‹ Mission scientifique du Ka-TangaChapitre 35 sur 47 · AND · texte numérisé non relu

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choisi, assez bien de beaux arbres dont la conservation eut été un charme du poste; les troncs ainsi jetés bas me paraissent devoir suflire aux besoins fort réduits (pour longtemps encore) du chef-lieu du Ka-Tanga: il faut noter que les planches déjà fabriquées se fendaient et que leur bois parait de qualité inférieure.

Je ne dois pas négliger de mentionner que le pays avoisinant la nouvelle station est sous eau aux pluies.

Au point de vue politique, il ne me semble pas avantageux d'aller se claquemurer presque dans un repli des Koun'déloungou; il vaudrait mieux, à mon sens, s'installer franchement en un centre important de population, sur la Lou-Fira même; toutefois, le poste de Lou-Kafou commandera, beaucoup plus directement que celui de Lofoi, les Ba-Yecks relevant de Mokandé-Bantou.

D'autre part, c’est entre le Lou-Kafou et la Moéna, à un kilomètre environ de la Lou-Fira (qui offre là des rapides) que se trouve la mission protestante; ce voisinage soustraira, bon gré mal gré, à l’action du poste, les populations du chef Li-Koukou, ou, du moins, réduira notablement cette action.

La falaise des Kou’n'déloungou semble dominer le Lou-Kafou d'environ 400 mètres: vers le sud la plaine de la Lou-Fira se relève jusqu'au pied des hauteurs N’koni.

Si l'emplacement du nouveau poste avait été choisi soit au bord de la falaise, soit plus au sud sur les N’koni, on se serait mis dans des conditions éminemment intéressantes pour étudier expérimentalement le problème du peuplement possible des parties de haute altitude du Ka-Tanga. On sait l'intérêt qui s'attache à cette question toujours ouverte.

De plus, en se portant suflisamment dans le sud, on aurait mieux pris contact des salines de Mo-Achia et des mines de cuivre.

Or, en installant en ces points quelques ménages noirs salariés par l'État, le poste pourrait avantageusement supprimer l’impôt de sel à fournir par le chef Mo-Achia, et faire lui-même l'exploitation dans des

conditions très rémunératrices, car le sel est demandé jusque sur le Tanganika, tant par l’indigène que par les Européens, comme article à la fois de consommation et d'échange.

Outre l'exploitation des salines, pourrait se faire celle du cuivre, au profit de l'État; ce serait un nouveau produit d'échange de bonne valeur dans le pays, car il paraît très possible de diriger la réduction du minerai de cuivre d’une façon plus rémunératrice que celle suivie par les indigènes.

Je signalerai enfin qu'il n’y a à exploiter ici ni caoutchouc, ni ivoire ; en exploitant le sel et le cuivre, et en faisant de grands champs de tabac — troisième bon produit d'échange — un chef intelligent et actif pourrait arriver à des résultats aussi surprenants que neufs.

Le but à atteindre ainsi se concilierait parfaitement, et aisément, avec l'étude expérimentale des parties élevées au point de vue du peuplement européen.

De 16 h. 40 m. à 17 h. 25 m., détermination de linelinaison et de l'intensité magnétiques 3onne observation complète par [1 étoiles

Mardi, 6 juin 1899.

Minima nocturne : 400,5.

De 7 h. à 7 h. 15 m., déterminé la déclinaison. Village Toupissia : femme confectionnant Michel est pris de fortes migraines; M. De H. est fiévreux. de la poterie.

A Th. 45 m., nous quittons le Lou-Kafou pour aller coucher à Toupissia où nous arrivons à 9 h. 35 m. Nos appartements d’avant-hier ont été tenus à notre disposition. Dans l’après-midi arrivent des hommes de Lofoi; M. Verdick m'envoie une lettre de notre géologue M. Voss, qui se trouve vers les salines de Mo-Achia; M. Voss demande des vivres, du pain, des pommes de terre, de la lecture.

Comme cette lettre de M. Voss indique qu'il ne songe pas à rentrer à Lofoï, alors que nous allons devoir préparer notre excursion vers l’ouest jusqu'au Kassaï, je lui écris de regagner Lofoï au reçu de ma lettre; je puis lui envoyer du miel et du riz; s’il manque de conserves il n’en sera que plus pressé de rentrer.

De 16 h. 40 m. à 17 h. 10 m , nous prenons l'intensité horizontale.

A 19 h. 45 m., brusquement, la pluie tombe à larges gouttes pendant deux minutes, puis continue légère pendant cinq à six minutes; le ciel est complètement couvert de nuages d'encre très bas, puis il séclaircit un peu.

Mercredi, 7 juin 1899.

Minima de la nuit : 12,5.

Pendant la nuit Dardenne et Michel ont été pris de coliques; Questiaux va bien; M. De H. va mieux; pour moi, depuis plus d’un mois je me porte à merveille.

A Th. 10 m., départ. Direction générale de marche : nord 5° Ouest.

Au sortir de Toupissia on prend une route dont la largeur, d'abord de S mètres, puis de 6, ne descend pas à moins de 3 mètres.

Comme toujours la sortie du village est marquée par de vastes cultures, s'étendant jusqu'au ruisseau Sambé, large de 2,50, encaissé de 3, avec 15 centimètres d'eau limpide courant sur un lit de schistes en cailloutis.

Les deux rives de ce ruisseau sont soumises aux inondations sur quelque 400 mètres chacune.

La route court parallèlement à la falaise des Kou’n’deloungou; à sa gauche, la Lou-Fira invisible. Voici un embranchement de sentier menant au village du chef Ka-Wénéssa, proche de la rivière; jusqu'ici nous n'avions eu que de hautes herbes; elles font maintenant un peu de place à des bouquets de sous-bois, et à des parties d'herbes basses là où affleurent des blocs de limonite.

Nouveau sentier perpendiculaire à notre grand’route et conduisant au village Ka-Mo’n'wé, chefs Ki-Pouli et Samba, entre la route et la Lou-Fira.

Cultures, grandes herbes et dépression inondable dénommée m'boka ka-mo’n'wa, à écoulement vers la Lou- Fira; d’après nos guides, aux pluies on à ici de l’eau jusqu'aux hanches.

Pendant 2 t/, kilomètres le pays se montre comme étant soumis aux inondations; par une bande de terrain fortement défoncé nous arrivons au ruisseau Ki-Foumba, large de 2",50 à 4 mètres, encaissé de 2, avec 30 centimètres d’eau courante, assez claire; aux pluies ce ruisseau déborde et les eaux d’inondations restent stagnantes ; sur la rive droite du Ki-Loumba est le village Ki-Sa, dont le chef est une femme, la bonne vieille Ki-Pouna, dépendant de Mokandé-Bantou.

Ki-Sa compte une soixantaine de huttes; c’est ici que séjournèrent assez longtemps les premières expéditions belges au Ka-Tanga.

Après avoir serré la main à la bonne Ki-Pouna, qui, quoique malade, guettait notre passage pour nous saluer, nous continuons notre route; tout le voisinage est soumis aux inondations, se couvrant — disent les guides — de 30 à 40 centimètres d’eau aux pluies; et nous voici au m'boka Ka-Pini, lit d'écoulement des pluies vers la Lou-Fira, actuellement seulement boueux, et entretenu en cet état par de faibles sources incapables de créer un ruisselet convenable.

Nous sommes un peu plus qu'à mi-étape: la route n’est qu'à environ 2 {/, à 3 kilomètres des hauteurs; celles-ci semblent nous dominer de quelque 300 à 350 mètres, ce chiffre se rapportant, bien entendu, au seul bord de la falaise; une série de pitons forment des saillants dénommés Ka-Pini, Ka-Lamba, Ki-Ombwé, Ki-Abocha.

Et toujours le sol que nous foulons garde les marques des inondations; parfois le terrain est encore boueux et, à hauteur du piton Ka-Lamba, nous avons un méchant passage de 300 à 400 mètres de boue gluante; le sentier suit ici un moment le lit du ruisseau Ka-Lamba, dont les sources sont vers le pied du piton de mème nom; dans quelque temps ces sources se tariront jusqu'aux pluies nouvelles; le lit du ruisseau, à fleur de sol, s’asséchera Jusqu'au même moment.

Vient ensuite une partie de sous-bois où abondent de méchants acacias et mimosas assez nombreux: les herbes sont alternativement hautes et moyennes.

A hauteur du piton Ki-Ombwé la vue, vers l’ouest, porte sur les collines Ka-Lengwé.

Et l’on arrive au ruisseau Mpondwa, à hauteur du piton Ki-Abocha; le Mpondwa est large de 6 à S mètres, encaissé de 1 mètre, et son lit est parsemé de flaques boucuses stagnantes.

Naturellement abords inondables, hautes herbes, arbres clairsemés, c’est-à-dire la caractéristique invariable de la Journée.

Encore une couple de kilomètres et des cultures, où se montrent des ricins en buissons atteignant 6 mètres de hauteur, annoncent le village où nous allons loger.

Il reste à traverser encore le ruisseau Ka-Loundwé, large de 2 à 4 mètres, encaissé de 3 à 5, avec 50 centimètres d’eau trouble, s’écoulant vers la Lou-Fira.

De très hautes herbes en bordent la rive droite, suivies de cultures et enfin du village Ka-Panda, chef Moéména (80 huttes).

Il est 11 h. 55 m.; nous avons couvert 18 !/, kilomètres.

La marche à été facile, d'autant que la route est horizontale, mais le sol garde les marques quasi continues de l’inondation annuelle; aux pluies cette route doit être détestable; on se souvient que M. Delvaux, venu au Lou-Kafou il y a un mois et demi, est rentré à Lofoï pestant contre la route qu'il avait trouvée sous cau presque tout du long; aussi était-il rentré avec la fièvre.

La courte pluie d'hier a laissé des traces sur tout le trajet accompli aujourd'hui.

D'autre part je dois noter les toujours mêmes errements dans le désherbage de la route : trop de largeur tout à fait inutile, et surtout abatage d'arbres.

1%,50 à 2 mètres au maximum serait une largeur amplement suflisante; donner le double, et souvent le triple, a comme inconvénient d'exiger du noir un travail inutile — ce dont il se rend très bien compte — deux ou trois fois plus long qu'il ne serait nécessaire, et qui le rebute. Au nord du Moéro des villages se sont déplacés parce qu'on leur demandait le désherbement et l'entretien de routes trois fois trop larges.

Étant moins larges, il crève l’entendement que les routes — d’abord établies plus rapidement — seraient aussi entretenues de meilleure volonté; et peut-être l'exemple serait-il imité spontanément en dehors des abords des stations et de Paction immédiate des Européens.

Surtout pourquoi abattre les arbres? Est-ce assez regrettable? Supprimer Pombrage salutaire, le charme si prenant de la route ainsi habillée, pour faire une horrible avenue droite et chauve! Serait-ce — ainsi que je

l'ai entendu dire — en vue des futurs (oh combien !), des futurs charrois? Alors il fallait enlever les souches qui, conservées à 30 et 40 centimètres hors de terre, font que le créateur de la route n’a pas même réalisé le but de permettre de marcher en ligne droite.

Quelle aberration! Quelle incompréhension des travaux utiles et définitifs!

Signalons dans l'étape de ce jour un peu plus de manifestations de la vie animale : assez bien d'oiseaux et, grâce au désherbement, on à vu de temps en temps un petit quadrupède traversant la route.

Ka-Panda est, parmi les villages vus à ce jour, un des rares qui puisse être qualifié de propre et joliment pittoresque; il s’y trouve de bonnes maisons où nous nous installons, et une belle place — chose rare et précieuse — superbement ombragée par d'énormes ficus à étoffes, si grands et si ramifiés qu’ils contrastent, à leur avantage et au nôtre, avec tout ce que nous avons vu précédemment comme représentants de cette essence, Afin de mettre tout le travail au courant, avant de rentrer à Lofoï, nous logerons ici demain.

Un peu de repos est d’ailleurs nécessaire à tout mon monde.

En cours de route M. De H., éprouvant de fortes douleurs d’entrailles, à pris les devants en hamac pour se coucher au plus tôt; Michel et Dardenne ont d'assez forts flux de ventre; je suis également quelque peu inquiété de ce côté; seul Questiaux est indemne.

Il est bien évident qu'une cause commune provoque cet ennui qui affecte brusquement quatre de nous sur Cinq.

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Ce n’est pas le pombé, car je n’en ai pas bu et Questiaux y a fait honneur; ce n’est pas l'usage d’un tabac commun non plus; serait-ce le lait qu'on nous a apporté à Toupissia? Alors pourquoi le même inconvénient ne se serait-il pas présenté les deux jours précédents?

Reste l’eau. Malgré mes recommandations, on va souvent la puiser aux ntimous d'eau stagnante, alors qu'un ruisseau d’eau courante passe à proximité du campement! Peut-être est-ce là la cause cherche?

Cinq chefs Ba-Yecks offrent leurs hommages, savoir : 3 chèvres; 17 poules; 20 œufs ; | panier poisson fumé; 99 paniers de farine; 15 pots de pombé.

Grande distribution à notre caravane, partagée entre la joie de voir se terminer l’excursion et le regret des repas gratuits et abondants.

De 17 h. 45 m. à 18 h. 5 m., nous fixons l’intensité horizontale.

A la soirée tombante Dardenne gagne sa couchette sans attendre le repas du soir; après ce repas, Michel et moi faisons le point; le ciel est couvert; toutefois, avec de la patience, nous parvenons à prendre une observation complète par 12 étoiles dont le pointé demande 1 1/, heure.

Jeudi, 8 juin 1899.

Minima nocturne : 10°,5.

Après le déjeuner Questiaux s’en va en reconnaissance de prospection vers les Kou-n'déloungou: Dardenne cherche des documents picturaux et a la bonne fortune de porter ses pas vers le cimetière du village; c’est, à la lisière de l’agglomération, un enclos circulaire de T à 8 mètres de diamètre, fermé par une haie d’euphorbes ; une hutte abrite une tombe importante; de légères éminences, quelques-unes défoncées, marquent les places de tombes ; le peu d'espace de cet enclos permet de penser qu'on n’y enterre que des gens importants, ou bien il y à d’autres enclos de l'espèce. (Voir la planche en couleurs.

Je note aussi que le village Ki-Panda à de petites maisons des esprits.

De 8 h. 20 m. à 9 h. 20 m., pris la déclinaison et l’inclinaison magnétiques; ensuite Michel élève une butte en terre au point de station; pour moi je me mets à ma table de travail et je termine tous les calculs.

M. De H. doit rester couché toute la journée.

En rentrant M. Questiaux me dit qu'il n’a pu trouver moyen d'arriver jusqu'au sommet de la falaise.

Pour la partie des Kou-n'déloungou vue jusqu'ici, par nous, il ne semble pas que la communication entre leur plateau et la plaine de la Lou-Fira soit des plus facile.

Le point où dégringole le sentier par lequel, venant du sud du Moéro, nous sommes arrivés à Lofoï-Station, est détestable; par la pluie il n’est pas praticable et on ne le descend guère sans se mettre une ou deux fois par terre autrement qu'à plat ventre.

Dans la reconnaissance que nous suivons actuellement, nous avons longé le pied des hauteurs, et n'avons rencontré que des parois inaccessibles presque partout à cause de la muraille à pie de 10, 15 et 20 mètres de hauteur, et plus, que forment les grès rouges supérieurs.

D'après renseignements recueillis auprès de M. Cerckell, il v aurait, près du village du chef Ki-Moungvwé, au point de chute de la Ka-Sanga, un sentier, vrai casse-cou montant en hélice à un moment donné, et très dangereux.

A Lou-n’Koubé — le S mai dernier — M. Questiaux est arrivé assez facilement au sommet des hauteurs, grace à la pente relativement douce d’un éperon du pie Tandabara.

Au village N’gabila M Questiaux a remonté le lit de la rivière, mais sans arriver Jusqu'au plateau; il pense que l'accès serait très difficile par ce chemin.

Au village Ki-a’n'Koméno — le 2% mai — M. Questiaux à grimpé vers le sommet du pic qui donne son

nom au village, et s’est trouvé arrêté par la paroi verticale des grès qui constituent la couronne de Ja falaise délimitant la dépression dans laquelle la Lou-Fira tombe aux chutes Ki-Oubo

Enfin, à Lou-Kafou, existe un sentier d'accès vers les hauteurs, sentier que M, Verdick me déclarera être peu facile.

Que je dise de suite ici que, lorsque nous suivrons, l’an prochain, la falaise occidentale des Kou-n'déloungou sur notre route de retour, nous constaterons, pour les autres parties de cette falaise (que nous verrons seulement alors) les mêmes difiicultés d'accès.

Par contraste nous avions eu un accès beaucoup plus facile de la plaine sud du Moéro et du Lou-Apoula vers le plateau des Kou-n’déloungou.

Vendredi, 9 juin 1899.

Minima de la nuit : 12°.

Th. 10 m., départ. On marche presque en droiture sur le pic Bodson, nettement visible.

Mêmes observations qu'hier : parties d'herbes avec arbres rabougris et rares où le feu a parfois déjà passé, bandes inondables gardant les traces des pluies, alternent de façon régulière; deux ruisseaux à sec, le Ka-Mabôko, large de 10 à 12 mètres, et le Ka-N’sounounou, large de 2",50, forment dans les schistes des dépressions profondes de 75 centimètres; test ensuite un sous-bois d'arbres assez hauts avec grandes herbes, puis de nouvelles rigoles, larges de 8 à 10 mètres, profondes de 60 centimètres, dans les schistes: et l’on arrive au ruisseau Ki-Loulwé,à sec, au delà duquel le sentier se bifurque : l’embranchement de droite file vers le village du chef Moléka; l’autre, que nous suivons, grimpe légèrement pour traverser un col étroit dans un éperon allongé, nommé Ki-N'goulé, que la falaise projette vers l’ouest; on foule ici aux pieds des schistes violets-rouges très micacés.

A la sortie de ce petit col on entre dans lindentation du Lofoï; nous laissons à gauche un embranchement du sentier menant chez le chef Ka-Tamanga; puis, quittant le sol parsemé de débris schisteux, nous arrivons sur une argile jaune, propice aux termitières qui se montrent petites mais nombreuses; nous sommes dans une plaine herbeuse où le feu à déjà passé; arbres grèles, rabougris, assez nombreux; plusieurs points gardent toujours la marque de la dernière inondation, et voici de grandes cultures s'étendant sur les deux rives du ruisseau Ka-Afwa, large de 8 mètres, encaissé de 3, lit de roseaux, filet d’eau sans courant; on passe sur un mauvais pont.

Encore un gros kilomètre à travers cultures et hautes herbes, et nous sommes au pont du Lofoï:; il est 8 heures. Pendant 40 minutes, il faut régulariser le passage, sous peine de voir la colonne trop pressée charger le pont à le faire crouler.

Le capitaine Verdick s’est porté à notre rencontre; je puis ici fermer le carnet d’iinéraires et écouter les intéressantes nouvelles qu'il me donne de Ki-Amakélé.

A 10 h. 50 m., je rentre dans ma chambre; l'étape a été de 14 kilomètres.

Encore une section intéressante dont la reconnaissance s’est faite dans d'excellentes conditions: ça va bien !

La première opération est la prise de comparaison des chronomètres ; nous trouvons directement, comme différence entre les deux heures marquées : 8". 105,50.

Or, en tenant compte de la comparaison prise le 4 mai dernier, et de la marche calculée entre le 19 avril et le # mai, et en supposant que le chronomètre demeuré à Lofoi ait gardé une marche régulière, nous trouvons par le calcul que, si le chronomètre que nous avons emporté pour la reconnaissance aux Ki-Oubo a gardé lui-même une marche régulière, la différence de leurs heures doit être aujourd'hui de S". 145,00; entre la valeur calculée et la valeur observée la différence seconde est donc de 3,50, et cette différence représente la résultante des mouvements irréguliers pendant la période s'étendant du # mai au 9 juin, soit sur à peu près 36 jours.

Je trouve un maigre courrier; pas de lettres de Boma ni du gouvernement central: quelques lettres privées d'Europe, 1 paquet de journaux ; où passe donc tout le reste?

Il est aussi arrivé pour nous ? colis postaux; comme l’amie qui les a confectionnés a exposé en un contact intime des conserves à l'huile et des fondants au chocolat, cela a donné un bien joli et bien curieux salmis qu'aucun de nous n’a l'envie de prospecter.

M. Voss rentre à Lofoï quelque temps après nous-mêmes; à la suite de fièvres, il souffre de l’œil gauche; on se souvient que Michel eut également à souffrir d'ophtalmie.

M. Verdick me fait connaitre que le ravitaillement de sa station — qui arrive par les soins de la Compagnie anglaise des lacs africains — est parvenu avec des bordereaux à mon adresse; évidemment, l'administration de la Compagnie des lacs à cru que ce ravitaillement, marqué « Lofoi », m'était destiné; ainsi M. Verdick bénéficie du soin que j'ai eu de prendre, en passant à Blantyre, toutes les mesures nécessaires pour que ce qui touchait ma mission ne subit jamais de retard.

Malheureusement pour nous, je n’ai pas de nouvelles de nos pirogues et des Mausers et munitions que nous devons recevoir pour les Européens de ma mission.

M. Verdick me remet une note des punitions qu'il à du infliger à 15 hommes de notre escorte : les uns ont laissé filer un prisonnier dont ils avaient la garde, les autres ont manqué à l'exercice en guise de protestation contre l’emprisonnement de leur caporal, puni, lui, pour avoir répondu insolemment à M. Delvaux.

L'esprit de nos troupes noires laisse vraiment trop à désirer; seule une longue éducation faite par des blancs de valeur évitera les terribles mécomptes auquels il faut s'attendre si rien n’est modifié.

Soirée couverte, rendant impossible l'observation d'heure nécessaire à la détermination de l’état des chro-

nomètres. Ce sera pour demain et jours suivants.

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