‹ Missions d'Amérique, d'Océanie et d'Afrique [microforme]Chapitre 27 sur 41 · RATE · texte numérisé non relu

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pas encore retourner auprès de sa tribu, décidé qu'il était à n’y rentrer cette fois qu'en compagnie d’un missionnaire.

» Quelque temps après , il revint me demander si mes prêtres étaient venus. Je lui répondis que j'avais reçu tout récemment la nouvelle de leur arrivée à Siduey. 1 m'en témoigna la plus vive satisfaction , et n’en continua pas moins de rester dans le voisinage avec les indigènes de sa connaissance, jusqu'à ce qu’il apprit l'arrivée de mes confrères si impatiemment attendus. Aussitôt il accourut pour les voir et causer avec eux ; je lui servis d'interprète. Il leur touchait la main à tous, et s'étant assis auprès d'eux , il les regardait l’un après l’autre, d’un air empressé et affectueux , comme pour déterminer son choix. Ensuite il me demanda quel était celui que je destinais à sa tribu, et les montrant du doigt successivement : « Est-ce celui-ci ? disait-il ; est-ce celui-là ? » Ses questions nous amusèrent beaucoup. Je lui fis comprendre qu'ils avaient tous le plus grand désir de se consacrer à l'instruction de son peuple, mais que je ne pouvais pour le moment lui désigner celui qui était destiné à cette mission. « Cela suffit, répondit-il ; je compte maintenant sur ta parole ; nous aurons donc à l’avenir un Père pour nous. Evêque , donne-le-moi bientôt, je le conduirai moi-même dans ma tribu ; promets-moi que tu viendras aussi toi-même nous visiter ; tons mes gens désirent te voir et t’entendre. Ne dis pas que ton nouveau prêtre ne connaît pas notre langue ; si tu veux nous le confier , nous l'aurons bientôt mis à même de pouvoir nous enseigner la parole de Dieu. »

» Cependant je lui persuadai de laisser avec moi le

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D'OCÉANIE, 113 futur apôtre de sa tribu, au moins pendant un mois, afin de commencer moi-même à lui enseigner les premiers éléments de la langue zélandaise, attendu qu'il me comprendrait mieux que des étrangers. Il y consentit enfin, et quelques jours après, il envoya sa femme annoncer à sa peuplade la prochaine arrivée de l’évêque et du prêtre, et en même temps avertir les tribus du voisinage’ de se disposer à nous recevoir. Quant à lui, il demeura à la Baie-des-Iles, pour nous y attendre et nous conduire en personne au milieu des siens. Ce fait, cité entre mille autres du même genre , prouve assez à quel point les Nouveaux-Zélandais sont impatients d’embrasser notre sainte Foi. »

Extrait d’une lettre du même prélat, à sa mère.

Baie des Iles. Nouvelle-Zélande , 25 novembre 1842.

« Quand je m'éloigne d’une chrétienté pour porter à d'autres îles le flambeau de la foi , il se présente toujours un grand nombre de néophytes qui sollicitent la faveur de m'accompagner, dans l'espoir qu'en courant avec moi les périls des mers, ils trouveront une occasion de verser leur sang pour Jésus-Christ au milieu des ë peuples idolatres que je vais appeler au royaume de | è Dieu. Sans doute , je ne puis recevoir que ceux qui m'en | expriment le désir, mes ressources ne me le permettent ù pas, mais j’en ai toujours quelques-uns à ma suite. Quel- L quefois , pour éprouver leur courage, je tâche de leur | faire peur, en leur disant, par exemple , que s'ils s’embarquent, ils s’exposent à être tués, rôtis et mangés avec |

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moi ; et ils me répondent , les uns, que le bon Dieu ne permettra pas que ce bonheur m'arrive, parce que les peuples d'Océanie ont encore besoin de mes travaux ; les autres , qu’au lieu de me maltraiter on m'aimera bien ; el tous ajoutent que le sort dont je les menace, fût-il à craindre, rien ne saurait les épouvanter , qu'ils s'estimeraient trop heureux d’endurer avec moi le martyre.

» À Wallis, où j'ai exercé pendant cinq mois le saint ministère , j'ai eu bien des consolations ; entre autres, celle de voir trois jeunes personnes, filles des plus grands chefs de l'île, me demander avec instance la permission de se consacrer à Dieu d'une manière spéciale, par la vœu de chasteté. Cette pensée , elles l'avaient eue d’elles-mêmes et par la seule inspiration de la grace ; elles savaient que c'était là un conseil évangélique dont le libre accomplissement plait au Seigneur ; elles avaient aussi appris, par les mille questions qu'on nous fait, qu’il y a dans l'Eglise beauconp de jeunes personnes qui travaillent au salut des enfants de leur sexe en se dévouant à leur éducation ; il n’en a pas fallu davantage pour leur inspirer: cette généreuse vocation.

» .. J'arrive d'un long voyage, qui a duré treize mois, et durant ‘equel plus de trois mille insulaires ont été baptixés et confirmés de mes propres mains.

» Vous penserez peut-être que tant de travaux, que tant de courses sur mer et sous différents climats altèrent ma santé ; détrompez-vous, Dieu prend soin de ses ministres: nous pensons à sa gloire, et il se charge du reste, Il y a sas doute bien des périls dans la voie où le bon Dieu rw à fait la grace de m'appeler ; mais ne savons-nous päs qu «a sen! cheveu de notre tête ne peut

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D'OCÉANIE, 115 tomber sans sa volonté sainte? Jamais je n'ai été plus heureux que dans les cioix , qu'au sein des tribulations que j'endure de la pat de l'hérésie. Priez seulement que la grande récompense réservée aux apôtres soit un

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ce, füt-il à jour mon partage. Quel Konheur pour moi si un jour nie s'esti- le martyre venait consommer tant de travaux! Vous, : martyre chers parents, allez au ciel par le chemin battu de notre

vieille Europe catholique ; pour inoi, il faut que je m'efforce d'y arriver, en frayant la voie à cette Eglise naissante, en déblayant avec ma croix des sentiers nouveaux, que l’hérésie ei l'intidélité encombrent de leurs ruines ; il me faut arroser de mes sueurs chaque pierre de l'édifice que j'élève, et que je voudrais cimenter de mon sang. Qu'est-ce , après tout, que cette vie ? Dieu, sa grace en ce monde, le ciel en l’autre, son amour partout, c'est là tout pour un missionnaire, c'est là tout! c'est là tout! Voilà un peu du style de la Nouvelle- Lélande écrit en français. Nos Polynésiens aiment beaucoup les répétitions des choses qui leur plaisent, et en cela je suis assez de leur avis.

» Votre nom, ma mère, et celui de bien des membres de ma famille, sont connus et chéris de mes néophytes. Combien de fois ces chers enfants, qui ont toujours accès auprès de moi, me demandent si vous vivez encore; quel est votre âge, qui prend soin de votre vieillesse. Les mères de famille sollicitent comme une grace de recevair votre nom : icur baptême. Dans mes colloques avec elles, lorsque je les instruis, elles ne manquent pas de me dire combien vous avez dû être afligée de notre séparation; et ces bonnes mères, qui ont aussi des fils, m'adressent ces questions les larmes aux yeux.

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Je leur réponds ordinairement que votre joie d’avoir un fils consacré à Dieu et à leur salut, jointe à la pensée de nous revoir au ciel après cette vie si courte , ont séché vos pleurs. Alors, transportées de la plus vive reconnaissance , elles pron:: ‘tent de bien prier Notre-Seigneur et la sainte Vierge pour vous. Bon nombre de jeunes personnes et de jeunes gens m'ont apporté des objets curieux du pays comme gage de leur affection pour moi et pour les personnes que j'aime; ils seraient heureux d'apprendre qu'en les recevant, vous avez trouvé quelque dédommagement au sacrifice que vous avez fait pour leur bonheur. »

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