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Je profite du passage de la Di-Kouloué pour procéder à un appel nominal de nos porteurs; ils s'embarquent dans l’ordre de l'appel, ce qui me permet de faire la vérification des charges; et, ainsi que je m'y attendais, je dois une fois de plus constater que, malgré mes recommandations renouvelées, le sousofhicier chargé du service de la colonne à laissé s'établir pas mal dirrégularités : charges modifiées, porteurs interchangés sans que nous soyons avertis; et, chose plus grave, alors que nos engagés comportent quinze hommes de réserve qui se présentent les bras ballants, Européen, chef de caravane, à trouvé moyen de mettre des charges — les vivres qu’on nous à offerts dans les villages — sur la tête d'hommes qui accompagnent nos capitas, et ne doivent leurs services exclusivement qu'à ceux-ci.
C'est une misère de devoir faire de telles constatations! Quand donc les blancs recevront-ils dans une école coloniale l'indispensable éducation qu'il faut donner à ceux dont on accepte les services en Afrique? II saute pourtant suflisamment aux yeux que le chef a mieux à faire là-bas qu'à exécuter lui-même la besogne de ses derniers sous-ordres. Enfin !
A 11h. 15 m., le second passage d’eau est terminé et nous commençons à remonter la Di-Kouloué par sa rive droite; laquelle est occupée par une vaste plaine herbue sans un seul arbuste; le sol est de terre noire grasse; le sentier est à peine indiqué; nous y remarquons beaucoup d’ossements de gros gibier. Un moment nous touchons la rivière, en un point où le feu à déjà passé sur les herbes; à partir de ce point, le sol est d'argile grise, et dans les herbes existent des acacias épineux nains; nous voici à hauteur du petit village Ka-Tongo, chef Mwadafika, situé sur la rive opposte à celle que nous suivons.
Encore quelques 100 pas et nous stoppons, pour éamper, au bord de la Di-Kouloué; il est 12 h. 5 m. ; nous avons fait 9 kilomètres; le temps de l'étape à été surtout mangé par les deux passages d’eau.
Dès que nous sommes installés, voici venir le chef Mwépo (n'toto de Sampwé) ayant son village au confluent Lou-Fira — Di-Kouloué; il apporte deux poules, deux paniers de farine, un d’arachides, un de pommes de terre et un pot de pombé tokwa.
C’est ensuite Mwadatika (également n’toto de Sampwé) avec une poule, une corbeille de farine, une d’arachides et une de pommes de terre.
Enfin, à 15 h. 50 m., nous sommes touchés par un courrier de Lofoi en réponse à ma lettre du 16 mai dernier; la lettre de M. Delvaux porte la date du 22; les hommes ont donc fait diligence; ils ont coupé à travers la plaine inondée, marchant souvent et longtemps dans l’eau; aussi afhirment-ils catégoriquement que nous ne pouvons prendre ce chemin ; ces hommes nous apportent une caisse de vivres d'Europe, 1 panier de légumes frais et du miel,
La lettre de M. Delvaux dit : « M. Voss à quitté Lofoi pour faire une reconnaissance vers les salines de Mo-Achia, le 10 courant; je suis sans nouvelle de lui. Je crois pouvoir vous rassurer au sujet des suites de Ja bagarre entre soldats de la mission. J’ai réussi à arranger les choses; le blessé, quoique fort mal arrangé, en réchappera. Tout est très calme. Le fait d'avoir éloigné le sergent Bandé et le soldat coupable à produit bonne impression. »
Comme nous sommes très proche de Ka-Langa, où le point à été pris, nous ne faisons pas d'observation ce SOIT.
Samedi, 27 mai 1899.
Minima de la nuit : 9,2. AG heures le thermomètre marque 10°,8. Il faut faire plus que jamais un grand feu clair.
Départ à 7 h. 15 m. Direction de la marche : sud-ouest.
La Di-Kouloué — que nous remontons en gagnant de coude en coude par la corde des grands ares que décrit cette rivière — est bordée d’une galerie arboreseente continue, qui permet à l'œil d'en suivre nettement les méandres ; aux points où nous la toucherons, nous constaterons que la Di-Kouloué est large de 19 à 15 mètres, fortement encaissée, parfois de 8 à 10 mètres, et qu'elle roule une eau trouble à courant plus marqué qu'à l'embouchure.
Au départ du camp nous foulons un terrain soumis aux inondations, parsemé de limonite et de conerétions
calcaires, encombré de hautes herbes avec de nombreux acacias nains brülés par les feux d'herbes; de temps en temps une termitière basse, garnie de quelques arbres, formant îlots de verdures dans l'océan des grandes herbes.
Au premier coude de la Di-Kouloué nous avons, entre la rivière et nous, un petit étang nommé «M’panga »; au delà de cet étang le sentier s’écarte de la Di-Kouloué pour aller prendre le contact d’un petit affluent de droite, le ruisseau Ki-Pindo dont les abords forment marécage sur 30 à 40 mètres de large; un lit d'herbes aquatiques recouvre la nappe aqueuse qui s'écoule lentement vers la Di-Koulouwé ; toujours les herbes, grandes, moyennes où courtes par places, avec de nombreux acacias épineux; terre noire, grasse; parfois la plaine s’habille de quelques arbres jetés de ci, de là.
Nous voici à hauteur d’un épanchement marécageux où batifolent de nombreux échassiers d’une taille respectable; Questiaux s’écarte de la colonne et abat un des oiseaux, haut d'environ 1°,50, muni d’un énorme bec aux trois couleurs belges; nous l’en baptisons « le Brabançon »; on l'emporte pour être mis en peau à l'étape; c’est la cigogne Jabiru, de son nom scientifique Mycteria Senegalensis. (Noir là planche en couleurs.)
L'animal est visible à Tervueren.
Vers le neuvième kilomètre, traversée du ruisseau Bo’n’golo, affluent du Ki-Pindo, large de 1 à 2 mètres, avec 10 centimètres d’eau fangeuse à fleur de sol, sans courant.
Jai comme guide principal Ka-m'hilo-m'bhilo, le fils de Sampwé dont j'ai déjà parlé. Sa tête ne m'était jamais revenue; c'est lui qui, au village de son père, m'avait dit qu'il n'y avait pas de sentier frayé entre ce village et Mirambo. Hier, il m'aflirmait que seul il connaissait un ancien chemin repris par la brousse, et aujourd’hui nous nous trouvons sur un sentier bien marqué quoique désagréable du fait, qu'à tout moment, il s’'ensevelit sous de grandes herbes, et devient alors très glissant, au point qu'à plusieurs reprises Dardenne et moi nous manquons de nous fouler le pied.
A propos des deux ruisseaux Ki-Pendo et Bo’n'golo, le maladroit Ka-m’bilo-m'hilo me raconte successivement les choses les plus contradictoires sur l'emplacement de leurs sources, leur cours, ete. Je finis par lui dire qu'il n’est qu'un animal et je lui fais quitter la colonne pour retourner chez lui, parce qu'il ne mérite pas de servir de guide au blanc. Et je ne puis m'empêcher de me dire que ce Ka-m'bilo-m'bilo est habitué au blane depuis longtemps déjà, et que c’est mauvais signe de le trouver fournissant des renseignements erronés : cela a dû lui réussir précédemment, ce qui me force à conclure qu'il n’a jamais eu devant lui que des Européens ne contrôlant pas ses dires.
Il est remplacé comme guides par des hommes du chef Mirambo qui sont venus se mêler à nos gens à Ka-Langa même, sans avoir Pair de rien; mais au passage de la Di-Kouloué, lorsque j'ai fait l'appel nominal de la colonne, il a bien fallu qu'ils se fassent connaître, un peu surpris de se faire prendre à leur rôle de demi-espions, car ces gens ont évidemment été chargés par Mirambo de venir se rendre compte de nos allures et de nos dires.
Le ruisseau Bo’n’golo franchi, nous pataugeons un moment dans une série de flaques boueuses, puis c’est la plaine d'herbes jusqu'à un coude de là Di-Kouloué, à partir duquel nous ne lächons plus la rivière Jusqu'à l’arrivée au pittoresque village Di-Sanga, chef N'gobéla, dépendant de Sampwé.
Dans la seconde moitié de la marche nous avons vu des limonites, des concrétions calcaires et quelques cailloux roulés; à noter aussi que les feux d'herbes localisés ont commencé à être allumés.
Le village Di-Sanga, où nous arrivons à 12 h. 10 m., après une marche de 17 1/, kilomètres, jouit du voisinage d’une sorte d’étang appelé Lou-Sanga, formé par un cul-de-sac aquatique de la Di-Kouloué : c’est un joli cas d'évolution d’un méandre.
Le chef N’gobela nous à fait aménager des huttes; celle qu'il me destinait ne permet pas qu'on s’y tienne debout, à cause des claies qui y sont disposées pour supporter les épis de maïs et de sorgho; on dressera une tente pour moi aujourd'hui.
N'gobéla et son vieux père offrent le coutumier présent de bienvenue : 6 poules, 3 paniers d’arachides, 9 de farine, 1 de pommes de terre.
Je mets l'itinéraire au propre pendant que Michel trace la méridienne, et dispose le magnétomètre pour la prise de l’inelinaison et de l'intensité horizontale, qui est faite de 17 h. 15 m. à 18 heures.
J'ai dû allonger mon fond d’encre avec du café très fort. Pourvu que ça tienne!
Bonne observation complète par 15 étoiles.
Heureuse constatation : hier ni aujourd'hui nous n'avons à subir l'attaque des moustiques: la saison
froide est venue, qui va nous protéger contre ces rossards.
Dimanche, 28 mai 1899.
Minima nocturne : 9,8.
De 6 h. 20 m. à 7 heures, détermination de la déclinaison; le froid nous donne l’onglée d’une façon vraiment désagréable.
Départ à 7 h. 25 m. Marche vers le sud le long de la Di-Kouloué.
Étape désagréable par ses nombreux et longs passages d'herbes. Aux endroits où les herbes laissent la tête libre on respire un peu, mais trop vite l'herbe haute reprend tous ses droits; on ne voit pas le sentier et il est large pour un seul pied, glissant et rempli de trous; Dardenne se foule à moitié le pied et doit se mettre en hamac.
Circuler là dedans, le carnet constamment tenu ouvert et orienté sur la main à plat, la boussole en observation, le podomètre et l’anéroïde consultés aussi souvent que nécessaire, est plutôt un peu dur.
Pourtant la route serait bonne et facile si elle était nettoyée à 1 mètre de large seulement.
Des touffes d’acacias nains brülés, des buissons épineux, des chardons agressifs augmentent par places les agréments personnels des hautes herbes; en revanche, de nombreux et superbes flabelliformis (borassus éventail) décorent la galerie de la Di-Kouloué; un fort massif de ces beaux arbres se voit à 6 à 8 kilomètres vers l’est.
Au point de vue faune, nous relevons quantité de laisses de fauves, et pourtant, ni jour ni nuit, on ne les voit ni les entend!
Ainsi que je l’ai dit nous serrons de près la Di-Kouloué; au premier tiers de létape, on passe sur son bord très raide; la rivière est ici large de 8 mètres et encaissée presque à pie de 10 mètres; courant bien marqué, eau assez claire; nombreuses concrétions calcaires dans le talus que nous surplombons; il serait impossible ici de passer à gué.
Vers la fin de l'étape, la rivière s’enjolive de deux étages de rapides, le premier offrant une dénivellation de 30 centimètres, le second de 50 centimètres; en ce point pittoresque la Di-Kouloué est large de 30 mètres et encaissée de 10.
Des arbres rabougris, quelques-uns à en être squélétiques, caractérisent aussi la fin de l'étape.
Mirambo, qui a fait désherber la route sur une bonne étendue près des villages auxquels il commande, est venu à notre rencontre; sa suite est nombreuse, armée de fusils à pierre et à piston; il y a même un Suyder.
Nombreuses femmes, sales, hurlant en possédées leur ordinaire bienvenue; Mirambo parait joyeux et fier de ce potin réussi; ce chef me rappelle un peu Ki-Lomba, du village Ba-Béçà, au sud du Moéro, peut-être à cause particulièrement d’un certain chapeau crasseux.
Nous passons successivement devant deux groupes palissadés, de 5 et de 20 huttes; puis le sentier franchi le ruisseau Songwé, encaissé de 8 mètres dans un affleurement de limonite, avec un filet d’eau brune et trouble: encore des cultures, un groupe de huttes, de hautes herbes, des cultures, et nous stoppons au village Ki-Lombé (35 huttes), résidence de Mirambo.
Il est 12 h. 45 m.; l'étape a couvert 22 kilomètres.
Javais projeté de rester ici demain pour mettre la besogne à jour. Mais le village est tellement peu propre que Je vais tâcher d'éviter cette douloureuse alternative; pour gagner du temps, je me passerai de déjeuner aujourd’hui, ce qui me permet de mettre l'itinéraire au propre et de préparer le catalogue d'étoiles pour ce soir.
Mirambo offre 1 chèvre, 10 paniers de farine, 1 de manioc. Comme mes approvisionnements sont très réduits — par suite de l'extension donnée à notre tournée — je lui remets une mokande, dont il viendra toucher le montant à Lofoi, lorsque j'y serai rentré.
sonne observation par 14 étoiles.
Lundi, 29 mai 1899.
Minima nocturne : 8°,5. Il fait désagréablement froid; nous sommes collés à un grand feu clair, frileusement enveloppés dans nos paletots.
Le désir de prendre une observation magnétique complète et d'effectuer les calculs de observation d'hier me décident à passer la Journée iei.
Questiaux ira voir de près les rapides signalés hier; Dardenne prendra une vue paysagique des bords de la Di-Kouloué.
De 9 h. 20 m. à 10 h. 50 m., pris l'observation de magnétisme.
Effectué tous les calculs. Nous sommes à jour et, dans l'après-midi, je puis interroger quelques habitants du village et recueillir quelques données ethnographiques
Nous sommes chez des Bas-Lembwés (même appellation que chez Sampwé).
Depuis notre arrivée dans le Ka-Tanga je m'étais préoccupé de la question des funérailles; on a écrit et réécrit que les noirs du Ka-Tanga n’enterrent pas leurs morts, mais les jettent à l'abandon dans la brousse; si ces dires étaient exacts, nous aurions bien dû trouver, dans cette brousse que nous parcourons en ouvrant l'œil sur tout, l’un ou l’autre ossuaire humain; nous aurions vu des ossements humains comme nous avons vu, à diverses reprises, des ossements d'animaux; de plus notre adorat n'aurait pu manquer d’être péniblement affecté si nous étions passés sous le vent de cadavres; en troisième lieu nous n’aurions pas manqué d'observer des vols circulaires d'oiseaux de proie au-dessus des points où des cadavres auraient été jetés, ce que nous n'avons vu nulle part.
Aux questions que je pose à ce propos, on me répond que les Ba-Lembwés enterrent leurs cadavres ; Jamais, me dit-on, on ne les jette aux fauves.
« — Mais des blancs ont dit qu'on ne trouve pas de cimetières chez vous. » «— Mais si, nous avons des cime-
« Lières, mais nous n’aimons pas « que les étrangers y entrent. »
Je m'empresse d’aflirmer que je respecte complètement ce désir et que je ne demanderai pas à être Conduit au cimetière.
Mes interlocuteurs me disent encore qu’en cas de mort les femmes pleurent beaucoup.
Ÿ NE S un = = Los Éd DIU LA . .
SN + Ne É Je leur demande ensuite pourquoi
hier, à mon arrivée, tant de gens Z étaient barbouillés de terreet deboue.
& — Mais en signe de soumission. Ici, pour marquer son
= EN AT 2 EC respect aux chefs, on se met à genoux, on prend de la boue
Cahétente mit Mass) - « par poignées dont on se couvre toute la tête, la poitrine, les Dans le village Ki-Lombé. « bras; on claque ensuite des « mains. »
&@ — Eh bien! mes amis! quand des Européens viendront « encore chez vous, sachez que pour leur faire honneur il faudra, non vous barbouiller de terre et de boue, « mais nettoyer à fond votre village et vos hultes, et ensuite, et surtout, vous plonger Jusque par-dessus la tête « dans l’eau courante de la Di-Kouloué, en attendant que vous connaissiez l’âge du balai et du savon! »
Des renseignements qui me sont encore donnés avec beaucoup de bonne volonté, il résulte que demain nous devrons loger dans la brousse; tant mieux, cela nous évitera au moins, cette fois, la saleté de ces villages si peu ragoûtants.
Questiaux, fatigué, se couche sans souper.
Toutefois, dans l’ensemble, l’état général est très satisfaisant. Pour mon compte, je me porte comme un charme; je crois bien en avoir fini avec la période de réacclimatement.
Sp.
Mardi, 30 mai 1899.
Minima nocturne : $°,3.
Il fait froid, très froid, un mauvais froid qui fait frissonner. Nos prédécesseurs en promenades dans le Ka-Tanga ont fortement vanté l’agréable impression que procurait à l'Européen le froid vif du soir et surtout du matin.
Ce Ka-Tanga — est-ce à cause de son éloignement? — à produit bien des effets de mirage sur lesquels nous avons le désagréable devoir de souffler; on pourrait presque dire qu'il n’a produit que cela.
Nous voici, en ce moment, cinq Européens qui éprouvons tous la même impression désagréable quant au froid tant vanté; il faut se vêtir fortement, mettre un gros paletot et se coller dans le feu.
Ce même froid provoque un abondant dépôt de rosée nuisible aux instruments mis en station au commencement de la soirée; le matin, la dite rosée est si abondante, qu'après 200 mètres de marche dans les herbes on est aussi mouillé jusqu'au ventre que si l’on était entré en pleine eau; et cela dure jusque près de 9 heures.
Je n’exagère rien; il sera aujourd’hui 8 h. 45 m. quand on pourra considérer les herbes comme séchées par le soleil. :
D’aucuns voyageurs conseillent de ne se mettre en route que lorsque les herbes sont tout à fait sèches; cette méthode de marche peut convenir à ceux qui ne lèvent aucun itinéraire, ne prennent aucune note el n'ont, en arrivant à l'étape, qu'à s'étendre dans leur chaise longue, en attendant que les noirs aient dressé la tente à la « va C'faire fiche », et que le cuisinier ait ouvert des boîtes de conserves variées.
Mais pour des gens qui travaillent pendant quatorze heures par Jour (par exemple les jours d'observation), il faut partir tôt, quels que soient le temps et l'humidité génératrice de rhumatismes.
Départ à 7 heures. Direction de marche : Sud 10° Est.
Un gros kilomètre, à travers des cultures entrecoupées de bandes herbeuses, nous met à hauteur d’un groupe de huties situées sur la rive de la Di-Kouloué et relevant de Mirambo; la Di-Kouloué s’infléchit ici vers le sud-ouest et nous la perdons bientôt de vue pour nous rapprocher de la N'Songwé, son affluent presque à sec traversé avant-hier ; nous sommes en plaine d'herbes très hautes, avec, de-çi de-là, soit un bel arbre, soit un bouquet de verdure où abondent des aloës en fleurs; nous retrouvons avec plaisirs plusieurs jolies fleurs rouges qui nous sont déjà connues et que Dardenne à dessinées jadis, mais que nous n'avons plus eu l’occasion de voir depuis des mois.
A l’est et à l’ouest de notre sentier, à une distance de 2 à 3 kilomètres, courent des lisières de haute futaie entre lesquelles s'étend la plaine herbue.
Et nous arrivons à la N'Songwé, qui s'étale marécageusement sur une largeur de 500 à 600 pas et sur une profondeur de 25 à 40 centimètres; des oiseaux d’eau se lèvent à notre passage, qui becquetaient, semble-t-il, des efflorescences salines blanchâtres dont nous prenons échantillon.
Au delà de ce passage marécageux le sentier passe sur un affleurement de limonite signalé par la brusque diminution de hauteur des herbes.
Entre les kilomètres 7 et 8 de l'étape on revoit les Kou-n’déloungou vers l’est et le sud-est.
Puis le sentier doit retraverser la N'Soungwé, encore étalée en marécage sur 800 à 1,000 pas; les herbes sont redevenues très hautes; nombreux petits borassus; bandes de chevaliers armés, et toujours la plaine herbue.
Voici, sur une légère éminence, deux ou trois huttes du moment; campement de chasseurs, disent les guides. À peine nous ont-ils donné ce détail que nous voyons filer sur la gauche de la colonne deux antilopes el, presque en même temps, une manade d’une douzaine de zèbres ; l'endroit est donc bon.
Ceci se voit en une partie de la plaine qui s’habille un peu d'arbres, d’arbustes et de quelques euphorbes candélabres, malheureusement déjà tristement touchées par des feux d'herbes prématurés; de gros blocs de limonite affleurent, et tout le terrain est parsemé de cailloutis de la même roche et de nombreuses termitières grimpant souvent sur et à travers ces blocs; je viens de parler de feux d'herbes prématurés : la partie déjà brulée s'étend sur 2 1/, kilomètres environ, puis les herbes hautes, courtes où moyennes, reprennent leur empire: ce sont très vraisemblablement les chasseurs qui ont ouvert par le feu une clairière où ils peuvent amener le gibier et l’atteindre alors.
Voici maintenant des traces d’éléphants; en voilà qui se désintéressent quelque peu de la grandeur des herbes !
La faune, aujourd’hui, est plus riche que d'ordinaire, et neus voici en un point où le terrain est couvert d’un lit d'herbes moyennes touffues, d’où émergent de hautes tiges clairsemcées qui servent de support gracile à des milliers de nids en bercelonnetles fabriqués par le passereau; ces tiges, que la brise fait onduler gracieusement, charment adorablement notre œil curieux.
Encore quelques kilomètres d'herbes où se montrent, honteux, quelques arbustes rabougris, et nos guides s'arrêtent disant : C’est ici.
lei, c'est le Ki-Toma-Makoubi, un étang, ou, plus exactement, un vilain marais de 200 mètres sur 100; son lit est encombre d'herbes et de plantes aquatiques; c’est une euvette sans écoulement, qui garde seulement des eaux de pluie; dans un mois elle sera à sec; l’eau, en ce moment, à une jolie teinte de purin.
Il est 13 heures; nous avons parcouru 25 kilomètres et les guides aflirment, avec une assurance de bon aloi, que nous ne trouverons pas de meilleure eau avant une nouvelle élape de même longueur.
Installons nous done à l’étang Ki-Toma-Makoubi.
On désherbe un bon rectangle de campement et les quatre tentes sont dressées; Dardenne, fiévreux, se couche dès que possible.
Pour nous, nous vaquons aux besognes ordinaires et terminons la journée par une observation com-
plète (14 étoiles).
Mercredi, 31 mai 1899.
Minima nocturne : 9. Dardenne reste pris de la tête.
Départ à 7 h. 15 m. Etape désagréable pour d’autres raisons qu'hier : aujourd'hui la rosée est faible et l’on ne se trempe plus comme des soupes. Mais, en revanche, on traverse un pays qui, aux pluies, se couvre d’eau sans écoulement; il en résulte que le sentier, piétiné par les indigènes et surtout par le gibier, est absolument défoncé, et qu'on ne peut pas une seule fois poser le pied à plat; aussi Questiaux en gagnera:t-il tout à l'heure un effort de l’aine qui provoquera de la fièvre dans Paprès-midi.
La marche dans ces conditions, avec l'agrément des hautes herbes, devient très désagréable.
Mais procédons par ordre.
Au départ du Ki-Toma-Makoubi, nous entrons dans la m'boka Lou-N’sala (m'boka — plaine); actuellement à see, cette plaine, aux pluies, se couvre complètement de 40 à 50 centimètres d’eau d'inondation qui ne disparait qu'avec les pluies, par écoulement vers la Lou-Fira; le sol garde les traces trop visibles de la dernière inondation; pendant une couple de kilomètres au départ du camp les limonites se montrent encore puis disparaissent sous la couche d'argile consistante, grise, devenant très dure à la dessiccation et formant limpraticable sentier dont je viens de parler.
= Un moment la brousse rappelle plus où moins celle du Bas-Congo, mais les essences sont différentes.
A notre droite court, parallèlement au sentier, une ligne d'arbres à laquelle les guides donnent le nom de Ka’ n’za-mina; à l’ouest de cette ligne d'arbres se montrent les hauteurs Ka-Roussoro.
Vers le sud se marque une légère ondulation est-ouest vers le sommet de laquelle nous semblons nous diriger.
Puis c’est, à l’est, une percée vers les Kou-n'déloungou qui se montrent tout à fait; nous sommes à hauteur du pie Bodson et de l’indentation du Lofoi qui se marque très nettement par ses deux saillants.
Et toujours les hautes herbes; et le sentier défoncé par de monstrueux pas d’éléphants.
Maintenant nous arrivons à la crête de la légère ondulation signalée tantôt, et la vue porte librement à l'horizon : vers le sud on distingue le sommet du pie Ka-Mikéto ; à l’ouest de celui-ci le piton Ka-n’gouloungou que nous toucherons demain; plus à l’ouest encore c’est la ligne des hauteurs N'Koni, et au nord de ces dernières, c’est-à-dire à l’ouest (à notre droite donc), les hauteurs Ka-Roussoro, déjà signalées.
Et toujours herbes et jones, jones et herbes.
Deux zèbres détalent sous nos yeux; nos gens voudraient bien se mettre en chasse.
Holà! Jai mieux à faire.
Entre le huitième et le neuvième kilomètre nous atteignons la fin de Ja partie de cette plaine soumise de façon permanente aux inondations.
Encore des traces d’éléphants. On à maintenant la sensation de parcourir une sorte de plateau à herbe courte, avec de nombreux petits borassus et des mimosas; malheureusement cela ne dure pas; nous retrouvons bientôt des passages soumis à l’inondation, des grandes herbes, de très grandes herbes, des Jones et, pour n'en pas perdre l'habitude, nous refaisons connaissance avec les herbes-javelots signalées dans les plaines de Ja rive droite de la Lou-Fira.
Vers la moitié de l'étape les arbres deviennent plus nombreux ; presque tous sont rabougris, ou ne sont que de vilains arbustes en bouquets; seul, un beau saucissonnier met sa majesté dans cette désolation.
Et la marche continue avec les mêmes notations de parties herbues et de parties mal boisées alternant, avec prédominance des premières.
Nous arrivons au marais Litengwé qui est un Ki-Toma-Makoubi en petit; un camp indigène (des chasseurs sans doute, ou des pêcheurs) y montre ses grossiers abris; ce marais Litengwé est le seul point de toute Ja route d'aujourd'hui où stagne le dernier restant des pluies; bientôt ce réservoir sera aussi à sec et, de chez Mirambo aux villages Ki-Tabiké, où nous arriverons aujourdhui, il n'y aura même plus d’eau fangeuse à trouver; et si l'on veut se rapprocher de la Lou-Fira, &’est pour tomber dans des marais impraticables.
Vers la fin de l’étape se montrent plusieurs parties d'herbes déjà brülées.
L'étape s'achève sans que nous ayons rien vu des nombreuses essences qui, dans le bas Congo, s'exploitent soit pour leurs fruits sauvages comestibles, leurs graines huileuses, leurs résines, ete., soit comme matériaux de construction; nous ne retrouvons qu'une seule essence du bas Congo : une légumineuse à feuille bifide, à gousse couleur chocolat. Rien d’exploitable; rien d’ornemental; pas un fruit sauvage; pas une liane.
Décidément, c’est un bien beau pays et de bien belles plaines! Ce pays, ce légendaire et merveilleux Ka-Tanga, ne nous montrera done rien qui ait pu justifier la réputation qui lui a été faite, et surtout surfaite !
Et nous marcherons done chaque jour vers une nouvelle déception!
Il est 13 heures quand nous stoppons aux villages Ki-Tabiké, ayant couvert 93 1/, kilomètres.
Les villages où nous sommes arrivés sont au nombre de deux; le premier compte 38 huttes, le second 49: leurs chefs s'appellent Molékelwa et Koumba-Koumba.
Nous sommes toujours chez des Ba-Lembwés, installés, ceux-ci, sur la rivière Bou-n’kéïa; en vain avonsnous espéré que cette rivière historique nous fournirait une eau abondante, limpide, sapide et digestive. Ici encore nous n'avons qu'une eau détestable; la rivière est à sec (je découvrirai plus tard, dans la suite de notre reconnaissance, que son cours est en partie souterrain); dans des fosses et des creux du lit desséché on puise une eau détestable, trouble et puante. Le chef Koumba-Koumba se charge lui-même d'aller chercher ce qu'on peut trouver de mieux; ce qu'il apporte est tout aussi infect. J’avais compté stopper ici demain toute la journée; le manque d’eau potable me fait renoncer à ce projet; nous verrons à le réaliser à la prochaine rivière, si l’eau y est bonne.
La rivière Bou’n’kéia a ici 8 à 10 mètres de large et 6 mètres d’encaissement; l’eau qu'on y trouve encore stagne, ainsi que je viens de dire, dans des trous et des sortes de réservoirs.
Les villages Ki-Tabiké abondent en cotonniers ; le pied de chaque plant est parsemé de cendres pour en écarter fourmis, termites, ete.; je note aussi l'existence de la luffa cylindrica, vue également chez Mirambo.
En arrivant à l'étape Questiaux a dû se coucher pris de fièvre.
M. De H. à brisé la bougie de l'excellent petit filtre à pompe que M. Questiaux avait mis au service commun; cela diminue la besogne de notre chef d'installation, mais c’est une perte regrettable quand on songe à ce que nous devons employer comme eau potable! Pouah !
Les chefs Molékelwa et Koumba-Koumba offrent à eux deux : 2 énormes corbeilles de poissons fumées, 8 poules, 58 œufs, 11 paniers de farine, à de pommes de terre.
Je dois me contenter de leur remettre à chacun une mokande dont ils viendront me demander le paiement à Lofoï, dans quelques jours ; chaque mokande représente 1 couverture, 1 miroir, 100 grosses perles blanches, 200 grosses perles bleues.
Trop fatigués pour prendre une observation.
Jeudi, 1° juin 1899.
Minima nocturne : %,8. Il n'y a pas de forte rosée ce matin.
Départ à 7 h. 25 m. Même direction de marche qu'hier et avant-hier : sud 10° est.
Nous passons de suite de la rive gauche sur la rive droite de la Bou’n’kéia, dont nous nous éloignons immédiatement par le travers d’une plaine de très hautes herbes, dont le sol est craquelé et recoupé de longues fentes continues; cette région est, à l’évidence, soumise de façon permanente à l’inondation de la saison des pluies; au moment de notre passage nous profitons de l’assèchement momentané de la saison sèche qui est maintenant arrivée; d’après les indications de nos guides nous suivons la lisière de la partie sous eau aux pluies, et même ici on a, en cette saison, de l’eau jusqu'à mi-cuisse. Aussi ce que, pendant les quatre premiers kilomètres, ce sentier est défoncé et pénible, presque impraticable! seuls peuvent s’en rendre compte ceux qui ont effectué ces marches fatigantes.
Un moment nous sortons de cette mer d'herbes pour monter vers un double piton, le « Ka-n’géloungou », vu de loin hier; les herbes se clairsèment un peu; des strychnos se montrent; des bouquets de bois clairsemés mettent un peu de gaieté dans le paysage: des blocs de limonite émergent, et le sol se couvre d’un véritable tapis de paillettes noires brillantes; M. Questiaux ne peut déterminer de suite si c’est du mica ou de la magnétite; pris des échantillons de la roche qui se montre ici et que nous voyons pour la première fois.
Nous voiei au pied du « Ka-n’géloungou », après avoir franchi un ruisselet à sec dont le lit semble venir du pic dont il porte d’ailleurs le nom.
Ce pic ne domine le sentier que d’une cinquantaine de mètres; ce n’est pas énorme, mais au contact de la plaine basse de la Lou-Fira c’est beaucoup; du sentier même on domine la vallée qui donne, d’une façon intense, la sensation d’être un ancien lac, mal
asséché encore, ainsi qu'en fait foi son état mareécageux qui en interdit l'occupation un peu sérieuse aux indigènes; par places cette plaine est entièrement herbue, sans un seul arbre; par places elle paraît boisée.
Dans le nord-est la falaise des Kou-n’déloungou se développe de l'est vers ouest pour venir se briser à la pointe Ki-Lina, au pied de laquelle notre itinéraire actuel avait quitté les Kou-n'déloungou pour se porter vers la Lou- Fira; c’est à la pointe Ki-Lina que la falaise se -replie vers le nord, après avoir formé la profonde indentation de la Ka-Sanga.
Vers le Nord—=Nord-ouest on voit une sorte de «cul de Boma » qui, aux dires des guides, serait le « Ki-Ombo », la percée par où la Lou- Fira passe entre les hauteurs Ki-Ama et Ka-
ERRE Lanbo, dont nous avons parlé le 15 mai.
Photographie de la plaine de la Lou-Fira Michel photographie la plaine basse de la prise au pied du piton Ka-n’géloungou (1899). Lou-Fira; nous la reproduisons ici.
Puis nous reprenons la direction sud; la ligne des hauteurs N’koni est visible; mais bientôt nous redescendons dans la plaine, dont nous étions sortis un instant grâce au glacis formé par le Ka’n'géloungou ; pendant une couple de kilomètres la brousse est faite
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