‹ Missions d'Amérique, d'Océanie et d'Afrique [microforme]Chapitre 29 sur 41 · MOEURS ET COUTUMES DES OCÉANIENS SAUVAGES · texte numérisé non relu

MOEURS ET COUTUMES DES OCÉANIENS SAUVAGES

Lettre du P. Chevron, missionnaire apostolique de la société de Marie, à sa famille.

Futuna, 24 octobre 1841.

« Comme je vous l’ai dit dans ma dernière lettre, j'ai été emporté sans le vouloir à Wallis par une goëlette qui, aussitôt après nous avoir reçus à bord, se hâta de prendre le large, afin d'échapper à la fureur des Futuniens, très-exercés , je vous assure, dans l’art de brûler les vaisseaux et de massacrer les équipages. Renvoyé de nouveau dans cette ancienne mission, je pensais m'y arrêter peu de temps, et voilà que j'y suis encore. En attendant que la Providence dispose de moi, je vais utiliser le loisir auquel je suis malheureusement condamné, pour vous transmettre quelques détails sur l’île qui est devenue le tombeau du P. Chanel ; elle n’a jamais été bien explorée par aucun voyageur, et je sais avec quel tendre intérêt, quelle inquiète sollicitude vous tournez vos regards vers ces plages à peine connues que votre

fils habite. Je dois vous prévenir que ces notes ont été

recueillies, pour la plupart, avant le martyre de notre pieux confrère.

» Futuna et Arofi sont deux îles voisines, communément désignées sur les cartes françaises par les noms de Allou-Fatou, en océanien Aroofa (amour), 4tou (à

toi); le premier de ces deux mots est le salut ordinaire des naturels. Arof , moins grande de moitié que Futuna, en est séparée par un canal dont la largeur n'excède pas un quart de lieue ; elles sont situées à environ quarante lieues sud-ouest de Wallis, par le 44° degré de latitude australe et le 179° de longitude orientale.

» L'ile de Futuna n'est qu'une montagne de peu d'élévation et bien boisée; ses bords sont ou des rochers à. pic battus par les flots, ou des côtes fortement inclinées sur une pente de cent à six cents pas ; c’est le long de ces rivages que s’élèvent les habitations , par groupes qui

forment autant de villages. On ne peut guère y aborder

qu'avec de légères chaloupes ; encore faut-il beaucoup de précautions pour n'être pas jeté sur les écueils par le ressac qui règne sur toute la côte, à l'exception d’une petite anse où un navire serait bien à l’étroit.

» On retrouve ici à peu près les mêmes végétaux que dans le reste de l'Océanie ; cocotiers , bananiers , arbres à pain , bois de fer, etc., sont la parure la plus ordinaire de notre île, et la richesse principale de ses habitants. J’ai vu quelques belles fleurs, mais elles sont rares. La canne à sucre, le cotonnier , le tabac , se développent à merveille sous l'influence du climat; les orangers et les citronniers, semés en si grand nombre par le P. Chanel, ne donnent pas encore de fruit ; quant au blé, il est jusqu'ici resté improductif ; peut-être de nouvelles semailles réussiraient-elles mieux , mais le grain nous manque pour un second essai. Je ne sais non plus ce que deviendra la vigne apportée ici par nos confrères ; elle est encore bien jeune et ne peut donner que des espérances.

que!

nouv les b

jolis la me toute:

verts

mais vague cueils volcan raient mois q d'elles debout gloutir » Le:

fèrentf l'ensem ment c:

raîtrait aux trav d'été, Ils Va certa sur leurs

1 aulant de

la plus s gréable, de la ma S0D$ ; vou:

at ordinaire » A côté des productions utiles, on trouve à Futuna

que Futuna, quelques-uns de ces accidents heureux qui prêtent un n'excède pas nouveau charme à une nature pleine de fraîcheur : dans on quarante les-bois c’est une foule de petits perroquets ou d’autres é de latitude jolis oiseaux, presque entièrement blancs; au bord de

la mer ce sont des poissons de toutes les formes et de de peu d'élé-

toutes les couleurs, les uns bleus, les autres rouges, verts , tachetés, bariolés de mille nuances gracieuses; mais il en est peu de gros, à cause de l'agitation des vagues toujours en tourmente sur cette côte garnie d’écueils. A chaque pas on rencontre des traces d’éruptions volcaniques ; de fréquer’ ‘remblements de terre en feraient craindre la réapparition prochaine ; il y a quelques mois qu’on éprouva dix-sept secousses en un jour; l’une d'elles était si violente , qu’en France elle n’eût pas laissé

debout une seule maison ; on croyait que l’île allait s'engloutir.

es rochers à.

ent inclinées est le long de ar groupes qui ère y aborder, ut-il beaucoup écueils par le ception d’une roit.

s végétaux que aniers , arbres la plus ordile de ses habielles sont rares.

se développent es orangers el > par le P. Chat au blé , il est s nouvelles sele grain nous on plus ce que confrères ; elle que des espé-

» Les Futuniens, à quelques except'ons près, diffèrent peu des Européens pour les formes physiques et l'ensemble de la physionomie. Bien qu’ils soient légèrement cuivrés, leur teint, surtout parmi les femmes, paraîtrait moins hâlé que celui de nos compatriotes occupés aux travaux de la campagne, sous les rayons d’un soleil d'été. Ils portent en général les cheveux courts, à part va certain nombre de fashionnables qui laissent flotter sur leurs épaules une longue crinière, dont ils prennent | autant de soins que vos dandys français. Leur difformité la plus saillante, quoiqu’elle n’ait rien de bien désagréable, est un nez tant soit peu écrasé ; et cela provient de la manière dont les mères portent ici leurs nourrissons ; vous les voyez s'incliner profondément , puis jeter al

l'enfant sur leur dos, étendre par-dessus deux brasses de l'étoffe du pays, large d’une demi-aune, qu'elles lient par-devant en faisant passer un bout sur l'épaule droite et l’autre sous le bras gauche. Le marmot est là parfaitement bien ; aussi n’en ai-je jamais entendu pleurer. Sous ce fardeau chéri les mères peuvent courir où bon leur semble et travailler tout à leur aise.

» Je ne vous parlerai pas du tatouage; il se pratique ici avec les mêmes cérémonies et la même bizarrerie de dessin qu'à la Nouvelle-Zélande. Il est toutefois en ce genre un ornement propre aux Futuniens, et dont ils tirent la plus grande vanité; il consiste à se diviser la figure en quatre carreaux symétriques, deux noirs et deux rouges ; les premiers sont peints simplement avec du charbon, les autres avec le suc d’une racine que les naturels récoltent et préparent en commun, avec tous les joyeux ébats qui signalent chez vous l’époque des vendanges. Je vous laisse à juger le curieux effet de ces visages à compartiments si tranchés. Ce rouge sur la figure des femmes indique qu'elles sont séparées de leurs maris, et qu’elles aspirent à contracter une nouvelle union. En vérité elles doivent faire une étrange consommation de cette teinture favorite, car il y a si peu de mariages de longue durée ! Au premier mécontentement de l’un ou de l’autre époux on se quitte, et même avec

moins de difficulté qu'on n'en verrait en Europe à ren-

voyer un domestique.

» La distribution des emplois est assez en harmonie avec les forces et les aptitudes des divers membres de la famille ; aux femmes le soin de ramässer les coquillages que la marée, en se retirant, a déposés sur les récifs:

la ?

hom arbr la ç » ( mais.

son « une à feuille

chette sous ]

eux brasses Le , qu'elles sur l'épaule rmot est là ntendu pleunt courir où

il se pratique bizarrerie de utefois en ce s, et dont ils \ se diviser la deux noirs et mpiement avec racine que Îes n, avec tous les poque des ven” x effet de ces e rouge sur Îa

| a si peu de ma” contentement de », et même avec

en Europe à ren- E

D'OCÉANIE. 193 à elles encore la fabrication des nattes qu'elles tressent avec une merveilleuse dextérité , et celle du siapo ou tape de Futuna , renommé dans tous les archipels voisins pour la délicatesse et la régularité de ses peintures. Cette étoffe , tirée de la seconde écorce d’un arbre, que l'on étend avec un marteau de bois , est aussi solide que la plus forte toile ; mais elle ne résiste pas à l’eau. Aux hommes est réservé la culture des terres, l’entretien des arbres et la grande pêche ; ils sont en outre chargés de la cuisine. i

» Quand les aliments sont prêts, on se réunit dans la maison du notable de chaque village , où chacun porte son dîner ; les femmes prennent leur repas à part, dans une autre habitation. En guise de cuiller on se sert d’une feuille repliée, et pour ceux qui craignent de se brûler les doigts en tirant les herbages de la soupe, la fourchette est le premier petit morceau de bois qui tombe sous la main. Ces herbages sont quelquefois si forts, qu'un instant après s’en être nourri, il semble qu'on vous prenne à la gorge pour vous étouffer. Si le festin se donne en l'honneur d’un ami, c’est un chien qu'on sert aux convives ; le porc est réservé pour les jours de fête ; on le jette ‘au four tout entier, après lui avoir brûlé le poilet vidé les intestins ; il est inutile d'observer qu'on l'en retire tout saignant. Aux repas ordinaires on se contente d’un potage de taro , assaisonné avec la chair du coco, que l’on a fait pourrir enterre, ou avec une émulsion de la noix de ce même fruit non fermenté; ajoutez-

y quelques menus poissons qu’on dévore le plus souvent

sans les faire cuire, et vous aurez l’idée d’un dîner de famille à Futuna. J'ai été long-temps à vaincre la répu-

124 MISSIONS gnance que j'éprouvais à manger cés poissons crus et vivants ; mais Ja faim est un si bon maire.

» Les banquets publics sont présidés par le roi, devant lequel chaque insulaire vient déposer les mets qu'il à préparés. Après la prière commune , on mâche solennellement le cava pour l'offrir à la divinité de l’île ; c'est le roi qui, en sa qualité de tabernacle de Dieu, lui fait parvenir la précieuse liqueur par la voie de son propre gosier, Alors les aliments sont remis aux chefs de villages , qui les distribuent à leur tour aux pères de famille; on mange toujours trois ou quatre dans le même plat; et il est de bon ton de présenter à ses amis le morceau qu'on a mordu. Chacun s’assied à terre sur uné natte ; car on ne connaît dans ce pays ni bancs ni chaises; les hommes se tiennent les jambes croisées à la mode des tailleurs, et les femmes sont accroupies sur leurs talons. Le repas fini , les restes , ainsi que la vaisselle et la nappe , sont jetés aux chiens et aux cochons, qui n’ont cessé de rôder auiour des convives 1.

» Pour nous , nous mangeons ordinairement seuls dans notre humble cabane. A la cuisine des naturels nous avons jusqu’à présent ajouté quelques courges cuites au four ; mais cette nourriture use l’estomac, et puis les courges deviennent bien rares; la voracité des porcs a détruit même l'espérance de la récolte prochaine. La Providence sait où nous sommes. Plus d’une fois nous avons été réduits à une ration que peu de gens trouve-

1 Cette vaisselle n'est autre que la fenille du bananier, longue de huit pieds environ , sur deux ou trois de large ; elle sert nonseulement de marmite, de plat, d’assiette et de nappe, mais encore de parapluie, de parasol et de vêtement,

S poissons crus et aître.

par le roi, devant r les mets qu'il a )n mâche solennelté de l'île; c’est le de Dieu, lui fait voie de son propre aux chefs de vilaux pères de fatre dans le même à ses amis le mor- | à terre sur uné bancs ni chaises:

oisées à la mode roupies sur leurs que la vaisselle et ochons, qui n’ont

rement seuls dans es naturels nous courges cuites au mac, et puis les acité des porcs a e prochaine. La d’une fois nous : de gens trouve-

lu bananier, longue rge ; elle sert nonde nappe, mais en-

raient suflisante: j] ne nous est cependa de faire Je déjeûner de Wallis, qui © siste à prendre du cava et à aller se coucher Pour sentir moins la faim.

» Les habitations ici sont très-simples, Imaginez-vous une grossière Charpente reposant sur quatre Ou six co- Jlonnes et SUPportant un toit qui descend à deux ou trois pieds de terre ; placez ensuite entre Jes pil

nt jamais arrivé

part d'enceinte et l'extrémité de Ja toit

€ sont pas elles sont toujours de peu d’étendue, » Au milieu de ces huttes sauvages, la nôtre se dis-

tingue par une architecture à Part ; elle est close sur tou'ès les faces Par un treillis de bambou :

amour. Certes :

Chaumière ne doit-elle transformer en palais !

‘habite, une Pas aux regards de la foi se

» Autour de chaque maison rè rasse , plus ou moins vaste

g8ne une sorte de ter- » Suivant la richesse des pro-

priétaires, mais partout sablée et tenue avec une propreté parfaite. Nous avons plus que cela ; le roi de l'ile a donné au P, Chanel un espace de terre assez grand à cultiver. Ensemble nous avons fait quelques essais d'agriculture ; mais, faute de graines, nos travaux n'ont produit que de faibles résultats.

» Il est fâcheux , dans l'intérêt de nos insulaires, que ces ressources nous manquent ; le sol est naturellement d'une extrême fécondité ; la rapidité de la végétation tient du merveilleux. Ainsi, au mois de juillet, temps pour les sauvages de complète inaction, j'ai suivi de moments en moments les progrès de quelques végétaux, etsur une durée de vingt heures j'ai vu une feuille de bananier grandir de sept pouces. Je m'en étonnais, et l'on me dit : « Ce n’est rien ; le terrain qui nourrit cet arbre est mauvais.» En effet , sur d’autres emplacements il se développe avec une vigueur plus surprenante encore.

» Admirable sollicitude de la Providence ! si elle accélère avec tant de promptitude la végétation , c’est que cesiles en ont besoin. D’effrayantes tempêtes fréquemment les désolent ; et quand ces ouragans se déchaînent , cocotiers , bananiers, arbres à pain , tout est brisé par la tourmente , ou au moins dépouillé de ses fruits. Il est rare de rencontrer une grande tige qui n’ait été plus ou moins mutilée par les orages. Que deviendraient donc nos pauvres insulaires si, après ces ravages qui leur ont enlevé tous leurs moyens de subsistance , la terre ne se hâtait de réparer leurs pertes , et de leur improviser en quelque sorte des récoltes nouvelles ?

» Entre les causes diverses de cette fécondité, les rosées , si je ne me trompe, doivent occuper la première

vec une proe roi de l’île a assez grand à es essais d'atravaux n'ont

isulaires, que naturellement la végétation juillet, temps , j'ai suivi de ques végétaux , une feuille de tonnais , et l'on urrit cet arbre lacements il se nte encore.

ice ! si elle action, c'est que pèêtes fréquemse déchaînent , t est brisé par ses fruits. Il est ’ait été plus ou endraient donc ges qui leur ont b , la terre ne se r improviser en

condité, les roper la première

D'OCÉANIE. 127 place. Elles sont sous notre ciel d'une excessive abondance ; la nuit surtout elles étahlissent dans l'air une telle humidité que celle de vos brouillards, même les plus épais , ne saurait être comparée. Il est facile après cela de concevoir que le sol, ainsi détrempé et sans cesse rafraichi , soit heureusement disposé à profiter de la chaleur vivifiante du soleil. Mais ce qui est pour la nature un si précieux avantage , devient presque un fléau pour l'insulaire. Couvert d'une sueur ruisselante jusqu'au moment où le jour tombe, le sauvage se jette dans cet élat sous le toit de sa cabane mal fermée ; et qu’arrive-t-il* C'est que surpris au milieu de sa transpiration par la fraicheur de l'atmosphère qui le pénètre et le glace, il puise dans ce refroidissement le germe d’une foule de maladies et d’infirmités ; aussi la plupart de nos insulaires sont-ils atteints d’affections plus ou moins graves à la peau ; les uns sont rongés par d’affreux ulcères; d’autres ont des bras ou des jambes d’une grosseur monstrueuse ; et, chose encore plus déplorable , à peine un petit nombre d’entre eux veut user des remèdes nécessaires . parce que la superstition les condamne à se résigner. « C'est un Dieu qui nous mange, disent-ils , nous ferions de vains efforts pour échapper à sa colère. » » Du reste, ils ne se bornent pas à prendre pour autant de dieux les maux qui les affligent'; ils placent des divinités partout, et vont même jusqu’à supposer que le plus grand de tous les esprits repose dans la personne de

leur prince comme dans un sanctuaire vivant. De cette croyance résulte une manière étrange d'envisager leur roi et de se conduire sous son autorité. A leurs yeux le souverain n’est pas responsable de ses actes ; on le re-

garde comme inspiré par l'Esprit divin dont il est le tabernacle ; sa volonté par conséquent est sacrée ; il n'est pas jusqu'à ses caprices et ses fureurs qu'on ne vénère ; et s'il lui plaît de se montrer tyran, ses sujets se prêtent par Conscience aux vexations dont il les accable. Mais en retour est-il insouciant ou faible, comme celui qui règne maintenant, chacun devient son propre maître ; comme le dieu ne se mêle de rien, tout insulaire est investi du droit de régler ses actions au gré de ses fantaisies; on peut même égorger son voisin, sans avoir à redouter d'autre vengeance que celle de la famille à laquelle appartient la victime.

» Ces rois, tout dieux qu’on les suppose, ne sont pas assez heureux ou assez habiles pour maintenir la paix au milieu de leurs tribus. L'ile est constamment divisée en deux partis tour-à-tour appelés maro ou lava , suivant qu'ils sont vainqueurs ou vaincus. Vaincu, on appartient corps et biens au vainqueur , jusqu’à ce que redevenu assez fort pour lutter centre ses maîtres , on essaie de briser leur joug. La guerre alors se déclare, et l’acharnement est affreux. Tous les vieillards du camp défait doivent mourir les armes à la main. Dans une lutte semblable qui eut lieu l’année dernière , un de ces malheureux à cheveux blancs était tombé sur ses genoux, tout couvert de blessures ; le prince victorieux lui dit qu'il lui faisait grace de la vie: « Non, répond-il, je veux périr, c'est mon devoir »; et, ramassant le peu de force : qui lui restaient , il se mit à frapper en désespéré dans toutes les directions , jusqu’à ce qu’enfin on l’achevât. Le roi lui-même, atteint à son tour par une lance qui de l'épaule droite alla sortir au dessus de la hanche

divin dont il est Je nt est sacrée ; il n'est rs qu'on ne vénère ; ses sujets se prêtent il les accable, Mais e, Comme celui qui on propre maître ; » Tout insulaire est au gré de ses fanisin , sans avoir à le de la famille à

ppose, ne sont pas maintenir la paix nstamment divisée Laro ou lava, suis. Vaincu, on apjusqu’à ce que remaîtres, on essaie déclare, et l’aillards du camp main. Dans une rnière , un de ces JÉ sur ses genoux, victorieux lui dit n, répond-il, je 1assant le peu de per en désespéré a’enfin on l’acheur par une lance sus de la hanche

D'OCÉANIE, 129 gauche, essaya d'abord de l'arracher :

recourbées qui Barnissaient Je fer, empêchaient l

percé à la jambe Par un trait ennemi sitôt, et le rejcta avec une étonnante € l'avait lancé, J'ai entendu dire au p, Chanel acCouru sur le Champ de bataille, q

ue le spectacle le plus affreux s'était offert à ses regards

* Le zèle qui l'avait

e de mourants.

joignent Presque tous Ja

manie du vol: c’est surtout aux blancs qu'ils aiment à

dérober ; et nous n'avons été que trop souvent l'objet de celte préférence, Avec un vaste terrain dont le roi nous avait gratifiés , et sur lequel croissaient en abondance les cocotiers et les arbres à Pain, avec un autre champ de bananiers, mis €n excellent l'apport par le travail et les soins du P. Chanel, nous En sommes réduits à la détresse la plus absolue. Quelques bananes cuites, voilà toute notre Nourriture, Peut-être croirez-vous qu'il nous est bien amer de vivre ainsi dans le dénûment : mais non , grace au ciel » ON Se fait à tout » El même à rece- Voir avec reconnaissance un morceau de {aro que nous Présente un naturel » après l'avoir Mordu lui-même en (ent endroits, 1] n’est dans cette misère qu'une chose à nous Séparer ; je vais té de l'ile, c'est-à-dire

Pénible : c'est qu’elle nous oblige Pour cette raison à l'autre extrémi au pays des vaincus ou lava,

» Vous parlerai-je maintenant de la religion de nos insulaires ? Il s’en faut d’abord qu’ils se représentent leurs dieux sous les traits de la grandeur ou de la bonté; une cruauté féroce paraîl être à leurs yeux le premier attribut de la nature divine : Elle a des entrailles de dieux, disait-on l’autre jour d’une mère qui, ne pouvant achever d'étouffer son enfant , l'avait broyé sous ses pieds.

» Le plus grand de tous ces génies porte un nom qui n’est pas flaiteur ; on l’appelle Faka veri kéré, faisant la terre mauvaise. Au-dessous de lui s'agite un essaim

d’esprits subalternes, nommés 4tuu Mouri. Comme leur :

roi , ils ont pour tabernacle quelques insulaires, hommes ou femmes , qui se transmettent de générations en générations la divinité devenue héréditaire dans leurs familles. Ces dieux portent ici une grande responsabilité; tout le mal qui se fait est nécessairement leur ouvrage. Quelqu'un est-il souffrant ? c’est un mauvais génie qui le mange; et il faut se mettre en quête pour trouver l'homme en qui il réside. Celui-ci, après s’être fait raconter toute la vie du malade, déclare solennellement qu’il est mangé par son dieu en punition de telle ou telle faute. T'’oracle répondit un jour à l’un des puissants de l'île que l’4tua élait irrité contre son enfant, à cause d’une cuisine mal faite; mais on n’osait pas lui reprocher d’avoir fait cuire sa propre mère pour s’en repaltre avec ses amis.

» Si la maladie continue, malgré les promesses de guérison donvées en échange de présents, le tobernacle avoue que décidément -n génie n’est pour rien dans ces souffrances. Alors nou, iles recherches et nouveaux ca-

dea poul un !

avai du < voqu ques offra:

rable porté plein.

» À morts laire siapo:

quatre

ligion de nos e représentent ju de la bonté; ux le premier s entrailles de > qui, ne pouait broyé sous

rte un nom qui à kéré, faisant agite un essaim ri. Comme leur E ilaires, hommes

\érations en gé-

> dans leurs fa-

responsabilité;

nt leur ouvrage.

auvais génie qui te pour trouver ès s'être fait raà solennellement jon de telle ou l'un des puistre son enfant, n'osait pas lui mère pour s’en

es promesses de ts, le tabernaclt E bur rien dans ces et nouveaux Cà-

deaux; car un Afua pour une famille est vraiment la poule aux œufs d’or. Il y a peu de temps, on apporta un malade chez notre voisin. Le frère du pauvre infirme avait une pirogue neuve qui faisait envie au propriétaire du dieu ; aussitôt l’oracle la signale comme ayant provoqué la colère divine; et un quart-d’heure après , quelques hommes l’apportaient à l’heureux insulaire comme offrande expiatoire. Cependant le malade déclaré incurable est retourné dans sa cabane, d'où il sera bientôt porté en terre, tandis que le rusé tabernacle ira en pleine mer pêcher avec la pirogue neuve.

» Après le culte des dieux , les honneurs rendus aux morts sont ce qu'il y a de plus solennel. Dès qu’un insulaire vient d’expirer , on s'empresse de l’envelopper de siapos , après toutefois l'avoir lavé , l'avoir inondé d’une huile odorante, et paré comme aux plus beaux jours de fête; puis on l’enterre encore tout chaud. Une fois débarrassée du cadavre, la famille se dispose à recevoir la visite de l’île entière , qui ne tarde pas à venir payer au défunt le tribut de ses pleurs, ou plutôt de ses cris. Chaque naturel, en arrivant, commence par hurler sa douleur , et aussitôt, s’armant de deux coquillages, il se déchire de son mieux le visage, les bras et la poitrine; ces préliminaires sont de rigueur , si l'on veut avoir part au festin qui doit être servi. Une fois à table, adieu le deuil! On croirait assister à un banquet de noces , tant la joie est franche et la fête animée. Dix jours durant, les divertissements se succèdent, avec quatre repas par jour, et promesse d'anniversaire à la dixième lune. Assez ordinairement il y a lutte au pugilat en l'honneur du défunt ; les coups ne cessent que lors-

qu’un des deux champions tombe sur l’arène; le vainqueur lui tend amicalement la mäin pour l'aider à se relever , et revient soutenir un second assaut contre un nouvel antagoniste, vengeur du premier. Quelquefois les deux combattants sont armés d’une branche de cocotier, moins dure il est vrai que le bois ordinaire , mais cependant assez forte pour casser les membres ; et ce jeu dure jusqu’à ce qu'il plaise aux vieillards de dire : « C'est assez. »

« Jusqu'ici la religion n’a fait que peu de progrès dans notre île; quelques catéchumènes passablement instruits, un certain nombre d'enfants et de grandes personnes baptisés en danger de mort, voilà à quoi se réduisent , extérieurement du moins, tous les fruits de

la mission. La principale cause de la stérilité de notre ministère est la cupidité du roi qui, en sa qualité de

tabernacle de Dieu, croit avoir intérêt à maintenir l’ancien culte, dont les offrandes l’enrichissent. A l’imitation du prince et par crainte de lui déplaire , peut-être aussi parce qu'en se faisant chrétiens il faudrait devenir sages, la plupart des insulaires restent sourds aux sollicitations de la grace, bien qu’en secret ils nous témoignent le désir d'embrasser notre foi. Il est à croire qu’en exprimant ce vœu , la jeunesse est sincère ; il y a en effet de grandes espérances à fonder sur elle ; mais les vicillards sont entachés d’un crime qui semble peser sur leurs têtes comme une réprobation, c'est l’anthropophagie poussée par eux, sous le précédent règne, aux dernières horreurs. D’après l’aveu des naturels, le nombre des habitants des deux îles s'élevait naguère à plus de quatre mille; aujourd’hui il ne dépasse pas

huit survit

» Il de la ne suf mit à homm amis « vit mé des mi leurs malhe!

dévore

rène; le vainur l'aider à se saut contre un Quelquefois les he de cocotier, e, mais cepen- ‘et ce jeu dure e dire : « C'est

peu de progrès s passablement de grandes perjoilà à quoi se ous les fruits de érilité de notre en sa qualité de rêt à maintenir hissent. A l'imiplaire , peut-être faudrait devenir t sourds aux solret ils nous téoi. Ilest à croire est sincère ; il y er sur elle ; mais qui semble peser

n , c'est l’anthrorécédent règne, des naturels , le élevait naguëre à | ne dépasse pas

D'OCÉANIE. 133 huit cents ! et c'est en grande partie la dent de ceux qui survivent qui a opéré cetie effrayante réduction !

» Il y a tout au plus vingt ans, la fureur de manger de la chair humaine en vint au point que les guerres ne suffisant plus pour fournir aux hideux festins , on se mit à faire la chasse au sein même de sa propre tribu ; hommes, femmes, enfants, vieillards , qu’ils fussent amis ou ennemis , étaient tués sans distinction, On en vit même égorger les membres de leur propre famille ; des mères ont fait rôtir, pour s’en repaître, le fruit de leurs entrailles. Que de fois j'ai touché la main à un malheureux qui a fait cuire ses vieux parents pour les dévorer avec ses amis ! Quand l’un d'eux me présente quelque chose, il me semble voir ses doigts encore teints de sang , du sang de sa mère !

» Au roi seul, en sa qualité de dieu , étaient servis des corps entiers ; dans les autres cuisines on découpait les cadavres. On a compté à la fois quatorze victimes sur la table du prince ; et lui de crier : « Courage , courage, arrachez la mauvaise herbe ! » Avec les corps rôtis, souvent on servait aussi des hommes vivants, picds et mains liés ; on les étendait sur de grandes auges pour ne pas perdre le sang ; puis on leur découpait les. bras, les jambes, et en dernier lieu la tête , ou plutôt on les leur sciait avec un bambou brisé qui coupe à peu près comme un couteau de bois. L'un de ceux qui nous racontaient ces horreurs, sans même en paraître ému, n'en avait tué que six pour sa part : « C'était peu!» ajoutait-il. On m'a montré un jour un vieillard qui a seul échappé au four dans un village de trois cents âmes.

» Cette boucherie conduisait rapidement le peuple à

4134 MISSIONS une exterminaticn totale, lorsque le roi eut le cou tordu par ses complices dans une assemblée religieuse. Dieu, qui tient entre ses mains le cœur des hommes, inspira au nouveau prince des sentiments d'humanité qu'il imposa à tous ses sujeis, et, depuis , il n'y a pas eu un seul insulaire mangé. Ce n'est pas sans regrets que les vieux cannibales ont renoncé à l’horrible pâture dont ils étaient si friands ; plus d’une tentative a été faite par eux pour remettre leurs goûts sanguinaires à la mode ; tout récemment un vieillard proposait de revenir à la nourrilure des dieux : « C'était, disait-il , une divinité qui lui avait demandé en songe ce retour à l’ancien culte. » Heureusement le roi lui ferma la bouche en déclarant que si l’on mangeait quelqu'un, il serait le premier mis au four. |

» Toutefois il suflirait d'une famine pour replacer l'ile entière sous le règne de l’anthropophagie ; que Dieu la préserve de ce malbeur ! elle ne renferme déjà que trop de principes de destructions. Pour ne parler que de l'infanticide , il est porté dans ee pays à son plus haut période. Ce n’est même plus une honte pour des mères de faire périr leurs enfants ; on en trouve qui ont tué jusqu’à six de ces innocentes créatures ; les unes les écrasent (ans leur sein en se pressant le corps avec de grosses pierres : d’autres les étouffent au moment de leur naissance , ou les enterrent vivants dans le sable, Le mois dernier, dans une seule semaine , il y a eu trois nouvaux-nés ensevelis de cette façon. Quelques heures après le crime, des chiens déterrèrent le corps d’un de ces infortunés et le rapportèrent à sa mère ; elle, sans s'émouvoir , alla de nouveau enfouir sa victime ;

ut le cou tordu ligieuse. Dieu, ymmes , inspira anité qu’il imy a pas eu un regrets que les pâture dont ils été faite par eux à la mode ; tout renir à la nourne divinité qui l’ancien culte. »

ne en déclarant tle premier mis

our replacer l’île sie ; que Dieu la ne déjà que trop e parler que de à son plus haut pour des mères buve qui ont tué es; les unes les le corps avec de au moment de s dans le sable.

haine , il y à eu façon. Quelques errèrent le corps à sa mère ; elle, buir sa victime ;

D'OCÉANIE. 135 mais bientôt les chiens revinrent déposer à ses pieds la tête et un bras du pauvre enfant, comme pour lui reprocher sa cruauté. La malheureuse allaite maintenant un petit cochon. Il suffit, pour décider une mère à cette barbarie , que le père de son nourrisson ait cessé de lui plaire , ou qu'elle soit abandonnée de son mari. Dans l’un ou l’autre cas , si elle ne se sent pas le courage d'étouffer les cris de la nature , ses vieilles voisines tiennent conseil ; la vie de l'enfant est mise aux voix , et, la condamnation prononcée , elles se chargent de l’exécution, même contre les réclamations de la mère.

» Quand on reproche aux naturels ces atrocités, ils répondent froidement que c'est la mode du pays, Kore faka Futuna ; c'est un usage ancien, Kore nea mango. Cette dernière excuse est toujours celle qu'ils donnent quand ils n’en trouvent plus d’autres , quel que soit d’ailleurs le sujet sur lequel on les presse.

» On n’est pas dans l'habitude d’étrangler ici les vieillards , comme cela se pratique dans quelques îles que j'ai vues; mais, lorsqu'ils deviennent à charge , on n’en a pas moins l’art de s’en débarrasser en les soumettant, sous prétexte de maladie , à une diète si sévère , qu'ils ne tardent pas à mourir de faim. Pauvre peuple ! oh! qu’il a besoin qu'on prie pour lui ! Si la religion ne s’en empare bientôt, qu’il est à craindre qu'un jour Futuna ne soit une île déserte !

» Avec toute leur férocité nos sauvages, sous plus d'un rapport, sont encore de grands enfants qu’un rien suffit pour émerveiller. Il y a peu de jours, nous avions fait deux mauvais brancards avec lesquels nous portions , le P, Chanel, les deux frères et moi, des pierres

destinées à élever un mur d'enceinte autour de nos plantations ; ce ne fut qu'un cri d’admiration parmi les spectateurs. Mais ce fut bien autre chose quand, mes mains venant à manquer de forces, je fus obligé, pour les soulager , d’attacher au brancard une racine d'arbre très-flexible que ie me passai sur le cou : E fenoua! s’écriaient-ils, sara poto le tangata nei ! « O pays, comme ces hommes sont savants ! »

» Ils s’imaginent dans leur ignorante vanité que leur île est le principal continent du globe ; ceux même de leurs compatriotes qui sont allés à Sydney , n’ont pas encore pu les détromper sur ce point. Les objets de leur prédilection sont un morceau de fer pour défricher le sol et arracher la mauvaise herbe , une hache, un couteau, des ciseaux , une aiguille , une lime, un rasoir (autrefois ils se faisaient la barbe en la frottant avec la pierre ponce ou en l’arrachani poil par poil ), un clou pour fabriquer un hameçon, ou mieux un hameçon tout fait, quelques verroteries, une chemise ou un lambeau d’étoffe ; voilà ce qu'il y a pour nos insulaires de plus précieux au monde ; le reste peut exciter leur étonnement ; mais ces bagatelles, ils les convoitent, ils les volent s’ils en trouvent l'occasion. Un vieil habit est encore pour eux un trésor ; aussi le roi n’endosse-t-il qu'aux jours de grandes fêtes une lévite toute rapée dont le P. Chanel lui a fait cadeau ; et, sous cette guenille , il est plus fier qu’un général avec son habit chamarré d’or. Qu'il faudrait peu de chose pour gagner la confiance de ce peuple ! mais ce peu-là même, nous ne l’avons pas... »

our de nos n parmi les quand , mes >bligé , pour cine d'arbre E fenoua !

! « O pays»;

nité que leur ax même de y, n'ont pas bjets de leur éfricher le sol , un couteau , soir (autrefois vec la pierre Lou pour fabriout fait, quelbeau d’étoffe ;

ils en trouvent eux un trésor ; e grandes fêtes lui a fait cafier qu'un géil faudrait peu peuple ! mais

Page 1