CHAPITRE IV
Premières observations. — La tente observatoire. — Diagrammes de la température et de la pression atmosphérique pour la semaine du 8 au 15 août : curieuses constatations. — Arrivée d’une caravane de Ki-Touta. — Dernières formalités relatives à la mort de De Windt et Caisley. — Visite au potager. — Service de pêche de la station. — Travaux
divers. — Diagrammes des températures et des pressions du 15 au 22 août. — Promenade jusqu’à Moliro-village. — La tréfilerie du cuivre rouge. — Le lac Souzi. — Visite nocturne d’un fauve, léopard ou lion. — Résultats des observations astronomiques et
magnétiques. — Vilaine morsure.
Vendredi, 12 août 1898 (suite.
Je reprends maintenant le réeit interrompu, au chapitre précédent, le vendredi 12 août 1898.
Le moment, disions-nous, était venu de procéder à notre première observation astronomique, qui devait se faire par la méthode des hauteurs correspondantes appliquées à messire Soleil.
L'opération, commencée à 10 h. 30 m., se terminait à 13 h. 30 m.; une première valeur de la latitude était obtenue ; le méridien était fixé ainsi que le dh approché du demi-chronomètre; je dis le dh approché, car, ne connaissant pas encore l'exacte longitude de Moliro — que nous avions précisément à fixer par une série de culminations lunaires —, je n'avais pu élablir qu'à quelques secondes près l'ascension droite du soleil, à son passage au méridien de Moliro.
Les données que j'attendais de cette observation par les hauteurs correspondantes devaient me servir surtout — je lai déjà dit — à préparer les observations de nuit au eercle méridien, en me fournissant une première valeur de la latitude pour l'établissement du catalogue d'étoiles, en me fournissant aussi le méridien, et l’heure à faire marquer à mes chronomètres pour que leurs dA fussent très voisins de 0.
On entend par dh d’un chronomètre, où encore par état d’un chronomètre, la différence positive ou négative existant entre l'heure que marque l'instrument au passage méridien d’une étoile, et Pascension droite de cette étoile; en d’autres termes encore, c’est la différence entre Pheure du chronomètre (instrument humain, donc variable) et l'heure de cette pendule sans variations qu'est la sphère sidérale dans sa rotation apparente de l’est à l’ouest.
Comme je prenais Moliro pour point de départ de nos travaux, il y avait un certain avantage de calcul à faire marquer par nos chronomètres une heure très voisine de l'heure sidérale de Moliro; l'idéal eût été d’avoir l'heure exacte de Moliro et de la conserver.
Mais à l’impossible nul n’est tenu.
Javais done laissé s'arrêter les deux chronomètres, ne conservant en marche que le demi-chronomètre, pour la première prise d'heure; celle-ci faite, j'attendis le moment de remettre les chronomètres en marche; quand nous y fûmes, les instruments furent remontés, mais, par suite d’une erreur de lecture au moment de leur imprimer Ja secousse de mise en marche, l'heure se marqua en différence de douze minutes environ sur l'heure sidérale de Moliro; ce dh de douze minutes était d’ailleurs fort acceptable, et il ne valait pas la peine que l'observateur touchât aux aiguilles des chronomètres, opération qui n’est jamais avantageuse.
Par chance, la marche de nos chronomètres, se combinant avec le sens de notre reconnaissance, qui se faisait de l’est vers l’ouest, amena cette heureuse coïncidence que les dh allèrent en se rapprochant de 0, circonstance avantageuse simplement au point de vue des calculs, de la facilité d'établissement du catalogue d'étoiles de chaque soir, et enfin de la sûreté de lecture des chronomètres.
Ceci, bien entendu, n’est qu’un détail de pratique des instruments; mais ceux qui ont beaucoup observé savent que le « métier » joue un grand rôle dans l’emploi des meilleurs instruments.
La Bruyère disait : « C’est un métier de faire un livre »; nous pouvons dire aussi justement : « C’est un métier de faire des observations astronomiques ».
Et l’une des premières et grosses remarques que nous étions amenés à consigner dans ce métier, était qu'une observation au soleil, telle que nous venions de l’effectuer, était des plus pénible et fort propre à frapper d'insolation n'importe quel observateur. Et je ne parle que pour mémoire de la multitude de mouchettes essayant de trouver place dans les veux, le nez et les oreilles des observateurs.
Dans l'après-midi, une première valeur de la déclinaison fut recherchée au théodolite d'Hurlimann, en compagnie de nuages de mouchettes agressives.
Je calculai également une première valeur de l'altitude de Moliro.
Rien d’autre à signaler pour cette journée, si ce n’est que les plongeurs n’ont rien retrouvé aujourd'hui des malles et des caisses qui sont encore dans l’eau, et aussi, que j'ai prié le chef de poste de préparer le recrutement de 200 hommes qui nous seront nécessaires pour gagner Mpwéto-Station, lorsque nos travaux seront terminés à Moliro. Le chiffre 200 a effrayé M. Helaers, qui ne croit pas arriver à trouver un tel nombre d'hommes dans les villages soumis à son autorité, villages dont la plupart ne comptent que quelques dizaines d'habitants.
Samedi, 13 août 1898.
Nuit sans sommeil.
Minima de la nuit : 19,6.
Vers 9 heures, on retrouve près du village de Moliro, à une heure du poste, le corps d’un des trois piroguiers gardés par les flots du Tanganika. On l’enterre auprès de ses compagnons d’infortune.
Je fais dresser la tente destinée aux observations astronomiques.
Delporte et Gillis, lors de leur voyage au Congo, étaient munis d’un type de tente d'observation bien compris : la charpente permettait de découvrir complètement une bande méridienne avec le zénith tout à fait libre; un plancher permettait de circuler autour du pilier des instruments sans lui imprimer de trépidations.
A côté de ces avantages, cet abri avait l'inconvénient d'exiger 14 porteurs; il fallait niveler très convenablement le sol pour pouvoir l’édifier, ce qui prenait pas mal de temps; enfin, comme tout matériel en boïs, il était de conservation plutôt difiicile en Afrique.
Pour ces diverses raisons, j'avais songé à remplacer l'abri Delporte par une simple tente convenablement transformée.
Javais donc fait construire une tente à double toit, de dimensions un peu plus faibles que celles des ordinaires tentes à deux lits (type des tentes Eddington, fabriquées à Bruxelles par M. Van Campenhout.
En faisant cette commande, je commettais une double erreur : d’une part, il eût fallu augmenter les dimensions de la tente au lieu de les diminuer ; d'autre part, le double toit était inutile, done nuisible.
Quoi qu'il en soit, nous étions donc munis d’une tente dont le toit et le double toit étaient découpés de manière à pouvoir s'ouvrir suivant une bande méridienne; naturellement fallait-il orienter la tente en conséquence.
Notre premier emploi de cette tente nous la fit condamner immédiatement : trop petite, il était quasi impossible de s’y installer ; de plus, les observations vers le zénith (les meilleures) étaient gènées par la traverse reliant les montants de la tente.
Je voulus néanmoins y effectuer une soirée d'observations.
Die