MARTYRE DU P. CHANEL, A FUTUNA
(OGÉANIE OCCCIDENTALE ).
Lettre du P. Chevron, au R. P. Colin.
Wallis, 28 juin 1841.
« La nouvelle que je vous annonce, si elle attriste votre cœur, consolera néanmoins votre foi. Le P. Chanel a mérité le bonheur de verser son sang pour la cause de Jésus-Christ 1,
1 Le P, Pierre Chanel naquit à Cuet, dans le diocèse de Belley; À il quitta la Fronce en 4836, avec Mgr Pompallier, qui en fit, depuis, son provicaire et lui confia la mission de Futuna ; il est mort le 28 mai 4841 , à l'Âge de 40 ans.
La vie de ce saint missionnaire, premier martyr de l'Océanie, sera bientôt offerte au public, écrite par l’un de ses dignes confrères, qui s’honore d’avoir été son condisciple et son ami, ( Not de l'éditeur.)
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» J'étais avec lui à l’île de Futuna, lorsqu'au mois de décembre dernier je dus m'embarquer pour Wallis, afin d’aller en aide au P. Bataillon , qui voyait tous les jours s’accroître son troupeau çn même temps que ses dangers. C'est avec un bien vif regret que je quittai Futuna, où je laissais le P. Chanel en pleine persécution. Une seule pensée me consolait, c’est que je sacrifiais la couronne du martyre à l'obéissance, sacrifice qui est bien grand pour un missionnaire. Quatre mois après mon départ, notre pieux confrère recevait dans le ciel la palme qui m'était refusée.
» Voici en peu de mots l’histoire de ses derniers instants. Il avait tout récemment gagné à la foi catholique le fils mêm: äu roi de Futuna. Ce jeune homme, pour se mettre à l'abri du courroux de son père , que cette conversion avait exaspéré, s'était retiré dans un village qu’habitait la plus grande partie de sa famille. Le 27 mai dernier, le roi vint lui-même trouver son fils, et essaya par tous les moyens possibles de le ramener au culte des idoles; mais ce fut inutilement , le jeune néophyte resta inébranlable dans sa foi. Alors le roi, après une courte entrevue avec les autres membres de sa famille, se retira, sans doute pour concerter l'exécution du crime qui devait se commettre le lendemain. Dès le matin du 98, vers les sept heures, un insulaire arrive dans la maison du P, Chanel , et le prie de panser une blessure qu'il vient’, dit-il, de recevoir. Tandis que le missionnaire se met en devoir de le soulager, le naturel lui assène un coup de casse-tête sur le front. Le P're ne s'aperçoit qu'alors que sa demeure est entourée d’insulaires armés. L'un d’eux s’avance, et le frappe à coups redoublés avec un bâton ;
la victime tombe à genoux, et, en priant , essuie le sang qui coule de son front. Un troisième assassin lui porte un coup de baïonnette , qui entre vers l'épaule et va sortir sous le bras. Le Père, sans dire le moindre mot, arrache lui-même le fer de la plaie. Cependant , malgré toutes ses horribles blessures, il respirait encore; celui des meurtriers, qui l'avait frappé le premier, ordonne qu’on l’achève; personne ne l'écoute; chacun ne pense qu'à se saisir des petits meubles et du peu de linge qui était à l'usage du missionnaire. Alors, prenant un instrument de menuiserie qu’il rencontre sous sa main, il en décharge sur le Père un coup qui lui enlève la partie supérieure de la tête. On dit que le roi lui-même , qui se trouvait avec ces furieux , l’a fait enterrer tout près de sa maison.
» Telle a été le fin glorieuse de notre vénéré confrère ; sa mort laisse la mission de Futuna sans secours. A l’arrivée de Mgr Pompallier que nous attendons prochainement, j'espère obtenir la faveur d'aller moi-même recueillir la moisson fécondée par le sang de notre nouveau martyr. Ses prières m'obtiendront peut-être la même couronne. Je me hâte d'ajouter, pour prévenir ou dissiper vos craintes , qu’au moment où les insulaires se présentèrent à l'habitation du P. Chanel, le frère Marie- Nizier et un Anglais qui demeurait avec le missionnaire, étaient heureusement sortis pour aller visiter un malade chez les Vaincus. Ceux-ci les ont généreusemont protégés jnsqu'à l’arrivée du navire qui les a ramenés à Wallis, où ils sont avec nous depuis dix jours.
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