XIV
MISSION DE FUTUNA.
Lettre du P. Servant, missionnaire apostolique, à M. Bissardon, supérieur des missionnaires de Lyon.
Futuna, 19 août 1842.
« AUJOURD'HUI je viens remplir un devoir de reconnaissance que là distance des lieux ne saurait me faire oublier; je présume qu’en vous exposant l’état de ma mission, je pourrai peut-être vous faire plaisir.
» Ce petit coin de terre a été arrosé par le sang d'un martyr. Le R. P. Chanel avait baptisé environ cinquante
. personnes ; il était sur le point de conquérir l’île entière
à Jésus-Christ, par la conversion du fils du roi ; déjà un certain nombre de jeunes gens , méprisant les objets de leur culte superstitieux, s'étaient fait inscrire au rang des catéchumènes. Mais il y avait tant d'obstacles à la prédication de l'Evangile, que la semence du christianisme n'était jetée qu'insensiblement et sans bruit; c'était la génération naissante, mieux disposée parce qu’elle était plus pure, qui la recevait avec le plus de courage ; on m'a rapporté qu’un enfant de dix ans , pour se soustraire à la persécution de ses parents et d’autres infidèles , se retirait chaque jour dans les bois pour prier Dieu , et qu’il cachait comme un trésor la médaille que le P. Chanel lui avait donnée.
» Tel était l’état de la mission à Futuna , lorsque les ennemis de l'Evangile , désespérant d'en arrêter autre-
ment les progrès , formèrent l’affreux complot de massacrer le zélé missionnaire. Je n’entreprends pas de vous parler ici des circonstances de sa glorieuse mort , parce que je présume que vous en avez déjà connaissance.
» Il paraît que le roi avait une grande barbarie, tout en paraissant bon à l'extérieur; car, ce qu’on n’a jamais lu dans les annales de la cruauté humaine, il avait été jusqu’à manger sa propre mère. On m'a dit que d'après ses ordres , on devait massacrer non-seulement le Père Chanel , mais encore tous ceux qui avaient embrassé Ja foi : son propre fils , que la séduction ni la crainte des châtiments n'avaient pu ébranler , était compris dans la condamnation à mort ; cependant sa vie fut épargnée, Trois jours auparavant , ce jeune prince, dans une dernière entrevue avec l’homme apostolique , avait saisi vivement la croix qui pendait au cou du Père , et l’avait suspendue au sien, comme pour lui dire que définitivement il embrassait la religion de Jésus crucifié. S'il ne la scella pas par l’effusion de tout son sang, il fut du moins blessé pour elle , et de la main de ceux qui étaient déjà en chemin pour aller massacrer le prêtre. On dit qu'en apprenant leur affreux projet, il s’habilla de blanc ave six de ses compagnons, et qu'ils se préparèrent tous à cueillir avec leur missionnaire la palme du martyre.
» Au moment où le crime se consommait, un autre jeune homme , très-attaché au Père Chanel , courut vers le lieu de l'exécution pour périr avec lui. « Il ne pouvai plus vivre, disait-il, parce que le Père était mort, » Le assassins l’eussent aussi frappé, si ses parents et st amis ne l'avaient empêché de se livrer à leurs coups.
» Le triomphe du crime fut de courte durée : quel:
d'u lités con cess ».
irréc vain
plot de massas pas de vous se mort , parce naissance.
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sommait, un aulrt chanel , courut vers Jui. « Il ne pouval re était mort, » Les ses parents el sti er à leurs COUPS.
courte durée : quel:
ques jours après, la mort frappait un des plus influents conseillers du roi, qui avait beaucoup contribué au martyre du Père Chanel; le roi lui-même suivit son
complice au tombeau, après une longue maladie, C'en :
fut assez pour persuader aux naturels que la vengeance divine s’appesantissait sur les meurtriers, et cette opinion seconda merveilleusement les efforts apostoliques d'un chef, nommé Sam , insulaire distingué par ses qualités éminentes, qui le font chérir de tous ceux qui le connaissent. Avant de raconter ses succès , il est nécessaire de reprendre les choses de plus haut,
» Depuis long-temps il y avait à Futuna deux partis irréconciliables et presque toujours aux prises, celui des vainqueurs et celui des vaincus. Sam , qui se trouvait à la tête de ces derniers , eut à soutenir la guerre contre leurs rivaux. Dans cette lutte sanglante , il montra un courage héroïque; ne s’apercevant pas que les siens avaient pris la fuite , il soutint , lui seul, pendant quelque temps , le choc de trois cents guerriers, esquivant les coups de lance , et combattant comme un lion. Forcé enfin d'abandonner le champ de bataille, il courut se réfugier sur le haut d’une montagne , où le Père Chanel alla le visiter. A la première entrevue, le bon Père pleura sur lui, l’'embrassa, et lui recommanda de s'emborquer au plus tôt pour échapper à la mort que l’animosité des vainqueurs n'aurait pas manqué de lui faire subir ; car il était surtout pour eux un objet de haine, à cause du mépris qu’il professait pour l’idolâtrie, de la force prodigieuse dont la Providence l’a doué, et de la confiance que lui témoignent les marins, dont les vaisseaux s'arrêtent volontiers devant ses terres.
» Sam suivit ces conseils , il s’embarqua pour Wallis, où il eut le bonheur de recevoir le bienfait de l’instruction chrétienne. Quelque temps après il revint à Futuna à bord de la corvette l'Allier ; mais, hélas ! son bon Père n'y était plus. En apprenant sa mort à Wallis , il l'avait pleuré pendant l’espace de trois jours. Dès qu'il eut mis pied à terre , il alla avec sa femme dans la maison que le Père Chanel avait construite de ses propres mains, pour y faire la prière du soir ; là , il rencontra deux enfants de dix à douze ans, auxquels il proposa de croire en Dieu, de prier avec lui, de renoncer aux superstitions de l'ile et de brûler leurs tapous, en se résignant à braver idutes les persécutions plutôt que d'abandonner la foi. Non-seulement ces deux enfants répondirent à l'appel de la grace, mais encore ils engagèrent leurs parents à embrasser la religion ; ils les tiraient par la main pour les conduire à la prière ; ils persuadaient ‘aussi à leurs jeunes compagnons de reconnaître le vrai Dieu en leur disant qu’une lumière intérieure leur faisait voir qu'ils étaient en possession de la vérité.
» Dès ce moment, toute l’île fut ébranlée. Sam courait jour et nuit dans les divers villages , pour y porter l'instruction , sans se laisser ni rebuter par les difficultés \i intimider par les menaces. Les insulaires attachés à l'idolâtrie, et surrout les prêtres et les vieillards , le menaçaient de la colère des dieux , en lui disant que le atuz le mangeraient. « Qu'ils viennent me dévorer celt nuit , leur répondit-il, j’y consens ; mais demain , si j ne suis pes mangé, reconnaissez leur impuissance , th croyez au grand Dieu des chrétiens. » Toute là popu: tion de Futuna ne tarda pas à comprendre que l’histoire
ua pour Wallis, ait de l’instrucrevint à Futuna as ! son bon Père Wallis ,il l'avait Dès qu'il eut mis as la maison que y propres mains, | rencontra deux proposa de croire cer aux superstis, en S€ résignant que d'abandonner nts répondirent à engagèrent leurs les tiraient par li + ils persuadaien!
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mais demain , si |} ur impuissance , ‘à » Toute la popult endre que l'histoiri
UT de ses divinités n'était qu'un tissu de mensonges, et d'un commun accord on brûla tous les objets du culte superstitieux.
» Telles étaient les dispositions des naturels, lorsque nous arrivâmes à Futuna. Mgr Pompallier leva les prémices de la moisson , et le 9 juin 1842 , il nous laissa, au Père Roulleaux et à moi, le reste à recueillir. En ce même temps, Sam fut élu roi par les suffrages unanimes des vieillards de l’un et de l’autre parti.
» Nous avons commencé l'exercice du saint ministère , par le baptême des petits enfants , et dans la première visite que j'ai faite aux deux iles , j'ai baptisé tous ceux que j'ai pu trouver. Parmi ces petites créatures, on comptait les enfants du roi assassin, et ceux des bourreaux du Père Chanel ; c’est une consolation pour nous de voir qu'aucun d'eux n'est mort sans baptême. Les malades ont aussi eu part à notre sollicitude ; par le moyen du bon frère Marie Nirier, nous avons pu les préparer au sacrement de la régénération. De ce nombre se trouvait la femme du roi défunt, qu'on accuse d’avoir beaucoup contribué à la mort du Père Chanel, par la haine qu’elle lui portait et par les mauvais conseils qu’elle donnait à son mari; mais , Ô miséricorde de Dieu ! dans sa dernière maladie elle me fit demander pour l'instruire et la baptiser. Elle mourut quelques jours après avoir obtenu cette grace. :
» Ce voyage me procura le bonheur d'abolir le dernier reste de l’idolôtrie à Futuna : au milieu d’une place publiqu: se trouvait encore plantée une pierre sacrée, dans laquelle les habitants du pays supposaient que la divinité résidait spécialement ; elle a été
abattue et brisée par la main de ses anciens adorateurs.
» Pendant que je parconrais les divers endroits où avait été le Père Chanel, combien mon cœur était oppressé de sentiments douloureux ! Ici, il était obligé, pour vivre, de défricher un petit champ, dont ses ennemis lui laissaient à peine recueillir quelques fruits. Là, dans des chemins hérissés de pierres aiguës, il marchait nu-pieds par raison d'économie ! Là, il travaillait à confectionner sa maison avec des bambous! Là, il se promenait en priant pour ceux qui méditaient sa mort! il se reposait avec ses disciples à l'ombre de ses cocotiers ! J'ai encore le bâton dont il se servait dans ses voyages, avec la soutane ensanglantée qu'il portait le jour même de son glorieux martyre; mais rien n’excite plus mon émotion que la vue des lieux où il commença à répandre son sang, où il tomba sous le coup de la hache du bourreau, où son corps fut enseveli. Aujourd'hui la tombe de l'apôtre de Fatuna est souvent visitée au point du jour; beaucoup de naturels s’agenouillent auprès de la croix que notre vénérable évêque a plantée dans le lieu où reposent quelques restes du Père.
» Quelle est notre consolation de penser-que le Martyr intercède pour nous dans le ciel! Nous recueïllons maintenant cé qu’il a semé dans les peines et les souffrances. Le 17 juillet, nous avons pu bäjiiser encore trente adltes, parmi lesquels se trouvait le ministre du roi; Sam fut son parrain. Un Américaim qui demeure ici a eu part au même bonheur ; il avait trouvé, dans la lecture des livres que nous lui avions prêtés , la véritable Eglise de Jésus-Christ. Mais de toutes les cérémonies, celle qui nous à le plus consolés jnsqu’à présent, c'est celle du
ens adorateurs.
rs endroits où cœur était opait obligé, pour ses ennemis lui ts. Là, dans des rchait nu-pieds à confectionner e promenait en t! il se reposait ers! J'ai encore es, avec la souême de son gloon émotion que dre son sang, où ourreau , OÙ son e de l'apôtre de jour; beaucoup croix que notre ù reposent quel-
ser-que le Martyr ‘ecueillons maint les souffrances.
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D'OCÉANIE, 113 baptème de suixante catéchumènes, le jour de l’Assomption. Elle fut précédée d’une instruction analogue à la circonstance ; les naturels écoutèrent avec plaisir le récit des merveilles de celle qu’ils appellent leur bonne Mère, Tsi Cinana Malie. Cette cérémonie attendrissante fit verser des larmes de joie à plusieurs de nos bons Polynésiens. J'espère que, dans quelques mois, lorsque les habitants de Futuna seront suffisamment instruits, ils. recevront tous la même grace.
» En finissant, Monsieur le Supérieur, je vous prie de me recommander à notre divin Maître , et à Marie, notre bonne Mère. »
Autre lettre du même Père à M. le curé de Grézieux-le-Marché (Rhône).
Ile Futuna , 22 février 1843,
« Il n'y a guère plus de huit mois que nous sommes à Futuna , et déjà nous avons deux églises, huit cent qua: rante insulaires baptisés , et, suivant toutes les apparences , les catéchumènes qui nous restent encore, au nombre de deux ou trois cents, recevront bientôt le sacrement de la génération, qui les introduira dans le bercail du divin Sauveur. En outre, le très-grand nombre de nos néophytes pourra être admis sous peu à la table sainte. Depuis notre arrivée, le roi et la reine ont le bonheur de communier souvent, ainsi que quelques néophytes de Wallis qui sont venus passer ici quelque temps, sous la conduite d’un jeune chef nommé Hugahala.
» La ferveur de ces nouveaux chrétiens s'accroit de jour en jour; ils sont animés d’une sainte émulation pour
44h MISSIONS
recevoir l’enseignement religieux, et ce désir ne domine pas seulement dans le cœur des jeunes gens, il est commun aux néophytes de tout âge et de tout sexe. Vous seriez charmé de voir nos vieillards réunis, silencieux autour du roi, écouter attentivement les vérités saintes de la religion qu’il leur explique, après nous en avoir demandé la permission. Déjà les jeunes gens commencent à savoir lire les petits écrits que nous leur donnons ; il en est aussi un certain nombre qui savent écrire, et ils en profitent pour entretenir avec les habitants de Wallis un touchant et pieux commerce de lettres.
» L’affluence au tribunal de la pénitence est si grande, que depuis l'enfant qui commence à balbutier jusqu’au vieillard déjà courbé vers la tombe, tout le monde veut se confesser. Mais , monsieur le curé, que vous auriez été édifié lorsque, dans cette chrétienté naissante, le saint viatique fut porté pour la première fois à un malade! Pendant que le prêtre marchait à l’ombre des bananiers, des cocotiers et des arbres à pain, de pieux néophytes quittaicnt leurs cases, et venaient, respectueux et recueillis , s'agenouiller dans les endroits où passait le Saint-Sacrement. Le malade , de son côté , se montra au comble de la joie de recevoir la visite de son Dieu, et son unique désir était de s’en aller au ciel.
» Le 2 janvier, je fis le tour de l’île avec le frère Marie Nizier. Dans les diverses vallées que nous parcourûmes, je fis choix d’un jeune homme qui me parut le plus intelligent, pour remplir les fonctions de catéchiste, et dans les principaux endroits, je fis élever des confessionnaux pour satisfaire au pieux empres:ement de nos néophytes, Ils ont un si grand respect pour le tribunal de la
pieux » Vl non pl fois, di la fuite d'insul Caractè l'épreu cités de qui en florissar
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s, il est com-
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js, silencieux érités saintes 18 en avoir des commencent donnons ; il en crire, et ils en s de Wallis un
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arut le plus :n- » catéchiste, et des confession-
D'OCÉANIE. 445 pénitence , qu’un jour un père de famille vint en larmes me demander si sa fille, qui avait eu la curiosité d'ouvrir un confessionnal de la vallée, s'était rendue bien coupable. Dans un de ces voyages que nous faisons de temps en temps autour de l’île, j'ai eu le bonheur de baptiser un petit enfant qu'une mère infidèle et dénaturée avait exposé à la mort; je lui donnai le nom de Moïse. Autrefois cette barbarie était très-fréquente ; c’est le seul exemple que nous en ayons eu depuis notre séjour à Futuna. Quelle consolation pour nous ! depuis notre arrivée, personne n’est mort sans la grace du baptême.
» Comment vous peindre l’heureuse influence de la foi sur ces pauvres insulaires! Au lieu de ces cruautés inouïes que l’on a dû vous raconter dans les Annales, et qui étaient passées en coutume , ils ont la paix et la charité, ils sont heureux surtout du bonheur des enfants de Dieu. A mesure qu'ils avancent dans la connaissance de la religion. ils deviennent de plus en plus reconnaissants envers l’Auteur de tous dons; si le jour ne suffit pas pour le prier dans son temple , la nuit n'interrompt pas leurs pieux cantiques ni les saints élans de leur amour.
» Voilà nos consolations, monsieur le curé, les croix non plus ne nous ont pas manqué. Il est arrivé plusieurs fois, dans les commencements, que les naturels prenaient la fuite lorsque nous voulions les instruire ; leur esprit d'insubordination et d'indépendance, la pétulance de leur, caractère irritable , ont souvent mis notre patience à l'épreuve. Ajoutez à cela les embarras que nous ont sus-
cités deux ou trois cents naturels, l’écume de Wallis,
qui en étaient sortis avant l'entière co ra
T's Geo ïs ÉIPTRE
MAT n,. JL V AL
florissante chrétienté , et qui, par
et leurs mauvais exemples, ont bien nui à la mission. Ces esprits brouillons ont travaillé à entretenir la désunion qui de temps immémorial existait entre les habitants de Tua et ceux de Sigave, et ils n'y ont que trop réussi. A notre arrivée , les vicillards des deux partis avaient élu pour roi l'excellent prince qui règne aujourd’hui ; mais comme il avait le malheur d'être du parti des vaincus ou de Sigave, les vainqueurs ne voulurent bientôt plus avoir avec lui aucun rapport. Ils ne se constituaient pas, à la vérité , en ennemis de la religion; mais ils nous auraient voulu soumettre en tout à leurs caprices. Ne pouvant en conscience souscrire aux conditions intolérables qu'ils nous imposaient , je fis enlever les objets du culte que nous avions déposés chez eux , et je les fis porter dans la vallée de Tuatafa, dépendance du roi, où les néophytes de Tu pouvaient facilement se rendre pour assister aux saints offices.
» Ce transport des objets sacrés produisit un effet merveilleux : les mutins furent déconcertés et se regardèrent comme morts, suivant le langage du pays. Ils parlèrent bien de faire la guerre; mais il était trop tard, Sam était devenu redoutable; de son côté, le chef de Tuatafa, vieillard respectable , déclarait qu’il mourrait pour Dieu plutôt que de céder les objets du culte. Malgré les plus terribles menaces , les néophytes se détachaient du parti vainqueur ; le catéchiste de l’une des plus considérables vallées de Tua répondit à son père , qui voulait l'empêcher d’aller à la messe : « Je ne crains pas ceux qui voudraient me tuer; je ne crains que Dieu seul. » Le chef de cette dernière vallée, qui jusque-là s'était toujours opposé au succès de nos travaux parmi
nission. Ces
ja désunion habitants de op réussi. A avaient élu rd’hui ; mais 8 vaincus Où jt plus avoir nt pas, à la nous auraient e pouvant en érables qu'ils , du culte que porter dans la | les néophytes ur assister aux
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e, qui jusque-là ps travaux parmi
D'OCÉANIE. 447 lés siens , devint alors notre ami , et il dit à tous ses geus de le suivre à Tuatafu, ajoutant : « Les hommes sont trompeurs, mais Dieu ne trompe pas; il faut Jui obéir plutôt qu'aux hommes, »
» Depuis cette époque, l'harmonie s'est peu à peu rétablie. Je profitai d'une occasion favorable pour 1éunir à la hâte les chefs de toutes les vallées, et cimenter la réconciliation des partis ; je représentai aux opposants l’indignité de leur conduite à notre égard , et tous rejetèrent le tort sur le principal assassin du P. Chanel. Celui-ci me demanda pardon , et la paix fut faite. Maintenant le P. Roulleaux, mon confrère , qui élève une chapelle à l’endroit où le P. Chanel a ve::° :5n sang, vient de m'écrire que les gens de Tua trav:: 11: avec ardeur à la construction de leur église , que les trois bourreaux de notre confrère rivalisent de zèle , et qne le parti vainqueur est d’une grande docilité. »
MISSION DE WALLIS (ILE ouvéA).
Extrait d’une lettre du P. Chevron, missionnaire de la Société de Marie.
Wallis (ile Ouvéa), 4 avril 4841.
« Wallis, appelée Ouvéa par les naturels, est une île plate, quelque peu montagneuse, et environnée de quelques flots, dont deux seulement sont habités. C’est dans un de ces flots, berceau de la religion, que je débarquai le 29 novembre dernier. De là je passai dans la grande île,
où je fus reçu par les catéchumènes avec tout l'empressement et les témoign”: :s de joie dont sont capables de nouveaux convertis.
» Je me trouvai alors au milieu de deux armées en ba-
taille. On avait voulu ménager une surprise au P. Bataillon , aussi bien qu’à moi, en simulant un combat sous nos yeux. C'est la manière dont les Polynésiens célèbrent l’arrivée d’un grand chef des îles voisines, lorsqu'il vient leur “endre visite. Mais il y avait alors, et pour nous et pour eux, quelque «hose de bien touchant : ces deux armées, qui s’efforçaient à l’envi de fêter l’arrivée d’un missionnaire , étaient en présence, il n’y avait pas plus d’un mois, dans le même lieu, avec les mêmes positions , l’un pour détruire notre religion qu'ils appelaient nouvelle, et l’autre pour défendre presqu’à regret ses propriétés et 5a vie. La sainte Vierge , dont la bannière servait de drapeau au camp des néophytes, s'était, disaient-ils, montrée la reine de la paix, en portant la crainte dans l’âme des agresseurs; elle les avait tous disposés à la foi et à la charité, pour n’e: faire qu’un peuple de frères. Les infidèles ont avoué, après leur conversion, que lorsqu'ils avaient vu la bannière de Marie, les armes leur étaient tombées des mains, sans savoir d’où provenait cet accablement subit qui s'était emparé de leurs membres, et qui dura pendant les trois jours que les deux partis restèrent en présence.
__» Au lieu de leur ancien cri de guerre , ils firent entendre en notre honneur un chant religieux, composé par eux-mêmes ; ils n’épargnèrent pas la poudre que la charité leur rendait désormais inutile; enfin ils déposèrent leurs armes au pied de la sainte bannitre.
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» Chacun vint alors me saluer: ils étaient au moins cinq cents hommes; tous avaient eu soin, pour simuler ce combat plus au naturel , de se barbouiller la figure de noir et de rouge. Jugez de l’épaisse peinture que je devais avoir sur le nez.
» Après la rrière, le P. Bataillon leur adressa quelques remerciments. Une grande par ie de la nuit fut consacrée au chant des cantiques, à la récitation du chapelet et à l'instruction mutuelle entre les naturels. Depuis ce temps, deux villages, demcurés jusqu'alors dans les ténèbres, sont devenus religieux (c'est le nom qu’on donne aux convertis); on a bâti quatre églises bien simples, mais propres , je dirai même jolies pour le pays; on y fait, matin et soir , la prière en commun. A la fin du jour, quand l’île est plus recueillie et plus silencieuse , on entend de tout côté chanter des cantiques, réciter le chapelet et le catéchisme.
» Ma seule peine est de ne pouvoir encore aider le Père Bataillon dans la visite des malades; il est cbligé de se multiplier pour faire les instructions publiques dans chacune des églises , situées au moins à deux lieues de distance les unes des autres. Je commence à comprendre et à parler la langue de ces îles; elle est bien douce ; ses règles sont les mêmes dans tout l'archipel ; quelques lettres de plus ou de moins, quelques mots changés , en font toute la différence.
» Les naturels récitent leurs prières avec un ensemble
que je n'ai jamais vu en France. Ici, ce concert se retrouve partout; sur mille personnes auxquelles vous voyez faire le signe de la croix ensemble , vous n’en remarquez pas une qui blesse cet accord par un mouve-
ment de main ou trop lent ou trop rapide. Ils apprennent facilement 1es airs des hymnes ou des cantiques, et les répètent avec une précision capable de contenter un maître d'orchestre; leurs voir ailleurs ne seraient pas déplacées dans un concer: .«uusical de nos pays.
» … Il me semble vous voir, en lisant cette lettre, chercher avec avidilé quelques détails sur notre manière de vivre. N’allez pas trop vous apitoyer sur notre sort; il est difficile, à qui n’en a pas fait l'expérience, de comprendre jusqu'où peut aller la facilité donnée à l’homme de s’habituer aux misères de la vie ; ajoutez-y une grace particulière dont Dieu veut bien aider notre faiblesse, et vous ne vous étonnerez plus qu'on puisse aussi bien dormir sur une claie de bambous, ou sur la terre couverte d’une simple natte, avec un oreiller de bois, qu’en Europe sur le lit le plus mollet; vous ne serez pas surpris qu'on mange quelques fruits , quelques racines, quelques poissons crus, ou des coquillages rôtis sur la braise, avec autant de plaisir qu’on prendrait en France le ”: ras le mieux apprêté. On apprend ici à imiter l’Apôtre qui savait être dans l'abondance et souffrir la disette. I] nous faut aussi , à l'exemple de saint Paul, savoir faire naufrage. il y a quelques jours que, traversant de la petite île à la grande, dans la pirogue de deux naturels, par un gros temps, nous chavirâmes, le F. Bataillon et moi; nous étions assez loin du rivage, je fus obligé de nager, et je sentis qu'une soutane , en ce cas, est assez embarrassante. Mon confrère fut soutenu par un de n5s insulaires , et la pirogue renversée nous aida à nous maintenir sur l’eau, jusqu’à ce que nous pûmes toucher du pied le sable de la baie.
s apprennent ues, et les r'éter un maitre nt pas dépla-
e lettre, cher-
e manière de tre sort ; il est le comprendre pmme de s’ha- Le grace partiblesse, et vous si bien dormir couverte d’une en Europe sur
, surpris qu'on quelques poisa braise, avec ance le ”:: ras le *Apôtre qui sadisette. 1 nous oir faire naut de la petite île aturels, par un ataillon et moi ; obligé de nager, st assez embarun de n9s insuà à nous maintetoucher du pied
» Je ne vous parlerai ni des mœurs ni des usages des « naturels de Wallis; ce sont à peu près les mêmes qu'à Futuna. Ces insulaires n'ont jamais été cannibales par goût; seulement ils avouent, non pas sans honte, l'avoir été autrefois par nécessilé. Mais, s'ils épargnaient leur propre sang , ils ne ménageaient pas celui des étrangers; plus d’une fois ils ont brûlé de grands navires, et massacré leurs équipages. On leur reproche aussi d’avoir été voleurs ; mais aujourd'hui ils añeraient micux, je crois, se laisser tuer, que de dérober une épingle. Ils sont très-intelligents et très-curieux d'apprendre ; aussi les catéchumènes, après deux mois d'instruction, sontils, pour la plupart, assez au courant de la doctrine chrétienne.
» Depuis la construction de nos quatre églises dans la grande île , le nombre des catéchumènes était toujours allé en augmentant ; bientôt il ne resta plus à l’idolâtrie que le seul village du roi et quelques familles éparses. Enfin , sans Aoute graces aux ferventes prières des Associés, Dieu nous a consolés, et le roi lui-même, avec les autres retardataires , a ahjuré l’infidélité au mois d'octobre dernier. Sur-le-champ nous avons élevé une église dans son village même , c'est la sixième ; de sorte qu’aujourd'hui l'île entière d'Ouvéa a renoncé aux idoles, et tous les habitants chantent d’une commune voix les louanges du vrai Dieu. Sans doute, il reste encore beaucoup à faire , nous ne sommes ni au bout de nos travaux” ni à la fin de nos épreuves ; mais n'est-ce pas avec les larmes qu'on arrose la semence évangélique? Euntes ibant et fl‘bant mittentes semina sua. . »
Lettre du même à sa mère.
Ouvea (Wallis) 9 mai 1842.
« Nous sommes maintenant en pays catholique ; la population presqu’entière de Wallis est baptisée ; et ce qui reste d’indigènes se prépare à recevoir le même sacrement de la main de Mgr le vicaire apostolique. La conversion de cette île a été marquée au coin de la croix...
» Quel changement en quatre mois! l'ile est maintenant renouvelée de manière à ne plus la reconuaître. Ces pauvres naturels comprennent enfin le prix de la Foi qu'ils ont embrassée. Le roi se trouvait, il y a quelques jours , à bord de la goëlette de la mission avec un certain nombre des principaux indigènes ; après avoir tout examiné dans le plus grand détail, il dit aux chefs qui l’escortaient : « Toutes les richesses des blancs sont pour
moi peu de chose ; le seul bien cher à mon cœur, c'est de qu
la religion chrétienne, c’est la connaissance du Dieu qui étaiel
nous à aimés jusqu'à mourir pour nous.» Puis, se re- je ple
tournant vers le P. Bataillon : « Je te remercie , lui dit- » L
il, de ton affection pour moi; j'étais ignorant, je te surto
repoussais , je voulais te chasser ; mais tu nous aimais, paren
| tu as pris patience, tu as beaucoup souffert; merci!» prier.
1 En disant ces paroles, de grosses larmes roulaient dans répète d ses yeux. Que la grace est puissante! Potens est Deus de est di (4 ! lapidibus istis suscitare filios 4brahæ. cantiq “a | » Cette ile est, pour le moment, l’image de la pri- du ch l | mitive Eglise, Foi vive, charité ardente, grande déli- l’insta à catesse de conscience , avidité insatiable pour la parole des fu : de Dieu, telles sont les vertus que nous y voyons fleurir. funt ,
mai 4842.
olique ; la poisée ; et ce qui même sacreique. La conde la croix...
le est mainteconuaître. Ces prix de la Foi il y a quelques h avec un cer- | près avoir lout taux chefs qui lancs sont pour on cœur, C’est ce du Dieu qui » Puis, se reercie , lui dit-
gnorant, je te nous aimais, ert; merci!»
roulaient dans ens est Deus de
, grande délipour la parole voyons fleurir.
D'OCÉANIF. 153
Après les premiers baptêmes, quelques chefs puissants, fatigués de l'empressement de la foule à solliciter la même grace, exerçaient mille avanics contre les nouveaux néophytes, mais sans pouvoir les intimider : « Ils sont les maîtres de nos biens, me disait un de ces bons naturels ; qu'ils en fassent ce qu'ils voudront : libre à eux de nous ôter même la vie, si bon leur semble ; mais qu'ils nous laissent notre religion , et nous sommes contents. »
» Un jour, je vis dans une case une femme occupée à remplir une tâche vraiment accablante ; je ne pus m'empêcher d'en marquer hautement mon indignation : « Sois donc tranquille , me dit-elle en souriant , tous les objets qu'on nous ravit ne sont que des bagatelles ; notre richesse n'est-elle pas aux cieux? » Cette pensée du ciel leur fait désirer la mort avec une ardeur incroyable. J'avais baptisé un jeune malade que j’allai voir, au bout. de quelque temps; il pleurait, je crus que ces larmes étaient arrachées par la douleur : « Non, non, me dit-il, je pleure du désir d’ailer au ciel. »
» L'esprit de foi qui anime nos Océaniens se révèle surtout lorsqu'un de leurs frères va mourir. Alors les parents et les voisins se réunissent autour de lui pour prier. À peine a-t-il rendu le dernier soupir que chacun répète : « Qu'il est heureux ! il a touché au port! qu'il est digne d'envie! » Aussitôt commence le chant des cantiques qu’on entremêle de prières et de la récitation du chapelet; ces pieux exercices ne se terminent qu'à k l'instant où l'on quitte le cimetière. Avant de s'occuper des funérailles, on lave soigneusement le corps du défunt , on lui met un vara neuf (c’est le morceau d'’étoffe
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