U8 MISSIONS
« Un matin, écrivait-il à la date du 14 septembre, j'y dis la messe, puis on dégarnit ma chère église de tous ses ornements , et je rassemblai mes enfants à l'heure du départ. Je leur parlai encore une fois : je pleurais ; mes auditeurs sanglottaient ; c'était à fendre l'âme. Nous, mission qui mourait, nous primes pour le succès des autres missions , et nous chantâmes tous ensemble : « Je mets ma confiance , Vierge, en votre secours. » Celui qui entonna eut la voix étouflée par un sanglot , et quelques voix seulement arrivèrent jusqu’à la fin. Je partis. Il est triste, je vous assure, pour un missionnaire de voir une œuvre si jeune et si vigoureuse expirer entre ses bras. Quelques jours après , j’appris que les Indiens, malgré leurs dispositions paisibles, avaient été surpris et faits prisonniers de guerre. Sous le prétexte d’un conseil à tenir, on les réunit, et la force militaire s'en empara au nombre de huit cents. Le gouvernement me faisait inviter en même temps à les accompagner au pays qu’il leur destine ; la séparation de leur prêtre étant un des motifs qui empêchaient les Indiens de consentir à leur exil. Je répondis que, soumis à mon évêque, je ne pouvais rien faire sans sa permission. Il me l’avait refusée , pour écarter tout soupç:»" de connivence de l'autorité ecclésiastique aux rigoureuses mesures du pouvoir civil.
La Providence ordonne admirablement toutes choses, Elle voulut que monseigneur eût en ce temps même à consacrer l’église de Logansport. La cérémonie était fixée au 9 septembre, et le 7 les Indiens devaient camper sur leur route d'exil à un quart de lieue de Logansport. Un matin, le 5 septembre, monseigneur,
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D'AMÉRIQUE. 09 : revenant de Chicago, entre dans ma chambre à Southbend : « Mon fils, dans une heure nous partons pour Logansport: » et il me prodigua toutes les consolations qui sont dans l’âme d’un père. J'étais tranquille comme un homme qui ne remue pas sous un } poids qui l’écrase. Nous partons: nous apprenons en } route que les Indiens , poussés la baïonnetie aux reins, comptaient dans leurs rangs un grand nombre de malades ; que plusieurs, entassés dans des wagons de transport, étaient morts de chaleur et de soif. Ces nouvelles étaient autant de glaives qui perçaient mon cœur. Enfin, le 7 au matin, monseigneur me donna la permission de suivre les émigrants , à condition de reveni: au premier ordre, ou dès qu’un autre missionnaire serait venu me remplacer. J'allai voir mes cnfants. Je ne croyais pas d’abord pouvoir entrer au camp sans auto-
0 risation. ils sortirent tous, venant à moi pour avoir ma
bénédiction. Les Américains, rangés en haie, étaient dans le plus grand étonnement. « Cet homme, disait le général, à plus de pouvoir ici que moi. » 11 me fut permis d'aller et de venir partout. Le sourire reparut À parmi la désolation de l'exil; nous nous retrouvions en famille. Le dimanche , 9 septembre, monseigneur consacra l'église de Logansport : j’officiai au camp : aprèsmidi monseigneur y vint, et confirma une vingtaine de mes bons sauvages. Cette journée a été un beau triomphe pour la foi catholique ; toute la ville était au camp, étonnée des Indiens ct édifiée de leur piété. Les journaux américains en ont parlé , et partout on a lu avec
3 émotion l'admirable scène de cette congrégation réunie
sur des nattes devant un autel improvisé sous un grand
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