‹ Mission scientifique du Ka-TangaChapitre 5 sur 47 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Continuation du séjour à Moliro-Station. — Recrutement de serviteurs noirs. — Premier coup d’œil sur le poste. — Réveil terrible: mort de Jean De Windt et de William Caisley, noyés avec six pagayeurs. — Dépression et découragement momentané. —

Reprise du travail.

Mardi, 19 août 1898.

Le gros de notre installation est achevé; nous avons pris l'air de la station et commencé à engager nos serviteurs noirs.

Nous étions bien porteurs d’instructions prescrivant aux chefs de poste de nous fournir des boys modèles, des cuisiniers, des interprètes, etc. Mais, comme les plus belles filles du monde, les chefs de poste ne peuvent donner que ce qu'ils ont.

Le brave Helaers, dans son désir très grand de nous aider, nous donna son propre et unique « pichi » (cuisinier).

Prenez le mot propre au sens de personnel.

Ce « pichi », — de son nom Ki-Toumbou, — était un brave gamin d’une douzaine d'années, venu on ne savait d’où, et que la perspective de s’en aller au diable Vauvert avec nous comblait de bonheur.

Helaers nous donna encore un de ses boys, car nous menacions fort de n’arriver pas à en trouver autrement; il n'y avait à prendre que quelques gamins des environs, n'ayant Jamais servi l'Européen, et ne voulant s'engager que Jusqu'à notre arrivée à M'Pwéto, soit pour trois mois au maximum.

Voici comment se répartissait notre domesticité : J'avais un bon boy, recruté en territoire anglais, et qui avait bien voulu continuer à m'accompagner, moyennant un gros payement (15 shillings par mois, plus la nourriture); je lui adjoignis un gamin non dressé.

Maffei reçut comme boy le nommé Tanganika, serviteur adroit, cédé par M. Helaers.

Michel et Dardenne avaient un gamin non dressé,

Enfin, le « pichi » Ki-Toumbou.

Un point, c’est tout. Ni interprète, ni aide-cuisinier, ni lavandier. Ce n’était pas pour me déplaire, car on n’est vraiment bien servi que par les gens

qu'on dresse soi-même; le diable, c’est que nous n’avions guère de temps à consacrer à ce dressage.

Mais la modestie était de mise à Moliro, poste humble, discret, peu riant. Situé à dix minutes du lac, le poste de Moliro comprenait — en août 1898 — le quartier des blancs entouré d'un boma en pisé, une large rue bordée des huttes et des cultures

du personnel noir, et quelque chose qui se décorait du nom de

jardins.

Moliro-Station en 1898. Le quartier européen se composait de trois bâtiments en pisé, Quartier des Européens. lourds, épais de murailles, mal ventilés, mal orientés; un seul possédait une véranda convenable et encore sur une seule face. La vue de ces bâtiments à toits plats, dans le genre arabe, provoquait le plus grand désir d’une démolition

immédiate. Pour comble, les constructeurs du poste, respectueux en cela d’une exquise et délicate coutume

= re

belge avaient jeté bas les grands arbres qui auraient pu rendre le poste supportable au lieu d'en faire une fournaise. Un seul arbre avait été conservé, sous lequel était installé un poulailler servant en même temps de buen-retiro !

Explique qui pourra celte association de perchoirs,

Le quartier des noirs, — soldats et travailleurs, — était animé; le personnel y paraissait fort heureux, n'ayant pas grand’ehose à faire.

Quant aux « jardins », je n'ai pu encore les visiter en détail, mais j'ai remis à M. Helaers un paquet de semences, en le priant de les semer d'urgence, afin que nous puissions en profiter; il faut dire qu’en prévision de séjours assez longs en certains points, nous nous étions munis de 12 paquets de semences hätives comprenant chacun : de la moutarde blanche de Chine, du pourpier doré, du cresson alénois, des radis ronds rouges, des laitues à cueillir d'Amérique, enfin des carottes à châssis.

Comme on voit, tous légumes poussant vite, surtout là-bas.

Tableau de Dardenne. s Septembre 1898.

La rentrée du troupeau à Moliro-Station.

Au fond, les femmes, sous la direction de la « capita +, font de la farine de sorgho et de manioc, tandis que d’autres reviennent du lac où elles ont été à l’aiguade.

Si je n'avais pu encore voir en détail les alentours de notre installation, j'avais pourtant déjà fort apprécié l'existence au poste d'un petit troupeau de gros bétail, très beau et très prometteur.

Il comportait cinq vaches, trois génisses, un taureau adulte, un jeune taureau, quatre veaux.

Trois vaches fournissaient chacune, par jour, 3 litres de lait, ce qui permettait d’avoir du lait frais à profusion à chaque repas, du fromage blanc à discrétion et, journellement, 400 grammes d’excellent beurre frais.

Le beurre se fabriquait dans une calebasse qu’un noir agitait d’une façon spéciale constituant un véritable truc, et ayant pour effet de constamment briser la masse agitée, produisant aïnsi la barattage voulu.

Moliro est le poste où j'ai vu tirer le meilleur parti du troupeau de gros bétail.

En nous couchant, le mardi 9 août, nous éprouvions une réelle satisfaction de l’allure que prenaient nos travaux; j'avais choisi le point où je comptais installer notre cercle méridien, et j'espérais pouvoir, le lendemain, fixer le méridien, l'heure et la latitude, par une observation des hauteurs correspondantes du soleil, observation qui devait se faire au théodolite et me fournir seulement les éléments pour préparer les observations de nuit.

Hélas! le matin suivant nous réservait un réveil sans nom.

Mercredi, 140 août 1898.

À 6 heures et demie, MM. Michel et Helaers entrent chez moi. Je suis encore couché.

« Comment avez-vous passé la nuit? commandant.

— Assez bien. On étouffe un peu dans ces maisons, mais je me sens mieux de jour en jour.

— Alors, — fait Michel brusquement, — nous pouvons vous dire un grand malheur ! »

Me dressant sur ma couchette, voici ce que j'entends :

« Vous ne reverrez plus De Windt ni Caisley.

— Que dites-vous? Que venez-vous d'apprendre?

— Ils se sont noyés dans le Tanganika. »

Je saute de mon lit et m'habille à la hâte, pendant que Michel continue : « C’est le pilote noir du Good News qui vient de nous prévenir. De Windt et Caisley arrivaient en pirogues de Ki-Touta; il y avait trois pirogues; seule, la pirogue du pilote est arrivée cette nuit au débarcadère de Moliro.

Les autres étaient restées en arrière, séparées par une tempête; ce matin, à l'instant même, des pagayeurs de la pirogue des Européens sont arrivés, déclarant que leur embarcation avait coulé à quelque distance du poste, et que les blancs étaient noyés. »

Nous sortons. Le pilote du Good News est là. Je l’interroge à mon tour; tout ce qu'on en peut savoir, cest qu'hier soir les piroguiers voulaient passer la nuit à la rive, mais que les blancs ont voulu continuer à marcher. Lui, pilote, est arrivé avec sa pirogue à bon port et à passé la nuit avec ses gens sous labri du débarcadère de Moliro; le matin, ül à vu apparaitre des hommes de la pirogue des blanes, nus, grelottant de froid, qui déclarèrent avoir coulé tout près de là, dans les rochers. Eux avaient pu atterrir dans l'obscurité, mais les blancs s'étaient noyés.

Etrien de plus à tirer de ce pilote ni des survivants du désastre, si ce n'est qu'il manque six piroguiers, qui probablement ont partagé le sort de nos amis.

Nous nous portons vers le lieu de la catastrophe qui n’est qu'à vingt minutes de la station.

A 100 mètres de la rive, émerge la pointe du canot qui portait nos malheureux compagnons.

A la rive, dans les rochers éboulés, leurs deux corps roulés et meurtris,

LE AE CAES $ Poe \ NE à | avec les corps de trois des noirs disparus.

Baie de Ké-Liba (Tanganika). De Windt est tout habillé; la figure

peu changée; un mince filet de sang coule d'une contusion à la nuque ; le nez est meurtri et ensanglanté; 11 n’a rien sur lui qu'un trousseau de clefs; la montre a été arrachée de son cordonnet.

Caisley est horriblement défiguré; il a dû être longtemps ballotté sur les roches, tant la tête est meurtrie et ensanglantée; il a ses souliers, sa chemise et son veston: pas de pantalon; sa montre marque 20 minutes avant minuit.

L'accident s'est produit au sud de la pointe de Ké-Liba, qui sépare la baie de ce nom de la baie de Moliro ;

7) la pirogue à coulé à 100 mètres des rochers, sur lesquels déferle le flot encore furieux; les corps des blancs et

des noirs ont été roulés à la rive avec des débris, paniers indigènes, pagaies, pagnes, etc.

Le pauvre De Windt avait avec lui un chien qui est là, sain et sauf, sans même une contusion.

Les corps sont enveloppés de couvertures et transportés à la station, dans la chambre où des lits avaient déjà été dressés en prévision de la prochaine arrivée, par terre, de nos amis.

Mafeï procède pieusement à la dernière toilette des morts : une sentinelle les veille.

Il n°y a pas de quoi confectionner des cercueils.

Pas de cimetière à Moliro; nous choisissons, à 150 mètres -du poste, l'emplacement où seront creusées les fosses, sous un grand arbre, un prodigieux mimosa, dont les branches balayent la terre; il faut y tailler un tunnel pour arriver au pied de larbre.

J'interroge de nouveau le pilote noir, sans en tirer grand’chose de plus : trois pirogues Sont parties de Ki-Touta, il y a trois jours ; deux fois en cours de route elles ont stoppé pour la nuit; mais hier soir, les blancs n’ont pas voulu s'arrêter. La première pirogue, celle du pilote, est heureusement arrivée dans la baie de Moliro pendant la nuit; la troisième pirogue n’est pas encore ici, soit qu'elle ait aussi coulé, soit qu’elle soit restée tout à fait en arrière; quant à la deuxième pirogue, qui a chaviré, elle a, d’après les dires des survivants, été assaillie par un vent violent qui l’a fait couler à pie au point où l’on voit émerger une de ses extrémités, près des rochers dans lesquels on a retrouvé les deux blancs avec trois de leurs pagayeurs ; la pirogue était à la voile; c'était la plus belle pirogue du sud du lae, véritable barque par ses dimensions, et appartenant à une mission protestante anglaise située à l’ouest de Ki-Touta.

Impossible d'obtenir d’autres renseignements.

Pai prié M. Helaers de faire plonger les pêcheurs du poste au point où la pirogue à coulé.

A 15 heures, arrive la troisième embarcation : elle n'avait pas, heureusement pour elle, obéi à l'ordre de marcher la nuit.

A 16 heures, le triste enterrement; les soldats du poste, en grande tenue, portent les deux corps sur deux lits de campement, transformés en civières; le drapeau bleu les recouvre, seul et suprême hommage que nous puissions rendre aux HBÉESS: pauvres enfants; derrière marchent les cinq Européens, puis les noirs du poste. Sous le grand soleil le cortège arrive lentement aux fosses, où lon descend les funèbres dépouilles; les branches du mimosa touchent le sol, nous mettant dans une obscurité de crypte; dans ce berceau de verdure des oiseaux chantent à plein gosier, durant que nous sanglotons sourdement devant les trous béants qui se comblent doucement, silencieusement.

Pendant une heure il nous est impossible de nous détacher de là.

Il semble toujours que c’est un cauchemar qui va prendre fin.

Hélas !

Déjà l'Afrique en à voulu deux! Et, à côté, trois tombes de noirs! Et trois autres noirs qu’on n’a pas retrouvés!

Je me sens dans le vide. Devant moi l’image des tristes parents qui ne sauront que dans un mois, par une courte dépêche, labominable chose qui va les meurtrir pour toujours!

Déjà les événements nous reprennent : à 18 heures, on retire une malle de De Windt, crevée, remplie d’eau et de boue, ne contenant que des vêtements. Puis une petite sacoche que De Windt portait toujours avec lui: elle contient un couvert en argent, un petit coupe-papier en métal, un demi-chronomètre, une montre en or, une petite lunette; un podomètre, un anéroïde, deux boussoles.

Ces divers instruments, remplis d’eau et de sable, sont hors de service. Tels quels, ils seront renvoyés à la famille.

L'étui à coiffures de De Windt a été roulé à la rive; il est rempli de boue, les objets qui y sont contenus sont à Jeter.

Enfin, on rapporte encore une petite valise en toile contenant quelques bougies et du savon.

La nuit est venue, calme, claire, sereine, très douce.

Tous avons la fièvre, que lon essaye de neutraliser par de fortes doses de quinine : c’est notre seul souper.

Étendus sous la véranda, dans le silence obsédant, où passent seulement des hurlements de hyènes déterreuses de cadavres, nous laissons s’écouler les premières heures de la nuit; puis gagnons nos couchettes après nous être dit bonsoir à voix basse.

Jeudi, 11 août 1898.

Mauvaise a été la nuit, pour tout le monde.

Vingt fois je me suis trouvé hors de mon lit, l'oreille aux aguets, tendue aux rafales du vent qui, vers minuit, s’est élevé violent.

Mes camarades n'ont pas dormi.

De pareilles secousses vous mettent dans un état d’accablement et d’affaissement profonds, et je ne pense pas que même les proches éprouvent momentanément une aussi absolue dépression.

C'est que la mort du D° Jean De Windt était une perte inappréciable, non seulement pour sa famille, déjà si éprouvée, mais pour la science, dont il était un enthousiaste, et pour l’État du Congo, qu'il admirait et aspirait à servir.

Le 1% août, dix jours avant sa mort, j'inscrivais dans mes notes la mention suivante :

« M. De Windt, avec un dévouement complet (qui me cause un plaisir énorme, car je vois que son éducation de second est déjà faite et bien faite, et que je puis me reposer sur lui), De Windt fait le contrôle des charges arrivées. »

Telle est l'appréciation que je portais sur le docteur Jean De Wind, à la veille de sa mort.

Pourquoi — malgré son désir très vif de faire la route par terre, afin d'éviter une lacune dans l'étude géologique qu'il avait commencée au nord du Nyassa, — pourquoi a-t-il pris la résolution de venir par pirogues ? S’était-il senti brusquement malade, lui ou Caisley ?

C’est ce qui semble le plus probable, et ce qu'il comptait naturellement me faire connaitre de vive voix à son arrivée à Moliro.

Mais pourquoi avoir voulu marcher la nuit, malgré lavis des noirs? Quoi qu'il en soit, nous perdions en De Windt, outre l’ami, l'élément le plus important de notre mission, celui dont le gouvernement était en droit d'attendre les plus grands résultats !

Il faut réagir, d'autant plus vite, d'autant plus complètement que nous devons être prêts à de nouveaux malheurs. L'avenir n’est pas à nous!

Mais c’est en se disant : Hodie tibi, cras mihi! au contraire de ce qui s'écrit sur les catafalques, qu'on reprend sa volonté, qu'on sent se retremper son courage. Car, dans la grande œuvre africaine, ce n’est pas seulement le côté conquêtes et convoitises que l’on peut voir, c’est surtout, — pour les cœurs de soldats, de missionnaires, de savants, — l’œuvre de rédemption et de sacrifices.

Il serait trop simple, il serait fort inique d'aller chercher d’emblée la richesse et la jouissance sur une terre où l’on a semé, des siècles durant, la terreur et la mort.

Les générations sont solidaires : Delicta majorum immeritus lues! Les nations de l’Europe ont à expier en Afrique le crime de leurs ancêtres, l'homicide d’une race; mais la justice qui répare est mère de la prospérité qui récompense.

Plusieurs des problèmes les plus poignants que soulève aujourd’hui la condition morale et sociale des popu-

lations ouvrières du vieux continent trouveront une solution normale par la mise en valeur des vastes ressources de l'Afrique.

La charité entre peuples et races n’est pas moins sainte et moins féconde que celle entre les hommes individuels.

Ainsi s'exprime Banning.

Et les artisans de cette charité entre peuples et races sont les jeunes hommes de savoir, de désintéressement comme Jean De Windt, qui sont les premiers ouvriers de la mise en valeur des vastes ressources de l'Afrique, les premiers et aussi les nécessaires, les indispensables pour la réalisation de la consolante prophétie de Banning.

Le nom de Jean De Windt a sa place dans le groupe de ceux qui ont donné leur vie à l’œuvre congolaise pour la faire grande, par amour d'elle même, sans penser de lucre, sans espoir de récompense plus haute que le bonheur personnel d’avoir servi plus faible que soï; ear il est grand de servir les petits autant qu’il est petit de servir les grands.

De Windt est mort à 22 ans, trop tôt pour son pays.

Et voyez ce qu'était déjà son actif scientifique :

Le 1% janvier 189%, nommé aide-préparateur au laboratoire de minéralogie et de géologie de l’Université de Gand.

En juillet 1896, nommé docteur en sciences naturelles, groupe C des sciences géologiques.

Lauréat au concours universitaire pour les sciences minérales, période 1894-1896. Obtient 19 points sur 20; le jury propose de faire imprimer, aux frais du gouvernement, le travail couronné.

Lauréat au concours universitaire des bourses de voyage, période 1896-1898. (Séjour à Vienne chez Penek et à Berlin chez von Richthofen.)

Voiei maintenant les travaux scientifiques de ce tout jeune homme :

I. « Recherches sur la constitution des iles. Essai de classification des îles au point de vue génétique. » (Bulletin de la Société royale de géographie de Bruxelles, 1897.)

If. « Relations lithologiques entre les roches considérées comme cambriennes des massifs de Rocroi, du Brabant et de Stavelot. » (Mémoires couronnés publiés par l'Académie royale des sciences, lettres, ete., de Belgique, t. LVI, 1896, avec 3 planches.)

Docteur Jean De Windt.

IL. « Morphométrie de Ténériffe. » (Bulletin de l’Académie royale de Belgique, janvier 1898, avec 3 tableaux et 1 carte.)

IV. « Sur les isochores océaniques. » (Mémoires couronnés publiés par l'Académie royale de Belgique, avec 3 Cartes.)

Enfin, au moment où j'engageai Jean De Windt comme second de l'expédition scientifique que j'avais le grand honneur de commander, le jeune savant achevait, en collaboration avec le professeur Berweth, du Musée de Vienne, un « Rapport sur les sédiments de mer profonde recueillis par la Pola, pendant les expéditions scientifiques dans la Méditerranée, de 1890 à 1897 ».

Avais-je raison d'attirer l'attention sur l'actif scientifique du docteur Jean De Windt?

Ai-je raison de dire que son pays ne peut pas l’oublier ?

Ai-je eu raison, — parlant dans la salle de l'hôtel de ville d’Alost, — de dire aux Alostois combien Jean De Windt honorait son berceau natal.

Eh bien, si j’ai eu raison, qu'Alost, ville natale d’un savant martyr, sache comment il faut conserver un nom qui l’honore !

Pour nous, résolus à ne regarder que de l'avant, vers le point si lointain qu'il faut atteindre et d’où il faudra revenir, nous reprenons notre travail.

Les pêcheurs sont retournés au lieu de l'accident pour continuer leurs recherches et tâcher de renflouer la pirogue.

Un courrier, porteur d’une dépêche chiffrée, part d'urgence pour le territoire anglais.

Et j'écris le triste rapport au gouvernement; nous établissons les certificats de décès; on inventorie ce que les plongeurs retirent successivement.

A 10 heures, on apporte le baromètre à mercure de De Windt; l'instrument est entièrement hors d'usage. Puis c’est une malle ne contenant que des effets et un cachet; le fusil de De Windt; une de nos deux caisses de pharmacie, dont il ne restera qu’à jeter le contenu; et encore une caisse de machettes du matériel de la mission.

Entre-temps, Dardenne est envoyé aux tombes; des hyènes sont venues la nuit, qui ont excavé à mi-profondeur les fosses des noirs; celles des blanes ont été respectées ; Dardenne y fait disposer des tumulus de lourds blocs de grès rouge qu'on entoure d’une barrière de bambous; puis notre délicat camarade peint une aquarelle qui sera jointe au rapport ofliciel, pour être remise à la famille.

Des boys viennent offrir leurs services : on en engage trois qui seront nourris, habillés et payés à raison d’une brasse d’étoffe par mois.

A 16 heures, on retire du lac la malle bain de Dardenne; toute la peinture extérieure du couvercle a été enlevée; le matériel apparaît poli et luisant, disant ce qu'a été le frottement sur le sable et le gravier dans le remous des flots.

La malle est remplie d’eau et de boue; elle contenait la chambre noire, système du commandant Blain; on n’en retrouve que les débris.

Enfin la journée s'achève, longue et fiévreuse, et de nouveau on se couche avec l’appréhension du cauchemar !

Vendredi, 12 aout 1898.

Mauvaise nuit pour tout le monde.

N'importe! Qu'on ne s’'abandonne pas !

Le courrier, terminé hier soir, est emporté par de bons coureurs vers Soumbou, premier poste du territoire anglais, d’où on l’expédiera vers le Nyassa et le Zambèze.

Le soleil brille superbe.

Le moment est venu de procéder à notre première observation astronomique.

Mais, avant d'en parler, il convient de consacrer un chapitre de ce récit, — et ce sera le suivant, — à ce

qu'était notre tâche personnelle dans la mission et au matériel dont nous étions munis pour la réaliser.

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