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90 MISSIONS étaient altérés du sang de leurs semblables; c'était au point qu’ils dévoraient non-seulement les étrangers que le naufrage avait jetés sur la côte, mais encore les naturels, et quelquefois leurs meilleurs amis. Malheur au guerrier dont le succès avait trahi le courage ! ses membres sanglants étaient servis en pâture au vainqueur; le champ de bataille devenait un banquet où la tribu triomphante accourait se rassasier de la chair des captifs. Même en temps de paix, ces horribles festins n’étaient pas rares. Mais alors, pour se procurer une victime , il fallait allier la perfidie à la cruauté; on allait secrètement à la chasse les uns des autres; un voisin tendait des émbûches à son voisin ; s’il pouvait le conduire dans un ” lieu écarté ou le surprendre isolé et sans défense, il lui enfonçait , le sourire sur les lèvres, un stylet de nacre dans le cœur; puis, les ténèbres venues, il allait le manger à son aise dans quelque vallée solitaire. La chair des enfants surtout était convoitée par ces cannibales. Combien de fois nos jeunes chrétiens nous ont dit, avec l’expression de la plus vive reconnaissance : « Que nous étions malheureux avant que vous vinssiez nous instruire ! A chaque instant nous tremblions d’être pris et dévorés par les grands ; aujourd’hui nous n’avons plus à peur ; on ne pense à nous que pour nous aimer, » j » Au meurtre de ses semblables le Mangarévien joignait l’usurpation de leurs propriétés. Quand le temps de la récolte était venu, le guerrier qui se trouvait trop à l’étroit dans son domaine , allait, sans plus de cérémonie, chercher querelle au possesseur du champ voisin : « Que fais-tu sur mon terrain ? lui disait-il ; de quel droit oses-tu toucher aux fruits d'arbres que j'ai plantés? Re-
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D'OCÉANIE. 91 tire-toi, ou je te ferai repentir de ton audace. » Jugez si l'autre était d'humeur de céder sans résistance une moisson prête à recueillir. La dispute s'échauffait , les deux champions élevaient la voix, la tribu accourait à leurs cris; les uns prenaient parti pour le ravisseur , les autres pour le spolié; des injures on en venait aux coups ; une fois les pierres lancées, c'était une mêlée générale ; on se déchiraît, on se tuait, jusqu’à ce que la victoire donnât raison au plus fort. Alors, le vaincu, s’il avait le bonheur de survivre à sa défaite, allait cacher sa honte chez un frère ou un parent, tandis que son heureux rival, devenu la terreur de ses voisins, demeurait libre possesseur du champ que venait de lui assurer son courage.
» Depuis qu’ils sont chrétiens, nos insulaires ont bien cu encore quelques contestations au sujet des limites ; mais heureusement elles n'ont été ni violentes, ni difficiles à apaiser , et c’est là que nous avons pu apprécier les changements opérés par la grace, dans des cœurs autrefois si étrangers à tout sentiment de justice et de modération.
» Pour donner toute sa vérité au portrait de nos Mangaréviens, je dois dire qu’un certain nombre de traits plus heureux tempéraient l'horreur de ce tableau. S’ils étaient naturellement flatteurs, fourbes, défiants et paresseux , ils admettaient volontiers à leur table les indigents et les voyageurs; les riches faisaient part de leur abondance à leurs parents moins fortunés ; les amis * recueillaient la jeune famille de celui que ls mort avait enlevé à leur affection. Rien de plus commun à Gambier que les fils adoptifs ; ils jouissaient dans la maison de leur bienfaiteur des mêmes privilèges que ses propres
enfants , et avaient, comme eux , droit à son héritage. Enfin , les larmes que ces insulaires versaient sur la tombe de leurs proches, les chants funèbres où leur douleur s’exhalait en de si touchantes expressions de regret et de tendresse , prouvent assez que si l'humanité était trop souvent défigurée en eux par des vices barbares, elle n’était pas entièrement bannie de leurs cœurs.
» L'indolence, qui parait être le principal défaut des Mangaréviens, s'explique par l’étonnante fertilité du sol. Pour se procurer les choses les plus nécessaires à la vie, ils n’ont presque rien à faire; leurs arbres produisent sans culture des fruits en abondance ; qu'on arrache de temps en temps l'herbe qui pousse à leurs pieds, voilà tout le travail qu'ils exigent. On n’a pas même besoin d'en planter de nouveaux ; à côté d’une vieille souche , et de la profondeur de ses racines, s’élèvent des rejetons vigoureux ; c’est toujours une jeune génération qui grandit pour succéder à une autre qui s'éteint.
» Ces arbres précieux, qui fournissent du pain à nos insulaires, et qui font de leurs vallées autant de bosquets enchanteurs, leur donnent aussi des vêtements pour se couvrir. Avec l'écorce des branches, ils fabriquent, sans autre instrument qu'un m'illet et un billot demi-circulaire , une espèce d'étoffe aussi blanche que la neige. C'est la tappe, dont le nom revient si souvent dans nos lettres. Les femmes seules s'occupent à cet ouvrage ; on les voit à chaque instant du jour s’escrimant du maillet et frappant comme des maréchaux sur l’enclume ; leurs coups redoublés, répétés par les échos de l’île, s’entendent de fort loin sur |
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» Comme l'oisiveté favorise tous les vices, et qu'un peuple paresseux ne saurait être long-temps un peuple chrétien , nous faisons tous nos efforts pour inspirer à nos néophytes l'amour du travail. Je crois bien qu'ils se ressentiront toujours du climat des tropiques; cependant, depuis qu’ils sont baptisés, leur activité est plus grande , et si leur ardeur se soutient, nous n’aurons pas lieu de nous plaindre.
» Déjà plusieurs travaux importants ont été entrepris. Les habitations n'avaient été jusqu'ici que de misérables cabanes, ouvertes à tous les vents; maintenant on compte dans l’île un certain nombre de maisons à l’européenne. Notre église sera un jour, pour l’Archipel, un monument remarquable. Tout le monde veut con-
“urir à son érection ; les uns vont chercher en mer la pu-nga!, et l’amènent au rivage sur leurs radeaux ; d'autres la conduisent le long des terres jusqu’à la grande vallée, où des ouvriers plus habiles la taillent et la façonnent. Pour ce labeur , les bras ne manquent jamais; c’est un plaisir et une fête pour ce peuple de tirer à la corde ou d’appuyer sur le levier.
LA
1 « La pu-nga est une pierre aussi tendre que le tuf, aussi blanche que la neige; elle pousse dans l’eau ct se détache aisément du sable sur lequel elle repose. Il y en a de toutes les longueurs et de toutes les dimensions; j'en ai mesuré une qui avait douze pieds de long sur six de large et deux d'épaisseur, »
» Par suite de cette indolence que nous combattons , les indigènes avaient laissé l'herbe et les roseaux envahir une partie de leurs champs; les arbres y dépérissaient, les fruits devenaient rares et moins savoureux; maintenant toutes les vallées sont en très-bon états les bananiers , naguère peu communs, sont aussi nombreux que les {uméis ou arbres à pain; chaque cultivatcur a aujourd’hui sa petite plantation de cannes à sucre et sa provision de pommes de terre douces.
» Pendant que je suis à parler des travaux auxquels se livrent nos insulaires, je dirai un mot des principaux emplois que l’usage assigne à chacun des membres d'une famille. Les hommes s'occupent communément à pêcher le poisson ou la nacre; aux femmes appartient ici comme partout le soin du ménage ; les jeunes filles vont chercher l’eau à la fontaine et préparent les ali-
ments ; c’est aux jeunes gens à couper le bois pour entretenir le feu ; aux vieillards est réservée la tâche d’arracher l’herbe des vallées !.... »
1 « Cette occupation, réservée aux vicillards, me rappelle une réponse plus qu'ingénue qui fut faite, i! y a peu de temps, à un de mes confrères. Une femme fort ègéc lui demandait instamment le baplèéme. « Mais vous n'êtes pas encore instruite pour le recevoir, lui dit le missionnaire, — C’est vrai; je ne suis plus qu’une pauvre vieille; je n’ai plus de mémoire ; cependant je voudrais être baptisée. Ici je ne suis bonne à rien; mais dans le ciel où je désire monter, je sarclerai l'herbe du Scigneur Jésus. »
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LES MISSIONNAIRES MARISTES, DANS LA NOUVELLE-ZÉLANDE (Océanie occidentale ).
Extrait d'une lettre du R. P. Viard, missionnaire apostolique de la société de Marie, à M. l’abbé Condamin.
Nouvelle-Zélande , Tauranga, 8 décembre 1840.
« IL y a aujourd’hui un an que je saluai pour la première fois la Nouvelle - Zélande. Après trois mois de séjour à la Baie , j’accompagnai notre saint évêque dans son long et heureux voyage aux îles du Sud. Un grand nombre de tribus ont été visitées ; partout Sa Grandeur a été accueillie avec empressement par les naturels. Vous n’auriez pu retenir vos larmes en voyant ces bons insulaires se jeter à l'eau jusqu'à la ceinture pour atteindre plus tôt notre canot , et le traîner à l’envi sur le rivage, aux acclamations de la foule ivre de joie. Au moment où nous mettions le pied sur la côte , les transports redoublaient , on tirait des coups de fusil pour fêter l'arrivée du prélat attendu depuis si long-temps et avec tant d’impatience. Dans chaque île on demandait à grands cris des prêtres ; les sollicitations furent si vives et si pressantes à Tauranga , que monseigneur promit de me laisser au milieu de ce bon peuple.
» Six mois déjà se sont écoulés depuis que j’occupe ce poste, sans confrère et à cent cinquante lieues de la Baie-des-Iles. J'ai cinq tribus à desservir ; voici leurs noms : Matamata, Motuhoa, Matakana , Maungatapu,
qui signifie Montagne sainte, et Tumoétai. Cette dernière est comme le centre de la Mission, j'y fais ma résidence habituelle, et c'est là aussi que mon ministère a recueilli les bénédictions plus abondantes.
» Que de fois je gémis devant le Seigneur de voir que je suis seul pour rompre le pain de vie à tant de peuples avides de s’en nourrir ! Combien d’âmes seraient sauvées, combien ü enfants ne mourraient pas sans baptême, si un cssaim de prêtres volaient à la Nouvelle-Zélande ! Les difficultés et les peines de notre apostolat sont, d'ailleurs, moins grandes que plusieurs ne se l’imaginent. Le climat que j'habite est vraiment chéri des cieux ; les bêtes féroces, les insectes venimeux y sont tout-à-fait inconnus ; pas de froids rigoureux ni de chaleurs excessives ; s’il pleut de temps en temps , la sérénité ne tarde pas à renaître ; la terre est fertile, et bien que ses productions ne soient pas variées, non-seulement elle fournit aux besoins des naturels, mais elle leur donne encore de quoi faire des échanges avec les Européens qui fréquentent ces mers. Sans doute le zèle de l’homme de Dieu n’a pas besoin, pour être encouragé, de la reconnaissance de ses néophytes ; cependant cette récompense qu’il ne cherche pas, il est sûr de la trouver à la Nouvelle-Zélande. Nos chrétiens s’affectionnent facilement à tous ceux qui leur font du bien. Quand nous leur parlons de tant de saintes âmes qui s'intéressent à leur bonheur , ils sont tout stupéfaits et s’écrient dans leur admiration : Oh! qu’elles sont bonnes ! Kapai ! Kapai! Nous leur montrons souvent sur la carte les diverses contrées d'Europe d’où partent les prières et les aumônes qui soutiennent nos missions, et alors ils
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D'OCÉANIE. 97 unissent leurs vœux aux nôtres pour que le Ciel répande sur leurs charitables bienfaiteurs toutes sortes de graces et de bénédictions. |
» À ces qualités du cœur le Nouveau-Zélandais joint une heureuse ouverture d'esprit et une grande envie de s’instruire. Il, est, de plus, assez industrieux et fait preuve de beeucoup de goût pour la sculpture. La principale occupation des hommes consiste à cultiver la terre et à construire des wakamaori, espèce d'embarcations longues et étroites, avec lesquelles ils ne craignent pas de braver les flots et l'orage. Pour les femmes , après les soins du ménage , elles emploient leur temps à se tresser des manteaux fort jolis. Plus communément , les grandes personnes ont pour vêtement une simple couverture de laine. A les voir de loin accourir en foule à la prière, affublées de cette longue couverture dont elles se voilent quelquefois la tête , on les prendrait pour des religieux de la Grande-Chartreuse allant à matines.
» Depuis mon arrivée à Tauranga, j'ai baptisé près de deux cents enfants, dont une grande partie s'est déjà envolée au ciel; j'ai aussi conféré le même sacrement à beaucoup d'adultes, entre autres au principal chef de l'ile. J'aime à croire que c'est aux prières de sa pelite fille qu’il doit sa conversion. Cette enfant est la première que j'ai régénérée dans les eaux du baptême, je lui donnai le doux nom de Marie, deux mois avant qu’elle ne mourût. La douleur de ses parenis fût extrême , car ils l’aimaient beaucoup. Selon la coutume des Zélandais, ils se retirèrent loin de leur habitation, près du lieu où ils avaient déposé le corps de leur chère enfant , et là ils ne cessaient de verser des pleurs. Plusieurs fois je
suis allé leur porter des paroles de consolation ; mails rien ne pouvait tarir leurs larmes. Sans doute que pendant que le père et la mère se désolaient sur la perte de leur fille unique, ce petit ange , cette innocente Marie priait pour eux dans le ciel ; elle fut exaucée. Le père, miné par le chagrin, étant tombé dangereusement malade, on désespérait de ses jours, lorsque je fus appelé auprès de lui pour l’instruire des saintes lois de l'Evangile. Par une faveur inespérée , les forces lui revinrent avec ce calme ineffable qui se fait dans un cœur où pénètrent enfin les douces clartés de la foi. Il s’est
parfaitement rétabli et m'a demandé le baptême , bien |
résolu de servir jusqu’à sa mort le Dieu que possède déjà sa petite Marie. Toujours le premier aux prières , il est pour sa peuplade un modèle d’édification , comme il est pour moi l’ami le plus dévoué. Il se plaît beaucoup dans ma demeure ; si je m'absente , il s'en fait le gardien. Quinze jours après son baptême , j'ai conféré le même sacrement à sa femme. Beaucoup de grandes personnes me pressent de leur accorder aussi cette grace ; mais je diffère , afin de leur en faire mieux sentir le prix.
» Recommandez notre mission à la piété de toutes les âmes qui ont à cœur la gloire de Dieu. J'ai surtout une grande confiance aux prières des petits enfants ; faitesles prier pour les petits enfants de la Nouvelle-Zélande ; dites-leur que les Océaniens de leur âge ne sont pas aussi favorisés qu'eux, qu'ils n’ont, pour la plupart, point de prêtres qui leur apprennent à aimer Jésus et Marie. »
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Lettre du R. P. Pelitjean, missionnaire apostolique de la mème société, à son beau-frère,
Nouvelle-Zélande, Wangaroa, 7 mars 4841.
« J'ai reçu tes lettres, les premières qui m’aient été adressées à la Nouvelle-Zélande ; elles renouveltrent en moi tous les sentiments que j'avais éprouvés en quittant la France. J'en pris lecture dans une chapelle solitaire , au pied d'un modeste autel dédié à saint François Xavier ; j'étais là comme Joseph retiré dans le secret de son habitation pour y pleurer ses frères.
» Que cette première année de mon apostolat s'est rapidement enfuie ! Heureux si, pendant ces quelques mois , j'ai pu jeter sur la terre qui nous est confiée, la semence féconde qui doit produire plus tard des fruits de bénédiction! Mais avant que la moisson jaunisse, combien de jours d'orage se lèveront encore sur nous et sur nos travaux ! Ici, comme ailleurs , le royaume de Dieu souffre violence ; nous avons aussi nos peines. D'incessantes calomnies sont débitées contre notre évêque et ses missionnaires; on dit, par exemple , que nous ne sommes venus en Océanie que pour nous emparer des terres des naturels; que nous sommes des idolûtres, adorant les images faites par la main des hommes ; que notre religion aime à répandre le sang, et qu’autrefois nous fimes jeter au feu trois jeunes hommes, parce qu'ils refusaient de rendre les honneurs divins à une statue; c'est une allusion à l’histoire des trois enfants hébreux dans la fournaise de Babylone ; admirable bonne foi de nos adversaires qui. font peser sur nuus la responsabilité des crimes de Nabnho-loncsor ! Oa anhoïce encore aux
nouveaux Zélandais que plus tard nous leur remettrons leurs péchés à prix d'argent ; comme s’il n'était pas souverainement ridicule de supposer qu'on voulât jamais exiger la plus légère aumône d'un pauvre insulaire qui est mendiant par excellence. Quelque dénuées de vraisemblance que soient toutes ces imputations, elles s'accréditent néanmoins parmi un peuple enfant, qui tient pour des oracles toutes paroles qui sortent de la bouche de ses maîtres. Les progrès de l'Evangile en souffrent, bien que nos œuvres et nos discours donnent à nos ennemis un démenti formel ; mais on se lasse à force de réfuter des absurdités que la calomnie est ingénieuse à reproduire sous un nouveau jour.
» Le district que j'administre est situé au nord-est de la Baie-des-Iles ; je réside le plus habituellement à Wangaroa , d'où je puis visiter quelques tribus , peu nombreuses, il est vrai, mais bien dispersées. Nous n'avons, pour nous rendre d’une peuplade à l’autre, que des sentiers tantôt marécageux, tantôt escarpés, toujours très-étroits et le plus souvent recouverts par la fougère. Aussi n'est-il pas rare que le missionnaire L perde la trace à peine reconnaissable du chemin qu'il doit suivre, Un jour que cela m'était arrivé, je gravissais des rochers à pic pour retrouver ma route; j'avais au-dessus de moi les abimes de Ja mer , un faux pas | aurait pu me précipiter dans les flots ; je montai néanmoins avec courage, luttant contre les broussailles, dévoré par une soif brûlante, et n’espérant presque rien de tant de fatigues et de dangers. Dans ma détresse, j'entonnai le cantique : Je mets ma confiance, Vierge, en votre secours... êt À péine avais-je achevé ces mots,
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D'OCÉANIF. 101 que je vis le sentier, objet de mes recherches, s'ouvrir sous mes pas. Parfois , après une journée de marche, j'ai frappé le soir à la porte de cabanes sans habitants ; dans ce cas , le lit du missionnaire n'est pas difficile à trouver ; mais il faut se résoudre à endurer la faim.
» Les voyages par eau ont aussi leurs désagréments ; nous les faisons dans des barques légères ou dans les pirogues des naturels. Au moindre coup de vent , nous courrions risque d'être submergés , si l'étoile de la mer n'était lu “ir protéger ses enfants. Je traversais, un jour , sur un mauvais canot , une rivière d'environ une demi-lieue de large; pendant que mes gens ramaient avec force, j'étais tout occupé de rejeter avec un soulier l'eau dont l'orage inenaçait d'emplir la nacelle. Un danger encore plus sérieux a failli nous enlever le P. Servant ; il a été emporté presque en pleine mer et poussé au milieu des récifs, sur une frêle barque où il est resté plus d’un jour sans nourriture, obligé de combattre le découragement des rameurs qui avaient perdu tout espoir de jamais revoir leur ile. Il est visible qu'il y a une providence particulière pour ccux que Dieu envoie au loin annoncer sa loi sainte. De même que uous participons au ministère des premiers apôtres, nous pouvons dire aussi que nous avons hérité, nous et nos néophytes, de la protection signalée dont le Seigneur les entourait. Les naturels eux-mêmes ont remarqué qu’il meurt beaucoup moins de personnes dans les tribus catholiques que dans les peuplades protestantes.
» Ma sœur me demande ce que j’ai à souffrir dans ces missions lointaines. M'appartient il de parler de souffrances, à moi qui ne fais que d'entrer dans là carrière apos-
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