‹ Mission scientifique du Ka-TangaChapitre 4 sur 47 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Arrivée au sud du Tanganika. — Moliro, première station de l'État indépendant. — Examen

et installation de nos instruments d'observation. — Premiers travaux.

Sous le titre « Vers le Tanganika par le Zambèze », le Petit Bleu a publié une série de longues lettres tenant nos amis au courant des circonstances de notre voyage depuis l'Europe jusqu’à notre arrivée à Moliro- Station, premier poste de l’État indépendant du Congo, où devaient commencer nos travaux.

Ce fut dans la nuit du 3 au 4 août 1898, à minuit précis, que le steamer Good News jeta l’ancre dans la baie de Moliro. Avec moi se trouvaient à bord MM. Maffei, Michel et Dardenne. FPavais laissé en arrière-garde à Ki-Touta, port d'attache du Good News, MM. De Windt et Caisley.

Voici pour quelles raisons j'avais arrêté cet ordre de marche. Jusque Ki-Touta, nous avions été transportés par la Compagnie des lacs; aidé de Michel, j'avais fait constamment l’arrière-garde, De Windt commandant l'avant-garde; et, dans chaque station de Ja Compagnie anglaise, J'avais manœuvre de manière à ne me mettre en route que lorsque toutes mes charges étaient évacuées.

A Ki-Touta, port à l’extrême sud-est du Tanganika, nous touchions au moment de quitter la Compagnie des lacs, pour entrer sur notre territoire propre et y commencer de suite nos travaux.

A ce moment, l’âge de la lune me pressait de gagner Moliro au plus vite en vue des premières déterminations de longitude absolue.

Toutelois un gros retard nous menaçait : le steamer Good News ne marchait plus, les grilles de sa chaudière manquant de barreaux.

Heureusement j'avais connu dans le haut Congo le capitaine du Good News ; il avait commandé le Pionnier pendant que j'étais commissaire du district Équateur.

Reconnaissance renouée, le capitaine Gibson consent à faire pour moi un dernier voyage jusqu'à Moliro: seulement, il ne pourra prendre que quatre passagers et environ quatre-vingt charges, soit le dixième de nos approvisionnements.

Il est done décidé que quatre d’entre nous partiront de suite.

De Windt et son adjoint Caisley resteront à Ki-Touta et ne quitteront que lorsque toutes nos charges auront été dirigées par terre, les unes vers le nord du lac Moéro, les autres vers Moliro-Station. Nos deux amis arriveront eux-mêmes à ce dernier poste en suivant la rive sud du Tanganika.

Ces instructions arrangeaient fort bien De Windt qui, depuis le nord du lae Nyassa, avait établi un levé géologique détaillé des pays parcourus, levé qu'il continuerait beaucoup mieux par terre que par eau.

Le mereredi 3 août 1898, nous quittions Ki-Touta à bord du Good News, pour arriver en pleine nuit à Moliro.

Mes compagnons de route étaient en bonne santé; pour moi, je n'avais cessé, pendant toute la traversée, de rendre force bile. Aussi, quel soulagement extrême d'arriver au poste, distant de dix minutes de la rive, ce qui me parut plutôt long dans l’état d’accablement où je me trouvais.

L’aimable commandant du poste, M. le sous-intendant Helaers, s'était porté à notre rencontre, ravi de notre arrivée, quoique un peu à l’étroit pour nous installer tous comme il l’eût désiré.

Le jeudi 4 août, de bon matin, on décharge le bateau, qui s’en repart dans l'après-midi.

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Pendant que la fièvre me cloue sur ma couchette, mes adjoints procèdent à leur installation.

Le lundi 8 août seulement, je puis me meltre un peu au travail.

Tout notre matériel, tous nos instruments sont en parfait état : pas de casse, pas le moindre petit aceroc ne peuvent être constatés dans la minutieuse inspection que nous passons.

Je monte sans retard le baromètre à mercure, et mets en marche nos deux chronomètres.

Un mot à propos de ces instruments.

Lorsque je m'occupai de dresser la liste de tout ce que nous aurions à emporter avec nous, j'eus à me préoccuper d’un baromètre à mercure. On sait, de reste, que le transport de cet appareil est un cauchemar pour tout observateur sérieux.

Aussi, visitant divers fournisseurs, fouillant les catalogues spéciaux, interrogeant l’Institut cartographique et l'Observatoire royal, je cherchai s’il n'existait pas un autre type de baromètre à mercure que l'ordinaire et redoute Fortin, plus ou moins arrangé pour le transport. Et je commençais à désespérer, lorsque mon vieil ami Cornet — le bon géologue de la mission Bia, aujourd'hui professeur à l'École des mines de Mons et président de la Société de géologie de Belgique, — me parla d’un baromètre qu'il avait vu aux mains du capitaine Stairs, lors de la rencontre de leurs deux expéditions au Ka-Tanga. Toutefois, Cornet ne pouvait me dire ee qu'était ce baromètre, ni où l’on pourrait se le procurer; il savait seulement que Stairs avait un bon baromètre à mercure que lui, Cornet, avait essayé, inutilement, de lui dérober.

Mis sur cette piste, je me rendis à la Société anonyme belge pour le commerce et l’industrie au Congo, où j'obtins du major Thys, — depuis lieutenant-colonel — de pouvoir compulser le journal de route de Stairs.

De nombreuses lectures de baromètre à mercure y étaient renseignées, mais sans indication sur la nature

de l'instrument employé, sauf en un seul point où, par bonheur, je lus non plus simpleù ment « mereurial barometer », mais « George’s barometer ». Ô Empoigner lexcellent aide-mémoire anglais Hints to Travellers, courir à la table et y

trouver la mention « Captain George’s mercurial barometer » fut tôt fait.

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{ Je m’adressai alors à M. John Coles, secrétaire de la Société royale de géographie de Londres, qui voulut bien me donner son avis sur deux types de baromètres à mercure : le « Boylean-Mariotti barometer » et le « Captain Georgc’s mercurial barometer ».

C’est à celui-ci qu'il accordait la préférence, dans les termes que voici :

À « Le baromètre du capitaine George est un instrument plus sûr; son point faible est

dl qu'il prend environ vingt minutes pour être rempli, dressé et fournir l’observation, et ceci,

au sommet d’une montagne, en cas de basse température, est certainement un inconvénient

re

(a drawback), bien qu'on puisse se fier aux résultats obtenus. Il faudrait prendre des tubes de rechange, et ceux-ci, avec le poids de la caisse et du trépied, constitueront

un ensemble quelque peu lourd.

« Le constructeur du baromètre George est Cary, 7, Pall Mall, à Londres. La maison construit nos instruments, et on peut se fier à elle. »

Au reçu de cette lettre, nous commandämes à la maison Carv un baromètre George avec tube de rechange; l'instrument entier coûtait 315 francs; le tube de

rechange augmenta le prix de 78 fr. To €.

« Voulant — écrit le staff-commander C. George R. N. — procurer au voyageur un baromètre à mercure, j'ai soigneusement examiné les diverses méthodes de remplissage des tubes barométriques, préconistes par des hommes

HEReUS d'expérience et de pratique; ces méthodes se ramènent à deux procédés qui

peuvent être appelés : le procédé à chaud et le procédé à froid. « Le procédé à chaud, en ce qui concerne le voyageur, doit être rejeté comme étant trop peu sûr; aussi portai-je toute mon attention sur le procédé à froid, que je tenais pour capable de me conduire à une solution

favorable.

« De nombreuses expériences furent successivement effectuées et abandonnées comme ne donnant pas toute satisfaction, outre qu'elles n'étaient pas réalisables par le voyageur, de la seule convenance duquel J'entendais tenir compte, à l'exclusion de tout autre considération. »

Et le capitaine George s’y prit si bien qu’il réalisa le seul type de baromètre transportable qu'on puisse recommander pour des voyages tels que le nôtre; son extraordinaire avantage consiste en ce que, pour le transport, on vide complètement la cuvette et le tube qui se réemplissent chaque fois qu’on installe à nouveau l'instrument : vingt minutes suflisent à le monter complètement et à faire les premières ñ

if

lectures.

La méthode de remplissage a reçu, de son découvreur, le nom de « méthode de la corde spirale. »

Le tube, gradué en cinquantièmes de pouce (soit le 1/2 millimètre) se fixe sur la cuvette en verre au moyen d'un simple anneau en caoutchouc, au travers duquel on le pousse à frottement dur, par un mouvement en spirale.

On dispose cet ensemble sur le trépied dans la position que montre la figure 1, c’est-à-dire le tube vers le bas, la cuvette reposant sur la plate forme du trépied.

On enfonce alors « jusqu’au fond du tube » une corde en boyau de chat, tordue sur elle-même, et terminée par une plume d’oie; ensuite on verse avec précaution le

mercure, qui remplit le tube et la cuvette; grâce à sa forme tordue la corde en « catgut » s’archoute d'elle-même contre le tube et n’est pas projetée au dehors, comme cela tend à se produire de par la densité du mercure.

On tourne maintenant lentement cette corde sur elle-même; sa forme hélicoïdale la fait s'élever progressivement, les barbes de la plume d’oie ramassant et entraînant avec elles les globules d'air, c’est-à-dire produisant précisément l'effet des procédés de remplissage à chaud.

L'opération de retrait complet de la corde spirale ne dure pas dix minutes; au fur et à mesure que la corde sort du tube, du mercure y entre et il faut veiller à en reverser dans le réservoir de manière à maintenir toujours bien couvert l’orifice du tube.

Dès que la corde spirale est dégagée, on visse sur le réservoir un disque de fermeture muni d’un robinet; on retire le tout du trépied, on opère le retournement avec précaution et l’on voit le mercure baisser dans le tube et prendre sa hauteur d'équilibre atmosphérique; si l'opération a été bien menée, en basculant le tube avec précaution, le mercure viendra frapper le haut du tube en produisant le

son métallique si pur indiquant que le vide est obtenu.

On laisse écouler par le robinet la quantité de mercure qui pourrait être en excès dans la cuvette, et l’on place l'appareil à demeure sur son trépied, comme le montre la figure 2.

Nous n’entrerons pas dans le détail du mode de suspension assurant aisément la verticalité, non plus que dans le détail des garnitures en cuivre permettant cette suspension, ni dans la méthode de lecture de l'instrument; ceux que la chose intéresse (et j'entends surtout par là tous les professeurs de physique ouvriront Hints to Travellers, et y trouveront ces divers renseignements.

Notre but n’est ici que de faire connaître en Belgique un fort intéressant appareil qui n’y est guère connu, et qui mérile, mieux que la fontaine de Héron ou que le tourniquet hydraulique, les honneurs de la descripüon dans les cours de physique.

Jai le grand plaisir de consigner ici que M. Rousseau, notre vénéré professeur de physique, et M. Eugène Lagrange, professeur à l’École militaire, ont bien voulu me faire connaître qu'après avoir lu la préface du premier de nos mémoires relatifs à nos observations astronomiques, ils ont introduit dans leurs cours R description du baromètre George.

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Le vide obtenu si aisément et si rapidement par le procédé de la corde spirale est aussi parfait que le vide obtenu par les méthodes à chaud. J'ai dit déjà que si l’opération que nous avons décrite est bien faite, et il suffit de la faire lentement, le son métallique du mercure contre le haut du tube est étonnamment pur, sonore et cristallin.

En ce qui nous concerne, au reçu du baromètre commandé à la maison Cary, à Londres, nous nous rendimes à l'Observatoire royal, où, aidé du camarade Walracvens, nous procédämes au remplissage du baromètre, en suivant ponctuellement les instructions.

Il faut remarquer que, pas plus que moi, Walraevens n’avait jamais entendu parler du baromètre George.

Or, notre premier remplissage s’exécuta parfaitement, et l'instrument, placé dans la chambre des baromètres étalons, ne marquait qu'une différence de 4/10 de millimètre; cette différence se maintint invariable pendant les quinze jours que dura la comparaison. Depuis longtemps, d’ailleurs, les mêmes résultats avaient été obtenus ailleurs qu’en Belgique.

En 1873, M. Robert-H. Scott, directeur du service météorologique à Londres, écrivait, après comparaison d’un baromètre George (alors de fabrication récente) avec un baromètre étalon, que la différence moyenne était inférieure à 0.03 de pouce, soit 3/4 de millimètre.

En 1874, le voyageur Keith Johnston déclare avoir rempli et vidé son baromètre George plus de cent fois, avec toujours succès complet.

Puis, c’est une série de spécialistes : N. Elias de Calcutta, le lieutenant Watson, le capitaine Richard Burton, le major Wilson, le « staff-commander » Bailey... qui vantent l'excellence du baromètre George.

Et si nous venons, si tard et après tant d’autres, dire encore les avantages de cet appareil, répétons bien que c’est parce qu'il peut être considéré comme inconnu en Belgique, laquelle, pourtant, a aujourd’hui voix au chapitre Voyages d'Explorations scientifiques.

Pour le transport, le mercure est versé dans un flacon en fer ad hoc; le réservoir a sa boîte spéciale; le tube barométrique se place dans un tube en laiton intérieurement garni d’un épais revêtement en caoutchouc; ce tube en laiton se loge lui-même dans un creux ménagé dans l’axe du trépied replié, et maintenu fermé par deux anneaux en cuivre. Enfin, le tout se cale dans une caisse longue, et constitue, y compris le tube gradué de rechange, une demi-charge (moins de 15 kilogr.).

Il sera prudent de prendre une corde-spirale de réserve.

A notre arrivée à Moliro, notre baromètre fut monté en vingt minutes et l'opération réussit du premier coup.

Le baromètre installé, je m’occupai des chronomètres.

Ceux-ci, au nombre de deux, réglés sur le temps sidéral, m'avaient été fournis par la maison Hohwü, d'Amsterdam, qui avait fourni déjà la mission Delporte et Gillis, et la mission Cabra.

Comme nos travaux astronomiques effectifs ne devaient commencer qu'au lac Tanganika, c’est-à-dire en plein centre africain, javais, après müre réflexion, renoncé à emporter l'heure en partant d'Europe. En effet, il m'eût été fort dificile, pour ne pas dire impossible, de déterminer ce que serait la marche des chronomètres pendant leur transport d'Amsterdam à Moliro : tant que nous étions en mer, j'aurais bien eu la ressource des comparaisons avec les chronomètres du bord, mais cette comparaison ne m'inspirait qu'une trop maigre confiance; puis, une fois débarqués à l'embouchure du Zambèze, nous n'avions plus, pour chercher à déterminer la marche des chronomètres, que les observations que nous aurions dù faire nous-mêmes dans des conditions de voyage qui ne s’y prêtaient guère, car ces observations eussent dû être nombreuses et répétées en un certain nombre de points, tandis que nous devions gagner d'urgence notre véritable terrain d'action.

Déjà, en perdant le moins de temps possible, nous avons dépassé de huit mois la durée de travail effectif que nous assignaient nos instructions.

Tout bien examiné, je décidai d’emporter mes chronomètres arrêtés; bien plus, je priai le constructeur d’immobiliser, momentanément et complètement, les balanciers compensateurs, au moyen de petites cales en bois sec rendues elles-mêmes, par une goutelette de vernis, adhérentes à un des plateaux du chronomètre; en outre, un brin de soie entourait la couronne du balancier et l’une des colonnettes en cuivre réunissant les plateaux des chronomètres, ce qui achevait d'assurer l’immobilisation des balanciers.

Les deux instruments étaient placés chacun dans un étui en feutre, épais de près de deux centimètres, qui, tout en les protégeant de façon générale, avait l'avantage de corriger, dans une certaine mesure, les variations de température.

On comprend combien j'avais hâte de constater si le transport s'était fait proprement.

Les petites cales de bois sec étaient restées bien en place et furent retirées à l’aide d’une légère pince brucelle; les fils de soie furent ôtés et les chronomètres, remontés immédiatement, furent mis en marche en attendant le moment de les mettre à peu près à l’heure de Moliro, que j'avais à déterminer par nos premières observations.

Cette mise approximative à l'heure de Moliro n'avait d'autre but que de nous fournir un état des chronomètres — leur dh — exprimé par un petit nombre dè minutes et secondes, ceci pour simplifier un peu les caleuls et faciliter l'établissement des carnets d'étoiles pour les observations de nuit, tout en rendant plus sûres les lectures de chronomètre.

Nos premières observations, dont nous parlerons plus tard, prouvèrent que nos compteurs de temps étaient arrivés en parfait élat. Ils coûtaient chacun 1,000 francs.

Je parlerai plus tard du demi-chronomètre compteur de temps sidéral qui complétait notre matériel de chronométrie.

Entre-temps, j'avais fait ouvrir les trois caisses de météorologie, confectionnées pour nous par l’Observatoire royal d'Uccle, dans des conditions telles que pas un seul des nombreux instruments qui s'y trouvaient n'avait subi le moindre dérangement.

Je dirai immédiatement que ces caisses furent, dans la suite, employées pour le transport des instruments météorologiques à M’pwéto, puis de là à Lofoi, et enfin à Lou-Kafou-station.

J'ai le regret de dire qu'au départ du capitaine Verdick, ces observations méthodiques ont cessé dans le poste de Lou-Kafou, devenu un simple poste de commerce.

Pour lé transport d'Europe au Tanganika, les trois caisses avaient été enfermées dans des enveloppes de zinc soudées, placées elles-mêmes dans d’ordinaires caisses en bois. Le procédé est à recommander, car il nous réussit pleinement, venons-nous de dire.

Toutefois, nous reparlerons plus tard d’un type de caisse extérieure en aluminium, que nous proposerons pour le transport, et la protection contre les chocs et contre la pluie, des caisses en bois renfermant des instruments de physique terrestre.

Il me parait intéressant de faire connaitre ici la série d'instruments et appareils que, très complaisamment, l'Observatoire d'Ucele — qui répondra toujours avec plaisir à toute demande d’aide analogue à celle que nous lui fimes — voulut bien commander pour nous à ses fournisseurs.

Ces instruments furent tenus en comparaison à l'Observatoire, par MM. Walraevens et Vincent, pour détermination de leurs constantes, puis emballés par les soins mêmes de cet établissement scientifique.

La caisse n° 1 contenait : un barographe Richard (enregistreur de pression atmosphérique); un termographe Richard (enregistreur de température) ; un anénomètre à cadran, de Robinson, et son support; le support et les pinces d’un actinomètre de Bellany; les pinces de l’actinomètre d’Arago; un crochet pour suspendre le thermographe; deux boîtes contenant les clefs, l'encre et les plumes pour les enregistreurs ; une série de feuilles barographiques et termographiques.

La caisse n° 2 contenait : un hypsomètre de Regnault, modifié par Fuess, avec thermomètres de rechange; un actinomètre de Bellany (à éther) ; un actinomètre d’Arago (à thermomètres conjugués) ; deux tiges de support pour l’actinomètre d’Arago; un tube en cuivre servant de base à ces tiges; deux cadres pour thermomètres; un support pour ces cadres; une caisse renfermant trois éprouvettes graduées (pour pluviomètres) ; deux séries de feuilles barographiques et thermographiques; un paquet de bandes en carton pour l’enregistreur solaire: un étui renfermant un flacon de mercure.

La caisse n° 3 contenait : un néphoscope, ou miroir pour observer les courants supérieurs: deux pluviomètres; un enregistreur solaire, dont la boule était isolée dans une caissette; une boîte plate, à rainures, contenant douze thermomètres et un évaporomètre de Piche; une boite contenant : un flacon d'huile d'horlo-

eo gerie, une boîte de rouge anglais, un blaireau, deux flacons d’encre pour enregistreurs, une peau de chamois, du fil de cuivre pour attachér les thermomètres sur leurs cadres, un paquet de rondelles de papier buvard pour l’'évaporomètre, une boule de mèche pour le psychromètre, une boule de ficelle pour les thermomètres frondes ; un jeu de quatre fioles pour le psychromètre; un paquet de bandes en carton pour l’enregistreur solaire; le dispositif pour fixer le papier buvard au tube de l’évaporomètre.

Tel était notre matériel d'observations météorologiques qui, avec quelques ouvrages spéciaux, avait coûté près de 1,300 francs.

Parmi ces ouvrages spéciaux, emportés pour nous guider et nous aider, signalons : l'Atlas international des nuages; les Instructions météorologiques, de Angot; les Instructions pour effectuer les observations météorologiques dans les régions tropicales, et plus particulièrement au Congo, par I. Vineent, etc.

Nous ne pouvons songer à décrire les divers instruments qui viennent d’être énumérés; cette description sera du domaine de l’ouvrage à consacrer à nos seules observations météorologiques.

Signalons seulement quelques petites choses.

Les feuilles d’enregistreur barographique emportées par nous portaient, comme chiffres devant répondre à la pression atmosphérique, les nombres 720 à 790. Or, les pressions relevées par nous devaient être inférieures à 720 millimètres de mercure et descendre jusqu'à 620.

Nous avions dû prendre les feuilles telles que nous les trouvions, quitte à mentionner sur chacune d'elles, au moment où on l’enlevait de l'appareil, de quelle quantité il fallait diminuer les indications des diagrammes pour les faire coïncider, à + de 0®",5 près, avec les indications du baromètre à mercure.

De même, les bandes en carton pour l’enregistreur solaire, dont nous avions emporté un jeu pour deux ans, étaient de longueurs et de divisions répondant à nos diverses saisons; elles furent employées telles quelles dans des régions où le soleil se lève et se couche invariablement aux mêmes heures, à vingt minutes près.

L'hypsomètre de Regnault, modifié par Fuess, est fort avantageux en ce sens qu’on lit immédiatement sur les thermomètres, non plus la température d’ébullition, mais le nombre de millimètres de mercure mesurant la pression atmosphérique correspondant à cette température d’ébullition. Tout caleul est donc supprimé en ce qui concerne la transformation du chiffre thermométrique en un chiffre barométrique.

Disons, enfin, que le néphoscope, ou miroir pour l'observation de la marche des nuages, nous avait été gracieusement offert par la Société royale belge d'astronomie, à qui nous renouvelons ici nos remer-

ciements.

Ayant choisi l'emplacement de lobservatoire du moment que nous voulions installer à Moliro, J'en abandonnai la construction à M. Helaers, chef du poste, qui se faisait une fête de nous aider très intelligemment.

Cet observatoire fut constitué par un hangar dont le long côté, orienté Est — Nord-Est — Ouest

Sud- Ouest, avait 9 mètres; largeur, 3 mètres; hauteur sous faite, 3"50; hauteur aux parois, 2 mètres.

Toiture en herbes; parois Est et Nord couvertes depuis le toit jusqu’à 1",50 du sol; le reste fermé par des chaumes de roseaux presque jointifs, laissant libre circulation à Pair.

Cet abri reçut les thermomètres, le thermographe, le barographe, le psychromètre, l’évaporomètre de Piche.

A l'extérieur furent disposés les actinomètres.

Le support de Panémomètre fut placé en un point particulièrement découvert, en dehors du boma de la station.

Comme nous étions en pleine saison sèche, les pluviomètres demeurèrent dans leur caisse; également le néphoscope et l’enregistreur solaire, parce que notre séjour à Moliro devait être aussi écourté que possible.

Enfin dans ma chambre de travail furent disposés : les chronomètres, le demi-chronomètre, le baromètre à mercure et deux anéroïdes compensés (fournis par l'Observatoire), construits par F. Darton et Ci, de Londres, et gradués de 790 à 540 millimètres, done permettant de faire des lectures d'altitude atteignant 3,000 mètres.

A propos des anéroides, baromètres holostériques (et autres dénominations), nous avons à attirer l'attention sur quelques points.

Ces instruments — et ceci est une règle absolue pour tous les instruments scientifiques — doivent être manipulés délicatement et transportés avec précaution : quand on porte un anéroide en sautoir, on ne peut franchir les ruisseaux d’un bond gracieux sans doute, mais à coup sûr nuisible au délicat mécanisme de l'instrument, qui s’en venge en sautant aussi de son côté, parfois de plusieurs degrés; et de cet autre saut, le voyageur ne daigne $’'apercevoir.

En second lieu, il ne faut accorder quelque confiance à un anéroïde que si on peut le comparer, très souvent et soigneusement (c’est-à-dire en connaissance de cause) à un bon baromètre à mercure (à la rigueur à un hypsomètre, et encore !), ou si l’on est fixé sur l'altitude absolue de certaines stations.

Les voyageurs trouveront de telles altitudes sur les piliers géodésiques laissés par nous en plusieurs stations : Moliro, Mpwéto, Lofoi, Lou-Kafou, Baudouin-Ville, Lou-Saka, Mpala, Mtowa, etc. Se garder, dans l'emploi de l’anéroïde, de lire l'échelle des hauteurs; en réalité, elle fausse les idées de trop d’apprentis voyageurs ; la vraie lecture à faire est celle des différences de pression qui, au moyen de tables, fourniront les différences d'altitude. Dans les régions du Tanganika et du Ka-Tanga, on peut se passer de ces tables et faire correspondre une différence de 1 millimètre de pression à une modification de 12,50 dans l'altitude.

Enfin, je dirai mon étonnement en trouvant aux mains des agents de l’État, dans la zone du Tanganika, des anéroïdes gradués de 790 à 672 millimètres, avec échelle de hauteurs correspondante de 0 à 1,300 mètres.

Or, à la traversée des Kou’ n° déloungou, nous avons eu à relever des pressions descendues à 621 millimètres et correspondant à 1,750 mètres d'altitude; le long de la ligne de faite Congo-Zambèze, nous avons souvent trouvé des pressions voisines de 640 millimètres et correspondant à des altitudes de 1,500 mètres environ; dans la zone montagneuse du Tanganika, nous observämes des altitudes de 1,750 à 1,850 mètres et plus (notamment au sommet des pies Mroumbi, Lou-Apéna, N’senga, ete.); entre Baudouin-Ville et Lou-Saka, l’anéroïde se mouvait entre 670 et 625 millimètres; entre Lou-Saka et M'pala, l’anéroide à marqué jusqu’à 626 millimètres le long du sentier; ce n’est qu'à quelques kilomètres de Mpala (sur le bord du Tanganika) que l'instrument atteignit et dépassa 672 millimètres, c’est-à-dire la limite inférieure des pressions marquées par les anéroïdes qui sont aux mains des agents de l'Etat.

Les faits que je viens de citer montrent que ces agents sont munis d’un instrument inutile, qu'ils cherchent quand même à employer (c’est ainsi que je fus amené à en examiner un de près).

C'est là évidemment un des facteurs de la cause pour laquelle les altitudes d’une même station, fournies par divers observateurs, ont varié de plusieurs centaines de mètres, alors que le nivellement barométrique peut, dans les régions que nous avons reconnues {et vraisemblablement dans toute la zone équatoriale), fournir des chiffres en erreur maximum de 50 à 60 mètres.

Voir à ce sujet notre 16% mémoire sur les observations astronomiques, magnétiques et altimétriques de la mission scientifique du Ka-Tanga.

De son côté, M. Michel, chargé spécialement de la photographie et des collections zoologiques, installait sa chambre noire dans un étroit réduit d’un des méchants bâtiments de la station ; quant à sa propre chambre, le brave garçon la transformait en une salle d’appariteur d'histoire naturelle, prèt à voir arriver, pour être mis en peau, en papier, en boite, ou en formol, les représentants de la faune terrestre et aquatique qu'allaient bientôt nous apporter tant le personnel noir de la station que les quelques indigènes des environs, amusés de cette nouvelle industrie qui, momentanément, allait leur procurer force perles, communes pour nous, très précieuses pour eux.

Je renonce à détailler le matériel photographique, très complet, emporté par M. Michel; il n'y en avait pas moins de huit caisses zinguées et deux malles en fer, le tout fourni par la maison veuve Géeèle, pour une somme de 1,527 francs.

Si quelqu'un désire connaitre le détail de ce matériel, nous nous ferons un plaisir de le lui fournir.

Le matériel photographique se comporta de façon très satisfaisante. Toutefois, les cartouches de dévelop-

pie

pateur et de fixateur auraient dû être placées chacune dans un petit étui en zine, soudé. Nous étions pourvus d’une chambre noire Mackenstein 18/24, qui se comporta admirablement; mais une chambre 13/18 nous eût sufii, presque tous nos clichés ont été pris à ces dimensions et ils sont les meilleurs; les 9/12 furent bons, les 18/24 médiocres. Le trépied articulé et pliant est peu recommandable; ce qu’il faut, c’est un solide trépied analogue à ceux des instruments de topographie, les conditions actuelles des voyages au centre de l’Afrique n'exigeant pas encore que l’on puisse replier son trépied jusqu'à le fourrer dans la poche de son gilet; des couvre-objectifs de réserve auraient fait notre affaire.

Disons encore que des plaques 18/24 avaient été mises au départ dans les six châssis doubles ; quand elles furent impressionnées, on ne put les extraire des châssis, où elles s’étaient littéralement collées et coincées ; il fallut les sacrifier et les briser pour les ôter des châssis; pour ceux qui seront dans le cas d'emporter ainsi des châssis à grande distance, il y aura done avantage à mettre de simples verres où des plaques perdues, qui ne serviront qu'à empêcher les châssis de se gauchir.

Enfin, ce fut une erreur de placer le matériel de pose dans deux malles en fer fermant non par les ordi naires et bons vieux couvercles à charnières, mais par le stupide système de couvercle à glissières, le plus déplorable système qu'on ait jamais inventé et qui est fait, comme à plaisir, pour permettre à l’eau de pluie de pénétrer dans les malheureuses caisses.

La question de savoir si les plaques doivent être développées où non en Afrique à souvent été débattue; là-dessus chacun à donné et gardé son avis.

Voiei à quoi je m’arrêterais, si j'avais à diriger une nouvelle «mission scientifique » : il ne serait employé qu'un seul format de plaques, qui seraient des 13/18; deux plaques seraient posées pour chaque sujet ou scène, desquelles l’une serait mise de côté pour développement en Europe et l’autre développée de suite.

Conseiller le seul développement en Europe, c’est oublier toute l'importance qu'il y à à dire ce que doit montrer la photographie, non pas des mois, voire des années après qu’elle a été prise, mais de suite, dans une note rédigée au moment où l’on à dans les veux et les oreilles les renseignements frais, concordants, encore contrôlables, donnant à la photographie toute sa valeur de document, au lieu de la simple valeur d'image plus ou moins bien exécutée, qu'ont trop de photographies africaines.

Or, on ne peut rédiger pareille note que si on a la photographie de suite sous les yeux; et cette considération capitale exige, c’est évident, le développement immédiat en Afrique. Mais comme, d'autre part, les photographies seront, c’est évident encore, mieux développées en Europe, je concilie les deux conditions contradictoires par la prise des clichés en double, considérant comme très accessoire l’augmentation, d’ailleurs peu importante, de matériel. Il est possible que cette dernière objection serve à des gens à courte vue, — où à court foyer, pour rester dans la photographie, — à ratiociner tant et plus. Ce sera, aussi, peu important.

Jai dit que M. Michel, outre le service photographique, assurait le service des récoltes zoologiques.

Il avait été mis au courant de ce dernier service, avant notre départ d'Europe, par M. le professeur De Pauw, de l’Université libre de Bruxelles, toujours si complaisant aux voyageurs. Sous sa direction, mon adjoint avait dépioté, rempioté, lardé d'éloupes et bardé de savon arsénical, des chats, des chiens, des poules, des pigeons, que sais-je encore ?

Je retrouve, dans une note à payer pour ces expériences de taxidermie :

Quatre oiseaux préparés par M. Michel : 5 francs; un mammifère (chien): 3 francs; le garçon de laboratoire: à francs.

Je crois, toutefois, que le garcon de laboratoire n’a pas été préparé avec les autres oiseaux et mammifères.

En revanche, M. De Pauw avait établi la liste longue du matériel varié qui nous serait nécessaire, et qui fut commandé par lui-même, de sorte que, là encore, nous trouvâmes toute l’aide efficace, donc précieuse, des

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hommes de métier; aussi, les six caisses de matériel zoologique fournies à notre mission par l’Université de Bruxelles, nous ont-elles permis d'envoyer à Tervueren d’abondantes récoltes.

Je signalerai ici que nous avions emporté, en vue du renvoi en Europe des collections conservées en formol, des récipients assez intéressants, ne fût-ce que parce qu'ils partaient d'ici remplis d'alcools variés autant que dégustables (à petites, très petites doses), parmi lequel le Qwetch jouait un rôle considérable; ces alcools, au fur et à mesure de leur absorption par les membres de la mission scientifique du Ka-Tanga, devaient être remplacés par du formol, où se conserveraient des animaux aussi divers que faire se pourrait; lesdits récipients étaient des estagnons de 1 et de 2 litres, que le ferblantier bruxellois Verhaeren fabriqua fort bien sur nos indications, d'après le modèle ci-contre.

Ils avaient 1 1/2 millimètre d'épaisseur ; leur goulot, très large, devait permettre l’introduction d'animaux déjà assez gros; ils étaient fermés par le moyen d’un gros bouchon en liège B, enfoncé jusqu'à un centimètre en dessous du rebord; sur le bouchon une couche de plâtre P, achevant de remplir le goulot; enfin, un couvre-goulot en cuivre C, garni intérieurement d’une rondelle de cuir, se vissait sur un pas de vis fileté à l'extérieur du goulot.

La marque de la mission (MIS. LEM.) et un numéro d'ordre furent poinçonnés sur chaque estagnon, le numéro d'ordre répété sur les couvre-goulots, et une couche de minium acheva de leur donner bonne allure.

N'oublions pas de dire qu'ils avaient été essayés à 1 1/2 atmosphère et qu'un énorme tirebouchon dut ètre commandé pour eux seuls. Des bouchons, du plâtre et des rondelles de cuir avaient aussi été commandes en vue des rebouchages en Afrique.

Ces récipients nous rendirent de précieux services; grâce à eux, nous ne perdimes rien de nos alcools d’abord, et ensuite les réexpéditions en Europe se firent aisément, avec cet avantage que nos estagnons soustrayaient les animaux en formol à l’action décolorante de la lumière.

Le matériel des collections zoologiques, y compris 100 estagnons, ne coûta qu'environ 600 francs, avec achat du guide du chercheur d'insectes et du guide du naturaliste. Il me parait que notre type d’estagnon, serait encore plus avantageux en aluminium : &’est une expérience à faire.

Parrive à Dardenne, l'artiste peintre qui apportait pour sa part trois longues et larges caisses plates, contenant chacune : un panneau acajou de 96 cent. X 45 cent.; deux jeux de brosses anglaises ; deux jeux de pinceaux; deux boîtes garnies de 24 grand godets Rowney; 6 kilogr. couleurs à l'huile; un flacon encre de Chine; une boite plumes; une douzaine porte-plumes; quatre douzaines crayons Marquise; quatre douzaines crayons Gilbert; une glace dépolie; une molette; une boîte punaises; un carnet croquis; un flacon gouache : vingt feuilles Whatmann; vingt toiles absorbantes de 98 cent. X 48 cent.

A ce materiel s’ajoutait une chambre noire du commandant Blain, une boîte portative, un parasol de peintre, un chevalet de campagne et divers accessoires; le tout ayant été payé 1,250 francs, et provenant (à part la chambre noire) de la maison Albert Mendel.

L'artiste curieux qu'est Dardenne, lequel avait déjà, en cours de route, rempli deux carnets de croquis en couleurs, se mettait à la besogne le lendemain même de l’arrivée à Moliro.

Je compléterai plus tard lénumération du reste de notre matériel scientifique, au moment où je le mettrai en œuvre.

Jai cru devoir faire pareille énumération, d’une part, parce qu'il est bon qu'on sache de quoi nous étions munis pour apprécier ce que nous avons fait; d'autre part, parce que cettte énumération peut ètre utile à d’autres après nous.

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