‹ Mission scientifique du Ka-TangaChapitre 6 sur 47 · CHAPITRE LIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIT

Nécessité des observations astronomiques au Congo. — Importance des observations magnétiques. — Programme et idées du capitaine Delporte. — Instructions spéciales pour le chef de la mission du Ka-Tanga. — Matériel pour les observations astronomiques et magnétiques.

Dans une brochure intitulée Astronomie et cartographie pratiques à l'usage des explorateurs de l'Afrique, le regretté capitaine Delporte exposait, dès 1889, comment il comprenait le programme d'un explorateur géographe.

Par des exemples pris dans l'histoire même du Congo, il mettait en relief la nécessité méluctable d'observations astronomiques au Congo, grâce auxquelles disparaîtront peu à peu les cartes trop imprécises dont on a dû et doit encore se contenter.

Rappelons quelques-uns de ces exemples.

Une carte, dressée en 1884 par l’Institut géographique de Bruxelles, place la station de l’Équateur par 17°. 25! de longitude est de Greenwich. En 1885, un article de M. Du Fief, dans le Bulletin de la Société royale de Géographie de Bruxelles, donne 18°. 36' pour la longitude de la même station. Entre ces deux valeurs, la différence est de 1°. 11!, soit 130 kilomètres.

En 1887, le voyageur français Rouvier trouve comme longitude d'Équateur-Ville 18°. 13/, valeur bien diftérente des deux premières, car entre elle et celle de l’Institut géographique il y a 88 kilomètres et avec celle de M. Du Fief 42 kilomètres d'intervalle. Le voyageur français était seul près de la vérité, la longitude d'Equateur-Ville ayant été trouvée de 18°. 16! par la mission scientifique du Ka-Tanga, dans des conditions d’approximation assurant la minute.

Autre exemple : Delporte examine et compare trois croquis du Stanley-Pool, l’un de Stanley, le second de Comber, le troisième de Grenfell. Voilà trois noms de voyageurs absolument remarquables, consciencieux, dignes de foi. Pourtant leurs trois croquis n’ont qu'une vague ressemblance, quant à la forme du lae, et ils sont complètement dissemblables quant à lorientation et aux dimensions.

Aïnsi, d’après le croquis de Comber, il y a entre Léopold-Ville et Ki-Mpoko une différence de longitude de 9 minutes environ, tandis que d’après M. Grenfell cette différence de longitude est de 20 minutes. Écart entre les deux valeurs : 11 minutes ou plus de 20 kilomètres ; en d’autres termes, la largeur du Pool est doublée.

En latitude, le lac s'étend, d’après Comber, de 4. 10! à 4°. 20, soit sur 10 minutes: tandis que d’après Grenfell il s’étend de 4. 3! à 4°. 22’, soit sur 19 minutes. L'écart est énorme, presque incroyable: si lon trace les croquis de Comber et de Grenfell, le premier ne couvre que le quart du second.

I y à plus : les latitudes données par Comber et Grenfell sont d’une inexactitude réellement inexplieable: Léopold-Ville est située par 4°. 19. 36! de latitude sud, valeur fixée par Delporte et Gillis, en sept soirées d'observation, par 42 étoiles, avec une erreur moyenne d'environ 1,"8.

À notre passage à Léopold-Ville, nous avons consacré deux soirées à une détermination nouvelle de la latitude, qui, par 98 étoiles, fut trouvée égale à 4°. 19', 45".

Ur, notre point de station étant à 295 mètres au sud du point Delporte et Gillis, nos latitudes devaient

différer d'environ 8 secondes. Elles diffèrent en realité de 9 secondes, ce qui met à 1 seconde d'arc seulement la différence entre nos observations ramenées au même point.

D'où vient pareille concordance à côté de l’inexactitude et de la discordance des travaux précédents ? Simplement de ce que Delporte, Gillis et leur élève ont employé des méthodes d'observation et des instruments bien choisis et dont ils étaient les maîtres.

L'absence de cartes suflisamment précises a eu trop souvent des résullats considérables. Rappelons les débats auxquels donna lieu, en 1886, la délimitation vers l'équateur des territoires de l'État indépendant et du Congo français. Ces débats n'avaient d'autre cause que le vague qui planait sur les déterminations astronomiques faites dans ces parages. La longueur totale du chemin de fer Matadi-Léopold-Ville avait été fixée à 450 kilomètres, alors qu’elle n’atteint pas 400 kilomètres, malgré ses nombreux lacets.

Je me rappelle nos discussions avec le major Thys, quand j'afirmais qué les itinéraires levés par moi en 1890, entre la Lou-Fou et Léopold-Ville, ne me permettaient pas d'accepter les chiffres fixés par ses ingénieurs, et qu'à mon estime le chemin de fer ne dépasserait guère un développement de 375 kilomètres. Ces discussions avaient lieu sur le tracé même du chemin de fer que nous parcourions avec les ingénieurs belges envoyés en 1895 par le gouvernement belge.

Le chiffre exagéré de 450 kilomètres provenait de linexactitude des positions cartographiques de Matadi et de Léopold-Ville; la longitude de Matadi était en erreur de plus de 50 kilomètres.

Je cite cet exemple parce qu'il y aurait eu grand avantage à pouvoir dire, à ceux dont on sollicitait l’aide pécuniaire, que le chemin de fer projeté aurait non pas 450 kilomètres, mais une centaine de moins:

A ces exemples, j'ajouterai encore la longue série de rectifications qui caractérise les travaux de la mission scientifique du Ka-Tanga. Nous avions avec nous la dernière carte de l'Etat indépendant, publiée en 1898; nous y rapportämes les points fixés par nous, ef pas un seul des points importants de la zone orientale et méridionale de l’État ne fut trouvé à son exacte place cartographique : Lofoï, les chutes Ki-oubo (Djouo des anciennes cartes), Bounkéia (résidence de Msiri), les gorges du Nzilou, le Kassaï, le lac Di-lolo, toute la ligne de faite Congo-Zambèze sur 800 kilomètres de longueur, tout cela subit des déplacements de position allant jusqu’à 35 kilomètres, et pour un point dépassant un degré en latitude.

Or, avec une erreur de 1 degré, on pourrait, en Belgique par exemple, se croire sur la Meuse, alors qu'on serait sur les bords de lEscaut.

Continuant nos travaux astronomiques sur la route de retour, nous vimes toute la rive occidentale du Tanganika se reporter dans l’ouest, par un mouvement de rotation autour de Moliro ; ainsi l'embouchure de la Lou-Kouga (par laquelle ont passé tous les voyageurs de tous pays dans ces parages) à été déplacée de 92 kilomètres dans l’ouest.

Déplacements analogues pour Baudouin-Ville, Mpala, Mtowa, Mi-Foucho (dit Soungoula), Ka-Bambaré, Ka-Songo, tous ces points se déplaçant vers l’ouest; à partir de Ka-Songo, les déplacements se produisent vers l'est, Riba-Riba, par exemple, s’éloignant, vers le nord-est, de 40 kilomètres de l’emplacement qui lui est

assigné par les cartes actuelles ; le fleuve relevé par nous entre Ka-Songo et Stanley-Ville,

et fixé en position par quatorze stations géodésiques, — recoupe quatre fois le tracé des cartes actuelles; la côte occidentale du lac Tanganika et le Lou-Alaba sont en réalité plus près lune de l’autre qu’on ne le croyait, d'environ 60 kilomètres.

Voilà, pensons-nous, surabondamment prouvée la nécessité inéluctable des observations astronomiques au Congo, faites par de vrais observateurs, munis de bons instruments et employant des méthodes d’observation parfaites.

On voit moins aisément, au premier abord, l'utilité des observations magnétiques.

Pour mettre en lumière leur importance, — suivant les trois composantes de déclinaison, d’inclinaison et d'intensité, — Delporte fait un résumé succinct de ce qui a été réalisé par les peuples civilisés, pour apporter un peu de clarté dans la connaissance du phénomène le plus complexe et le plus délicat qu'offrent, à ce jour, les forces naturelles.

On sait que, dans l’état actuel de la science, les éléments du magnétisme terrestre comprennent la recherche de la déclinaison de l'aiguille aimantée, de son inclinaison et de l'intensité magnétique.

Les points d’égale déclinaison sont réunis par des lignes dites « isogoniques », ceux d’égale inclinaison par les « isocliniques », ceux d’égale intensité par les « isodynamiques ».

Des cartes donnant le tracé de ces lignes, — avec leurs variations, — sont, pour la navigation, d’une utilité facile à concevoir.

Sur terre, elles facilitent ou plutôt rendent possibles les levés rapides faits à la boussole par ordinaire voyageur.

Aussi les nations ont-elles rivalisé d'efforts pour étendre le champ de ces recherches.

Et le capitaine Delporte, — exposant les raisons qui militent en faveur d'observations dans le voisinage de l'Équateur, et en particulier dans l'énorme masse encore inviolée du continent africain, — le capitaine Delporte, avec toute sa foi de savant modeste, rappelait que, dans le généreux tournoi des peuples entrés dans la lice magnétique, la Belgique n’avait pas été la dernière à se distinguer et qu'elle avait un passé de gloire à soutenir dans le monde scientifique.

On sait comment Delporte, ayant Gillis comme adjoint, se rendit alors au Congo.

Il avait entrevu les dangers qui l'y menaceraient, non pour renoncer à l’entreprise hardie, mais pour la regarder bien en face, en s’écriant :

« Ne l’oublions pas, le savant pas plus que le missionnaire ne s'arrête devant la menace des dangers à courir. Les deux genres de fanatismes se ressemblent : le fanatisme seul ou, si l’on veut, la foi seule est capable de grandes œuvres ! »

Il s’en alla.

Ses cendres reposent à Jamais en terre d'Afrique, ajoutant un des noms les plus beaux et les plus purs au nécrologe douloureux qui restera une gloire historique pour la Belgique.

Il est un grand exemple, que les élites ne se lasseront jamais d’imiter.

Qu'il eût été heureux de connaître l’héroïque voyage de la Belgica dans les mers antaretiques, où l’un des nôtres, le lieutenant d'artillerie Danco, commença les travaux magnétiques achevés par le lieutenant d'artillerie Lecointe!

Un jour, — le 7 juin 1898, — un trou fut laborieusement creusé dans la glace qui emprisonnait la Belgica ; un grand sac en toile, — le linceul d’un brave, - placé sur un traineau, fut hàâlé jusqu'à ce trou; et Danco disparut, deux fois raidi, par la mort et par le gel.

En traçant ces mots, mes yeux se gonflent de lourdes larmes, saintes consolatrices des rancœurs qu'inspirent la vulgarité des esprits, la banalité des consciences donnant le ton dans nos réunions d'hommes! Et la majorité est fatalement de leur côte!

Les sceptiques du jour, dit Banning, traitent l'âme humaine à la façon d’un marécage : ils prétendent l’assainir en la desséchant.

Pourtant les joies du sacrifice sont supérieures aux plaisirs de la jouissance : ceux-ci laissent une saveur amère, celles-là une saveur divine.

Malheur aux âmes qui sont impropres à les goûter, et dont les ailes alourdies ne savent que raser la terre sans pouvoir se dégager d’une atmosphère dépourvue d'oxygène moral!

Lorsque, en novembre 1897, le gouvernement du Roi-Souverain voulut bien nous appeler à l'honneur d'organiser et de conduire dans le sud de son territoire une mission scientifique, notre première pensée fut pour Delporte; notre désir immédiat fut de reprendre son programme ; notre intime souhait de n'être pas trop indigne de cette tâche.

Mes instructions disaient :

« La conduite de la mission est confiée à M. le lieutenant Lemaire, qui sera spécialement chargé :

« 1° Des déterminations de latitude, longitude et altitude ;

« 2° De la détermination des trois composantes magnétiques; « 3° Du relevé cartographique des itinéraires parcourus ;

« 4° Des observations météorologiques ; « 5° De la botanique et de la faune économique ; « 6° Des mensurations anthropologiques. »

Pour arriver à réaliser les trois premiers paragraphes de ces instructions, je m'en fus sans retard trouver le commandant Gillis qui, avec ce dévouement absolu qu'on rencontre encore entre frères d'armes, se chargea de me donner l’enseignement qui m'était indispensable.

La première chose que nous devions faire était de commander les instruments; ce fut encore Gillis qui me

désigna ce qu’il fallait prendre, et, dès maintenant, je dois dire, — avec joie, — que ces instruments se comportèrent excellemment et que tous, sauf un, sont revenus en Belgique en parfait état et prêts à continuer leurs services plus tard.

L’instrument resté en Afrique est un théodolite remis par moi à une commission de délimitation, dont les instruments ne méritaient guère que d'être jetés au Tanganika.

Quant aux instruments qui ont fait toute la traversée de l'Afrique, — en étant employés quasi-journellement, bien entendu, — j'ai eu l'honneur et le bonheur de les présenter en séance de la Société royale belge d'Astronomie, afin que des gens du métier pussent se rendre compte de leur parfaite conservation.

Notre matériel d'observation comprenait :

I. Un cercle méridien construit sur commande à Paris, dans les ateliers de la maison Secretan.

Sans entrer ici dans tous les détails de cet instrument, disons seulement que les dimensions de la lunette — 56 millimètres d'ouverture; 55 centimètres de longueur focale principale; champ de 31 minutes, — permettaient l'observation certaine des étoiles de cinquième grandeur (par un ciel clair, sixième grandeur); on pouvait done observer aisément les étoiles de culmination lunaire.

Le réticule portait 9 fils horaires, — dont un fil milieu,

l’écartement de deux fils étant d'environ 12 secondes de temps,

intervalle nécessaire pour reprendre l'heure au chronomètre entre les

passages de l'étoile à deux fils successifs.

Le nombre des fils horaires avait été fixé à 9 pour avoir l'heure du passage des astres au méridien à moins d’un dixième de seconde près, tout en évitant d'observer trop en dehors du méridien.

Oculaire double, dont l’un, positif, grossit environ vingt-cinc I 5 É

fois; l’autre, coudé, permettant les observations aisées au zénith, avait

un degré de champ et un grossissement 19; il pouvait faire révolution sur lui-même sans changer la mise au point; de plus, il était doué d’un mouvement parallactique (déplacement latéral), de sorte que son axe optique pouvait se placer suecessivement sur chaque fil du réticule, condition d’exaetitude dans l'observation du passage d’une étoile où du bord de la lune.

L'axe de rotation de la lunette était percé d’un trou eylindrique par lequel pénétrait la lumière servant à éclairer le réticule, par le moyen d’un petit miroir argenté incliné à 45° sur l’axe optique de la lunette.

Le cercle gradué avait 25 centimètres de diamètre; ses divisions allaient de dix minutes en dix minutes, chaque quadrant étant divisé de 0° à 90°; les verniers se trouvaient dans le même plan que le limbe et donnaient les dix secondes d'arc (secondes sexagésimales).

Le niveau du cercle des distances zénithales était fixe; une division de ce niveau valait 4,22 (secondes d'arc), d’après mesurages effectués à l'observatoire de Belgique.

Enfin, l'horizontalité de l'axe de rotation était réglée au moyen d’un grand niveau mobile, dont les divisions, mesurées également au eerele mural de FObservatoire d'Uccle, furent trouvées égales à 05,27 chacune (seconde de temps).

Signalons que tous les nivellements de l'instrument furent faits par la méthode des retournements,.

a Al

Pour plus de détails immédiats, nous renvoyons au travail de Gillis, publié par le Bulletin de l'Académie royale de Belgique, le 5 novembre 1899, sous le titre : « Observations astronomiques et magnétiques exécutées sur le territoire de l’État indépendant du Congo, par les capitaines Delporte et Gillis », et au premier des 16 mémoires justificatifs de nos observations astronomiques, magnétiques et altimétriques.

Le cercle méridien se décomposait comme suit, pour le transport :

a) Une caisse en chêne renfermant la lunette proprement dite, avec réticule de rechange, oculaire coudé de rechange et tournevis pour les niveaux ;

b) Une caisse en chêne, renfermant le pied en fonte du cerele méridien et les supports de lanterne ;

c) Une caisse en chêne, renfermant les accessoires suivants : quatre lanternes avec mèches, une alidade en cuivre avec pinnules, un petit niveau à bulle d'air, un déclinatoire en cuivre, deux décamètres en ruban métallisé, une chaîne d’arpenteur avec fiches, deux fils à plomb avec pointes mobiles, les trois crapaudines du pied du cercle, des fioles de rechange pour les niveaux, une peau de chamois, un flacon d'huile fine, une boîte de rouge à polir, un blaireau et des fils de cocon (pour le magnétomètre), le tout réparti dans une dizaine de boîtes en bois blanc.

Ces trois caisses étaient reçues à leur tour dans des boîtes matelassées, que nous renforçämes à un moment donné par des bandes en fer prises à nos ballots d’étoffe.

Les caisses « et c exigeaient chacune deux porteurs; la caisse b en demandait trois; le transport se faisait au moyen d’une perche reposant sur les épaules des porteurs.

Le transport de pareilles caisses sur la tête doit être interdit de façon absolue, pour la question de leur mise à terre, qui ne peut se faire sans danger que par l'emploi de la perche.

Le cerele méridien comportait encore un pilier en chêne remplaçant les ordinaires trépieds des instruments géodésiques et topographiques; ce pilier formait la charge d’un porteur ; il ne comportait que des garnitures métalliques en cuivre, parce qu’il devait recevoir aussi le théodolite magnétique. Le dit pilier était enfoncé en terre de 30 centimètres et fortement empierré et damé plusieurs heures avant l’observation.

Enfin, six jalons, une mire parlante, une petite mire pour rectifier la déviation azimutale, complétaient les accessoires du cerele méridien.

L'ensemble valait 2,000 francs.

II. Comme réserve de l'important instrument que nous venons de caractériser sommairement, fut commandé à la maison Hurlimann, à Paris, un théodolite, qui est bien linstrument le plus robuste et le plus agréable d'emploi qu’on puisse souhaiter pour des travaux de deuxième ordre.

Le cercle azimutal et le cercle de hauteur ont 13 centimètres de diamètre et sont divisés sur argent en 30 secondes {secondes sexagésimales); un prisme permet les observations zénitales, la lunette étant

excentrique; le réticule comprend un fil horaire, un fil de hauteur et deux

fils de stadia; enfin, une pièce accessoire permet la détermination de la déclinaison magnétique.

Je fis ajouter un coulant à crémaillère avec réticule sur verre, et une

fiole de niveau de rechange.

Le tout coûta 892 francs.

La constante de stadia, pour le réticule à fils d’araignée, fut fixée en mars 1898, à l'Institut cartographique militaire, avec l’aide des commandants Gillis et Fabry; une première observation donna 106,3; une deuxième 106,7; ce qui laissa comme moyenne 106,5.

Le théodolite, protégé également par une caisse extérieure matelassée, formait une charge réduite, le trépied étant porté à part; il est prudent de ne donner aux porteurs d'instruments que des charges réduites.

III. Venait alors le magnétomètre Delporte, construit dans les ateliers de la maison Ed. Sacré, à Bruxelles, sur les plans mêmes du capitaine Delporte; l'instrument employé en Afrique par le regretté oflicier avait été remis au laboratoire de physique de l’école militaire; d'accord avec le gouvernement de l’État indépendant du Congo, je demandai à pouvoir être mis en possession de l'instrument créé par Delporte, ce qui me fut accordé.

Cet instrument est revenu de son long voyage, et lorsqu'il rentrera au laboratoire de l’école militaire je ne doute pas qu'il ÿ trouvera une place à part, en récompense des nombreux services rendus, qui en font désormais un instrument historique.

Ayant dû, avant notre départ, le faire remettre en ordre par l’ouvrier qui l’avait construit, le brave et adroit P. Boët (aujourd’hui établi pour son compte), je fus amené à redéterminer les constantes pour le caleul de l’inclinaison et de l'intensité. Ceci fut fait à l'Observatoire royal, en mars 1898, avec le précieux concours de M. Charles Lagrange.

Le magnétomètre était aussi protégé par une caisse extérieure matelassée; l’ensemble ne formait qu’une charge, mais jy mis toujours deux porteurs.

Comme bibliographie, nous emportions : la Connaissance des Temps, le Nautical Almanac et l'Astronomisches Jahrbuch pour 1898, 1899 et 1900; les Observations astronomiques et magnétiques de Delporte et Gillis; Astronomie et Cartographie pratiques de Delporte; Cours d'Astronomie pratique de E. Caspari; la Table de logarithmes de J. Dupuis, d’après Callet, Véga, ete.; Logaithmisch-Trigonometrische Tafeln, du D' Th. Albrecht; la Planisphère Philip, montrant les principales étoiles visibles à chaque heure de l'année, par 35° de latitude Sud.

C'est avec le matériel que nous venons d’énumérer que je travaillai à l’Institut cartographique, sous l’amicale et savante direction de Gillis.

Entre autres travaux, signalons la détermination, pour le cercle méridien, des distances des fils au fil milieu; pour cette détermination vingt-neuf circumpolaires furent observées, du 21 mars au 6 avril 1898; la différence entre la moyenne des fils et le fil milieu fut trouvée égale à environ 0°,95, — pour le cercle à l’est, + pour le cercle à l’ouest.

Pendant la période où se fit cette détermination, je puis bien — aujourd'hui — dire ce que fut notre genre de vie.

Levé à 7 heures, déjeunant en hâte, pour se mettre aux calculs de l'observation de la veille, jusqu’au moment d'aller à l’Institut cartographique; courir de là, dans l'après-midi, à l'Observatoire d’Uccle et en revenir à la nuit tombante à l’Institut, pour nous enfermer, Gillis et moi, dans le petit abri astronomique, où l’on travaillait Jusqu'à 23 heures, voire jusque passé minuit.

Entre les étoiles cireumpolaires, dont on attendait le passage, on trouvait parfois le temps de dégringoler jusqu’à la cantine pour s’y réchauffer un peu, car, malgré nos grands manteaux, nos chaudes pantoufles et nos bonnets, on peut croire qu'il faisait plutôt frais.

Entre l’Institut et l'Observatoire, je m'arrêtais vingt minutes chez Mocder Lambic, où j'avalais dare-dare quelques tartines de fromage, arrosées d’une bouteille de gueuse.

Alors, le soir, si l'observation finissait à temps pour me permettre d'attraper un tram vers la ville, j'avais la chance de trouver encore de quoi souper avant de m'aller coucher; plus d’une fois, je soupai par cœur : c’étaient les jours où la besogne avait le mieux marché.

Mais que de reconnaissance je garde à jamais au commandant Gillis, des longues heures de nuit qu’il vint ainsi passer pour moi, sur la petite plaine de l’Institut cartographique, à un moment de l’année où le coin du feu familial doit être si doux, si prenant.

J'écris ceci pour mes amis; ©est pourquoi je puis donner ces détails qui, peut-être, étonneront quelques-uns de mes compatriotes, convaincus que pour se bien préparer à un voyage au Congo, rien ne vaut banquets et réceptions.

Un mot à propos des boîtes matelassées qui contenaient et protégeaient les caisses d'instruments. Ces boîtes avaient été confectionnées surtout en vue du transport à bord des bateaux. Mais je constatai de suite quel avantage il y aurait à les conserver pour le transport par caravanes. Aussi, si un avenir plus ou moins éloigné me réserve encore

de voyager avec des instruments

de précision, Je ferai confection-

KKKFKFKKKKFFFFFFFKKKKKKK

ner des caisses en aluminium du modèle ci-contre, destinées à recevoir les caisses en bois renfer-

DJS

LCL LC LL LIU

mant les instruments.

Comme le montre le croquis, ces caisses en aluminium se Com-

poseraient de deux parties très

SCSRSSESSSSKEREENEEE EN ERREEREEREET RTE TI

LDDOMmOÔMMMMMMMM D - simples: l’une, munie de poignées,

formerait le dessous, l’autre n’étant qu'un ordinaire couverele, mais sans charnières ni glissières. Pour le transport, engager une perche, un bambou, à travers les poignées et amarrer la caisse pour l'empêcher de glisser.

Avec de pareilles caisses, plus rien à redouter des plus fortes pluies; par suite, tranquillité d'esprit parfaite pour le voyageur.

Les méthodes préconisées par Delporte furent celles que nous employämes à notre tour; elles sont décrites dans les Observations astronomiques et magnétiques de Delporte et Gillis, dont nous avons déjà parlé plus haut; nous y renvoyons ceux que la chose intéresserait particulièrement; pour l’emploi du théodolite d’Hurlimann à la mesure de la déclinaison magnétique, emploi dont il n’est pas parlé dans le travail de Delporte et de Gillis, nous l’avons décrit dans le premier des mémoires justificatifs de nos observations.

Disons seulement que la mesure de la déclinaison par le théodolite d'Hurlimann prend — si on y emploie deux aiguilles — plus d’une heure et demie d’un travail assez pénible, tandis que le déelinomètre de Delporte fournit la même donnée en vingt minutes, également par deux aiguilles.

Page 1