‹ Mission scientifique du Ka-TangaChapitre 34 sur 47 · AT · texte numérisé non relu

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d'un elairsemé d'arbres peu touflus et de parties d'herbes alternativement hautes et basses; cette brousse me rappelle assez bien celle qui caractérise l’Entre-Nyassa-Tanganika, aux points où la végétation arborescente se caractérise surtout par des arbres à trones grêles, minces, montant droit à 3 et 4 mètres de haut, sans ramification; de temps en temps un bel arbre fait sensation dans cette médiocrité.

Après cette partie mi-boisée revient la plaine marécageuse, herbue; de nouveau le sentier est défonce et mauvais ; voici, à notre gauche, le petit pie Ka-Mikéto, qu'une ondulation de terrain nous avait caché avant notre arrivée à sa hauteur; le sol est gras; il se couvre des mêmes concrétions calcaires que celles rencontrées déjà à diverses reprises; et la marche continue, peu agréable, parfois difficile à cause des trop nombreux points encore marécageux ; notons parmi eux le marais Ka-Niengué avec ses 500 mètres de boue et d’eau fangeuse, par lequel s’amorce la Mhoka (plaine) Ki-Longéro. C’est encore une plaine encombrée de hautes herbes, mais où, heureusement, le nombre des arbres augmente; parmi eux, de beaux borassus.

Encore un f...ichu passage avec sentier défoncé, détestable; des empreintes d’éléphants sont relevées: les hautes herbes redominent.

Au second tiers de l’étape, la vue, vers le sud-ouest, porte sur le pic Ki-Teau; vers le sud et le sud-ouest on a les hauteurs N’koni et Ka-Toka.

L'étape se poursuit, et s'achève, à travers les hautes herbes, et l’on arrive à la rivière Di-Soubwa, dont la rive gauche, déprimée, est agrémentée d’une bande marécageuse, large de 8 à 10 mètres, dont les abords ont été cultivés.

La Di-Soubwa est large de 6 à 8 mètres, encaissée de 5 à 6, avec un filet d’eau assez claire (enfin !}, courant assez marqué sur lit de limonite; une galerie de très beaux arbres l’ornemente superbement.

Sa rive droite est entièrement mise en cultures jusqu'au village Ka-Miba (35 huttes), chef Ki-Abondo, où nous stoppons à 14 h. 20 m., ayant parcouru 26 !/, kilomètres.

Le village est entouré d'une haute palissade, disparaissant entièrement sous une garniture de haricots comestibles. Nous trouvons un charmant coin, bien ombragé de beaux bananiers et surtout d’un arbre colossal de la galerie de la Di-Soubwa; nous passerons ici la journée de demain.

Le chef Ki-Abondo offre : 1 chèvre, 2 poules, 4 paniers de farine, 4 de manioc, et une énorme charge de silures fumées. Les occupants de la vallée inondable de la Lou-Fira profitent chaque année des inondations, et surtout du retrait des eaux, pour prendre des quantités considérables de poissons qui sont mis à fumer, et constituent un des mets favoris du pays; malheureusement pour nous, ce qu'on nous à présenté jusqu'ici est tellement huileux, que nous ne parvenons pas à y prendre goût.

M. de H., malade, se couche sans souper.

Bonne observation astronomique par 14 étoiles.

A 22 heures arrive un courrier de Lofoi, m'apportant de l’encre et deux lettres : l’une de M. Delvaux m'annonçant que le capitaine Verdick est rentré à Lofoi et que lui, Delvaux, ira le remplacer à Ki-Amakélé; l’autre de M. Voss, m'annonçant qu'il exeursionne au sud de Lofoï.

Vendredi, 2 juin 1899.

Minima nocturne : 8°,6.

De bonne heure chacun est à la besogne, sauf M. Questiaux, malade et manquant de moral.

A 8 heures arrive M. Delvaux, se rendant aux grottes de Ki-Amakélé. Il passe avec nous une couple d'heures, que Dardenne consacre à prendre aquarelle d’un chef Ba-Yeck en appareil guerrier (voir la planche en couleurs); 1l s’agit du brave Mokembé qui apporte à nos armes le concours de sa vaillance. Quand il à compris qu'on va l’immortaliser par l’image, il se redresse et se campe fièrement; enveloppé d’étoffes bariolées, couvert de fétiches variés, armé de deux fusils (il a pris le second pour corser l'effet du tableau), d’une lance, d’un couteau, le chef surmonté d’un superbe plumet rouge et noir, Mokembé a vraiment de l'allure; en l’examinant avec intérêt, il me vient à l’idée que certains de nos ornements militaires actuels, vraiment surannés, pourraient bien n'être que des transformations d'anciens fétiches, ces protecteurs de jadis: est-ce que l’épaulette, la crinière des casques, etc., ne sont pas sensés protéger les épaules, la nuque, contre les coups

de sabre ?

Bien que nous ne soyons guère riches en liquides généreux, j'ai le plaisir de pouvoir remettre à Delvaux quatre bouteilles de vin.

De 11 h. 45 m. à 12 h. 35 m., puis de 17 heures à 17 h. 20 m., pris le magnétisme.

Pendant le reste du temps j'arrive à mettre tous les calculs au courant.

Bonne ournée!

Samedi, 3 juin 1899.

Minima nocturne : 10°,6.

1 h. 15 m., départ. Notre route fait ici un coude à 90° pour piquer en droiture dans l’est, le long de jolies collinettes boisées qui forment comme lavant-plan des hauteurs N'Koni.

C'est tout d’abord les collines Ki-Boué, dominant de T5 mètres notre sentier, devenu infiniment plus agréable à fouler que ceux de ces derniers jours; même aux points de grandes herbes on marche plus aisément, parce que le sol n’est plus guère défoncé; les points soumis aux inondations, que nous rencontrerons aujourd'hui, seront moins conséquents.

D'autre part le pays s'habille assez bien de tuillis, de futaie, d’assez beaux arbres et, pendant la première partie de l’étape, de nombreux et superbes borassus de toutes tailles.

À la sortie de Ka-Miba nous avons une partie de cultures assez étendues, dans un sol riche précisément parce que les inondations s’y font sentir; vient ensuite la plaine bordée, à droite du sentier, d’une lisière de bois-taillis ; cette plaine est enrichie de nombreux borassus ainsi que je viens de le dire; vers le kilomètre 2 !/, la lisière boisée cesse, la plaine à borassus s'étendant de chaque côté du sentier et se prolongeant au sud dans une coupure des collinettes; les collines Ki-Boué se replient, en effet, vers le sud, et sont suivies du groupe des collines Ka-Wérounôno.

Les herbes deviennent hautes, annonçant un point inondable, large d'environ 800 pas, où persiste encore, actuellement, sur une centaine de mètres, un lit de boue gluante; des eMorescences salines couvrent le sol aux abords de ce point inondable; du milieu de cette partie basse on distingue vers le nord—nord-est les Kou’n’déloungou, où du moins leur falaise; d’après nos guides et nos capitas le mot « Kou’n’déloungou » voudrait dire « plateau », et ce que nous voyons d'ici, c’est-à-dire la falaise, s'appelle « Mou-Kingué- N’gamba ».

Alternances de bandes herbeuses inondables et de parties de sous-bois, pendant 2 1/, kilomètres, et nous sommes au bord du ruisseau Pômbwa, encaissé de 5 mètres à pic, large de 2 à 5 mètres, avec 20 centimètres d’eau un peu laiteuse à courant peu sensible, allant à la Lou-Fira; une belle galerie borde la Pômbwa; on passe sur un énorme borassus jeté, ou tombé, en travers du ruisseau.

Nous foulons des terrains d’alluvions qui sont ici couverts d’un sous-bois continu; le lit d’un ruisseau à sec recoupe le sentier; jy ramasse des débris de cornaline; lobservation est intéressante, aussi je fais approcher M. Questiaux, qui, étant encore souffrant, doit garder le hamac, mais peut prendre ici les échantillons indispensables ; à coup de pioches des noirs défoncent le terrain où abondent les cailloux roulés, les quartz en cristaux, les quartzites, les débris de cornaline et d’agathe.

Passé ce point le sol se parsème de sable jusqu'au contour du Nzimou-Kéndé. Nzimou veut dire « trou d’eau », « abreuvoir », « élang ».

Ce N’zimou-Kéndé offre une eau assez claire et, naturellement, s’encombre de hautes herbes.

Entre la route et les collines formant l’avant-plan des N’kôni, tout le terrain est maintenant bien boisé; sur le sentier même on traverse de petits bouquets de bois, donnant à la marche une note pittoresque et agréable.

Voici un camp indigène, avec ses huttes du moment, élevé près d’un nzümou déjà à sec; des schistes violets caractérisent ici le sol.

Encore une indentation dans les collines; cette troisième série s'appelle les « Ka-Rengué ». Elle reste boisée comme les deux premières, et à la même hauteur de T5 mètres environ au-dessus du sentier.

A mi-étape nous coupons le ruisseau Ka-n’za-Mirombo, à sec, large de 1 mètre, avec lit de cailloutis de schistes, allant vers la Pômbwa.

Sur la rive droite de ee ruisseau affleure la dolomie, très dure, à surface décomposée, ne montrant plus que la silice presque pure.

À noter aussi ici de grèles bambous d'Inde.

Maintenant les hautes herbes dominent pendant une couple de kilomètres, avec des parties déjà brülées ; puis le sous-bois éparpillé recommence, en même temps que les schistes violets se remontrent.

Et nous arrivons à hauteur d’une nouvelle déchirure dans les collinettes, déchirure dans laquelle prend sa source la rivière Ka-Lindila; les collines prennent ici le nom de Ka-Papiko, et ne changent pas d’allures.

Sur notre gauche, done au nord du sentier, surgit une ligne de pitons bas; le premier s'appelle « Mi-Toungou iabana karéré »; entre le sentier et lui le terrain est boisé; à la droite du sentier c’est la plaine herbeuse, avec parfois un bouquet d'arbres; on approche du ruisseau Ka-Lindila ; des limonites apparaissent : une étroite et longue colline rocheuse prolonge le piton de tantôt; elle se marque par deux pics extrêmes dénommés le « Ka-Niara » et le « Ki-Pwapéwé »; à hauteur du Ka-Niara le sentier prend le contact de la Ka-Lindila; les arbres sont rabougris, les herbes ont déjà été brülées; la Ka-Lindila a son cours marqué par une galerie arborescente où dominent des bambous d'Inde grêles.

A hauteur du pic Ki-Pwapéwé, les collines Ka-Papiko se replient à angle droit dans le sud.

Pour nous nous marchons encore dans l’est, le long de la Ka-Lindila, pendant une couple de kilomètres, et stoppons, pour camper, au bord de cette rivière, à 14 h. 15 m., après une marche de 24 kilomètres.

Au point de campement la Ka-Lindila est large de 4 à 6 mètres, encaissée de 2,50. La rivière est déjà à see par places ne conservant que des réservoirs d’une eau plus où moins claire qu'il faut bien employer telle qu'elle. Ainsi que je lai dit elle a une galerie arborescente.

La route que nous venons de parcourir est beaucoup plus battue que le sentier foulé entre Ka-Langa et Ka-Miba; nous avons fait, à hauteur du pie Ka-Niara, une piquante rencontre, celle de M. et M" Mac-Lacklaen, les deux missionnaires anglais qui se rendent à Nana-Ka’n'doundon, pour y chercher deux fiancés à ramener dans le Ka-Tanga; J'ai conté ceci à l’occasion du passage à Lofoi de M. et M" Mac-Lacklaen, le vendredi T avril dernier.

Pour ceux que la chose intéresserait, je dirai que Me Mac-Lacklaen, l'héroïne de cette peu banale mission, avait une vingtaine d'années et était fort jolie.

Les deux missionnaires sont accompagnés d’une caravane beaucoup trop nombreuse; car à eux se sont joints beaucoup de noirs chargés de sel et de tabac à aller vendre au grand marché de Nana-Ka’n'doundou. Seuls, ces noirs n’oseraient se rendre actuellement aussi loin; mais ils n’ont eu garde de laisser échapper cette occasion d'accompagner des blancs dont la présence sera, espèrent-ils, leur sauvegarde. Seulement les dits blancs se trouveront ennuyés d’être les responsables d’un troupeau dans lequel ils seront incapables de maintenir l’ordre.

Quand, plus tard, nous prendrons à notre four le même chemin, nous apprendrons que cette colonne a causé plusieurs fois du désordre dans les villages traversés.

Conclusion : il ne peut êlre permis au premier venu de cireuler dans ces conditions dans les territoires non encore occupés par les stations gouvernementales.

Bonne observation astronomique par 14 étoiles.

Dimanche, 4 juin 1899.

A 6 heures le thermomètre marque 15,7. Il à venté fortement toute la nuit; le vent se continue dans la matinée; aussi est-il probable que le thermomètre à maxima, qui est suspendu en plein air, n'a pas, aujourd'hui, gardé indication du minima nocturne; le thermomètre étant secoué par le vent, son index en émail a pu suivre la remontée de lalcool.

De 6 h. 50 m. à 7 h. 25 m., nous faisons la déclinaison et l'inclinaison magnétiques: le vent empèche de prendre l'intensité.

Nous pourrons probablement achever cette observation prochainement, quand nous repasserons ici, en route vers le lac Di-Lolo; vu l’état sanitaire de notre prospector j'ai remis également à ce moment-là une prospection plus complète du ruisseau Pômbwa et de ses rives, où nous avons trouvé les débris de cornaline et d’agathe.

A Th. 45 m., nous quittons ce campement; la route continue à piquer dans l’est.

Vers le sud se marquent les collines Ki-Foungou, prolongement en retraite de l'avancée des collines d'hier.

A travers les hautes herbes, par un sentier défoncé indiquant un sol inondable, on gagne de suite la Ka-Lindila; on ne s’en douterait pas si les guides ne l’afirmaient; nous ne sommes, en effet, qu'à moins de 500 mètres du camp où la rivière avait un lit encaissé de 2,50 et nous trouvons ici un lit à fleur de sol, une dépression qui contraste, par son peu de profondeur, avec le lit d’amont; la Ka-Lindila franchie, les herbes deviennent un peu moins denses; bientôt nous touchons à une haie naturelle de petits arbres, que le sentier suit pendant 500 mètres; comme je demande à nos guides qui à ainsi planté cette ligne d'arbres si régulière qui s'éloigne à grande distance en s’écartant du sentier vers le sud-est, ces gens répondent : « le Xi-pango alésa (e’est ainsi qu'ils appellent la ligne d'arbres) à été faite par le Muwési-Moungou »; celui-ci est leur être suprême.

L'itinéraire de ce jour est moins pittoresque et moins agréable que celui d'hier; les hautes herbes prédominent et le sentier, surtout au début de la marche, est souvent défoncé, ce qui rend la marche pénible.

D'autre part le pays n’est plus aussi boisé, bien qu’en quelques points je note des parties de futaie assez haute. :

Pendant le premiers tiers de l'étape des concrétions calcaires, des nodules de limonite, puis des aflleurements de limonite achèvent d'établir la similitude de cette partie avec la région du Ki-Toma-Makoubi; nous sommes dans la plaine basse de la Lou-Fira.

Notre attention est attirée par des blocs de limonite dont les cavités sont incorporées dans certaines termitières ; l’ingénieux termite (on dit aussi termès) se révèle là à nous comme un troglodyte d’un nouveau genre, dont nous signalons l'existence à défaut de ceux que nous n'avons retrouvés ni dans les Kou’n’déloungou ni ailleurs.

Puis le terrain se relève un peu et l’on gagne une sorte de plateau, couvert d'herbes moyennes, de jones et d’arbustes brûlés, d’où est visible la falaise Mou-Kin’gé-n'gamba.

A partir du moment où cette falaise est ainsi devenue visible on sent le terrain descendre en pente douce vers la Lou-Fira; le sentier s’infléchit légèrement sud, se rapprochant constamment de la Lou-Fira; un vague sous-bois, des arbres rabougris, et surtout des herbes (parfois brülées), sont les seules « richesses de la flore » qu'on doive noter; vrai, les essences sont rien moins que variées el je ne parviens pas à trouver quoi que ce soit d’exploitable.

Vers le seizième kilomètre, nous touchons la lisière d’une grande plaine marécageuse, vraie mer d'herbes et de jones qui s'étend du sentier jusqu'à la rivière; la route s'infléchil encore plus au sud pour longer cette plaine, pendant environ 1 ‘/, kilomètre; puis on reprend la direction de l’est pour entrer bientôt au village Nioumba-Môdjia, chef Ka-Wamba, au sortir duquel, après une dérnière bande de hautes herbes avec quelques cultures, nous sommes devant la Lou-Fira, large ici de 25 à 30 mètres, encaissée de 8, roulant une eau trouble, à courant marqué.

Quatre canots nous attendent, dont deux assez grands; ils sont informes et ne rappellent nullement les belles et élégantes pirogues du Congo central; il faut dire que les rivières du sud de l’État ne se prêtent qu'à une navigation tout à fait réduite, et que, parfois, les pirogues ne servent que pour la traversée des rivières.

Les pagaies sont à larges et courtes palettes, qui forment presque des disques.

Ainsi, en ces parages, la Lou-Fira est navigable depuis la Moéna, qui est à deux heures de marche en amont, jusque près des chutes Ki-Oubo; mais les indigènes n’emploient guère ce chemin qui marche : il fait trop de détours et, surtout à la saison des pluies, on ne trouve plus guère moyen d'aborder pour camper.

Je surveille la traversée des caisses d'instruments, puis commets M. De H. à la surveillance du reste du passage.

Sur la rive droite les éternelles hautes herbes se dressent orguecilleusement, et aussi de grands arbres le

long de la rivière.

Un peu en aval du point de passage, la Lou-Fira reçoit le Péta-Péta, ruisseau actuellement à sec, dont le lit a 5 à 4 mètres de large et 1 à 2 mètres d’encaissement.

Le sentier s'engage dans de grandes cultures s'étendant sur les deux bords d’une dépression appelée Ka-Bouro, dépression qui s'étale en une sorte d’étang sur la rive de la Lou-Fira; nous longeons cet étang, à l'extrémité duquel nous devons franchir une bande marécageuse où il ÿ a en ce moment 20 centimètres d’eau; depuis que nous avons lraversé la Lou-Fira nous la remontons à travers des cultures ininterrompues; encore un ruisseau, le Zambi, large de 2 à 3 mètres, avec 10 à 30 centimètres d’eau trouble, courante, que nous traversons au point où il tombe dans la Lou-Fira, et nous sommes dans la grosse agglomération de Toupissia, chef Mokandé-Bantou.

Il est 14 h. 30 m.; nous avons couvert 24 kilomètres.

Mokandé-Bantou est un des fils de feu Msiri, de légendaire mémoire; j'ai déjà parlé de ce chef à la date du 50 avril dernier, en me réserçant de donner plus tard des détails à son sujet.

Ainsi que le montre une photographie prise de lui, nous nous trouvions devant un jeune homme bien découplé, de figure intelligente et avenante; après le drame de Bou’n’Kéia (expédition Stairs) où M'siri et le capitaine Bodson trouvèrent la mort, les Européens partagèrent l'autorité de Msiri entre ses deux fils principaux; l’un — que nous verrons plus tard, en allant au Di-Lolo — demeure sur la rivière Bou’n’Kéia, près de la résidence de son père; l’autre vint s'établir à Toupissia et devint rapidement le favori des blancs, grâce à quoi il acquit une importance marquée sur son frère; au reste Mokandé-Bantou prit goût au contact des Européens et ceux-ci n'eurent aucune difliculté à tirer de lui aide et parti; Mokandé-Bantou adore s'habiller à l’européenne et, la photographie que nous primes de lui en fait foi, il n’a nullement l’allure trop souvent grotesque du nègre qui suit la mode ou qui se couvre de défroques carna-

Te chef valesques.

Mokandé-Bantou. Une histoire de Msiri a été établie, à laquelle je me garderai prudemment de faire des emprunts, aucune espèce de garantie n’entourant les récits recueillis soit de la bouche des

indigènes, soit de la bouche des missionnaires qui furent longtemps prisonniers de ce chef.

Quoi qu'il en soit de cette histoire, qui fut exagérée et exploitée, nous trouvons à Toupissia une agglomération de 600 huttes, la plupart du type circulaire du pays et un assez bon nombre offrant le type des constructions arabes. .

C’est dans l’une de ces dernières que nous nous installons pour la nuit.

Dès notre arrivée on nous apporte un grand bol de lait, auquel nous faisons honneur malgré une saveur particulière, plutôt désagréable.

Ce lait provient du troupeau de la station de Lofoi, qui est en pension ici; il parait qu'à Lofot il faudrait craindre de nombreux décès et les attaques mortelles de la mouche tsétsé.

En ce qui concerne cette dernière j'établirai au cours de notre reconnaissance que, dans les territoires de l’État indépendant, son action préten-

dument mortelle n'a jamais été scientifiquement

constatée; bien au contraire nous verrons la fsétsé partout, et nous verrons en méme temps des trou- Coin du village Toupissia (juin 1899). peaux bien portants.

Le fait, pour Lofoi, de n’avoir pas son troupeau sous la main, met la station dans un état d'infériorité flagrante pour nous qui nous souvenons de Moliro où le lait excellent, le beurre frais exquis et le fromage appétissant paraissaient aux trois repas.

Yo

J'ai installé ma table dans un grand pan d'ombre de notre maison de ce jour, et je me hâte à la mise au net de l'itinéraire : Michel détermine le méridien approché, par la déclinaison que je lui fournis. Maisnos hôtes entendent nous prouver sans retard leur joie de nous héberger ; il nous faut recevoir leurs F hommages: une photographie documentaire donnera l’idée de tout ce que de nombreux offrants nous présentent; car ce ne sont pas seulement le chef et ses ministres, mais encore des femmes, des enfants, qui y vont de leur cadeau de bienvenue; devant nous s'accumulent :

9 chèvres; 2 poules; 28 œufs; IT paniers farine; | panier mais ; l panier arachides ; S pots de pombé.

Et, comme les cadeaux continuent à arriver, je cesse d'en tenir note, faute de temps; voilà done bon souper et bon logis assurés, même le reste

est mis à notre disposition en la personne de

quelques « saphos noires » qui se présentent en grande toilette; pour la circonstance elles ont sorti de leurs écrins leurs plus gros coquillages, leurs plus pesants colliers de perles; peines perdues ! nous ne les prenons qu’en photographie.

Seule une femme a du succès, mais là un franc suecès : c’est une fabricante de pombé, réputée et connue au loin, qui nous à préparé quelques jarres d’un «tokwa » vraiment réussi, dont nous avalons de longues rasades.

Nous serions tout à fait contents si les gros et beaux fruits qui couvrent de nombreux papayers étaient mürs au lieu d’être encore verts !

Consolons-nous en prenant une bonne observation par 15 étoiles.

Lundi, 5 juin 1899.

Minima nocturne : 10°,6.

De 6h. 55 m. à 7 h. 50 m., nous prenons la déclinaison et Pinclinaison magnétiques; le vent empêche de prendre l’intensité.

A 8 h.5 m., nous nous mettons en route pour pousser jusqu'au Lou-Kafou, au point choisi par M. Verdick pour remplacer Lofoi. Le sentier court entre la Lou-Fira et la falaise des « Kou-n’déloungou »; direction générale de marche : sud-est; le cours de la Lou-Fira est ici neltement méridien; il est marqué par une galerie arborescente; la falaise est distante de quelques kilomètres.

Au sortir de Toupissia on franchit la rivière Ka-M'pemba, large de 8 à 10 mètres, encaissée de 4 à 5 dans les schistes rouges, avec 20 centimètres d’eau claire à courant sensible; un pont convenable est jeté sur la rivière; des cullures se développent sur sa rive gauche, suivies de hautes herbes, puis d'une nouvelle étendue de cultures avee les villages Ma-Kassara (chef Mossoméka) et Ki-Louvoula (chef Talassia); le premier de ces villages est enclos d'une haie d’euphorbes; entre les deux villages est le petit nzimou (étang) Kapongôdia.

Un peu avant d’être à hauteur des villages, on distingue au delà de la Lou-Fira les hauteurs Ka-Foubwé.

A la fin du troisième kilomètre la route — élargie jusque-là à S mètres environ — se bifurque; l’embranchement de droite va à la mission protestante de la Moéna; celui de gauche est celui de la nouvelle station.

De Toupissia à la bifurcation, tout le terrain est craquelé, fendillé, crevassé, défoncé, ce qui indique des parties inondées en permanence aux pluies; par places, cfflorescences salines blanchätres ayant le goût du nitre.

À peine avons-nous dépassé la bifurcation qu’il nous arrive une istoire de serpents.

Brusquement les guides signalent nioka! nioka! (serpent! serpent!) C'est un mamba noir {cobra, serpent cracheur de 2 mètres de long, qui paressait au bon soleil et qui, éveillé à notre passage, se glisse vers les herbes et bientôt s'engage dans un trou propice; malheureusement pour lui deux de nos soldats ont le temps de le happer par la queue, et nous assistons à une capture au moins originale; les deux hommes tirent, la bête résiste, coincée dans le trou en zigzag et n’ayant aucune envie de faire tête à queue pour venir voir ce qui se passe sur ses derrières! Et dire que l’on a fait à ce brave animal une pareille réputation !

Ne parvenant pas à l’extraire, nos gens traversent l’animal d’un coup de couteau et, par la boutonnière ainsi ouverte, poussent une cordelette qu'ils attachent ensuite à une solide branche fichée en terre et inclinée de force vers la ficelle; rendue à elle-même, la branche se redresse et tend la cordelette, empéchant la bête de se mouvoir vers l'avant. Alors, à coups de machette, les soldats attaquent le sol, de manière à l'ouvrir le long du corps du reptile pour le dégager malgré lui; le trou est en zigzag, de sorte que l'animal v est replié sur lui-même; aussi nos gens guettent-ils l'apparition de la tête, et brusquement ils bondissent en arrière, criant mayi! mayi! (le venin! le venin!

Ce mot mayi veut aussi dire eau.

La bête avait effectivement lancé son venin. Puis elle a trouvé moyen de retirer son avant-train — si on peut dire! — sous terre, et le travail des machettes recommence; un troisième noir s'est approché muni d’une longue gaule et, chaque fois que la tête se dresse et crache, il essaie de l’écraser d’un coup toujours maladroitement asséné.

Toutefois l'animal est condamné car, après quelques jets de venin défensif, sa provision est épuiste et les hommes ne le craignent plus; ils finissent par le déterrer tout à fait, ce qui nous fournit une belle pièce pour nos collections.

La marche est reprise, la route courant maintenant en un sous-bois clairsemé avec herbes basses et moyennés; assez bien de termitières, les unes basses, les autres hautes; celles-ci fortement habillées de végétation; quelques euphorbes candélabres; pas un seul arbre de belle venue ni une seule essence de charpente ou de menuiserie; pas de lianes; ni fleurs, ni fruits sauvages en ce moment.

Comme faune nous relevons quelques laisses d’antilope, et une fois des laisses de fauves; de nombreuses mouches mettent à nos oreilles leur bourdonnement désagréable.

Par places le sol montre des traces de sable rougeûtre; d’une façon quasi continue le terrain reste craquelé, fendillé, crevassé et défoncé, donc inondable pendant le deuxième tiers de l'étape comme pendant le premier; les guides disent qu'aux pluies le sol se couvre de 10 centimètres d’eau.

Le second tiers de la route, ainsi soumis à l’inondation, se termine à une bande herbeuse appelée « M'boka (plaine) n’Kongolo » qui, en saison des pluies, forme le principal lit d'écoulement des eaux vers le Lou-Kafou ; on y aurait alors de l’eau jusqu’à mi-cuisse, voire plus haut.

La bande n’Kongolo franchie, notre sentier tourne presque à angle droit pour marcher vers la falaise: des cultures avec, sur notre droite, le village Pa-guipin’go; de nouveau des hautes herbes; un court passage en sous-bois où abondent les mouches; le village Lou-Kafou, en deux groupes à droite du sentier, groupes ayant pour chef Kilé et Moloani; et nous voici à l’orée d’une large avenue rectiligne dépendant de la nouvelle station; la route, jusqu’au commencement de celte avenue, avait été ravissante pour le seul fait qu'en l'élargissant à 2"50, on n'avait pas abattu les arbres ombreux qui en font le charme; en n’exigeant pas la rectilignité — trop souvent une laideur d’ailleurs — ceux qui avaient désherbé cette route de 2"50 avaient évité d’inutiles coupes d'arbres; à cette adorable route serpentante succède brusquement la conception belge de ce que doit être une belle avenue africaine; c’est-à-dire une bande large de 10 mètres que l’on rase de facon absolue, quitte à y mettre de chaque côté quelques pousses d'arbres en place de ceux qu'on à jetés bas parce qu'ils manquaient dalignement et n’obéissaient pas à la loi des intervalles réguliers; comme, en place des arbres ombreux, on met alors généralement — par désir d'aller vite — des faux-cotonniers, des lilas de Perse (en réalité jasmins du Cap), ete , c’est-à-dire des essences fournissant des arbres étriqués, rogneux et vieux avant l’âge, on comprend quelle impression désagréable on éprouve quand, sortant d'un sous-bois

he

clair et gai, on se trouve en plein soleil sur un sol soigneusement rasé faisant le plein jeu de la réverbération.

Dans ce pays d'Afrique, l'ombre est une richesse; le Belge en fait fi avee une désinvolture déplorable ; il suflit d'observer comment le hasard seul lui fait, une fois sur dix à peine, orienter convenablement ses maisons.

Quoi qu'il en soit, la grande avenue dénudée — que deux bordures d’ignias fleuris essaient en vain d'égayer — franchit une dépression de 2",50 formant, aux pluies, un lit d'écoulement des eaux vers le Lou- Kafou ; cette dépression est naturellement encombrée de hautes herbes; vient bientôt ensuite le Lou-Kafou, jolie rivière large de 4 à 10 mètres, avec 20 centimètres d’eau très claire et appétissante, courant vivement sur lit de cailloutis de grès et de schistes, sous une superbe galerie de beaux arbres: un pont provisoire forme l’entrée de la nouvelle station où nous trouvons M. Cerckell, que nous imaginions avoir repris le chemin du Tanganika.

Il est 10 h. 45 m.; l'étape est de 11 kilomètres; cest la première que, depuis le départ de Lofoï, nous ayons faite complètement à pied see.

M. Cerckell est ici pour quelques jours seulement, afin de diriger un peu le travail des briquetiers, des charpentiers, des défricheurs, ete.

Une couple de maisons provisoires en torchis ont été élevées, destinées à être remplacées plus tard par de belles maisons en briques cuites; un plan de voirie à été tracé et jalonné par des lignes de jeunes arbres et de fleurs; le tout est situé sur la rive gauche du Lou-Kafou, dans Pintérieur d'un coude que fait ici cette jolie rivière; sur la rive droite on trouve la briqueterie et de vastes champs de culture (riz, blé, pommes de terre d'Europe, ete.).

Mais je visiterai la station plus en détail lorsque le journal de route aura été mis au courant, et l’observalion de ce soir préparée.

C'est à cette besogne que je me mets.

Reçu aussi les hommages de plusieurs voisins qui offrent, au total : 1 chèvre, 1 mouton, 4 paniers de farine, 1 de haricots, 2 de patates et 1 jarre de pombé tokwa.

Dans l’après-midi j'effectue une promenade dans le poste, et de ce que je vois comme de ce que j'entends, résulte la note suivante que je rédige pour envoi au gouvernement.

Note sur l'emplacement de la station du Lou-Kafou.

Dans une note accompagnant mon rapport n° 18, en date du 2? mai dernier, je signalais les déplorables conditions qui caractérisent la station de Lofoï, laquelle n’a que des désavantages du chef de son emplacement. Quel que soit le point où l’on porterait le chef-lieu de la zone Ka-Tanga, on réaliserait toujours une amélioration.

Le point nouveau choisi par M. Verdick est pittoresque et offre — au point de vue de l'habitabilité — des avantages certains : excellente eau limpide, dégringolant des Kou'n'déloungou, el courant sur un lit de schistes en Gailloutis; bon terrain pour jardins et cultures restreintes, c’est-à-dire telles qu'elles puissent suflire au personnel noir de la station: belle galerie de grands arbres le long du Lou-Kafou, pouvant — si on a le soin et le goût de la conserver — donner à la station un excellent ombrage; possibilité de trouver en quantité suflisante des blocs de roche pour le soubassement des constructions, voire pour l'entière édification des magasins, en place des briques, dont nous continuons à ne pas voir les avantages suffisants pour justifier la dépense et le temps qu'exige leur fabrication, quand la brique ne s'accompagne pas de la charpente, des tuiles, et des carreaux ou du plancher dont l’ensemble seul donnerait enfin des constructions qui seraient dignes de ce nom pompeux : « constructions européennes ». Sous ce nom fallacieux on a élevé jusqu'ici surtout les « constructions africaines ».

Les bois de charpente et de menuiserie paraissent faire presque complètement défaut au voisinage de Lou- Kafou comme, d’ailleurs, dans toute la région que nous venons de reconnaître : à part les arbres formant la galerie du Lou-Kafou — et que tout empêche d’abattre — le sous-bois proche de la nouvelle station ne renferme pas un arbre convenable. Il est vrai que lon à déjà malheureusement mis bas, à l'emplacement

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