DANS L’ARCHIPEL GAMBIER
Lettre de Mgr l’évêque de Nicopolis à feu M. Coudrin, supérieur de la société de Picpus.
Archipel Gambier, Île d’Akéna, 14 novembre 1837.
« JE sais l’intérét que vous portez aux missions de l'Océanie ; aussi suis-je heureux de vous faire part de nos succès el de n95 revers, de nos joies et de nos peines. La petite mission de Notre-Dame-de-Paix ne cesse point de prospérer ; la piété va tonjours croissant, et nous sommes témoins chaque jour des prodiges de grace que le Seigneur opère dans l'âme de nos chers insulaires. !1 règne parmi eux une admirable émulation pour le bien; l’ardeur que ce peuple , autrefois si apathique , fait paraître pour le travail, nous est une garantie du changement opéré dans ies mœurs ; la jeunesse surtout donne l'exemple de l’activité et de l’ardeur. Les missionnaires ont trouvé le secret de rendre le travailintéressant, Nous regardons ce moyen comme efficace
pour conserver l'innocence de nos chrétiens: ici plus qu'ailleurs l'oisiveté est funeste à la vertu. Nous ticherons donc de les occuper tous ; et nous aimons mieux ies voir faire des riens, que de les voir ne rien faire, On comprend qu'il est difficile d'occuper toujours s:'ieusementi tant de monde, daus un pays où les instruments nous manquent , où l'agriculture se réduit à arracher les mauvaises herbes qui crsissent auiour de l'arbre à pain ; car , cet arbre se reproduisant de ses racines, il n'est besoin ni de labour ni de plantation. En ce moment nous faisons beaucoup de défrichements, et nous tâchons de recGnquérir les terres que la paresse des anciens propriétaires avait laissé envahir par les roseaux.
» Ce que nous avons le plus à cœur, c'est de coustruire des églises plus décentes et plus solides que les misérables hangards dont il à fallu nous contenter jusqu'à ce jour, quoiqu’ils donnent entrée aux animaux, aux insectes, aux vents et à la pluie. En vérité, si la foi ne nous enseignait pas que notre divin Maître est né dans une pauvre table , oserions-nous chaque jour offrir l’adorable Victime dans un lieu si pen digne de sa majesté? D'un autre rôté, chez un peuple pareil , il est presque toujours nécessaire de frapper les sens, pour pénétrer jusqu’au cœur. Oui, il me semble que le jour où je verrai dans l'Océanie quelques églises où l’on puisse célébrer et conserver décemment l’auguste Mystère , ce jour-là je mourrai content.
» Nous avons entrepris à la fois deux chapelles, l’une à la grande île, l'autre dans le petit ilot d’Akéna où je fais ma résidence. J'ai béni la première pierre de celleci le 24 octobre 1837, jour de saint Raphaël, à qui elle
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EP) lyigu üi time pouvons à sont plei # lemuat q ils ne so tériaux € ressource Fabien ; outils de hors de s 2 du chart suffire à divine Pr de M. Car nos herm ces instru navire n’a biteur ins se nommé la mer; ici elle es l'entamer » Perm veau sur
suffire à
Courage q Qu'on se une ile d
+ ici plus 99 est dédiée ; elle aura de cinquante à cinquante-cing pieds us tichie 4 de long sur vingt de large, la sacristie comprise dans cmieuxies d !: luigueur. Elle sera construite en pierres brutes, avec
un ciment de chaux et de sable; c’est tout ce que nous pouvons faire, faute d'outils et d'ouvriers. Nos insulaires sont pleins de bon vouloir , mais c’est à la longue seurracher les F4 lemvat qu'on pourra les former à ces strtes d'ouvrages ; bre à pain ; \ ils ne sont encore en état que de transporter les maes,it n'est %Æ tériaux et de servir de manœuvres. Ainsi, toute nolre
à faire, On y s’rieusenstruments
e moment [M ressource consiste dans nos deux bons frères, Soulier et
oustâchons [S Fabien; et encore se trouvent-ils présentement sans
les anciens |: outils de maconnerie; ceux qu'ils avaient apportés sont
aux. % hors de service. Nous avons une forge ; mais aù préndre
st de cous- D du charbon ? et puis, deux hommes seuls ne sauraient
ides que Îles suffire à exercer tous les métiers; ils espèrent que la | tenter jus- M divine Providence viendra à leur secours par l'entremise
« animaux, D de M. Caret. J'ai fait distribuer dans la grande ile toutes
vérité, si la nos herminettes, en ajoutant la promesse de remplacer
1 Maître est ces instruments lorsqu'ils seraient usés, Jusqu'ici aucun
chaque jour navire n’a pu nous en fournir, et me voilà devenu dé-
eu digne de biteur insolvable. La pierre que nous employons à bâtir . | le pareil ,it M se nomme puga dans la langue du pays ; on la tire de | ès sens , pOur la mer; à la grande ile, elle se travaille facilement ; | que le jour ici elle est plus dure , et il faut de fortes pointes pour
ises où l'on |$ l'entamer.
augustée Mys- | » Permettez-moi, mon bon Père, d’insister de nou-
veau sur l'impossibilité où se trouvent nos frères de apelles , l’une suflire à tous les besoins ; ce n’est assurément pas le d'Akéna où je courage qui leur manque ; ce sont le temps et les forces. re decelle- Æ Qu'on se figure de pauvres missionnaires arrivant dans él, à qui elle une île dénuée de tout, où ils n’ont pour abri que la
voûte du ciel, pour vêtements que ce qu'ils ont apporté, pour nourriture que celle du pays, bien aigre et bien amère à des estomacs étrangers : voilà notre position
au milieu d'un peuple paresseux , toujours prêt à rece- & voir, hors d'état de donner aucun secours. Il a donc !
fallu tout créer, et pourvoir à tous les besoins. En ar- L: rivant ici, nos frères ne trouvèrent pas même de quoi 4 faire un manche de marteau , et ce ne fut qu'avec beau- 3 coup de peine qu'ils se procurèrent quelques morceaux À é de bois pour les objets de première nécessité. Durant 1 deux années nous avons couché , les uns sur les malles, ; les autres sur des claies de roseaux ; des pierres brutes, À des troncs d'arbres nous servaient de siège. J'ai célébré À dans l’une de nos églises un baptème de quatre-vingts f
personnes , durant lequel mon trône épiscopal était une
vertèbre d'une baleine échouée sur cette côte, à une À époque dont on a perdu le souvenir. Actuellement nous (à
sommes un peu mieux, du moins à Akéna; nous avons une petite maison et des chaises ; et tout cela, nous le devons à nos chers frères. Dans les autres îles, le missionnaire est encore dénué de tout , aussi bien pour luimême que pour le saint ministère.
» Il ne faut point compter sur les prêtres pour les
travaux manuels ; outre qu’ils y sont ordinairement peu | versés , leur ministère, à toute heure réclamé, leur in- k terdit de se livrer à aucune autre occupation. Les diffi- F cultés d’une langue qui n'est soumise à aucune règle, et dont ils sont obligés de faire usage plus tôt qu'ils ne vou- k draient, pour distribuer le pain de la parole , absorbent
tous leurs moments de loisir ; ils se croient fort heureux
habits de cet embar cile, € en sav raitre seigner » Je verrez chers G services sansrés il la dor Fabien , là truel tissant :
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D'OCÉANIE. 73 habits ct de laver leur linge; car aucun n'est exempt de cette double obligation. La dernière n'est pas fort embarrassante ; mais la première est un peu plus diflicile, et pour surcroît d'embarras, les insulaires, qui en savent encore moins, exigent des leçons. Il faut pa-
raitre ne rien ignorer, et l'on es souvent obligé d'en-
seigner ce qu'on n’apprit jamais.
» Je désire, bon Père . que tous ceux que vous enverrez ici soient aussi vertueux , aussi laborieux que les chers Gilbert et Fabien ; ils nous rend: at les plus grands services. Dieu, à la gloire duquel ils se sont consacrés sansréserve, leur donne évidemment l'intelligence comme il la donna autrefois à Béséliel et à Oliab dans le désert. Fabien , menuisier de son état, n'avait de sa vie touché
la truelle ; il vient de faire son apprentissage , en bàtissant avec Gilbert la petite maison que j'habite. Tout le monde la trouve faite de main de maître ; cela me fait
espérer qu'ils réussiront encore mieux à nous construire des églises , pourvu que Dieu leur donne vie et santé. A la grande île , le frère Florit fait l’école et apprend aux insulaires à tailler le puga; de notre côté, nous travaillons à monter notre imprimerie. Car, bien que nous ne possédions pas encore parfaitement la langue , nous ne laisserons pas d'imprimer bientôt les prières el les instructions les plus faciles et les plus nécessaires.
» Je ne vous dirai pas, bon Père, que la paix et l'union n'ont pas cessé de régner parmi vos enfants. Et comment pourraient-ils se faire la guerre entre eux, puisqu'ils se sont unis pour la faire au démon ? M. Laval à exerce le saint ministère dans les trois îles ; Dieu lui a donné le talent de la direction des âmes, Je compte
l'envoyer dans quelques jours à Crescent , qui n'est pas loin de l'archipel. M. Liausu demeure à la grande tle; ses connaissances en médecine ont été fort utiles à la mission. La première année, ces peuples avaient été altaqués d’une sorte d'épidémie ; il conserva la vie à un grand nombre de malades , et procura le baptême à la plupart des mourants. Ses remèdes, presque toujours heureux , lui ont acquis l’affection et la confiance des insulaires. Au veste , il prétend , dans sa modestie , que la médecine de ces pays se réduit à fort peu de chose.
» Le pauvre vicaire apostolique réside toujours à la petite île d’Akéna; il porte ses vœux bien plus loin; mais jusqu’à ce moment la divine Providence ne lui a pas permis de les réaliser. Vous savez les efforts que nous avons faits pour ne pas demeurer oisifs, au milieu d'un si vaste champ. Au moins , si le Seigneur retarde encore l’accomplissement de nos désirs , faites en sorte , par vos prières, que ce ne soit pas à cause de mes péchés.
» Encore un mot sur le dérûment de nos chrétiens. Jusqu'ici ils ont trouvé le moyen de se vêtir ur peu avec les produits de la pêche de la nacre ; mais la nacre s’épuise, Les vêtements qui nous viennent de France ou de Valparaiso ne sauraient suflire pour tant de monde ; nous sommes à la veille de voir un peuple si intéressant retourner, malgré lui, à la nudité du paganisme. Oh! qui aura pitié de sa misère? Le coton vient en abondance dans nos iles ; quelles obligations ne vous aurionsnous pas, bon Père, si à tout ce que vous avez fait pour nous vous pouviez ajouter un autre bienfait, ce'ui de nous envoyer un homme capable de mettre le coton en œuvre ! Outre l'avantage de vêtir les membres de
Extrait
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n'est pas ande île; iles à la aient été \ vie à un
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êtir un peu ais la natre de France on t de monde ; si intéressant ganisme. Oh l jent en abonvous aurionsavez fait pour fait, ce'ui de ettre le coton s membres de
LE
D'OCÉANIE. 75 Jésus-Christ, nous aurions encore celui d'occuper une grande partie de la population, ce qui est essentiel pour la conservalion du bien opéré jusqu'à ce jour.
» Veuillez, mon bon Père, excuser, avec votre indulgence ordinaire , cette lettre écrite à la hâte. Se me recommande à vos prières, à celles de toute la famille , et je suis pour la vie votre dévoué fils. »
Extrait d'une lettre de M. Cyprien Liausu, prètre de la saciété de Picpus.
Archipel Gambier, 22 janvier 1837.
u. , . . . Cette année nous avons fait, dans les trois petites îles , la procession du Saint-Sacrement. Les reposoirs, simples et pauvres, avaient cependant leur beauté ; les bois étaient garnis d'étoffes, qui se font de l'écorce du mûrier à papier; quelques guirlandes en feuilles d'arbre achevaient la décoration , chef-d'œuvre de M. Laval, qui y avait travaillé pendant plus d'un mois. Les pieux chrétiens d'Europe , en voyant la disposition de ces reposoirs, n'auraient pu s'empêcher d'admirer l'adresse de l'ouvrier , tout en gémissant sur la pénurie des ornements. Mais , je le dis avec peine, nos autels sont encore bien plus pauvres, formés de roseaux entrelacés ; et pour toute parure et toute marque de religion, nos églises en feuilles ne possèdent qu’une petite croix. Cependant les trésors et les parfums que le Seigneur aime, la foi, la simplicité, la ferveur , ne manquent point sous ces temples indigents. Nos néophytes se comportèrent, à ces processions , comme des
76 MISSIONS religieux le pourraient faire en France. Le roi et ses oncles portaient le dais. Les habitants des trois îles ap-
portaient auprès des reposoirs tout ce qu'ils avaient, ligic
pour l'offrir, disaient-ils, au Scigneur Dieu Rédemp- adm
|! teur, Cette procession n'aura lieu l’année prochaine que quel dans la grande île !, en g
» Nos néophytes désirent communier fréquemment, et d'un.
ce serait pour eux une peine bien sensible que de se | plus | priver de ce bonheur aux grandes fêtes. Quand ils doi- n'élai | | : vent communier , ils disent, mais d’une manière gra- | pées ( Ji cieuse en leur langue : Nous allons nous unir à Notre- | sous | 1 | Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et notre Roi. | chemi | » Le 15 août, il y eut dans la grande île sept cents À hibées communions. Le soir , je parlai de la cérémonie qui se long «
faisait en France pour honorer la sainte Vierge, et re- celle d
nouveler la consécration de ce royaume à l’auguste Sou- patiss:
ue veraine des anges et des hommes. Ensuite j'interpellai 1 le roi, qui, ayant à son côté son drapeau et autour de | lui ses quatre oncles, répondit tout haut qu'il voulait, lui aussi, consacrer sa personne, son peuple et son territoire à la Vierge protectrice et Mère des Chrétiens. La cérémonie fut frappante pour eux et pour moi.
actuel pas de
1ll cd la femm fut chez dial de
nisme sc nouvellel placer le Dieu, «
1 M. Honoré Laval, dans une lettre de la même date , ajoute quelques traits à celte intéressante description : « Le chemin par où devait passer le Saint-Sacrement fut sablé dans toute sa longueur. Les enfants, les pères même et les mères, s’employaient sans relâche aux préparatifs de la cérémonies ils à vinrent demander permission de travailler la nuit, de crainte de n'avoir pas fini au jour indiqué, 11 y eut trois reposoirs dans chaque île, La procession fut maguifique; on marchait sur deux | rangs, le Saint-Sacrement était au milieu, porté par Mgr le vicaire apostolique. Nos néophytes avaient apporté toutes leurs pro visions , et les avaient étalées sur le passage pour y faire descendre la bénédiction de Notre-Scigneur, »
ji et ses îles apavaient , Rédemp- \aine que
nment, et que de se \d ils doinière gra- * à Notre- Roi.
sept cents nie qui se ge, et reguste Souinterpellai autour de ‘il voulait, et son ter- Chrétiens.
moi.
date , ajoute
ment fut sablé et les mères, érémonies ils de crainte de reposoirs dans
D'OCÉANIE. 77 » Réjouissons-nous donc, mon cher confrère ; la religion vient de faire des hommes ici. Quel changement admirable! Autrefois ces insulaires , plus féroces en quelque sorte que les bêtes sauvages, ne cessaient d'être en guerre. Les femmes surtout , renvoyées fréquemment d'une famille à une autre, menaient une vie mille fois plus dure que celle des esclaves. Les mets de choix n'étaient que pour les hommes ; les femmes, frapptes d’une sorte d'anathème , ue pouvaient pas rester sous le même toit, s'asseoir à la même table. Bien des chemins leur étaient interdits, et bien des terres prohibées ; elles ne pouvaient marcher et cultiver que le long de la mer; en un mot, la raison d'autrefois était celle du plus fort 1, Aujourd’hui, humains, doux , compatissants, charitables , ils n’obéissent qu'à la voix de la religion; elle seule dirige toutes leurs démarches et leurs entreprises; ils vivent comme les plus ferventes et les plus régulières communautés d'Europe; ce que je dis n'est point exagéré. Voilà , en peu de mots, l’état actuel de la mission. J'embrasse tous mes frères , il n’est pas de jour où ils ne reviennent à ma pensée. »
{ll est néanmoins probable que le souvenir du péché, qui par la femme entra dans le monde, était aux tles Gambier, comme il le fut chez tous les peuples de l'antiquité païenne, le motif primordial de l’opprobre où Janguissaient les filles d'Eve, Le christiapisme seul, en effaçcant la souillure originelle, en moutrant la nouvelle Eve victorieuse du serpent, apprend aux peuples à replacer les femmes au rang qui leur appartient, comme cufants de Dieu, comme sœurs de Marie, |
Lettre de M. Frauçois d'Assise Caret, vice-préfel apostolique de l'Océanie orientale , à madame la supérieure de la maison de Sainte-Clotilde , rue de Reuilly, à Paris.
Vaithobu , aux iles Marquises, Mission de la Sainte- Famille , le 6 mars 1839.
« Arrivé au lieu de ma destination, je tiens ma pro- » messe en vous retraçant un des plus doux souvenirs que j'ai recueillis dans ce long et pénible voyage.
» Je les ai vus ces bons néophytes des îles Gambier ,
mais je ne les ai vus qu’en passant, la Providence m'ayant marqué ma place aux îles Marquises. Il y avait long-temps que nous avions des projets sur cet archipel, où tant d’âmes languissent dans les ténèbres de l’idolâtrie ; mais nous n'avions pas trouvé d'occasion favorable pour nous y rendre, et nous manquions d'ouvriers. M A mon arrivée , une occasion se présentait, et j'amenais : des missionnaires ; vous pouvez penser que nous nous jp sommes empressés d'accomplir nos desseins. Il a donc À 1 | j été décidé que six missionnaires partiraient avec mon- P
il seigneur , et j'étais du nombre. Nous n’avons eu qu’un É mois de séjour , et nous l'avons employé à distribuer à | nos néophytes les vêtements préparés par la charité européenne.
» Nous voulions le même jour habiller le roi, la reine et l’ancien grand-prètre Matua avec les habits envoyés À par le saint-père , distribuer en même temps à chaque
famille de quoi se couvrir , et puis inaugurer la statue de la sainte Vierge donnée par Sa Sainteté Grégoire xvi. Nous disposâmes donc tout à cet effet. Le Père Laval parti d'Akéna pour Mongaréva un jour à l'avance, et
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la sta joli r pPapyr large ment, l'enta appor de pic » Lo mise, ajouta belle é joie p
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j'amenais nous nous Il à donc avec mous eu qu'un istribuer à charité eu-
pi, la reine its envoyés js à chaque er Ja statue régoire XVI Père Laval l'avance, et
2 pr TL NE Le RENE PTT
D'OCÉANIE. 79 prépara , dans l'enceinte même de la grande église en pierre dont les fondements sont creusés, un trône pour la statue de la sainte Vierge. I réussit à faire un assez joli repesoir, avec des coupons de calicot et d’étoffes papyriques du pays. Il dressa un entablement assez large avec des planches ; aux quatre coins de l'entablement, quatre pyramides couvertes d’étotfes du pays ; sur l'entablement, un petit trône orné de différents objets apportés de France; on y plaça aussi quelques tableaux de piété. Le tout produisait un effet assez frappant.
» Lorsque tout fut prêt, nous fimes la distribution promise, en commençant par le roi, la reine et Matua. On ajouta au vêtement du roi, donné par le saint-père , la belle épée offerte par S. M. le roi des Français. Quelle joie pour eux de se voir si bien vêtus? Matua ne put s'empêcher de s’écrier, ayant sur son corps de six pieds son bel habit à l’orientale : « Qu'étions-nous autrefois ? » Toutes les familles reçurent quelque chose; il y avait de quoi pleurer de joie de voir leur contentement. Nous fâmes témoins, dans cette distribution d’un trait qui nous édifia beaucoup. Un des néophytes avail recu , par mégarde, plus qu'il ne devait recevoir ; il rapporta promptement ce qu'il avait reçu de lrop, craignant qu'un autre ne fût frustré, et nous laissa édifiés de sa conscience pleine de justice et de charité,
» Lorsque cette distribution fut achevée, on fit l'inauguration de la statue de la sainte Vierge, qui icnait le premier rang parmi les dons reçus. Les néophytes furent avertis de se revêtir des habits qui venaient d'être
distiibués ; ceux qui n'avaient reçus que des coupons
non confectionnés, ne laissèrent pas de s’en couvrir,
Alors on disposa tout le monde sur deux rangs, et on procéda à la cérémonie. Les lanciers du roi, au nonihre e trente , se placèrent sur deux lignes. Les missionaires, au nombre de neuf sans compter le vicaire apostolique , prirent chacun leur place. Deux, habillés en diacre et sous-diacre , portaient la statue sur un brancard ; les autres prêtres marchaient après; tandis que Monseigneur suivait la statue, avec deux prêtres à ses côtés. Derrière Sa Grandeur venait le roi, la reine et Matua, tous les trois revêtus de leurs costumes d’honneur ; le roi portait aussi sa belle épée. La procession marcha ainsi avec beaucoup d'ordre, en chantant les litanies de la sainte Vierge, jusqu’à l'autel où devait être déposée la statue de Marie. Lorsqu'elle y fut placée, j'adressai la parole au peuple; je l’entretins de Marie, patronne des îles, de la grandeur des dons offerts par Sa Sainteté à l’église des îles Mangaréva; je n'oubliai pas les présents d'outils envoyés par S. M. la reine des Français ; l'intérêt , enfin , que tous les fidèles d'Europe portaient à leur mission. Nos bons néophytes étaient attendris jusqu'aux larmes. Monseigneur chanta la messe pour tous les bienfaiteurs, et donna, à la fin de la messe, la bénédiction papale , après avoir adressé à l'assemblée une allocution pathétique. Quatre messes avaient été dites , le même jour, pour les bicnfaiteurs de la mission. » Il ne nous restait plus qu'une cérémonie à faire avant de quitter nos chers néophytes, pour porter le flambeau de la Foi aux peuples féroces des îles Marquises ; il s'agissait de bénir et placer la première pierre de la première église qui va s'élever à Mangaréva , à la gloire du vrai Dieu, sous l’invocation de l’archange saint Mi-
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D'OCÉANIE, 8i chel. Ce fut le 7 janvier 1839 qu'eut lieu cette cérémonie , dans laquelle je parlai pour la dernière fois eu peuple de Ja grande île ; ce fut le 21 janvier que nous appareillâmes pour les Marquises. Que de iarmes répandirent les habitants de Gambier : « Nous croyions que tu revenais pour rester avec nous , me disaient-ils, et tu t'en vas ! À peine si l'on à vu ton visage !...., »
Fragment d'une lettre du P. Laval, de la société de Picpus, au P. Hilarion, de la même société,
Mission de N -D. de Paix, aux iles Gambier, 31 mars 1840.
«..... Nous remarquons avec plaisir que nos Chrétiens comprennent mieux de jour en jour les avantages du travail. Les hommes cultivent leurs terres, et se construisent des maisons commodes et solides, sur le modèle de celle que nous avons élevée pour notre usage, auprès de la nouvelle église. J'en compte déjà vingt-une dans la seule île d'Akamaru. Les femmes, après les soins du ménage, s'occupent à tricoter ; quelques-unes filent habituellement le coton. Ces dernières composent à présent huit ateliers, chacun de trente personnes: ils ont produit récemment dans l'espace de dix semaines,
huit cent cinquante-une livres de fil.
» Mais le travail principal , celui qui met en mouvement toute la population, est la construction d’une église à Mangaréva, l'ile principale, Vous jugerez , mon révérend Père, du zèle et de l’ardeur de ce bon peuple, par le tableau des fatigues que cet édifice lui coûte.
» Comme l'ile ne fournit pas de pierres , la plupart
ea MISSIONS
des pères de famille sont occupés depuis long-temps à exploiter des îlots de rochers, situés à près de cinq lieues en mer. Ils amènent ensuite ces matériaux sur des radcaux énormes. Remarquez que , pour aller comme pour revenir , ils sont obligés d'attendre patiemment le vent-arrière. Les pierres , une fois déposées sur le rivage, sont roulées à force de bras jusques sous la main des ouvriers. Une dizaine de naturels , dirigés par le frère Fabien, taillent ces blocs de granit, tandis que d’autres sont chargés d'élever les murs. Les jeunes gens se sont parlagé les diverses corvées , de manière à ce qu'une peuplade relève l’autre tous les huit jours. Ceuxci vont pêcher le corail pour faire de la chaux , ceux-là apportent d’une demi-lieue le sable nécessaire , etc. Les femmes elles-mêmes suspendent de temps en temps leurs occupations habituelles, pour aller chercher à la mon-
tagne les roseaux destinés à alimenter le feu du four à chaux. Elles sont chargées en outre, ainsi que les petits enfants, de faire, avec les filaments du cocotier , les cordes qui doivent être employées à la voûte et à la
toiture de l'église. C’est encore notre frère Fabien qui préside à tous ces travaux.
» L'année dernière , le roi fit un #ppel à la générosité de lout son peuple. Il fallait beaucoup de bois pour la charpente , la menuiserie , etc., et ces îles ne produisent guère que l'arbre à pin, végétal précieux d'où la population tire en grande partie sa subsistance, Néanmoins, il n'y cut personne qui ne se montrât disposé à donner plus qu’on ne voulait recevoir. Si nous disions à celui-ci : » Ta terre est trop petite ; » à celui-là : « Ton arbre est trop beau, nous ne le prendrons pas. — Qu'importe !
PR andere PURES Déni Si CSN ES
r'épor Dieu. lui qt
» V avons Chrét (dans {op :
l'espa fruits cette ( dire. !
éciair( nous :
miers ce ne
ng-temps à ès de cinq aux sur des ler comme jemment le
sur le risous la main igés par le | tandis que jeunes gens anière à ce ours. Ceux- Aux , ceux-là re,etc. Les temps leurs r à la moneu du four à ue les petits cocotier , les oûte et à la > Fabien qui
la générosité bois pour la e produisent l'où la popu- , Néanmoins, osé à donner ns à celui-ci :
lon arbre est Qu'importe !
D'OGÉANIE. 83 répondaient- ils, coupez toujours , c'est pour ie bon Dieu. N'est-ce pas lui qui nous les a donnés? n’est ce pas lui qui nous en donnera d’autres ? »
» Vous jugez bien, mon révérend Père, que nous avons veillé à ce que la générosité de ces bons et chers Chrétiens ne leur portât pas préjudice. L'arbre à pain (dans leur langue £'uneï) est très-délicat ; si on le plante trop serré , il demeure chétif; mais si on a soin de l'espacer , il devient un arbre majestueux et donne des fruits en abondance. Les naturels n'avaient pas su faire cette observation , leurs {umcis se touchaient pour ainsi dire. Nous avons donc profité de la circonstance pour les éclaircir, ce qui a rendu service à leurs plantations, et nous à donné en même temps le bois dont nous avions besoin.
» Vous ne sauriez vous faire une idée de l’ardeur avec laquelle nos insulaires poursuivent cett: entreprise : rien ne leur coûte pour la conduire à sa fin; non, je ne crois pas qu'aucun sacrifice fût capable de les arrêter. « Je tiens à cette église, me disait récemment un des premiers chefs, j'y tiens du fond de mes entrailles!» Et ce ne sont pas là de vaines paroles ; le roi et les chets nourrissent chaque jour à leurs dépens tous nos travailleurs ; les pêcheurs se sont chargés de fournir également tous les jours du poisson aux ouvriers, aussi long-temps qu'ils seront occupés à ce qu’ils appellent {e travail du Seigneur. Au reste, la construction avance rapidement ; déjà les murs sont arrivés à la hauteur du cintre des croisées ; de plus , tous les matériaux sont maintenant réunis , les pierres sont taillécs , et les bois destinés à la charpente se débitent avec toute la célé-
dau :
eh MISSIONS
mez-m rité que nos moyens nous permeltent. Malgré le zèle que RER à : : Fret sai nos Chrétiens déploient pour la maison de Dieu, ils ont : à : ; commi néanmoins cultivé leurs terres et défriché des landes où pee ni ns gar les sucurs de l’homme n'avaient jamais coulé. nai Pa: k ! H mécha » Je passe, sans autre transition, à quelques petits À élite détails qui vous intéresseront peut-être fort peu; mais à pa ü : : k é $ ân il faut que je cède à vos désirs en écrivant tout ce que # c | s grace à je sais.
| à A sœurs; » [l nous est mort, il y a peu de temps , une jeune fille diné le de quinze ans , nommée Marictta. C’est la première jeune détués personne que ma chrétienté ait encore perdue. Elle a ne croy:
laissé parmi ses compagnes la bonne odeur de Jésus- Christ, et sa belle mort a produit une impression qui
saint vie
» Je :
ne s’effacera pas de long-temps. x à PRETRE à ’ à Æ que je :
» Marietta avait fait la sainte communion le jour de la À A
Toussaint, et le lendemain elle avait accompagné la procession au cimetière, Le soir elle tomba malade. Deux jours après, on vint de sa part me chercher en toute hîte pour lui administrer les derniers sacrements ; je ne jugeai cependant pas qu'il fût encore à propos de lui donner le saint viatique. Le jour suivant , quoique la maladie ne partit pas avoir fait des progrès, je trouvai Marietta # dans un état indéfinissable qui me surprit, et je m'arrêtai auprès d’elle plus long-temps que de coutume.
Cela fut nistrer, que j'av il n’y av de comn durant Après l'avoir exhortée à la résignation et à la patience, u Véte
je lui demandai si elle n’avait point peur de la mort : é J ciel, » S
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de suite elle se mit à prier d’une manière si touchante M que ses paroles n’ont pu depuis s’effacer de ma mémoire, | mais je ne pourrais vous les traduire que faib'ment : À « Jésus-Christ, ayez pitié de moi, disait-elle, et don- |
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D'OCÉANIE. 85 mez-moi votre grace ! Jésus-Christ , qui êtes ma douceur au saint sacrifice de la messe , je vous ai reçu dans la communion au jour de la fête; ah! soyez bon à mon égard , ma communion a été bien faite, je ne suis pas méchante, ne soyez pas non plus sévère envers moi! Sainte Marie, gardez-moi! mon bon Ange, priez pour mon âme qui vous est confiée ! O mon Dieu ! donnez votre grace à mon père, à ma mère, à mes frères et à mes sœurs ; accordez-la aussi à Maïigret et à Laval, nos pères dans la pénitence! » Je m’aperçus alors qu’elle souffrait beaucoup; je la laissai entre les mains de ses compagnes, ne croyant pas qu'il fût temps encore de lui donner le saint viatique.
» Je retournai la voir sur le soir. Elle était si joyeuse, que je ne m'attendais à rien moins qu’à être témoin de ses derniers moments. Elle venait de prendre un peu de tisane fort gaîment , au point même qu’elle nous avait tous fait sourire, lorsque tout-à-coup, sans agonie , elle expira doucement, comme une personne qui s'endort. Cela fut si prompt, qu'il me fut impossible de l’administrer. Je m'en consolai sans peine , par la connaissance que j'avais de ses excellentes dispositions. D'ailleurs, il n’y avait que peu de jours qu’elle avait eu le bonheur de communier, et je l'avais confessée deux ou trois fois durant sa maladie. Sa pieuse mère disait en pleurant : « Je ne veux pas regretter ma fille, elle est montée au ciel. » Ses compagnes admiraïent une mort si édifiante, et ne pouvaient se lasser de faire l'éloge de leur amie ; elles se sont , de leur côté, montrées admirables par leur charité à son égard. Cinq ou six d’entre elles demeuraient comtinuellement auprès de son lit, et un pareil
nombre les remplacait successivement, Comme je faisais un jour remarquer à la malade la touchante assiduité de ces enfants, j’ajoutai : « Mais, qui récompensera leur charité? — Ce sera Dieu lui-même , me répondit-elle. » Nous l’enterrâmes avec toute la pompe possible. La population entière l’accompagna processionnellement , avec des torches de bois résineux à la main; et depuis, on ne parle de Marietta qu’en supposant qu’elle est au ciel,
» Cet évènement à fourni à nos chrétiens l’occasion de témoigner , d'une manière touchante , l'affection qu'ils ont pour nous. Le P. Armand venait de leur parler de la nécessité de bien vivre, s'ils voulsient obtenir la grace de mourir comme Marietta. Aprés l'avoir écouté avec grande ‘attention : «Ettoi, s'écriècent-ils, si tu venais à mourir, oh ! combien ta perte nous causerait de chagrin! comme T'épano ( Etienne, prénom de Mgr le vicaire apostolique) , comme Tépano pleurerait, lui qui a été si sensible au départ de Caret pour Taiti! Nous irions tous baiser tes restes vénérés, et peut-être que quelqu'un de nous expirerait de douleur. Où t'enterrait-on ? probablement Tépano voudrait te faire tuansporter dans l'église d’Aukéna ou dans celle de Madgaréva qui sera bientôt achevée. Pour nous, nous voulons que tu sois inhumé dans notre église de Taravai. Si tu meurs ici, nous ne te laisserons pas emporter ailleurs ; situ meurs ailleurs , nous irons te c'ercher, et nous ferons si bien, que Zépano nous donnera ton corps. Mais toi, dis d’avance que tu veux être enterré chez nous. N'est-il pas vrai? lorsque tu seras malade, tu écriras que tu veux reposer au milieu de tes enfants de Taravai, et alors T'épano respectera ta volonté. « J'ai presque honte , mon
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R. Père, de vous écrire des choses d'une si grande simplicité; mais vous comprendrez qu'un missionnaire à besoin de parler quelquefois des consolations que Dieu lui ménage.
» C’en est encore une bien sensible, de voir que l'ha-, bitude se soil établie parmi nos chrétiens d'invoquer les saints noms'de Jésus et de Marie, et de recourir à leur ange gardien et à leurs saints patrons, toutes les fois qu'ils se trouvent dans quelque danger pour l'âme ou pour le corps. Si vous demandez à l’un d’eux où il va, il vous répond ordinairement, avec une pieuse naïveté : « Nous allons en tel endroit, mon bon ange et moi. » Un iour que le chef de Taravaï, nommé Pierre, était absent, je disais à sa famille : « Pierre n'est pas de retour, qui vous gardera cette nuit ?-: Il est vrai, me réponditon , que Pierre n’est pas de retour ; mais nos bons anges sont AVEC NOUS... D
Lettre du R. P. Armand Chausson, prètre de la même société, au même.
Mission de N.-D. de Paix. Taravaiï, 5 novembre 1839.
« Nous faisons tous nos efforts pour établir parmi nos chrétiens les arts de première nécessité, l’agriculture surtout et la tisseranderie. Grace à Dieu , nos essais en ce genre ont pleinement réussi. Nous avons déjà pu monter trois métiers, avec les outils que sa majesté Louis- Philippe a bien voulu donner à la mission. Nous ferons mieux et davantage, à proportion des secours que nous comptons recevoir encore de nos frères d'Europe. Oh! s'ils étaient témoins des fatigues inouies que doivent
subir nos chrétiens pour mettre leurs déserts en culture , ils seraient touchés d’une grande compassion. Songez, en effet , que pour défricher des montagnes jusque-là stériles, ils n'ont pour instruments aratoires que des bâtons pointus.
» Permeitez-moi , monseigneur , de vous citer quelques traits, peu importants en eux-mêmes, mais propres néanmoins à faire comprendre le prodigieux changementque la grace a produit dans des hommes naguère si inhumains.
» Un enfant de Taravaï, nommé Amato, avait vendu pour trente aunes de calicot une perle qu'il venait de pêcher. Il m’apporta aussilôt cette étoffe, en me priant de la partager entre son père , ses frères et plusieurs de ses camarades qui étaient presque nus. La part du père fut de dix aunes; c'était la volonté de l'enfant. Dans le partage du reste, je me disposais à réserver pour le jeune donateur un lot plus considérable. I s’en aperçut ; etsur-le-champ : « Si tu fais ma part meilleure que celle des autres, s'écria-t-il, je ne la recevrai pas.» Ni mes instances ni celles des personnes présentes ne purent ébraülcr sa résolution ; il fallut, pour ne pas le contrister , lui faire une part égale.
» Quelque temps après, un jeune homme m'apporta aussi le prix de sa vente, pour que j’en fisse la distribution à ceux de ses compatriotes qui n'étaient pas suffisamment vêtus. Interrogé sur le motif d'une conduite si généreuse , C'est me répondit-il, par amour pour Jésus- Christ, et pour imiter les fidèles d'Europe qui nous aiment. Vous voyez que les aumônes faites à nos chrétiens ont le double mérite de la charité et de l'instruction.
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l'arbre à pain. J'aperçus, le soir , un pauvre insulaire qui avait été employé toute la journée à ce travail, et comme je sais qu'il n'a pas souvent l'occasion de faire un bon repas , je le félicitai de ce qu'il avait eu cette fois des vivres en abondance, « Mais c’est tout le contraire, me répondit-il, nous avons tous souffert de la faim jusqu'a soir, — Et comment cela? — Nous avons pensé «
nous prenions de ces fruits qui ne nous apparu
pas, cette injustice nous ferait perdre la grace , et p
que d'encourir ce malheur, nous nous sommes abstenus de manger. » J’expliquai alors à ce bon néophyte que sa simplicité l'avait induit en erreur; que l'intention du chef, en ne lui assignant pas d’autre salaire, était qu'il vécût à ses dépens. « Eh bien, me répondit-il en souriant , une autre fois je n'aurai pas peur, puisqu'il n’y a pas de péché. »
» Aidez-nous, monseigneur, à remercier Dieu des bénédictions qu'il a voulu répandre sur nos faibles travaux. Seul il a tout fait, seul il peut conserver, perfectionner encore son œuvre ; et cette grace il l'accordera aux prières de votre grandeur , et à celles de tant d’âmes ferventes qui lui demandent tous les jours que son règne arrive. »
Extrait d’une notice sur les iles Gambier, par M. Caret, missionnaire apostolique.
«.... On aura peine à croire, maintenant que la reli-
gion a changé la face de ces îles, combien les indigènes