ED
Mardi, 14 mars 1899.
Minima nocturne : 17°,5.
Jai pu passer la nuit sans recourir à l’opium; peu dormi toutefois, les reins restant très douloureux. Il y a aussi, pour chasser tout sommeil, des nuées de moustiques; je comprends seulement maintenant la précaution que le capitaine Verdick a prise de nous faire fabriquer, avant notre arrivée, des moustiquaires spéciales. Hélas! la mienne ne parvient pas à constituer, pour l’armée de mes ennemis infiniment petits mais infiniment redoutables, l’infranchissable obstacle espéré; il est vrai que la disposition en alcove du lit que j'ai trouvé à Lofoi est telle qu'il ne m'a pas été possible, jusqu'ici, de le clôturer complètement par la moustiquaire.
Pendant le jour les moustiques sont remplacés par d’abondantes mouches.
Tout cela rentre dans les avantages inséparables des sites aquatiques, tel qu'est le site détestable de Lofoï. Et dire que, jusqu'ici, pas un des occupants de cette f...ichue station n’a eu l'initiative voulue pour s’en aller
autre part. Et voilà dix ans qu’on y est.
De 13 h. 10 m. à 13 h. 25 m., pluie très légère ne marquant pas à l’udomètre; coups de tonnerre à l’est, à 13 h. 40 m.
Durée d’insolation : 5",30.
Maxima diurne : 26°,5.
Ma journée a été un peu meilleure au point de vue sanitaire.
Mercredi, 15 mars 1899.
Terrible reprise; impossible de bouger de mon lit; douleurs de reins, torticolis, maux de tête, Durée d’insolation : 7°,30.
Maxima diurne : 309,1.
Jeudi, 16 mars 1899.
Minima nocturne : 19.
Même situation; paralysie de la mâchoire inférieure ; à peine si je puis entr’ouvrir la bouche.
Michel a pu reprendre le service des observations météorologiques.
Reçu un courrier de MTowa : le camarade Hecq à repris vraiment une situation des plus délicates à tous les points de vue.
Pour le moment la route vers Ka-Ba-m'haré continue à rester barrée.
De 16 h. 30 m. à 16 h. 45 m., pluie légère ne donnant rien au pluviomètre. Durée d'insolation : 51,50.
Maxima diurne : 309,8.
Vendredi, 147 mars 1899.
Minima nocturne : 170,5.
Un mieux léger se dessine dans mon état sanitaire; je puis prendre un peu de nourriture. J'aurais même passé une nuit un peu reposante n’eussent été les redoutables moustiques dont mon lit ne peut être mis à l'abri. C’est terrible; je n’ai pas fermé l'œil une seule minute la nuit passée, à cause de ce misérable infiniment petit qui pullule ici presqu’à l’égal des fourmis. Comme le lit du poste ne peut être complètement défendu à cet inexorable ennemi, je fais installer au milieu de ma chambre mon simple lit de campement, qui, au moins, peut être complètement protégé par sa moustiquaire.
Dans la journée rentre à Lofoï le sergent Monghelima de notre escorte, parti avec le capitaine Verdick et devenu malade en route.
D'autre part un caporal noir en poste sur le Lou-Alaba vient annoncer que les révoltés de Lou-Louabourg menaceraient Ka-Iloumba, à l'embouchure du Lou-Alaba et de la Lou-Fira.
Durée d’insolation : 106,50.
Maxima diurne : 31°,6.
Samedi, 18 mars 1899.
Minima nocturne : 18,8.
Grâce à mon changement de lit, grâce aussi à ce que j'ai fait entretenir hier soir du feu pendant deux heures dans ma chambre, j'ai enfin tenu tête aux moustiques, et ai pu dormir d’un sommeil encore mauvais, mais enfin dormir. Et je m'en ressens nettement ce matin.
Préparé l'observation de la nouvelle lune qui pourra être prise dès ce soir — si l’état du ciel le permet — jusqu'au 24 mars.
On apporte un superbe spécimen de fourmilier (oryctérope du Cap); Dardenne en prend un dessin colorié, puis Michel le met en peau. (Voir la planche en couleurs.)
L'animal est visible à Tervueren
A 15 h. 25 m., coups de tonnerre dans le Sud.
De 16 h, 20 m. à 16 h. 40 m., averse donnant 6"",36 d’eau tombée. Durée d’insolation : 9 heures. ë
Maxima diurne : 31°,2.
A partir de 21 heures, vent violent d’Est. Soirée courte; observation impossible.
Dimanche, 19 mars 1899.
Minima nocturne : 19°,3.
Assez bonne nuit; je vais mieux; la tête est naturellement faible; les reins se remettent lentement.
Durée d’insolation : 7,95.
Bien que le ciel soit mauvais nous pouvons prendre une observation de la lune avec 6 étoiles; cette observation est faite cercle Est; après retournement cerele Ouest et nivellement de l'instrument, il devient impossible de prendre encore ne fut-ce qu’une étoile.
L'inconvénient n’est pas grave, car ce qui m'importe surtout c’est la culmination lunaire, qui est réussie.
En mettant le cercle méridien en station, je constate que l'instrument est plus abimé, depuis moins d’un mois que nous sommes à Lofoi, qu'il ne l'avait été depuis le départ d'Europe, tant l'humidité est ici
corrosive par sa permanence et son intensité; le cercle divisé (qui est en argent), constamment et soigneusement huilé, est absolument intact, ainsi que les tourillons ; seul est attaqué par l’oxydation le cuivre du tube de la lunette et de quelques autres parties de l'instrument; ceci ne présente aucun inconvénient au point de vue de la valeur de linstrument pour les observations; il est moins binquant, voilà tout. Mais n'est-il pas intéressant de constater comment, depuis notre arrivée à Lofoï, blanes, noirs et instruments de la mission pâtissent de la forte et continue hygrométricité de cette malheureuse station ? Car c’est cette forte hygrométricité qui constitue le plus important facteur de la cause totale qui nous met tous en ce moment sur le flanc. Patience toutefois ; laissons la nature se défendre seule contre elle-même; pas de crainte ni d’inutiles médicaments, et Je me tromperais fort si nous ne nous retrouvions bientôt sur pied.
Lundi, 20 mars 1899.
Minima nocturne : 19,5.
De 5 h. 30 m. à 6 h. 45 m., pluie légère; idem de 7 h. 20 m. à 8 h. 40 m.; l’udomètre accuse 22,16 d’eau tombée.
Je me suis levé la tête un peu lourde, ce qui ne m'empêche nullement d'établir les calculs de lobservation d'hier.
Changé les feuilles d’enregistreurs.
Au point de vue thermométrique la semaine écoulée a été plus chaude; les chutes brusques de température, par suite d’averses subites, ont diminué. L’intéressant phénomène du réchauffement nocturne de la température — observé à Moliro ainsi que nous l'avons signalé — s’inserit deux fois sur le présent diagramme : dans la nuit du 17 au 18 mars, vers 21 heures, la température est descendue à 21°,4 pour remonter à 23°,4 à 23 h. 40 m., puis redescendre jusqu'à 19°; dans la nuit du 18 au 19, phénomène analogue, moins ample.
Le minima absolu de la semaine a été de 17°,5; le maxima absolu de 31,6; la moyenne de 23%.
A midi, Je dois me coucher, mon déjeuner de ee matin ne se prêtant pas à la digestion.
De 15 h. 10 m. à 15 h. 50 m., pluie légère ne donnant rien à l’udomètre. Durée d’insolation : 6",70. Maxima diurne : 30°,4. Pris une observation complète de latitude, d'heure et de longitude, par la lune et 16 étoiles.
Je me couche très énervé.
Mardi, 21 mars 1899.
Minima nocturne : 18°.
Impossible de me lever. L’estomac ne fonctionne pas: migraine des mieux conditionnées.
Reçu aujourd'hui une lettre de M. Voss, datée de Loanza, 12 mars, par laquelle notre géologue me rend sommairement compte de son excursion dans la vallée de la Lou-Fonzo.
En voici la traduction :
« Rivière Moalata : ici à été trouvé un banc de conglomérats; il ne contient pas de minerais exploitables.
« Village Ka-Sama : à certaine distance autour de ce village, trouvé différents lits de conglomérats, dont quelques-uns d'apparence pleine de promesses; les roches au lavage (on panning) n’ont pas donné de résultats.
« Pendant notre séjour ici, excursionné aux rivières Lou-Kalwé et Lé-Koumbi; à la première, conglomérats ne donnant pas traces de minerais au lavage ; à la seconde, trouvé une variété fibreuse de calcaire.
« Rivières Ka-Tolo et Ko-Kossi : banes de conglomérats dont un échantillon riche en pyrites de er; pas d'or décelé par le lavage de cet échantillon. Jai emporté un duplicata qui pourra être examiné de plus près en Europe.
« Rivière Soungué : trouvé un lit de conglomérats contenant une variété de mica jaune mais pas d’or; en remontant la rivière, trouvé au pied des collines Zandé des blocs de quartz contenant des pyrites de cuivre; j'en ai pris échantillons.
« Près de la Soungwé encore j'ai recueilli dans des calcaires et des schistes, des apparences de fossiles (2.
« Du sel a été trouvé à Ka-Sama et à deux points près de la Soungwé; ce sel est tenu en solution dans des eaux de sources.
« À Ki-Sabi, rien n’a été trouvé. »
Dans la fin de sa lettre, M. Voss me dit que lui et M. Questiaux ont subi quelques vilaines attaques de fièvre. Ils allaient se mettre en route vers le sud.
Nous sommes à l’équinoxe de printemps; le soleil emporte son anneau de nuages au nord de l'Equateur.
A 15 heures orage au sud.
Durée d’insolation : 82,50. Maxima diurne : 30°,8.
Pris une bonne observation d'heure et de culmination lunaire.
N'ayant rien absorbé de la journée, qu'un peu de soupe, jé me sens mieux, et me couche sans trop d’appréhension.
Mercredi, 22 mars 1899.
Minima nocturne : 20.
Levé bien disposé, quoique la tête soit faible. Je puis travailler au calcul des dernières observations. A 11 h. 30 m., orage à l’est A 15 heures tornade sèche dans la même direction.
Durée d’insolation : 7,40. Maxima diurne : 30°,2. Nébulosité à 18 heures : 8.
Nuit couverte; observation impossible.
Jeudi, 23 mars 1899.
Minima nocturne : 19°,2.
Bien dormi; aussi suis-je debout avec le jour et bien disposé au travail : calculs et cartographie.
Ai-je déjà dit que j'avais emporté une mandoline destinée à charmer nos rares instants de loisir. Je viens de la trouver au diable; il y a quelques jours, j'avais preserit à mes boys de mettre tout mon fourniment en plein soleil, l'humidité ayant tout pénétré, tout moisi. La stricte exécution de cet ordre à fait que ma pauvre mandoline à aussi été exposée aux ardentes caresses de messire Phæbus : la table s’est gondolée et a sauté : impossible d’en rien faire encore.
À Bruxelles, avec quelques cent francs, le désastre serait instantanément réparé; ici je me contenterai de mordre mes doigts sans plus, dans l’absolue impossibilité de me fabriquer moi-même le gentil instrument ; une fois de plus notre existence africaine me montre à l'évidence en quelle étroite solidarité nous vivons, sans le voir, en Europe. Des milliers d'êtres y sont nécessaires à nos facilités d'existence, et chacun de nous n'est qu'une bien faible composante dans la résultante totale qui s'appelle la vie des civilisés; or combien de gens se demandent parfois où ils en seraient et ce qu'ils feraient, abandonnés à eux-mêmes. Sans doute feraient-ils comme moi en ce moment : ils ne répareraient pas leur mandoline.
À 11 h. 15 m., roulements de tonnerre vers l'Est. À 14 heures tornade sèche suivie, à 14 h. 45 m., d’une forte pluie jusqu’à 15 heures; pendant environ une demi-heure le vent souffle par rafales, puis la pluie tombe, donnant une hauteur de 6"",87 au pluviomètre; la vitesse du vent varie de 2",60 à 4 mètres à la seconde (mesure à l’anémomètre).
Durée d’insolation : 81,40; maxima diurne : 29°,9.
La soirée s'annonce d’abord très mal, par 8 de nébulosité; mais une propice éelaireie me permet de prendre une bonne observation de la lune, avec 6 étoiles.
Vendredi, 24 mars 1899.
Minima nocturne : 17°,4. Rosée assez abondante.
Nous tirons à la fin de la saison des pluies; déjà les soirées et les nuits fraichissent; les brises augmentent, venant maintenant plus fréquemment des régions Est; le tonnerre roule plus profondément dans les cieux, au-dessus d’un épais banc de nuages (cumulus, alto-eumulus), mais n’amène plus invariablement la pluie; l'allure générale du vent, des orages, la manière d’être du ciel, nous rappellent le mois d'octobre dernier; la fin de la saison des pluies se caractérise, semble-t-il, comme ses débuts.
Jai suffisamment bien dormi et puis consacrer ma matinée au calcul, puis faire une promenade dans la station; c’est le moment de plein épanouissement des produits de culture; les plants de tabac et de tournesol, en particulier, sont monstrueux; je n'ai vu qu'une seule fois — au lac Toumba — des plants de tabac aussi vigoureux, avec d'aussi larges feuilles; depuis le lac Tanganika nous avons observé cette vigueur de croissance du tabac, partout où nous avons passé.
J'ai dit que le capitaine Verdick projetait de déplacer le chef-lieu de la zone Ka-Tanga; à cet effet il a choisi, à quelques 40 kilomètres au sud de Lofoï, sur le ruisseau Lou-Kafou, un endroit où il a mis un poste noir chargé de fabriquer force briques et de débiter force planches; de plus des jardiniers noirs y entretiennent un jardin légumier; aujourd'hui, un de ces jardiniers apporte à Lofoï des tomates du jardin de Lou-Kafou; ce sont des tomates Président Garfield, d'une dimension incroyable : plus de 12 centimètres de diamètre; avec cela exquises de fraicheur, à l'encontre de ce qu'on nous sert couramment dans l'Europe du Nord.
Pour ne pas déroger à la bonne mauvaise habitude que j'ai déjà signalée, la nouvelle station a reçu le nom de la rivière qui la traverse; elle s'appelle Lou-Kafou.
Que dirait-on si, en Belgique, tous les villages, toutes les villes situées sur l’Escaut s’appelaient aussi Escaut? Ce qui serait grotesque ici ne l’est donc pas en Afrique ! Pourquoi?
Vu aujourd’hui les ruches de la station de Lofoi : ce sont de simples paniers indigènes, en écorce, mis à la disposition des abeilles sauvages dans un coin du poste; parfois quelque imprudent dérange les laborieuses ouvrières; il faut voir alors avec quelle prestesse chacun s’enfuit et cherche à s’enfermer chez soi.
A signaler encore, en ce moment de l’année où les eaux d'inondation commencent à se retirer, combien l’on prend de jeunes oiseaux aquatiques. Aussi la table est-elle heureusement variée de ce chef.
A 1% h.3/,, vent soufflant de la zone N-E.—S-E., par rafales; tonnerre au plus profond de la voûte céleste; l’anémomètre accuse comme vitesse par seconde : 2,60 à 3",80. h 95
Durée d’insolation : 8,35. Maxima diurne : 309,2. Soirée couverte; observation impossible.
Samedi, 25 mars 1899.
Minima nocturne : 17°,3. Rose.
La nuit a été suffisamment bonne.
De 8 à 11 heures déterminé les trois composantes magnétiques par le magnétomètre Delporte et le théodolite d'Hurlimann.
A 14 heures tornade sèche venant du sud. A 17 heures orage à l’est; à 18 heures tornade à l’est et pluie jusqu’à 18 h. 30 m.
Durée d’insolation : 6°,50. Maxima diurne : 30°,3.
A 21 heures pluie; nuit d'orage et de pluie; observation impossible.
Dimanche, 26 mars 1899.
Minima nocturne : 17°,6. L’udomètre donne comme hauteur d’eau tombée hier et cette nuit : 3m, 31.
Ma nuit a été bonne. Comme j'entre aujourd’hui en ma 37° année, je me souhaite d’en sortir sans trop de casse.
Consacré la journée au caleul des longitudes des positions fixées entre le sud du Moéro et Lofoï.
Reçu un courrier d'Europe arrivé via le Nyassa.
Reçu aussi deux lettres officielles : l’une de M. Chargeois (Mpwéto), m'annonçant le départ de MM. Voss et Questiaux, avec la barque de la mission protestante de Loanza; l’autre de M. Questiaux, m’informant de l’arrivée de la barque au poste dit de Kilwa; le voyage de mes nouveaux adjoints a été retardé par suite de violents accès de fièvre, dont tous deux ont pâti; au moment où notre prospecteur m’écrit, M. Cerckell fait réunir les porteurs nécessaires au trajet Ka-Béça—Lofoï.
Ce dernier agent est tombé malade et a écrit à M'towa afin d’être autorisé à quitter son poste et à aller consulter un médecin au Tanganika; il serait, pense-t-1il, atteint à la fois d’hématurie et de dysenterie.
Comme on voit, presque tous les Européens, en ce moment de l’année et en cette portion de l’Afrique, sont en plein déséquilibre sanitaire. Il y a de ce fait une conséquence capitale à faire ressortir : c’est combien il faut se garder d'attribuer ces maladies africaines à des prédispositions naturelles de chaque individu; en réalité, on se trouve en présence d’une cause générale de dépression qu'il est dangereux de combattre par des réactifs médicamenteux; la nature, qui a provoqué le déséquilibre, saura d'autant mieux le rétablir qu'on n'aura pas enrayé son action sous prétexte de l’aider par mille et une drogues, toutes plus nuisibles l’une que l’autre, la quinine en tête — sauf, pour celle-ci, les cas bien constatés de présence, dans le sang, de l'hématozoaire de Laveran.
De 13 h. 30 m. à 14 heures, pluie; 6,36 d’eau tombée.
Durée d’insolation : 5°,50. Maxima diurne : 27,7. La nébulosité à passé de 5 à 10 depuis 6 heures jusqu'à 18 heures.
Lundi, 27 mars 1899.
Minima nocturne : 18°,4. Pluie de 6 h. 30 m. jusqu’à 10 h. 30 m., donnant 6"",62 au pluviomètre.
Changé les feuilles des enregistreurs.
Le diagramme thermographique de la semaine écoulée montre, vers le milieu de chaque journée, une chute brusque de température, provoquée par les dernières pluies de la saison; dans la nuit du 21 au 22, entre 22 et 24 heures, la température se relève de 1°,5; les autres nuits ce curieux phénomène de relèvement ne se marque pas, sauf, très légèrement, dans la nuit du samedi au dimanche.
L’allure générale du diagramme indique une marche journalière assez régulière de la température.
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Minima absolu de la semaine : 17°,3; maxima absolu : 30°,8; moyenne : 2%,5.
Le diagramme barométrique est moins régulier que celui de la semaine précédente; à noter une chute et une remontée de 1 millimètre, se produisant en une vingtaine de minutes, le 21 mars vers 8 h. 30 m., moment du maximum de la semaine. L'écart entre la pression la plus élevée et la pression la plus basse de toute la semaine est de 6,3.
Consacré la journée à terminer le calcul des longitudes entre le sud du Moéro et Lofor.
Écrit ensuite à M. Chargeois pour lui rappeler sa promesse d’envoyer à Bruxelles deux ou trois peaux de zèbre.
Écrit aussi au camarade Hecq, à qui j'ai le plaisir de pouvoir envoyer un estagnon de qwetch, un d’absinthe et un d’eucalyptine. Que vont dire les « teatohtlers » de tous les pays du monde s’ils lisent — ou si on leur fait lire — ces lignes? Fallait-il que nous nagions dans l'alcool pour pouvoir en expédier ainsi à un camarade dans la misère?
Mon Dieu oui! Nous avions avec nous 120 litres d’alcools variés; nous en bümes la dernière goutte, en août 1900, au Stanley-Pool. Le statisticien antialcoolique qui voudra bien déterminer la dose journalière que représentaient nos 120 litres d'alcool — étant donné que nous fümes sept blancs à les consommer en vingt-quatre mois — trouvera que, très approximativement, notre approvisionnement de liqueurs fortes devait fournir cinq mille (5,000) rations journalières, ce qui nous soumit au redoutable poison à raison de 2 ‘/, centilitres par jour. Dois-je dire que ce ne fut pas foudroyant et qu’en réalité nous ne buvions la goutte — la toute petite goutte, en de gentils gobelets en vermeil qu'une main
amie avait Joints à notre cantine au moment du départ — que deux ou trois fois ; FE jar semaine.
Dans la station de Lofoï (1599). Ré pat À l ce Je profite de l’occasion pour dire qu'un verre d'alcool (notre ordinaire verre à liqueur) par jour est un réconfort agréable. Mais c’est tout ce qu'un homme qui veut rester sain d'esprit doit absorber régulièrement sous les tropiques.
Pluie légère de 13 à 1% heures, donnant 1®®,02 d’eau tombée; de 15 h. 30 m. à 16 h. 45 m., pluie; orage dans l'Est; à 16 h. 30 m., roulements de tonnerre très éloignés; de 17 heures à 17 h. 45 m., pluie; l’udomètre recueille 10m,65 d’eau
Durée d’insolation : 0,40. La nébulosité a été égale à 10 presque toute la journée.
Maxima diurne : 249,9.
Mardi, 28 mars 1899.
Minima nocturne : 18°,9.
J'ai eu une assez bonne nuit; aussi le travail peut-il marcher rondement; dans trois semaines nous aurons de quoi faire un nouvel envoi de documents à Bruxelles : collections de faune et d’ethnographie; photographies; tableaux et aquarelles; résultats des observations astronomiques, magnétiques et altimétriques; planchettes cartographiques, etc.
Tout le monde est à la besogne.
De 13 h. à 13 h. 20 m., pluie ne marquant pas à l’'udomètre.
Durée d’insolation : 4,50. Maxima diurne : 27°,2.
Les caractéristiques de position de Lofoi sont : latitude sud : 10°. 11°. 44"; longitude E. Gr. : 27°, 95! 94/1: altitude : 936 mètres; déclinaison magnétique : 15°. 15".
Mercredi, 29 mars 1899.
Minima nocturne : 170,9,
La nuit a été assez bonne.
Dressé le plan de l'abri thermométrique de Lofoï.
A 13 h. 30 m., tornade sèche; averse de 14 heures à 14 h. 10 m.; la pluie reprend à 44 h. 30 m. jusqu'a 14 h. 50 m.; l’udomètre donne 1"%,97 d’eau tombée.
Durée d'insolation : 31,75.
Maxima diurne : 27,8.
Jeudi, 30 mars 1899.
Minima nocturne : 17°,8.
A 6 heures roulements de tonnerre à l’Est; quelques gouttes de pluie.
Depuis quelques jours la gueuse de pluie nous arrose à nouveau copieusement.
Recu un courrier de Mtowa, avec lettres d'Europe. Sur l'enveloppe d'un document officiel adressé au capitaine Verdick, le commandant Hecq a jeté deux lignes au crayon : Ka-Bambaré pris et brülé par les révoltés. Telle la première mauvaise nouvelle qui nous arrive aujourd'hui; Hecq annonce qu'un courrier suivra avec détails.
Il est clair que notre ami a reçu lui-même la nouvelle au moment où il allait fermer le courrier vers le sud. S
Le coup a dû être d'autant plus terrible que le passage d’un courrier avait pu s'effectuer entre Ka-Bambaré et M'towa, courrier ayant apporté des lettres d'Europe, parmi lesquelles, ô dérision, une lettre du trésorier de la Société des ingénieurs et industriels me réclamant d'urgence ma cotisation pour 1899.
Comme ce courrier d'Europe ne m'apporte que quatre lettres et deux paquets de journaux, il est infiniment probable que de nombreuses correspondances à notre adresse ont disparu.
Une lettre de M. Chargeois me dit qu'au nord du Moéro, les missionnaires anglais ne se souviennent pas d’avoir vu une aussi mauvaise saison au point de vue sanitaire.
A 11h. 15 m., forte pluie jusqu'à 13 h. 20 m. ; ensuite, la pluie se continue légère ; à 15 heures, l’'udomètre
accuse 357,90 d’eau tombée.
A 17 heures entre dans la station un petit groupe d’indigènes, parmi lesquels les boys de Fromont et un soldat; ces gens ont fourni une longue traite; leurs visages sont consternés. Le soldat me tend une lettre. Elle est du capitaine Verdiek.
Et voici ce que je lis avec horreur :
« (Grottes de Ki-Amakélé, le 23 mars 1899.
« Mon commandant,
« Jai la douleur de vous faire part de la mort du regretté camarade le sous-lieutenant Fromont, tombé pendant les préparatifs d'attaque du boma de Mouloumou-Niama. Il s'était arrêté un instant sur un emplacement découvert et fut atteint d’une balle en plein cœur. La mort a été foudroyante.
« Son boy Biliboa, qui se trouvait à ses côtés, pourra vous donner tous les détails.
« Le corps à été transporté au village ami du chef Moukondami, à une journée de marche à l'est des grottes, pour y être enterré ; la tombe restera sous la garde du village. « Cette triste circonstance n'a pas, heureusement, démoralisé la troupe, et j'ai pu enlever la position le même jour, quoiqu’elle fût très forte et bien défendue. « Les soldats de votre escorte se sont bien conduits, particulièrement le caporal Bolodjo. Le Monghélima Ekamo a été blessé mortellement (perforation de la boîte cranienne). « Je dirige sur Lofoi la malle et les objets ayant appartenu au regretté officier, qui est décédé le 20 mars, à 10 heures du matin.
« (Signé) : Le chef de zone, « E. VERDICK. »
C’est une fatalité qui s’acharne sur la mission : de nouveau je perds un agent précieux, actif, bien élevé et d’un dévouement à toute épreuve.
Et cette terrible perte n’est pas la rançon — qu'on accepterait moins difficilement peut-être — de nos travaux personnels. Ce n’est pas comme membre de la mission scientifique du Ka-Tanga que tombe Fromont; c’est dans une obscure et banale opération de police locale, à laquelle j'ai donné notre concours en me plaçant au point de vue de l'intérêt général! Que faire devant ces coups affreux! Pleurer quelques heures et maudire son impuissance ! Et souffrir pour soi-même et pour les parents de celui qui n’est plus et à qui il va falloir envoyer du deuil et du désespoir !
Il est parfois bien dur d’être le chef!
Comme suite à la lettre du capitaine Verdick, j'interroge le boy Biliboa et le soldat qui à apporté la lettre
fatale.
Voici ce qu'ils me déclarent :
« Le jour de l'attaque du boma de Mouloumou-Niama, vers 9 à 10 heures du matin, le capitaine Verdick disposa ses troupes à environ 150 mètres du boma. Il désigna à notre blanc {le sous-licutenant Fromont) la place qu'il devait aller occuper avec ses soldats. Notre maître s’y porta et plaça ses hommes. Comme lui-même restait à découvert, ceux-ci lui dirent que e’était imprudent, mais il refusa de s’abriter.
« Le premier coup de canon ayant été tiré, les indigènes ripostèrent et nous vimes tomber le blanc qui put encore crier : « En avant! En avant!» Il avait été frappé ïei (et le boy plaçait sa main à hauteur du téton gauche) et mourut de suite.
« Le combat continua; trois de nos soldats furent très blessés; on vit des indigènes tomber, puis, vers le soir, ils s'enfuirent et nous occupämes leur position.
« M. Verdick a fait porter le corps du blane au village Makolé, où des soldats gardent sa tombe. »
Mes adjoints — Michel, Dardenne, De H., — et M. Delvaux sont groupés autour de moi, durant que le boy parle; je leur traduis son récit si concis mais si complet, que seules nos larmes commentent.
Quelle journée! Deuil et malheur de partout!
Même on dirait que le ciel lui-même est plus sombre aujourd’hui qu'il ne l’a encore été; lorsqu'on relève — il faut, malgré tout, assurer le travail d'observation — la feuille de l’enregistreur solaire, on y lit que le soleil a lui pendant dix minutes au cours de cette journée funeste.
Vendredi, 31 mars 1899.
Triste nuit naturellement. Pourtant, il faut se reprendre : c’est la vie d'ici; alternances de catastrophes et
de beaux moments.
DSOREE
Il va y avoir des courriers à expédier en Europe, à Boma, à Mtowa, au capitaine Verdick, etc... Agissons.
Notons d’abord le maximum diurne d'hier : 24.
Aujourd'hui, à 6 heures, le thermomètre minima donne 170,1; brouillard intense.
Ma première lettre est pour le capitaine Verdick, à qui j'écris ceci :
« Le triste courrier nous apportant la nouvelle que le sous-lieutenant Fromont à été tué à l'ennemi, est arrivé à Lofoi hier soir.
« Mes adjoints et moi pleurons le compagnon que nous avions su apprécier et aimer sincèrement.
La mission à perdu un agent précieux, actif, bien élevé, d’un dévouement à toute épreuve.
Fromont m'avait rendu déjà, et était appelé à nous rendre beaucoup de services.
« Cette nouvelle perte nous est sensible au delà de toute expression, et c’est le cœur navré que nous garderons le souvenir de l’ami et du travailleur qui n’est plus.
« Nous comprenons aussi combien ce coup a dû vous émouvoir et faisons des vœux pour que la fin de vos opérations réponde à vos désirs. »
Le courrier de retour vers M. Verdick étant parti, nous établissons le certificat de décès du regretté officier; ce certificat est signé par moi, par MM. Michel et Delvaux; nous y joignons en annexe copie de la lettre prérappelée du capitaine Verdiek.
Jouvre ici une parenthèse pour rappeler quelles suites —"peu logiques — furent données à ce certificat de décès par l'autorité compétente
D'après les prescriptions légales relatives à l’état-civil, tout certificat de décès doit être dressé sur les déclarations de deux témoins ayant constaté eux-mêmes le décès.
Cette mesure, infiniment logique pour les décès qui se produisent dans les centres d'occupation européenne, ne pouvait être d'aucune valeur réelle dans le cas présent, et le certificat dressé par trois Européens notables, d’après la lettre du capitaine Verdick et les dépositions du boy Biliboa et d’un soldat ayant tous trois assisté au drame, avait toute valeur autre que celle qui dépend de la forme.
Or, ce certificat fut renvoyé de Boma au Ka-Tanga, comme étant sans valeur; à sa place, le capitaine Verdick dut dresser — au mois de décembre 1899, soit done neuf mois après l'événement — un autre certificat de décès ornementé de la signature, en forme de croix mal tracée, de deux soldats qui se trouvaient à l'attaque des grottes de Ki-Amakélé.
Et cette seconde pièce était bonne et légale. On se demande en vain quels éléments elle renfermait de plus que le certificat dressé par nous, qui avions tenu compte des circonstances très spéciales où nous nous trouvions, circonstances pour lesquelles ne peuvent être faites les prescriptions applicables, je le répète, à des points normalement occupés.
Qu'aurait fait le service de létat-civil si le capitaine Verdick avait aussi été tué? Aurait-il considéré que « légalement » ces décès étaient inexistants? Si oui, on peut se demander si Émin Pacha doit être tenu pour mort, et aussi Livingstone, et tant d’autres pour lesquels la « forme » n’a pu être observée, et pour cause. Rien n’eüt empêché cependant de dresser pour ces illustres morts des bouts de papier qu'on eut qualifié de « certificats de décès » au même titre que celui qui a été substitué au nôtre dans le cas du sous-lieutenant Fromont.
Si Je note ceci avec un luxe apparent d’insistance, ce n’est pas comme blâme quelconque à l'adresse de la toute-puissante administration; ce point de vue plutôt puéril m'inquiète infiniment peu; mais ce dont je me préoccupe, c'est des résultats trop douloureusement tangibles qu'a amenés l'interprétation donnée par la famille Fromont au fait que notre certificat de décès ne valait rien. Au lieu de croire au vice de forme, les parents de Fromont — et ils y furent incités par de regrettables suggestions d'étrangers à leur famille — crurent que leur fils avait été victime d’un assassinat. Même le père de Fromont — aujourd'hui, bien entendu, tout à fait désabusé — me donna le nom du blanc, assassin de son fils!
« Si mon fils était mort en brave, comme vous l’aflirmez — me déclarait le malheureux en sanglotant — pourquoi le gouvernement aurait-il donné l’ordre à M. Verdick d'établir un certificat de décès, neuf mois après la mort de mon enfant? Ce grand retard est la preuve que le premier ecrtificat de décès ne disait pas la même chose que le second! »
Les si respectables parents de notre regretté adjoint vécurent donc dans cette affreuse pensée que leur fils aimé avait été tué par l’un de nous. Et ils appuyaient leur épouvantable croyance sur la non-transmission jusqu'à eux de notre premier certificat de décès, qui n’avait pas la forme prescrite.
Ce n’est qu'à mon retour que je pus — dans une scène pénible — rétablir la vérité dans l'esprit du père et de la mère de Fromont, à qui du moins J'ai rendu le calme et donné la grande consolation que leur fils est bien mort noblement, ajoutant un glorieux tumulus à la longue théorie des tombes qui jalonnent notre prise de possession de la terre congolaise, et qui sont comme le douloureux mais grandiose anneau de fiançailles liant le Congo à la Belgique et rendant inévitable leur union définitive.
Ma parole de soldat a sufli a convaincre la famille Fromont. Mais, moi aussi, j'aurais pu ne pas revenir. Et alors ces courageux qui ont donné leur fils à l’œuvre, et qui aujourd’hui ne le regrettent plus, maudiraient pour toujours le Roi, le Congo et celui qui écrit ces lignes.
Jai donc bien le droit, n'est-ce pas, de mettre en lumière les inutilités dangereuses de la minutie administrative, sans souci des mécontentements peu intéressants que cela pourrait provoquer?
Je reviens à notre pénible travail du 31 mars à Lofor.
Un rapport au secrétaire d'État est achevé, ainsi qu'une dépêche chiffrée que j’envoie sous pli à M. Gibbs, à Blantyre, lequel la càblera à Bruxelles. Ces deux documents partent à 11 heures.
Entretemps MM. Michel et Delvaux dressent : 1° l'inventaire des objets ayant un caractère de souvenir délaissés par Fromont; % l'inventaire des objets pouvant être mis en vente.
Selon les prescriptions réglementaires — applicables celles-là — ces derniers objets sont mis en vente publique.
Puis j'établis le rapport au gouverneur général, avec les annexes nécessaires; cette lettre annonce l'envoi des objets ayant un caractère de souvenir et devant être remis à la famille; ces objets seront contenus dans une malle et dans deux paquets.
Enfin je ferme encore aujourd'hui une lettre adressée au directeur de la justice et une lettre au chef des zones Tanganika—Ka-Tanga (à Mtowa).
Copie de tous ces documents sera prise demain par M. Michel, pour nos archives, puis le tout sera expédié vers le Tanganika.
De 13 h. 15 m. à 15 h. 50 m., pluie légère.
À 16 h. 30 m., arrive de l'Est une véritable tempète; la pluie passe en trombe sifflante; des branches de 8 à 10 centimètres de diamètre sont brisées net; de gros arbres sont déracinés; un hangar est replié comme jeu de cartes ; la palissade du boma est éventrée en plusieurs points.
Le paysage, au moment où la pluie va arriver sur nous, est fantastique! Comment le décrire? Tout le cirque de Lofoi est barré d’un voile de pluie comparable à la vapeur mêlée de fumée noire sortant d’une cheminée de locomotive; les deux avancées rocheuses du demi-cerele de hauteurs marquant l’indentation du Lofoï, font saillie hors de ce voile, et semblent les gigantesques pieds-droits d’un pont dont la travée est formée d’un arc-en-ciel double.
Cela ne dure qu’un moment; la pluie arrive sur nous en curieuses nappes ondulées; c’est un torrent qui passe pendant quelques minutes seulement, et qui s'éloigne rapidement dans l’ouest.
À 17 h. 40 m., l’udomètre donne 112",97 d’eau tombée.
Durée d’insolation : 3°,75.
Maxima diurne : 27°,1.
Samedi, 1°" avril 14899.
Minima nocturne : 179,2. Il à plu pendant la nuit; l’udomètre contient 58 centimètres cubes, soit une hauteur d’eau tombte de 7"%,3$8. À 6 heures il tombe encore quelques gouttes d’eau.
M. De H. garde la chambre; il avait demandé, hier à midi, à pouvoir se coucher, fiévreux.
On m'apporte aujourd'hui un jouet indigène inattendu — bien que signalé par de précédents voyageurs. Il s’agit d’une toupie dont on me remet trois spécimens, ayant tout à fait la forme de nos toupies européennes.
Le corps est formé d'un fruit légèrement ovoïde, à écorce très dure et vide de son contenu (qui est une pulpe se pourrissant et dégageant une odeur infecte).
Ce fruit, de son nom indigène, s'appelle missa gounia; il est donné par un arbre existant en assez grand nombre, appelé mitwiko.
Je ferai chercher une branche et des fruits, qui seront dessinés par Dardenne; quand ïls apporteront branches et fruits à notre peintre, les indigènes leur donneront le nom de ÆAiloukou-Koutou Heureusement qu'en l'occurrence il n'importe guère de
connaitre exactement ce nom.
Il est plus intéressant de savoir que ledit fruit sert, non seulement à faire des toupies, mais encore des hochets et des grelots qu'on dispose en anneaux de chevilles et de poignets, ou en Colliers, pour les danses.
Pour faire du missa gounia une toupie plus où moins réussie, on le munit d’un long pivot en bois qui — ainsi que le montre le dessin — s’encastre diamétralement dans l’écorce dure du fruit.
Une cordelette est enroulée sur la partie extérieure de ce pivot; elle traverse une rondelle en maïs que le joueur tient de la main gauche, tandis que, de la main droite, il tire vivement la cordelette; la toupie tourne en sautillant, pendant un temps très court, vu sa faible masse.
Ce que j'appelle rondelle en maïs est une rondelle découpée par le travers d’un épi de maïs décortiqué.
Les trois toupies sont visibles au musée de Tervueren.
A 14 h. 30 m., averse. Durée d’insolation : 4!,30.
Maxima diurne : 27°,6.
Dimanche, 2 avril 1899.
Minima nocturne : 18°,7.
Méchante nuit pour moi; je me lève la tête mauvaise et non reposée.
Pendant que Michel achève la copie de toute la correspondance oflicielle, je consacre ma matinée, en partie à du courrier ofliciel, en partie à mon courrier personnel pour l'Europe, puis Je dois me coucher; le pouls bat la chamade.
Durée d’insolation : 51,30.
Maxima diurne : 28°,4.
Lundi, 3 avril 1899.
Minima nocturne : 19°.
Ma nuit a été bonne. De son côté Michel est très pris dans les reins.
Dans la malinée part le courrier vers M'towa et l’Europe; les colis de la succession Fromont l’accompagnent.
Procédé à des lectures comparatives de l’hypsomètre de Regnault, modifié par Fuess, et du baromètre à mercure.
Changé les feuilles des enregistreurs. À remarquer au diagramme du thermographe la chute brusque de température — de 26°,5 à 18° en quelques minutes — due à l'ouragan du vendredi 31 mars.
Minima absolu de la semaine écoulée : 17,1; maxima absolu : 28°,4: moyenne : 210,5.
Pour le barographe le diagramme signale, comme écart entre le maxima et le minima absolus : 5,60. À 15 heures, averse. Durée d’insolation : 8,50.
Maxima diurne : 29°,7.
Mardi, 4 avril 1899.
Minima nocturne : 18°,6. Pluie de 5 h. 30 m. à 6 h. 5 m., donnant 3"",8 d’eau tombée.
Ma nuit a été mauvaise; tête brülante.
Un courrier apporte une lettre de M. Mac-Lacklaen — missionnaire anglais de Loanza — prévenant qu'il arrivera à Lofoi dans quatre où cinq jours, avec sa femme, en route vers Nana-Ka’n’doundou (près du lac Di-Lolo).
Le noir qui n'apporte cette lettre nous fait connaitre que MM. Voss et Questiaux sont à trois journées d’iei. Je leur fais expédier poules et légumes.
Vers 10 heures je dois me coucher pour le reste de la journée.
À 11h. 25 m. et à 15 heures, quelques gouttes de pluie. A 15 heures roulements de tonnerre à l’est; pluie. Durée d’insolation : 2,85.
Maxima diurne : 26°.
De 20 h. 15 m. à 22 heures, forte pluie d'orage.
Mercredi, 5 avril 14899.
Minima nocturne : 18°,S. La pluie d'hier à mis à l’udomètre : 7,6.
Ma nuit a été bonne; je me sens micux.
Des noirs complaisants nous apportent aujourd'hui des branches de l'arbre à toupies; transmis à Dardenne pour raison « aquarellante ».
Reçu un courrier d'Europe, arrivé par voie anglaise; se trouve aussi dans le courrier une lettre de M. Johnstone — lagent de la Compagnie des Lacs à Ki-Engué — m'annonçant qu'il passe au service de la 3ritish South Africa Company.
Comme M. Johnstone ne me donne, malheureusement, aucune espèce de détails quant à sa succession et à son successeur à Ki-Engué, je m’empresse d'écrire à M. Chargeois, en le priant de faire le possible pour se rendre à Ki-Engué afin d'y assurer notre service de charges et de courrier, selon les indications que je lui développe.
J'écris aussi à tout hasard, à ce sujet, au nouveau chef de factorerie de Ki-Engué. Cela fait, je sens venir ma douce amie fièvre — elle devient bien un peu crampon — qui met mon pouls à 104 pulsations.
MM. Delvaux et De H. achèvent aujourd’hui la confection d’une croix avec inscription pour mon brave et regretté Fromont; elle sera envoyée demain à M. Verdick; je prie Dardenne d’en prendre un croquis qui sera transmis à la famille.
Durée d’insolation : 6,60.
Maxima diurne : 27°,9.
Jeudi, 6 avril 14899.
Minima nocturne : 189,8. Il à plu pendant la nuit; le pluviomètre accuse 1,4 d’eau tombée.
J’ai passé, une fois de plus, une très mauvaise nuit.
Nous expédions vers Ki-Amakélé la croix Fromont.
A midi arrive M. Questiaux, notre nouveau prospector.
Assez étonné de le voir arriver seul, et en avant, alors qu’il doit se considérer comme étant à la disposition de M. Voss (telles sont nos instructions), je lui en demande la raison; il me répond qu'ils ont voyagé pour ainsi dire séparément, travaillant à part et mangeant généralement de même. Je sens nettement que mes deux nouveaux agents s’entendent comme chien et chat.
Et dire qu'on croit si aisément qu’en Afrique on est tous frères!
Frères ennemis! oui! La vérité est que chacun voudrait se conduire en potentat au petit pied, ne faisant que ce qui lui plait; aussi le rôle du chef chargé de faire comprendre à un groupe d’Européens qu'ils ne peuvent se considérer que comme les doigts d’une main dont il cest, lui, le pouce sans lequel la main ne pourrait rien saisir —- où presque rien — est des plus délicats, et a souvent été plein de déboires.
Ce n'est une satisfaction de reconnaitre ici que mon personnel comprit ce que j'étais en droit de demander de lui, et que mes agents ont été et sont restés mes amis, bien qu’il m’ait fallu être parfois sévère.
A 1% heures arrive M. Kemper Voss, qui parait plutôt fatigué. Les nouveaux venus procèdent à leur installation; Dardenne et Questiaux occupent une même maison à deux places, ce qui en fera vite une paire d'amis.
A 18 heures, quelques gouttes de pluie.
Durée d’insolation : 7 heures.
Maxima diurne : 50°.
Vendredi, 7 avril 1899.
Minima nocturne : 18°. Rosée.
Meilleure nuit pour moi.
A 9h. 30 m., arrivée de M. et M" Mac-Lacklaen, qui passeront la journée ici. M Mac-Lacklaen, depuis cinq semaines, souffre d’une affection ophtalmique, qui paraît être précisément la mème que celle dont Michel est aujourd’hui remis.
Les deux jeunes missionnaires protestants se rendent d’abord à la mission de la Moéna, à deux jours au sud de Lofoï; cette mission est en ce moment inoccupée, à la suite de la rentrée en Europe de M. Campbwell, que nous avons rencontré à Chindé (embouchure du Zambèze).
A la Moéna, M. Mac-Lacklaen recrutera des porteurs pour se rendre à Nana-Ka’n'doundou (Haut- Zambèze), qui est un poste occupé par les Portugais.
Voici la curieuse et piquante raison de ce voyage :
On sait que les missionnaires anglais, qui se rendent en pays neufs, ont l'habitude d’y arriver comme célibataires; lorsqu'ils ont fait un séjour assez long leur ayant permis de se créer une maison, un Jardin, et de s'être un peu fait à leur nouvelle existence, leur société leur envoie une missionnaire qu'ils épousent à son arrivée, en se conformant aux lois du pays.
Or, à la mission protestante de Loanza, se trouvait ainsi un de ces missionnaires célibataires, pour lequel le moment était venu de convoler. On écrivit en Europe, et la fiancée demandée prit le chemin du Centre-Afrique. Seulement, au lieu de la diriger vers le lac Moéro par la voie du Zambèze, on avait — par erreur vraisemblablement — donné comme itinéraire à la jeune femme la route Saint-Paul de Loanda, Bihé, Haut- Zambèze. Elle était ainsi arrivée à Nana-Ka’n'doundou, poste portugais le plus avancé vers l’est. De là jusqu'au Ka-Tanga, le pays n’était pas occupé par des Européens; impossible à notre intéressante voyageuse de
re
continuer sa route. Seul un courrier indigène faisait de temps en temps, et diflicilement, la route Nana- Kan’doundou-Lofoi; le trajet pour lui était d’un mois.
Ce courrier apporta aux missionnaires du Moéro la lettre annonçant comment l’épouse attendue demeurait en détresse; sans hésiter, M. G., le missionnaire en cause, se mit en route et gagna Nana-Ka’n'doundou.
Mais là, impossible de contracter mariage, aucun acte de létat-civil ne se pratiquant au petit poste perdu que les Portugais y entretenaient. Force était à nos gens de revenir dans l'État indépendant du Congo, pour y trouver moyen de s’unir légalement.
Mais comment, n'étant encore que fiancés, accomplir ce long voyage sans prêter le
flanc à la médisance?
C’est pourquoi de nouveau le courrier noir revint de Nana-Ka’n’doundou au Moéro, apportant une lettre qui demandait « du secours ». Ce secours sera donné par M. et M"e Mac- Laklaen qui, étant légitimement unis, peuvent se payer le luxe de s’égarer dans la brousse africaine; ils vont aller chercher M. G. et sa future épouse pour les convoyer — quelle drôle de surveillance
jusqu'au Ka-Tanga, où se fera l'union si extraordinairement retardée d’un couple que nous verrons plus tard très heureux et très sympathique.
M. Mac-Laklaen nous dit que l’état sanitaire à la mission de Loanza a été très mauvais en ces derniers temps; un des missionpaires, M. Pommeroy, a du rentrer en Europe.
Après avoir pris un groupe photographique de tous les Européens présents à Lofoï, chacun vaque à ses travaux.
Pour mon compte, j'ai à écrire toute une strie de lettres au nouveau chef de la factorerie de Ki-Engué; à M. Johnstone, à Rhodésia; à M. Chargeois, à M'pwéto, pour assurer notre service
Chasseur noir de Lofoi-Station (1599). de courrier que le changement de direction à Ki-Engué pourrait
Phacochère. peut-être compromettre.
J'adresse également un billet de faire part de la mort de Fromont à MM. le capitaine Weatherley, le missionnaire Crawford et à Boyd, à Soumbou (sud du Tanganika).
A 11 heures, je dois me coucher grelottant : 193 pulsations. Après une forte suée Je puis me lever et avoir, avec notre nouveau géologue, un long entretien très nécessaire pour fixer ses idées quant au rôle exact qu'il est appelé à Jouer auprès de moi; je lui traduis, à cet effet, les instructions gouvernementales dont je suis porteur et qui sont, pour lui, chose absolument neuve.
À 17 heures orage vers le nord-est; à 17 h. 40 m., tornade sèche suivie d’une averse; au moment où l'observateur relevant les indications des appareils météorologiques fait la lecture des thermomètres, ceux-ci tombent brusquement — en quelques secondes — de 269,9 à 23°; le thermographe, pendant le même temps, ne tombe que d’un degré et continue ensuite à descendre plus lentement jusqu’à 22.
Durée d'insolation : 9 heures.
Maxima diurne : 50°,8.
Samedi, 8 avril 1899.
Minima nocturne : 17°,8. L’udomètre accuse Om 7, Assez bonne nuit pour moi. Dardenne pris de fièvre. M. et Me Mac-Laklaen partent après le déjeüner.
Travaillé toute la Journée à la mise au net du carnet des observations astronomiques et magnétiques, pour envoi en Europe.
A midi roulements de tonnerre dans le lointain; à 13 et à 44 heures, ondées: l’udomètre recueille 17,4 d'eau.
Durée d’insolation : 6",95. Maxima diurne : 299,8.
A 17 heures j'ai été pris d’un fort accès de fièvre froide.
Dimanche, 9 avril 1899.
Minima nocturne : 18,1 Brouillard intense à 6 heures.
Ma nuit a été détestable; impossible de me lever; vomissements de bile dans la journée,
Arrivée d'un courrier de Mtowa : la feuille de service renseigne un pli service, quatre leltres simples, cinq colis postaux.
Il y a eu grabuge au bureau expéditeur, car le pli service et une des lettres sont à l'adresse de Ja mission Mobun, au sud du Tanganika; deux lettres sont à l'adresse de feu Caisley; la quatrième émanait de mon adjoint Michel et portait l’adresse de son frère, le commissaire royal en inspection dans le haut Congo; l'expéditeur avait eu soin de mettre ses noms et qualités dans un coin de l’enveloppe; néanmoins, e’est à lui-même que parvient la missive. Quant aux colis postaux, nulle trace.
Si je note ce fait, c’est parce qu'il est bon qu'on sache à quels hurluberlus peuvent parfois être confiés des intérêts importants; à moins d'exiger du commissaire de district qu'il fasse lui-même toute la besogne qui incombe à ses subordonnés, il est clair que de tels mécomnptes se reproduiront tant qu'on devra envoyer en Afrique des gens non préparés, dont l'éducation doit être faite sur place par des chefs dont un vaste commandement requiert, d'autre part, toute l'attention : une fois de plus se montre la nécessité d’une école coloniale.
+ Vers le soir je me sens mieux.
Durée d’insolation : 61,85. Maxima diurne : 2%, Le pêcheur de Lundi, 10 avril 1899. Lofoï-Station (1899) apportant Minima nocturne : 17°,6. Rosée. un panier de poissons.
Je puis me lever et faire le courrier : lettres à Mtowa et à Boma.
Écrit aussi à M. Mackenzie, chef de la factorerie de Ki-Touta {sud du Tanganika), en lui renvoyant une série de comptes de l’African Lakes Corporation, après vérification.
Changé les feuilles des enregistreurs.
L’allure journalière du diagramme thermographique est régulière.
Minima et maxima absolus de la semaine : 17°,6 et 30°,8; moyenne : 29,75.
La courbe barographique donne, comme écart de ses ordonnées extrêmes : 6 millimètres.
Je puis travailler jusqu'à 17 heures, puis dois me coucher, pris de fièvre. Durée d’insolation : 51,75. Maxima diurne : 279,2.
Mardi, 41 avril 1899.
Minima nocturne : 16°,9. Forte rosée.
Ma nuit a été détestable. Impossible de me lever. Vomissements de bile.
M. Delvaux part aujourd'hui pour Lou-Kafou, afin de jeter un coup d’œil sur l’avancement des travaux de ce futur nouveau chef-lieu de la zone.
Vers 13 heures le ciel se couvre; coups de tonnerre.
Vers 16 h. 30 m., coup de tonnerre dans le lointain.
Durée d'insolation : 7 heures. Maxima diurne : 24°,2.
Mercredi, 12 avril 1899.
Minima nocturne : 17°.
3ien que toujours sous le coup de la fièvre, je puis me lever et travailler toute la journée; commencé les planchettes cartographiques (assemblage de Delporte) de litinéraire M'pwéto-Lofot.
Vers 14 heures coups de tonnerre dans le lointain.
Durée d’insolation : 7 heures. Maxima diurne : 29°,3.
Jeudi, 13 avril 1899.
Minima nocturne : 170,6. Rose.
Ma nuit a été mauvaise; je commence à y ètre fait. M. Voss, également pris de fièvre, doit rester couché.
Continuation du travail des planchettes dont M. Questiaux prendra des calques pour Bruxelles, Boma, Mtowa, Mpwélo et Lofoi.
, ? l Durée d’insolation : 6,15. Maxima diurne : 29°.
Péliean à la station de Lofoi.
Vendredi, 14 avril 1899.
Minima nocturne : 17°,9.
Je me sens mieux ce matin, bien que ma nuit ait été désagréablement agrémentée d’une invasion de fourmis minuscules pénétrant dans les moindres replis de ma couchette.
M. Voss doit rester couché jusque midi.
Michel prend la fièvre à son tour.
Écrit trois lettres oflicielles, à Mtowa, Mpwéto et Mo-Linga; puis terminé deux planchettes carto-
graphiques.
Reçu une lettre de M. le capitaine Verdick; il m'apprend qu'il ne peut encore quitter les grottes de Mouloumou-Niama :
« J'ai reçu vos touchantes lettres hier
« De toute façon, je ne quitterai pas sans une solution satisfaisante; ce chef spécule sur nos sentiments; dès mon départ il recommencerait de plus belle, et d’après ce que j'apprends tous les jours, il mérite la mort pour au moins cinquante assassinats commis depuis deux ans. »
« Il me reste à vous remercier des mots d'encouragement que vous m’envoyez; soyez certain que je ferai mon possible pour revenir avec le suecès final comme vous le désirez. »
Favais écrit à M. Verdick de s’efforcer de ne quitter Ki-Amakélé que lorsque l’action qu'il avait entreprise aurait été poussée à fond. Lorsqu'une telle entreprise de répression a été décidée, il faut la mener rapidement et l’achever en tous ses détails : c’est le moyen le plus humanitaire, et le moins coûteux pour tous, de procéder.
Il résulte des extraits ci-dessus que labsence du capitaine Verdick va se prolonger au delà du terme de un mois sur lequel j'avais compté; ce qui pourrait bien m'obliger à modifier l'itinéraire de ma reconnaissance. Nous verrons prochainement.
Vers 14 heures coups de tonnerre lointains.
Durée dinsolation : 6°,40.
Maxima diurne : 30°,3
Samedi, 15 avril 1899.
Maxima nocturne : 18°.
Dormi lourdement; quel terrible inconvénient pour une slation — au point de vue sanilaire — que l’incessante présence des moustiques quand ils atteignent les proportions des bandes armées de Lofoï; bandes armées de leur redoutable trompe et de leur abominable bourdonnement; musique guerrière infiniment plus désagréable que tous les tams-tams de combat. Il faut s'étouffer dans d’étroites moustiquaires qui vous privent d'air. Jamais une nuit — dans ces conditions — ne peut être reposante.
Nous commençons aujourd'hui la deuxième année de ROUE MOVE L'ànesse de Lofoi-Station et son ànon, Etabli une nouvelle planchette cartographique, ce qui 4 heures après la délivrance. complète ce travail pour la section M’pwéto-Lofoï. ;
Continué ensuite la mise au net du registre des observations astronomiques et magnétiques, pour envoi à Bruxelles.
A 10 h. 50 m., retour de M. Delvaux, qui rapporte de Lou-Kafou d’abondantes provisions de superbes légumes frais.
M. Voss, qui s'était levé ce matin, doit regagner son lit.
M. Delvaux se met à table avec nous à midi, mais pendant le repas il sent venir la fièvre et doit se retirer; il attribue ce malaise à la marche faite ce matin au soleil, la route étant en partie sous eau. :
Nouvelle preuve que personne n'échappe à l'influence mauvaise — plus ou moins marquée — de ce climat ou, plus exactement, de ce site trop humide.
De son côté Michel va mieux.
À 15 h. 50 m., quelques gouttes de pluie.
Durée d’insolation : 8,15.
Maxima diurne : 309,3.
Dimanche, 16 avril 1899.
Minima nocturne : 18°,1. Rosée.
Ma nuit ayant été excellente je me lève très dispos. Chose à remarquer, aujourd’hui tout le monde est en bonne santé. J'en conclus qu'une même cause générale agit sur nous tous pour nous bien ou mal prédisposer.
Fait un bout de promenade autour du poste avee M. Delvaux qui me fournit quelques renseignements intéressants.
Lors de l'attaque du chef arabe Chiwala sur le Lou-Apoula — affaire où fut tué Brasseur — le chef esclavagiste avait fait le vide jusqu'à sept jours autour de son repaire. Aussi les porteurs manquaient-ils tellement de vivres qu'ils repêchaient les cadavres jetés à l’eau par Chiwala et les dévoraient. Les blanes ne virent pas la chose de leurs yeux, mais elle leur fut rapportée par le sergent noir Môsès et par un des chefs auxiliaires.
Je donne le renseignement pour ee qu'il vaut; c’est la seule fois, au cours de notre séjour au Ka-Tanga, qu'il nous fut donné d'entendre parler d’anthropophagie.
M. Delvaux me raconte encore qu'avant-hier, à Lou-Kalfou, il à trouvé tous les pigeons morts sous les attaques d’une colonne de fourmis rouges.
Pendant son séjour à Lou-Kafou, mon interlocuteur à recueilli 650 kilogrammes de pommes de terre d'Europe, pour environ une quinzaine de kilogrammes mis en lerre : c’est un rendement de 43 pour 1.
À peu près le même rendement à été obtenu à Lofoi également; malheureusement, ces ponnmes de terre — du moins celles que nous mangeons à Lofoi — quoique belles, sont aqueuses.
M. Verdick me dira plus tard que c’est parce qu'elles ont été récollées trop Lôt.
Les champs de blé de Lou-Kafou sont — dit toujours M. Delvaux — de toute beauté.
Au cours de notre promenade, je constate que les noirs du poste cultivent l’hibiscus esculentis.
Consacré l'après-midi à préparer une nouvelle observation de la lune pour les passages du 16 au 23 avril.
A midi roulements de lonnerre au sud.
A 16 h. 30 m., le cercle méridien a été mis en station; bien que le ciel se soit nuagé; j'arrive à prendre le passage aux premiers fils, grâce à une éelaircie; mais, au sixième fil, dame Phœbé rentre dans les nuages; une pluie fine commence à tomber, nous obligeant à cesser le travail.
Durée d’insolation : 107.60.
Maxima diurne : 29,6.
Lundi, 17 avril 1899.
Minima nocturne : 17°,7. Vers 6 heures les thermomètres de l’actinomètre d’Arago (actinomètre à boules conjugutes) donnent des indications inférieures de 1°,5 à celles des thermomètres ordinaires de l'abri; on sait que les actinomètres sont placés en plein air; ce qui peut donner à penser que cette indication de température plus basse serait due à ce qu'un dépôt de rosée se forme la nuit sur l’actinomètre, dépôt qui, en s’évaporant aux premiers rayons de soleil, produit un refroidissement momentané de l'instrument.
Ma nuit à été un peu lourde; néanmoins je me sens très dispos au travail, et je m'y mets pour toute la journée.
Changé les feuilles des enregistreurs.
L’allure journalière du diagramme des températures est tout à fait régulière; les chutes brusques que provoquaient la pluie disparaissent du tracé.
Le minima et le maxima absolus de la semaine écoulée sont 17° et 30°,3; moyenne : 230.
Au barographe l'écart des deux ordonnées extrêmes n’est que de 4m, 16.
A 16 heures quelques gouttes de pluie ; orage à l’est.
Depuis quatre ou cinq jours, vers 16 heures à 16 h. 50 m., le tonnerre se fait entendre vers l’est, au delà des Kow’n'déloungou, dirait-on ; en même temps le voile de pluie gris, si caractéristique du pays, se déroule en avançant de l’est sur nous, jusqu’à ce qu’il ait noyé tout le massif montagneux; en arrivant au bord de la falaise il cesse sa marche vers l’ouest pour suivre le bord des Kou’n’déloungou et s'éloigner vers le nord—nord-est, Quelques rares gouttes de pluie arrivent seules jusqu’à la station.
Chaque jour ce phénomène s'accompagne de la production d’un superbe arc-en-ciel double.
Le cercle méridien est mis en station, et de nouveau l'observation est impossible, la lune s'amusant
à rester enfouie dans les nuages.
Durée d’insolation : 61,75.
Maxima diurne : 280,7.
Mardi, 18 avril 1899.
Minima nocturne : 179,6.
Nuit convenable.
Dardenne et Delvaux descendront aujourd’hui le Lofoï en pirogue jusqu'à son confluent avec la Lou-Fira, qui est à une demi-heure de nage seulement du poste.
Michel, Questiaux et moi, sommes en plein courrier ofliciel, pour toute la journée.
Des indigènes apportent un rongeur tout semblable au n’zibizi (Eulacoclès swinderianus).
Vers 13 heures pluie légère; les précipitations atmosphériques sont ici Maison de l'interprète à Lofoi-Station (1599). vraiment remarquables; aujourd'hui encore, à 16 heures, on voit des bandes de pluie oblique tombant au loin, vers le sud-est, sur les Kou’n'déloungou; un arc-en-ciel essaie en même temps de se dessiner à l’avant-plan; vers l’est s’'apercoivent également des trainées de pluie, en forme de larges pinceaux flottants et ondulants; sur la station même il est tombé à trois reprises, dans la journée, de rares gouttes de pluie.
Je note dès maintenant que, l’an prochain, nous observerons des phénomènes analogues à l’ouest du Tanganika, sur le plateau du Ma-Roungou, à la même époque de l’année.
Durée d’insolation : 6,75.
Maxima diurne : 282,8.
Soirée détestable : ciel lourd d’épais nuages: éclairs et tonnerre assourdi au sud, à l’est et au nord simultanément. Observation impossible.
Mercredi, 19 avril 1899.
Minima nocturne : 18°.
Un peu de rosée.
Passé une nuit convenable.
Toute la mission est en plein travail pour un important envoi de documents à Bruxelles; Michel à mis en peau de nombreux oiseaux et pris force photographies; M. Voss établit cartes et rapports géologiques: Dardenne colorie, colorie, colorie; de son excursion d'hier il m'a rapporté ce renseignement intéressant que
les pècheurs de la Lou-Fira avaient quelques embarcations faites simplement de larges plaques d’écorce, à la facon des kayaks que les Esquimaux font à l’aide de peaux.
M. Questiaux tantôt aide Michel dans son travail taxidermique, tantôt est occupé à reproduire en plusieurs ‘exemplaires mes documents cartographiques; M. De H. recopie les divers registres d'observation; quant à moi, je n'ai pas une minute de trop pour l'établissement des planchettes cartographiques, des registres d'observation, des calculs préparatoires aux nouvelles observations, de la correspondance officielle incessante.
Avec cela, il me faut diriger et surveiller tout mon monde, dont l'éducation se fait très bien et qui arrivera à pouvoir être plus abandonné à lui-même; pour le moment, M. l'ingénieur Voss me prend beaucoup de temps pour les explications variées à lui fournir sur nos procédés de cartographie, surtout qu'il ne comprend pas un mot de français.
Sont achevées aujourdhui les lettres transmettant copie des feuilles 57, 58 et 49 du tableau d'assemblage de la carte générale de l'État indépendant du Congo, ainsi que les feuilles donnant les résultats des observations des positions entre Moliro et Mpwéto : 1° au gouverneur général; 2 au chef des zones Tanganika—Ka-Tanga {à M'towa); 3° au chef de poste de Mpwéto; 4° au chef du poste dit de Kilwa ; 5° au capitaine Verdick.
Dessins indigènes sur les murs de la maison de l'interprète, à Lofoi.
Celte énumération donne une idée du souci qu'avait la mission scientifique du Ka-Tanga de fournir de suite aux intéressés tous les renseignements recueillis par elle; je ne la considère done pas comme inutile.
Un noir m'apporte une lettre de M. Mac-Laklaen : sa jeune femme est tombée malade à la Moéna; elle aurait envie d’un verre de euraçao dont elle a goûté à Lofoï; M. Mac-Laklaen me demande si je puis lui en céder une bouteille contre paiement.
Je m'empresse de lui envoyer la seule bouteille que nous possédons encore, en y joignant une demi-bouteille de champagne; il est bien entendu qu'il ne peut être question de paiement.
A 13 heures, roulements de tonnerre à l’est; c’est donc la continuation du phénomène noté ces jours derniers.
A 14h. 15 m., pluie violente et lourde pendant une heure; ma toiture, pourtant réparée par le capitaine Verdick en vue de notre arrivée, ne résiste pas; il pleut dans mon bureau, dans ma chambre à coucher, sous la vérandah; je protège les instruments et les paperasses de mon bureau sous ma couverture et sous mon paletot imperméables.
La température tombe de 8° en quelques minutes; l’udomètre à recueilli 272 centimètres cubes de pluie, correspondant à une hauteur d’eau tombée de 347,6. De 15 h. 30 m. à 16 h. 40 m., il tombe encore un peu de pluie donnant 1 millimètre au pluviomètre. - Durée d'insolation : 3!,10.
Maxima diurne : 299,3.
Observation astronomique impossible : ciel chargé de mammato-cumulus.
Jeudi, 20 avril 1899.
Minima nocturne : 189,1.
Nuit convenable.
M. De H., pris de fièvre, garde la chambre.
Continuation du travail à grand orchestre.
En particulier écrit à M. Cerckell, au sud du Motro, pour lui demander si, selon les instructions de ma lettre en date du 21 janvier dernier, il à : 1° élevé, au point fixé astronomiquement par nous dans son poste, un pilier en maçonnerie ou en blocs de roche; ®% repris les essais que J'avais commencés sur les feuilles de l'arbre Mwemwé-Dousséwo; 3° utilisé ou essayé d'utiliser pour ses constructions et son mobilier le tronc des ambachs du Moéro.
M. Questiaux, en sa qualité de
prospector, à examiné à Mpwéto les outils apportés par son prédécesseur, feu M. Caisley, afin de prendre ceux qu'il croyait pourvoir utiliser. Par une négligence impardonnable — impardonnable parce qu’elle me donne un supplément de besogne, tandis que le négligent ne pâtit pas de sa négligence — M. Questiaux est arrivé sans le morüer et le pilon nécessaires au broyage des roches à soumettre aux essais par lavages. Il croit bien lavoir emporté de Mpwéto, mais c’est tout ce qu'il en sait. Force m'est donc d'écrire à ce sujet trois lettres : une à M'pwéto, une à la mission de Loanza (qui a loué sa barque pour le transport), une à M. Cerckell.
Cet exemple confirme très nettement ce que j'ai eu l’occasion de dire
voici déjà longtemps, et que je répète Pigeonnier indigène garni par un plant de ealebasse. pour l'édification des intéressés : « On En avant le récipient où l’on place de l’eau pour les pigeons.
serait moins souvent négligent, on commettrait moins souvent des erreurs, si on devait supporter soi-même les conséquences de sa négligence, si on devait soi-même réparer ses erreurs. »
Dans le cas que je note ici, notre prospector est, par sa faute, arrivé sans un matériel qui lui est indispensable; pour le lui procurer, je dois écrire trois lettres qui provoqueront trois réponses. La conclusion est nette : « Toute négligence qu'un autre doit réparer n’est qu'une malhonnèteté dun genre spécial, habituellement non perçue par le plus grand nombre. »
Il va de soi que ce que je dis ici à propos de M. Questiaux est loin d’avoir le cachet personnel que cela n'a qu'en apparence; j'ai eu à parler ainsi à tous mes agents indistinctement, quand l'occasion sen présenta.
Pourtant, mes agents étaient de très bonne qualité et je m'en souhaite toujours de pareils ; mes constatations de fait prouvent surtout combien l'éducation générale laisse à désirer, faute d’une école coloniale.
De 15 h. 45 m. à 16 h. 15 m., il pleut.
Durée d’insolation : 5!,40.
Maxima diurne : 26°,8.
Une fois de plus le ciel est nuageux quand, à tout hasard, je mets le cercle méridien en station; lorsque la lune se présente dans le champ elle est derrière un rideau de nuages qui la font invisible si on éclaire les fils du réticule; tout le ciel est cotonneux. Un quart d'heure après son passage au méridien, la gueuse se découvre superbe et brille du plus pur éclat; c’est enrageant.
Vendredi, 21 avril 1899.
Minima nocturne : 18°.
Nuit excellente; aussi suis-je à la besogne de grand malin; la journée de travail, commencée à 6 h. 30 m., ne se terminera qu'à 21 h. 30 m , après une bonne observalion d'heure et de culmination lunaire.
A 17 h. 30 m., quelques gouttes de pluie.
Durée dinsolation : 91,40.
Maxima diurne : 29°,2.
Samedi, 22 avril 1899.
Minima nocturne : 17°,5. Rose.
Assez bonne nuit pour moi, mais levé la tête un peu lourde du long travail d'hier.
M. De H. fiévreux en chambre.
Reçu un courrier : lettres d'Afrique et d'Europe. Un de mes bons amis m’annonce son prochain mariage. Cette nouvelle — chose bizarre — me donne le spleen; j’en deviens mélancolique comme si l'événement, qui n'est annoncé en termes joyeux, sonnait pour moi une heure non encore entrevue, l’heure où l’on pourrait bien se sentir vieillir, et arriver à la pente, qui du célibat insoucieux, mène à la vie peu enviable du vieux garçon. :
Eh là! au diable ces idées nouvelles! Et répondons vite à ami pour lui souhaiter mille bonheurs et mille... non! beaucoup... de gosses.
À 16 h. 20 m., roulements de tonnerre à l’est; arc-en-ciel de direction est sud-est. A 16 h. 40 m., averse donnant 1%%,15 au pluviomètre.
Durée d’insolation : 81,95.
Maxima diurne : 262,8.
Pris une bonne observation de longitude absolue.
Dimanche, 23 avril 1899.
Minima nocturne : 17°4. Très légère rosée.
Ma nuit a été spleenétique : à minuit les hyènes aboyeuses semblaient tumée qui me tenait éveillé.
répondre à l’obsession inaccou-
Brusquement le piège a feu a éclaté, mettant dans le poste endormi l’émoi de sa détonation : les annonceuses de mort venaient de justifier pour elles-mêmes leurs présages de mort!
C’est aujourd’hui dimanche; repos partout chez les noirs du poste. La station va demeurer toute la journée engourdie dans la torpeur dominicale, qui n’est pas pour dissiper ce méchant accès de spleen qui me fait songer qu'il nous faut encore passer tout une longue année dans ce pays troublé, où les lendemains sont si peu sûrs!
Je voudrais me retrouver au milieu de ceux qui n'aiment, afin qu'ils réchauffent un peu mon âme qui se glace.
Ah mais! non hein! Assez d'idées noires! Il y a de la besogne pour nous amuser durant que tout somnole autour de nous.
Le calcul des observations d'hier et d’avant-hier me tient jusqu’à midi.
Je me sens alors fatigué; le pouls se précipite à 120 pulsations; couchons-nous et faisons-nous transpirer
à outrance, d'autant qu'il fait un méchant froid humide.
A 15 h. 30 m., orage au nord-est. De 16 heures à{7 heures pluie donnant 2"",8 à l’udomètre. Durée d’insolation : 2,30.
Maxima diurne : 279,3.
Le soir venu je me sens mieux et puis faire honneur au souper.
Soirée froide et humide comme laprès-diner; ciel couvert de nuages; observation impossible.
Lundi, 24 avril 1899.
Minima nocturne : 18°.
Vers 3 heures il a plu un moment; le pluviomètre aceuse un demi-millimètre d’eau tombée.
Ma nuit à été assez bonne.
M. Questiaux doit resté cloîtré avec dame fièvre.
Vers 7 h. 30 m., quelques gouttes de pluie.
Changé les feuilles des enregistreurs.
Minima et maxima thermométriques absolus : 17°,4 et 29,5 ; moyenne : 22°,6.
Le barographe révèle, aujourd’hui même à 10 heures, le maximum le plus élevé que nous ayons eu à constater jusqu'ici à Lofoi; ce maximum dépasse de 1 millimètre le maximum inférieur observé depuis le 21 février.
Je note encore que les jours de forte hygrométricité se marquent par des « touches » de fièvre; c’est le cas
du dimanche %3 et d'aujourd'hui lundi 24.
Sur mes instructions, MM. Michel et Delvaux déterminent la production du mioumbou, ce tubercule genre pommes de terre dont j'ai parlé à diverses reprises au cours de ce récit. Alors que les autres stations ne cultivaient pas cet excellent légume, j'en trouve ici un grand et beau champ, et, de temps à autre, le cuisinier du poste nous en prépare une vaste platée au curry, fort appréciée de chacun de nous.
Cinq plants pris au hasard dans le champ de Lofoi fournissent 12 kilogrammes de tubercules; Michel prend un estagnon de tubercules pour nos collections et Dardenne dessine un plant. (Voir la planche en couleurs.)
Arrivée d'un courrier porteur de neuf colis postaux : cinq pour moi, quatre pour feu le sous-heutenant
Fromont.
Malgré les recommandations que j'avais faites, en quittant l'Europe, de ne jamais mettre dans nos colis postaux soit des liquides, soit des boîtes de conserves, nos amis ont voulu trop bien faire; ainsi ont-ils mis en le même colis des sardines, des anchois et du chocolat; les colis ayant été fort malmenés dans le trajet Bruxelles-Lofoï, il s’est fait que les boîtes de sardines et d’anchois ont crevé, au grand dam du chocolat. Le « désastre » est complet, irréparable. Ça ne nous émeut pas trop!
Quant aux colis postaux à l'adresse de Fromont, ils ont été beaucoup plus maltraités; l’un d'eux ne renferme plus que des débris de vêtements ; ils sont pourris par l’eau qui à pénétré les colis, au point d’en paraitre brûlés.
Conformément aux instructions sur la matière, ces quatre colis sont mis en vente publique, après qu'un inventaire détaillé en a été dressé devant témoins, pour envoi à Boma.
À 12 h. 30 m., quelques gouttes de pluie; vers 15 heures arc-en-ciel est=sud-est ; à 15 m. h. 15, quelques gouttes de pluie ; à 16 heures nouvel arc-en-ciel. Durée d’insolation : 0,6.
Maxima diurne : 26°,3.
Mardi, 25 avril 1899.
Minima nocturne : 18°,2. Rosée.
Insomnie; 120 pulsations ; transpiration m'’obligeant à changer de linge en pleine nuit. Aussi me levé-Je mal repose.
M. Voss garde le lit ainsi que M. Questiaux.
A midi je dois également gagner ma couchette, pris de fièvre violente; je suis assommé.
Durée d'insolation : 9 heures.
Maxima diurne : 30°,5.
Mercredi, 26 avril 1899.
Minima nocturne : 16°,3. Rosée abondante.
Mauvaise nuit; levé mal dispos; xylostomite; douleurs dans les reins; faiblesse.
Une lettre de M. Verdick à M. Delvaux prescrit à ce dernier daller remplacer son chef à Ki-Amakélé; M. Delvaux devra être accompagné de 20 hommes, mais Lofoi ne pourrait lui en donner que 9, de sorte qu'il me faudra lui en prêter 11 des miens. Toutefois, M. Verdick annonce qu'il ramènera tout mon monde. Cette opération de police contre le rebelle Mouloumou-Niama ne devait durer qu'un mois; voici deux mois qu’elle à commencé et Je n’en vois pas venir la fin. Mes projets de reconnaissance en seront modifiés.
Je puis travailler jusqu'à 15 heures et terminer la copie du carnet d'observations magnétiques à envoyer à Bruxelles.
A 15 heures nous jouissons d’un phénomène lumineux que je vois pour la première fois, et qu'à ce titre Je qualifie — à tort ou à raison — d’extraordinaire : au nord-est du soleil flotte un gros cumulus isolé ; entre lui et l’astre radieux s'étend un voile de cirro-stratus très délié, formant un grand cercle dont le soleil occupe le centre; sur ce voile s’étalent toutes les couleurs du prisme, s’entrecroisant dans le désordre le plus parfait et produisant, dans un cercle d’une vingtaine de degrés, un étrange effet de kaléïdoscope.
A 16 h. 50 m., le curieux phénomène persiste; ses couleurs rappellent de facon frappante les teintes irisées des grosses bulles de savon.
L'observation se fait très bien au néphoscope, en employant la face noircie; on ne pourrait naturellement observer à l'œil nu, ear il faut presque fixer le soleil; est M. Delvaux qui à constaté le phénomène, grâce à ce fait qu’il porte un binocle à verres colorés les jours de fort soleil. De là une indication : observer souvent le ciel avec des verres colorés — ou par la face noircie d’un néphoscope — par les jours de fort soleil et de ciel plus où moins nuageux. Cet intéressant phénomène est peut être produit par les particules de glace — qui sont autant de petits prismes — formant les voiles de cirro-stratus et décomposant Ja lumière chacun pour son compte.
Durée dinsolatien : 9,75.
Maxima diurne : 309,7.
Au lieu d’être présent au repas du soir, je me couche pris de fièvre.
Jeudi, 27 avril 1899.
Minima nocturne : 16°,5.
Obligé de garder la chambre en compagnie de moustiques, de mouches et de fourmis, Ah! les sales bêtes ! Cette station de Lofoï détient là un « pompon » phénoménal.
À 14 h. 50 m., quelques gouttes de pluie.
Durée d’insolation : 9,20.
Vendredi, 28 avril 14899.
Minima nocturne : 18°,5 A 4 heures s’est levé un vent sud-est, qui soufile par rafales jusqu'à 9 heures: mesuré à l’'anénomètre, à T h. 30 m., sa vitesse est trouvée variant entre 2,50 à 5,50 à la seconde.
Cette nuit j'ai dû me lever deux fois pour échapper aux fourmis qui ont envahi ma couchette comme si, vraiment, elle leur appartenait sans conteste.
Questiaux, Delvaux et De H. préparent les caisses à expédier à Bruxelles; cela consiste à confectionner des caisses en fer-blanc, à les souder, à les empaqueter proprement dans des caisses en bois, à fermer solidement celles-ci, à les entourer de bandes de fer prises à nos ballots d’étoffes, et à brüler sur les couvercles l'adresse du secrétaire d'Etat. Cela n’a l'air de rien d'ici; en réalité, é’est une besogne plutôt dure, avec les moyens dont nous disposons; je trouve iei l’occasion de donner une idée de l’esprit pratique qui caractérisait notre regretté Fromont; c’est à lui que nous devons le moyen de brüler proprement les adresses sur les faces de nos caisses; il y était arrivé à M'pwéto, en emmanchant sur de gros morceaux de bois deux ou trois vieux ciseaux à froid hors de service et autant de gouges idem; les premiers servaient à brüler les bätonnets rectilignes, les secondes formaient des courbes circulaires; grâce à deux éléments, on pouvait former convenablement en majuscules toutes les lettres des adresses de nos caisses collections. Ces instruments ingénieux étaient portés au rouge dans notre forge de campagne.
En prévision du départ de M. Delvaux pour les grottes de Ki-Amakélé, j'écris à M. Verdick une lettre lui disant dans quel embarras me met la proiongation de son absence, et surtout le départ de M. Delvaux qui n'est très nécessaire pour le relevé des observations météorologiques.
« À votre retour à Lofoï — dit ma lettre — j'espère pouvoir vous mettre assez rapidement au courant de ces observations, bien qu'il faille de nombreuses semaines à un agent très bien doué pour commencer à faire des relevés exacts.
« Je vous demanderai donc de hâter votre retour le plus possible. »
Abo
On voit comment la mort de Fromont, en nous privant d’un auxiliaire dressé, n’obligeait à prolonger mon séjour à Lofoi pour mettre au courant d’abord M. Delvaux, puis M. Verdick, qui devaient rester chargés des observations météorologiques pendant que la mission scientifique du Ka-Tanga procéderait à ses reconnaissances futures.
Comme j'achève ma lettre à M. Verdick, arrive de Ki-Amakélé une lettre de cet oflicier contremandant
le départ de M. Delvaux.
Durée d’insolation : 91,15.
Maxima diurne : 502,5.
Samedi, 29 avril 1899.
Minima nocturne : 15°,9.
Très mauvaise nuit; bien que j'aie fait placer les pieds de mon lit de camp dans des boites remplies d'eau, les fourmis n'ont gratitié d’une nouvelle visite. Qu'on me croye si l'on veut, mais leur châtouillante compagnie n’incite pas au sommeil. Et, une fois de plus, je me lève la tête très lourde.
Vers 9 heures vent d'est, soufflant par rafales et donnant, à l’anémomètre, une vitesse par seconde de 1063290;
A midi le beau phénomène lumineux du 26 se reproduit, sur une bande de cirrus qui s'étale à l’ouest, dans un angle de 25° environ; le phénomène, moins marqué que celui d'il y à trois jours, ne
dure que cinq minutes.
Durée d’insolation : 90,55.
Maxima diurne : 290,5,
Dimanche, 30 avril 1899.
AS
Minima nocturne : 15°,8.
Passé une nuit convenable, Trois gamins indigènes ont été demandés au chef Mokandé-Bantou {dont nous parlerons plus tard) pour
compléter notre service de domestiques, qui est demeuré aussi précaire qu'à Moliro et à Mpwéto.
M. Questiaux — à qui son long séjour dans l’Afrique du Sud à donné des connaissances spéciales - nous fait goûter aujourd'hui le biltong des Boers; on entend par là de la viande boucanée, viande d’antilope, de buflle, de zèbre ou de tout autre animal. La préparation du biltong est assez variable; voiei celle à laquelle vient d'avoir lieu notre prospector : Couper en tranches, longues de 35 à 40 centimètres et de 4 à 8 centimètres d'épaisseur, le filet, le contre-filet et les parties bien musclées d’une belle antilope; fendre ces tranches dans le sens de la longueur, mais en s’arrêtant à quelques centimètres de l’une des extrémités, de manière à pouvoir, le moment venu, poser ces tranches à cheval sur une liane, pour le séchage; metlre alors les dites tranches dans un récipient (un seau ou une grande marmite émaillée, par exemple) par lits bien garnis de sel; laisser la viande s’imprégner de sel pendant vingt-quatre heures en la gardant dans un endroit frais; au bout de vingtquatre heures, retirer morceau par morceau et jeter le liquide qui s’est dégagé de la viande; replacer ensuite les tranches par lits avec une nouvelle dose de sel; recommencer la même opération pendant cinq ou six jours; on constate que l'opération marche bien si la viande ne prend pas de mauvaise odeur; ceci exige qu'on fabrique le biltong le plus tôt possible après que la bête a été abattue; au bout de cinq ou six jours, la viande ne dégorge plus de liquide, elle a absorbé le maximum de sel; on suspend alors les tranches salées au-dessus d'un feu de bois dans la fumée (la cuisine des stations congolaises est un fumoir parfait); éviter que le feu ne soit flambant; l'idéal est de maintenir la viande dans un bain de fumée; il faut éviter de chauffer assez la viande pour qu'elle subisse un commencement de cuisson, sous peine d'obtenir un produit tout à fait
re
inférieur. Au bout d’une semaine de fumaison, le produit est à point : c’est une sorte de filet d'Anvers très sale.
En poussant la salaison et la fumaison à l’extrème, on obtient un biltong quasi imputrescible. Fen ai rapporté du pareil fabriqué par nous au Ka-Tanga et qui est toujours mangeable au moment où paraissent ces lignes (juin 1902).
Durée d’insolation : 9,55.
Maxima diurne : 29°,4.
Lundi, 1“ mai 1899.
Minima nocturne : 15°,9.
Nuit assez convenable. Vers 1 heure le piège à feu à fonctionné, tuant un superbe léopard; lanimal a été foudroyé; on le retrouve ce malin le corps demeuré à demi engagé dans le couloir du piège.
Il commence à faire plus froid matin et soir; la saison des pluies semble avoir
pris fin; M. Delvaux nous dit que les années précédentes il n’a pas plu après le 1% mai.
Changé les feuilles des enregistreurs.
La courbe thermographique est d’une régularité journalière remarquable; un détail intéressant est l’indécision de la courbe pendant certaines nuits; le tracé est une sorte de sinusoïde irrégulière à courte période
Minima et maxima absolus de la semaine : 15°,8 et 30°,7; moyenne : 95°.
Pour la pression atmosphérique, la différence entre le maxima et le minima absolus est de 3,3.
La prolongation de l'affaire de Ki-Amakélé m’amène à modifier le plan de ma reconnaissance. De conversations entre M. Delvaux et moi se dégage qu'il y aurait intérêt, au point de vue roches, à descendre la vallée de la Lou-Fira jusqu'aux chutes appelées sur les cartes « chutes Djouo ». Les indigènes, d’après M. Delvaux, disent « Choubo ».
En attendant le retour de M. Verdick, je décide que nous pousserons une pointe rapide jusqu'aux dites chutes. Je préviens donc M. Delvaux afin qu'il recrute cent porteurs avec lesquels nous nous mettrons en route dans cinq jours. D'ici là, nous aurons terminé le courrier qui doit accompagner le gros envoi de collections que nous sommes de nouveau à même de faire vers Bruxelles ; il y aura, en effet, dix colis : neuf caisses soudées, le mieux que nous avons pu, et un paquet de peaux préparées.
Dans l'après-midi, j’assiste à des essais de lavage de roches par M. Voss; j'apprends à faire un panning : on entend par là l’opération par laquelle on recherche les métaux divers — et si possible précieux — que peut contenir une roche, en broyant celle-ci jusqu'à l’état pulvérulent dans un mortier en fonte; puis en lavant vivement ce poussier dans un large bassin en fer, en renouvelant l’eau qui chaque fois emmène d’abord l'argile, puis le sable, de manière à ne laisser dans le fond du bassin qu'une mince trainée des corpuseules les plus lourds; par un tour de main que donne seule la pratique, on fait glisser cette trainée à l’aide de quelques gouttes d’eau, de manière à l’allonger dans le pli formé par la jonction du fond du bassin avec sa paroi: les parcelles les plus lourdes restent en arrière; quand on à affaire à une roche aurifère suffisamment riche, quelques minuscules granules d’or pur demeurent ainsi les derniers, et leur éclat brillant réjouit l’œil et le cœur d'un bon prospector. Pour aujourd'hui, nous trouvons des corpuscules très brillants, les uns jaunes, les autres blancs, mais qui ne sont que des pyrites de cuivre, dont l'éclat ne réjouit ni l'œil ni le cœur du bon prospector: l'œil et le cœur du savant reçoivént la même sensation toutefois que s’il s'agissait de n'importe quelle autre constatation objective.
A 16h. 15 m., arc-en-ciel à l'Est. Durte d’insolation : 99,15.
Maxima diurne : 289,6.
Mardi, 2 mai 1899.
Minima nocturne : 16,2.
Assez bonne nuit. M. De H... malade en chambre.
Toute ma journée est absorbée par les écritures.
Prescrit d’abord à M. Voss d'effectuer quelques sondages.
Ecrit ensuite aux agents des diverses factories des Lacs (Ki-Engué; Ki-Touta; Fife; Ka-Ronga; Fort-Johnston ; Matopé) PQUE les prévenir que jJ'expédie par leur intermédiaire dix caisses de Colechons el un colis idem, numérotés de 14 à 24. Je les prie de les faire parvenir sans retard à Blantyre. Chaque fois que nous avons eu à faire un envoi de nu J'ai pris soin d'en avertir ainsi chaque chef de factorerie; il en est résulté que nous avons été très bien servis. En Afrique, plutôt que de se plaindre que les services ne marchent pas, il vaut mieux les faire marcher.
Outre ces lettres aux agents inférieurs de la Compagnie des Lacs, J’écris à leur directeur, aimable M. Gibbs, de Blantyre, et le prie d'assurer nos caisses à raison de 10 livres sterling chacune, sauf la caisse n° 21 — contenant les travaux de Dardenne — et qui doit être assurée pour 160 livres, soit 4,000 francs.
Fétablis ensuite le rapport n° IS au secrétaire d'Etat, lui annonçant l'envoi des documents suivants :
1° 2 carnets donnant les observations astronomiques, magnétiques et altimétriques effectuées entre M'pwélo et Lofoï;
2 Un exemplaire des feuilles n° 57, 58 et 49 du tableau d'assemblage de la carte générale du Congo; notre itinéraire est rapporté sur ces feuilles dont copie a été envoyée à Mtowa, Mpwéto et Kilwa, et aussi remise à Lofoï.
3° 2 carnets donnant les observations météorologiques faites à Lofoi, du mardi 21 février au lundi 1 mai 1899;
10 copies de feuilles hebdomadaires de lenregistreur de pression et 10 copies de l’enregistreur de température, relevées à Lofoi dans la même période ;
5° 68 bandes de l’enregistreur solaire, obtenues à Lofoi dans la même période;
6° L’inventaire des 11 colis collections expédiés de Lofoi (ils partiront après-demain) vers Bruxelles, par la voie anglaise;
La liste des travaux de M. Dardenne, se trouvant dans l’un des colis;
8° La liste des photographies dont nous envoyons les elichés ;
9° 95 planches faune et flore, dessinées par Dardenne et Questiaux ;
10° Le rapport de M. le géologue Voss sur sa reconnaissance de Ja vallée Lou-Fonzo et sur son voyage M'pwéto-Lofoi; ce rapport est accompagné d’une carte au 1/200.000°, laquelle à été dressée, d’une part, d’après l'itinéraire levé et les positions fixées par nous, de l’autre, d’après les observations géologiques de M. Voss;
11° Une note sur quelques-uns des objets de collections que nous envoyons;
12° Une note sur quelques-unes des photographies :
13° Une note sur la station de Lofoï, note que nous reproduisons ei-après.
Ma lettre au secrétaire d'Etat lui dit que je n’oserais confier nos documents à la route M'towa—kKa- Bambaré—Ka-Songo.
Voici la note relative à la station de Lofoi :
La station de Lofoï et la mission protestante de Moëéna, à huit heures plus au sud, sont, Jusqu'ici, les seuls établissements européens sis en plein Ka-Tanga.
L'examen de leur situation, de leurs ressources, de leurs conditions d'existence, présente un intérêt tout particulier, le Ka-Tanga ayant été réservé jusqu’à ce jour, dans les discussions relatives à la possibilité d’envisager, comme territoires de peuplement, certaines parties du Congo.
La mission de Moéna n'a été, en réalité, que peu occupée au moment où je rédige cette note, et est surtout la station de Lofoï qui demeure comme sujet d'examen et d'expérience.
Le premier point qui fut occupé ici était très rapproché de la rive droite du Lofoi; cet emplacement, avantageux au point de vue eau et Jardins, fut trouvé désavantageux aux inondations, et l’on déplaça la station pour l’éloigner de la rivière d'environ 1 1/, à 2 kilomètres.
On était à moins bonne portée de J’eau; les essais de jardin contre le nouveau poste réussirent moins bien qu'à la rive, et, lors des inondations, ce nouveau poste est tout aussi entouré d’eau de partout que l’ancien; enfin, la nouvelle situation ne soustrayait nullement la station ni aux moustiques, ni aux mouches, ni à l’ordinaire vermine des infiniments petits.
Au total, ce déplacement d’une couple de kilomètres n'avait rien amélioré et ne pouvait d'ailleurs rien améliorer, puisqu'on continuait à se {rouver en site bas, aquatique, en un mot dans le fond d’un ancien lac, aujourd’hui
Vue de Lofoi-Station (1899). asséché; ce site n'offre aucun écou-
lement des eaux; dès les premières
pluies, l’eau stagne, et alors surgissent tous les inconvénients des sites semi-marécageux ; le site est tellement plat que, pour pouvoir obtenir une photographie d'ensemble du poste, j'ai dû faire élever un énorme échafaudage dont j'envoie aussi la photographie documentaire, sur laquelle le poste n’est signalé que par son drapeau
Plus radical pouvait être le changement, puisqu'on se trouvait à moins d’une heure du pied des Kou’n’déloungou. Si même on ne se décidait pas à s'installer franchement sur les hauteurs — où l’on se fût trouvé à 1,500 mètres d'altitude au lieu de 950 — ce’eût 8,
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déjà été une grande amélioration de se porter au pied même de la À falaise, où l’on trouve des points soustraits aux inondations et EE é indemnes des moustiques, dont l'extraordinaire abondance fait de l'actuelle station de Lofoi un point des plus désagréable, où tout travail de soir ou de nuit est particulièrement pénible, voire douloureux.
Mais si l’on veut commencer à connaitre quelles conditions d’habitabilité à l'Europten présente en réalité le Ka-Tanga, il faut absolument quitter la vallée inondable de la Lou-Fira, pour se porter une bonne fois et complètement sur les hauteurs des Kou’n’déloungou.
En ce moment M. le capitaine Verdick projette le déplacement de la station de Lofoi et son transfert sur les bords de la rivière Lou-
Échafaudage élevé pour pouvoir photographier l'ensemble Kafou, affluent de droite de la Lou-Fira, à deux de la station de Lofoï (1899).
jours au sud de Lofoï. Ce point serait soustrait
aux inondations, serait indemne de moustiques, présenterait de superbes terrains pour les cultures du poste : le bétail s’y trouverait très bien; enfin, à proximité existe l’importante agglomération du cheî Mokandé-Bantou.
Ce sont là certainement de mulliples avantages sur le poste actuel qui est, lui, détestable à tout point de vue et dont l’abandon s'impose, surtout que le peu de population eontingente ne s’est établie ici qu'après l’arrivée même des Européens, et aussi qu'il n’y existe aucune culture de produits d'exportation.
Il n’en est pas moins vrai que quitter le Lofoi pour le Lou-Kafou ne sera qu'une solution boiteuse, et ne répondra pas à la question d’habitabilité du Ka-Tanga par l'Européen; ce n’est pas en restant dans la vallée même de la Lou-Fira (ou des autres grandes composantes du Congo) que l’on établira l'influence sanitaire des hautes altitudes.
Cependant un grand intérêt s'attache à cette influence que, jusqu'ici, on à même regardée comme prépondérante.
Il est bien vrai que — du moins pour la portion que nous en connaissons à ce jour — les hauteurs des Kou’n'déloungou ne sont pas occupées par les indigènes. Cela se comprend assez bien, rien que par leur désir de se soustraire au froid. Mais c’est justement cet abaissement de température qui intéresse l'Européen. De sorte que l’on se trouve en présence d'intérêts contradictoires.
Est-ce une raison suflisante pour que nous continuions à nous dérober à la détermination expérimentale des conditions d'habitabilité des hauts plateaux du sud de l'Etat.
Assurément non !
Si même l’Européen devait se trouver momentanément éloigné des villages indigènes, la situation actuelle ne serait guère modifiée, Lofoi ne commandant directement aucun grand groupe indigène. D'ailleurs il est parfaitement possible de s'installer au bord même de la falaise, de manière à rester au contact très rapproché des gens de la plaine; de plus, en s’arrètant à cette solution, les cultures du poste pourraient se développer sur le plateau, sur les pentes et dans la vallée même, ce qui fournirait une intéressante échelle d'expériences botaniques.
Le relevé des observations météorologiques que nous venons de faire (22 février au 4% mai 1899) met en lumière la forte et constante hygrométricité qui caractérise cette époque de pluies dans la vallée de la Lou-Fira; or, un air constamment surhumide est des plus préjudiciables à la santé et nous nous apercevons d’ailleurs de reste.
L'état hygrométrique excessif de l'air à Lofoï est surtout provoqué par le lent écoulement des eaux de pluie, dû lui-même au manque de pente — dans le sens latéral — des plaines de la Lou-Fira; de plus, ces eaux stagnantes se chargent de débris organiques en décomposition et contaminent l’eau des rivières, tandis que, sur le plateau, nous avons fort admiré et fort goûté la limpidité et la pureté des eaux de rivière.
I à été fait état jusqu'ici de l'altitude des hauts plateaux du Ka-Tanga au point de vue de Foccupation européenne; en réalité aucune expérience n'y a encore été faite. D'autre part, le déplacement intégral du poste de Lofoï aurait dû avoir lieu d'urgence un an après son installation, dès que lon s'était vu dans l’eau pendant de longs mois.
L'occupation inutilement prolongée de la station actuelle n’aura servi qu'à démontrer, trop surabondamment, les désagréments multiples qu'il y à à habiter une vallée régulièrement soumise aux inondations. Et je ne vois aucune raison pour ne pas s'installer enfin, et sans retard, sur le plateau des Kou’n’déloungou, en se portant vers le sud-est, et réaliser — mieux vaut tard que jamais — une expérience des plus importantes.
Copie de cette note fut remise par moi, pour gouverne, à M. le capitaine Verdick.
Ayant terminé le courrier officiel, je puis trouver le temps de parcourir les recueils mensuels du poste, et J'y trouve, au mois de mai 1898, un arrêté attachant un conseil de guerre à lexpédition scientifique de reconnaissance dans le Ka-Tanga.
C’est la première fois — et c’est par hasard — que ce texte me tombe sous les veux. S'il m'a été envoyé, il est resté en route.
Quoi qu'il en soit, il y est dit :
« ARTICLE 3. — Sauf le cas où ce conseil serait établi au siège dune juridiction répressive perma-
nente, il connaîtra et prononcera dans les limites de sa compétence matérielle sur les délits commis dans les territoires plus voisins du lieu où il serait installé que de celui où siégerait une juridiction permanente. »
Cet article étend done mes attributions de juge au conseil de guerre telles que les déterminent les instructions dont je suis porteur et qui nr'ont été remises à Bruxelles; d'autre part, il semble soustraire le personnel de ma mission à l’action unique du conseil de guerre de cette mission, lorsque ce personnel se trouve au siège d’une juridiction répressive permanente. Si cela était, ce serait le renversement de mes instructions directes qui disent :
« Une discipline stricte devra être maintenue dans l’escorte et dans la colonne; &’est pourquoi le chef de la mission aura pouvoirs de juge au conseil de guerre. « Le chef de mission a reçu les pouvoirs nécessaires transmissibles à ses successeurs éventuels.
« Tout le personnel européen et congolais de la mission relèvera complètement du chef de la mission et aura à se conformer à ses prescriptions, tant au point de vue disciplinaire qu'au point de vue du travail. »
Nous voici donc devant un cas spécial logiquement interprété par Bruxelles, qui comprend que je dois avoir toute indépendance et toute latitude; et, d'autre part, le hasard seul me met en main une pièce d’une importance capitale, qui me concerne, et qui me met sous la dépendance de services supposés organisés.
Est-il nécessaire de dire qu’en signalant la chose, mon but est non de blämer, mais d'éclairer afin que, dans de nouvelles circonstances analogues, un homme ne se trouve pas dans le cas de se mettre hors la loi sans s’en douter.
En effet, supposons que j'aie condamné quelqu'un au conseil de guerre pendant mon expédition, alors que nous nous fussions trouvé au siège d’une juridiction répressive permanente. J’aurais pu tout simplement être à mon tour condamné pour usurpation de pouvoirs.
Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire; il faut que les gouvernants sachent où l’élasticité est nécessaire, et où seule doit exister la rigidité légale.
A 16 h. 50 m., arc-en-ciel à l’est; de 17 h. 10 m. à 17 h. 25 m., forte pluie donnant 1,9 au pluviomètre:; roulement de tonnerre au nord.
Je puis observer, à l’opposite du soleil couchant, un phénomène lumineux qui pourrait être dû à la lumière antizodiacale.
Durée d’insolation : 9",8.
Maxima diurne : 50°,
Mercredi, 3 mai 1899.
Minima nocturne : 16°,1. Rosée.
Ma nuit a été bonne.
Michel occupé à recopier le courrier officiel.
M. Voss procède, durant la matinée, à des sondages jusqu’à 12 mètres de profondeur : argile, puis sable; le sondage se fait dans le trou des scieurs de long, ce qui permet de porter le dit sondage à 12 mètres, notre sonde n'ayant que 10 mètres de tige.
Dans l'après-midi M. Voss doit se coucher; puis, successivement, MM. Questiaux et De H. sont pris de fièvre et
doivent gagner leurs chambres.
Durée d’insolation : 9,6.
Maxima diurne : 29,4.
Jeudi, 4 mai 1899.
Minima nocturne : 17°,2.
Bonne nuit pour moi.
Arrivée d’un courrier du Nord : lettres de Mtowa, de Boma et d'Europe.
Michel et moi achevons de fermer et d’empaqueter soigneusement le volumineux courrier ofhiciel qui partira demain avec les 11 colis collections; pour laffranchisse-
ment de notre courrier, j'écris à M. Chargeoiïs en lui envoyant
S livres sterling. Sondage dans la fosse des seieurs de long Dans l'après-midi, abattu d’un coup de pistolet un à Lofoï (1899).
superbe serpent vert qui se balançait gracieusement parmi
les palmes d’un jeune élaïs. Il y a énormément de serpents à Lofoi; à certains jours, on en voit jusque quatre et cinq qui se baladent à travers la cour; notre envoi de collections comprend plusieurs estagnons remplis de multiples spécimens de cet animal réputé dangereux quoique absolument inoffensif. Je parle, bien entendu, de ce que j'ai vu : j'attends encore de connaître — par mes propres constatations — une mort d'homme au Congo par morsure de serpent. En revanche, je certifie que j'ai assisté à la capture de centaines et centaines de reptiles; à l'Équateur nous mangions, en guise d'anguilles, de gros serpents d’eau. De sorte qu'au total e’est
l’homme qui constitue, pour le serpent congolais, «un animal dangereux ».
À 15 h. 15 m., arc-en-ciel à l’est.
Durée d’insolation : 7°,30.
Vendredi, 5 mai 1899.
Minima diurne : 19,3. Vent violent pendant la dernière partie de la nuit et de la matinée; de 6 h. 8 m. à 6 h. 17 m., l’anémomètre indique une vitesse du vent de 2 mètres à 2,80 par seconde; le vent souffle de l'Est.
Ma nuit a été convenable.
M. Voss garde la fièvre.
Ecrit trois lettres oflicielles, pour le poste du sud du Moéro, pour Mpwéto et pour Mtowa. le renvoie
RCE tes
aussi, par lettre, à Boma, la croix de service arrivée hier pour notre malheureux Fromont. Avec quelle joie le regretté oflicier aurait reçu cette décoration si enviable et si enviée! Nous la lui eussions remise devant la
troupe rendant les honneurs, et notre ami se fut trouvé payé de bien des moments dificiles! Hélas! Les
derniers honneurs lui ont été rendus; il est parti sans la eroix si bien gagnée !
La petite colonne de porteurs qui enlèvent le courrier et les charges collections est mise en route.
Vers 9 heures nous pouvons donner suite au désir que j'avais d'aller vérifier, de visu, un intéressant renseignement que M. Delvaux m'a donné dernièrement à propos de la Lou-Kolouéchi, affluent du Lofoi que nous avons vu el traversé le Jour de notre arrivée ici.
D'après M. Delvaux, cette rivière s’enterrerail pendant une partie de son parcours.
Nous suivons la route ordinaire jusqu'au pont de la Lou-Kolouéchi; à 500 pas au delà du pont, nos guides s'engagent à travers brousse el plantations, par un fort mauvais chemin, peu ou pas du tout tracé; on gagne ainsi vers le nord-ouest la petite rivière, à un gros kilomètre de la route.
Là on nous montre un point où — lorsque les pluies sont finies depuis très longtemps et que le niveau de Peau est très bas — le cours commence à être souterrain. A l’époque actuelle, les eaux affluent de partout, à fleur de
La récolte du riz à Lofoiï-Station (1599).
Au haut des termitières des gamins se tiennent en permanence et effraient de leurs cris les bandes d'oiseaux pillards.
sol, les inondations de la saison des pluies n'ayant pas encore pris fin; aussi le Canal souterrain de la Lou-
Kolouéchi est-il insuflisant, et la rivière coule-t-elle en même lemps sur et sous terre.
Nous descendons maintenant le ruisseau par sa rive
Femmes décortiquant le riz à Lofoï-Station (1899).
droite, pendant 500 mètres, et arrivons au point
d’émergence du canal souterrain. Ce point est pittoresque à sa façon : il forme la lisière d’un terrain actuellement sous 40 centimètres d'eau d'inondation; là, en une excavation irrégulière, sorte d'entonnoir profond de 2",00 à 2,50, viennent se déverser en Cascatelles étroites une douzaine de ruisselets temporaires formés par linondation et par la Lou-Kolouéchi aérienne.
Lorsque la saison sèche sera assez avancée, inondation et ruisselets disparaitront, et on ne verra plus, dans le fond de l'entonnoir, que la Lou-Kolouéchi émergeant paisiblement de son canal souterrain, pour s’en aller se déverser non loin de là dans le Lofoï.
En rentrant à la station, nous y trouvons les porteurs qui ont été mandés en vue de notre excursion aux chutes de la Lou-Fira. Il à été décidé que nous partirons après-demain.
Dans l'après-midi, nous dressons la liste nominative des porteurs; je remets à M. De H. l’état entièrement
détaillé des charges à apprèter demain.
*eçu une lettre de M. Cerckell, me faisant connaître que notre point de station à Mo-Linga est indiqué par
une roche à demi enfoncée dans le sol; dès qu'il aura pu faire cuire ses premières briques, il enfermera cette roche dans un pilier en maconnerie; M. Cerckell n’a rien obtenu de ses essais sur la gomme du Mwémwé- Dousséwo; les ambachs, enfin, ne sont guère utilisables. {Voir le texte de la page 155)
A 15 heures tornade sèche.
Durée d'insolation : 9,50.
Maxima diurne : 289,5.
Pris une bonne observation d'heure par 10 étoiles, pour fixer l’état du chronomètre par rapport à
Lofoi et la variation horaire de son dh.
Samedi, 6 mai 1899.
Jai passé une bonne nuit. Soleil dès 6 heures; matinée très fraiche.
M. Voss souffre de l’estomac et a de fréquents vomissements; il se drogue beaucoup, au petit bonheur. II ne sera pas en état de nous accompagner demain.
En conséquence, je preseris à notre géologue qu'il devra, lorsqu'il sera rétabli, reconnaitre les environs sud de Lofoï. :
M. de I. réunit les #npedimenta à emporter selon la note que je lui ai remise hier.
Durée d'insolation : 91,80.
Maxima diurne : 280,8.
Jeune femme agrémentée d'une eurieuse déformation ombilicale.
Lofoi-Station (1899).