‹ Missions d'Amérique, d'Océanie et d'Afrique [microforme]Chapitre 26 sur 41 · SEAT OT LFB SES · texte numérisé non relu

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tolique ? Ah! mon frère, tournons nos yeux mouillés de larmes vers le Tong-King et l'infortunée Cochinchine , vers leurs missionnaires si cruellement persécutés ; voilà des Apôtres , de vrais confesseurs qui feront la gloire de l'Eglise ! voilà de généreux athlètes, dont nous pouvons dire avec saint Paul : Ils ont enduré les outrages et les fouets, les chaines cet les prisons ; ils ont été lapidés, ils ont été sciés ou mis aux plus rudes épreuves ; ils sont morts par le tranchant du glaive. J'ai bien aussi sous les yen“, dans mes confrères, des modèles d'un dévouement sans borne ; mais pour moi, je fais peu de chose, et mes privations sont bien légères. Est-il donc si pénible pour un soldat de Jésus-Christ de coucher à la belle étoile ? C’est ce qui m'arrive quand je suis en campagne ; enveloppé de mon manteau, je repose sur un li: de fougère ou plus mollement encore sur le sable du rivage , sans craindre que le bruit des flots ne trouble mon paisible sommeil.

» Voici maintenant quelques détails sur ma nourriture ordinaire; je suis loin de les mentionner comme des privations. Mes aliments sont tantôt du porc et tantôt des pommes de terre ; je varie ces mets l’un par l’autre ; pour dessert j'ai quelques grains de maïs cuits à l’eau, et c’est tout. Naguère je m'entretenais avec un bon et honnète protestant, qui prenait plaisir à m'énumérer dans le plus grand détail toutes ses provisions ; puis il ajoutait : « Vous avez bien aussi cela , vous ? » Et moi , je lui répondais tout simplement : « Non; j’ai fort peu de riz, ie ne mange pas de pain, j’ai tout juste ce qu'il me faut de vin pour la sainte messe , je renonce volontiers au thé pour ne boire que de l’eau ; si j'avais quelque chose de

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D'OCÉANIE. 103 mieux , je le conserverais bien précieusement pour le cas où je recevrais la visite d’un grand chef ou de quelque étranger. Vous le voyez, je suis pauvre ; mais je m’honore de cette pauvreté , qui fut celle des apôtres. La plus grosse portion des aumônes qui nous viennent d'Europe est consacrée à l'avancement de l’œuvre de Dieu. Je sais que vos ministres agissent autrement; ils pensent d’abord à eux et à leurs famil!es ; puis ils donnent leur superflu à la mission; encore font-ils un vrai trafic de leurs livres et de leurs bibles. »

» Je dois dire néanmoins que plus tard nous serons beaucoup mieux. Notre frère Elie, avec les faibles moyens dont il dispose, a cultivé un petit coin de terre; il s’applaudit de sa première récolte. Nous commençons à avoir des melons et quelques plantes potagères. Mes excursions au milieu des tribus ne changent rien à mon régime ; je me nourris, comme les naturels, de pommes de terre ; s’ils ont du poisson , ils le partagent avec moi. Ce peuple vit très-pauvrement ; car il vend le fruit de ses sueurs aux Européens pour avoir des habits. Ici la terre me sert de siège et de table ; de petits paniers ou quelques larges feuilles nous tiennent lieu de plats et d'assiettes. Presque toujours on mange hors de la cabane , et parfois on est assez occupé pendant le repas à écarter avec un petit bâton, dont chaque convive est armé , certains parasites aussi nombreux qu’importuns.

» Après Wangaroa, le lieu que je fréquente le plus * est Mongonui. Là , notre prédication fait plus de prosélytes , au moins parmi les Européens. Déjà une église y

est devenue nécessaire ; mais, comme la mission ne peut en faire les frais , je me suis adressé aux étrangers

de la Baie, la plupart protestants, et j'ai ouvert une souscription qui m'a valu dès le premier jour une somme de quatre-vingt-treize livres sterling. Il faut ajouter, à la gloire du catholicisme , que les ministres ont tenté la même entreprise , mais tout-à-fait sans succès.

» Le chef de l’intéressante tribu de Mongonui nous est très-attaché. Il habite sur les terres d’un fervent catholique irlandais, en attendant que l'arrivée des blancs le force à se reléguer, comme la plupart de ses compatriotes, dans l’intérieur de l'ile. Long-temps avant que nos confrères eussent débarqué dans le pays, ce chef, voyant que beaucoup de tribus embrassaient la doctrine des méthodistes , alla trouver l’Européen dont je viens de parler , et lui dit : « Thomas, pourquoi ne vas-tu pas, comme les autres, aux missionnaires ? — Ma mission n’est pas ici. — Où est-elle donc ? — En Europe. » Or, Mgr Pompallier aborda enfin à Mongonui , après avoir fondé un premier établissement à la Baie des-Iles. « Voilà ma mission, dit alors au chef, le fidèle Irlandais. — C’est bon , » reprit l’insulaire, et sur-le-champ il présenta ses enfants à l’évêque pour qu'il les baptisät.

» Ma grande occupation est de visiter tour-à-tour les diverses tribus qui dépendent de ma juridiction, afin d’attacher plus fortement à l’unité celles qui ont embrassé la foi catholique , et d’attirer à nous les peuplades que l'hérésie compte en grand nombre dans ses rangs. Un autre avantage de ces courses apostoliques, c'est que je puis préparer à la mort quelques malades délaissés et administrer le baptême atx enfants en danger de périr. Je donne volontiers à mes néophytes les noms

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» Ce peuple, dont les mœurs sont déjà bien adoucies, n’a cependant pas encore secoué tous ses préjugés d’autrefois. Ainsi paraît-il certain qu'un 1aalade ne peut échapper au mal dont il est atteint ; ses parents lui refusent parfois toute espèce d'aliments. Après avoir passablement arrangé sa couche , ils se retirent et l’abandonnent, sous prétexte que {cur dieu le mange. Cette manière de parler est si familière aux Océaniens qu'on leur entend dire à tout propos : Un tel est mort à la guerre , tel autre a été mangé par le Dieu, c'est-à-dire est mort de maladie. Malgré cette apparente dureté de cœur envers les infirmes, ne croyez pas que nos insulaires soient insensibles à la perte de leurs proches et de leurs amis ; l’ancien usage de les pleurer , en se déchirant les membres et le visage , est loin d’être abandonné. Un jour, je disais à une femme : « 11 ne faut pas ainsi te défigurer, tu es toute en sang. — Que faut-il donc que je fasse ? — Pleure et gémis comme les étrangers. — Ah! me dit-elle, les larmes ne suffisent pas à l’amour véritable ; ce n'est pas trop du sang.» Ces paroles me tuuchèrent, et je m'éloignai en répétant avec émotion : Dieu a tant aimé les hommes qu'il a versé jusqu’à la dernière gontte de son sang pour leur salut.

» Voici un bien triste spectacle qui me fut donné, il y a quelque temps, en visitant une tribu presque

uniquement protestante. Là, je retrouvai dans toutes |

les mains la Bible traduite en langue maori par les ministres méthodistes ; les jeunes gens, ficrs de leur prétendue science, citaient, commentaient à tort et à travers le texte sacré, prétendant y trouver tout ce qu'ils

106 MISSIONS révaient , et même l'invention des armes à feu, dont ils attribuaient la découverte à Jésus-Christ. Or ces pauvres gens , le croirait-on ! ne savaient pas même qu'il y a un seul Dieu en trois personnes, que le Verbe s’est fait homme et qu'il est mort pour nous... Et leurs maîtres sont depuis vingt ans à la Nouvelle-Zélande ! Au reste, l'instruction n'est pas le seul avantage qu'’aient nos disciples sur ceux des missionnaires protestants ; les étrangers distinguent aisément nos catéchumènes à un air de candeur et de bonté qui contraste , disent-ils, avec la physionomie dure et farouche des insulaires hérétiques. Je puis bien dire aussi que les nôtres nous font l'accueil le plus filial quand nous allons visiter leurs tribus. Le 28 novembre dernier, je voguais vers Mongonui ; un beau ciel nous promettait une mer calme et une traversée facile ; mais sur le soir le temps se mit à l'orage, et il fallut lutter contre le vent et la marée. Déjà les deux jeunes insulaires dont j'étais accompagné perdaient courage ; je ramai avec vigueur , et nous pûmes aborder, malgré les ténèbres de la nuit, guidés que nous étions par les feux des naturels qui nous servaient de boussole. En mettant le pied sur le rivage, j'appelai : on reconnut ma voix. À l'instant même le cri Epicopo ! c'est Epicopo! fut répété avec transport par tous mes bons catéchumèncs qui se précipitaient à ma rencontre. Ce mot Epicopo désigne ordinairement notre vénérable évèque ; mais quelquefois les Zélandais le donnent aussi aux simples missionnaires, dont le nom véritable dans leur langue est 4riki. ‘

» Que de fois j'ai eu lieu d'admirer les merveilleux desseins de Ja Providence dans les moyens qu'elle em-

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D'OCÉANIE. 107 ploie pour sauver les élus! Presque jamais dans mes courses je n'arrive droit au lieu que je m'étais proposé d'atteindre, des obstacles inattendus me forcent à changer de direction , et pourquoi? pour donner le baptême à un enfant, ou pour préparer à la mort quelque vieillard près d'expirer. »

Lettre du mème au R, P. Colin, supérieur-général de la socièlé de Marie.

Nouvelle-Zélande , baie des Iles.

«… Au milieu de mes courses, qui sont fréquentes.et

nécessaires pour avancer l’œuvre de Dieu, je vis comme les indigènes ; je ne puis suivre l'avis des Européens qui me disent de porter, à leur exemple, des provisions avec moi. Ne faut-il pas que l’homme apostolique se fasse tout à tous, s’il veut tout gagner à Jésus-Christ? Ne faut-il pas qu'il achète par quelques privations la gloire d'annoncer l'Evangile ?

» Ces peuples, il est vrai, sont quelquefois d’une malpropreté dégoûtante; aussi les Européens ne les approchent qu'avec une extrême précaution, et ne les souffrent pas chez eux. Pour moi, je ne puis éloigner ceux que Dieu m'a donnés pour enfants; je leur permets d'entrer dans ma demeure , de toucher ce qu'ils voient, de me questionner à leur aise, et lorsqu'ils sont satisfaits, ils se retirent en me bénissant : « L’Ariki est bon, disent-ils, il ne ressemble pas aux étrangers. »

» À toute heure, je sillonne les rivières et la mer pour me rendre auprès de mes néophytes , et lorsque je suis

sur leurs pirogues , les Européens qui me reconnaissent à ma soutane, à mon chapeau triangulaire et à mon crucifix , disent : « Voilà le prêtre catholique qui visite son troupeau ; il va prêcher l'Evangile , voir un malade ; tandis que chacun court à ses affaires, celui-là ne court qu'après les âmes. »

» Dans un de ces voyag£-. j’appris qu’une petite enfant était près de mourir; je remontai aussitôt sur le canot des naturels pour aller sauver cette âme en danger. Sans doute, je fus bien reçu de la tribu qui fait notre prière avec zèle, bien qu’elle n’ait pas encore entièrement abjuré ses superstitions ; mais le père refusa de me confier sa fille , sous prétexte que si elle était bapti- À sée , elle expirerait le même jour, et qu’à sa mort il ne pourrait la pleurer à la façon des Maoris. Je dis à ce père tout ce que le zèle put m'’inspirer, mais tout fut inutile; mes efforts restant sans succès, je vouai l'enfant à Marie , je la recommandai aux saints Anges, et enfin j'eus le bonheur de lui ouvrir le ciel. Voici comment je réussis ; on me prépara de la nourriture, et je la refusai honnêtement. « Je ne saurais manger, dis-je à mes hôtes , mon cœur est triste, à cause de cette enfant qui ne verra pas le Grand-Esprit. » La pluie venait de tomber, j'aperçois une feuille qui contient assez d'eau pour le baptême, je la prends et dis au père : « Le baptême n'est pas une chose à redouter ; voilà comment je m'y prendrois, si tu me laissais faire ; » et j’administrai alors le sacrement. Le père ne s’en irrita pas, et aujourd’hui cette enfant est un ange qui prie au ciel pour la mission et pour les pieux associés à la Propagation de la Foi.

» Nos Maoris sont dénués de tout. Le lit du malade

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est la terre nue, ou recouverte tout au plus d’un peu

d'herbe ; sa nourriture est à peu près la même qu'en état de santé. Où sont nos admirables Sœurs de Saint- Vincent qui gagnent les cœurs à Dieu, tandis que d'une main si charitable elles soulagent les membres des pauvres infrmes? Ici peut-être plus qu'ailleurs, la religion est appelée à faire cesser bien des misères , à civiliser promptement un peuple qui a des défauts , je l'avoue, mais qui a aussi de grandes qualités , et que sa simplicité enfantine rend si digne d'intérêt. Que je voudrais faire entendre à mes compatriotes la voix de ces tribus qui sollicitent des prêtres catholiques! Nous sommes déjà assez nombreux pour faire beaucoup à la Nouvelle- Zélande, je le sais, mais abandonnera-t-on les innombrables îles de l'Océanie qui restent encore sans apôtres ? Délaissera-t-on ces archipels si riches en population , et qui semblent ouvrir leurs ports pour recevoir les envoyés célestes? Je puis le dire, sans crainte d’être démenti , ici nous sommes entourés des respects et de la bienveillance de tous les insulaires, sans distinction dé nationalité ni de croyance. Mgr Pompallier , par sa patience , par son aménité et son dévouement , a ravi tous les cœurs; mais le poids de sa charge l’accable , sa sollicitude le consume. Que nul ne craigne de venir à son secours ; tous les postes ne sont pas également difficiles. À ceux qui seront faibles, nous cèderons nos peuplades, converties pour voler nous-mêmes vers les îles lointaines. . » Au reste, Marie nous protège d’une manière trop spéciale pour que l'avenir de la mission puisse être douteux ; et, quant à nos personnes , les travaux continuels ne font qu’affermir nos santés. Toutefois, que les pieux

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110 MISSIONS x associés à l'OEuvre de la Propagation de la Foi nous aident de leurs prières , qu'ils appellent sur tant d’âmes des graces de conversion , et par les sacrements nous introduirons bientôt les Océaniens dans l'Eglise de Dieu! »

Extrait d’une lettre de Mgr Pompallier, vicaire apostolique de l'Océanie occidentale, à Mgr Murphy, vicaire apostolique de la Nouvelle-Galles du sud.

Baie des Iles, Nouvelle-Zélande.

«.… Je reçois souveni des visites des indigènes, dont plusieurs font un trajet de trois cents milles dans l'espoir d'obtenir de moi quelques prêtres pour les instruire. Lorsque je leur eu promets un, ils se montrent pleins de joie, et ne manquent pas de me rappeler ma parole à laquelle ils ont une confiance entiêre. Mais si les circonstances ne me permettent pas de teuis mes engagements à l'époque désignée, soit parce que les prêtres que je leur destinais ne sont pas encore arrivés d'Europe, soit parce que le mauvais temps les a empèchés de se mettre en route , alors ces bons insulaires se montrent très-aflligés , ils éclatent en plaintes, et ils m'adresseraient certainement de vifs reproches, si je ne parvenais à leur prouver l'impossibilité où je suis de satisfaire leurs désirs.

» Un des principaux chefs, arrivé ici depuis plusieurs semaines, a fait environ quatre-vingt-dix lieues pour venir me voir. Bien qu’il se montrât plein d'affection pour moi, ses traits exprimaient un vif mécontentement ; aussi, après les premiers saluts, m’adressa-t-il les paroles

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D'OCÉANIE. aa suivantes : « Evêque , tu m'as trompé, moi et les miens. — Comment cela? lui dis-je, — Parce qu'il y a environ un an, tu m'as promis un de tes prêtres qui devait aborder ici dans neuf mois ; mais tu n'as pas dit vrai. Quand le verrons-nous ? jamais! Mon cœur est dévoré par le chagrin et la tristesse. J'ai annoncé à mon peuple et à quelques tribus du voisinage que le Père était sur le point d'arriver, À ma voix, tous se tenaient prêts à entendre ses instructions ; nous avions mis en réserve pour lui des provisions de tout genre ; en peu de temps nous avions bâti une bonne maison pour le loger ; eh bien! maintenant cette belle habitation tombe en ruines, et tes prêtres ne sont pas encore venus. Ce n’est pas tout, mes gens m’accusent de leur avoir menti en leur annonçant l'arrivée d'un missionnaire, et ils se rient de moi ; oh! que mon cœur est dans le trouble ! et c’est toi qui as causé ma honte! »

» T'elles étaient ses paroles autant que je puis les traduire , car il est difficile dans une langue étrangère de rendre l'énergie du Nouveau-Zélandais, plus concis et plus expressif que les idiomes d'Europe. Combien d’autres chefs m'ont adressé des plaintes aussi amères, bien que je fusse moi-même plus affligé qu'eux du retard de mes nouveaux collaborateurs , qui enfin sont en ce moment auprès de moi!

» Quant au chef dont je viens de parler, j'avais heureusement une bonne nouvelle à lui apprendre; on venait de m'informer que mes missionnaires étaient partis de Londres pour Sidney ; je lui en fis part, il fut convaincu de ma bonne volonté pour lui et pour les siens, et nous fâmes bientôt réconciliés. Cependant il ne voulut

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