‹ Missions d'Amérique, d'Océanie et d'Afrique [microforme]Chapitre 20 sur 41 · IRES · texte numérisé non relu

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MISSIONS D'AMÉRIQUE. 57 les avait amenés de si loin à la ville? Ils me répondaient en baissant les yeux et souriant d’un air ingénu : C'est pour te voir, Père, c'est parce qu'on nous a dit que tu élais un de nos ancicns Pères, que tu arrivais exprès pour nous du pays de nos frères. Veux-tu accepte. nos présents de sirop et de miel? Ce que je faisais d’un cœur au moins aussi ému que le leur. A mon tour, je leur offrais mes christs et mes images, dons mille fois plus chers à ces bons Indiens que tout ce qu'ils m'avaient apporté.

» Plusieurs de ceux qui ont passé de l’autre côté du détroit et qui ont embrassé la secte des méthodis -, sont venus m’exprimer combien ma présence avait reveillé en eux de regrets et de honte. Deux de leurs chefs furent même députés pour traiter, au nom de tous, de leur retour à l’unité. « Père, me dirent-ils, nous savons bien à présent que ta prière est celle des missionnaires qui ont converti nos ancêtres ; nous voyons bien aussi que les pasteurs qu'on nous a donnés et qui n’ont pas de robe noire, ne sont F«s plus Pères que nous. Crois-tu que nous pourrions encore revenir à ta prière ? Si tu veux écrire à ton grand chef, afin qu'il nous rende tous les droits dont jouissaient nos aïeux dans ces églises qu’ils ont autrefois données à tes Pères, nous sommes prêts à nous réunir à toi et à nos frères les catholiques. »

« Le zélé missionnaire qui a vieilli avec eux à l’extrémité du diocèse, où ils sont encore, pour la plupart, païens et barbares, m'a répété qu'il trouvait partout les mêmes dispositions , le même empressement à accueillir les Robes-noires , qui, seuls à leurs yeux , sont les vé-

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ritables ministres du Grand-Esprit. À ce sujet, il me raconta un fait qui lui était arrivé quelques jours auparavant. « Il y a six mois , me dit-il , traversant le lac Michigan pour visiter des tribus d’Indiens catholiques, nous fûmes jetés par le vent dans une rivière inconnue à mon pilote. Bientôt nous aperçûmes , au fond d’une baie , des sauvages qu'à certains signes mes compagnons jugèrent être de ces peuplades cruelles qu'un étranger ne rencontre pas impunément. Néanmo'ns, plein de confiance en Dieu, j'ordonnai de voguer vers le rivage. Quand les Indiens virent ma robe noire, ils accoururent à notre rencontre et nous reçurent en amis. Après les présents d'usage , ils me racontèrent que, dans leurs dernières courses de chasse, ils avaient trouvé des guerriers de leur tribu convertis à la bonne priére , et que ceux-ci les avaient fortement engagés à suivre leur exemple. « Si tu veux, ajoutèrent-ils, rester quelques mois avec nous pour nous instruire , nous recevrons tous ton baptême. » Le chef, homme farouche , que je vis en particulier, me déclara qu’il avait entendu parler de ma doctrine, qu’elle rendait en effet les hommes meilleurs , et qu’il n'empêcherait pas ses sujets de l’embrasser ; mais que pour lui, c'était chose impossible , attendu qu'il avait commis trop de crimes et qu’il ne pourrait plus assez se réformer pour rester fidèle à tout ce qu'il aurait promis. Quelques jours passés au milieu d'eux ne me permirent que de jeter dans leurs cœurs les premiers germes de linstraction chrétienne, et je partis après n'être engagé à revenir bientôt cultiver leurs bonnes dispositions. Maïs , ajouta ce bon missionhaire, je n'ai pas encore pu, faute d'argent, tenir ma

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D'AMÉRIQUE. 09 parole. Cependant , voyez comme la grace est toujours près de ceux qui Ja désirent. Ilier, je reçus la visite de trois sauvages inconnus à tous les miens. « Père , me dirent-ils, nous venons du Gr'and-Partage, lieu qu'habite leur tribu ; c'est à nous que iu as prowis de donner bientôt l'instruction et le baptême. Depuis ton départ, il s'est présenté un homme qui se dit P#re comme toi et veut nous imposer sa prière. Le chef lui a demandé pourquoi il ne portait pas de 7'obe noire et pourquoi il avait une femme. Il a répondu que cela ne faisait rien, et que sa doctrine ne diffère pas beaucoup de la tienne. Nons venons, au nom du chef, savoir de toi la vérité ; faut-il l’attendre au Gr'and-Partage, ou bien devonsnous recevoir la prière de cet inconnu ? » Vous pouvez juger de là combien les premières impressions de la vérité sont profondes dans ces âmes dociles et douées ; d’ailleurs , d'autant de perspicacité que de droiture.

» Un missionnaire du Canada eut aussi le bonheur de préserver de l'hérésie une tribu entière de huit cents Indiens qui allaient y tomber. Attirée par les présents et les bons traitements du gouvernement anglais, elle avait émigré de notre diocèse et s'était rapprochée du centre de la propagande méthodiste ; bientôt arrivérent les prédicants de la secte, Mais le chef et les anciens de la peuplade , sachant qu'il y avait une bonne et une mauvaise prière , ne se pressèrent pas de prendre un parti , bien que les ministres se fussent déjà construit un vaste presbytère au sein de la tribu. Sur ces entrefaites, un jeune missionnaire eut connaissance du danger spirituel que couraient ces sauvages ; il alla sur les lieux mêmes reconnaitre s'ils n'avaient point accédé aux

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