraient jamais remplacé une heure d'éclaireie méridienne.

Mardi, 28 février 1899.

Levé mal disposé. Journée d’écritures. Calcul d’une première valeur de laltitude de Lofoi. M. Verdick reçoit une lettre de Nana-Ka’n’doundou, station portugaise à deux jours à l’est du lac Di-Lolo; il y a là une mission anglaise qui se tient en liaison par courriers avec les missions protestantes du Ka-Tanga; la lettre reçue par M. Verdick émane de M. Georges, dont nous ferons la connaissance dans la suite.

D'ici à Nana-Ka’n’doundou, le courrier met un mois; d'ici à la côte occidentale, la transmission d’une lettre prendrait 70 jours, si rien ne l’arrêtait.

A 14h. 10 m., tornade sèche; dix minutes après, coups de tonnerre dans le iointain: vent W; l’anémomètre marque de 5",75 à 5,7 à la seconde.

A 16 h. 25 m., pluie légère pendant dix minutes; l’udomètre accuse 07,13.

Maxima diurne : 270,6.

La nébulosité a passé de 10 à 3 {/,, puis est remontée à 10.

Durée d’insolation : 8,45.

Nuit d'encre; en me couchant, je donne instructions de venir m'éveiller à 1 {/, heure; la lune passera au méridien à 2 1/, heures.

Quand on m'appelle, je ne puis que pester une fois de plus contre la déveine persistante, mais cela ne

découvre pas le méridien.

Mercredi, 4° mars 1899.

Minima nocturne : 17° 1/,.

Matinée de brouillard.

Inutile de dire que ma nuit à été mauvaise.

Il y a, à la station de Lofoï, de jeunes palmiers élaïs plantés depuis deux ans; ils ont 1",50 (maximum) de hauteur, ou, plus exactement, les palmes sont de cette longueur, mais le stipe ne se forme pas encore. Ces palmiers sont originaires de Ka-loumba (confluent Lou-Alaba—Lou-Fira).

Le ficus à étoffe s’appelle ici Sycomore (?), et le saucissonnier est appelé Baobab (!?!).

Ma promenade du matin me montre encore dans la station un beau spécimen de chérimolier (pomme-

cannelle) en fruits.

De renseignements recueillis de la bouche de M. Verdick, il résulte que, d'ici au point où le Lofoi joint la Lou-Fira, il n’y à qu'une demi-heure de marche; en ce point la Lou-Fira fait un coude qui la rejette fortement dans l’ouest, de sorte que, si on marchait du poste droit dans l’ouest, on mettrait quatre heures pour atteindre la Lou-Fira, et ce à travers un terrain soumis aux inondations et où existent des fossés cachés par les eaux, fossés de 2 mètres à 2",50 de profondeur, où un homme disparait entièrement.

Les deux rives de la Lou-Fira, dans la partie voisine de Lofoi, sont marécageuses toute l'année: elles ne sont pas bordées d'arbres; la rivière coule dans un océan d'herbes et de jones; quart à songer

à assécher et à cultiver les plaines de la Lou-Fira, ce serait folie; par places seulement, on peut trouver d’étroites bandes cultivables.

Que je dise tout de suite que, dans la suite de notre reconnaissance, nous vérifierons par nous-mêmes l'exactitude de ces renseignements, qui sont le contre-pied d'informations fournies par d’autres voyageurs, ayant émis l'avis que « n’était leur éloignement des voies de communication, ces grandes plaines de la Lou-Fira, si faciles d'irrigation, se prêteraient mieux peut-être que tout autre terrain du Congo, aux grandes exploitations agricoles ».

Je répète que notre reconnaissance des grandes plaines de la Lou-Fira nous en donne une idée tout autre; nous narrerons cette reconnaissance aux jours venus; pour le moment, disons seulement que la station de Lofoi, une première fois déplacée, ainsi que nous lavons rapporté, devait finalement être complètement abandonnée; au mois d'octobre 1899, M. Verdick devait se transporter au Lou-Kafou; au mois de janvier 1900, nous devions repasser par Lofoï et y séjourner encore quelques semaines; après quoi, ce malheureux poste

devait être laissé à l'abandon. Mieux valut tard que jamais!

Vers 11 heures, je prends la fièvre qui, dans l'après-midi, n'oblige à me coucher. Maxima diurne : 290,3. Nébulosité variant de 9 à 5.5, puis remontant à 9.

Soirée couverte. Observation impossible.

Jeudi, 2 mars 1899.

Minima nocturne : 17°,5.

Arrivée d’un courrier n’apporlant que des lettres officielles.

C’est d’abord M. le géologue Kemper-Voss qui nrécrit de Mou-Téta, à la date du 10 février; 1l à reçu mes lettres des 21 et 25 janvier; il n’a jusqu'ici rien trouvé d'exploitable; il à fait visite à M. Crawford, de la mission de Loanza, lequel lui à parlé d’endroits intéressants à prospecter, à 80 milles de la mission; M. Voss me demande des instructions à cet égard.

Répondu de suite à M. Voss qu'aussitôt finie sa reconnaissance de la vallée de la Lou-Fonzo (prescrite par mes lettres), il devra rallier Lofoï sans retard. Je donne aussi à notre géologue tous les renseignements qui peuvent l’intéresser quant aux gites d'étape et aux journées de marche de son prochain voyage vers Lofoï. Je l’autorise aussi à faire de suite — s’il l'estime bon — un envoi de roches de M'pwéto vers Bruxelles.

Je réponds ensuite à une lettre du lieutenant Chargcois, chef de poste de M'pwéto, au sujet d’un envoi de peaux de zèbres et autres qu'il doit faire pour nous à Bruxelles.

Écrit en troisième lieu à M. Johnstone, agent de la Compagnie des Laes à Ki-Engué, relativement à nos transports; cet agent m'a fait connaitre que notre caisse de collections n°13 à pris la route de l’Europe.

Enfin, une lettre de M. Cerckell {chef de poste à Mo-Linga dit Kilwa) me fait connaitre l’arrivée du schooner le Léopold LE, qui lui a apporté pour nous 3 caisses et 33 ballots calicot, qu'il m'enverra dès qu'il aura réuni

les porteurs nécessaires.

De son côté, M. Verdick, chef de la zone Ka-Tanga, me remet la demande ci-dessous : « Lofoi, le 1% mars 1899.

« Monsieur le chef de mission, « Les mouvements hostiles des Ba-Sangas me forcent à user des armes pour réprimer une révolte qui

pourrait devenir générale.

« Le chef Mouloumou-Niama, instigateur principal, ne cesse d'attaquer nos postes détachés, et menace de compromettre le prestige de notre drapeau.

« Vous me rendriez la tâche facile en mé laissant disposer de votre escorte, ainsi que d’un de vos adjoints sachant la conduire.

« Je mettrai à votre disposition M. Delvaux, qui s’appliquera à vous rendre les services dont vous devrez vous priver en me passant l’adjoint que vous désignerez. »

Ci ma réponse :

« Lofoï, 1e 2 mars 1899.

« Monsieur le capitaine,

« En réponse à votre lettre du 1% mar, j'ai l'honneur de vous faire connaitre que Je mets à votre disposition le personnel de mon escorte, sous les ordres de M. le sous-lieutenant Fromont, dont vous avez déjà certainement apprécié les qualités.

« Toutefois, il sera nécessaire de me laisser dix hommes que M. Fromont désignera.

« [1 va de soi que je ne puis fournir les eartouches pour l’action que vous projetez, mon approvisionnement ne comportant que cent cartouches par hommes.

« Ainsi qu'il résulte des renseignements que vous m'avez donnés verbalement, votre absence de la station ne dépassera pas, sauf imprévu, un mois.

« Je vous saurais gré de la réduire le plus possible. »

Comme suite à cet échange de lettres, le sous-lieutenant Fromont reçut l’ordre de se mettre avec 50 de nos soldats à la disposition de M. Verdick; ce brave oflicier accueillit avec une véritable joie cette mission, qui allait lui permettre de voir de près, un des premiers, ces grottes fameuses du Ka-Tanga; car le chef rebelle occupait précisément de pareilles grottes, et e’est ce qui lui faisait une absolue réputation d’inexpugnabilité; car afirmait-on, ses grottes s’étendaient au loin sous terre, en tous sens, et des crevasses dans leurs voûtes permettaient à ceux qui sv terraient, de fusiller de bas en haut tout imprudent assez hardi pour s’aventurer sur leur territoire.

On verra plus tard ce qu'il fallait penser de ces racontars sensationnels.

Les instructions nécessaires données à M. Fromont et à sa troupe, je me remets à ma table de travail et rédige le rapport n° 15 au secrétaire d’État, lui rendant compte de notre arrivée et de notre installation à Lofoï; de l’arrivée de MM. Voss et Questiaux; de la situation de notre matériel et de nos approvisionnements ; de notre état sanitaire peu satisfaisant; de l'esprit peu discipliné de notre escorte.

Jai le plaisir aussi de signaler combien je suis satisfait de la façon d'être et du travail de MM. Michel, Dardenne et Fromont; la plus grande bonne volonté et un complet dévouement sont les qualités prédominantes de ces agents.

Enfin, je joins en annexe, à ce rapport, les résultats des observations de position faites entre Mwpéto et Ka-Béca, ainsi qu'une note sur l'ile Kilwa, note où Je consigne les observations que m'a suggérées mon passage et mon séjour au sud de Moéro, et que j'ai rapportées à leur place dans ce journal.

Enfin, je termine cette besogne de courrier qui caractérise ma journée, par une lettre à M. Gibbs, l’aimable directeur de la Compagnie des lacs, à Blantyre, lui faisant connaître que les trois caisses qu'il m'a envoyées comme caisses de dynamite, ne contenaient que des détonateurs et des fusées, ainsi qu'il à été constaté par M. Questiaux, à son arrivée à Mpwéto, où ces caisses étaient restées en dépôt, dans la poudrière du poste.

A 1% h. 30 m., tornade sèche. À 1% h. 45 m., forte pluie et coups de tonnerre jusqu'à 17 h. 15 m. Quantité d’eau tombée : 8mm,02.

Vent W.; vitesse, mesurée à l’anémomètre : de 2",70 à 4 mètres à la seconde.

Durée d’insolation : 3 heures.

Maxima diurne : 3 heures.

Nébulosité variant pour toute la journée, de 5 à 10. Ciel d'encre dans la soirée; observation impossible.

Vendredi, 3 mars 1899.

Mauvaise nuit fiévreuse.

Minima nocture : 19°,10. Brouillard. A 8 heures, quelques gouttes de pluie.

Travaillé jusqu’à midi. Pris alors de vomissements et de fièvre froide, m'obligeant à m'aliter sous sept couvertures ; je mets quatre heures à me réchauffer.

Durée d’insolation : 4!

Maxima diurne : 28°,3.

A 19 h. 30 m., nous pouvons nous mettre en observation : 9 étoiles sont prises; malheureusement, le

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