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60 MISSIONS sollicitations des protestants , et fut assez heureux pour les trouver encore indécis. Aussitôt il vole en porter la nouvelle à son évêque qui évangélisait une mission voisine, l'instruit des heureuses dispositions des Indiens et l’assure que sa présence suflira pour les décider en faveur de la vérité. Le digne prélat quitta tout pour suivre son jeune prêtre auprès de ses brebis sur le point de s'égarer. À son arrivée, les méthodistes l’accueillirent avec honneur , lui offrant de descendre chez eux, vu que les sauvages n'avaient pas d'habitation convenable, Cette offre était un piège : l'évêque le comprit, et alla simplement se reposer sur les feuilles sèches de l'Indien ct souper avec lui de son chevreuil et de ses poissons. Les anciens tinrent conseil toute la nuit. Le lendemain, sur la demande du Grand-Pére!, la tribu s’assembla et entendit de sa bouche tout ce que Dieu avait mis dans son âme d’évêque et de missionnaire. Quand il eut fini de parler, le chef s'avança vers lui avec son air de gravité et de puissance souveraine : «Tu viens de nous dire la vérité. Nous savions bien que c'était toi qui avais la meilleure prière ; si tu veux nous laisser ton jeune Père pour nous l’apprendre, nous allans lui élever une maison ; nous en construirons aussi une en l’honneur du Grand-Esprit , et ta foi sera seule prêchée, ton baptême seul reçu parmi nous. » Je n'ai pas besoin de dire avec quelle joie le saint évêque accorda leur demande. Maintenant cette tribu forme une véritable paroisse de bons et fervents chrétiens, sous la conduite du jeune prêtre qui l’a préservée de l'hérésie.
» Le même missionnaire me disait encore qu'il a vu
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D'AMÉRIQUE. ‘61 plus d'une fois se reproduire , au bord de ses lacs et au fond de ses forêts, ces traits d'une Providence visible et miraculeuse qui signalaient l'assistance journalière de Dieu au temps de la primitive Eglise. Il m'en cita l'exemple suivant, que je voudrais pouvoir vous redire avec toute l'émotion qui animait son récit, « Un de mes sauvages, de mes enfants, me disait-il, avait ramené des chasses de l’hiver yne jeune fille de cette tribu. Je l’instruisis , je la baptisai et la lui donnai pour épouse. Elle s'appelait Catherine. Au bout d'un an, son mari mourut. La pauvre veuve , seule désormais et étrangère, s'enfuit un jour sans rien dire à personne , et depuis on n'entendit plus parler de Catherine. Le mois dernier , revenant d’une mission , nous fûmes surpris par un gros temps, et notre canot, forcé de céder au courant et à l'orage , entra dans un golfe inconnu à mes Canadiens. Comme nous étions à nous abriter sous le feuillage de ces arbres majestueux qui bordent la côte, nous aperçûmes sur l’autre rive des sauvages rôdant çà et là, pour mieux nous distinguer. Ils n'étaient pas des nôtres. Je voulus les connaître, et je dis à mes matelots de ramer de leur côté ; pour moi, je me tins debout sur le canot avec ma robe noire. Aussitôt une extrême agitation se manifesta parmi les sauvages ; je les vis m’appeler de leurs signes, et le plus grand d'entre eux s'élança dans l’eau et vint au-devant de nous en me tendant les bras. Toute la peuplade , accourue sur le rivage , se pressait autour de moi, me fixait d’un regard avide, et paraissait si absorbée dans cette contemplation, que personne ne disait rien. Alors j’aperçus derrière les autres une femme que je crus reconnaître ,
et je lui dis : « Catherine , n'est-ce pas vous , ma fille?...» En effet, c'était elle. Encouragée par ces paroles, elle vainquit sa timidité naturelle, et vint se jeter à mes pieds. J'appris alors que cette bonne néophyte n'avait rien oublié de sa religion et de ses prières ; que , rentrée dans sa tribu, elle avait raconté à ses frères tout ce qu'elle savait du christianisme , et qu'elle avait réussi à le faire goûter à plus de la moitié de sa peuplade , qui se réunissait à elle pour parler de notre Dieu et chanter en commun ses louanges. Tous désiraient son baptême ; mais il leur manquait un ère, et ils n'en avaient jamais vu.
» Cependant lé Seigneur prenait soin de fortilier leur foi naissante. Pendant une maladie qui affigea la tribu , plusieurs sauvages avaient invoqué le Dieu de Catherine, et s'étaient trouvés guéris. Le chef lui-même était de ce nombre. Quoique près de mourir, il avait obstinément résisté à toutes les sollicitations de Catherine. Enfin sa sœur, fervente catéchumène, s'étant présentée de nouveau pour tenter un dernier effort, au moment où les devins étalaient autour du moribond tous leurs signes magiques, avec accompagnement de musique funèbre, elle lui répéta qu’une 'prière au Dieu des chrétiens ferait plus pour sa santé que toute sa confiance aux mauvais génies. Cette fois le sauvage l’écouta avec plus d'attention ; il réfléchit quelques instants ; puis , appelant sa femme, il lui ordonna de congédier les musiciens , de ramasser tous les caractères magiques épars dans sa tente, et de les brûler à la porte, ajoutant qu'il était résolu d’embrasser la foi de Catherine et de se mettre sous la protection de son Dieu. La femme obéit ;
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et à peine avait-elle fait disparaitre les derniers symboles de la superstition, que le malade se leva en parfaite santé. [1 alla de ce pas trouver notre pieuse néophyte, et ne la quitta pas qu'il n'eût appris d'elle la moltié de ses prières. C'était ce chef qui s'était jeté à l'eau en apercevant le Père à robe noire dont Catherine lui avait tant parlé.
» J'achevai d'instruire ces sauvages, et au jour fixé pour leur baptême , la pensée me vint d'imiter, dans cette solitude , Jean-Baptiste au désert, Sur le bord du lac , au milieu d’une belle plage de sable blanc , s'élevait un rocher autour duquel je rangeai mes catéchumines, an nombre de cent quatre-vingt-six. De là, comme d’une chaire, je les préparai pendant trois heures an sacrement qu'ils allaient recévoir ; et comme je voulus commencer la cérémonie par le chef de la tribu que j'avais, à ce dessein , mis au premier rang, je remarquai qu'il était allé se placer après tous les autres. Lui en ayant demandé Ja raison , il me répondit : C'est au plus coupable à être le dernier.
» Quelle doit être la joie d’un humble missionnaire , instrument de tant de miséricordes et témoin de si touchantes dispositions, c'est ce qu'un cœur chrétien peut aisément sentir, mais ce qr'e je renonce à exprimer.
re tt re Po Pme eme dns Late nome